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SORTANT DES TENEBRES. 473
humides de l'Humide radical, & les dissout;
en sorte qu'étant purifiés par cette
altération, ils deviennent un aliment plus
noble & plus propre pour la Semence, à
laquelle ils donnent lieu d'agir avec plus
de vertu, & de conduire les choses à une
plus grande maturité. Mais c'est assez parler
du Règne Animal.
A l'égard du Végétable, nous disons de même, que le Sperme des Végétaux
est leur Humide radical, répandu dans
toute la masse du Corps, lequel est abondant
en Humidité aqueuse: Ce Sperme ne
demande qu'à être subtilisé & élevé en haut
par l'attraction de l'Air supérieur, parce
qu'il est Air lui-même, & que la Nature
s'éjouït en sa nature; de là vient que les
Arbres, & les Plantes s'élèvent en haut,
laissant en bas la partie grossière, jusqu'à
ce qu'étant parvenus à une subtilité convenable,
& le pur étant toujours séparé
de l'impur, ils passent enfin en grain de Semence.
Ce grain, où est renfermé le Sperme,
est de nature hermaphrodite, & contient
en soi les qualités masculine & féminine;
car les Végétaux n'ayant pas un mouvement
local pour faire l'accouplement
des deux Natures, il a été nécessaire que
cette double Nature fût contenue; dans les
Grains, & dans les Semences. Ces Grains
demeurent sans action, & ne passent point
Tome III. R r
@

474 LA LUMIERE
à une nouvelle génération, à moins qu'ils
ne soient mis en mouvement par un Agent
externe: Mais si le Laboureur les jette
dans une terre, qui leur soit propre, comme
dans une matrice, dans laquelle il y ait
une humeur crue & menstruale, alors ils
se corrompent par le moyen de cette humeur,
& d'un certain Esprit âcre nitreux,
& par cette corruption le Sperme est purifié,
& la Semence dissoute, laquelle attire
à soi son aliment pour sa restauration;
mais ne se trouvant pas suffisamment dans
le Grain même, elle est obligée d'en attirer
de la terre, dont elle fortifie & multiplie
sa vertu: Et en même temps, par cette
attraction, sont aussi attirées quelques
parties de Terre & d'Eau, qui servent de
voies aux autres Eléments & à l'Humide
radical; & de cette façon la Semence croît
en quantité à l'égard du Corps, & en qualité
à l'égard de sa vertu. La Semence est
puissamment portée à une telle attraction,
en sorte que ne pouvant demeurer en repos,
elle va elle-même au-devant du nutriment,
s'étendant en racines, lesquelles
se glissent sous terre pour y chercher sans
cesse un nouvel aliment, & quoi qu'il y
en ait abondamment dans l'Air, toutefois
celui qui est dans la terre a plus d'affinité
avec la nature de Grain, parce qu'il est
moins spirituel; ce qui a obligé le Maître

@

SORTANT DES TENEBRES. 475
de la Nature de disposer tellement les choses,
qu'en même temps que les Grains seraient
semés, le froid de l'Hiver environnât
la Terre, afin que les pores en étant
bouchés, la Semence ne pût aller prendre
son aliment dans l'Air, mais qu'elle le
cherchât dans la Terre, où, comme nous
avons dit, il est plus convenable à sa nature.
Outre cela, par l'action du grand froid, cette vapeur des Eléments, ou cet Humide
radical cru des choses, se conserve bien
mieux en terre, parce que les pores en étant
bouchés, les racines s'étendent bien plus
librement dans son sein, & y deviennent
bien plus vigoureuses, y prenant un
corps dur & solide, à cause de la froideur
de la terre, & de la grossièreté de
l'Eau: Mais quand le Printemps vient reprendre
la place de l'Hiver, alors les pores
de la Terre s'ouvrent; & cette vapeur,
venant à s'exhaler, les racines, qui se trouvent
destituées d'aliment, sont obligées
d'aller le chercher dans l'Air, où elles
sentent qu'il est, ce qui fait qu'elles s'élèvent,
& sont comme attirées en haut, &
dans cette élévation, le pur est toujours
plus aisément séparé de l'impur, l'aliment
grossier étant attiré des racines pour la
production de la masse seulement: Au
reste; la Plante croît & se fortifie jusqu'à
R r ij
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476 LA LUMIERE
ce qu'elle soit parvenue à un âge de perfection;
après quoi son attraction étant
affaiblie, elle est contrainte de s'arrêter
dans les termes de sa grandeur; mais le
pur ne laisse pas toujours d'être séparé de
l'impur, & de se renfermer sous une écorce,
d'où il se forme une grande quantité
de nouveaux Grains, & ainsi se fait la multiplication
des Végétaux, par laquelle d'un
seul Corps, il en naît plusieurs d'une façon
merveilleuse.
Venons présentement aux Minéraux, & disons qu'ils sont produits de la même
manière, parce que la Nature est une, &
la même par tout. A l'égard des Métaux
en particulier, comme nous avons déjà
traité de leur Génération, nous y renverrons
le Lecteur, nous contentant de dire
quelque chose ici de leur Semence. La
Semence des Métaux est proprement leur
Chaud inné; c'est-à-dire, le Feu enclos
dans l'Humide radical; & parce que la
Nature a eu le temps & le lieu propre pour
bien purifier leur Humide & le subtiliser
en vapeur, on peut dire que les Métaux,
à raison de leur grande homogénéité, ne
sont autre chose que l'Humide radical lui-
même; surtout les Métaux parfaits, lesquels
n'ont retenu aucune Scorie, ni aucun
Soufre externe, mais en ont été séparés.
Cet Humide est appelé d'un autre

@

SORTANT DES TENEBRES. 477
nom, Argent vif; mais il ne faut pas s'imaginer
qu'il ait été purifié & subtilié assez
parfaitement pour avoir acquis entièrement
une nature spermatique; au contraire,
il a contracté dans la terre quelque
grossièreté par l'union d'une Substance
aqueuse, en laquelle les Métaux abondent
extrêmement; ce qui fait que ce sont proprement
des fruits de l'eau, comme les
Végétaux le sont de la terre. Pour ce qui
est des autres Eléments, ils y sont mêlés
diversement.
Le Sperme donc des Métaux est renfermé dans son Corps, lequel Corps est
l'Argent-vif, tant du Vulgaire, que celui
des autres Métaux, & c'est lui qui en est
proprement la Matière; en sorte que si
vous séparez du Métal la Substance de
l'Argent-vif (ce qui est facile à faire,) ce
qui reste n'est plus un Métal. Ce Sperme
ne laisse pas d'être souillé, parce qu'il est
renfermé dans un Corps de terre & d'eau,
& bien que cette eau & cette terre soient
très pures & très resplendissantes au regard
des autres Corps, toutefois, par rapport à
la Semence, ce ne sont que comme des
fèces, & comme une écorce; parce que
le Point séminal est de la nature du Ciel,
dont il participe beaucoup plus que de la
Nature inférieure. Ce Sperme est le véritable
véhicule de la Lumière céleste, qui

@

478 LA LUMIERE
ne pouvait loger que dans un Corps aussi
pur, & ce Corps est proprement la moyenne
Substance de l'Argent vif, dont Géber
& les autres parlent tant, disant que c'est
la Pierre connue des Philosophes, & désignée
dans leurs Chapitres: Et que c'est
enfin le véritable Sperme des Métaux, lequel
il faut nécessairement avoir, puisque
sans lui la multiplication de la Semence
est impossible. La Semence des Métaux
est donc enclose dans ce Sperme, de la
même manière qu'il a été dit à l'égard des
autres Règnes; mais dans des degrés
différents, selon le plus ou le moins de coction,
de purification. Elle se peut aussi
extraire de tout Corps, mais fort facilement
à l'égard de quelques-uns, & très
difficilement à l'égard des autres, c'est-à-
dire, quasi point du tout. Il est nécessaire
à l'Artiste de bien connaître cette Semence,
& l'ayant connue, l'extraire pour opérer
une nouvelle Génération & Multiplication:
Mais avant cela, il est nécessaire que
son Sperme se putréfie, se sépare, & se
purifie par un Moyen propre & un Menstrue
convenable, dans une matrice qui le
soit aussi; après quoi tu la trouveras multipliée,
& tu auras la véritable Pierre des
Philosophes, & le Soufre des Sages. Je te
dis encore que cette Semence a surtout
acquis dans les Métaux la nature fixe, ce

@

SORTANT DES TENEBRES. 479
qui a obligé les Philosophes de la chercher
particulièrement en eux, afin d'avoir une
Médecine fixe, qui ne se consumât pas aisément,
ni ne s'envolât à une douce chaleur.
Sois donc prudent, mon cher Lecteur,
dans l'extraction de cette Semence:
Si tu veux parvenir à l'Oeuvre Philosophique,
que cela te suffise.

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CHANT DEUXIEME.
STROPHE VIII.
Mais toute Semence est inutile, si elle demeure
entière, si elle ne pourrit, & ne devient noire; car la Corruption précède toujours la Génération. C'est ainsi que procède la Nature dans toutes ses Opérations; & nous, qui voulons l'imiter, nous devons aussi noircir avant de blanchir, sans quoi nous ne produirons que des Avortons.
CHAPITRE VIII.
N Otre Poète enseigne ici brièvement ce que nous avons déjà expliqué, à savoir que sans la putréfaction, il est
impossible d'atteindre au but désiré, qui
est la délivrance du Soufre, ou Semence,
renfermée dans la prison des Eléments: Et
en effet, il n'y a que ce seul moyen, car

@

480 LA LUMIERE
si la Semence n'est jetée en terre pour y
pourrir, elle demeure inutile, la Nature
nous enseignant de procéder par la corruption
à la multiplication des Semences.
Or cette corruption ne s'accomplit que
dans un Menstrue approprié, comme nous
l'avons fait voir en parlant des Animaux
& des Végétaux. Dans les Animaux, le
Menstrue est placé dans la matrice, où le
Sperme se corrompt; & à l'égard des Végétaux,
leur Menstrue se trouve dans la
terre, où les Semences sont réincrudées
& corrompues. Pour ce qui est des Minéraux,
leur Menstrue est renfermé dans
leur propre matrice, qui est prise pour
leur terre: mais comme dans les Animaux,
les matrices doivent être confortées,
& les Femelles nourries des meilleurs
aliments, sans quoi l'Embryon aurait
de la peine à être poussé dehors, ou resterait
très infirme; & comme il faut aussi
dans les Végétaux que la terre soit labourée,
purifiée, appropriée, & fumée, autrement
en vain y jetterait-on du Grain;
il en est de même des Minéraux, & sur
tout de nos Métaux dans la procréation
de l'Elixir; car si la Semence aurifique
n'est jetée dans une terre bien préparée,
mais l'Artiste ne viendra à bout de ce
qu'il souhaite, parce qu'autrement la matrice
sera infectée de vapeurs puantes, &
de
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SORTANT DES TENEBRES. 481
de Soufres impurs. Sois donc très circonspect
dans la culture de cette terre,
après quoi jettes-y ta Semence, & sans
doute elle te rapportera beaucoup de
fruit.

Fin du second Chant.
pict
Tome III. S f *
@

482 LA LUMIERE
pict

CHANT TROISIEME.
STROPHE I.
O vous! qui pour faire de l'Or par le moyen
de l'Art, êtes sans cesse parmi les flammes de vos charbons ardents; qui tantôt congelez, & tantôt dissolvez vos divers Mélanges en tant & tant de manières, les dissolvant quelquefois entièrement, quelquefois les congelant seulement en partie; d'où vient que comme des Papillons enfumés, vous passez les jours & les nuits à roder autour de vos fourneaux.
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CHAPITRE PREMIER.
pict E front des Chimistes, toujours
moite de la sueur qu'il distille sans cesse, marque bien la dissolution de leur cerveau; mais il a beau s'en élever des vapeurs,
elles sont si noires & si impures, que bien
loin que leur ignorance soit purgée par ce

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SORTANT DES TENEBRES. 483
moyen, & leur tête purifiée, elles ne font
que découvrir leur folie. C'est le supplice
des Damnés que d'avoir toujours envie de
voir la Lumière, & d'être dans de perpétuelles
Ténèbres: Il en est de même de
ces Chimistes; car quoi que la Lumière se
lève pour les autres, ils demeurent toujours
ensevelis dans un profond sommeil,
& leurs yeux sont dans un aveuglement
qui ne finit point. Quel moyen de chasser
d'autour d'eux les Ténèbres qui les environnent,
& comment dissoudre la grossièreté
de leur esprit, si le feu continuel
de leurs Fourneaux a tellement raréfié leur
entendement, qu'il ne leur en reste presque
plus. Vous les voyez sans cesse occupés
à anatomiser toutes sortes de Mixtes
par leurs Calcinations, Dissolutions,
Cohobations, & Sublimations, s'imaginant
avoir distinctement, par ce moyen
les diverses Substances des Eléments, &
donnant à leurs Mélanges, à leurs Huiles,
& à leurs folles Confections divers noms,
comme d'Air, de Feu, & semblables.
Quelle extravagance de prétendre purger
les Corps de leur crasse, & de leur impureté,
par le moyen des Eaux corrosives,
& contre nature, qui corrompent & détruisent
la Nature, renfermée dans les Mixtes.
Ces Eaux dissolutives des Philosophes
ne doivent point mouiller les mains, parce
S f ij
@

484 LA LUMIERE
qu'elles sont du genre des Esprits mercuriels
& permanents, qui ne s'attachent
qu'aux choses qui sont de leur propre nature:
Et s'ils lisaient les Auteurs, ils verraient
qu'ils enseignent que nulle Eau ne
peut dissoudre les Corps d'une véritable
Dissolution, que celle qui demeure avec
eux dans une même Matière, & sous une
même Forme, & que les Métaux dissous
peuvent derechef recongeler. Mais, en
vérité, quelle convenance y a-t-il entre les
Eaux de ces gens-là, de leurs Corps?
nulles sans doute; car au lieu de se joindre
à eux, elles surnagent au-dessus, &
demeureraient de la sorte au feu jusqu'au
jour du Jugement. Malheureux qu'ils sont,
ils prétendent être fort habiles, & ne se
sont jamais donné la peine d'apprendre ce
qu'il faut nécessairement savoir avant
toutes choses.
Il n'y a pas moins d'habileté à connaître l'Eau des Philosophes, qu'il y en a à
connaître leur Soufre; & l'ouvrage de la
Solution est aussi caché chez eux, que
l'Or qu'ils entendent qu'il faut dissoudre
est mystérieux. Cela est cause que les Ignorants
prennent d'abord l'Or vulgaire, ou
quelqu'un des autres Métaux, & qu'ils essayent
de le dissoudre avec le Mercure,
ou avec quelqu'autre Minéral corrosif, ce
qu'ils font vainement. Quelle folle raison

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SORTANT DES TENEBRES. 485
leur peut persuader qu'un Corps terrestre
sera conjoint avec une Humidité aqueuse
sans un Milieu, qui puisse unir ces deux
Natures, tous les Philosophes ordonnant
expressément de combiner les Eléments par
des Milieux, & enseignant que jamais les
Extrêmes ne peuvent être unis sans une
nature participante des deux? Mais les
pauvres Gens ne savent rien de ce qu'il
faut savoir, & ils veulent édifier sans avoir
un bon fondement: Ils joignent ensemble
diverses choses selon leur caprice & sans
examen, & ils s'imaginent tout possible &
tout aisé. Il y en a plusieurs d'entr'eux qui
raisonnants suivant la capacité de leur petit
cerveau, établissent pour un Axiome indubitable,
Que la Matière est une; qu'il
faut la dissoudre & purifier, puis en extraire
ce qu'elle a de pur, & ensuite la joindre
avec un Mercure bien lavé; après
quoi, sans autre industrie, & sans autre
feu que celui des charbons, on doit la
commettre aux soins de la Nature. Ceux
qui raisonnent de la sorte sont les plus doctes,
& prétendent entendre parfaitement
les paroles des Philosophes mais les pauvres
Ignorants n'en comprennent pas la véritable
intention. Car avant de commettre
l'ouvrage à la Nature, il faut, à l'exemple
du Laboureur, que l'Artiste choisisse
le Grain qui lui est nécessaire; qu'il le dépure,
S f iij
@

486 LA LUMIERE
& qu'ensuite il le mette dans une
terre bien cultivée; après quoi il peut sans
difficulté le confier aux soins de la Nature,
à l'aide d'une simple chaleur, administrée
au-dehors. Qu'ils commencent donc
par entendre ce que c'est que notre Grain,
ce que c'est que la culture de notre terre,
& après ils pourront dire qu'ils savent
quelque chose. Mais puisque nous avons
touché ce qui regarde la Solution, il est à
propos que nous l'examinions avec un peu
d'attention.
Les Auteurs disent qu'il y a trois sortes de Solution dans l'Ouvrage Physique:
La première, qui est la Solution ou Réduction
du Corps cru & métallique dans
ses Principes, à savoir en Soufre & en
Argent vif; La deuxième, est la Solution
du Corps Physique: Et la troisième, est la
Solution de la Terre minérale. Ces Solutions
sont si enveloppées de termes obscurs,
qu'il est impossible de les entendre
sans le secours d'un Maître fidèle. La première
Solution se fait, lorsque nous prenons
notre Corps Métallique, & que nous en tirons
un Mercure & un Soufre; c'est là que
nous avons besoin de toute notre industrie,
& de notre Feu occulte artificiel pour extraire
de notre Sujet ce Mercure ou cette
Vapeur des Eléments, la purifier après l'avoir
extraite, & ensuite par le même ordre

@

SORTANT DES TENEBRES. 487
naturel, délivrer de ses prisons le Soufre,
ou l'Essence du Soufre; ce qui ne
peut se faire que par le seul moyen de la
Solution, & de la Corruption, laquelle
il faut parfaitement connaître: Le signe
de cette Corruption est la noirceur, c'est-
à-dire qu'on doit voir dans le Vase une
certaine fumée noire, laquelle est engendrée
de l'Humidité corrompante du
Menstrue naturel; car c'est d'elle que dans
la commotion des Eléments, se forme cette
Vapeur. Si donc tu vois cette Vapeur noire,
sois certain que tu es dans la droite
voie, & que tu as trouvé la véritable méthode
d'opérer. La deuxième solution
se fait, quand le Corps Physique est dissous,
conjointement avec les deux substances
ci-dessus, & que dans cette Solution
tout est purifié, & prend la Nature
Céleste; c'est alors que tous les Eléments
subtiliés préparent le fondement d'une
nouvelle Génération, & c'est là proprement
le véritable Cahos Philosophique
& la vraie première Matière des Philosophes,
comme l'enseigne le Comte Bernard;
car c'est seulement après la Conjonction
de la Femelle & du Mâle, du
Mercure & du Soufre, qu'elle doit être
dite la première Matière, & non auparavant.
Cette Solution est la véritable réincrudation,
par laquelle on a une Semence
S f iiij
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488 LA LUMIERE
très pure, & multipliée en vertu; car si le
Grain demeurait en terre sans être réincrudé
& réduit dans cette première Matière,
en vain le Laboureur attendrait-il la Moisson
désirée. Tous les Spermes sont inutiles
pour la multiplication, s'ils ne sont auparavant
réincrudés: C'est pourquoi il est
très nécessaire de connaître parfaitement
cette réincrudation, ou réduction en première
Matière; par laquelle seule se peut
faire cette deuxième Solution du Corps
Physique. A l'égard de la troisième Solution,
c'est proprement cette humectation
de la Terre, ou Soufre Physique & Minéral,
par laquelle l'Enfant augmente ses forces;
mais comme elle a principalement son
rapport à la Multiplication, nous renverrons
le Lecteur à ce que les Auteurs en ont
écrit. Voilà ce que nous avions à dire brièvement
sur le sujet de la Solution, afin que
le Lecteur puisse bien comprendre tout ce
qui appartient à la Théorie, & qu'avec ce
secours il lise plus hardiment les Ecrits des
Philosophes, & se dépêtre plus facilement
de leurs filets.

pict
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SORTANT DES TENEBRES. 489
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CHANT TROISIEME.
STROPHE II.
Cessez désormais de vous fatiguer en vain,
de peur qu'une folle espérance ne fasse aller toutes vos pensées en fumée. Vos travaux n'opèrent que d'inutiles sueurs, qui peignent sur votre front les heures malheureuses que vous passez dans vos salles retraites, A quoi bon ces flammes violentes, puisque les Sages n'usent point de charbons ardents, ni de bois enflammés pour faire l'Oeuvre Hermétique.
CHAPITRE II.
N Ous devrions dans ce Chapitre, pour suivre l'ordre de notre Poète, parler du travail ridicule des Artistes ignorants;
mais parce que nous en avons déjà dit quelque
chose, & que nous aurons encore occasion
d'en parler, nous n'y insisterons pas
pour le présent, de crainte d'être trop prolixes,
nous nous contenterons seulement
d'avertir le Lecteur sur le sujet du Feu, qu'il
ne faut pas entendre un feu de charbon, de
fumier, de lampe, ni de quelqu'autre genre
que ce soit; mais que c'est le Feu dont
use la Nature, ce Feu si fort caché chez
les Philosophes, & dont ils ne parlent

@

490 LA LUMIERE
que très obscurément; la construction duquel
est aussi difficile qu'elle est secrète,
& si les Artistes la savaient, nous pouvons
assurer hardiment qu'ils n'auraient
qu'à entreprendre l'Oeuvre des Philosophes
pour y réussir: Mais afin que le Lecteur
soit convaincu de mes bonnes intentions
sur ce sujet, nous allons passer à l'explication
du Chapitre qui suit.

==========================================

CHANT TROISIEME.
STROPHE III.
C'est avec le même Feu dont la Nature se
sert sous terre, que l'Art doit travailler, & c'est ainsi qu'il imitera la Nature. Un Feu vaporeux, mais qui n'est pourtant pas léger; un Feu naturel, mais que l'Art doit faire; sec, mais qui fait pleuvoir; humide, mais qui dessèche. Une Eau qui éteint, une Eau qui lave les Corps, mais qui ne mouille point les mains.
CHAPITRE III.
J E ne m'étonne pas si plusieurs, & presque tous ont erré faute de connaître ce Feu; car c'est comme si quelqu'un
manquait d'instruments nécessaires à son

@

SORTANT DES TENEBRES. 491
Art; il est sûr qu'il ne viendrait jamais au
but qu'il se propose, & ne serait rien que
d'estropié & d'imparfait. Afin donc que
vos Ouvrages soient parfaits, ô Enfants de
l'Art, servez-vous de ce Feu instrumental,
par lequel seul toutes choses se font
parfaites. Ce Feu est répandu par toute la
Nature, car sans lui elle ne saurait agir,
& par tout où la vertu végétative est
conservée, là aussi ce Feu est caché. Ce
Feu se trouve toujours joint à l'Humide
radical des choses, & accompagne continuellement
le sperme cru des Corps:
Mais, quoi qu'il soit ainsi répandu par
toute la Nature inférieure, & dispersé dans
les Eléments, il ne laisse pas d'être inconnu
au monde, & ses actions ne sont pas assez
considérées. C'est ce Feu qui cause la corruption
des choses, car c'est un Esprit très
cru, ennemi du repos, qui ne demande
que la guerre & la destruction. C'est une
chose qu'on ne saurait trop admirer dans
la Nature que tout ce qui se trouve exposé
à l'Air, tout ce qui est dans l'Eau, ou
sous la Terre se réduit à rien, & retourne
dans son premier Cahos. Les Pierres les
plus solides, les plus fortes Tours, les plus
superbes Edifices, les Marbres les plus
durs, & tous les Métaux enfin, excepté
l'Or, sont réduits en poudre après une
longue suite de temps. Le Vulgaire ignorant

@

492 LA LUMIERE
a accoutumé d'attribuer une chose si
surprenante au temps qui dévore tout; &
cela vient de ce qu'il ignore ce qui est caché
dans les Eléments, & surtout dans
l'Air. C'est une flamme invisible & insensible,
qui insensiblement consume tout, &
l'enveloppe sous un profond silence. Ce
Feu dont nous parlons est dissous dans l'Air,
parce qu'il est tout aérien de sa Nature,
Par son Esprit cru il décompose les Mixtes,
& détruisant les Ouvrages de la Nature,
il réduit toutes choses dans leur premier
Etre par le moyen de la corruption:
C'est par lui que les couvertures de plomb
de certains Bâtiments, sont après un long
temps converties en une rouille blanche,
qui ressemble à la Céruse artificielle, &
qui étant lavée par l'eau des pluies, se
confond avec elle & se perd. Le Fer, tout
de même, est changé en scorie peu à peu,
& une partie après l'autre: Les cadavres
des Animaux, leurs ossements, les troncs
des Arbres, aussi bien que leurs racines
quasi terrifiées, les Marbres, les Pierres,
les Métaux, enfin tout ce qui est dans la
Nature tombe par succession de temps, &
est réduit au néant par cette seule Cause,
& par ce seul Feu secret.
Ce Feu est quelquefois appelé Mercure par les Philosophes, par une équivoque
de nom; parce qu'il est de nature aérienne,

@

SORTANT DES TENEBRES. 493
& que c'est une vapeur très subtile,
participant du Soufre avec lequel elle a
contracté quelque souillure; & nous disons
de bonne foi, Que qui connaît le
Sujet de l'Art, connaît aussi que c'est là
principalement que réside notre Feu, toutefois
enveloppé de fèces & d'impuretés;
mais il ne se communique qu'aux vrais Sages,
qui le savent constituer & purifier.
Il a tiré du Soufre une imperfection, &
une siccité adustible, qui fait qu'on doit
agir avec lui sagement & avec précaution,
si on veut s'en bien servir; autrement il devient
inutile. Faute de ce Feu, la Nature
cesse souvent d'agir dans les Corps, & où
l'entrée lui est déniée, là ne se fait aucun
mouvement vers la génération, la Nature
laissant son Ouvrage imparfait dès que
cet Agent n'a plus son action libre. Ce
Feu est dans un continuel mouvement, &
sa flamme vaporeuse tend perpétuellement
à corrompre, & à tirer les choses de
puissance en acte; comme il se voit dans
les Animaux, lesquels ne seraient jamais
portés à la génération, ne rechercheraient
jamais l'accouplement, & ne songeraient
jamais à la production de leurs semblables,
sans ce Feu prompt à se mouvoir, qui excite
& réveille leur propre feu lorsqu'il est
engourdi: C'est lui qui est la véritable
Cause du mouvement libidineux, par lequel

@

494 LA LUMIERE
l'Animal est porté à se joindre à son
semblable, & y est excité par un aiguillon
très piquant; ce qui fait qu'en certain
temps les Animaux sont tellement excités
à l'acte de la génération, que malgré tous
les obstacles, oubliant toute tristesse, &
méprisant toute douleur, ils s'y portent de
toute leur puissance, & en suivent tous les
mouvements avec joie. Qui des Hommes
serait assez fou pour souhaiter toutes les
saletés attachées à cet action? Qui voudrait
se donner toutes les peines qui servent
ordinairement de moyen pour y parvenir?
& Qui ne craindrait de s'exposer
aux maladies, qui dérivent de cette source,
si on n'y était forcé par un mouvement
violent, & entraîné par les Lois de la Nature.
C'est ce Feu, lequel répandu dans les
membres, agite tout le Corps, usurpant
un pouvoir tyrannique sur les facultés qui
lui sont soumises, & soumettant toute notre
volonté aux appétits de l'Ame; de
sorte qu'on peut dire, si quelqu'un résiste
à ses flammes, que ce n'est que par un secours
Divin, & par le frein d'une raison
toute-puissante. Cet Esprit très subtil s'insinue
dans les entrailles & les émeut fortement,
& par son feu allume toute la masse
du sang. C'est par sa chaleur que le Feu
interne est excité & comme invité au combat
de Vénus, car elle se porte avec violence

@

SORTANT DES TENEBRES. 495
aux Vases spermatiques, & les
échauffe tellement, que la Semence pleine
d'Esprits se dilatant, & rompant les bornes
de sa prison, ne demande qu'à être
jetée dans la matrice de la Femme, afin
de s'y multiplier dans son propre vaisseau,
en faisant passer sa vertu générative de
puissance en acte.
Ce Feu exerce un semblable pouvoir dans le Règne Végétable; mais, quoi
qu'il s'y trouve renfermé dans tous les
Corps, néanmoins, parce que les Eléments
y sont plus grossiers que dans le Règne
Animal, il n'est pas excité si aisément, &
il a besoin de l'industrie de l'Art, & qu'on
appelle à son secours l'Air, ou quelqu'autre
Elément, afin d'être rendu plus actif &
plus prompt à opérer: Ce qui se remarque
à l'arrivée du Printemps, & dans l'Eté,
car alors les pores des Corps étant ouverts,
ce Feu, répandu dans les Eléments
de l'Eau, de la Terre & de l'Air s'insinue
dans ces Corps, & fait voir son action
dans l'ouvrage de la végétation. Sans ce
feu la Nature, accablée sous le faix des
excréments, ne ferait que languir, au lieu
qu'étant réveillée par ce mouvement vif
& pressant, elle agit sans cesse; & devenue
plus vigoureuse, elle épand sa vertu
au long & au large.
On peut dire la même chose des Minéraux,
@

496 LA LUMIERE
& comme ils s'engendrent dans les
Cavernes de la Terre, il est aisé à cet Esprit
de feu de s'y conserver à cause de
la solidité des Lieux; ce qui fait que la
Nature y engendre plus commodément
les Métaux, surtout si les Lieux ont déjà
été purifiés par ce même Feu. Mais comme
il arrive quelquefois, à cause de la
froideur du Lieu, que les pores du Corps
sont bouchés, & que cela fait qu'ils demeurent
sans action, pleins d'obstructions
& d'excréments; alors cet Esprit est obligé
de vaguer dans ces antres, & y suscite
souvent des mouvements violents, après
avoir abandonné son Corps. Mais pour le
mieux faire connaître ce Feu, sache qu'il
s'enveloppe ordinairement d'excréments sulfureux;
parce qu'il appète la nature
chaude, & qu'il se revêt d'un habillement
salin, ce qui fait que la Terre étant pleine
de Soufres, les Métaux s'y engendrent
très aisément, pourvu que les autres Causes
matérielles y interviennent. Mais après
que la Nature a achevé la génération des
Corps métalliques, il ne se fait point de
multiplication à cause des empêchements
dont nous avons parlé ci-devant, & que
ce Feu s'évanouit subitement. De là vient
aussi que les Métaux, qui ont souffert le
feu de fusion, demeurent comme morts,
parce qu'ils sont privés de leur Moteur externe;
terne;
@

SORTANT DES TENEBRES. 497
& c'est ce qui oblige l'Artiste,
quand la Nature a cessé d'agir, de la secourir
en doublant ses poids, & en y introduisant
un plus grand degré de feu.
Enfin nous disons que ce Feu, à cause de la siccité sulfureuse dont il participe,
veut être humecté, afin de s'insinuer plus
librement dans le Sperme humide féminin,
& le corrompre par son humidité superflue;
mais à cause de sa qualité volatile
& sèche, il est très difficile de l'attraper,
& il faut le pêcher avec un ret bien délié
par un moyen qui soit propre à cela. C'est
dans cette occasion que l'Artiste doit connaître
parfaitement les sympathies des choses
& leurs propriétés, & qu'il doit être
versé dans la Magie naturelle. Le Menstrue
doit être aiguisé par ce Feu, afin que ses
forces en soient augmentées; & il ne suffit
pas à l'Artiste de connaître le Feu, il faut
encore qu'il sache l'administrer, & qu'il
entende parfaitement les degrés de sa proportion;
mais comme cela dépend de l'expérience
& de l'habileté des Maîtres, nous
n'en dirons pas davantage présentement.

pict
Tome III. T t
@

498 LA LUMIERE
==========================================

CHANT TROISIEME.
STROPHE IV.
C'est avec un tel Feu que l'Art, qui veut
imiter la Nature, doit travailler, & que l'un doit suppléer au défaut de l'autre. Nature commence, l'Art achève, & lui seul purifie ce que la Nature ne pouvait purifier. L'Art a l'industrie en partage, & la Nature la simplicité; de sorte que si l'un n'aplanit le chemin, l'autre s'arrête tout aussitôt.
CHAPITRE IV.
N Ous avons fait voir ci-dessus en quoi consiste l'habileté de l'Art, à savoir, à secourir la Nature, & surtout dans l'administration
du Feu, tant externe qu'interne.
Ce dernier sert pour l'abréviation
de l'Oeuvre, & consiste dans l'addition
d'un Soufre plus mûr & plus digeste, par
le moyen duquel la Sublimation Physique
se parfait entièrement; car le Feu augmente
le Feu, & deux Feux unis, échauffent
davantage & convertissent les Eléments
passifs en leur nature, bien plus aisément
que ne saurait faire un seul. C'est donc
un très grand artifice que de savoir secourir
le Feu par le Feu, & tout l'Art de

@

SORTANT DES TENEBRES. 499
la Chimie n'est autre chose que de bien
connaître les Feux, & les savoir bien
administrer.
Les Philosophes nous parlent dans leurs Livres de trois sortes de Feux, le Naturel
& l'Innaturel, & le Feu contre-nature.
Le Naturel est le Feu masculin, le principal Agent; mais pour l'avoir, il faut
que l'Artiste emploie tous ses soins &
toute son étude; car il est tellement languissant
dans les Métaux, & si fort concentré
en eux, que sans un travail très
opiniâtre, on ne peut le mettre en action.
L'Innaturel est le Feu féminin, & le Dissolvant universel, nourrissant les Corps,
& couvrant de ses ailes la nudité de la
Nature; il n'y a pas moins de peine à
l'avoir que le précédent. Celui-ci paraît
sous la forme d'une fumée blanche, & il
arrive très souvent que sous cette Forme
il s'évanouit par la négligence des Artistes.
Il est presque incompréhensible, quoique
par la sublimation Physique il apparaisse
corporel & resplendissant.
Le Feu contre-nature est celui qui corrompt le Composé, & qui le premier a la
puissance de dissoudre ce que la Nature
avait fortement lié. Il est voilé sous une
infinité de noms, afin d'être mieux caché
aux Ignorants, & pour bien le connaître,
T t ij
@

500 LA LUMIERE
il faut beaucoup étudier, lire & relire les
Auteurs, & comparer toujours ce qu'ils
disent avec la possibilité de la Nature. Il y
a outre cela divers Feux, comme de fumier,
de bain, de cendres, d'écorces
d'Arbres, de noix, d'huile, de lampe
& autres qui tous sont compris mystiquement
sous la Catégorie de ces trois Feux,
ou par eux-mêmes, ou en partie, ou en
tant qu'unis ensemble; mais parce qu'il faudrait
un gros volume pour expliquer tous
ces noms, & plusieurs autres encore qui
se trouvent dans les Livres, il suffira pour
le présent, & dans le dessein que nous
avons d'éviter la prolixité, d'en avoir
donné quelque idée, d'autant mieux que
notre Poète a si clairement décrit les propriétés
de ce Feu, qu'il semble n'être pas
besoin d'un plus grand éclaircissement.

pict
@

SORTANT DES TENEBRES. 501
==========================================

CHANT TROISIEME.
STROPHE V.
A quoi donc servent tant & tant de Substances
différentes dans des Cornues, dans des Alambics, si la Matière est unique aussi bien que le Feu? Oui, la Matière est unique, elle est par tout, & les Pauvres peuvent l'avoir aussi bien que les Riches. Elle est inconnue à tout le monde, & tout le monde l'a devant les yeux; elle est méprisée comme de la boue par le Vulgaire ignorant, & se vend à vil prix; mais elle est précieuse au Philosophe, qui en connaît la valeur.
CHAPITRE V.
P Resque tous les Philosophes conviennent entr'eux sur l'unité de la Matière, & affirment unanimement qu'elle est une
en nombre & en espèce; mais plusieurs
entr'eux entendent parler de la Matière
Physique, qui est une Substance mercurielle,
& à cet égard ils disent qu'elle est
une, parce qu'en effet il n'y a qu'un seul
Mercure en toute la Nature, quoi qu'il
contienne en soi diverses qualités, par
lesquelles il varie, selon la diverse domination
& altération de ces qualités. Pour

@

502 LA LUMIERE
moi, je n'entends point ici cette sorte d'unité,
mais celle qui regarde le Sujet Physique,
que l'Artiste doit prendre à la main,
& qui sans aucune équivoque est unique;
car notre Oeuvre ne se fait point de plusieurs
Matières, l'Art n'étant pas capable
de mêler les choses avec proportion, ni de
connaître les poids de la Nature. Il n'y a
donc qu'une Nature, qu'une Opération,
& enfin qu'un seul Sujet, lequel sert de base
à tant d'Opérations merveilleuses.
Ce Sujet se trouve en plusieurs lieux, & dans chacun des trois Règnes; mais si
nous regardons à la possibilité de la Nature,
il est certain que la seule Nature métallique
doit être aidée de la Nature, & par
la Nature: C'est donc dans le Règne minéral
seulement où réside la Semence métallique,
que nous devons chercher le
Sujet propre à notre Art, afin de pouvoir
opérer facilement. Mais quoi qu'il y ait
plusieurs Matières de cette sorte, il y en
a une pourtant qu'il faut préférer aux autres:
il y a divers âges dans l'Homme,
mais l'âge viril est le plus propre à la génération:
Il y a diverses Saisons dans l'année,
mais l'Automne est le plus propre à
cueillir la moisson: Enfin, il y a divers,
Luminaires dans le Ciel, mais le Soleil
est le seul propre à illuminer. Apprends donc
à connaître quelle est la Matière la plus

@

SORTANT DES TENEBRES. 503
propre, & choisis la plus facile. Nous rejetons
surtout, toutes les Matières, dans
lesquelles l'Essence métallique n'est pas
renfermée, non-seulement en puissance,
mais aussi en acte très réel, & ainsi tu n'erreras
pas au choix de ta Matière. Où n'est
pas la Splendeur métallique, là ne peut
être la Lumière de notre Sperme. Laisse
donc chacun dans son erreur, & prends
garde de te laisser surprendre aux fourberies,
& aux illusions, si tu veux réussir
dans ton dessein: Et saches certainement
que tout ce qui est nécessaire à l'Art est
renfermé dans ce seul & unique Sujet. Il
est vrai qu'il faut aider la Nature afin qu'elle
fasse mieux son ouvrage, & qu'elle l'achève
plus promptement, & cela par un
double moyen lequel, sur toutes choses,
il te faut connaître.
Ce Sujet non-seulement est un, mais il est outre cela méprisé de tout le monde,
& à le voir on n'y reconnaît aucune excellence.
Il n'est point vendable, car il
n'est d'aucun usage hors l'Oeuvre Philosophique,
& lorsqu'il est dit par les Philosophes
que toute Créature en use,
qu'il se trouve dans les boutiques, & qu'il
est connu de tout le monde, ils entendent
par là ou l'Espèce ou la Substance interne
du Sujet, qui, étant mercurielle, se trouve
en toutes choses. Bien des Gens l'ont

@

504 LA LUMIERE
souvent dans leurs mains, & le rejettent
par ignorance, ne croyant pas qu'il puisse
y avoir rien de bon en lui, comme il m'est
arrivé plusieurs fois à moi-même. Mais
afin de te le marquer plus clairement, voici
une nouvelle leçon que je vais te donner.
Sache donc que le Soufre Philosophique
n'est autre chose que le Feu très
pur de la Nature, dispersé dans les Eléments,
& renfermé par cette même Nature
dans notre Sujet, & dans plusieurs autres,
où il a déjà reçu quelque coction, par
laquelle il est en partie congelé & fixé;
toutefois sa fixité n'est encore qu'en puissance,
parce qu'il est enveloppé de beaucoup
de vapeurs volatiles, qui sont cause
qu'il s'envole aisément & s'évanouit dans
les airs: Car lorsque dans un Sujet la partie
volatile surmonte la fixe, toutes deux
deviennent volatiles, & cela est selon les
règles, & la possibilité de la Nature. Cette
Lumière ne se trouve donc point actuellement
fixe sur la Terre, sans être surmontée
des qualités contraires, hormis dans
l'Or; ce qui fait que l'Or est le seul de
tous les Corps où les Eléments sont dans
une proportion égale, & par conséquent
fixe & constant au feu. Mais lorsque cette
vertu fixe est surmontée par une plus grande
partie volatile de même nature qu'elle,
& qu'elle se trouve jointe à des excréments
vaporeux
@

SORTANT DES TENEBRES. 505
vaporeux, alors elle perd cette fixité pour
un temps, quoi qu'elle l'ait toujours en
puissance. Notre Soufre, lequel est requis
pour l'Oeuvre, est la splendeur du Soleil,
& de la Lune de la nature des Corps
Célestes, & revêtu d'un semblable Corps.
Ainsi il faut que tu cherches soigneusement
en quel Sujet cette splendeur peut
être & s'y peut conserver, & sache que
là où est cette splendeur, là est la Pierre
tant recherchée. Il est de la nature de la
Lumière de ne pouvoir paraître à nos
yeux sans être revêtue de quelque Corps,
& il faut que ce Corps soit propre aussi à
recevoir la Lumière: Là où est donc la
Lumière là doit aussi être nécessairement
le véhicule de cette Lumière. Voilà le
moyen le plus facile pour ne point errer.
Cherche donc avec la lumière de ton esprit,
la Lumière qui est enveloppée de Ténèbres,
& apprends de là que le Sujet le
plus vil de tous, selon les Ignorants, est
le plus noble selon les Sages, puisqu'en
lui seul la Lumière repose, & que c'est
par lui seul qu'elle est retenue & conservée.
Il n'y a aucune nature au monde, excepté
l'Ame raisonnable, qui soit si pure
que la Lumière, ainsi le Sujet qui contient
la Lumière doit être très pur, & le
Vase, qui doit servir à tous les deux, ne
doit pas non plus manquer de pureté. Voilà
Tome III. * V v
@

506 LA LUMIERE
comment dans un Corps très abject est
renfermée une chose très noble, & cela
afin que toutes choses ne soient pas connues
de tous.

==========================================

CHANT TROISIEME.
STROPHE VI.
C'est cette Matière, si méprisée par les
Ignorants, que les Doctes cherchent avec soin, puisqu'en elle est tout ce qu'ils peuvent désirer. En elle se trouvent conjoints le Soleil & la Lune, non les vulgaires, non ceux qui sont morts. En elle est renfermé le Feu, d'où ces Métaux tirent leur vie; c'est elle qui donne l'Eau ignée, qui donne aussi la Terre fixe; c'est elle enfin qui donne tout ce qui est nécessaire à un Esprit.
CHAPITRE VI.
N Otre Poète continue dans ce Chapitre d'enseigner à sa manière ordinaire ce que nous avons déjà dit du Sujet
de l'Art; mais afin de ne pas ennuyer par
des répétitions, nous dirons seulement ici
que dans ce Sujet sont renfermés le Sel,
le Soufre & le Mercure des Philosophes,
lesquels doivent être extraits l'un après
l'autre par une Sublimation Physique parfaite

@

SORTANT DES TENEBRES. 507
& accomplie: Car d'abord on doit
tirer le Mercure en forme de vapeur ou
de fumée blanche, & enduite dissoudre
l'Eau ignée, ou le Soufre par le moyen
de leur Sel bien purifié, volatilisant le fixe,
& conjoignant les deux ensemble dans une
union parfaite. A l'égard de cette Terre
fixe, dont notre Poète dit qu'elle est contenue
dans notre Sujet, nous disons qu'en
elle gît la perfection de la Pierre, le véritable
Lieu de la Nature, & le Vaisseau où
se reposent les Eléments. C'est une Terre
fusible & ignée, très chaude & très pure,
laquelle doit être dissoute & inhumée,
pour être rendue plus pénétrante, & plus
propre à l'usage des Philosophes, & pour
être enfin le second Vaisseau de toute la
perfection. Car comme il est dit au sujet
du Mercure que le Vaisseau des Philosophes
est leur Eau, aussi peut-on dire à l'égard
de cette Terre, que le Vaisseau des
Philosophes est leur Terre. La Nature,
comme une prudente Mère, t'a donné,
mon cher Lecteur, dans ce seul Sujet tout
ce que tu peux désirer afin que tu en tires
le noyau, & que tu le prépares pour ton
usage.
Cette Terre, par sa Sécheresse ignée & innée, attire à soi son propre Humide, &
le consume; & à cause de cela elle est
comparée au Dragon qui dévore sa queue.
V u ij
@

508 LA LUMIERE
Au reste elle n'attire & n'assimile à soi son
Humide que parce qu'il est de sa même
nature. Par où se découvre la sottise de
ceux qui essayent vainement d'unir & de
congeler par le moyen de leurs Eaux, des
choses tout-à-fait opposées & aussi éloignées
entr'elles, que le Ciel l'est de la
Terre, dans lesquelles il ne se fait pas la
moindre attraction. La chaleur externe
n'est pas capable de congeler l'Eau, à
quelque degré que soit mise cette chaleur;
bien loin de cela, elle la dissout, & la raréfie
en l'élevant dans les airs. Mais la chaleur
interne de notre Terre Physique opère
bien plus naturellement; aussi en arrive-
t-il une sûre & parfaite congélation.

pict
@

SORTANT DES TENEBRES. 509
==========================================

CHANT TROISIEME.
STROPHE VII.
Mais au lieu de considérer qu'un seul Composé
suffit au Philosophe, vous vous amusez, Chimistes insensés, à mettre plusieurs Matières ensemble; & au lieu que le Philosophe fait cuire à une chaleur douce & solaire, & dans un seul Vaisseau, une seule Vapeur qui s'épaissit peu à peu, vous mettrez au feu mille ingrédients différents; & au lieu que Dieu a fait toutes choses de rien, vous au contraire, vous réduisez toutes choses à rien.
CHAPITRE VII.
N Otre Auteur se moque en cet endroit de tous les vains travaux des Chimistes vulgaires, & surtout de ceux
qui travaillent sur diverses Matières à la
fois; ce qui répugne entièrement à la vérité
de la Science; car ces Substances sont
séparées ou par la Nature ou par l'Art: Si
c'est par la Nature, quoi qu'ils fassent,
ils ne pourront jamais conjoindre ce que
la Nature a disjoint, & toujours la Substance
aqueuse surnagera; ce qu'il y a
même à considérer, c'est qu'ils ne connaîtront
jamais le juste poids, parce qu'ils
V u iij
@

510 LA LUMIERE
n'ont pas en leur pouvoir la balance de la
Nature, laquelle, par ses attractions, pèse
les Essences des choses; & ainsi il arrivera
que ces Ignorants, bien loin de fortifier
ces attractions, les détruiront, ne considérant
pas que l'estomac de l'Animal attire
seulement ce qui lui est nécessaire, &
rejette le reste par les excréments. Il leur
est donc impossible de connaître ce véritable
poids & par conséquent leur erreur
est sans remède; car prenant des choses
contraires & déjà séparées par la Nature,
dans lesquelles il ne se peut faire d'attraction,
jamais le poids ne se trouvera.
Que si ces Substances sont séparées par l'Art, le poids de la Nature ne s'y trouvera
pas non plus, étant détruit & dissipé
par la discontinuité des Eléments, & une
partie demeurera toujours séparée de l'autre.
Ainsi ceux-là n'errent pas moins, qui,
prenant deux Matières, prétendent les travailler,
les purifier & les conjoindre par
leurs sophistiques opérations, que ceux
qui, ne prenant qu'un seul Sujet, le divisent
en plusieurs parties, & par une vaine
Dissolution croient les réunir derechef.
Notre Art ne consiste point en pluralité,
& quoi qu'il soit ordonné presque dans tous
les Traités des Philosophes de prendre
tantôt une chose & tantôt une autre, à
savoir une partie fixe & une partie volatile,

@

SORTANT DES TENEBRES. 511
ou bien de prendre de l'Or ou
quelqu'autre Corps, le purifier, le calciner
& le sublimer, tout cela n'est que
tromperie & qu'un pur mouvement d'envie
pour abuser les Hommes; mais quand
ils auront reconnu leurs erreurs par leur
propre expérience, alors ils verront que
je n'ai enseigné que la vérité.

==========================================

CHANT TROISIEME.
STROPHE VIII.
Ce n'est point avec les Gommes molles ni
les durs Excréments, ce n'est point avec le Sang ou le Sperme humain; ce n'est point avec les Raisins verts, ni les Quintessences herbales, avec les Eaux fortes, les Sels corrosifs, ni avec le Vitriol Romain, ce n'est pas non plus avec le Talc aride, ni l'Antimoine impur, ni avec le Soufre, ou le Mercure, ni enfin avec les Métaux même du vulgaire qu'un habile Artiste travaillera à notre grand Oeuvre.
CHAPITRE VIII.
C Eux qui travaillent sur les Animaux, les Végétaux, & surtout ce qui en dépend, se trompent fort lourdement; &
V u iiij
@

512 LA LUMIERE
quiconque peut s'imaginer de telles choses,
n'est pas digne de porter le nom de
Philosophe: Car quelle convenance, je
vous prie, y a-t-il entre les Animaux &
les Métaux, soit matérielle, soit formelle?
Diront-ils, pour s'excuser, que les Animaux,
les Végétaux, & les Minéraux ont
un même Principe de Substance en général,
étant tous sortis d'un seul & même
Cahos? De tels Ignorants ne connaissent
guères la Nature, & n'ont jamais aperçu
sa Lumière; aussi serait-ce du temps perdu
que de s'amuser à réfuter une si vaine
opinion, d'autant plus qu'on ne doit jamais
disputer contre ceux qui nient les Principes.
On se contente donc de leur dire,
Qu'au lieu d'entreprendre tant de vaines
Opérations sur des raisons aussi faibles, il
leur serait encore plus pardonnable d'anatomiser
les Eléments de l'Air ou de l'Eau
commune, dans lesquels ils pourraient
trouver ces mêmes Substances & moins
souillées d'excréments. On peut dire la
même chose à ceux qui s'amusent à travailler
sur les Gommes & sur les Raisinés, qui
ne sont proprement que des excréments de
l'Humide radical des Végétaux, que la
Nature a rejeté comme une superfluité:
Ce n'est pas qu'il n'y ait eu quelque légère
altération des Eléments, & qu'elles ne renferment
quelque vertu spécifique, capable

@

SORTANT DES TENEBRES. 513
d'action; mais que cela elle bien éloigné
de la Nature minérale, dans laquelle seule
on doit chercher ce qu'il faut pour notre
Oeuvre.
Ceux-là se précipitent encore dans un abîme d'erreurs qui travaillent sur les Sels,
& sur les Eaux fortes & corrosives; car
ces choses n'ont point en elles cet admirable
Soufre Physique, la Nature n'étant jamais
que dans sa propre nature; & de plus,
elles n'ont point cette splendeur métallique
qu'il nous faut nécessairement trouver. Ces
sortes d'Eaux ne sauraient jamais nous
être utiles, car ce sont des Humidités
contre nature qui la dissipent & la détruisent
par leurs impuretés, & leurs Esprits
puants; & bien loin de nous servir de leur
ministère pour notre Art, nous devons au
contraire les éviter comme une peste.
Mais que dirons-nous de ceux qui travaillent sur le Vitriol? car il semble qu'ils
ont touché droit au but, le Vitriol contenant
en soi les Principes desquels se forme
l'Essence Métallique: & ainsi ayant le principe,
il n'est pas malaisé d'arriver à la Fin.
Nous disons qu'ils se trompent comme les
autres, parce que ce Principe est trop
éloigné, & qu'il nous faut prendre une
Matière prochaine & spécifiée, dans laquelle
la Nature ait pesé ses Spermes, &
ait renfermé une Semence prolifique. Or

@

514 LA LUMIERE
le Vitriol ne contenant point cette Semence
métallique, laquelle, comme nous avons
dit, ne se trouve pas dans le Sang encore
cru, mais seulement dans un Corps amené
à un certain terme de perfection, c'est
à bon droit qu'il est rejeté, & qu'il ne
peut être pris pour notre Matière. Il en est
de même du Soufre & de l'Argent vif vulgaires,
en chacun desquels il manque quelque
chose, savoir en celui-ci l'Agent
propre, & en l'autre la Matière due, ou
le Patient; à cause de quoi ils sont rejetés
de tous les Philosophes. Il faut dire encore
la même chose des autres Minéraux,
dans lesquels on ne saurait trouver cette
splendeur & cette Essence métallique,
dont nous avons parlé.
Mais pour ce qui regarde l'Antimoine, il semble qu'il soit en état de nous donner
ce que nous cherchons; car il a une si
grande affinité avec les Métaux, qu'on
peut dire que c'est proprement un Métal
cru: Cependant, si nous examinons sa
composition intrinsèque, il est certain que
nous trouverons qu'il a de très grandes
superfluités, & entr'autres une humidité
grossière & indéfinie, qu'il est très difficile
à l'Art de purifier, à cause que sa nature
est trop déterminée au Saturne, étant
proprement un Plomb ouvert & cru, transmué
par l'opération de la Nature, ce qui

@

SORTANT DES TENEBRES. 515
a obligé les Philosophes de défendre qu'on
s'y attachât, ni qu'on travaillât sur lui.
Ceux qui travaillent sur les Métaux, errent encore beaucoup dans le choix
de la Matière prochaine qu'il faut prendre;
car étant unique, il n'est pas nécessaire
de s'amuser par trop de raffinement
à faire des Amalgames, ni aucune
autre vaine mixtion: Mais comme
nous avons déjà traité de leur Génération
& des Causes de leur imperfection, laquelle
les empêche d'être propres pour notre
Oeuvre, nous renverrons le Lecteur à ce
qui en a été dit.
Pour la conclusion de ce Chapitre, nous avertirons ici le Fils de la Science, qu'il
doit profiter des expériences d'autrui, &
se mettre en tête que puisque tant de Gens
ont travaillé sur les Minéraux, par une infinité
d'Opérations différentes, sans pourtant
happer au but, il faut nécessairement
qu'ils aient erré à l'égard des Principes,
& des Fondements de l'Art, comme le
Comte Bernard le justifie par sa propre expérience,
nous apprenant qu'il a voyagé
presque par tout le Monde sans jamais
trouver que des Opérateurs sophistiques,
lesquels ne travaillaient pas en Matière
due, mais toujours sur de mauvaises Matières,
toutes lesquelles il nomme, & condamne
en même temps comme inutiles

@

516 LA LUMIERE
pour l'Oeuvre. Il faut donc qu'il y ait une
autre Voie, & une autre Matière, que les
yeux du Vulgaire ne discernent point; car
si la Matière était une fois connue, il est
certain qu'après beaucoup d'erreurs, on
trouverait enfin le secret de la bien travailler;
mais on voit qu'ils ne la connaissent
pas, à cela particulièrement qu'ils se
jettent d'erreur en erreur, sans pouvoir jamais
s'en dépêtrer, ni discerner la moindre
vérité: Ils ont toujours dans les mains
des Métaux & des Minéraux, & ne Savent
point lesquels sont vifs, lesquels sont
morts, lesquels sont sains, lesquels sont
malades, & de cette ignorance naît encore
une infinité d'autres erreurs, jusqu'à ce
qu'après s'être longtemps flattés inutilement,
perdant enfin tout espoir, ils ne
songent plus qu'à tromper les autres.

pict
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SORTANT DES TENEBRES. 517
==========================================

CHANT TROISIEME.
STROPHE IX.
A quoi servent tous ces divers mélanges?
puisque notre science renferme tout le Magistère dans une seule Racine, que je vous ai déjà assez fait connaître, & peut- être plus que je ne devais. Cette Racine contient en elle deux Substances, qui n'ont pourtant qu'une seule Essence; & ces Substances, qui ne sont d'abord Or & Argent qu'en puissance, deviennent enfin Or & Argent en acte, pourvu que nous sachions bien égaliser leurs poids.
CHAPITRE IX.
C Omme notre Auteur parle ici de l'égalité des poids, nous nous croyons obligés, nonobstant ce que nous en avons
déjà dit, d'en instruire de nouveau le Lecteur
studieux.
C'est l'office de l'Art & non de la Nature d'observer exactement le poids en
toutes choses. Mais quand la Nature a
déjà ses propres poids, comme nous l'avons
fait voir dans le Chapitre septième,
la même Doctrine nous apprend à accommoder
nos poids aux poids de la Nature,

@

518 LA LUMIERE
& d'y travailler comme elle fait, par voie
de purification & d'attraction; c'est-à-dire,
que quand nous avons bien purifié nos
Substances, & que de la Nature terrestre
nous les avons élevées à la dignité céleste,
dans le même moment, & par la force
de l'attraction nous pesons nos Eléments
dans une si juste proportion, qu'ils demeurent
comme balancés, sans qu'une partie
puisse surpasser l'autre; car lorsqu'un
Elément égale l'autre en vertu, en sorte,
par exemple, que le Fixe ne soit point surmonté
par le volatil, ni le Volatil par le
Fixe, alors de cette harmonie naît un juste
poids, & un mélange parfait. Cette égalité
de poids se voit manifestement dans
l'Or vulgaire, & c'est ce qui fait que les
vertus des Eléments demeurent tranquilles
en lui, sans qu'aucun domine sur l'autre;
mais au contraire, leur force, étant unie
par ce moyen, il est capable de résister à
toutes les qualités contraires des Eléments
survenant du dehors. Dans notre Oeuvre
tout de même, lorsqu'un pareil mélange
est achevé, nous pouvons dire que nous
avons le véritable Or vif des Philosophes
parce que la vie est bien plus abondamment
en lui que dans l'Or vulgaire, &
qu'il est tout rempli d'Esprits, en sorte
qu'on peut le regarder aussitôt comme un
vrai Mercure, que comme un Soufre.
Cela doit suffire au sujet des poids.

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SORTANT DES TENEBRES. 519
CHANT TROISIEME.
STROPHE X.
Oui, ces Substances se font Or & Argent
actuellement, & par l'égalité de leurs poids, le volatil est fixé en Soufre d'or. O lumineux! ô véritable Or animé! j'adore en toi toutes les merveilles & toutes les vertus du Soleil. Car ton Soufre est un trésor, & le véritable fondement de l'Art, qui mûrit en Elixir ce que la Nature mène seulement à la perfection de l'Or.
CHAPITRE X.
L Es Philosophes ont écrit plusieurs choses touchant la vertu de leur Soufre, ou Pierre cachée; & comme, en cette
occasion, ils n'ont point déguisé la vérité,
mais au contraire l'ont éclaircie le
plus qu'ils ont pu, le Lecteur pourra s'instruire
suffisamment dans leurs Livres, où
il trouvera que ce n'est autre chose que
l'Humide radical de la Nature, revêtu &
enrichi des qualités du Chaud inné, lequel
a le pouvoir d'opérer des choses admirables,
& même incroyables; démontrant
puissamment ses vertus dans les trois Règnes.
Nous avons déjà fait voir ce qu'il

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520 LA LUMIERE
peut opérer sur les Animaux: A l'égard
des Végétaux, il est sans doute qu'il peut
en étendre si fort la vertu, qu'un Arbre
portera du fruit trois ou quatre fois l'année,
& bien loin que ses forces en soient
diminuées, elles en seront augmentées;
car c'est un Soleil terrestre qui épand sans
cesse ses fertiles rayons du Centre à la Circonférence,
fortifiant si puissamment la Nature,
qu'elle multiplie au centuple. On
voit que les Jardiniers ont bien su trouver
le secret d'avoir des Roses tous les
mois, & de multiplier assez leur vertu
pour la faire aller au-delà du terme ordinaire:
Pourquoi donc, par une confortation
encore plus grande, ne fera-t-on, pas
croître & multiplier les autres Végétaux?
Et pour ce qui est des Minéraux, ne doit-
on pas croire qu'il fera encore dur eux
de bien plus grands effets, puisqu'ils ont
beaucoup plus de convenance avec sa nature
fixe, & que ces effets-là seront mille
fois plus admirables que ne disent les Auteurs,
dont la plupart ne l'ont pas bien
su, & les autres l'ont exprès enveloppé
sous le silence? Quoiqu'il en soit, nous
soutenons que par le moyen de ce grand
Secret, il sera possible à un habile Artiste
d'étendre si loin la force & la vertu des
choses, que ce qu'il opérera, paraîtra miraculeux,
surnaturel, surtout s'il sait
bien
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SORTANT DES TENEBRES. 521
bien se prévaloir de la connaissance qu'il
aura des vertus sympathiques.
A l'égard de ce qu'on dit que par notre Pierre, le Verre est rendu malléable, la
chose est fort incertaine, quoique par raison
elle soit possible, puisque la malléabilité
ou l'extension provient d'une certaine
oléaginité fixe & radicale, qui conglutine
les choses, & les unit par leurs plus petites
parties, en quoi notre Pierre abonde
extrêmement. Le verre étant donc une
très pure portion de terre & d'eau privée
de son Humide radical, comme nous avons
fait voir au Chapitre du Mercure, il ne
serait pas surprenant qu'en lui redonnant
un nouvel Humide radical, ses parties se
conglutinassent, & fissent ensemble un certain
Etre homogène. Enfin une infinité de
miracles se peuvent faire par cette voie-là,
lesquels ne seront pourtant que l'effet de
la simple Magie naturelle, mais que les
Ignorants croiront être des productions du
Démon, ne faisant pas réflexion que c'est
un sacrilège & une impiété que d'attribuer
à ce malin Esprit ce qui est dû à la seule
Nature, ou à l'Auteur de la Nature.
Au lieu d'Epilogue, nous avertissons seulement le Lecteur, que s'il lit ces choses
dans l'esprit d'une sage curiosité,
avec le désir de s'instruire, nous voulons
bien consacrer avec joie cet Ecrit à son
Tome III. * X x
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522 LA LUMIERE
loisir, afin qu'il en puisse retirer le fruit
qu'il souhaite, à proportion de l'étendue
& de la capacité de son esprit, ce que
nous prions Dieu de lui accorder. Mais il
doit savoir aussi que tout Don parfait
vient du Père des Lumières, & qu'il est
écrit que la Sapience n'entrera jamais dans
une Ame souillée, & qu'on aura beau
avoir l'esprit subtil, ou une profonde érudition,
si le Très-Haut ne daigne regarder
en pitié ceux qui l'invoqueront en sincérité
de coeur, & ne leur accorde gratuitement
ce grand Don. Quiconque donc
s'approchera sans cette véritable disposition,
s'en retournera sans aucun fruit. Nous
protestons au reste que si nous avons avancé
quelque chose contre la Foi Catholique
& Chrétienne, directement ou indirectement,
nous voulons que cela soit tenu
pour non écrit; reconnaissant que le
principal point du Philosophe est de marcher
selon la règle de JESUS-CHRIST le
Rédempteur, & de craindre sur toutes
choses Dieu notre Souverain Juge.

F I N du Troisième Volume.
TABLE
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pict

T A B L E
Des Chapitres contenus dans ce Troisième Volume.
L ES douze Clefs de Philosophie de Frère Basile Valentin, Religieux de l'Ordre de Saint Benoît, page 1
Avant-Propos. Livre I.
Livre II. Première Clef de l'Oeuvre des
Philosophes, de la Préparation de la première Matière, 23 Deuxième Clef de l'Oeuvre des Philoso-
phes, 27 3e Clef de l'Oeuvre des Philosophes, 30 4e Clef de l'Oeuvre des Philosophes, 33 5e Clef de l'Oeuvre des Philosophes, 36 6e Clef de l'Oeuvre des Philosophes, 40 7e Clef de l'Oeuvre des Philosophes, 43 8e Clef de l'Oeuvre des Philosophes, 47 9e Clef de l'Oeuvre des Philosophes, 56 10e Clef de l'Oeuvre des Philosophes, 61 11e Clef de l'Oeuvre des Philosophes, 65 12e Clef de l'Oeuvre des Philosophes, 68 De la première Matière de la Pierre des
Philosophes, 70 Livre III. Contenant en abrégé une Répétition
de tout ce qui est enseigné dans les
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T A B L E
Traité des douze Clefs de la Pierre précieuse des Philosophes, 72 Du Mercure. Premier Principe de L'Oeuvre
des Philosophes, 75 Du Soufre. Second Principe de l'Oeuvre
des Philosophes, 76 Du Sel; Troisième Principe de l'Oeuvre
des Philosophes, 77 Première Addition, contenant les Enseignements
de l'Oeuvre des Philosophes,81 Seconde Addition, pour les mêmes Opérations.
ibid; L'Azot, ou le Moyen de faire l'Or caché
des Philosophes, du Frère Basile Valentin. Première Partie. 84 L'Azot, ou le Moyen de faire l'Or caché
des Philosophes, Seconde Partie. 155 La Table d'Emeraude d'Hermès, ou les
Paroles des Secrets de ce Philosophe158 Les Paroles d'Hermès dans son Pimandre.
160 Le Symbole du Frère Basile Valentin, 161 Le Symbole nouveau, 162 Matière Première, 165 Opération du Mystère Philosophique. Première
Figure, 167 Seconde Figure, 168 Troisième Figure, ibid. Quatrième Figure, 169 Cinquième Figure, 170 Sixième Figure, 172
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T A B L E
L'Oeuvre Universel des Philosophes, 174 Déclaration d'Adolphe, 175 Le Symbole de Saturne, 179 L'ancienne Guerre des Chevaliers, ou le
Triomphe Hermétique, 181 Entretien d'Eudoxe & de Pyrophyle sur
l'Ancienne Guerre des Chevaliers, 204 Lettre aux vrais Disciples d'Hermès, con-
tenant six principales Clefs de la Philo- sophie secrète, 293 La Lumière sortant par soi-même des
Tenebres, 322 Poème sur la Composition de la Pierre des
Philosophes, traduits de l'Italien, avec un Commentaire, Chant Premier; ibid. Chant deuxième, 326 Chant Troisième, 329 Avant Propos, 334 Chant Premier, Strophe I. 351 Chant Premier, Strophe II. 361 Chant Premier, Strophe III. 381 Chant Premier, Strophe IV. 381 Chant Premier, Strophe V. 390 Chant Premier, Strophe VI. 401 Chant Premier, Strophe VII. 409 Chant Deuxième, Strophe I. 421 Chant Deuxième, Strophe II. 432 Chant Deuxième, Strophe III. 441 Chant Deuxième, Strophe VI. 454 Chant Deuxième, Strophe V. 458 Chant Deuxième, Strophe VI. 461
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