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Réfer. : AL0005
Auteur : Anonyme.
Titre : Discours d'autheur incertain sur la Pierre des Philosophes.
S/titre :

Editeur : Mss BN 19957.
Date éd. : 1590 .


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Discours d'Auteur Incertain

sur la pierre des philosophes





Ref. B.N. F.F No 19957 Ancien st Germain français.
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L'an de grâce 1588 du règne de Henry Trois Roi de France et de Pologne.

Et le douzième jour du mois de mai: lorsque tout le peuple s'était mutiné et mis en armes en très dangereux péril dedans la ville
de Paris en laquelle je faisait ma demeurance avec toute ma famille.
Etant atteint d'une humeur mélancolique et rempli de tristesse pour
passer le temps je m'en allai dedans le beau et plaisant jardin de
Monsieur de Meucra, et là etant attentif à contempler l'ingénieuse et
artificielle fontaine il y survint incontinent deux philosophes l'un
desquels etait Anglois homme prudent sage et de grande litterature agé
de soixante et huit ans et l'autre etait Espagnol d'un esprit très
subtil songeur mélancolique et parlant peu, agé de cinquante deux ans.
Et comme une parole attire l'autre nous entrames en discours sur la
saison du temps et accidents survenus en la ville à l'improviste et
portant très grande conséquence. Mais enfin tant làs de nous promener
nous retournames à la susdite fontaine et etant assis l'un près de
l'autre ces deux docteurs commencèrent à disputer ensemble de la
grande médecine Elixir ou pierre des philosophes et après un long
discours duquel ils n'etaient d'accord (comme ordinairement on voit
advenir en telles disputes) enfin le philosophe Anglais se tournant
vers moi me dit ainsi: que vous semble de nos discours, vous delectez
vous point d'un tant honnète et vertueux art, à quoi je fit reponse
disant: certainement non encore que j'en ai été semond et invité par
plusieurs de mes amis lesquels à ce qu'ils disent y prennent grand
plaisir et y travaillent ordinairement. Mais d'autant que j'ai oui
dire à gens bien sages que c'est une chose tant grande et quasi
impossible à finir et qu'il faut ètre bien savant et profond en
philosophie et riche pour y dependre et moi qui suis mal garni de
telles perfections et comme n'en n'ayant point du tout et considérant
que comme les choses naturelles et les causes d'icelles soient difficiles
et fortes à investiger et savoir à plus forte raison celles qui
sont supernaturelles soient très fortes et très difficiles comme de
tout nous ignorons la cause d'icelles ou parce qu'elle n'en a point et
lors on /Ibis ne la doit pas acquerrir et moi n'ayant jamais étudié en
la philosophie je suis du tout ignorant en cette science et en toutes autres et pour vous en dire la vérité je n'y crois nullement. D'autant
que j'ai oui dire à plusieurs personnes qui y ont travaillé que jamais
n'y ont rien trouvé ni oui dire à homme vivant avoir vu personne ètre
arrivé à telle perfection, de sorte que j'ai quelque occasion d'ètre
un peu froid pour entreprendre une telle oeuvre que chacun dit ètre le
grand oeuvre de la secrète philosophie.

Lors le philosophe Espagnol dit ainsi :
Si plut à Dieu que j'eusse fait ainsi sur mon commencement et lorsqu'il m'en fut parlé la première fois il m'en serai de mieux de
plus de six mille ducats et vingt cinq ans de mon temps que j'ai perdu
et rien trouvé pour avoir cru légèrement.

Je ne m'en ébahi pas (ce dit le philosophe Anglais) d'autant que vous n'avez jamais fait choses que sophistiques et hanté gens faux et
larrons et pleins de deceptions. Mais ainsi que j'ai oui dire et
accertener à un religieux et saint homme lequel avait cette perfection
qu'il n'y faut pas tant de depenses ni tant de mystères principalement

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quand l'artiste a connaissance des principes de nature et racines de
métaux ainsi pareillement je le crois et si vous eussiez etudié dedans
les bons livres vous n'eussiez pas été si tôt trompé. Mais la principale
chose de cette erreur est la presomption et perverse avarice de
quoi s'en ensuit que cet art sacré est quasi blame de tous et tenu
pour frivole.

Lors je me prit à sourire et lui me dit :
De quoi riez vous et je lui dit de quoi vous dites art sacré, à quoi il fait réponse en levant les yeux au ciel: art sacré voirement
science divine et si voulez croire à mes paroles lesquelles sont
véritables et sans dissimulations je vous en dirai ce que j'en ai vu
et touché de mes mains.

Lors je lui dit :
Je vous en prie très humblement.
La ou s'etant levé debout et avec le doigt de la foi donnant témoignage commenca ainsi à dire :

Vous devez entendre qu'il y a quarante ans en la ville de Londres où suis né il y vint un religieux de l'ordre de saint Menard la
renommé duquel fut incontinent éparse par toute la ville à cause des
maladies incurables qu'il guérrissait sur les pauvres patients. Et
telle nouvelle etant venue aux oreilles de mon maitre lequel etait
enflammé à l'inquisition de cette medecine y ayant travaillé ja
longtemps plusieurs fois me dit que je m'informasse diligemment de ce
religieux ce que je ferais tant de mon coté comme mon maitre du sien.
Et enfin nous découvrîmes qu'il etait en la maison d'un pauvre /2
malade qui avait été six jours entiers sans pouvoir uriner et etait
parent de mon dit maitre

Et l'ayant accosté il se montra humain et gracieux et (parfait) de temps un jour se convia à diner à notre maison montrant signe
d'amitié à mon maitre à cause qu'il etait savant en langue grecque et
avait de beaux livres de cette science. Ayant diné et fait bonne chère
il dit :

Allons voir la chambre philosophique. La où etant entrés nous trois seulement il croullait la tète ce souriant voyant tant de
fourneaux et de vaisseaux divers et matières étranges. Enfin il dit :

Baillez moi quatre onces de vif-argent et autant d'étain et les mettez dedans un creuset sur le feu et quand ils furent fondues
ensembles il y jeta un morceau de cire qui n'etait pas plus gros qu'un
pois et couvrit le creuset de charbons et nous fit souffler fort et
puis le jeta en terre et dit à mon dit maitre :

Faites examiner cette composition par l'affineur et demain je viendrais encore diner avec vous et vous me direz que c'est. Et
prenant congé s'en alla à son logis.

Incontinent après mon maitre et moi allames en dilligence sur
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l'affineur le plus expert de toute la ville. Et ayant fait passer par
l'examen le plus puissant qu'il se peut faire pour voir la perfection
d'icelle chose. Enfin fut trouvé près de sept onces de très fin or qui
ne faisait point de marques sur le parchemin.

Quoi voyant mon dit maitre demeura comme en extase et rempli de merveilles, retournant à la maison ne fut en notre puissance en toute
la nuit de dormir une seule heure. Et ayant apprété le diner mon
maitre alla querrir ce saint homme et ne le sut jamais trouver et
ayant consommé quinze jours à le chercher enfin il nous fut dit qu'il
etait passé en France. De quoi mon maitre en fut malade de tristesse
et de mélancolie.

Et moi à qui le sang bouillonnait ayant vu l'expérience ja dite je demandais congé à mon maitre pour aller chercher ce saint homme. Ce
qu'il m'octroya incontinent non sans regrets et m'ayant mis en bourse
cent angelots et fait present d'une once d'icelui or pour certifier la
chose etre véritable.

J'ai voyagé quasi par tout le monde pour trouver ce saint homme et jamais ne l'ai su rencontrer. Et voici encore le reste (montrant
une verge d'or qu'il avait au doigt) qui m'a donné entré en plusieurs
endroits avec gens d'autorité et de savoir avec lesquels j'ai travaillé
en cet oeuvre et jusqu'ici Dieu n'a permis que j'ai trouvé cette
perfection. Et encore que la vieillesse me talonne de près ayant
soixante et huit ans je ne cesserais jusqu'à la mort de chercher cette
précieuse pierre sachant ètre très vraie.

Et ayant achevé son discours se assit. Et moi je lui rendit grace et me senti incontinent poindre au coeur voyant telles parolles sortir
de la bouche d'un homme tant sage et prudent.

Et se faisant nuit chacun pris congé de sorte que telles choses entrèrent si bien en ma cervelle que ne faisait qu'y penser jour et
nuit. Et mon naturel s'etant quasi changé du tout mes amis pensaient
qu'il me fut survenu quelque infortune ou en mes biens ou autrement
"tant iestoit songeard" et melancolique et lors je pouvait avoir
cinquante trois ans et quasi tous les jours nous etions tous trois
ensembles passant le temps en devis philosophique pour ce grand
oeuvre. Tant que au mois d'octobre le philosophe Anglais mourut au
faubourg saint Germain et me trouvait à son trépas ce qui me gréva
fort, et me donna trois livres de cette science m'exortant sur toutes
choses à ne m'accoster ni fréquenter avec les hommes ignorants malins
et sophistiques etant la chose la plus dangereuse pour celui qui veut
travailler en cet art précieux. Peu après le philosophe Espagnol s'en
alla en Allemagne et je demeurai tout seulet privé d'un grand plaisir
et contentement et en fut malade de mélancolie ne sachant plus avec
qui deviser et passer le temps d'autant que plusieurs hommes de grand
savoir n'approuvent cet art etre véritable.

Toutefois ne me pouvant contenir je m'accostais de plusieurs qui y travaillaient mais c'etait tous sous fausses recettes et sophistiqueries.
De manière que me souvenant des bons préceptes que m'avait
dit le defunt philosophe lequel pour mon repos me fut comme un ange
envoyé du ciel. D'autant qu'il m'avait dit tous les signes et les
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marques par lesquelles ont connait ces faux et malins alchimistes.

Je me resolu du tout de les laisser là et ne hanter plus personne. Et me souvenant du saint document de notre Seigneur qui dit que
Marie a élue la plus exellente partie et que icelle ne lui sera tollu.
Ainsi je me retirais solitairement et achetais quantité de livres de
cette science tant que je fut meditant pensant et etudiant que je fit
ce songe admirable qui s'ensuit :

Le même jour que le soleil entre au signe d'Aries depuis le levant jusqu'au couchant j'étudiais sur le premier chapitre de genèse
et méditant profondement sur la création du monde et principalement de
l'homme :

C'est l'oeuvre de six jours que ie ne puis escrire
Voire même les anges ont loy de ne le dire

J'ai prit tel plaisir et contentement que le jour se passa entièrement sans boire et manger /3 mais la chair qui point me fit
sentir qu'il etait tant de l'alimenter. Et ayant pris refection
légèrement à dix heures je me couchai et comptais les onzes sans
dormir. Mais enfin je pris somme.

Et incontinent me fut advenu d'ètre en une chambre richement ornée et seant sur une chaise de très fin or ayant en ma main dextre
une rose vermeille et en la senestre un lis très blanc et dessous mes
pieds un serpent qui avait septs têtes, et de son corps sortait du feu
et etait comme en extase rempli de grandes merveilles.

Et voici entrer quatre animaux aux regards epouvantables et divers en couleurs et plus contraire en qualités comme les quatres
chevaux que saint Jean l'evangéliste fait mention en l'apocalypse
chacun desquels avait ecrit au front le nom d'un élément . Et s'etant
mis au milieu de la chambre deux à deux et vis à vis l'un de l'autre
commencèrent à dire :

Tu est mon ennemi mortel car l'eau devoit combattre avec le feu et la terre avec l'air. Et voici entrer sept hommes de très grande
stature chacun desquels avait ecrit au front le nom d'une planète et
se mettant en cercle se tenant par la main l'un l'autre enfermèrent
les desus dits animaux tournant en rond par violence très grande sans
cesse. Et peu après je vis entrer un homme à la noire capette lequel
avait en sa main dextre une flamme de feu et en sa senestre une
trompette de verre desus sa tète une blanche colombe l'un des oiseaux
de la déesse Venus lesquels par destin fatal s'allant poser sur le
front des natures jumelles après avoir volé bien haut en l'air serein
enseignèrent à Enée l'arbre précieux portant le rameau d'or brillant
qui etait au milieu de l'épaisse forèt couverte de nuages et enclose
de haies d'épines très poignantes afin que l'ayant découvert facilement
le put arracher comme il fit et à Proserpine le presenta; ainsi
que le poète Virgile a fait mention au sixième livre de son Eneide. Et
incontinent qu'il fut entré jeta la flamme de feu à terre et commenca
à sonner la trompette hautement, auxquels sons sans faire delai les
desus dits quatres animaux commencèrent une très cruelle guerre que de crainte je commencais à trembler et considérant le péril imminent

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craignant qu'ils ne s'entretuassent l'un l'autre car tout serai perdu
je fis signe aux sept hommes de les départir et mettre d'accord car
d'eux dependait le tout pour leur faire paix et amitié ensemble de
laquelle depend ou la vie ou la mort. Mais au lieu de ce faire je vis
partir celui qui avait le caractère de Mercure après lui celui de
Saturne et puis celui de Jupiter après lui celui de Venus et puis
celui de Mars et puis celui de la Lune et puis celui du Soleil. Et le
bruit cessa et moi aussi de trembler et tout disparu devant mes yeux
ne voyant plus que ténèbres et obscurité comme de brouillard.

Mais la forme etant changée soudain toutes choses me furent révélées et eclaircies voyant paraitre une grande lumière.

Et voici entrer douze nymphes avec instruments /3bis et livres musicaux chacune desquelles avaient imprimé au front les signes ou le
soleil entre tous les mois. Elles commencèrent à sonner et chanter
mélodieusement rendant louanges à Dieu dequoi le fuyant ne s'en etait
allé devant le poursuivant. Et incontinent je vis paraitre au mitan de
la chambre une table d'émeraude munie de viandes délicates et de
légère digestion donnant bonne odeur et incitant l'appétit. Et voici
entrer un vieillard très ancien et vénérable marchant avec grande
gravité etant habillé d'une robe de très fin or battue en feuilles et
d'un pourpoint de fin velours noir et d'une chemise aussi blanche que neige et avait la chair rouge comme sang, lequel menait sept hommes
enchainés etroitement ensemble d'une chaine d'acier de même duqel fut
fait le très subtil ret de Vulcain quand il pris Venus et Mars en
adultère, lesquels avaient au front chacun le nom d'un métal et les
ayant délié par artifice plutot divin qu'humain il les fit seoir à
table l'un après l'autre suivant leur degré et dignité c'est à savoir
oui il mit au haut bout l'or, du coté dextre en haut l'argent sous lui
l'etain et après lui le vif-argent, du coté senestre en haut le cuivre
sous lui le plomb et après le fer et moi ainsi comme j'etais dans la
chaise me porta et me mit au fond de la table de sorte que l'argent
etait vis à vis du cuivre l'etain du plomb et le vif-argent du fer et
moi de l'or. Et etant en cet ordre je vis paraitre au mitan de la
table une merveilleuse fontaine de cristal laquelle avait trois canaux
d'un desquel sortait eau noire comme encre de l'autre eau blanche
comme lait et de l'autre eau rouge comme sang etant dedans un bassin
de très fin or. Ce vieillard tant sage nous fit signe que eussions à
laver nos mains aucun lavant en eau noire autre en la blanche exepté
moi qui lavait en la rouge. Et ayant fait la bénédiction nous primes
refection joyeusement souventes fois regardant la contenance et facon
de faire de ce vénérable vieillard. Lequel ayant rendu grace à Dieu de
grande joie qu'il avait de ses larmes claires et ignées arrosait tout
son corps pour le dissoudre et incontinent la table disparue.

Mais voici entrer la blanche colombe que l'homme à la noire capette avait sur sa tète laquelle portait en son bec un petit livret
de très fin or les feuillets et tout le dit livre et ayant fait trois
demi-tour par la chambre s'alla poser sur le bras dextre de ce vénérable
vieillard battant ses ailes sans cesse et lors il nous commenca
ainsi à dire :

Si scavez devyner des éléments la guerre La departie qu'ont faict les sept l'un après l'autre
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Si vous le devinez le livret sera vostre Vous faisant très heureux et au ciel et en terre
/4 Dedans lequel livret est tout le secret de sapience et semblable à celui que gagna le comte Trévisan en la ville d'Appulée qui est
en Inde pour en savoir disputer et lequel lui fut présenté par la
faculté de philosophie.

Lors nous ayant regardé l'un l'autre commencames à disputer et s'emeut un très grand contest entre nous qui dura longuement mais
jamais il n'y eut pas un qui en put dire et connaitre la vérité. Là ou
ce vieillard tant ebahi de notre ignorance nous ayant montré tant de
belles choses par lesquelles on pouvait facilement decouvrir le
secret, de depit donna un coup de pied au serpent que j'avais sous les
pieds lequel furieusement se lanca en l'air et devora le dit livre
d'une avidité merveilleuse que de frayeur m'éveillais.

Et ayant oui sonner six heures et repris un peu mes esprits je mis par ecrit de point en point ledit songe comme vous voyez duquel
j'en fit dix copies, lesquelles j'ai données à des téologiens, astrologues,
mathématiciens, poètes, religieux et hermites gens très doctes
les priant en charité fraternelle de m'en donner quelques lumières et
interprétations mais pas un n'y su rien reconnaitre, et ayant consommé
six mois à cette inquisition et craignant d'ètre importun me souvenant
de l'epitre de saint Jacques qui dit tous biens nous venir et descendre
du père des lumiéres et me résolvant à m'adresser à la même
sapience qui est le Dieu tout puissant fontaine vive de piété et
miséricorde adressant ma prière avec coeur contrit et humilié je dis
en la sorte :

O lumière incompréhensible et gloire en majesté la spendeur de laquelle offusque les yeux de mon entendement. O unité en substance et
trine en deité jubilation de toutes les hierarchies et gratulante
glorification. O misericordieux purificatoire des ames et pure perpétuation
qui nous tire bénignement hors des périls occurents. O puissance.
O sapience. O bonté et beauté inexplicable soutient moi et me
donne appui tous les jours, conduit moi et me gouverne afin que je te
serve et obéisse comme fidèle proffesseur en ce commencement, fait moi
la grace de m'ouvrir les yeux de mon entendement et me decouvrir les
choses cachées ainsi que dit le prophète au psaume cinquante et
unième: voici certainement tu as aimé vérité et m'a donné a connaitre
les choses non sues et cachées de ta sapience. Seigneur tu m'arroseras
d'Isope et je serais net, tu me laveras et serais blanchi plus que la
neige. Au commencement tu fit toutes choses et de la masse confuse et
cahos inordonné qui contenait naturellement toutes les choses sans
formes par ta divine providence furent séparées les natures de toutes
espèces selon ta bonne volonté et lors fut fait le ciel et la terre et
toutes choses qui sont en eux et le dernier fut l'homme. Mais /4bis
auparavant comme createur tu etais en gloire et ou tu es de present et sera à jamais. Donc Seigneur fait moi la grace de me donner sapience
comme dit le sage en ses proverbes: la crainte du Seigneur est le
commencement de sapience car le Seigneur donne sapience et de sa
bouche procède prudence et science qui est un don lequel tu octroieras
aux simples et raisonnables et principalement l'intelligence de cet
art. Comme ainsi le dit Geber le bon philosophe et maitre des maitres
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disant que le secret de ceci art est réservé en la seule puissance de
Dieu, lequel révèle à qui lui plait et en distrait aussi ceux qui en
sont indignes. Te supliant donc Seigneur m'assister de ton saint
esprit et que non par ma volonté mais par la tienne soit fait.

Et ayant achevé ma prière je passais le reste du jour à etudier et mediter et m'etant couché j'entrais dans un sommeil très profond
songeant choses qui seraient longues à réciter mais fort conforme aux
visions et songes de Jacob, de Joseph son fils, Desdras, Daniel,
Ezekiel et l'apocalipse de saint Jean, mais sur la pointe du jour
s'apparut à moi comme une vision l'homme à la noire capette qui
portait en sa main une merveilleuse fontaine me disant:

Voici le secret qui etait caché dedans le livre d'or que la blanche colombe portait en son bec et que le serpent devora et incontinent
disparu.

Et m'etant réveillé en tressaut je fut longuement à penser à cette vision et déliberer d'en faire un modèle tout semblable. Je mis
la main à la plume comme vous voyez duquel j'en fit jusqu'a dix comme
du songe et donnais à plusieurs de mes amis entre lesquels y eut un
religieux de l'ordre de saint Augustin et homme très docte lequel
approuvait cet art etre très véritable et un autre qui etait général
des capucins et fut bien quarante jours à attendre quelques lumières
de ces hommes savants. Mais il m'en advint comme du songe d'autant que
personne n'y su mordre. De sorte que je retournais à mon commencement
priant Dieu m'inspirer de ce que je devais faire et me souvenant du
premier commandement que Dieu fit à notre père Adam qu'il fallait
manger le pain à la sueur du visage et aussi que Marthe est propre
soeur à Madeleine et que l'arbre qui ne porte point de fruits il le faut couper et que la foi sans les oeuvres est morte revenant à moi
même je dis: il est tant de travailler et ne plus consommer le temps
en ces inquisitions fantastiques et contemplations mélancoliques. Et
ayant résolu de mettre la main à ce grand oeuvre et choisi une chambre
la plus commode et secrète de mon logis je dressais un four et y fit
porter par un mien serviteur fort simple et fidèle tout ce qui me
semblait ètre nécessaire à une telle entreprise /5 et m'etant retiré
en ladite chambre et ayant déployé sur la table le songe admirable que
j'avais fait et le modèle de la périlleuse fontaine qui m'etait
apparue en vision pour me servir comme d'une lanterne ardente cheminant
par les ténèbres.

Le même jour que le soleil entre au signe d'Aries aussitot que ses rayons commencérent à eclairer je mis le feu sous le fourneau et
ne bougeais de ladite chambre tant en priant que travaillant que Dieu
me fasse la grace de decouvrir le secret de cet art et mes yeux furent
ouvert et mon entendement illuminé etant sorti hors bien joyeux et
delibère le reste de ma vie la consommer sans plus m'accoster de
personne.

J'achetais un petit bien aux champs fort plaisant et delectable auquel je prenais plaisir à l'agriculture qui est la véritable compagne
de cet art et de la philosophie. Semant graines et plantant arbres
lesquels j'entais de très bons fruits et quand il faisait mauvais
temps je meditais et etudiais en divers livres de la sainte écriture
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crhonique et fait héroiques des hommes illustres du temps passé de la
substance desquels avec peine et vigile j'en ai fait ce bref discours
que je vous presente.

Mais c'est a vous enfants de doctrine amateurs de la vérité et grands inquisiteurs de cette divine et secrète philosophie des anciens
avec grande révérence estimée et gardée soigneusement. Et parce qu'il
m'a été de grande consolation trouvé en ecrits choses qui ont aidées
en mon étude et conforté ma cervelle ainsi pareillement je voudrais
faire autant qu'il fut à moi possible pour secourir autrui de ce qu'il
a plut à Dieu m'en donner intelligence sans toutefois me departir
aucunement de la facon d'ecrire des philosophes lesquels ne se sont
jamais adressés qu'aux enfants de l'art. Vous priant de prendre en gré
ce que librement et fidèlement sans aucunes fraude je vous présente
non sans vous avertir etre tel que de capis un si haut sujet.

Mais comme fidèle proffesseur de ce grand et admirable magistère vous en montrer et faire entendre ce que jusqu'ici j'en ai pu tirer
des livres très obscurs des philosophes et principalement de Geber
duquel j'ai appris cette divine science par la gloire de Dieu au
septième chapitre de la somme de perfection par la conduite du saint
esprit. Laquelle j'ai mit par ordre comme s'ensuit. Prenez y garde et
soyez attentifs.

CERTAINEMENT CE N'EST PEU DE CHOSES A QUELCONQUE SOIT cheminant par les ténèbres et obscurité que de trouver un guide et conducteur
pour passer /5bis le pont très dangereux d'Appulé tant et ancien donc
innumérable que continuellement tremblant à toute heure semble qu'il
doive tomber et périr sous lequel passe un fleuve très violent en
cours et profond jusqu'aux abimes dedans lequel se sont submergés un
nombre infini de bons esprits par faute de vraie intelligence et
conduite de leur sens. La cause a été pour avoir prit le dire des
philosophes selon le sens litteral n'ayant pu pénétrer plus avant au
profond et mistique de leur intention. Lesquels ont été si jaloux et
amateur de ce grand oeuvre que prudement et sagement au lieu de
l'apprendre et montrer par les livres qu'ils en ont fait du contraire
très doctement ont cherchés tous moyens à eux possible de la voiler et
cacher en paroles obscures profondes et de très grandes considérations.
Comme se voit même en saint livre que les docteurs sont toujours
en contestation. Et ceci a été fait afin que les impropres faux
et malins en fussent du tout exclus ayant mélé par paraboles la vérité
avec les similitudes en un sujet. Et cependant les doctes et savants
usent de la peine tant de corps que d'esprit pour l'acquerrir afin que
puissent après chèrement la contre garder. De cette facon d'ecrire se
plaignent quasi tous les etudiants et opérateurs en cet art les
faisant entrer quasi en desespération allegant qu'il ne faut jamais
ecrire faux si faux se peut dire car ce que les philosophes ont ecrit
par figures et similitudes commes sont les choses animales et végétales
et aussi les demi minéraux et les recettes en paroles claires pour
cacher le secret de cet art. Les sophistiques et avaricieux n'ayant
trouvé ce qu'ils allait cherchant ayant expérimentés de point en point
selon le sens litteral ont dit que les philosophes avaient ecrit faux
et qu'ils etaient trompeurs ce qui n'est la verité mais cette manière
de gens ou quels qu'ils soient quand il considereront bien par la voie
de prudence accompagné de la raison sans doute ils confesseront que à
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bonne et juste cause ont été de telles manières d'ecrire d'autant que
c'est le secret des secrets de toute philosophie et lequel Dieu seul a
concédé de grace especiale aux simples et raisonnables. Et vous malins
et pervers trompeurs pleins de sophistications fuyez cet art ne vous y
approcher comme dit Geber car elle est votre ennemie mortelle et
icelle enfin vous conduiras en pauvreté misérable d'autant que votre
fausseté est contraire à notre vérité. Et vous prudents et sages
enfants de doctrine et verité cherchez là et vous la trouverez non pas
par presomption et grande doctrine mais trop bien par humilité comme
le susdit auteur fait mention /6 disant celui qui par les livres pense
apprendre cette divine science et precieux art tard il y parviendra
d'autant que nous avons ecrit icelle en telle forme que le seul Dieu
la peut entendre et nous qui l'avons ecrite ou celui a qui Dieu fera
la grace de l'entendre impettrant telle grace de Dieu omnipotent au
nom duquel et de l'indivisible et sainte trinité je commencerais par
la conduite du saint esprit que j'invoque à mon aide comme il a fait
jusqu'ici et vous narrer ce bref discours.

Si en telle sorte et manière d'ecrire suivant le style des philosophes que sa divine majesté n'en soit offensée et que par moi le
sceau de la sapience ne soit violé ou gaté mais conservé sain et
entier. Si que je vous puisse faire entendre la substance de mon etude
que j'ai puisée dedans les livres très obscurs de toutes sortes. Si du
songe merveilleux que je fis comme pareillement du modèle de la
fontaine périlleuse desquels comme ja vous ai dit après une longue
inquisition n'ai su trouver personne qui m'en ai su donner la moindre
intelligence et crois certainement qu'il ne s'en trouve point. Si ja
n'ont découvert le secret de cet art lequel ne se peut comprendre par
les causes naturelles et inventions humaines et fussent-ils les plus
savants et doctes que jamais ont été et seront encore en la philosophie
art et science mais trop bien comme j'ai dit par grace et don de
Dieu ou bien par la parole d'un bon maitre quand Dieu ainsi le permet.
Et sachez enfants de science que ce secret a été cherché studieusement
et avec grande diligence et peine tant de corps que d'esprit comme aussi est ecrit en l'apocalypse de l'esprit secret que Hermès, Pitagoras,
Socrate, Platon et Aristote et autres grands personnages du temps
passé comme source et fontaine de tous art et science ont cherchés
s'il avait chose qui eut vertue et puissance de conserver le corps
humain sans corruption. A quoi fut repondu par le divin oracle que par
le peché commis par Adam notre premier père il fallait mourrir. Et
voyant qu'il n'y avait remède quelconque à la sentence de ce grand
juge ils s'avisèrent qu'il pouvait ètre chose pour conserver le dit
corps en bonne santé jusqu'au dernier jour et hors de souci de la
necessité qui sont les deux (fléaux) efforts tant de l'ame que du
corps. Enfin aucun (mais très rares) ont trouvé une chose entre toutes
les autres laquelle guerit de toutes maladies tant corporelles que
spirituelles quand elle est reduite en pierre des philosophes. Mais à
la verité il est très /6bis difficile en tant de choses qui sont au
monde tant animales végétales et minérales de connaitre et choisir
cette chose unique. Car tout ainsi qu'il n'y a qu'une seule pierre
entre toutes les pierres du monde qui aie force et puissance d'attirer
le fer. Ainsi de tant de choses metalliques qui sont au monde il n'y a
qu'une seule pour compost de la pierre des philosophes de laquelle seu

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le j'entend faire mon discours et avec vous enfants de l'art seulement.
Et je m'assure que si vous la connaissez bientot vous m'entendrez
et peut ètre serez maris de quoi l'on ai ecrit si clairement.

Je dirais donc que la matière de laquelle est faite la pierre des philosophes fut aussitot faite que l'homme et cette matière s'appelle
terre philosophale d'autant qu'elle vient des philosophes naturels et
sans fables et nul ne la connait sinon les vrais philosophes enfants
de l'art. Encore qu'elle passe par les mains de divers hommes et
principalement des fouilleurs de minières grossiers marchants et
vendeurs car comme disent les philosophes en tous leur livres que au
centre est la terre vierge et vrai élément et que la pierre que nous
cherchons avec tant d'étude et dilligence et peine inestimable tant de
corps que d'esprit et dépense de tous nos biens publiquement elle se
vend et se trouve partout à très vil prix. Et Dieu et la nature ont
fait cela afin que le pauvre comme le riche en puissent avoir fort
aisement. Néanmoins il nous avertissent aussi que l'occulte est
contraire au manifeste est que cette pierre est un corps caché et un
esprit invisible comme vous entendrez par le sonnet qui s'ensuit :

Il est un esprit corps premier né de nature
Très commung très caché très vil très precieux
Conservant destruisant bon et malicieux
Commencement et fin de toute creature

Triple en substance il est de sel d'huille et d'eau pure
Qui coagule amasse et arrose es bas lieux
Tout pur sec vemtueux et moitte des haultz cieux
Habille à recevoir toute forme et figure

Le seul art par nature à noz yeux le faict voir /7
Il celle dans son cueur un infiny pouvoir
Garny des facultéz du ciel et de la terre

Il est hermaphrodit et donne accroissement
A tout ou il ce mèsle indiferentement
A raison que dans luy tous germes il enserre

Et cet esprit corps ou bien terre spirituelle les philosophes l'on nommée terre de labeur à cause véritablement qu'elle s'acquiert
avec une merveilleuse peine tant de corps comme d'esprit et par
artifices très étranges profonds et admirables et plutot divins que
humains. Et aucun disent que ce fut le premier labeur et sueur d'Adam.
Hélas combien de grosses murailles faut rompre et grosses portes
briser auparavant que d'arriver la ou se trouve cette benoite terre
vierge. Et veritablement les anciens doctes qui ont eus connaissance
de cet art à justes occasions ont ecrit dans leur fable et poesie les
grandes et merveilleuses peines qu'ils eurent au temps passé.

Les grands rois Hercule et le prince Jason à la conquète de la riche toison d'or en l'ile de Colcos qui est une région selon Pline ou
Saluce Esubaupes là ou l'on trouve grande quantité de cette terre
vierge de laquelle sort un nombre infini d'or et d'argent. Comme
amplement vous pourrez voir par le menu en l'histoire qui traite de
cette conquète qui est des plus fameuse et ancienne qui se trouve. Et

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pour vous montrer que la force n'y fait rien sans le conseil et
l'onguent que Médée donna à son ami Jason jamais il l'eut pu conquérir.
Je vous prie donc d'etudier souvent le sonnet qui s'ensuit,
lequel vous pourra instruire, comme celui qui contient toute l'opération
de l'esprit universel :

Quiconque veult scavoir, quel fruict icy consiste
Des montres comme Hercules il luy faut surmonter
Gerion aux trois corps tache doncq à dompter
Puis l'hydre qui tousjours renaissante, résiste
/7bis
Après à Diamèdes et ses chevaux persiste
S'efforçeant le bouclier à Hippolite oster
Le fumier des estables d'Euristée curer
Et tuant les oiseaux stimphalins ne désiste

Combatte par après le sanglier noircissant
Despouille aussi la peau du lion rugissant
Et matte les thoreaux par suicte longue et fière

Du cerf au piedz d'erain gaigne les cornes d'or
Et Cerbère aux trois chefs d'enfer attire encore
Gaignant la thoison d'or par subtile manière

Cette terre très précieuse est engendré de corps d'ame et d'esprit, et contient les quatres éléments en nature, et le soleil et la
lune en vertu et puissance comme celle qui est composée de souffre et
vif argent de la pure substance desquels est procrée l'or et l'argent.
Si les philosophes ont nommés proprement cette moyenne substance
mercure double d'autant qu'il est male et femelle fixe et volatil
blanc et rouge or et argent graisse de terre et rosée celeste souffre
et vif argent des philosophes et par eux appelés hermaphrodite fils de
Venus tiré de la mer engendré du sang des génitoires de Saturne que
Jupiter lui coupa sur quoi le poète Pindare a fait les beaux vers qui
s'ensuivent disant :

Dieu te garde o belle isle et des dieux la mignonne
Dans laquelle jadis la race de Latone
Latonne aux beaux cheveux l'enfant jumeau bien ors
A été engendré o fille de la mer

O miracle immobile appelé des mortelz
La seconde Délos et par les immortelz
Heureux esprit du ciel appelé le flambeau
Qui sur la terre noyre est reluisant et beau.

/8 Platon le nomme androgine et Geber arsenic Hermes aigle et vautour et par les autres des noms infinis, d'autant qu'il est le vrai
compost des philosophes contenant en soi tout ce qui lui est necessaire
du commencement jusqu'à la fin pour se convertir en pierre precieuse
et admirable des philosophes sans y ajouter ou diminuer chose
quelconque. Et véritablement si je voulais passer plus outre à vous
narrer par similitudes approchantes et qui ne peut etre en autre chose
du monde par la nature crée qu'en cette seule et unique. La création du monde et d'Adam notre premier père comme est ecrit au premier de
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génèse et vieux et nouveau testament, si par les prophètes et saint
père docteurs de notre sainte mère eglise comme aussi en croniques,
histoires, poesies, metamorphoses, oracles et sibiles du temps passé
les merveilles de ce mercure mon discours serait trop long mais non
pas ennuyeux aux enfants de l'art. Mais je m'assure que quiconque en a
la vraie connaissance et de la chose sans vie ou il est caché et le
divin engin qu'il faut avoir pour le tirer de dessous la terre, alors
il confesseront à vive voix que les philosophes n'ont pas étés trompeurs
comme la plus grande part encore que bien sages et versés dans
la philosophie le croit. Mais il faut croire que bien peu de personnes
ont cette connaissance et principalement les ignorants et sophistiques
lesquels se font accroire que en cinq ou six mois ou bien un an pour
le plus ils accompliront ce grand oeuvre et assurent avec faux serments
qu'il est ainsi et qu'ils sont éprouvés. Lors les misérables
qu'ils sont ne connaissent pas la vraie matière ni l'unique vaisseau
qui est comme la matrice aux animaux, ni le divin feu qu'il faut avoir
pour le dissoudre et le temps pour l'achever, niant en memoire qu'il
faut par grande tribulations entrer au royaume des cieux et que les
marguerites ne se sement devant les pourceaux. Pour mon regard j'entre
en admiration comme au temps present s'en puisse trouver quelqu'un qui
l'entende seulement non que de la posséder parfaitement. Et quand ce
mercure sort de sa miniére, soudain se congèle et s'arrète, et lors la
planète de Mars use de son art par lequel les enfants de doctrine ont
découvert la dite minière et que confirme Geber disant : le dernier
est Mars duquel depend le très grand secret. Pasis aussi dit : nous
avons extrait le mercure du fer et icelui avons converti en très fin
/8bis or, d'autant que lors que la dite planète domine, la miniére est
remplie de propre chaleur pour en tirer le dit mercure. Comme l'experience
nous le montre etant de couleur comme de foie ou aloes, ainsi
le dit Geber que sa couleur tend à rougeur nous montrant de quelle
qualité il est, laquelle selon l'opinion de tous les philosophes est
d'ètre chaude ayant puissance de digerer et cuire et pour cette cause
l'ont appelé souffre et ferment de la pierre, comme dit Seignoz disant
notre souffre n'est pas vulgaire mais est celui qui est caché dedans
les deux grands luminaires ou corps parfaits. Après sort l'eau vive
belle et resplendissante et donnant la vie laquelle les philosophes
ont appelé eau vive, humide radical et argent vif des sages à cause
qu'elle donne la vie à la minière d'ou elle sort et à cette cause est
dite eau permanente d'autant que sans la dite eau claire la minière
n'aura point de vie comme par exemple et similitude si un corps animé
demeurait sans sang, lequel est cause de lui donner la vie et en lui
defaillant se meurs. Mais notez que le sang est entretenu par l'urine
claire et humide comme l'on voit et que sans cela le sang s'ecaillerait
dedans les veines du corps de l'homme qui serait cause qu'il
n'aurait mouvement ni vie. Voici un passage digne de consideration
pour l'opérateur en cet art d'autant que par cette similitude facilement
on pourra decouvrir la matière prochaine des métaux, laquelle
contient les quatre éléments balancés par nature par l'administration
de notre art en proportion et juste poids comme le sage operateur en
sait bien la manière de faire encore que visiblement ne paraisse que
deux éléments à savoir l'eau et la terre qui sont ceux que les philosophes
nous exortent de bien connaitre auparavant que de mettre la main
à l'oeuvre. Quand il disent qu'il faut conserver l'humide radical en
la calcination des corps afin de les mieux dissoudre. Car si la dite humidité est consommée le corps demeurera aride et sec en terre
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brulée sans aucune lucidité ni que jamais plus d'elle même ne pourra
dissoudre et revivifier comme il faut qu'elle fasse. Voici un beau
passage pour la resurection des corps et comme aussi on voit en la
fonte des métaux aucuns plus ancuns moins qui ont de ladite humidité.
Mais l'or entre tous les autres tient le suprème degré d'autant que la
dite humidite est également proportionnée avec sa terre. Et voici le
serpent caché en l'herbe /9 et un grand secret caché par les philosophes
en paroles profondes obscures et de grande meditations. A cette
cause il faut que l'operateur entende bien que la corruption d'une
chose est la génération d'une autre reduisant le métal en première
matière avec la conservation de son germe en cette merveilleuse
calcination, et connaissant l'heure voir le point de sa nativité il
contregardera de la violence et force du feu cet humide radical eau
vive fontaine de richesse et rosée celeste réconfort du peuple d'Israel
quand il etait au desert. De cette eau parle Jehan de Mehun
disant :

Et sort l'eau de seiche source
Que rien ne mouille qu'elle touche.

La cause qui a mu les philosophes à nous recommander de contregarder
cette eau benite c'est a cette fin qu'elle rendit l'ame à son propre
corps car ayant été cause de l'avoir tué il n'y a qu'elle seule qui
lui puisse rendre la vie. Comme par exemple se voit au phenix sur
lequel a été fait ces vers :

Ainsy que le phénix battant l'aisle regarde
Fix dedans le soleil quand son rayon le darde
La bruslant peu à peu la reduisant en cendre
Après l'avoir tuée sa vie luy faict reprendre
Ainsi est le secret en cest art d'alquimie
Car le vif estant mort luy seul se vivifie.

Ni jamais à autre chose se pourrait joindre que à celle qui est de l'unité de sa propre nature ce faisant le bon artiste fera que les
quatres éléments seront toujours ensemble sans que l'un délaisse
l'autre encore qu'ils paraissent divers en couleurs dedans le vaisseau
après cette philosophique calcination. Comme par similitude se voit en
l'oeuf et cette diversité de couleurs nous fait ingréer de leus
qualités car le souffre qui est rouge etincelant est de qualité chaude
et seiche c'est à savoir moyen lequel contient le feu et la terre
éléments propres à la dijestion et /9bis nourriture de l'argent vif
lequel est fluide blanc et luisant et de qualité froide et humide
c'est à dire claire qui contient les deux autres éléments c'est à
savoir l'eau et l'air qui sont propres a humecter et donner increment
aux deux autres et contregarder la pierre c'est à dire poulet de la
combustion et tout le temps requis a accomplir cette grande oeuvre. Si
pour cette cause les philosophes ont comparés ces deux substances
c'est à savoir le souffre et l'argent vif aux deux spermes masculins
et feminins contenant les quatres qualitées contraires et figurés par
eux par les quatres éléments disant : notre pierre est composée des
quatres éléments qui est cause de faire errer tous ceux qui ne sont
pas enfants de l'art qui se font accroire par faute d'intelligence que
la pierre se puisse faire de plusieurs choses comme ainsi sait que les
quatres éléments sont en toutes choses, et aussi cherche à extraire

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avec peines et depenses très grandes tantot d'une chose tantot d'une
autre les desus dits éléments et ne font rien qui vaille d'autant
qu'ils ne connaissent point la propre nature en laquelle la sage
nature a conjoint et proportionné ces deux spermes propres à notre
oeuvre. Car comme dit Geber c'est folie à un homme de chercher la
chose ou elle n'est point et tout ainsi que nature ne travaille point
sur une seule chose en la genération des métaux et principalement de
l'or qui est son but final ne pouvant passer plus outre, ainsi pareillement
n'avons besoin en notre art que d'une seule chose. Donc ces
deux spermes à savoir souffre et argent vif quand ils sont bien melés
et unis ensemble si que l'un est la vertu de l'autre inséparablement
il s'en fait une substance qui n'est point chaude et seiche comme le
feu froide et seiche comme la terre chaude et humide comme l'air
humide et froide comme l'eau mais participe egalement de tous les
quatres. Enfin se reduit en vraie quintessence quand elle a atteint
cette perfection laquelle est acquise par la decoction industrieuse de
notre art gouvernant le feu comme nature nous enseigne et lors les
philosophes l'ont nommée pierre parfaite ayant ainsi comme ils disent
des vertues innumérables et quasi incroyables comme miraculeuses et
les communiquant aux trois espèces c'est a savoir animale, minérales,
végetales qui est chose de grande admiration que de voir que une seule
chose aie tant de vertu et fasse fait tant contraires à savoir d'endurcir
le mol et le dur molifié de tuer le vif et le mort vivifier de
blanchir le rouge et le blanc rubifier de s'engrossir soi-même et de
soi-même enfanter et à moins d'un jour et demeurer vierge comme elle
etait auparavant et de /10 soi même se faire volatile se dissoudre se
congeler et fixer et autres choses etranges lesquelles ne se peuvent
comprendre par les causes naturelles d'autant qu'elles surpassent la
nature et se font par la divine puissance lesquelles ne se peuvent
croire si on ne les voit et encore les voyant ne s'en peut dire la
cause d'autant qu'elle s'atribue à la divinité comme par exemple :
quand une femme est sur le point d'enfanter il faut que naturellement
(toutefois que ladite puissance l'intermettant) que l'os de la cuisse
se disjoingne afin que la créature sorte dehors en un point determiné
et incontinent il se rejoint. Et veritablement faut confesser que sur
ce point la divinité intervient d'autant que si par autre occasion
cette disjonction se faisait il faudrait que le chirurgien y mit la
main et que par son art remit l'os à sa place. Ainsi par similitude
advient en la nativité de notre pierre et laquelle aucun toutefois
sans offenser la divine majesté ont comparés à l'enfantement de la
glorieuse et immaculée vierge Marie laquelle etait vierge auparavant
et demeura vierge encore après. Ceci le dit Alphide disant : cette
pierre se trouve en tous lieux en tous temps elle habite au fait des
montagnes et le vent la porte par l'air, la mère de laquelle est
vierge, toutes lesquelles choses bien considérées il ne se peuvent
faire que par la divine puissance et qui voudrait alleguer raison du
contraire il se troublerait l'entendement et ne le pourrait parfaire.
Je vous prie donc enfants de doctrine quelle apparence il y a quand
les faux alchimistes disent pour tromper que la pierre des philosophes
est facile à faire et en peu de temps l'accomplir. Mais c'est une
chose très difficile à decouvrir le secret de savoir regler le feu
l'action et puissance duquel est infinie comme encore de connaitre les
quatres éléments et leur distillation et séparation du cahos inordonnné
et confus d'autant que ces éléments sont les vrais fondement et
base de tout le magistère comme expressement les philosophes nous

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avertissent d'avoir la connaissance des dits éléments premier que de
mettre la main à cette grande oeuvre d'autant que l'opérateur est
ignorant des dits éléments jamais pourra donner la forme à la matière
telle qu'elle doit ètre ni trouvera ce qu'il cherche. Et cette forme
il faut qu'elle soit premièrement imprimée dans l'entendement du
subtil et investigant artiste auparavant que commencer l'oeuvre comme se voit ordinairement en tous art et parceque notre intention et
volonté est de composer et faire une médecine laquelle aie vertu et
puissance de convertir les métaux imparfaits en très fin or. Il est
nécessaire et la raison le veut que à icelle nous donnions la forme de
l'or /10bis comme celle que nature a ordonné et disposé de son commencement
à la recevoir. Car si nature n'avait disposé cette matière à
recevoir telle forme sans doute l'opérateur serait trompé et travaillerait
toujours en vain perdant son temps et son argent. Et voici
clairement les erreurs des sophistiques et encore d'autres bien
savants lesquels s'efforcent de tout leur pouvoir et pensées inestimables
à vouloir donner une forme à une chose que nature n'a pas ordonnée
à la recevoir comme par exemple : si un homme semant du blé
voulait receuillir des pommes ou bien que un oeuf se convertit en
cheval. Car l'elexir n'est pas or mais forme de l'or comme le sperme
de l'homme n'est pas homme en acte mais en puissance pour le former en
la matière due que nature a ordonné à le recevoir, à cette cause je
vous prie de noter bien je parle à vous qui dites ètre si savants et
plus que aucuns simples qui ont vu quelque chose car vous savez que
l'expérience est mère des arts et science, que si l'elexir etait jeté
en vin, eau, huile, jus d'herbe et autres choses semblables il ne la
convertirait pas en or d'autant que nature n'a pas ordonné telle
matière à recevoir telle forme. A cette cause je vous prie d'oter de
votre fausse opinion et creance que la pierre des philosophes se
puisse faire des animales, vegetales, sels, aluns, vitriol, arsenic,
vinaigre, orpiment, antimoine, marcassites et autre matières lesquelles
encore quelles soient minérales nonobstant nature ne les a pas
destiner à recevoir la forme de l'or comme l'expérience le montre en
sa projection et comme se voit encore. L'homme est animal et une
brebis aussi animal néanmoins ces deux spermes conjoints ensembles par
le coit ne ferait-il l'une ou l'autre espèce mais une créature monstreuse
éloignée entiérement de l'intention de nature laquelle est
ministre de notre art. Ceci est ecrit au premier de genèse que Dieu
ayant fait toutes choses il dit : croissez et multipliez et chacune
espèce par son semblable. Donc si vous voulez faire de l'or, je parle
à vous sophistiques il vous faut avoir la vraie semence de l'or et
icelle semer en propre terre qui sont les métaux imparfaits ordonnés
par nature à se convertir en or qui est l'intention ou elle pretend.
Il faut donc que le sage opérateur connaisse bien cette unique matière
et lui sache donner la forme qu'il appartient à l'elixir et or des philosophes lequel surpasse en couleur très hautaine l'or vulgaire que
nature a accomplie simplement ne pouvant passer plus outre. Et cette
grande rougeur offusque tous les autres éléments exepté l'eau qui est
un grand secret caché par les philosophes pour connaitre ledit or
philosophique. D'autant que l'on voit manifestement les deux éléments
/11 tant contraires ètre ensemble et sans que l'un et l'autre perde sa
vertu et puissance comme sont les éléments de l'eau et feu commun, car
l'un consomme l'autre mais les éléments de notre pierre vivent et meurent ensemble sans que l'un offense l'autre mais au contraire
s'aiment et entretiennent merveilleusement ensemble qui est ce que les

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philosophes ont dit à savoir que celui qui sait user d'eau et de feu il sait l'un des plus grands secret de la nature comme vous entendrez
au sonnet qui s'ensuit lequel montre la séparation de la substance
pure dans l'impure, et des causes de l'impureté et par quel moyen le
séparation est faite en toutes choses :

Comme pour l'ornement de la masse indigeste
Nature usa premier de séparation
Aussy tout art en tout aymant perfection
Doit suivre ceste reigle et sentier magnifeste

La substance a partout l'excrement qui l'infecte
Soit par limon terrestre ou par adustion
Mais l'art par coction (l'action) et par digestion
Soit de l'eau soit du feu chasse hors ceste peste

L'industrie de l'art faict seulle séparer
Et par nouvelle vie après régénérer
Tout en tout de tous vices exemptant l'ame pure

Quiconque scaict bien l'art d'user d'eau et de feu
Il scaict le vray chemin conduisant peu à peu
Au plus hault des secretz de toute la nature

Je vous met donc par ordre le moyen d'acquerir ce precieux mercure; lequel est tant loué par Hermès Trismégiste que aucun croit
avoir été le grand Melchisédech disant : ce que les sages cherchent se
trouve en mercure. C'est à savoir corps et ame et esprit et lequel
mercure est caché en cavernes dorées de mème dit Jehan d'Esupésice
disant : ecoutez la parole du saint esprit /11bis la pierre des
philosophes est mercure et finalement c'est largent vif animé sur
lequel tombe entièrement toute l'intention des philosophes, lesquels
nous ont expressement exorter de connaitre la nature auparavant que de
mettre la main à ce grand oeuvre. Lesquelles paroles déja dites font
errer une infinité d'ignorants se faisant accroire que c'est le
mercure vulgaire et perdent le temps et l'argent. Donc au nom de Dieu
tout puissant nous prendrons ce mercure animé philosophal et puis par
nature chaleur et putréfaction il s'en fera bonne génération et nous
prendrons la règle et gouvernement de cet oeuvre à la semblance de la
génération humaine afin de vous déclarer avec prudence et observant en
tout ce qui me sera possible les preceptes des philosophes lesquels
defendent expressement la profanation de ce très grand secret lequel
est tant facile à apprendre et en un instant se peut apprendre et tout
l'oeuvre sécrire en cinq ou six lignes tant elle est exellente et
admirable comme dit Hermès le père des philosophes en son pimandre
disant : il changea de forme et soudain toutes choses me furent
révélées en un instant, ce qui n'advient point en tous les autres arts
et fussent-ils les plus mécaniques du monde car en celle-ci qui est
dite grande quand on la fait une fois on ne peut jamais faillir à la
refaire comme aux autres qui est une cause principale que tous les
philosophes ont cherchés tous moyens de la cacher. Or il faut entendre
que du sperme de l'homme se fait grande putréfaction en la matrice de
la femme etant le susdit sperme de la plus pure substance du sang et
par la chaleur des génitoires sur le point du coit il se convertit en
couleur blanche, lequel etant entré dans la matrice se vient tellement

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à putréfier que le septième jour s'engendre une masse sanguineuse
laquelle contient en soi tous les membres du corps en vertu et puissance.
Or notez bien vous qui etes prudent et sages que le premier est
le coeur c'est à savoir l'or des philosophes dedans lequel sont tous
les métaux par puissance, après succède le foie duquel proviennent
toutes les veines du corps desquelles il y en a sept principales c'est
à savoir sept métaux figurés par les philosophes par les sept planètes
qui est chose digne de considération. Après se forment les nerfs les
os et finalement tout le corps et Dieu envoie l'ame et ledit corps se
parfait dedans le ventre de la mère etant nourri du sang menstrual et
aidé de la chaleur naturelle jusqu'à son temps déterminé qui est
ordinairement de neuf mois et lors sans fortune sort la créature male
ou femelle comme il plait à Dieu et que nature a donné puissance aux
deux spermes masculins et feminins d'ètre victorieux l'un sur l'autre.
Car si le sperme masculin qui est souffre auquel domine les deux plus
nobles éléments c'est à savoir /12 le feu et l'air a été victorieux à
cause de sa chaleur sur le sperme féminin sans doute la créature sera
male c'est à dire or, comme au contraire si le sperme feminin auquel
domine les deux autres éléments moins digne c'est à savoir l'eau et la
terre a puissance sur le masculin il sera femelle c'est à dire argent,
d'autant que le froid domine le chaud et voici la difference qui est
entre l'or et l'argent c'est à dire elixir blanc ou rouge. Et cette
similitude est dite par les philosophes à la comparaison de l'urine
digeste ou indigeste laquelle est fort notable pour les enfants de
l'art. Après quand la créture est sortie hors elle est nourrie d'un
lait blanc au lieu du menstrual rouge pendant qu'elle était cachée
dans le ventre de sa mère. Que je vous prie de prendre garde à ce
passage d'autant que si votre oeuvre ensuit celle de la nature sans
doute tous ces signes se manifesteront et lors vous verrez de quelle
astuce prudence et subtilité les philosophes ont usés pour cacher
cette precieuse pierre sur toutes les similitudes qu'ils en ont ecrit
en tous leurs divers livres. Et verrez comme cette oeuvre s'approche à
celle de nature pour la création du monde, d'autant que cette unique
matière contient en elle par le don de Dieu et de nature tout ce qui
lui est necessaire pour la parfaire et accomplir comme est amplement
contenu au sonnet qui s'ensuit vous montrant que le monde est plein
d'esprits par lesquels toutes choses vivent :

Ce grand corps du grand Dieu créature première
Fut remply d'un esprit dès le commencement
Omniforme et semence et vif en mouvement
Dont il anime tout et met tout en lumière

De la terre et des cieux est l'ame nourissière
Et de tout ce quil vit en eux pareillement
En terre il est vapeur au ciel feu proprement
Triple en une substance et première matière

Car de trois estant trois par nature provient
Et retourne tous corps dont le bausme contient
Aiant pour geniteurs le Soleil et la Lune
/12bis
Par l'air il germe en bas et recherche le hault
La terre le nourrist dedans son ventre chault
Et de perfection il est cause commune.

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Mais quelle dificulté est à celui qui cherche cet esprit tant noble et exellent de connaitre la matière dedans laquelle il est caché
et se repose, et la subtile invention de le mettre en liberté vous
disant :

Qu'il n'y a qu'un mettail au monde
Là ou nostre mercure abonde.

Si que notre pierre s'engendre naturellement par le magistère et laquelle faut prendre sur le point de sa nativité. Lequel point il
faut que le prudent opérateur connaisse auparavant que de mettre la
main à l'oeuvre d'autant que s'il defaut de cette connaissance son
oeuvre sera perdue comme dit Geber disant : l'erreur ou amendement de
cet oeuvre git en un point de meme dit Calid le bon philosophe disant
: celui qui ne prendra cette pierre honorée sur le point de sa nativité
il ne faut pas qu'il en attende un autre en sa place, semblablement
le dit Morien disant : gardez de ne passer cette racine laquelle doit
nourrir le precieux arbre qui est planté dedans le jardin des espérides
portant les pommes d'or duquel fait mention le poète Virgile en
son Eneide disant que aussitot que on en avait arraché un rameau il en
revenait aussitot un autre semblable. De manière qu'il est necessaire
que l'opérateur soit vigillant et qu'il ne se laisse echapper des
mains le trésor incomparable par son ignorance. Et notez bien enfants
de doctrine quand les philosophes disent que en la dissolution du
corps est faite la congélation de l'esprit en une seule opération en
laquelle est observé le degré du feu, les poids et la mesure en la
composition des éléments d'autant que lors nature par l'administration
de l'art les balance et pèse egalement en un seul élément qui est
notre eau mercurialle philosophique et permanente et non pas vulgaire
comme la plus grande partie se font accroire, lesquels éléments il
faut incontinent lier et retenir autrement ils se convertiraient en
terre et se ferait une chose ave leurs fèces que jamais se pourrait
séparer comme se voit en metaux imparfaits comme dit Geber quand il se
lamente d'avoir été longtemps sous l'ombrage de la desespération ne
pouvant preparer le plomb ou l'étain commun avec la splendeur et
fulgidité qu'il désirait et qu'il voulait qu'ils fussent /13 certainement
les philosophes nous cachent ici un grand secret comment il faut
administrer le feu comme Calid nous en donne un exemple du savon,
comme pareillement on voit par expérience en choses qui se préparent
par le feu si nous ne connaissons le point déterminé de leur décoction
pour les oter dehors son action et puissance laquelle est infinie sans
doute il le détruira et le conformera. Cela se voit tant en choses
animales que végétales car si la créature ne sort hors de la matrice à
son temps déterminé sans doute elle est suffoqué et morte et de meme
le poulet qui est enclos en la coquille de l'oeuf comme aussi les
graines des végétables s'il ne germent et sorte hors de la terre elles
sont mortes et eteintes. Pareillement et par similitude cet esprit et
vertu semante que s'il ne sort en son point déterminé que l'opérateur
doit connaitre sur tout son oeuvre sera perdue. D'autant que le profit

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ou dommage d'icelle depend de la corporification de cet esprit universel
en toutes choses et de la retention des vertues celestes et
terrestre qui se font par la vertu et administration du feu en cette
unique matière comme amplement vous entendrez dans le sonnet qui
s'ensuit :

Des Globes atiréz plein de feu vigoureux
D'un rouer sans repos l'influence dévalle
Sur le corps de la terre et d'ardeur animalle
Perce de tous costéz son grand ventre paouvreux

Lors ce ventre s'emplit d'autre feu vaporeux
Sans cesse alimenté d'une humeur radicalle
Qui dans ce large corps prend corps d'eau minéralle
Par la concoquction de son feu chaleureux

Cette eau coagulable engendrant toutes choses
Terre pure devient qui dans soy tient enclose
Par très ferme union les vertuz des haultz cieux

Puis doncque par effet sont conjoinctz dedans elle
Et la terre et le ciel du beau nom ie l'appelle
De ciel terrifié très digne et precyeux.

Le grand philosophe Avicenne a fait comparaison de cette pierre precieuse à l'ame du monde et meme plusieurs philosophes l'ont appelé
la meme nature et pour vous en dire mon opinion et ce que j'en ai tiré
par les études des saints livres et autre philosophe que la première
chose que Dieu créa fut la lumière laquelle dérive selon l'opinion de
tous du soleil et Hermès Trismégiste le montre bien à la fin de son
secret de ses secrets disant j'ai complet l'opération du soleil.
Plusieurs autres philosophes nous ont commandés expressement de ne
mettre la main sinon sur choses lucides, ceci est le soleil et la lune
et la cause par quoi nature ne peut faire cette chose en sa minière
est d'autant que ses actions sont continuelles et ne peut faire cette
admirable conjonction d'éléments c'est à dire de deux spermes déjà
dictés si l'opérateur n'y met la main car nature produit les susdits
spermes art les conjoints. Comme Morien le dit clairement qu'il ne
faut pas que l'artiste attende à aucune utilité de son oeuvre jusqu'à
temps que le soleil et la lune soient conjoints ensemble inséparablement.
Laquelle conjonction ne se peut faire autrement que par la
volonté et permission de Dieu par le moyen de notre eau mercuriale
laquelle conjoint les teintures comme ainsi le disent tous les philosophes
et principalement le susdit Morien lequel dit que après la
putréfaction les mains de l'opérateur ne pourront accomplir cet oeuvre
mais le seul Dieu par sa volonté et miséricorde le fera. Car cette
chose qui a été engendré par le soleil et la lune l'un comme père
l'autre comme mère n'a besoin d'ajouter ni diminuer comme dit Geber
que c'est une seule chose en quoi consiste tout le magistère à laquelle
ne s'ajoute ni diminue chose quelconque sinon que en sa préparation
il nous faut oter les superfluités. Nous voyons cela de tous les arts
que quand le maitre veut donner forme à la matière il en ote les
superfluités comme si les éléments desquels sont fait toutes choses
eussent été en confusion dedans le cahos jamais nulle chose n'eut été
distincte ayant sa forme qui est la cause de vous confirmer davantage
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que notre pierre n'est faite que d'une seule chose comme Trismégiste le confirme en sa table d'émeraude en son pimandre si le sonnet qui
s'ensuit qui est digne d'ètre etudié et médité souvent par les enfants
de l'art lequel montre que Dieu à tout fait d'une seule matière, de la
génération subtiliation et perfection d'icelle :
/14
C'est un poinct asseurré plein d'admiration
Que le hault et le bas n'est qu'une mêsme chose
Pour faire d'une seulle en tout le monde enclose
Des effects merveilleux par adaptation

D'un seul en tout se faict la méditation
Et pour parens matrice et nourrisse on lui pose
Phoebus, Diane l'air et terre ou repose
Ceste chose en qui gist toute perfection

Celle est tournée en terre elle a sa force entière
Séparant par grand art mais facille manière
Le subtil de l'espois et la terre du feu

De la terre elle monte au ciel et puis en terre
Du ciel elle descend acquerrant peu à peu
La force de tous deux qu'en son scentre elle enserre

Mais voici une trés grande difficulté pour ceux qui ne sont enfants de l'art à cause du poids de ces deux spermes ja susdits,
comme la tourbe des philosophes en fait mention disant : si vous
faites composition sans poids il y aura tel retardement en votre
oeuvre que vous en serez du tout découragés d'autant que en cette
admirable conjonction il faut que le sage opérateur contregarde le
germe que la sage nature y a construit par sa grande sapience et qu'il
ne soit violé ou gaté car c'est l'esprit génitif lequel doit croitre
et multiplier en notre terre vierge comme ainsi dit Hermes disant :
semez l'or en la terre feuillée qui est un passage a mon jugement que
bien peu entendent selon l'intention de l'auteur car il ne peuvent
comprendrent comment cet or est semé en cette terre feuillée sans
oeuvre de main sinon naturellement comme par exemple on voit que la
rorée du ciel tombe sur la terre et icelle fait produire et fructifier
toutes choses qui sont les paroles du grand patriarche Jacob disant
que de la rosée du ciel et de la graisse de la terre grandes richesses
en proviennent mais si la terre n'est labourée et cultivée elle ne
peut recevoir cette rosée et celeste trésor comme il advient en ce
grand oeuvre que l'or des philosophes procrée par l'industrie et l'art ne pourrait se dissoudre sans l'émoi de cette /14bis divine
liqueur de laquelle parle le Comte Trévisan parlant à Thomas de
Boulogne médecin du roi Charles 8ème disant l'or aidant à nature joint
l'or à mercure pour l'abréviation de l'oeuvre dissolvant le corps qui
est compasté et congelant l'esprit. Car jamais l'esprit ne se congélera
si le corps ne se dissolvaît et en cette dissolution se trompent
une infinité de bons esprits s'arrètant au sens literal des philosophes
et par ce moyen il entre en la voie des sophistiques et faux
alchimistes en s'amusant à dissoudre l'or avec eaux fortes et autres
choses corrosives ou bien avec le mercure vulgaire éloigné de l'intention
de nature. Mais notre dissolution philosophique elle fait paraitre
incontinent à l'oeil une voie incomparable comme appert par le

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sonnet qui s'ensuit montrant l'exellence et puissance de l'esprit
universel:


Quiconque peult gouster sa liqueur pure et munde Il sent croistre en ces yeux une grande clairté
Il se desvelloper de toute obscurité
Voiant à découvert l'honneur de tout le monde

C'est la force très forte et qui n'a sa seconde
Pénéttrant à travers de toute solidité
Mais plustost surmontant toute subtilité
Tant sur chacune chose en puissance elle abonde

Aussy premièrement Dieu créa l'univers
De cecy se feront ouvriers grandz et divers
Par adaption dont voicy la science

Pour cela fut Hermès Trismégiste appelé
A qui ce beau thrésor du ciel fut révéllé
Comme ayant les trois partz de toute sapience

/15 Voyez la cause par laquelle Hermès a été appelé mercure le comparant par similitude au mercure des philosophes lequel est trine
en une substance et les philosophes paiens qui en ont eut la connaissance
et par fruit de temps arrivés en la perfection de cet oeuvre se
sont assurés en la indivisible et sainte trinité et cru en icelle et
ajouté foi aux paroles du prophète Isaie qui dit que la vierge enfanterai
Dieu et homme lorsque Christ Notre Seigneur par le moyen du
saint esprit lequel à la grande chaleur du jour se promenait sur les
eaux. Ainsi les sages de cet oeuvre veulent que la pierre enfante
notre or lequel a corps ame et esprit et quelle demeure vierge comme
auparavant. De ce meme or est ecrit en la tourbe des philosophes que
ne se peut faire teinture qu'elle soit vraie et permanente sinon de
notre or car tous les autres sont sophistiques et de nulle valeur
n'étant que du premier et second ordre mais la notre est du tiers
etant double c'est à sacoir solaire et lunaire et icelle seule peut
oter du comiste les superfluités et accidents survenus aux métaux
imparfaits en leur création corrompant leur première forme et en un
instant introduisant une autre, c'est à savoir celle de l'or ou de
l'argent suivant la vertu de la medecine teingente. De ce même or a
été fait les quatres vers qui s'ensuivent :

Trois choses sont en une et une en trois se mect
Pour composer notre Aes qui est tout le subiect
Ayant l'ame et le corps par moien de l'esprit
Par luy tout seul se faict luy seul il meurt il vit

Il se trouve une belle comparaison en la fameuse histoire du roi Perceforèt au temps du roi Alexandre lorsqu'il conquit le royaume
d'Angleterre lequel en mémoire d'un si haut sujet il fit edifier un
fort beau temple au Dieu de nature et ne sachant quelle forme mettre
dans le sanctuaire pour l'adorer en trinité il y mit le vaisseau de
cristal dedans lequel etaient les trois éléments à savoir l'air l'eau
et la terre et la lampe qui ardait jour et nuit sans cesse et qui

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devait reduire en sa nature c'est à savoir /15bis de feu les susdits
éléments la flamme de laquelle etait admirable etant de trois couleurs c'est à savoir la pointe du haut blanche comme neige, le milieu
rouge comme sang et le bas comme feu naturel. De sorte que non sans cause tous les philosophes ont exaltés par dessus toutes les choses en
ce grand oeuvre cet or précieux et entre tous les autres Geber en son
septième chapitre de la somme. Mais la grande difficultée c'est de le
blanchir et de le faire volatil par le moyen d'esprits qui sont de sa
nature. Car cet or philosophal lequel a enduré les forces violentes du
feu et les plus grandes qui se puissent faire et au lieu de le fuir
comme font tous les autres métaux imparfaits il se rejouit en icelle
et desquels est sorti plus pur et plus beau et maintenant par un si
lent feu lui même ressussité et monté au ciel.

Voyez donc comme ces sages philosophes par cette divine science et art sacré ont eut connaissance de la théologie et grands mystères
que en ce passage se pourrait comparer par similitude (sans toutefois
offenser sa divine majesté) de l'ascension de Notre Seigneur laquelle
fut faite par lui seul sans aucune aide et non comme celle de la
glorieuse vierge Marie sa mère faite par les anges comme aussi celle
d'Enoch et Elie faites par un chariot de feu au paradis terrestre.
Ainsi advient en ce grand oeuvre et super naturel, c'est à savoir que
l'esprit etant conjoint au corps inséparable combien que séparable
comme dit Trévisan à Thomas de Boulogne, ayant l'esprit puissance
d'élever les corps en l'air comme aussi le corps de retenir l'esprit
qu'il ne s'enfuit comme dit Geber parlant de la nature de mercure
disant que tout demeure ou tout s'en va comme il adviendra après la
resurection des corps au dernier jour que l'un ne partira jamais de
l'autre eternellement par laquelle similitude les ignorants et sophistiques
pourront connaitrent leurs fautes quand ils s'efforcent de
vouloir rendre l'or et l'argent en esprit comme leurs esprits corrosifs
en corps. Mais l'eau qui dissout les corps n'est pas faite de
choses végétales animales et minérales mais c'est celle seule qui leur
demeure en matière et forme, lorsque le corps est dissous et l'esprit
congelé nature se delectant en sa nature et non pas en choses etranges,
éloignées de son intention mais bien de la chose de laquelle est
faite les compositions de la pierre que nature a proportionellement
conjoint sur l'heure et point de sa nativité. L'esprit ayant en
puissance par l'administration de notre art ingenieux de lier l'ame et
le corps infusant en la matrice le vrai sperme et germe convenable et
propre pour faire la génération de la chose a quoi cette matière a été
ordonnée par nature a la recevoir dès le commencement de la création
comme ja est dit /16 la forme de l'or laquelle en vérité mes yeux ont
vus et mes mains ont touchés lequel or etant arrivé a sa perfection
conjoint avec l'ame et l'esprit inséparablement sans doute etant jeté
sur les métaux imparfaits iceux convertira en très fin or, mais les
philosophes ont merveilleusement caché le moyen d'opérer en ce grand
oeuvre soit pour le regard de la matière, des degrés du feu, du poids
et du temps que la plus grande part ne connaissent rien d'autant que
leur livre sont fort divers pour ce regard mais en tant que notre
oeuvre s'approche tant quelle peut de celle de nature voyons l'instruction
que nous en donne le sonnet qui s'ensuit nous montrant
l'adaption des choses divines naturelles et artificielles :

Dieu la nature l'art patron ouvrière duicte

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