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Réfer. : AL2314B
Auteur : Nicollas de Grosparmy.
Titre : La Clef majeure de sapience.
S/titre : et science des secrets de nature, ...

Editeur : Manuscrit 160 de la Bibliothèque municipale de Rennes. Troisième partie
Date éd. : 1xxx .


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Particularités de ce document.


Afin de conserver au bénévole lecteur le charme du manuscrit, j'ai laissé le texte dans sa forme originale, orthographe, ponctuation, excepté sur
quelques points.
Excepté ces derniers, le document est conforme à l'original, folio par folio, ligne par ligne et caractère par caractère. Pour ce dernier point,
le lecteur voudra bien être indulgent, car malgré une double relecture de
tout le document, il est improbable de n'avoir pas oublié çà et là quelque
particularité orthographique.
Les numéros de folio sont repris du manuscrit lui-même, et sont portés sous la forme :
(fxy)
f pour folio. x numéro de folio. y r pour recto.
v pour verso. Cette identification est rajoutée, seul le numéro porté à droite de chaque folio recto, est sur l'original.
Je dois aussi rappeler que les majuscules et les minuscules sont distribuées dans le texte sans logique précise, quant à l'orthographe, elle
peut varier pour un mot sur la même ligne de texte.
D'autre part, l'habitude du scripteur d'aller vite, ou de lier les mots
entre eux pour ne pas lever la plume, font que les accentuations et les
apostrophes sont mises ou non sans raison apparente.

Points de modifications.

J'ai mis une majuscule à la première lettre de chaque paragraphe, ainsi qu'un point à la fin.
Les mots qui sans raison apparente, avaient une majuscule dans le corps du texte ont été mis en minuscule.
J'ai également mis une lettre majuscule sur la première lettre des noms propres de personnes, ou de personnages (Lulle, Saturne, etc).
J'ai séparé les mots liés dans le texte afin de rendre la lecture plus agréable, néanmoins les mots séparés dans le texte le sont restés, par
exemple "quoy que", ou encore "par ce que".
Dans la majorité des cas j'ai écrit les mots abrégés dans leur forme complète, à l'exception notable de philosophie et de ses dérivés écrits
ph~es pour philosophes, ph~ique (pour philosophique) etc, reprenant ainsi
la forme abrégée du scripteur.
J'ai omis de reproduire quelques notes en latin, en marge du texte, qui sont d'une écriture différente du manuscrit, postérieures à celui-ci, et
assez difficiles à déchiffrer. Cette écriture semble proche de celle des
notes sur le livre de Rochas, en fin du manuscrit.
Dans le cas où un doute subsiste sur le texte (graphie non déchiffrée), j'ai mis cinq astérisques pour signaler l'endroit.

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(f54r) 54
La clef majeure de sapience et science des secrets de nature, où il
est amplement traité des qualités des métaux
et de leur transmutation, par Nicolas de
Grosparmy à son ami le Vallois

Argument
1.
Ce traité contient deux parties principales,
la première est la théorie comprise en trois
chapitres, la seconde est la pratique comprise
en cinq chapitres.

2.
La pratique enseigne la calcination des
principes matériels pour venir aux premières
préparations et d'icelles aux médecines
tant simplement composées, que parfaitement
accomplies en cet art.

3.
Elle enseigne aussi les différentes manières
dont les anciens ont usé en leur magistère,
jusques à maintenant.

4.
Dans l'une et l'autre partie de cet art,
on peut errer à tous pas sur deux points,
l'une est la vulgaire destruction des
rustiques, l'autre est la philosophique
intelligence des sages comme sera ci-
après plus amplement déclaré.

5.
Chapitre 1er.
Des premiers principes de nature et du monde universel pour notre magistère.
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(f54v)

Toutes les choses du monde sont possibles à
l'homme, pourvu que la vigueur du corps
n'empêche pas celle de l'âme, de pénétrer dans
l'intelligence des choses occultes, car tant plus
que le corps a de vigueur, tant plus l'âme
est débilitée.

6.
Et faut noter qu'il y a une âme corporelle et
une âme spirituelle, qui sont liées chacune à
son corps, savoir l'âme corporelle avec sa
corporalité, et l'âme spirituelle avec sa
spiritualité.

7.
Duquel tiers lien les anciens ont voulu
peu écrire, sinon que nature soit pareille,
que ce qui est dessous soit comme ce qui est
dessus, et au contraire et le gros s'en fait
le subtil.

8.
Car toutes choses ne sont qu'une seule
composition qui se fait différemment par moyens
et degrés, ainsi comme d'ici, là, et de moins
en plus, jusques à parfaite clausure.

9.
Car 1. 2. 3. 4. ensemble fait le nombre de 10.
20. 30. 40. font 100. le nombre n'étant qu'un
assemblement d'une chose à une autre.

10.
Ainsi si le double est parti en deux et que 1.
y soit mis viendra trois, et si le double
est doublé viendra 4. auquel ajoutant 1.
viendra cinq, ou 2. viendra six, ou si
au 5. est ajouté 2. viendra sept,
auquel ajoutant 1. viendra 8, et si 3.
à 6 viendra 9; ou 2. à 8. viendra 10, ainsi vont
les nombres.

11.
Mais toutes choses sont divisées en quatre

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(f55r) 55
genres, à savoir 1. le simple, 2 le simple du
simple, 3e. le composé, 4. le composé du composé.

12.
Le Simple
Le simple est deux natures, l'une agente et l'autre
patiente à savoir calidité ou frigidité.

13.
Le Simple du Simple
Le simple du simple sont calidité, humidité,
frigidité et siccité.

14.
Au commencement du monde Dieu fit la
matière première ou premier passif, qui n'était
que pure puissance indifférente à tout et sans
aucune détermination (quant à soi) à l'être
d'aucune créature.

15.
Puis Dieu fit la cause seconde ou cause
agente, la lumière de laquelle contenait en
soi calidité et lui apposa une autre
créature et cause agente contenant en soi
frigidité, qui fut moyenne entre les deux
extrémités simples.

Note du traducteur. Il n'y a pas de numéro 16 dans
le manuscrit.

17.
Derechef calidité pénétra humidité
jusques au centre et se mêla avec elle
également et en sortit un moyen contenant
en partie de la calidité et une de frigidité.

18.
Et au contraire frigidité s'est mêlée avec
humidité également et s'est fait un
moyen contenant trois parties de
frigidité et une de calidité.

19.
Car l'humidité qui contient déjà une
partie de chaque extrémité simple; doit
recevoir encore deux de celle qui la doit
égaler en nouveau mélange et partant

@

(f55v)

le composé contiendra trois d'une extrémité
et une de l'autre.

20.
Le composé du simple.
Le composé du simple sont les 4. éléments,
et quant au feu il est sorti de l'égale
mixtion de la nature de calidité et siccité,
avec calidité et humidité.

21.
L'air est sorti de l'égale mixtion dudit feu
avec la nature d'humidité.

Note du traducteur. Il n'y a pas de numéro 22 dans
le manuscrit.

23.
La terre est sortie de l'égale mixtion d'icelle eau
avec la nature de frigidité et siccité.

24.
La terre n'est donc qu'une eau grosse, froide,
et sèche, et l'eau n'est qu'un air gros et humide,
et le feu n'est qu'un air subtil et sec.

Le Composé du composé
Le composé du composé n'est que le corps de l'âme
corporelle lequel est corps minéral et le
corps et l'esprit corporel.

26.
Les corps minéraux ou esprits d'iceux
sont engendrés des susdits 4. éléments
comme s'ensuit.

27.
Premièrement il s'est fait égale mixtion
du feu avec l'air, d'où est sorti le corps
de l'âme corporelle, puis dudit corps s'est fait
égale mixtion avec l'eau, où est sorti
le corps de l'esprit corporel.

28.
Puis dudit corps s'est fait égale
mixtion avec la terre, d'où est sorti le
corps corporel au corps.

@

(f56r) 56
29.
Puis du plus subtil de ce corps corporel
du corps s'est faite égale mixtion avec
l'eau, d'où est sorti le corps du corps
spirituel.

30.
Puis du plus subtil de ce corps spirituel
s'est égale mixtion faite avec l'air, d'où
est sorti le corps animal.

31.
Puis du plus subtil de ce corps animal
s'est faite égale mixtion avec le feu,
d'où est sorti le corps de l'âme corporelle,
qui est ce que les anciens cherchaient.

32.
Puis du plus subtil de ce corps de
l'âme corporelle, s'est fait égale
mixtion avec l'eau d'où est sorti comme
dit est le corps de l'esprit du corps
égal; puis ce corps s'est mêlé également
avec la terre d'où est sorti le
corps égal.

33.
Les métaux
Ce corps égal est le sol, duquel
les autres métaux ne diffèrent, qu'en
décoction grande ou petite.

34.
Car les esprits d'iceux sont d'une
même chose et leur diversité ne
provient que de la diversité des
influences des corps célestes en ces
corps inférieurs.

35.
Lesquels corps métalliques sont
approchant en vertu desdits corps

@

(f56v)

célestes, comme le plomb est de nature de
Saturne, l'étain de Jupiter, et ainsi des autres.

36.
Et par ainsi les métaux sont changés
les uns aux autres comme les éléments
dont ils sont composés.

37.
Car le feu est fait air et l'air feu, l'air est
fait eau, et l'eau air, l'eau est faite terre,
et la terre eau.

38.
De plus le minéral est subtil terreux,
la plante est le subtil de la minière, et le
corps animal est le subtil de la plante.

39.
Car des éléments sortent les minéraux,
des minéraux les végétables, et des végétables
les animaux.

40.
Ainsi par résolution les animaux sont faits
végétables, des végétables, minières, des minières,
les éléments, et des éléments la nature
commune.

41.
Le corps de chaque chose est le gros et épais
que l'on touche des mains, et l'esprit et âme
est le subtil qui est caché en ce corps.

42.
Mais dès que ce corps va à corruption,
ce qui était appelé esprit est alors nommé
corps, et ce qui était appelé âme est
nommé esprit.

43.
Ainsi l'esprit est le subtil du corps,
et l'âme est le subtil de l'esprit et tout sort
l'un de l'autre comme dit est des éléments
par composition et résolution.

@

(f57r) 57
44.
Car toutes choses ne se font que par
l'entrée d'une nature en l'autre, par laquelle
une même matière perd tous les degrés
de sa première qualité, et acquiert tous
ceux de la qualité contraire.

45.
Ainsi quand une matière sèche au 4e.
degré se change en humide au même degré,
elle perd premièrement tous les degrés de siccité
en descendant par ordre du haut en bas,
4. 3. 2. 1.

46.
Puis elle entre au premier degré de
variation vers l'humidité et successivement en
montant par ordre de bas en haut, dans les
degrés d'humidité 1. 2. 3. 4..

47.
Et pendant qu'une qualité se change
en son contraire, une tierce qualité
symbolisante et convenant aux deux
extrêmes comme moyenne entre eux
demeure toujours dans la matière sans
se commuer.

48.
La moyenne qualité entre siccité et
humidité est frigidité, et entre frigidité
et calidité est humidité, et entre humidité
et siccité, est calidité, et entre calidité et
frigidité, est siccité.

49.
Si donc on prétend changer une matière
de deux qualités en deux autres contraires,
il faut commencer et parachever la
nuance d'une des deux en son contraire
laissant l'autre pour moyenne entre deux.

50.
Puis il faut commencer la nuance

@

(f57v)

de cette moyenne et la parachever jusques au
dernier degré de son contraire laissant pour
moyenne, celle qui est acquise par le précédent
mouvement.

51.
Ainsi pour changer une froide chose, et sèche
au 4e. degré en chaud et humide qui est la
nature d'air, il faut muer la siccité en
humidité, demeurant la frigidité pour moyenne
et la matière sera froide et humide, qui est
la nature d'eau.

52.
Puis il faut mener la frigidité en calidité
demeurant l'humidité pour moyenne et la
matière sera chaude et humide, qui est la
nature d'air qu'on cherchait.

53.
Puis on pourra mener l'humidité en siccité
demeurant la chaleur pour moyenne et la
matière sera chaude et sèche qui est la
nature de feu.

54.
Puis on pourra mener la calidité en frigidité
demeurant la siccité pour moyenne, et la
matière sera froide et sèche, qui est la
nature de terre d'où elle est partie par le 1er.
mouvement.

55.
Par tels mouvements ont été engendrés
d'une même matière au commencement de création
les métaux qui sont de nature de terre froide
et sèche, puis les végétaux de nature d'eau
froide et humide, puis les animaux de nature
d'air chaud et humide.

56.
Car les planètes sont descendues par trois
fois et ont subtilié pour la première fois
la terre jusques en état de matière propre

@

(f58r) 58
aux minéraux, et pour la seconde fois
encore plus pour les végétaux, et pour
la 3e. fois encore plus pour les animaux.

57.
Tous les changements des éléments
et qualités ou nature se peuvent voir
en la figure suivante

image

De la génération des minéraux et végétaux
Chapitre 2e.
58.
Si comme disent aucuns la nature et matière
première des minéraux et corps métalliques
est argent vif et soufre ce sera avant les
congélations d'iceux en leur nature particulière
et de chacun à part soi.

59.
Car après icelle congélation il est impossible
que d'iceux engendrement se fasse, d'autant
que par icelle ledit vif-argent et soufre

@

(f58v)

sont jà altérés en leur nature particulière,
ainsi qu'ils ne peuvent plus s'allier, comme devant
lesdites congélations.

60.
Cela est manifeste à l'exemple du savon qui est
fait d'eau tirée de cendres, d'huiles et alliées ensemble
par certaine décoction, lequel ne pourrait jamais
être composé desdites choses si elles étaient
séparément décuites et congelées.

61.
Quant au soufre il était premièrement eau
froide et humide, puis a été converti en
air chaud et humide, puis en feu chaud et sec,
puis a été allié avec l'eau, et celle-là était
la conjonction de mâle et femelle.

62.
De plus ores que la racine et matière dont
la nature a fait les corps minéraux, soit argent-
vif et soufre, néanmoins l'artiste ne doit pas
prendre ceux desquels sont descendus lesdits
corps minéraux, mais ceux qui sont tirés
desdits corps.

63.
Car encore que les plantes soient descendues d'eau et
de terre subtile, pourtant l'art ne pourrait faire
une plante de cette eau et terre, mais bien la
semence qui est descendue de la plante, et dans
laquelle est l'âme d'icelle.

64.
Puis après sachant que cette semence est
premièrement venue de terre subtile mêlée d'eau,
il convient faire d'extrêmement pourrir cette graine
en terre avec son humidité tant que le brin
sorte.

65.
L'engendrement des métaux en terre se fait ainsi:
le soleil agit toujours sur les corps inférieurs
et échauffe la terre et reste toujours au ventre

@

(f59r) 59
de la terre une partie de cette chaleur après que le
soleil est retiré et pendant son absence.

66.
Puis le soleil revenu et par ses rayons, produit
dans la terre une chaleur pareille à la première
inférieure, et ces deux chaleurs semblables
remontent ensemble.

67.
Et si en leur chemin elles font rencontre d'eau,
elles pourrissent, et cette eau vaporisée, toujours
se meut tant que chaleur proportionnée la convertit,
et finalement avec un long temps s'épaissit
et distille.

68.
Et ainsi le soleil allant et venant fait monter
et descendre cette eau en la distillant et subtiliant
toujours jusques à ce que son huile soit résolue
et mêlée avec elle, et qu'icelle soit toute convertie
en huile.

69.
Mais si de hasard elle rencontre partie du soufre
qui se mêle avec elle en proportion due, il se fait
or, argent, ou autres métaux.

70.
Ou si les qualités d'icelui soufre surpassent
icelle eau, il se fera corps minéral,
hors iceux métaux.

71.
Cherchons donc l'oeuf des métaux qui est
engendré de feu et d'eau, cherchons en iceux
le nourrissement et substance d'icelui oeuf, comme
a été dit de la semence végétable.

72.
Car la cause ingrédiente est chaleur et humidité,
aussi nature n'est alliée que par sa nature
plus proche.

73.
Et encore que le feu soit grandement régnant
en corps; toutefois l'air ou humidité fait
l'entrée ou ingression.

74.
@

(f59v)

Parce que l'humidité de l'air contrarie la siccité du
feu, la frigidité de l'eau a trempé icelui, et la terre
fixe l'eau.

75.
Et parce que génération ne peut être sans corruption
masculine et féminine, le feu et l'air sont
masculins, et l'eau et la terre sont féminins,
à savoir le feu est masculin à l'eau, et l'air à la
terre.

76.
Mais le feu n'est point allié ***** l'eau sans
air, qui est moyen entre deux, voisin du feu
par calidité et à l'eau par humidité.

77.
Et l'air ne s'allie point avec la terre sans eau
qui est moyen en deux voisins à l'air par humidité
et à la terre par frigidité.

78.
Mais le feu masculin est difficile à tirer des
corps métalliques, d'autant qu'il est bien
petit en iceux, sinon en puissance, parce que
le métal est de nature de terre en frigidité
et siccité.

79.
Et pour ce nous montons au végétable
auquel encore le feu est bien petit, car le
végétable est froid et humide, et ne
contient qu'un quart de calidité contre
trois quarts de frigidité.

80.
Et pour ce nous montons encore à l'animal
qui est chaud et humide et dans lequel
il y a trois quarts de calidité et une seule
de frigidité.

81.
Mais quand l'animal est accompli le gros
est mêlé avec le subtil d'icelui et n'a
point de mouvement tendant en bas, mais
en haut.

@

(f60r) 60
82.
Et pour ce nous prenons de l'animal, ce qui
n'est pas accompli, et faisons premièrement distiller
en cucurbite l'eau, de laquelle le manifeste
est blancheur, et l'occulte est feu et rougeur.

83.
Puis nous distillons l'air citrin en son
manifeste et vert en son occulte, et le feu
demeure en terre.

84.
Puis à plus forte chaleur nous tirons tout
le feu de la terre qui demeure au fond noire
sans vie aucune.

85.
Puis après nous gardons ces éléments chacun
à son vaisseau jusques à l'heure de la
conjonction, et alors nous en prenons partie
égale et les mêlons ensemble.

86.
Et parce que cette eau est également composée
de quatre natures nous sommes assurés
de notre opération et de notre corruption.

87.
Car cette eau est teinte par son feu, elle
est pénétrante par son huile ou air, elle
indague toute combustion par son eau
et est fixée par sa terre.

88.
Et généralement en icelle tout est d'accord,
car l'eau est amie de la terre par frigidité,
l'air de l'eau par humidité, et le feu de l'air
par calidité, et toutes ses parties sont
inséparablement alliées.

89.
Ce mélange est semblable à celui
de Mars chaud et f. sec avec Jupiter
froid et humide, d'où naît le sol.

90.
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(f60v)

Mais l'aimant est double à savoir total et
particulier, le particulier de corps à corps, le total
est des esprits et des corps et celui ne peut
arriver sans pourrissement.

91.
Les esprits ne se mêlent point en seule
fusibilité.

92.
L'élixir chet sur 1000. parce que tout subtil
occupe sept lieux ou septuple espace au regard
du lieu occupé par les gros.

93.
Or une partie de calidité convertit la lune en
sol s'il est pris de minière, mais s'il est pris
de végétable une partie en convertit 36. et ce
au premier degré de subtilité.

94.
Et s'il est au second il convertira 36., si au tiers
il convertira six fois autant qui sont 228.
et si au quart ou dernier, il convertira encore
six fois autant qui sont 1368.

95.
Mais j'ai dit qu'attrempement s'est fait
d'eau et de terre, d'où est sortie la pierre,
puis autre attrempement s'est fait d'icelle pierre
avec l'air, d'où est sortie la terre froide et sèche
en son manifeste, mais chaude et humide
en son occulte.

96.
Et de cette terre est sortie eau, et cette eau a
été alliée à l'air, car nature embrasse nature,
en ce qui est plus prochain et voisin.

97.
Et partant l'humidité de l'eau a été alliée
à celle de la terre, et l'humidité de l'air avec
la calidité d'icelui.

98.
Quand donc le soleil d'orient monte, la

@

(f61r) 61
chaleur de cet air s'allie avec la chaleur du soleil
et végète la plante croissante.

99.
Et parce que la frigidité de l'eau est alliée à celle de
la terre, les parties plus subtiles d'icelle terre
sont montés avec celle de l'eau d'où a été engendré
l'oeuf d'icelle terre auquel elle est potentiellement
enclose.

100.
Et quand cet oeuf est parvenu au terme de
variation l'humidité de laquelle il a pris
nourriture a été ôtée et l'oeuf s'est endurci
et séché.

101.
Mais cet oeuf est différent de celui de minière
car il n'a besoin de trituration pour faire entrer
l'humidité putréfiante et dissolvante, dans ses
parties d'autant qu'en icelui il n'y a pas tant de
compatibilité.

102.
De plus tous broiements corrompraient la
forme qui est en icelle plante.

103.
Il est donc certain par le susdit discours
que cette substance plantable provient des
parties d'icelles.

104.
De la génération de l'animal avec ses mystères.
Chapitre 3.
L'animal est de la plante si Dieu le
veut, car la putréfaction vient au corps
d'icelui.

105.
Le subtil de l'eau est séparé du gros de la terre
et partie égale de frigidité et d'humidité

@

(f61v)

(c'est-à-dire de l'eau) et calidité et humidité font
tempérament.

106.
De ce tempérament égal d'eau et d'air se fait
l'engendrement de l'animal avec son âme qui
est de la nature d'égalité.

107.
De l'autre part au cerveau engendre le
sentiment et bon esprit, mais que ce soit homme
levé droit sur les pieds.

108.
Car si c'est bête icelui sens est répandu
çà et là en toutes les parties de son corps
et ne pourra distinguer ni discourir comme l'homme.

109.
L'homme en sa composition égale à 4. humidités: 1.
le sang chaud et humide, de nature de l'air,
2. la colère chaude et sèche, de nature de feu,
3. le flegme froid et humide, de nature d'eau,
4. la mélancolie froide et sèche, de nature
de terre.

110.
La conjonction de l'âme avec le corps en laquelle
gît la parfaite santé, vient de l'égalité
de ces 4. humeurs, et l'altération ou
maladie vient de leurs inégalités, auxquelles
il faut remédier par médecines
convenables.

111.
Mais d'autant que la colère est
chaude comme feu, Satan qui est en son
occulte composé d'icelui feu et d'air
en son manifeste, a entrée en icelle colère
à soi semblable par le moyen de
l'air, par lequel nous avons le bénéfice
de la vue.

112.
@

(f62r) 62
Et sa nature de feu contraire à la nature
d'égalité de notre âme cause perturbation en
icelle tant qu'elle soit séparée du corps.

113.
Mais qui pourrait faire descendre cette clarté et
lumière contraire à la nature de Satan
corromprait sa force et délivrerait le malade.

114.
Et pour ce faire il faut premièrement savoir
la nature de la planète de laquelle on
désire de faire descendre l'esprit, sa
couleur, odeur, et saveur.

115.
Puis il faut préparer son corps avec la
couleur, saveur, et odeur susdites afin que
tel qu'est la couleur on prenne vêtements
et ouvre l'intérieur du corps avec sa dite
nature de l'odeur et saveur.

116.
Qu'on prenne aussi viande pour confortation
du corps par variation, jusques à
l'approchement graduel de qualité continuant
l'usage de telles viandes et y accoutumant
son estomac en mangeant chacune fois
de la planète.

117.
Se tenant sur pieds et priant le Créateur
qu'il accomplisse sa volonté, puis étant
accomplie qu'on lui rende grâce.

118.
Après qu'il prenne garde quand cette étoile
entrera en la direction de son signe et
qu'elle n'y entre point par planète
contraire.

119.
Alors fasse pict du corps minéral qui est

@

(f62v)

dans ladite planète percée de sa sommité jusques
en bas et soit élevée sur pied.

120.
Et qu'elle chevauche sur une figure convenable
à la chose qui soit comme un lion, serpent,
ou oiseau.

121.
Et si nous ne savons à qui comparer la chose
dont nous cherchons l'esprit, préférons
icelle figure à toute autre, parce que tout
corps à longitude et latitude à forme de
croix pict et que nature embrasse nature
à soi semblable.

122.
Mais si l'étoile qui domine à la nativité
n'est point connue, compose une image
de l'élection mentionnée à la fin praticale
de ce livre.

123.
Auquel ajoute les sept principales
pierres attribuées à la nature de
chacune planète.

124.
Et fera icelle figure à l'heure que règne icelle
planète au nom d'icelle, et aussi que les
pierres regardent la croix pict en orient.

125.
Aussi la figure est animée en nature et quand
l'esprit s'allie à la croix, la figure humaine
a grande puissance sur cette figure encore que
soit homme ou non, puis prenons un
encensoir de la même minière de la croix pict
percé tant seulement en la sommité
à ce que la fumée ne sorte par autre
côté.

@

(f63r) 63
126.
Puis aura un lit pur et net et non couvert,
mais sur le duvet, tant seulement seront
épandues herbes de la même nature d'icelle
planète dont nous cherchons l'esprit et qu'il
n'y ait aucune puissance tant loin que près.

127.
Mettons aussi parfum d'icelle nature
dans l'encensoir, et ferons passer icelle
fumée par le pertuis à mont icelle pict et
soient toutes ces choses à l'heure d'icelle
planète, dont nous cherchons l'esprit.

128.
Ainsi l'esprit supérieur est allié avec
son semblable, ainsi comme une mèche
éteinte est rallumée à la fumée de l'autre
faisant icelle fumée descendre le feu
en bas.

129.
Et ceci est la manière de faire descendre
icelui esprit qui est l'âme animale ou
spirituelle sur le corps préparé lequel il
pénètre et s'allie à l'âme corporelle.

130.
Laquelle âme corporelle est infusée en
chaque corps à raison de similitude en
semblance d'une de ses natures avec l'autre,
mais si le corps n'est pas préparé il le
rompt et retourne en son lieu.

131.
Il convient aussi dissoudre du corps dont
est faite icelle pict avec eau égale à sa
nature par pourrissement jusques à ce qu'attrempement
soit de son âme corporelle
avec son propre corps.

@

(f63v)

132.
Et après la faut enfumer de parfum pour que
l'âme s'allie au corps avec son élément, et
causera même liaison au corps inférieur
jusques à ce qu'il soit appliqué avec son
semblable.

133.
Et chacune planète a double fin et disposition
propre et aussi disposition générale, et l'effet
en sera plus grand et fort, mais l'âme
spirituelle n'est alliée à la corporelle sinon
par matière semblable à icelle.

134.
Mais l'alliage de l'âme spirituelle avec la
spirituelle, qui est l'âme de l'homme,
se fait en disposant bien la planète
dominante à l'heure de la naissance,
avec celle dominante quand l'âme fut mise
au corps.

135.
Mais le corps change de la corporalité à la
spiritualité, et de la spiritualité à
l'animal, et est l'âme alliée à son élément:
mais tout homme sera dit malade à qui
l'esprit du corps domine sur les forces de
l'âme, ou qu'ils soient égaux, mais dès qu'aura
délivrance sur icelui corps, nul
empêchement ne lui adviendra.

136.
Lors il convient prendre vêtement et viande
convenable et s'accoutumer à icelle petit à petit
à savoir une fois le jour, puis une fois en
deux jours, puis en trois, tant qu'il ne

@

(f64r) 64
puisse manger qu'une fois et sera à son désir,
mais c'est un très grand secret que de
savoir que tout gros est fait subtil, et tout
subtil est fait esprit, et tout esprit âme.

137.
Et subtiliation se divise en deux, à savoir
en ce qui est mu en autre nature avec
combustion de feu et d'élément en ce qui n'est
point mélangé par combustion de feu, mais
seulement opère, qui est tout ce que les ph~es
cherchent, et ils sont trois qui ont besoin
de subtiliation le premier est le corps
corporel, la subtiliation de la minière
duquel est de son extérieur à l'intérieur.

138.
Le deuxième est le corps spirituel c'est-à-
dire la plante dont la subtiliation est de
l'un et de l'autre assemblement; la troisième
est l'animal dont la subtiliation est
du dedans au dehors, et en ce est toute
la science contenue.

139.
Ainsi finit la clef de la plus haute
sapience qui fut jamais écrite, par
laquelle tout bon esprit peut découvrir
tout le secret de la maîtresse.

140.
Ensuit la pratique de la théorie susdite
avec les trois oeuvres de toute vérité,
selon la doctrine dessus écrite, à savoir
la minérale, végétable, et animale,
ainsi nommés à cause des matières

@

(f64v)

particulières de chacune d'icelle et premièrement
de la minérale sans autre discours, car ceci
est la pratique conforme à la théorie susdite.

141. Pratique
L'oeuvre minérale et des principes praticaux et de leurs préparations.
Ces miens chapitres sont écrits et corrigés
par moi suivant l'intention du premier auteur
le bon Lullius nous en donne lumière.

142.
Sache mon fils que toutes choses pour
être réduites en sel, doivent premièrement
être calcinées, et de la chaux faire le sel,
et du sel le mercure des ph~es.

143.
Sache aussi que si un corps n'est putrefié,
il ne fait point de fruit, pourquoi il faut
pourrir le corps et puis le distiller, et ne
t'ennuie pas en la putréfaction car c'est
tout, d'autant que c'est l'entrée de
l'opération.

144.
Sache donc qu'il y a sept métaux,
lesquels on peut calciner et réduire en

@

(f65r) 65
chaux et de la chaux faire le sel et eau,
huile ou mercure des ph~es.

145.
C'est donc le commencement de l'oeuvre que de
calciner les métaux, afin que d'eux se
fasse sel, mais cette calcination n'est pas
vulgaire, mais philosophique par opération
naturelle et secrète.

146.
Mon fils jamais d'autre sel n'est à
entendre et ne doit prendre en cet oeuvre
que les sels seulement qui sont faits des
métaux.

147.
Car ce sont ceux-là que ph~es veulent dire
et qu'ils entendent en cet art, car ils
transmuent les métaux d'autant qu'ils sont
de leur nature, ce que nul autre sel ne peut faire.

148.
Premièrement les métaux sont calcinés et on
en fait de l'eau très belle par ablutions, et on
en fait de leur céruse du sel, et ce sel a une
grande force pénétrative à cause de son
ignité et subtilité, principalement quand ils
sont fixés comme or argent.

149.
Car ces deux seuls ont pouvoir de fixer
les sels des autres métaux, moyennant qu'on
ajoute citrin la chose citrine de l'or et
au blanc la chaux blanche de la lune comme
sera ci-après déclaré.

150.
De la calcination
@

(f65v)

L'or se calcine au four des verriers, puis il faut
laver sa chaux avec rosées de mai en bouillant
et cuisant dans un vaisseau de terre sur cendres
chaudes avec son poids d'eau de rosée tant qu'il
l'ait bue et consommée, puis le calciner au
fourneau par un jour naturel et l'ablue derechef
à répéter la calcination et ablution dix ou
douze fois, tant que la chaux soit très nette, claire
et citrine, très reluisante, et pour lors est
appelée céruse d'or, et c'est la manière qu'on doit
tenir pour faire la céruse de tous les métaux
après la calcination naturelle, ce que tu
retiendras en ta mémoire.

151.
Vénus, Saturne et Mars sont calcinés au four
des verriers par trente jours naturels et en est
faite céruse par la manière susdite.

152.
Pour le blanc la Lune Jupiter et Mercure
La Lune est calcinée comme le Soleil, et
Jupiter comme Saturne, mais Mercure est très
volatil et se calcine en cette façon: il le faut
dissoudre en eau forte faite de deux parts
d'alun et de salpêtre et quand il sera dissous,
faut mettre dessus de l'eau de fontaine et un peu
de sel de mer, il choira au fond puis lavez
notre chaux.

153.
Comme il faut tirer le sel des céruses des métaux
Mon fils, réjouis-toi en Dieu et

@

(f66r) 66
invoque premièrement sa grâce l'ayant toujours
en ta pensée, et en brèves paroles je
t'enseignerai l'extraction du sel des céruses
des métaux.

154.
Prends au nom de Dieu et de Jésus-Christ la
céruse de quelque corps que tu voudras et la
mets avec douze fois autant de bon vinaigre
distillé trois fois et mets sur cendres un peu
tiédies puis laisse froidir et bien rasseoir,
après coule doucement ton vinaigre par
inclination sans rien troubler, et la mets en
un vaisseau de terre avec son alambic sur
cendres chaudes à feu lent et en retire le
vinaigre doucement et le sel se congèlera très
luisant et très précieux, puissant, pénétrant,
et très animé, lequel tu garderas en un vaisseau
de verre de pierre bien bouché en lieu sec tant
que tu en aies affaire.

155.
Mais prends garde en l'extraction du vinaigre
que ton sel ne se fonde et que l'humide radical ne
monte avec le vinaigre, car ton sel ne vaudrait
rien, car tu n'aurais que les au fond sans eau qui est appelée vif argent, et laquelle tu
auras à besogner en tous tes ouvrages, et
retiens cela en ta mémoire.

156.
S'ensuivent les sept maîtres sels qui ont puissance
de transmuer à tous vegements dont les
noms s'ensuivent.

157.
Le sel de Saturne est appelé sel nitre A Le sel de Mars est appelé sel commun B Le sel de Vénus est appelé sel alcali C Le sel de Sol est appelé sel albrot D Le sel de Mercure est appelé sel armoniac E Le sel de la Lune est appelé sel gemme F Le sel de Jupiter est appelé sel talc G
@

(f66v)

158.
Mon fils puisque tu as maintenant la manière
de tirer les sels des métaux, tu as la clef de la 1ère.
oeuvre de cet art, je te veux montrer la manière d'accorder
lesdits sels, car le sel d'or et d'argent sont les deux
principaux, et nulle médecine et transmutation ne se
peut faire sans iceux, mais pour faire quelque
médecine particulière l'on peut ajouter le sel d'un
métal imparfait comme sera dit ci-après.

159.
Le sel gemme et le sel albrot s'accordent en deux
parties, en procédant à la pratique quand tu
désires transmuer les métaux imparfaits en
fin or, ou argent fin.

160.
O mon fils puisque tu désires une vraie doctrine
je te dis sous la bénédiction de Dieu, puisque tu as
extrait le sel des métaux, que d'iceux corps tu
peux tirer leur eau qui est appelée l'eau des corps,
huile et argent-vif des ph~es.

161.
Regarde si veux opérer au blanc et prends les
sels qui s'accordent au blanc, et ne mêle pas
ceux qui ne servent qu'au citrin, car telle oeuvre
ne vaut rien, et souviens-toi que je t'ai dit
ci-dessus et enseigné les sels qui s'accordent
pour chacun oeuvre et retiens cela en ta
mémoire.

162.
Or maintenant venons à la pratique et pour
plutôt voir l'expérience je te veux enseigner
premièrement aucunes blanches et teintures
auxquelles tu prendras consolation et dont tu
te pourras aider à ton besoin, et auras par ce
moyen le pouvoir de passer plus outre.

163.
Pratique
@

(f67r) 67
Or posons le cas que tu veuilles composer une
médecine qui ait pouvoir de transmuer et teindre
l'argent fin en pur or, cela se peut faire en plusieurs
manières dont je t'en dirai deux, dont l'une est
de plus haut prix et effet que l'autre, et
premièrement nous parlerons de la moindre.

La moindre médecine
Tu prendras au nom de Dieu deux parties
de sel albrot et une de sel gemme et les
dissoudras en très bon et fort vinaigre distillé,
après mets ta dissolution en un vaisseau de verre
de pierre et lute bien son alambic avec son
récipient et distille au bain à douce chaleur
pour en retirer seulement le vinaigre, et garde
que les sels ne se fondent par trop de feu,
et après l'extraction du vinaigre ouvre le
vaisseau et mets et incorpore avec lesdits sels
une partie de chaux de fin sol après lute
le vaisseau avec son couvercle et les laisse
fondre sur cendres chaudes à feu de moyenne
chaleur, par l'espace de quatre heures, alors
laisse froidir et tu auras une médecine de
couleur d'ambre, reluisante ayant lustre citrin,
fondant teignant et transmuant l'argent
fin fondu en fin or aussi bon que de
minière à tous examens et toute épreuve.

165.
Un poids de cette médecine va sur 20. de
lune fondue et se peut multiplier en la
dissolvant dans le vinaigre qui en fut
tiré, et refaire comme dit est avec
nouvelle chaux et il s'augmente de dix parties
en vertu de subtilité.

166.
De la grande médecine minérale
@

(f67v)

Cette manière est la plus haute et plus noble
de laquelle tu peux faire la pierre, en cette sorte,
tu prendras au nom de Dieu deux parties de sel
albrot, et une partie de sel gemme et les
incorporeras et broieras très bien ensemble puis
les mets en putréfaction tant qu'ils soient
résolus en liqueur belle et claire.

167.
Après fais-les distiller à feu très lent comme
nature le requiert, et tire toute l'humidité
qui est leur menstrual, l'eau mercuriale, l'huile
et l'argent vif des ph~es qui est extrait des
corps de fin or et fin argent par art de ph~ie
naturelle.

168.
Auquel menstrual tu dissoudras une partie
de fin sol et après cette dissolution il faut en
réimbiber les fèces qui étaient demeurées au
fond de l'alambic, petit à petit tant qu'elles aient
bu toute leur humeur mercuriale qui leur
avait été ôtée et qu'elles soient réanimées et
revivifiées.

169.
Après la dissolution et la congélation de ces
choses bien accomplie et parfaite, c'est une
véritable médecine de la couleur de la 1ère,
mais bien d'un plus grand effet, car un poids
chet sur 100. et si tu la dissous derechef
en nouveau menstrual et la recongèle
comme dessus un poids va sur 1000. et tu
la peux augmenter par cette manière jusques
à l'infini, et tombe sur tous les métaux
et l'argent vif les convertissant en pur or.

170.
Pour le blanc.
Pour le blanc tu peux faire en la

@

(f68r) 68
manière susdite en prenant deux parties de
sel gemme et une partie de sel albrot et
une partie de chaux de lune et ce sera
médecine pour le blanc.

171.
Particuliers
Nous avons aussi plusieurs autres branches
particulières qui n'ont effet que sur un corps seulement,
or posons le cas que tu veuilles transmuer Vénus
en Sol, tu le peux faire ainsi que dessus est dit
en prenant deux parties de sel albrot et une
partie de sel alcali, avec une partie de chaux
de Sol et un poids chet sur 5. de Vénus et
le transmue en fin or.

172.
Sur Saturne
Par semblable opération, tu pourras transmuer
Saturne en fin Sol avec deux parties
de sel albrot et une partie de sel nitre
et une partie de chaux de Sol.

173.
De Mars
Mais parce que Mars n'a point de liqueur
fusible, il ne peut être converti en Sol, ni
Lune, mais son sel a grande vertu et teinture
sur le citrin, et s'en peut faire médecine en
cette façon: prends une partie de sel commun
avec une partie de chaux de Sol et
opère comme tu as fait au 1er., car il
convertit tous les métaux en pur Sol
et en pareil nombre et se peut multiplier
ainsi que la première opération.

174.
De Mercure
Par même manière qu'il est dit au premier,
prends deux parts de sel albrot et une part

@

(f68v)

de chaux de sol, et une partie de sel gemme
et une partie de sel armoniac congelant et
transmuant et fixe le mercure vulgaire en
pur Sol et chet sur tous métaux en tel
nombre qu'il est dit au premier.

175.
Particuliers pour le blanc
L'oeuvre au blanc est faite tout ainsi que celle
au rouge pour les particuliers, il faut prendre deux
parties de sel gemme et une partie de sel de talc
avec une partie de chaux de Lune, et opérer tout
ainsi que dessus, dissolvant et congelant, cette
médecine convertit seulement Jupiter en fine Lune
et chet au commencement un poids sur 20. comme
dit est, et voilà entièrement toute l'oeuvre
minérale décrite.

176.
L'oeuvre végétable
Dieu a créé trois mercures très excellents en la
nature, à savoir un aux minéraux qui se trouve
plus parfait au Soleil et à la Lune qu'en nul des
autres, l'autre est aux choses végétables qui se
prend en la vigne, et l'autre aux animaux qui
s'engendre au foie principalement en l'animal
parfait, auxquels consiste toute la sapience
de ce monde.

177.
De ces 3. mercures peuvent être faits par art 3
oeuvres particulières; du minéral l'oeuvre est déjà
écrit, le végétable se fait ainsi, prends trois livres
de tartre calciné tant qu'il soit très blanc et le
mets en poudre, puis mets de l'eau-de-vie dessus
tant qu'il nage de quatre doigts, puis le mets
sept jours en putréfaction, afin qu'il se dissolve,

@

(f69r) 69
puis le mets distiller en vaisseau de terre très fort et
distille comme eau forte à feu doux du commencement
et très fort sur la fin.

178.
Et il montera une liqueur noirâtre avec l'eau-de-vie
laquelle peut être séparée par le bain, après prends
les broie et les imbibe de leur poids égal de ladite eau-de-vie, puis calcine par 24. heures,
puis mets en poudre et ajoute tant d'eau-de-vie qu'elle
nage de quatre doigts, puis mets sept jours en
putréfaction et distille comme devant, réitérant
tant de fois le procédé, qu'il ne demeure plus rien
dudit tartre au fond du vaisseau.

179.
Après prends toutes les liqueurs ainsi rectifiées
et les mets au bain pour en séparer l'eau, et puis
fais dessécher toute la matière au soleil tant
qu'elle soit blanche comme elle était au commencement
de laquelle une partie chet sur cinquante de
mercure bouillant au qu'elle convertit en médecine, de laquelle après fermentant, une partie
convertit 50. parties de Vénus, Saturne, ou Mercure
en fine Lune à tous jugements, si tu la dissous et
congèle elle s'augmente de dix parties pour chacune
congélation et dissolution, un grain de cette médecine
après demie de mithridate et une once d'eau de
chicorée guérit toute sorte de cancers et ulcères.

180.
L'oeuvre animale.
Ces 3. oeuvres sont liées et s'entretiennent ensemble
par un admirable lien, la minérale est comme la
source et origine des deux autres, mais très
inférieure à icelles, d'autant que les corps qui
approchent le plus de la privation et non être,
sont moins parfaites que les autres qui en sont
plus éloignés et composés de grosses et
impures matières.

181.
@

(f69v)

Mais les autres comme chef-d'oeuvre d'icelle sont
engendrées de la plus pure et parfaite substance des 1ers.
par résolutions naturelles conjointes à la nature et
qualité de l'élément duquel il participe le plus.

182.
Parce que par résolution la plus subtile partie du
minéral a été transmuée au corps spirituel avec le
mélange de l'eau et l'animal contient en soi l'un et
l'autre très parfaitement d'autant que c'est le subtil du corps
spirituel comme nous avons dit ci-devant.

183.
C'est pourquoi les sages ont dit qu'il n'y a qu'une
seule pierre et une seule médecine à savoir par
excellence et ont cru que cette matière ne pouvait être
ailleurs, qu'aux minéraux, et autres ont cru qu'elle
était aux choses végétables, les autres ont cru
qu'elle se prenait de l'animal.

184.
Chacun desquels a voulu soutenir son opinion, par
raisons et expériences, car peut-être que chacun d'eux
par aventure a trouvé quelque effet véritable sur la
matière qu'il estime être seule, pour n'être pas fondé
en bonne ph~ie, puisque la commune sentence de tous
les ph~es est qu'il n'y a qu'une seule pierre et une seule
médecine, et il faut conclure par là qu'il n'y a point
d'autre médecine propre à transmuer les métaux
en Soleil et Lune.

185.
En quoi ils sont par trop abusés, n'entendant pas
l'intention des sages anciens, car quand ils ont dit
qu'il n'y avait qu'une seule pierre et une médecine ils
ont parlé par comparaison seulement.

186.
Car la minière animale sur laquelle ils ont
presque tous travaillé, contient en soi les deux
autres qui sont au-dessous d'icelle, à savoir la
minérale et la végétale; or nous savons
que de chacune de ces 3. mercures s'ils sont dûment
préparés peuvent être faite 3. oeuvres parfaites
chacune selon sa nature.

@

(f70r) 70
187.
Mais les modernes se sont plus arrêtés au
minéral, qu'à nul autre, or maintenant venons
à la pratique.

188.
Mon fils les anciens ont toujours caché
le nom de la matière de cet oeuvre et l'ont couvert
d'énigmes, afin qu'elle fût cachée aux indignes,
de peur que malheur n'en arrivât, et de crainte
d'offenser Dieu l'ont scellée.

189.
Mais celui qui la cherchera avec humilité et
crainte, elle lui sera révélée par les sages, aux
lieux où ils traitent d'une parfaite médecine
pour restaurer la chaleur naturelle débilitée et
éteinte par le cours de nature ou par accident.

190.
Nous prendrons de l'animal ce qui n'est pas accompli
après donc que tu auras choisi et trouvé une
minière très pure et très vierge qui double pour le
moins ou triple pour le plus le septénaire et
qui soit mâle.

191.
Tu prendras douze onces de l'or d'icelle: car
on en peut tirer jusques à telle quantité
sans faire tort à la minière.

192.
Et quand tu auras ton mercure laisse-le reposer
aux vaisseaux tant qu'il soit épaissi, et qu'il
nage sur icelle par-dessus une eau rousse, laquelle
tu jetteras comme superflue et inutile à cet
oeuvre.

193.
Laisse donc ainsi tes vaisseaux à l'air par 7.
heures afin que ta terre ph~ale demeure
entièrement nettoyée de telle superfluité.

194.
Cela fait mets-la en vaisseau de terre bien
clos et scellé de façon qu'aucun air n'en
sorte puis le mets en un fumier de cheval
disposé en cette sorte.

@

(f70v)

195.
Fais faire deux fosses en terre en quelque lieu humide
et non aquatique et que chacune d'icelle soit profonde
et large de quatre pieds en carré.

196.
Tu empliras une fosse de fumier chaud et poseras
ton vaisseau le plus vite au milieu que tu
pourras et puis l'ayant couvert de fumier le laisseras
par 8. jours entiers sans y toucher.

197.
Cependant 6. jours après feras emplir l'autre fossé
de fumier chaud comme l'autre et le laisseras
fermenter jusqu'aux dits 8. jours, lequel venu au matin
tu feras un trou au milieu d'icelle.

198.
Puis ôte le vaisseau de la première fosse tu le mettras
à la 2e. le couvrant de fumier sans le laisser
froidir comme devant.

199.
Tu continueras tel changement de 8. jours en. 8 jours
jusques à 40. jours, dans lequel temps la matière sera
parfaitement putréfiée et presque toute convertie
en eau qui est le vrai mercure des ph~es.

200.
Note que tel changement de fumier ne se fait pas
pour augmenter la chaleur, mais plutôt pour
réfrigérer la matière un petit, laquelle se pourrait
brûler par la trop véhémente chaleur.

201.
Note que tu pourras bien par autre moyen faire cette
putréfaction en plusieurs sortes, comme au même
fumier par une seule fosse de la profondeur et largeur
susdite, dans lequel tu enseveliras ton vaisseau à
la moitié et le laisse ainsi par 40. jours.

202.
Tu peux faire cette putréfaction dans un fourneau
que tu bâtiras de terre de briques en forme ronde,
large d'un pied en dedans et de quatre doigts d'épais
et un pied de hauteur jusques aux barreaux
et dessous les barres qu'il y ait 3. petits trous
pour donner air à la lampe.

203.
@

(f71r) 71
Par-dessus les barres tu hausseras encore
ton fourneau d'un pied, et sur la grille tu
accommoderas un vaisseau d'airain, en façon d'un
chaudron avec son couvercle percé au milieu pour
passer 4. doigts du haut du verre.

204.
Lequel couvercle doit entrer et non pas
passer les bords du chaudron, et que le vaisseau
remplisse ledit four justement, et luté entre
le four et lui.

205.
Ayez alors notre vaisseau de verre fait en forme
d'alambic aveugle et bien luté et bouché qu'aucun
air n'en sorte et que des deux parts demeurent
vides et le pose sur des linges qui seront au
fond du chaudron.

206.
Alors emplis ledit chaudron d'eau tiède seulement
et cimente bien les jointures que l'eau n'exhale
en sorte qu'il se tienne en cet état par 40. jours.

207.
Sous lequel chaudron sera mis une lampe
au bas du fourneau qui puisse durer 24.
heures avec une simple mèche de coton
de six ou sept fils continuant ce feu
par 40. jours en un même degré tiède
et ferme la porte et de 3. jours en 3. jours
ôte la suie du cul du chaudron.

208.
Il faut bien dépurer l'huile avec l'eau
bouillante et elle fera durer sa lumière
très longtemps.

209.
Les anciens préparaient cette matière sans
aucune séparation d'éléments, mais seulement
après la dépuration de son humeur superflue
l'enfermaient dans un vaisseau de terre
rond bon et fort comme verre, auquel

@

(f71v)

ils laissaient les deux tiers de vide et
l'autre tiers de ladite matière et bouchaient
bien le vaisseau.

210.
Après ils faisaient une fosse profonde
de sept pieds dans terre, au fond de laquelle
ils mettaient leur vaisseau, le premier jour que
le soleil faisait son entrée au signe d'Aries.

211.
Puis remplissaient la fosse de terre et puis
plantaient justement au-dessus du vaisseau un
pilier en signe de remarque, cela fait ils se
réjouissaient bénissant Dieu.

212.
Et laissaient ainsi cela en terre tant que le
soleil eut fait par sept fois sa révolution
circulaire et au commencement du 8e. lorsque
le soleil entrait pour la 8e. fois au signe d'Aries,
ils tiraient leur vaisseau.

213.
Et étant rompu trouvaient une pierre
ou poudre qu'ils appelaient poudre de jeunesse,
avec laquelle ils se préservaient de toutes
maladies et vivaient longuement sains
et dispos et tenaient cela entre eux
par tradition sans écriture.

214.
Depuis les sages anciens concluaient sur
cette matière, que puisqu'elle préservait les
corps humains de toutes maladies que sa
force se pouvait bien étendre sur les
minéraux et végétaux pour les fixer
en leur propre vertu et leur ôter les
accidents qui les empêchaient de parvenir à
leur propre fin où nature les voulait
conduire.

215.
@

(f72r) 72
Mais la façon de leurs devanciers leur
semblait trop longue et dénuée d'artifices
ils voulurent donc accourcir le temps et
réduire les sept ans à trois en mettant au fient
par le moyen des deux fosses ainsi que j'ai dit
devant mettant leur vaisseau au milieu du
fumier par 40. jours.

216.
Et ne mettaient qu'un pied de fumier au-dessus
du vaisseau, dans lequel temps de 40. jours
leur matière se pourrissait, et le mercure nageait
au-dessus de la terre.

217.
Alors ils mettaient leur vaisseau au milieu
autant dessus que dessous, le corps du matras,
et continuant ainsi changeant de fumier
de 8 jours en 8. jours, tant que la terre ait
rebu toute son eau petit à petit et qu'elle soit
fort noire, en quoi il faut un an.

218.
Ce qu'advenu on ne change plus de fumier
que de 12. jours en douze jours, tant que ladite
terre soit blanche comme neige.

219.
Alors on ne change plus le fumier que de 16.
jours en 16. jours, en jetant de 4. jours en 4.
jours un seau d'eau bouillante par-dessus
pour fortifier sa chaleur, en continuant
ainsi tant que tout soit rouge comme sang,
luisant comme un charbon ardent.

220.
Alors l'oeuvre est faite de laquelle
on purge les métaux végétaux et
animaux de toute lèpre et accident
l'appropriant à un chacun selon sa
nature.

221.
@

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