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Réfer. : AL2316 "
Auteur : De VEZE. J. Marcus.
Titre : La Transmutation des métaux.
S/titre : L'or alchimique, L'argentaurum.

Editeur : Librairie Dorbon Ainé.
Date éd. : 1902 .


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LA TRANSMUTATION DES METAUX.
ET
L'OR ALCHIMIQUE ----- DIVERS PROCEDES DE. FABRICATION

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J. MARCUS DE VEZE ---------
La Transmutation des métaux ------- L'OR ALCHIMIQUE, L'ARGENTAURUM -------
Divers procédés de fabrication avec lettres et documents à l'appui
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PARIS LlBRAIRIE DORBON AINE 45, Quai des Grands-Augustins -- 1902 Tous droits réservés
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AU LECTEUR -----
Depuis des siècles et des siècles, les vulgaires humains se demandent, s'il est possible de faire de l'or
par transmutation; si par exemple, on peut changer
du cuivre en argent et de l'argent en or.
Par suite, ils se demandent également, si la Pierre Philosophale a existé, ainsi que l'Or Potable ou Elixir
de vie.
Dans le présent opuscule, nous allons étudier la question et démontrer que la Pierre Philosophale ou
Poudre de Projection, l'Or Potable ou Elixir de vie,
enfin la Transmutation ont existé, il y a déjà des milliers
et des milliers d'années.
Les Egyptiens par exemple, connaissaient dès une Antiquité très reculée, le moyen de faire de l'Or alchimique,
et jamais, les modes d'opérer la transmutation n'ont
été perdus; ils ont même été utilisés chez un grand
nombre de peuples.
Nous ajouterons, comme nous le disons du reste dans le courant de cette étude, que le métal est un
animal véritable, ayant sa vie propre, ce qui aide à sa
transformation et par suite à sa transmutation; seulement
ce que la Nature ne peut accomplir qu'à l'aide de
1
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2 LA TRANSMUTATION DES METAUX
nombreux siècles, l'homme peut l'effectuer en bien
moins de temps: en quelques mois à peine, et même
aujourd'hui secondé par l'Electricité; par de puissantes
Dynamo, l'homme peut réaliser en quelques jours
des transmutations.
Ajoutons que bien des Alchimistes ont cru que la limite du progrès des métaux s'arrête lorsque le métal
est arrivé à l'état d'or et même d'argent car il a atteint
alors à l'état de métal noble, et il y reste à perpétuité.
D'autres écrivains hermétistes croient au contraire que
la modification des métaux est continue, qu'elle se
poursuit sans cesse de telle sorte qu'un métal, après
avoir atteint le terme de sa perfection, revient à un
état imparfait, de façon que le processus de ses transformations
moléculaires se poursuit incessamment à
travers les siècles.
C'est Emile Rudolphe Glauber qui a le premier émis cet aperçu qui a été adopté par bien des alchimistes.
Paracelse allait plus loin encore, il affirmait que sous l'influence des astres et du sol, non seulement
tous les métaux vils se changeaient en or ou en argent,
mais qu'ils pouvaient se transformer en pierre et les
minéraux se développer à la manière des plantes par
une sorte de graine; (les ferments de Tiffereau); on voit
par là, qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil.
Paracelse mentionne le principe du dissolvant Universel, de l'Alcaest l'idéal des menstrues, de l'argent
enfin, qui peut amener tous les corps à l'état liquide;
mais il ne parle de ce dissolvant par excellence, que dans
un seul passage de ses ouvrages et d'une manière assez
vague encore; c'est dans son Traité de viribus membrorum,

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L'OR ALCHIMIQUE 3
voici le passage en question que nous traduisons:
« Il y a aussi la liqueur Alcaest qui agit d'une
manière très efficace sur le foie. Elle le soutient, le fortifie
et le préserve des maladies qui peuvent l'atteindre.
Tous ceux qui s'appliquent à la médecine, doivent savoir
préparer l'alcaest ».
Donc d'après Paracelse le grand dissolvant « L'alcaest » peut amener des transformations radicales et par
suite tout transmuter.
Cette constatation du grand Alchimiste est pour nous des plus précieuses et peut faire préjuger que la transmutation
n'est pas une utopie, mais une chose très-
réelle, tout à fait objective.
C'est ce que pourront constater les lecteurs qui voudront bien lire la présente étude. -- Nous sommes convaincu,
qu'après avoir parcouru cet opuscule, ils ne
pourront plus mettre en doute l'existence de la Pierre
Philosophale; et ce sera là la seule récompense que
nous ambitionnions pour notre travail.
J. M. de V.
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LA TRANSMUTATION DES METAUX -----
I
Sommes-nous arrivés au temps prédit par le docteur Girtanner de Goetingue (1):
La transmutation des métaux sera généralement connue au XIXe siècle, car tous les Chimistes sauront faire de
l'or (2).
C'est-à-dire que l'homme ne rechercherait plus l'or natif dans les entrailles de la terre, puisqu'il aurait à sa
disposition l'or alchimique.
Qu'est-ce que l'Or Alchimique? C'est l'or créé par la science humaine; c'est-à-dire par l'art de la transmutation des métaux; autrement


(1) Le Dr Girtanner médecin et publiciste distingué naquit à Saint-Gall (Suisse) le 7 décembre 1760: il mourut à Goetingue,
ville du Hanovre le 17 mai 1800, âgée seulement de 40 ans,
ce qui ne l'a pas empêché d'avoir beaucoup produit, il n'a écrit
qu'en allemand sur la médecine et sur la Révolution Française,
pour la combattre naturellement, au point de vue de la nationalité
allemande, car le bon Docteur trouvait qu'elle pouvait
compromettre la Royauté en Allemagne et par suite être pour
ce pays un grand danger.
(2) Philosophie magique. T. VI, p. 383.
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6 LA TRANSMUTATION DES METAUX
dit, par le changement d'un métal vil, en un métal
précieux, le plomb et l'argent par exemple, en or.
Le fait est-il possible? C'est ce que nous allons étudier ici, avec pièces et documents à l'appui, et nous espérons bien que le lecteur,
après nous avoir lu, partagera entièrement notre
opinion à savoir que la transmutation des métaux a
été connue et pratiquée dès la plus haute Antiquité,
que c'est là un fait incontestable, appuyé sur trop de
preuves certaines pour pouvoir être mis en doute un
seul instant par les hommes de science qui ont étudié
sérieusement et de bonne foi la question.
Que des esprits superficiels aient dénié le fait, rien d'étonnant à cela; il en a toujours été ainsi, mais qu'on
puisse le dénier aujourd'hui, au XXe siècle, cela paraît
assez surprenant avec les moyens d'investigation que
nous possédons et avec ce que l'on sait en chimie;
bien que cette science soit relativement peu avancée
encore, à côté de ce qu'elle sera le jour prochain où elle
proclamera l'Unité de la matière; ce jour-là ce ne sera
pas seulement la transmutation des métaux qu'elle opérera,
mais la transformation de tout, elle pourra faire
des substances alimentaires avec toute sorte de
matières: on voit donc par là, quel changement s'opérera
dans la situation économique de l'humanité; ce que
quelques écrivains ont déjà voulu étudier en supposant
vraie la transmutation des métaux; ils ont prévu, bien
à tort, des transformations radicales dans notre organisation
sociale; ce qui est faux, absolument faux, car
l'or serait-il, demain, aussi commun que le fer, que ce
fait ne dérangerait pas beaucoup notre situation économique.

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L'OR ALCHIMIQUE 7
Mais là n'est pas la question que nous voulons
étudier; nous plaçant à un point de vue plus élevé,
nous ne voulons examiner la question de la transmutation,
qu'au point de vue de la démonstration de l'Unité
de la matière,

II
Dans ces derniers temps, on a fait grand bruit autour d'une découverte américaine; nous voulons parler de
l'Or alchimique, dénommé aussitôt: Argentaurum, car ce
nouveau métal renferme beaucoup d'argent: sur 125
grammes, il aurait fourni après sa fusion 33 0/0 d'or
et 26 0/0 d'argent, autrement dit, de l'argent transmuté
en or, n'aurait plus contenu que 26 0/0 de l'ancien
métal et aurait fourni 33 0/0 d'or, de sorte qu'en poursuivant
les opérations, on arriverait finalement à ne
posséder que de l'or, d'une quantité donnée d'argent
puisqu'une fois l'or extrait de l'argent, on peut toujours
transformer celui-ci en or.
Par quel procédé obtient-on ce résultat, c'est encore un secret de l'inventeur, du Dr Emmens. Nous devons
ajouter que, comme toujours, les procédés de laboratoire
sont longs et très coûteux, mais là n'est pas la
question: que cette transmutation coûte plus ou moins,
peu nous importe. Nous nous plaçons, nous le répétons,
à un point de vue plus élevé, au point de vue philosophique,
et nous disons: la transmutation des métaux
est-elle un fait réel? Et si ce fait est réel, comme il y a
lieu de le croire, après avoir étudié toutes les pièces du
procès, l'Unité de la matière serait absolument prouvée.

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8 LA TRANSMUTATION DES METAUX
Or, la chimie officielle se refuse aujourd'hui encore à accepter, même à l'état d'hypothèse, cette Unité. Cependant
des découvertes modernes tendent à démontrer
cette unité, et cela par des faits positifs, et non par
simple théorie; notre grand chimiste Berthelot, bien
qu'un savant des plus officiels, n'est pas éloigné d'admettre
cette Unité.
D'après la théorie de l'Unité de la matière, tous les corps ne sont que des composés atomiques homogènes
empruntés à l'aither (1) et soumis à des forces qui
peuvent les influencer par des combinaisons diverses,
d'où la diversité des corps formés par la matière
Unique.
Dans une lettre de M. Fittica, Directeur de l'Université de Marbourg à M. Tiffereau (2), nous lisons: « Que
les métaux soient des composés, n'est plus pour moi une
hypothèse, mais une théorie que j'espère confirmer par
mes recherches futures. »
Chaque corps puise donc son autonomie spéciale, son autonomie caractéristique, si l'on peut dire, dans ses
agrégats atomiques; les corps sont différenciés par des
forces diverses, sous la dépendance desquelles est placée
la matière unique. -- C'est même de l'étude de ces
forces que devra s'occuper notre science moderne, pour
arriver à la transmutation des métaux d'abord et à
d'autres produits organiques ensuite. C'est du reste la

(1) Nous écrivons ce mot ainsi, pour le distinguer du liquide nommé Ether. -- Cf. -- Dictionnaire d'Orientalisme, d'Occultisme
et de Psychologie: V° AITHER. -- 2 vol. in-12, Paris. Librairie
Dorbon aîné.
(2) In L'Hyperchimie, n° 8, août 1901, p. 3.
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L'OR ALCHIMIQUE 9
transmutation, ne l'oublions pas, qui a créé notre chimie
moderne; nous l'avons dit bien souvent, et on ne
saurait trop le redire; elle a donc rendu à l'humanité
un très grand service!
Comment expliquer maintenant la théorie de la transmutation; c'est bien difficile dans l'état actuel de
la science, parce que l'interprétation des phénomènes
de matérialisation et de dédoublement a jusqu'ici échappé
aux savants. Il est bien évident que le jour où ils
pourront expliquer la quatrième dimension ou l'interpénétration
de la matière solide (1), ils pourront nous
révéler aussi la théorie de la transmutation.
Nous venions d'écrire ce qui précède, quand nous avons lu dans la Revue Générale des Sciences (2) l'entrefilet
suivant, qui prouverait que, d'après la savante
revue, l'argentaurum ne serait guère encore qu'un
mythe; notre bonne foi nous fait un devoir d'insérer
cet entrefilet.

L'ARGENTAURUM
« Nous connaissons aussi peu que possible la structure interne de ce que nous appelons les atomes ou les molécules
des corps simples. Aussi nul ne peut affirmer
qu'il soit un jour impossible d'abaisser un instant les
atomes d'argent à l'état de fragments, afin de les élever
ensuite à la dignité de lingots d'or. On n'est pas davantage
autorisé à dire avec certitude que le soleil brillera


(1) Voir à ce sujet les sept dimensions de l'espace par Ernest Bosc dans la Revue L'Initiation n° 10 juillet, 1901.
(2) G. Carré et C. Naud, éditeurs, 3, rue Racine.
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10 LA TRANSMUTATION DES METAUX
l'an prochain. Quoi qu'on suppose des préjugés des
savants officiels, leur esprit est parfaitement prêt à
recevoir avec joie la révélation d'une « transmutation
des métaux » sérieusement démontrée.
« La Démonstration est pour le savant de nos jours, plus magique que la pierre philosophale (elle est la plus
magique des choses) aucun obstiné n'y résiste. Si le
Dr Emmens avait converti une notable quantité d'argent
en or, ce que je ne crois pas, faute de preuves, il
aurait pour quelque temps jeté le trouble dans la représentation
de la richesse;
« Le capital, ce travail potentiel recevrait un autre signe déjà connu. L'équivalence des produits, des
besoins, des capacités et des travaux accomplis retrouveraient
bientôt sa preuve dans des billets en papier
qui sont, en somme, des petits contrats entre les hommes.
Le Veau d'or changerait de nom d'une façon
quelconque. Une telle découverte serait pour la science
une étoile de plus dans la nuit qu'elle contemple toujours.
L'esprit public aime le merveilleux, la découverte
de vagues trésors antiques et l'Astrologie. Dans
un milieu plus élevé, la théorie possible de l'unité de
la matière, ressuscite de temps à autre des Alchimistes.
Pour le moment, il n'y a rien à penser, ni à
croire au sujet de l'Argentaurum, car rien de précis ne
nous a été dit.
JOSEPH GODFROY.
Cet article très fin, aussi fin que l'or alchimique n'est peut-être pas le dernier mot sur la grave question; il
n'infirme pas, du reste, la découverte du savant américain;

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L'OR ALCHIMIQUE 11
il attend de nouveaux lingots, quant à nous,
nous persistons à croire que l'Or alchimique a existé dans
le passé, donc il existe. Nous n'oublierons jamais que
notre excellent et regretté ami Auguste Cahours, de
l'Institut, Directeur des laboratoires de chimie de la
Monnaie, qui avait été chargé de suivre à notre grand
établissement, des travaux de Tiffereau, nous a déclaré
qu'il avait trouvé de l'or dans de l'argent transmuté par
Tiffereau, mais que la quantité était cependant trop faible
pour pouvoir conclure à la transmutation certaine.
Ayant demandé alors à notre cher maître et ami, pourquoi il n'avait pas renouvelé l'expérience, il nous
répondit, qu'il avait autre chose à faire et que cette
transmutation n'amènerait à rien, car l'or obtenu ainsi
coûterait plus cher que l'or natif; dès ce jour (1871),
nous avons pensé qu'il y avait quelque chose de vrai
dans la transmutation!
Sans cela, Auguste Cahours n'aurait pas ainsi parlé. Il n'y a pas de fumée sans feu!
Passons, maintenant, à un autre savant, à M. de Rochas. Voici ce qu'il écrit dans le Cosmos, n° 653, page 132: « Le Cosmos a déjà signalé la découverte du chimiste
américain Emmens, qui dit être parvenu à produire l'interchangeabilité
de l'argent et de l'or, et qui le 6 avril 1897
a vendu au Bureau d'essai des Etats-Unis, établi à New-
York, le premier lingot d'argent transformé en or dans
le laboratoire du Syndicat de l'Argentaurum.
Voici les chiffres fournis par le Bureau d'essai pour
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12 LA TRANSMUTATION DES METAUX
établir le prix d'acquisition de ce lingot par le Gouvernement
des Etats-Unis:

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Nous rappellerons que le Docteur Stephen Emmens est un savant bien connu dans le Nouveau-Monde; membre
de la Société Américaine de chimie, de l'American Institute
of Mining Engineers, de la Société internationale des Electriciens,
inventeur de l'Emmensite, explosif adopté par le
Gouvernement pour la défense de ses côtes, et d'une
méthode de traitement des zincs sulfureux, auteur d'un
volume intitulé: Argentaurum papers, où, à propos de sa
découverte il expose ses vues sur la composition des corps.
M. Emmens n'y dévoile pas ses procédés, qui sont aujourd'hui la propriété d'une société financière (1) constituée
pour en tirer parti, mais les lettres suivantes qu'on
nous a communiquées permettent jusqu'à un certain
point de voir de quel côté se sont orientées ses recherches.

(1) Quand une société financière achète à beaux deniers comptant, il est clair que l'objet de l'achat a une valeur, les financiers
ne faisant généralement pas du sentiment.
J. M. de V.
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L'OR ALCHIMIQUE 13
Lettre du Docteur EMMENS à M. WILLIAMS CROOKES,
membre de la Société Royale de Londres.
New-York, 21 Mai 1897.
Cher Monsieur,
Je réponds avec plaisir aux questions que vous voulez bien me poser.
1° Je regarde le diamant et le graphite comme interchangeables au point de vue moléculaire, ce qui veut dire
que je les regarde comme composés d'une même substance
présentant des conditions différentes d'arrangement
moléculaire. Lorsque le diamant est converti
en Graphite, vous pouvez correctement appeler le
changement ainsi survenu Transmutation, mais ce mot
ayant par un long usage, toujours impliqué un changement
de substance, peut par son emploi causer de
fausses interprétations.
2° Par l'interchangeabilité de l'or et de l'argent à un point de vue moléculaire, je n'entends ni plus, ni moins que ce
que je viens de dire à propos du diamant et du graphite.
Ainsi que vous, je suppose (avec la plupart des chimistes),
je crois que l'Univers est formé d'une seule matière (1).
Les éléments chimiques sont des modes de cette substance
universelle combinée avec une plus ou moins grande
quantité de ce que nous appelons énergie. En changeant
le mode, nous changeons l'élément, mais non la substance.
Nous ne transmuons donc pas dans le sens du
terme conventionnellement adopté par les alchimistes.
3° Mais ces opinions et toutes les opinions analogues,
(1) La Théosophie et l'Occultisme ne mettent pas en doute ce fait et appellent cette matière: Akasa.
J. M. de V.
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14 LA TRANSMUTATION DES METAUX
qu'elles soient orthodoxes ou hétérodoxes, sont simplement
provisoires, temporaires. Vous, lord Kelvin, et
moi, sommes très ignorants. Nous vivons au milieu de
merveilles journalières autrement transcendantes que
le passage de l'argent à l'état d'or et les acceptons
comme des faits, sans les comprendre.
Qu'est-ce que la pesanteur qui fait tomber une pierre? Comment se fait-il que ma volonté dirige mon doigt? etc, etc. Une philosophie qui est obligée de s'arrêter
aux atomes, à l'énergie, à l'aither, ne découvrira pas
grand-chose de l'Univers.
4° Les lettres que j'ai publiées dans Engineering and Mining journal (of New-York) en septembre 1896, vous
expliqueront la position dans laquelle je suis placé, et le
caractère nécessairement singulier des remarques que
je vais vous exposer.
5° La production de l'or dans notre Argentaurum laboratory a quelque ressemblance avec la conquête de la
Toison d'or. Elle ne se poursuit pas en vue de la science
ou par esprit de prosélytisme. On ne cherche pas à faire
des disciples, ni à former des croyants. Cependant je
suis assez heureusement doué sous le rapport de la
camaraderie pour me faire un plaisir de répondre aux
questions de mes frères en science, mais seulement dans
la mesure où mes communications ne sauraient porter
préjudice aux intérêts que je représente.
6° Notre façon de procéder a été modifiée depuis ce que nous avons fait connaître en septembre 1896. Dès
que le travail commencé sur une échelle microscopique,
est arrivé à prendre une importance commerciale, nous
avons vu qu'il était possible de nous dispenser de l'ennuyeuse

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L'OR ALCHIMIQUE 15
et coûteuse préparation de l'argent allotropique,
qui avait constitué jusque-là, la première de nos opérations.
Maintenant nous employons les dollars mexicains
que nous soumettons aux cinq manipulations suivantes:
a) Traitement mécanique; b) Action d'un fondant et granulation, c) Traitement mécanique; d) Traitement par les composés oxygénés de l'azote (oxyde of nitrogène; c'est-à-dire par l'acide nitrique
modifié);
e) Affinage. 7° Nous regardons le traitement mécanique comme la cause causante (causa causans). L'action du fondant et
la granulation servent tout simplement, croyons-nous,
à rendre les agrégats moléculaires capables de décomposition
et de recomposition.
8° Ce que je disais du professeur Dewar, dans ma lettre du 25 août qui a paru à la page 221 de l'Engineering
and mining journal du 5 septembre 1896, avait trait à la
question du traitement mécanique. Si, vous ou lui, voulez
essayer l'effet combiné de la compression et d'une
température très basse, vous produirez aisément un peu
d'or, toute la question du prix de revient mise à part.
Prenez un dollar mexicain (la Monnaie des Etats-Unis
certifie que cette monnaie, telle quelle est frappée maintenant,
ne contient pas d'or, ou n'en contient au plus
que des traces); prenez donc un dollar mexicain et mettez-le
dans un appareil qui empêche ses particules de se
répandre au dehors lorsqu'il aura été divisé. Alors, soumettez-le
à un battage puissant, rapide, continu et dans
des conditions frigorifiques telles, que les chocs répétés

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16 LA TRANSMUTATION DES METAUX
ne puissent produire même une élévation momentanée
de température. Faites l'essai d'heure en heure, et à la
fin, vous trouverez plus que des traces d'or.
9° Que cette expérience puisse réussir avec de l'argent pur ou alliage d'argent autre que celui du dollar
mexicain, c'est ce que je ne saurais dire. A mon avis,
il est fort possible qu'il y ait des variétés d'argent différent,
quant à l'arrangement moléculaire.
10° Je ne veux pas assurer que le métal obtenu par cette expérience ou produit par notre laboratoire à des
conditions d'économie bien plus avantageuses soit réellement
de l'or. Pour moi, je me plais à le considérer
comme tel, mais je me garde bien de vouloir vous obliger,
vous ou un autre, à partager mon opinion. Tout ce
qui importait aux membres de l'Argentaurum Syndicate,
c'était de savoir si la Monnaie des Etats-Unis achèterait
au prix de l'or, leur métal quel qu'il pût être. Or, ils
n'ont plus rien à désirer à ce sujet, puisque la Monnaie
leur a acheté déjà trois lingots. Nous sommes en train
de préparer le quatrième (1).

pict

(1) Actuellement il y a 6 lingots acceptés dans les conditions qu'indique le tableau ci-dessus.

@

L'OR ALCHIMIQUE 17
11° Lorsque ma machine de force, maintenant presque finie, sera en état de fonctionner, elle nous permettra
aisément de produire des pressions de 800 tonnes
par pouce carré et de réaliser de véritables merveilles.
Je ne doute pas que la production en or de l'Argentaurum
ne soit portée jusqu'à 50.000 onces par mois d'ici
à un an.
J'ai peut-être été bien long dans cette lettre, mais je n'ai pas cru pouvoir être moins explicite en écrivant à
un homme dont l'autorité scientifique s'impose à tout
le monde.
Je suis etc.
STEPHEN H. EMMENS.
La lettre ci-dessus de M. S. H. Emmens prouve donc que le chimiste américain Emmens, s'il n'a pas opéré
la transmutation de l'argent en or, a tout au moins
inventé un procédé qui donne à l'argent, la valeur de
l'or puisque la Monnaie des Etats-Unis achète les lingots
fabriqués, au poids de l'or.
Mais en somme, c'est une véritable transmutation, seulement comme on a dit sur tous les tons et dans
toutes les langues que la transmutation était une opération
impossible, fausse, une imposture, aujourd'hui Emmens
dénomme son procédé Interchangeabilité qui exprime
presque la même idée, car transmuer est changer
au-delà, c'est-à-dire changer une substance à tel
point qu'elle en devient une autre, or, le terme interchangeabilité
signifie échange moléculaire de deux substances,
c'est-à-dire transformation d'une chose en une
autre, de l'argent en or, par exemple, dans l'espèce;
2
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18 LA TRANSMUTATION DES METAUX
ce qui est une véritable transmutation, car s'il n'en était
pas ainsi, qu'il n'y eût qu'un simple échange moléculaire,
il faudrait que l'opération fît passer les molécules
argent en molécules or, par une disposition, par un arrangement
moléculaire particulier; ce qu'on pourrait obtenir
par un simple battage, sous une haute pression;
tandis que notre transformation s'obtient aussi et surtout
par un procédé chimique qui donne aux molécules
d'argent les propriétés des molécules d'or et cela, sans
qu'il y ait changement de substance, mais seulement
changement d'état de la substance.
Ce que nous venons de dire et nous ajouterons, c'est que M. Tiffereau obtient sa transmutation, lui, par
de simples procédés chimiques, ce qui prouve que
dans la nature, tous les chemins peuvent conduire à
Rome, c'est-à-dire à un même résultat, ce qui serait
aisément démontrable; nous ne mentionnerons pas de
nombreux cas pour ne pas sortir de notre sujet; nous
nous bornerons tout simplement à donner ici le procédé
chimique de M. Tiffereau, procédé qui remonte
déjà à l'année 1847.

III
Voici comment il le décrit page 77 de son opuscule (1): « Après avoir exposé, pendant deux jours à l'action des rayons solaires de l'acide azotique pur, j'y projetai
de la limaille d'argent pur, allié à du cuivre pur dans
la proportion de l'alliage de la monnaie. Une vive
réaction se manifesta accompagnée d'un dégagement


(1) L'or et la transmutation des métaux par G. Tiffereau, l'alchimiste du XIXe siècle. Paris, Chacornac, 1889.

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L'OR ALCHIMIQUE 19
très abondant de gaz nitreux; puis la liqueur abandonnée
au repos, me laissa voir un dépôt abondant de
limaille intacte agglomérée en masse.
« Le dégagement du gaz nitreux continuant sans interruption, j'abandonnai le liquide il lui-même pendant
douze jours, je remarquai que le dépôt agrégé augmentait
sensiblement de volume. J'ajoutai alors un peu
d'eau à la dissolution sans qu'il se produisît aucun précipité,
j'abandonnai la liqueur au repos pendant cinq
jours. Durant ce temps, de nouvelles vapeurs ne cessèrent
de se dégager.
« Ces cinq jours écoulés, je portai la liqueur jusqu'à l'ébullition, je l'y maintins jusqu'à cessation du dégagement
des vapeurs nitreuses, après quoi je fis évaporer
à siccité.
« La matière obtenue par la dessiccation était sèche, terne, d'un vert noirâtre; elle n'offrait aucune apparence
de cristallisation; aucune partie saline ne s'était déposée.
« Traitant alors cette matière par l'acide azotique pur et bouillant pendant dix heures; je vis la matière devenir
d'un vert clair, sans cesser d'être agrégée en petites
masses; j'y ajoutai une nouvelle quantité d'acide pur
et concentré; je fis bouillir de nouveau; c'est alors que
je vis enfin la matière désagrégée prendre le brillant de
l'or naturel.
« Je recueillis ce produit et j'en sacrifiai une grande partie pour le soumettre à des essais comparatifs avec
de l'or naturel pur; il ne me fut pas possible de constater
la plus légère différence entre l'or naturel et l'or
artificiel que je venais de produire.
« Ma seconde expérience, du même genre que la précédente,
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20 LA TRANSMUTATION DES METAUX
eût lieu à Colima; les phénomènes se produisirent
comme à Guadalajara (expérience ci-dessus), sous
l'influence de la lumière solaire, qui ne cessa d'agir
pendant toute la durée du premier traitement, et l'acide
que j'employai fut assez étendu d'eau pour que l'action
solaire seule ne put produire le dégagement des vapeurs
nitreuses. Or, comme celles-ci ne cessèrent point de se
dégager, j'attribuai ce fait à un courant électrique dû à
l'espèce de fermentation dont l'azote me paraît être le
principe. Le gaz nitreux continua à se dégager constamment,
tant que la liqueur ne fut pas portée à l'ébullition.
Je terminai cette opération, comme la précédente; néanmoins
dans cette seconde expérience, j'employai, vers
la fin de l'opération, plus d'acide concentré, pour amener
la désagrégation de la matière et l'amener à prendre
la couleur brillante de l'or.
« Je fis une troisième expérience à mon retour à Guadalajara, elle réussit complètement comme les deux précédentes,
sans présenter aucun phénomène extraordinaire
digne d'être noté; la quantité d'alliage que j'avais
mise en expérience se transforma tout entière en or pur,
ainsi que je l'ai dit dans mon second mémoire. »
Ainsi, voilà un brave homme qui affirme avoir obtenu par trois fois, à trois reprises différentes, la transmutation
des métaux, et personne en France n'a voulu le
croire, et c'est un honnête homme; voici ce qu'en dit
M. de Rochas (Op. citat.):
« M. Tiffereau se hâta alors de se rembarquer pour la France, afin de tirer parti de sa découverte, en en faisant
bénéficier d'abord son pays; mais il ne put jamais
reproduire sous notre climat les réactions qui avaient

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L'OR ALCHIMIQUE 21
eu lieu sous l'action du soleil brûlant du Mexique et
peut-être aussi sous l'influence de ferments particuliers
répandus dans l'atmosphère d'une région riche en
mines d'or (1); ses modiques ressources ne lui ont pas
permis de retourner dans le Nouveau Monde.
« Tous ceux qui le connaissent ne sauraient douter de sa bonne foi; l'inaltérable confiance de ce vieillard
simple et modeste, et les sacrifices qu'il fait, près depuis
d'un demi-siècle, pour réaliser de nouveau sa découverte,
ce père de famille qui subvient d'une façon très régulière
à ses charges en exerçant la profession de photographe,
sont des preuves que l'on ne se trouve en présence ni
d'un mystificateur, ni d'un illuminé. »
Et l'honorable savant fait suivre les lignes qui précèdent des suivantes:
« On conçoit parfaitement que l'Etat, que les Sociétés savantes ne veuillent point admettre la réalité d'une
réaction chimique affirmée par un inconnu qui ne peut
la reproduire à volonté (2); mais l'histoire des sciences
est là pour montrer que dans presque toutes les grandes
découvertes, il y a eu ainsi des faits précurseurs
qui restaient isolés, parce qu'on n'avait pu saisir toutes
les conditions de leur réalisation. J'ai entendu dire
que Ruolz avait ainsi produit, par hasard, du carbone
cristallisé dans une opération de laboratoire et qu'il était

(1) On remarquera que dans sa lettre à M. Crookes, M. Emmens dit qu'il n'a réussi jusqu'à présent qu'avec des dollars
mexicains et que, dans une lettre adressée à une autre personne
il parle de l'action des rayons du soleil. Dans cette dernière, il fait également
allusion à l'action possible d'une substance que ne décèle
pas l'analyse chimique et qui rappelle la poudre de projection des
alchimistes ou le ferment de M. Tiffereau.

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22 LA TRANSMUTATION DES METAUX
ensuite resté quarante ans sans pouvoir reproduire ce
diamant artificiel. En tous cas, les affirmations de
M. Emmens donnent un poids sérieux à celle de M. Tiffereau,
et il paraît difficile d'admettre que le Grand chimiste
américain prenne part à une affaire véreuse,
n'ayant d'autre but que de lancer des actions et de soutirer
l'argent d'un public crédule, en vendant à la Monnaie
des alliages fabriqués avec de l'argent et de l'or
préexistants. »
Aux lignes qui précèdent, nous ajouterons que des détracteurs du Grand chimiste n'avaient pas craint de
répandre que tout le bruit qu'on faisait autour de
l'Argentaurum n'était que pour faire un coup de bourse
sur les mines d'or du Transvaal.
Inutile de dire qu'on ne doit ajouter aucune créance à une pareille calomnie; du reste, ne savons-nous pas
que c'est le plus clair des revenus des grands inventeurs,
de récolter toujours en première ligne: la calomnie.
Quant à nous qui avons étudié la question depuis longtemps, nous sommes absolument convaincu que la
transmutation des métaux est possible; que la chose sera
prochainement démontrée d'une façon indiscutable.
Cette conviction nous l'avons depuis longtemps déjà; voici en effet ce que nous écrivions dès 1889 dans une
revue d'Occultisme (1) et qui se trouve reproduit dans
un de nos ouvrages sur l'Egyptologie (2):

(1) Dans l'INITIATION. (2) Pages 54 et suivantes d'Isis dévoilée ou l'Egyptologie Sacrée, 1 vol. in 12 Paris. 1891 et pages 59 et suivantes de la 2e édition
in-12. Paris Librairie Académique Perrin et Cie, 1897, et Librairie
Dorbon aîné.
La première édition est aujourd'hui introuvable.
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L'OR ALCHIMIQUE 23
« Nous sommes intimement convaincu que les Pharaons et les Grands Prêtres Egyptiens connaissaient la
pierre philosophale, cela seul peut expliquer l'énorme
profusion d'or que possédaient ces souverains orientaux.
« A l'appui de notre conviction, nous mentionnerons les écrits d'un homme, de P. Kircher, qui a toujours
combattu l'opinion accréditée que les Hermétistes du
moyen-âge possédaient la pierre philosophale. En ce
qui concerne la question, ce même auteur prétend (1)
qu'ils faisaient de l'or sans le secours de cette pierre,
mais par une quintessence cachée dans tous les mixtes, imprégnée
de l'Esprit Universel (2).
Comme ce passage a une grande importance, nous allons le consigner ici.
« Les Egyptiens n'avaient pas en vue la pratique de cette pierre (philosophale), et s'ils touchaient quelque
chose de la pratique des métaux et qu'ils dévoilaient
les trésors les plus secrets des minéraux, ils n'entendaient
pas pour cela, ce que les alchimistes anciens et
modernes entendent; mais ils indiquaient une certaine
substance du monde inférieur analogue au soleil; douée
d'excellentes vertus et de propriétés si surprenantes,
qu'elles sont fort au-dessus de l'intelligence humaine,
c'est-à-dire une quintessence cachée dans tous les mixtes,
imprégnée de la vertu de l'esprit universel du monde,
que celui qui, inspiré et éclairé de ses divines lumières,
trouverait le moyen d'extraire, deviendrait par son

(1) Oedipus Aegyptiacus, tome II p. 2, de alchymia, C. 1. (2) Les procédés de M. Emmens et ceux de M. Tiffereau donnent raison au Père Kircher.

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24 LA TRANSMUTATION DES METAUX
moyen exempt de toutes infirmités et mènerait une vie
pleine de douceur et de satisfaction.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
« Il est constant, que ces premiers hommes (les Egyptiens) possédaient l'art de faire de l'or, soit en le tirant
de toutes sortes de matières, soit en transmutant les métaux;
que celui qui en douterait ou qui voudrait le nier se
montrerait parfaitement ignorant en histoire..... Les prêtres,
les rois, les chefs de famille (des prêtres et des rois)
en étaient seuls instruits. Cet art fut toujours conservé
dans un grand secret, et ceux qui en étaient possesseurs
gardèrent toujours un profond silence à cet égard, de peur
que les laboratoires et les Sanctuaires les plus cachés de
la Nature étant découvert au peuple ignorant, il ne tournât
cette connaissance au détriment et à la ruine de la
République..... (1).
Nous avons cru curieux de rapporter ici, ce passage du savant jésuite qui reconnaît parfaitement que les Egyptiens
pouvaient faire de l'or artificiel par un moyen quelconque
et peu nous importe que ce fut avec une pierre,
(poudre de projection) ou Elixir (liqueur); aussi, en manière
de conclusion, nous dirons que ce qu'ont pu faire
les Egyptiens, nous devons pouvoir l'accomplir et il est
absolument certain que les prêtres de l'Egypte connaissaient
l'alchimie et la transmutation des métaux ou tout
au moins le moyen de faire de l'or. L'histoire même
vient corroborer ce fait, puis qu'elle nous apprend que
Dioclétien, abusant de sa victoire sur l'Egypte, y fit

(1) Voir à ce sujet notre Isis Dévoilée, Passim et notamment dans un chapitre spécial. (Ch. VII). 1 vol. in-12, 2° Edition, Paris,
Perrin et Cie et Librairie Dorbon aîné.

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L'OR ALCHIMIQUE 25
rechercher et brûler tous les anciens papyrus qui traitaient
de la fabrication de l'or, afin d'appauvrir les rois
Egyptiens qui ne soutenaient la lutte contre Rome qu'à
cause du secret qu'ils possédaient de faire de l'or (1).
Nous savons aussi par les philosophes hermétiques que Symandrius roi d'Egypte fit entourer son Palais d'un
immense cercle d'or massif dont la circonférence ne mesurait
pas moins de 365 coudées.
Sur un des bas-reliefs qui ornaient ce cercle d'or, on voyait représenté ce roi, offrant aux Dieux l'or et l'argent
qu'il avait faits et dont le montant annuel s'élevait à plus
de 130 millions de mines.
Il nous semble avoir suffisamment insisté pour convaincre le lecteur de la possibilité de faire de l'or artificiel.

IV
Dans un discours prononcé par M. Maxwell à l'audience solennelle de la rentrée de la Cour d'appel de Bordeaux,
l'honorable substitut du Procureur Général faisant l'éloge
du Président d'Espagnet, a terminé son discours
en disant: « Cependant ces mystérieuses opérations
ont un but dont il affirme énergiquement la réalité. Je
vous avouerai que j'ai quelque peine à voir un mystificateur
dans un homme de la valeur du Président. » (2)
Citant une partie du fort beau discours que nous venons de mentionner, M. de Rochas fait une remarque
très judicieuse (3) à laquelle nous nous associons de

(1) Cf. -- Lexique de Suidas, vo Chimie. (2) Page 27: Un magistrat hermétiste, in-8°, Bordeaux, 1896. (3) Ut Suprà.
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26 LA TRANSMUTATION DES METAUX
tout coeur, car pour nous, comme nous le disions au
commencement de cette étude, nous ne voyons dans la
transmutation prouvée, que l'affirmation de l'Unité de
la matière. Cette remarque est celle-ci: Si, comme on
le prétend, le Président d'Espagnet a réellement obtenu
des transmutations, je comprends qu'il ait donné des recettes
symboliques pour n'être compris que des initiés;
mais j'avoue ne pas comprendre l'état d'âme d'un groupe
d'alchimistes modernes qui publient à Paris une revue
mensuelle où ils donnent tous les détails des opérations
du Grand Oeuvre, accompagné de conseils hygiéniques
et moraux; à l'adresse de ceux qui s'y livrent, comme si
la fabrication de l'or était une affaire certaine, moyennant
la mise en oeuvre de certaines forces qu'ils disent
parfaitement connaître.
« Mais alors pourquoi ne produisent-ils rien? « Il ne s'agit plus, dans leur cas, d'une affaire industrielle où la question principale est le prix de revient
d'un métal ou d'un alliage pouvant remplacer l'or dans
la fabrication de la monnaie; pour eux l'intérêt est surtout
théorique et quelque minime que fut la quantité
d'or produite, ils seraient largement récompensés de
leurs efforts par la gloire d'avoir démontré l'unité de la
matière! »

Nous ne pouvons que joindre notre faible voix à celle de l'honorable savant, qui a porté un coup droit aux
hyperchimistes; riposteront-ils?
Ce n'est guère probable! car eux croient avec raison, à l'Unité de la matière et possèdent diverses formules

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L'OR ALCHIMIQUE 27
de transmutations, comme nous allons le voir; aussi ne
tiennent-ils aucun compte des attaques contraires à
leurs convictions.
Le coup droit porté par M. de Rochas aux Hyperchimistes, paraissait d'autant plus justifié que ceux-ci disent
dans leur programme (1).
« Il peut sembler oiseux, en cette époque de littérature et de journalisme à outrance, que nous mettions à notre
tour en circulation une revue nouvelle, alors que tant
d'autres existent et progressent.
« Il est cependant une excuse à notre tentative: le vain désir de fonder une feuille ne nous a point guidé,
non plus que l'ambition d'égaler ces profonds périodiques
d'occultisme que le public commence enfin, à
apprécier.
« Mais nous avons voulu essayer de combler une lacune très manifeste. Si la Magie, l'Astrologie, l'Esotérisme
général et le Psychisme, possèdent des organes
consciencieux, l'Alchimie, cette vieille science sublime
basée sur les principes de la philosophie hermétique,
semble éloignée de ses soeurs, demeure encore reléguée
dans l'ombre. On aperçoit l'idée théorique de l'Unité de
la Matière, de la Substance, mais l'on en néglige les
conséquences importantes, diverses et pratiques. Raillé
par les uns, négligé par d'autres, l'Hermétisme doit
cependant accuser sa renaissance parmi celle des multiples
branches de la Gnose.
« L'heure est venue aujourd'hui, de lutter sans cesse en faveur de la doctrine de l'Unité de la Substance et de

(1) L'Hyperchimie, Revue mensuelle d'alchimie et d'hermétisme 1r année, n° 1. -- Le bureau se trouve aujourd'hui 4, rue de Savoie.

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28 LA TRANSMUTATION DES METAUX
l'Hylozoïsme, doctrine appelée à transformer de fond en
comble les théories scientifiques, philosophiques et chimiques
de notre temps.
« La chimie actuelle apparaît routinière, insuffisante en ses conclusions, sans réelle portée métaphysique,
parce que exclusivement analytique et trop timide; les
scientistes tournent sur eux-mêmes et semblent fort
étonnés de s'apercevoir qu'après de longs ou de vains
tâtonnements, ils n'ont fait que tracer ou suivre un cercle.
Or, c'est de ce cercle, pour eux encore sans issue, dont
il faut sortir. La chimie doit devenir, s'affirmer: L'Hyperchimie.
Elle planera au loin, toujours plus haut, plus
hardie, plus téméraire, science médiane entre la Métaphysique
et la Chimie classique, branche intermédiaire
et féconde.
« Le programme de notre revue apparaît donc bien net et très vaste, bien trop au-dessus de nos faibles
moyens; mais nous avons confiance en le Temps, ce
grand adjuvant, et en nos remarquables collaborateurs.
Indépendants, nous ne luttons que pour la Vérité, sans
nous soucier du qu'en-dira-t-on, convaincus que l'Avenir
donnera raison à la plupart de nos affirmations
car elles s'appuient sur d'immuables principes
« Cette revue de l'Hyperchimie arbore donc le programme de lutte suivant: amener le public, le public
intellectuel, cela va sans dire, et il se trouve en minorité
encore hélas! à l'idée de l'Unité de la Matière et à
la preuve nettement expérimentale de cette vérité, à
prouver la Transmutation des corps, fouiller ce problème
par la mise au jour des méthodes anciennes et

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L'OR ALCHIMIQUE 29
modernes; en résumé donc le but bien net et bien clair
de ce journal est de propager surtout l'Alchimie.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
« En un mot, nous voulons nous élever au-dessus des routines de la science cataloguée et officielle, et c'est pourquoi
l'Hyperchimie se trouvera toujours à la tête du mouvement
de la Nouveauté. »
L'occasion était par trop belle de s'élever au-dessus des routines de la science officielle, de s'expliquer et de
se prononcer sur la question de l'or alchimique, aussi
les Hyperchimistes, ont-ils, sans répondre directement
à M. de Rochas donné de nombreuses recettes pour la
transmutation des métaux en or.
Ainsi dans le no 10 d'octobre 1897, on peut lire colonne 8, Recette pour l'or artificiel. (Serait-ce une réponse indirecte
à M. de Rochas?); prenez parts égales de limaille de
fer, souffre sublimé, antimoine cru; mêlez et portez au
rouge dans un creuset pendant huit heures. Pulvérisez le
lingot, calcinez jusqu'à ce que le soufre soit évaporé.
Mêlez deux parties de cette poudre avec une partie de
borax; calcinez et refondez. Pulvérisez, dissolvez dans
l'acide chlorhydrique du commerce, laissez pendant un
mois à une chaleur modérée. La liqueur doit être distillée
trois fois; on trouve alors une poudre rouge dans
la cornue, sans doute un mélange d'oxydes d'antimoine
et de chlorure de fer; cette poudre sera dissoute dans
une solution concentrée de chlorure d'antimoine; évaporez,
mêlez à poids égal avec du sublimé recommencez
jusqu'à ce qu'une huile rouge passe; il faut imbiber
du chlorure d'argent frais, de cette huile; dessécher,
pulvériser et mêler avec 5 parties du plomb fondu; les

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30 LA TRANSMUTATION DES METAUX
coupez et vous trouverez un tiers d'argent, transformé
en or.
Et la Revue ajoute: « d'après un ancien Manuscrit. » Voici donc une nouvelle recette et elle a beau être compliquée, elle a du moins le mérite d'être claire, c'est-
à-dire, on ne peut moins alchimique.
Dans la Revue Générale des Sciences, M. Eiard, une de nos vielles connaissances, donne une méthode pour
retirer de l'or, de l'eau de mer.
Depuis un éminent Ingénieur en chef des Ponts et chaussées aussi savant que modeste, M. Clavenad ne met
pas en doute la synthèse des métaux. Ce fait est devenu
évident par la correspondance qu'il a publiée dans l'hyperchimie,
correspondance que nous ne pouvons donner
ici puisque cette revue interdit formellement la reproduction
de ses articles.
Pour nous du reste, la transmutation n'a jamais fait l'objet d'un doute; et nous ajouterons qu'il n'y a pas un
seul procédé pour obtenir cette transformation; aussi,
ce qui nous étonne, c'est qu'on ait pu perdre les procédés
du XVIe siècle et ne pas les avoir retrouvés plus tôt.
Si comme tout l'indique la matière est Une, la nature a des procédés divers pour faire de l'or; M. Tiffereau
a indiqué le sien. M. Emmens un autre, dans sa
lettre à E. W. Crookes; enfin, le même savant, en a un
autre qui jusqu'ici parait le meilleur puisqu'il a trouvé
des financiers pour le lui acheter et fonder une Société
pour l'exploiter.
Nous venons d'énumérer trois ou quatre procédés qui permettent la transmutation et après cela, il se trouvera
encore des gens pour douter de celle-ci, de la fabrication

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L'OR ALCHIMIQUE 31
artificielle de l'or et traiter de naïfs ceux qui comme
nous ont cru à la transmutation et l'ont consigné dans
leurs ouvrages, comme je l'ai fait dans Isis Dévoilée. (1).
En ai-je reçu des tuiles sur la tête à propos de celui-ci. Du reste il en a été toujours ainsi des grandes découvertes; la première chose dont l'homme gratifie l'inventeur,
c'est du doute, de la négation.
Vapeur, électricité, télépathie, téléphonie, utopies! Hier encore ne nous est-il pas tombé sous la main la brochure d'un pauvre diable qui se plaignait, il y a 25
ou 30 ans de ce que l'Académie de médecine n'avait pas
voulu l'entendre au sujet d'un procédé permettant de
voir au travers des corps opaques. Qui pourrait nier
aujourd'hui un fait qui crève les yeux. Or, pour la transmutation
des métaux que M. Emmens ne trouve pas
plus extraordinaire que la pesanteur des corps, l'incrédulité
est encore absolue.
Nous en étions arrivé ici de notre étude, quand nous avons reçu la visite de M. Tiffereau. C'est un vieillard
de 87 ans, vert et frais comme un jeune homme; il
nous a remis en nous quittant, des documents dont nous
allons reproduire ici une partie, ainsi que l'entretien
que nous avons eu avec lui: c'est d'abord une nouvelle
lettre de M. Emmens, lettre datée du 7 septembre, et
qui communique l'annonce qu'il fait insérer dans un
journal scientifique Anglais: The Nature et par laquelle
il met au concours quatre sujets assez inattendus.
M. Emmens prouve ainsi qu'il a avant tout, à coeur, I'intérêt de la science et que loin de faire un mystère

(1) Librairie Dorbon aîné, Paris.
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32 LA TRANSMUTATION DES METAUX
de ses procédés, il s'efforce d'attirer l'attention générale
vers les travaux tendant à la transmutation.
Ces quatre prix sont de cinq cents dollars chaque, c'est-à-dire de 2.500 francs.
Nous ne donnerons pas ici le programme de ces concours pour ne pas surcharger notre étude.
Voici l'autre document que nous a communiqué M. Tiffereau.
M. Emmens à la date du 27 août 1897 m'annonçait qu'il venait de porter à la Monnaie son dixième lingot
d'or. De plus, il me proposait de fonder une Société
ayant pour objet tout ce qui se rapporte à l'or et notamment
la construction d'un Pavillon de l'or à l'Exposition
de 1900, ainsi que le remboursement des capitaux
engloutis dans la catastrophe de Panama.
Des deux lettres écrites le 31 août, nous croyons devoir extraire ce qui suit, parce que cela constitue une
actualité considérable au moment des Krachs des
mines d'or et de la guerre du Transval.
« Je ne m'inquiète pas. dit M. Emmens, des erreurs de toutes sortes paraissant de temps en temps dans les
journaux, au sujet de mon entreprise qui saura bien
se défendre d'elle-même.
« Un premier dividende a déjà été distribué aux membres de l'Argentaurum Syndicate et il sera suivi de
bien d'autres, dût le grand public rester incrédule où
se figurer que je travaille à perte. Nous avons le bonheur
d'être complètement indépendant de l'opinion des
journaux et aussi de celle des savants...
« ... Nous venons de déposer notre onzième lingot, ce qui porte notre production totale d'Argentaurum Gold

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L'OR ALCHIMIQUE 33
à 150.42 onces (soit 4 kilo 938 gr.) Le profit net à ce
jour, est de 522.95 dollars ou 2.700 fr.
Ma machine (récemment livrée) est maintenant en train de travailler; elle est très petite, parce que j'ai désiré
faire des essais et perfectionner tous les détails avant
de construire un appareil à grand rendement.
L'opération par laquelle une charge d'argent est convertie en or, demande en tout, une dizaine de jours;
mais des résultats appréciables se constatent facilement
au bout de quatre heures. Quelques-uns de mes amis ont
déjà eu le plaisir de visiter l'Argentaurum Laboratory et
produire eux-mêmes un peu d'or, qu'ils portent maintenant
comme breloques à leur chaîne de montre. « Cette
production, réduite ainsi à des proportions minuscules,
pourrait au besoin être une attraction additionnelle au
Pavillon de l'or. « Je joins à ma lettre un document qui
non seulement vous intéressera, mais qui pourra encore
vous être utile; c'est le bordereau délivré par le bureau
d'essai de la Monnaie, au sujet de notre dixième lingot.
Vous verrez ainsi, comment procède ce bureau lors des
achats de nos lingots.
« Je fais maintenant mes préparatifs, pour répéter votre expérience du Mexique. Quelques essais préliminaires
m'ont déjà donné des résultats qui m'autorisent
à croire que, d'ici à deux ou trois semaines, j'aurai le
plaisir de vous envoyer un spécimen authentique d'or
Tiffereau.
« Une autre nouvelle vous intéressera aussi. Je viens de recevoir une offre d'un important affineur anglais,
qui s'engage à prendre toute la production de l'Argentaurum
Laboratory, jusqu'à concurrence de 50.000 onces
3
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34 LA TRANSMUTATION DES METAUX
par semaine (soit 4.500.000 fr.), et à la payer régulièrement
en espèces et d'avance. Cela indique assez le cas
que des gens sérieux font de notre Société. Les hommes
d'Etat et les financiers anglais réussissent d'ordinaire
à capter, à leur profit, les nouvelles sources d'or, tandis
que les savants, les politiciens et les banquiers des
autres nations attendent, avec circonspection, d'avoir
la preuve en main. Dans le présent cas, mes amis et moi,
nous ne dépendons de personne: nous pouvons parler
en maîtres; nous ne descendrons pas au rôle de suppliants.
Nous avons donc répondu aux offres de l'affineur
anglais que nous étions décidés à exécuter ses ordres,
mais que nous réservions toute liberté de les refuser,
lorsque cela nous conviendrait. »
Votre dévoué. STEPHENS H. EMMENS.
M. Tiffereau, après communication de cette lettre ajoute: Inutile de vous dire, Monsieur, que je tiens à la
disposition de ceux que cela pourrait intéresser cette
lettre ainsi que le bordereau de la Monnaie de New-York.
Je vous ferai remarquer maintenant ajouta-t-il: 1° Que l'Argentaurum Laboratory, après avoir mis quatre mois à produire ses premiers cinq mille francs
de lingots d'or, a produit la même somme pendant le
mois d'août seul;
2° Que l'affineur anglais a assez de confiance en M. Emmens et dans son procédé pour espérer qu'il ne
saurait tarder à produire 4.200.000 francs par semaine,
soit plus de 200 millions par an;
3° Que M. Emmens en répétant mon expérience du
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L'OR ALCHIMIQUE 35
Mexique va prouver la vérité de mes affirmations, renouvelées
depuis de longues années et donner à entendre
que j'en serais, moi aussi, à la période d`exploitation
industrielle, si mes concitoyens m'avaient accordé l'aide
que je n'aie cessé de demander. Voulez-vous me permettre
de vous raconter quelques faits curieux de transmutation
et de production de métaux précieux qui tendent
à confirmer mon expérience de Guadalajara? Je
n'abuserai pas de vos instants !
-- Mais je vous en prie, dis-je à M. Tiffereau. Hé bien voici; un de vos confrères, M. N. H. architecte à Paris, me signale un fait sur lequel il est bon
d'appeler l'attention des métallurgistes.
-- Ayant eu, me dit-il, à faire un payement à une époque ultérieure, j'avais mis le montant de la somme
de côté, dans un tiroir. Cette somme était constituée en
pièces de 20 francs et de 2 francs formant toutes ensemble
un rouleau. -- Quand il défit ce rouleau, dix-huit mois
après, il s'aperçut que les pièces de 2 francs avaient
pris la teinte jaune de l'or, que cette teinte était peu sensible
sur la partie des pièces d'argent correspondant au
disque même des pièces d'or, tandis qu'elle était très
accentuée sur le pourtour (la tranche) des pièces d'argent
et sur la partie non recouverte par l'or. Cette couleur
jaune n était pas due à du cuivre ou à une oxydation
comme on s'en est assuré par expérience. Si on juge par
l'épaisseur de la pellicule d'or formée pendant ces dix-
huit mois, il faudrait plusieurs siècles pour que la transmutation
de la monnaie d'argent en or fut complète.
Ce phénomène doit être attribué au ferment de l'or sur l'argent. Il est à regretter que le papier imprimé qui

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36 LA TRANSMUTATION DES METAUX
avait servi à envelopper cette monnaie n'ait pas été
conservé, car il est probable que ce papier contenait
des microbes producteurs d'or qu'on aurait pu recueillir.
Il y a quelques années du reste que des journaux ont fait mention d'un fait qui s'est produit sur des bijoux
d'or et d'argent entourés de coton et enfermés dans des
boîtes. Ces bijoux expédiés de Paris en Espagne furent
trouvés tout ternes à leur arrivée à destination; ils
furent soumis à des chimistes qui les virent recouverts
de deux espèces de microbes, auxquels, ils n'hésitèrent
pas à attribuer l'érosion des métaux précieux.
En Allemagne, on a constaté l'attaque des caractères d'imprimerie par des ferments qui, transportés sur des
caractères neufs, les ont corrodés.
Puisque des ferments attaquent ainsi les caractères d'imprimerie, composés d'un alliage de plomb et d'antimoine,
on peut admettre que le papier imprimé qui
formait l'entourage du rouleau d'argent de l'architecte
dont nous avons parlé, contenait des microbes, dont
l'action s'était fait sentir sur l'or et sur l'argent empilés
l'un sur l'autre. C'est d'autant plus probable que les
minerais de plomb et d'antimoine contiennent de l'or
dont on peut attribuer la production à des ferments spéciaux
agissant sur les deux métaux inférieurs.
Je vous ferai remarquer en passant que les Alchimistes se sont beaucoup occupés du plomb et de l'antimoine
et qu'ils n'ont cessé d'affirmer l'action continue de certains
ferments.
La couche d'or à l'état naissant ainsi formé n'a pas de consistance; c'est ce qu'explique fort bien M. Le Brun
de Virloy dans ses expériences sur la matière métallique.

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L'OR ALCHIMIQUE 37
Le métal provenant de l'accroissement paraît d'abord,
dit cet auteur, être à l'état naissant et ne possède
pas encore toutes les propriétés du métal adulte, pas
plus qu'il n'accuse les mêmes réactions; il est même
si instable qu'il peut disparaître en tout ou en partie;
mais il finit par parvenir à l'état adulte, sous l'influence
de certains réactifs.
-- Vous croyez donc comme moi à la vie du métal, lui dis-je.
-- Mais très certainement, me répond M. Tiffereau, puisque certains microbes ou ferments agissent positivement
sur sa constitution, comme nous venons de le
voir.
Je poursuis mon idée; la nature nous offre des exemples de ces transformations graduellement opérées.
Dufrenoy dans sa Minéralogie (Tome III, page 22) parle d'un alliage d'or et d'argent désigné par Klaporth
sous le nom d'Electrum. Le minerai, nous dit-il est constitué,
par place, les lamelles couleur d'or juxtaposées à
d'autres lamelles d'un blanc jaunâtre. Ne faut-il pas
conclure de ce fait que certaines parties de ces minerais
d'argent commencent leur évolution vers l'or, évolution
que d'autres parties ont déjà terminé?
Ne peut-on dans ce cas, attribuer à des microbes de pareilles transformations?
(Le reste de notre conversation ayant eu un caractère tout à fait privé, nous la passons).


V
Des renseignements qui précèdent fournis par la fin
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38 LA TRANSMUTATION DES METAUX
de la conversation rapportée avec l'alchimiste Tiffereau,
il résulte donc que le métal a une vie propre.
Mais soutenir que le métal est une sorte d'animal, ne serait-ce pas soulever des tempêtes?
Et cependant dussions-nous passer pour paradoxal, nous dirons que le métal, le fer par exemple, a une vie
propre; nous allons le démontrer.
Tout le monde sait aujourd'hui que si après avoir déterminé la force, la puissance d'un aimant, on l'arrache
violemment de son armature, cet aimant est affaibli, il
ne peut plus porter un poids aussi considérable qu'avant
cet arrachement. Ce fer aimanté est donc fatigué,
et pour le remonter et lui donner sa force normale, il faut
lui réappliquer son armature et y suspendre d'abord des
poids légers, qu'on peut augmenter progressivement
tous les jours. Au bout d'un certain temps, on peut constater
que l'aimant s'est renforcé, s'est amélioré, s'est
nourri pour nous servir du terme consacré dans les laboratoires
de physique; aussi peut-il supporter alors
une charge beaucoup plus considérable que celle qu'il
pouvait porter primitivement. La raison nous la connaissons,
c'est affaire de Polarité: l'acier aimanté ayant
un pôle positif et un pôle négatif attire l'électricité de
l'espace et, traversé par ce courant, il s'aimante de plus
en plus fortement
Donc pour donner de la vie, pour vitaliser l'acier, comme disent les métallothérapeutes, il faut le relier par
son armature à un grand courant magnétique de la nature.
Ceci admis, disons que les molécules du fer, qui sont tantôt grains, tantôt chair, forment des agrégats infinitésimaux

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L'OR ALCHIMIQUE 39
qui animent le métal d'une vie propre; ces
molécules constituent dans le minéral, de véritables globules
de vie, des boulets vitaux dirait le Physiologiste;
d'où il s'ensuit que lorsqu'une pression ou une traction
exagérée est exercée sur une solive en fer, celle-ci est
fatiguée, énervée, les nerfs de sa chair (1) sont chargés en
grains, ce qui produit un trouble profond dans la cohésion
du métal, d'où diminution de vigueur, de vitalité;
le fer a perdu de sa rigidité, et si la pression persiste
avec plus de puissance, elle amènera la rupture, c'est-
à-dire la mort de la dite solive.
Voilà ce que savent à peu près tous les techniciens (architectes, ingénieurs, serruriers, etc.) mais ce que
beaucoup ignorent, c'est que si cette solive, un peu avant
le moment de sa rupture, si cette solive, surmenée et
partant convalescente, est laissée en repos un certain temps
elle se restaure; sa force première lui revient peu à peu;
on dirait que ses molécules, ses petits organismes vitaux
se reconstituent et reprennent leur potentialité première;
c'est du moins ce qu'affirme le savant professeur
Kennedy, ingénieur américain.
Ce savant a établi, en effet, par suite d'expériences, qu'une barre de fer qui, dans un premier essai avait
exigé un certain degré de flexion pour être forcée, fléchissait
quelques heures plus tard et même le lendemain
sous une charge moindre. Aussi s'imagina-t-il de mettre
au repos, pendant plusieurs jours, des barres de fer
surmenées et de faire sur celles-ci de nouveaux essais à

(1) Voir dans DICTIONNAIRE RAISONNE D'ARCHITECTURE de Ernest Bosc, l'article CHAINE, CHAINAGE.

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40 LA TRANSMUTATION DES METAUX
des intervalles de temps de plus en plus espacés. Il put
alors constater, non sans une certaine surprise, que le
retour progressif de la force perdue était en rapport direct
avec la durée du repos.
On peut activer la revivification, la restauration, si l'on peut dire d'une barre de fer, et cela presque instantanément,
par la recuite, c'est-à-dire par le chauffage du métal
au rouge suivi de la trempe; mais l'opération ne
donne pas toujours les résultats espérés.
La fatigue et la restauration des métaux ne peuvent exister que parce que leurs molécules sont des organismes
véritablement vivants, pénétrés peut-être de l'intelligence
cosmique; dès lors, ils sont capables de modifier
leur état, afin de pouvoir s'adapter aux conditions de
l'ambiance!...
Autrefois, tout était matière pour les matérialistes; Carl Vogt, n'a-t-il pas dit que:
La pensée était une sécrétion du cerveau! Aujourd'hui, pour une Ecole spiritualiste, la matière elle-même a une partie spirituelle; c'est ce que m'affirmait
il y a longtemps déjà, le Dr H. Baraduc. Bien que
peu éloigné d'admettre ce fait, je n'en suis pas encore
entièrement convaincu, mais j'admets sans peine que les
métaux: le fer, l'acier, l'or, ont une vie propre, aujourd'hui
encore inconnue, mais qu'on pourra constater peut-
être dans un avenir prochain; dès lors leur transformation,
leur transmutation devient non seulement admissible,
mais possible, si l'on admet, comme nous, l'Unité
de la matière.

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L'OR ALCHIMIQUE 41
Dans une lettre de M. Clavenad au Directeur de l'Hyperchimie ce grand alchimiste, prétend que le métal n'a
de vie que quand il n'a pas de forme, nous venons de
dire le contraire et de le prouver.
Il existe, nous l'avons vu, de très nombreux procédés pour faire de l'or, l'un des plus simples est celui de l'alchimiste
Auguste Strindberg, le frère du malheureux aéronaute
qui fit partie de l'expédition Andrée, au pôle Nord.
Voici ce procédé qui n'exige pas de dépenses considérables; il faut employer seulement une dissolution de
sulfate de fer (couperose verte du commerce), un flacon
d'ammoniaque et un cigare.
Pourvu de ces ingrédients, on prend une bande de papier, on la trempe dans la dissolution de sulfate de fer,
on la maintient ensuite, au-dessus des vapeurs ammoniacales,
que dégage le flacon d'ammoniaque. Ceci fait,
on laisse sécher la bande dans la fumée produite par le
cigare qu'on fume pendant l'opération; dix à douze
minutes au plus, d'exposition à la fumée et l'or apparaît.
-- Tout d'abord le papier s'est coloré en vert sous
l'action du sulfate, puis en séchant, il se colore en brun
marron, comme le deutoxide d'or, et finalement des
paillettes d'or métalliques se sont formées et constituent
un or non fixe, lorsque le sulfate de fer a produit une
autre fécondation en le précipitant lui-même.
Pour expliquer l'expérience de Strindberg, cet alchimiste admet la formation d'un sulfate de fer ammoniacal,
dont le poids moléculaire correspondrait au poids
moléculaire du chlorure d'or, et il ajoute que la nicotine
a la propriété de réduire les sels d'or. D'où l'utilité
indispensable du cigare pour opérer la transmutation. --

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