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Réfer. : AL2314G
Auteur : Pierre de Vitecoq.
Titre : Ci-après s'ensuit la pratique de ce livre,
S/titre : conforme à la théorie susdite...

Editeur : Manuscrit 160 de la Bibliothèque municipale de Rennes. Huitième partie
Date éd. : 1xxx .


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Particularités de ce document.


Afin de conserver au bénévole lecteur le charme du manuscrit, j'ai laissé le texte dans sa forme originale, orthographe, ponctuation, excepté sur
quelques points.
Excepté ces derniers, le document est conforme à l'original, folio par folio, ligne par ligne et caractère par caractère. Pour ce dernier point,
le lecteur voudra bien être indulgent, car malgré une double relecture de
tout le document, il est improbable de n'avoir pas oublié çà et là quelque
particularité orthographique.
Les numéros de folio sont repris du manuscrit lui-même, et sont portés sous la forme :
(fxy)
f pour folio. x numéro de folio. y r pour recto.
v pour verso. Cette identification est rajoutée, seul le numéro porté à droite de chaque folio recto, est sur l'original.
Je dois aussi rappeler que les majuscules et les minuscules sont distribuées dans le texte sans logique précise, quant à l'orthographe, elle
peut varier pour un mot sur la même ligne de texte.
D'autre part, l'habitude du scripteur d'aller vite, ou de lier les mots
entre eux pour ne pas lever la plume, font que les accentuations et les
apostrophes sont mises ou non sans raison apparente.

Points de modifications.

J'ai mis une majuscule à la première lettre de chaque paragraphe, ainsi qu'un point à la fin.
Les mots qui sans raison apparente, avaient une majuscule dans le corps du texte ont été mis en minuscule.
J'ai également mis une lettre majuscule sur la première lettre des noms propres de personnes, ou de personnages (Lulle, Saturne, etc).
J'ai séparé les mots liés dans le texte afin de rendre la lecture plus agréable, néanmoins les mots séparés dans le texte le sont restés, par
exemple "quoy que", ou encore "par ce que".
Dans la majorité des cas j'ai écrit les mots abrégés dans leur forme complète, à l'exception notable de philosophie et de ses dérivés écrits
ph~es pour philosophes, ph~ique (pour philosophique) etc, reprenant ainsi
la forme abrégée du scripteur.
J'ai omis de reproduire quelques notes en latin, en marge du texte, qui sont d'une écriture différente du manuscrit, postérieures à celui-ci, et
assez difficiles à déchiffrer. Cette écriture semble proche de celle des
notes sur le livre de Rochas, en fin du manuscrit.
Dans le cas où un doute subsiste sur le texte (graphie non déchiffrée), j'ai mis cinq astérisques pour signaler l'endroit.

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(f159v)

sans hazard ny peril uous pouréz operer en
seureté et uous naurés rien de moy que
loyer ni aucun suiet de plainte, ayant pour
uous tant si bien et simplement un si
hault & occulte mistere enseigné, pour lequel
bien entendre faut estre simple et nuser
pas trop de subtilité desprit plus que
nature, car il faut demeurer en la simple
uoye de nature & lauoir tousiours deuant
les yeux pour conduitte, car elle est
simple et uous deuéz entendre cet ecrit
simplement et de plus en plus la
sagesse uous uiendera.

Ci-après s'ensuit la pratique de ce livre conforme à la théorie
susdite comme il appartient avec les
instruments et autres choses appartenant
à icelle pratique.
Chapitre 1r.
Salut Noble chevalier,
après avoir autant bien et doctrinalement
déclaré que faire se peut selon et suivant
le dire des sages et anciens philosophes
de la noble pierre et médecine, il m'a semblé
bon pour vous mettre tout à fait hors
d'erreur de vous mettre la pratique
suivante, ainsi comme un corps
organisant cette théorie, comme forme
entière et matière, et les moyens et
principes instruments, desquels
principes généraux de l'art je ferai
distinctions, comme il appartient à
cette noble science, afin que plus
d'achoppement par chose occulte ne

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(f160r) 160
vous advienne, mais qu'ayant la grâce
et faveur divine laquelle conduit droit
chemin vous ne puissiez faillir sinon que
pour quelque péché vous ne fussiez
empêché d'en haut, de quoi vous devez
bien vous garder, et si cela vous arrive
que vous ne puissiez bien opérer, jugez
que c'est Dieu qui vous empêche pour
quelque secret péché, ne résistez
pas davantage contre sa volonté,
mais brûlez les mémoires au feu,
ainsi comme je vous ai déjà tant
recommandé.
Adonc sans faire plus long sermon
venons aux instruments et tout
premièrement des graduels et succédants
en l'oeuvre, après lesquels nous
viendrons au fond de la pratique.

Chapitre 2.
Des principes instrumentaux, graduels et succédants en oeuvre.
Les principes instrumentaux et
succédants en l'oeuvre sont premièrement
les eaux, secondement les menstrues,
troisièmement vif-argent, quatrièmement
les huiles, gommes et sels, cinquièmement
les ferments, sixièmement les soufres,
ou pierre, septièmement les médecines,
huitièmement les multiplications, 9ement.
les projections, et dixièmement les
médecines humaines.

3.
Et tout premièrement des eaux.
Les eaux sont certaines liqueurs
participantes plus d'humidité, volatilité
que de gommosité, oléagineuse, et ainsi

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(f160v)

comme notre matière n'est qu'une mais
menée diversement, nature prend
ressemblance d'eau, tantôt d'huile ou de
gomme, de sel, de terre sèche, ainsi comme
appartient à chaque degré, pourtant à la
nature aqueuse convient mieux le nom
d'eau, qu'à la terre sèche, quoique par
aucuns la terre est appelée eau.

4.
Trois eaux
Entre toutes les eaux qui sont en grand
nombre, parce que comme il est dit tout n'est
qu'eau, pourtant trois distinctes et plus
particulières sont trouvées desquelles
les noms et distinctions ensuivent.

5e.
Première eau.
La première eau est appelée eau de mercure
laquelle fait la pierre volatile, et c'est la
première clef par laquelle le corps est ouvert,
laquelle pourtant est très subtile, et
n'est point déterminée à aucun genre,
ni affectée plus particulièrement en l'un
qu'en l'autre, et n'est pas essentielle de la
chose ni homogène en notre matière,
mais elle laisse au compost par décoction
une certaine vertu céleste de laquelle
je parlerai tantôt davantage.

6.
Seconde eau.
Mais la seconde est l'eau du corps
qui est essentielle de notre pierre et est
tirée d'icelui corps, moyennant cette 1ère,
laquelle tant plus elle monte en degrés
de dépuration, c'est à savoir se dépouillant
de plus en plus d'icelle première, et de
sa nature terrestre et flegmatique,
vient à une plus noble perfection.

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(f161r) 161
7.
Troisième eau.
Or la 3e. eau est permanente, laquelle
souvent tient lieu de la seconde,
mais aussi elle monte encore à plus
haut degré, et quelquefois vient en
médecine ou élixir parfait contenant
en soi son propre corps, mais à proprement
parler c'est l'humide radical des métaux,
comme résultant de la pure nature d'iceux
de ces 3. eaux avec lesquelles sera parlé plus
à plein.

8.
Des menstruaux.
Les menstruaux conviennent à icelle
eau, n'étant autre chose, qu'une même chose,
sinon que pour le mieux expliquer c'est
que la substance formative du corps
tienne ainsi comme du menstrual
de la femme, et par cette similitude
sont appelés menstruaux, le premier
desquels parlant praticalement, c'est
la première dissolution du corps, à cause
de quoi il est dit contre nature. Cette
première eau remote et non essentielle
ni innaturelle étant dépurée est dite
menstrual plus prochain, ainsi comme
montant de plus en plus, et par
ainsi ces menstruaux suivent tant
que l'enfant ou soufre sorte,
lequel tient encore en quelque
manière de la substance du menstrual
contre nature dévorant les métaux.

9.
Des mercures et vifs-argents.
Les mercures et vifs-argents conviennent
en quelque façon aux menstrues

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(f161v)

et sont presque une même chose, et
souvent sont pris les uns pour les autres,
mais pour leurs distinctions toutes
matières tant matérielles que spécifiques
a le nom de mercure, soit matière
élémentale ou céleste, donc le premier
qui est en ordre c'est cette nature imaginée
et cette substance céleste élémentale
et simple qui est ainsi comme âme et
première cause de toutes choses générales
influées du ciel en la terre.

10.
Le deuxième mercure est l'alliage de cette
vertu céleste avec pureté terrestre
qui entrant en règne spécifique fera le
tien mercure, venant du lignage remot
en prochaineté, outre lesquels trois
mercures chaque véhicule est encore
appelé mercure, comme l'or étant en
matière grossière et sec est appelé mercure.

11.
Pour ce en la graduelle succession de l'oeuvre
sont autant de mercures ou vifs-argents,
venant de nature métallique.

12.
Des huiles, gommes et sels.
Mais quand est des gommes, huiles
et sels, ces noms sont aux principaux
et différents moyens prenant par
successions telles natures et similitudes,
c'est à savoir l'eau et la terre font
air, qui est l'huile, laquelle par
digestion et dessiccation devient
gomme ou onguent, et puis sel et
finalement les autres choses qui
ensuivent ainsi de degré en degré.

Des ferments. *
Note du traducteur. Le numéro de paragraphe
13 n'existe pas dans le manuscrit.

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(f162r) 162

Or pour ce qui est des ferments
plusieurs y ont été trompés et sont
demeurés aveugles croyant que ce fut
autre chose, comme tartre, chaux vive,
ou autre chose de son genre, jaçoit
pourtant qu'un expert artiste rendant
une matière indifférente à simplicité
générale, elle prendrait nature de
tout ferment, ainsi comme le pain
qui se tourne en nous en sang,
et chair n'entendons pas parler, mais
tant seulement de celle qui gît en
soi-même, et pour ce je dirai que notre
fermentation se divise en deux parties
à savoir de la part du corps en une,
et de celle de l'esprit en l'autre, qui sont
les deux seules fermentations que nous
devons désirer, quand pour celles du
corps sont aussi comprises en deux
façons, à savoir par la fixation
de l'humide sur son propre sec ou
propre terre, ou bien par l'addition
de nouveau corps d'une nature semblable.

14.
Mais pour celle de l'esprit cela est
entendu des natures liquides, lesquelles
portent de très grandes vertus tant
du corps que des influences et cette
fermentation est réelle tant en vertu
que multiplication, adonc toute manière
de fermentation est conversion d'une
chose en soi, tout ainsi comme par
le levain la pâte aigrit.

15.
Des soufres ou pierre.
Le soufre ou la pierre et leur préparation
est la première partie de l'oeuvre, ou
premier régime, ainsi comme la
médecine ou élixir est la seconde,

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(f162v)

et cette pierre est dite soufre, et ce
soufre est appelé pierre, parce que les deux
ne sont rien qu'une même chose, qui encore est
appelée argent-vif, enfant, or &c. commençant
à l'or vulgaire et finissant à l'or ph~ique,
quoiqu'on ne pourrait jamais finir, qui voudrait
toujours opérer, et à chaque degré de l'oeuvre
convient le nom de pierre, ou argent-vif,
car toutes complexions ne sont rien qu'une
même chose.

16.
De la médecine ou élixir.
Mais quand est de la médecine ou élixir,
cette chose monte à bien plus haut degré,
et pour ce icelui soufre ou pierre a encore
bien métier de nouvelle putréfaction, qui est
l'opération secrète de laquelle ont tant parlé
les sages, dont en ai tant prêché en mon
dernier livre doré auquel je vous renvoie.

17.
De la Multiplication.
La multiplication de l'élixir ou médecine en vertu
et quantité se fait ainsi comme il est dit en la
pratique testamentaire de Remond, vous
renvoyant à icelui pour la quantité
retenant seulement la vertu qui vient
par nouvelles dissolution et fermentation,
adonc tant plus l'élixir sera imbibé
de mercure et plus grande vertu aura
en perdant sa nature terrestre et en
recouvrant une aérienne et céleste.

18.
De la Projection.
La projection est de mettre à effet la médecine
ou élixir, de laquelle j'ai tant de fois parlé,
et comme j'ai tant de fois parlé et parlerai ci-après.

19.
De la médecine humaine.
@

(f163r) 163
Mais pour la médecine humaine aucuns
ont pensé follement qu'elle était tirée
de nature humaine, et les autres de
végétables et toute telle chose, mais ce
n'est point autre chose que la même
médecine susdite tirée de nature
métallique, et si bien dépuré de ses
natures grossières, qu'elle n'apporte
aucune nuisance au corps humain mais lui
donne tout confort et jeunesse, le guérissant
de toute maladie, et pour ce il est assez
enseigné en livres des médecines secrètes
et de la quintessence de Remond, de la
méthode d'en user, passons donc aux
autres significations.

20.
Des autres significations et mots étranges de ce livre.

Les deux principaux principes en l'art
sont la terre d'un côté et l'eau de l'autre,
quand pour la terre ou chose qui approche le
plus de sa complexion, elle est appelée
leton, tête du dragon, lion vert,
soufre grossier, pierre et autres noms
infinis; d'autre part l'eau est appelée
lait virginal, sang réincrudé, menstrue
blanchi et argent-vif des ph~es dépouillé
par sublimation de ses terres féculentes,
desquels deux principes et extrêmes
tous les moyens et degrés de l'oeuvre
sortent, comme argent-vif vulgal
ou mercure commun, sous lesquels noms
plusieurs ont erré et est aussi appelée
notre lunaire et autres noms.

21.
Ces deux humidités à savoir fixe et non
fixe composent notre mercure et sont
appelés . et . feu et magnésie, ou
terre et eau vive, ou argent-vif, par

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(f163v)

conjonction desquels est la génération de la
pierre, ainsi comme son eau en est la
nourriture, la décoction desquels est perfection,
et iceux degrés de cette décoction sont
appelés les métaux de notre magistère,
parce que par les couleurs qui viennent des
décoctions, ces similitudes sont tirées.

22.
Des instruments de pratique.
Les instruments de pratique sont contenus
en mon dernier livre, comme le vaisseau
le fourneau avec son feu, et autres instruments
praticaux, mais quand il faut parler
du vaisseau il doit être entendu
en deux manières, comme parlant
rustiquement il est entendu pour le
verre, qui garde les confections, mais en
paroles ph~iques il est entendu pour
l'eau qui couvre les parties du corps,
ou du corps qui surmonte l'eau: c'est
pourquoi en suivant nature des choses
tout vaisseau de nature est le rétinacle
d'icelle, ainsi comme la terre enserre
le grain de blé, et le grain de blé
contient la semence, et par ainsi
l'un et l'autre sont vaisseaux de nature,
donc par la même similitude notre
fourneau est entendu qui garde son feu,
car quoique le fourneau ait son feu
approprié, pourtant cette composition
naturelle a son propre feu en son
centre que les sages ont appelé
feu, vaisseau et fourneau, pour mieux
les ruraux décevoir.

23.
Par ainsi tant le vaisseau que le fourneau
sont pris pour la matière et la

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(f164r) 164
matière pour eux, le corps et l'eau sont
donc les vaisseaux de nature qui gardent
les esprits, desquels parlant ph~iquement
nous avons seulement besoin, lesquels ne
soient point séparés l'un de l'autre, et
sont quelquefois pris pour la cucurbite
avec son alambic, c'est pourquoi tant plus
la matière sera venue à simplicité,
elle acquerra plus noble forme pourvu
qu'elle ne soit pas tout à fait dépouillée
ni hors de son espèce; c'est pourquoi
que tant de sublimations et de calcinations
rurales sont défendues, crainte que le
corps ne devienne si chaud qu'il ne
reprendrait jamais son humidité,
quoiqu'il soit appelé chaud sec
et à cause qu'il rattire et appète son
esprit.

24.
Nous n'avons donc besoin que d'une douce
opération, car notre sublimation n'est pas de
monter en haut, ni notre calcination ne se fait
pas à force de feu, ainsi que pensent les
sophistes, mais elle se fait par son propre
esprit, aussi la calcination des corps
en notre magistère, n'est rien autre chose
que d'en extraire l'humidité corrompante
et leur introduire celle qui rectifie.

25.
Mais pour ce qui est du fourneau susdit
parlant rustiquement il est vrai que sans
icelui nous ne pouvons rien faire de bon,
c'est pourquoi en mes autres livres je l'ai
déclaré avec son feu bien mesuré et
notamment son globe de chêne, ainsi comme
il est encore déclaré en mon Grand
Olympe lequel défend la matière et la
garde du feu destructif: c'est pourquoi
vous devez toujours prendre ce globe des
sages soit au four de charbon, de
fumier ou de lampe, pour garder la
matière de combustion et hâtiveté,
et tenir en humidité suffoquée, gardant

@

(f164v)

le vaisseau nettement et par ainsi l'opération
sera bonne, et nature fera son devoir
pourvu que le feu soit bien réglé.

26.
Pratique générale de ce livre et premièrement du premier instrument de cette pratique.
Chapitre 2e.
Le premier instrument de pratique est
mercure, lequel parlant ph~iquement vient du
corps, et vulgairement c'est une eau crue qui
tire notre mercure hors du corps, lequel porte
même substance que le cuit, mais plus crue
et éloignée, donc il ressemble au cuit non
élémentalement, mais substantiellement et
quintessenciellement porte même substance
que le cuit, mais plus remote, et pour ce
il a bien métier de son mâle, pour le mener
à fixation son véhicule, laissant ainsi
qu'un flegme impur, pour à icelui mâle
cuit se joindre invisiblement, ce que les
ruraux mondains ne croiraient pas, quoiqu'ils
vissent cette chose devant leurs yeux.

27.
Adonc pour propos accourcir parlant de cet
instrument, nous dirons que cette nature et substance
gît en toutes choses, c'est pourquoi Remond a dit
qu'elle se pourrait tirer de toutes choses, mais que
pour faire cela il faudrait un long temps, et un
grand secret, ce que l'art n'a pas encore connu.

28.
C'est pourquoi nous n'allons pas si loin, et ne
passons pas nature métallique, pareillement
pourrait être instrumentée par toute autre
nature, mais parce que ce serait mener la
nature métallique trop loin, et la mener
quasi hors de son siège.

29.
Et pour ce nous prenons une nature indifférente
et icelle simplifions, tant que faire se peut,

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(f165r) 165
afin qu'elle ne soit trop étrange à la
nature aurère, laquelle nature aurère
perdrait beaucoup de sa vertu métallique
et reviendrait bien tard à son tempérament.

30.
Or le salpêtre ou nitre a cette indifférence,
et mord et corrode sans tout à fait
corrompre, et c'est pourquoi nous prenons
cette matière, mais il le faut bien purifier
et simplifier, avant que d'en faire
mêlement ou dissolution de métal, afin
qu'étant mêlées ces deux natures agissent
facilement ensemble, car autrement il y
aurait peine et péril, c'est pourquoi il vaut
mieux aiguiser ton instrument, afin que
de lui-même sans autre il tranche et
brise facilement.

31.
Adonc il faut mener cette nature nitreuse
à sel cristallin et matière dissolvante:
ainsi comme la pierre même par mêmes degrés
et mêmes feux la mener, et par le
moyen duquel il sortira un autre sel
cristallin du corps de . et pour ce après
sur cette nature nitreuse ainsi qu'il
sera dit ci-après.

32.
Ainsi nous viendrons à la pratique par la bonne
théorie bien entendue sans laquelle théorie, la
pratique serait vaine, car à tous coups il
peut venir des accidents, ou l'art ne peut
remédier sans la théorie, qui illumine
l'esprit humain, donc ceux-là qui disent
que la pratique seule suffit sont grandement
trompés, et je maintiens qu'elle nuit plus
qu'elle ne sert, et au contraire bonne théorie
suffit, à qui bien l'entend, donc soyez bien
instruit d'icelle et en icelle ayez confiance,
car elle ne trompe point.

33.
C'est assez dit quand j'ai dit que dans l'or
gît notre pierre, pourvu que l'on se
garde des opérations vulgaires et qu'on
marche par une voie douce et naturelle,
et ainsi soit tôt ou tard, on parviendra,
pourvu que l'on ne corrompe pas la nature

@

(f165v)

spécifique, et encore quoiqu'elle fût corrompue
par une nouvelle dissolution de métal, on la
pourrait faire rentrer, ainsi en multipliant
l'humide radical, et non en diminuant.

34.

Or pour ce que je vous ai défendu fort feu,
doux feux je vous recommande, car tout
ainsi comme le feu sec et violent détruit,
celui qui est doux et humide conserve,
nourrit et mène à corruption naturelle.

35.
Adonc prenez de bon or et le purifiez
parfaitement, qu'il ne demeure rien d'étrange
en lui, et puis soit mis en poudre déliée
ou bien réduit en feuilles, afin que la
dissolution vulgale, la ph~ique adviendra,
qui est de notre oeuvre l'entrée.

36.
Or j'ai ci-devant parlé du 1er. principe
de l'art, à savoir du sel nitre, mais à présent
que la rosée du ciel convient moult au
salpêtre, et d'icelle en dirai encore de plus
grandes merveilles.

37.
Donc au mois d'avril ou mai en un beau
temps clair et serein avec un grand drap
tu cueilleras grande quantité de rosée sur
froment ou seigle, laquelle fera doucement
évaporer à doux feu dans un vaisseau:
tant que de cent mesures il n'en reste
qu'une, que mettrez à putréfier tant
que puanteur et lie viennent au fond, que
vous séparerez en prenant l'eau par
inclination ou par le filtre, et distillez
le clair par tant de fois qu'il dissolve
l'or, par ces rotations tant de sa terre
que de son flegme étant bien purgé par les
répétitions en sorte que le résultant dissoudra
l'or: or quand il n'apparaîtra plus des
grosses terres, prenez toutes les terres
des dépurations et par le moyen du
flegme vous en tirerez une terre
moyenne, qui comme un vrai nitre
dissoudra encore bien mieux l'or.

@

(f166r) 166
38.
Donc par diverses répétitions et dépurations,
calcinations et sublimations de cette pure nature:
moyennant le ferment d'or on en pourrait faire
la pierre, parce qu'il est impossible de trouver
au monde une nature plus pure plus simple,
et crue ni plus pleine de vertus célestes,
dont aucuns hommes en ont pensé faire la
pierre, mais moi je ne la donne que par
instrument, la préparation de laquelle suit
pourtant l'opération de la pierre même.

39.
Donc je me contente de ces deux instruments
ou natures, à savoir de nitre ou rosée,
comme surpassant en vertus et
propriétés tous autres.

40.
Ces deux choses célestes à savoir le nitre
et la rosée sont par composition naturelle,
dans tous les corps, c'est pourquoi ils
ont ingrés dans iceux corps.

41.
Mais d'autant que chaque espèce conserve son
espèce, et la garde mieux qu'une autre,
c'est pourquoi cette vertu salpéloïque
étant contenue dans l'or, d'icelui or
nous la devons extraire par le moyen de
cette vertu crue, qui met la cuite en
liberté.

42.
Pour ce qu'un si noble corps ne peut venir
simplement à dissolution naturelle,
à cause qu'il a les pores resserrés par trop
et son esprit végétatif est détenu
là-dedans, et pour ce nous avons deux
notables instruments, c'est à savoir que
petit à petit le corps se ramollisse et
liquéfie par l'un et par l'autre la
corruption naturelle se fera, c'est pourquoi
nous avons tant à laver le
corps, que la corruption puisse mordre
sur lui, sans lequel lavement et atténuation
jamais corruption n'adviendrait, et sans
cette corruption le corps ne laisserait
jamais sa compactibilité fixe.

@

(f166v)

43.
Et pour ce verse sur icelui corps en poudre dans un
matras à long col ton eau susdite, ou autres
desquelles j'ai dit, et mets digérer sur cendres,
après prendras l'eau qui sera colorée par
inclinaison sans rien troubler, et remets
nouvelle eau sur les fèces, et feras ainsi
en répétant tant que ledit corps soit
dissous et évacué de ses esprits, et en cas
que l'eau te manque, retire par distillation
une partie de celle où sont tes évacuations,
et avec icelle achève ton opération, et par ce
moyen tout le corps sera réduit à dissolution
vulgale, lequel après retire l'eau par
distillation, tant qu'en nature moyenne, ni
trop sec, ni trop humide il demeure, et alors
tu le pourras mettre à putréfier, si mieux
cette oeuvre ne voulait réitérer, afin de mieux
atténuer le corps, pour plus facilement
faire cette putréfaction.

44.
Or telle manière de liquéfaction étant
faite verse dessus du menstrual bien
rectifié, qui surnage de 4. doigts comme
devant et inhume au bain 24. heures, puis à
douce chaleur de bain tire l'eau, et la
remets sur les fèces inhumant 7. jours,
puis tire l'eau par le bain, et l'air par les
cendres douces et après en forçant le feu
l'huile viendra, que garderas finement
chacun à part.
Puis revenez à l'infusion de l'eau l'inhumation
et 3. distillations, en mettant comme dit est
chacun avec son chacun, et cela tant répéteras
par tant de fois, que la terre demeure
en poudre sèche, et impalpable, lesquelles
trois susdites liqueurs diffèrent peu,
sinon en épaisseur, qui de plus en plus
vient.
Prends cette poudre impalpable ou terre
calcinée et mets dessus la moitié
de son poids de l'eau, qu'inhumeras
8. jours au bain puis dessécheras à chaleur
lente, puis en après animeras à degré
de sublimation, et notre soufre lunaire
sera sublimé, que tu incéreras de son
huile goutte à goutte tant qu'il se
fonde comme cire à la chandelle.

@

(f167r) 167
45.
Car comme dit Remond il faut premièrement,
avec le menstrual, subtilier la matière
en sorte que toute l'humidité de notre
argent-vif qui était fixé au corps
soit distillée par l'alambic en façon
d'eau très claire, puis il faut réduire
l'esprit au corps par douce dessiccation
petit à petit, puis soit sublimé et fixé,
et de son huile incéré, et de cette manière
est générale tant le blanc que le rouge,
sinon qu'au blanc 3. éléments suffisent
et au rouge tous les 4.

46.
Mais pour rectifier ton soufre mets
l'élément du feu en l'eau au double du
soufre sublimé, puis inhume un jour
au bain, et l'eau sera rubifiée, de laquelle
après tu nourriras le soufre en
l'imbibant et desséchant, et retirant
son humidité par alambic à chaleur
lente, et répète tant cela que ton
soufre soit rubifié, puis en
fortifiant le feu peu à peu, tant
que par manière de sublimation le
soufre blanc soit sublimé, et le
rouge demeurant au fond, lequel tu
incéreras de son huile et seras prêt
à faire projection et loue Dieu.

De la pratique * minérale.
Or comme j'ai déjà dit toute manière
de pratique est fallacieuse, et au
contraire théorie porte vraie similitude,
c'est pourquoi elle doit toujours marcher
devant la pratique peur de tromperie,
il la faut donc bien consulter et
l'accorder avec pratique, car sans
la théorie jamais la pratique ne
sera bonnement trouvée, parce que

Note du traducteur. Le numéro de paragraphe
47 n'existe pas dans le manuscrit.

@

(f167v)

damnation serait de la dire nettement, et de plus
sans raison en science ne peut pas être
pratiquée de suite, faut donc que la
science marche toujours devant.

48.
Donc par certains degrés et moyens faut
distempérer le corps aurère, et par autres
degrés et moyens le ramener à son tempérament,
ce qui n'est autre chose que le naturel, par le
contre nature, desquels deux est l'innaturel
composé, puis faire dominer ledit innaturel, puis
icelui innaturel mettre en son lieu naturel.

49.
En laquelle opération deux manières sont
distinguées, à savoir la manuelle opération d'une
part, et l'oeuvre ph~ique d'autre.
Après lesquelles viendront encore 2. manières
d'annotations, à savoir que le corps aurère
étant avec la première eau la mène çà et là,
et jamais avec lui ne se mêle, et la nature
humide et volatile d'icelui corps est celle
qui sublime ses propres terres, desquelles
deux annotations la théorie est récente et
pour ce ayons recours à icelle.

50.
Adonc suivant prenez 2. parts de vitriol,
et une de salpêtre, comme il est dit
en la pratique testamentaire, en tirant
l'eau, et les fèces grossières et rouges
restant au fond, sur lesquelles tu
verseras ton menstrual, et inhume six
heures au bain, et puis prends l'eau par
inclinaison sans rien troubler, puis
mets la grosse terre de la cucurbite
avec celle des dépurations et mets au bain
et tire tout ce qui voudra monter, qui
est l'élément de l'eau, que mettras
avec notre argent-vif que tu as su tirer, et
en tire l'élément de l'air par cendres, et
restera au fond une terre subtile,
laquelle gardera au bain jusqu'à la
fin, parce que tous ceux du 1er. cercle
seront jetés avec: or il faut derechef
verser toute l'eau sur la grosse terre,
et puis inhume et dépure la solution

@

(f168r) 168
claire sur la terre subtile, distille l'eau
et l'air et garde icelui air avec l'air, et puis
répète l'infusion, l'inhumation, la dépuration
et la distillation par tant de fois que
toute la substance de la terre soit tirée,
et que l'eau ne teigne plus, alors cette
terre est damnée, que jetteras, mais
garde les autres.

51.
Mais pour la terre des dépurations de chaque
cercle, qui est subtile, elle est de notre
intention, et ici finit le premier cercle,
par laquelle pratique nos soufres
minéraux sont tirés de leurs cavernes
vitrioliques.

52.
Alors pour venir à l'autre cercle prends toute
l'eau du compost sans toucher à l'air; lequel
tu mettras sur la terre des dépurations, puis
inhume au bain, dépure et distille comme
dessus l'eau et l'air, et mets l'air avec celui
du premier cercle, et répète tant le labeur
sur la même terre, tant que l'eau ne teigne
plus en vert ainsi que devant, alors la
terre est morte et damnée, qu'avec les
autres mettras, mais les autres des dépurations
conviendront toujours aux autres cercles
suivants, et tu feras ainsi jusqu'à
sept cercles.

53.
Mais si l'eau te manque à cela prends
tout l'air du compost et l'inhume au bain 2.
jours et en tire les deux parts desquelles
tu feras tes cercles, en enfermant toujours
bien l'air avec l'air.

54.
Or ces 7. circulations étant accomplies,
jette toute l'eau sur la terre dernière
et subtile, et inhume au bain doux six
heures, et le verre étant refroidi, ajoutes-y
tout l'air, et fait tout ensemble pourrir
par 40. jours, puis tu diviseras les
éléments en cette manière suivante.

55.
Distille au bain doux tout ce qui
voudra monter, qui est notre eau
glorieuse laquelle garderas finement,
puis tu tireras l'air à doux feux

@

(f168v)

de cendres, lequel garderas aussi très bien
à part, et pour tirer le reste de l'air qui est
resté avec la terre, après que la cucurbite
sera froide, verse sur la fondrière la susdite
eau, et inhume par 3. jours, et puis distille
et ainsi répéteras tant que tout l'air
soit tiré et que la terre demeure morte.

56.
Puis pour icelle abluer distille l'eau 7. fois
au bain très doux, mettant à chaque distillation
la résidence avec la terre damnée, et tu en
feras autant de l'air, puis jette sur la
terre 3. fois son poids de cette eau sept
fois distillée, puis inhume par un jour
et distille à chaleur lente du bain, puis
distille encore l'eau à part jusqu'à
sécheresse, et mets les fèces avec les
terres susdites, puis prends la cucurbite
où est la terre et distille à cendres à
douce chaleur d'été crainte de brûler
les fleurs et tu auras notre huile
glorieuse.

57.
Puis remets l'eau sur la terre qui reste
au fond et inhume par un jour et distille
l'eau au bain, et l'air au sable puis
rectifie l'eau puis l'huile.

58.
Répète l'infusion de l'eau sur la
terre, l'inhumation, dissolution, et faire cela
jusqu'à sept fois et notre terre
vierge sera abluée.
Puis prends tout l'air ou l'huile des
7. susdites ablutions que tu distilleras
sept fois à très douce chaleur de
cendres et la mets avec le premier air,
et mets les résidences avec la terre
damnée, et en ce lieu ici théorie
supplée.

Soufre minéral.
Mais pour faire soufre minéral
mets en une petite cucurbite
cette terre vierge, que tu abreuveras

@

(f169r) 169
doucement de son eau, à savoir de 3.
gouttes en 3. gouttes en digérant trois
jours au bain, puis dessèche
l'humidité en chaleur de soleil
et fait cela tant que la terre ait
bu son poids de l'eau, alors le soufre
minéral sera créé, qui est la première
clef ou la première terre où l'argent
doit être semé, ainsi comme le
végétal est la seconde sur laquelle l'or
sera semé, et comme dit Remond
moyennant l'or et l'argent les
soufres blancs et rouges sont
composés et créés.

59.
Or cet or et cet argent sont les terres
mêmes d'iceux, si tu n'aimes mieux
prendre nouveau métal, j'ai parlé de
tout cela dans mon dernier livre,
à savoir du minéral, végétal et
animal, c'est pourquoi je vous
renvoie à icelui.

60.
Mais je vous avertis de ne prendre
pas aucune drogue vulgaire,
comme toute manière de sel et
attraments, pour ce que les choses
sont mises dans les livres par
similitudes n'appartiennent à notre
art que ce qui sort de l'or et de
l'argent, ne prends donc pas garde
ès noms comme de vin, sang et
urine, duquel vin notre enfant
est nourri et converti en soufre
pareillement, notre compost n'est
rien qu'urine blanche, laquelle
moyennant douze manières de
répétitions, elle est appelée urine
d'enfant de douze ans.

61.
Or donc pour former la pierre
minérale laquelle est le premier

@

(f169v)

soufre et notre calcadus, sur lequel notre
or et notre argent sont semés, qui est
appelé azot, terre et vaisseau ou croît
métal, et il est commandé de prendre
deux parts de cet azot, contre une
part de mercure aérien, j'entends de
l'air de nos pierres ou terres dans
lesquelles nous semons l'or et l'argent.

62.
A savoir au soufre minéral simple,
l'argent, et au soufre composé, l'or:
car d'icelui soufre minéral simple,
et du végétal aussi simple, les deux
soufres minéraux sont composés
et créés, à savoir le blanc et le rouge,
moyennant l'or et l'argent susdits
bien conjoints.

63.
Pour ce extrais l'eau ardente comme il est dit
par Remond en son grand Apertoire, avec
laquelle tu mettras deux fois autant de
très bon vin, non pas de vigne, mais de notre
magistère, puis mets 3. jours au bain à
inhumer puis le distille comme dessus en
un fort vaisseau et le garde, puis tu mettras
la fondrière dans une cucurbite au bain et
distille le flegme et il restera un corps noir en
façon de poix liquide, sur lequel tu verseras
le susdit esprit, puis digère un jour au bain,
puis prends par inclinaison la solution claire,
puis en distille plus de la moitié au bain,
avec laquelle tu verseras les autres dépurations
suivantes, puis tu tireras de la première grosse
terre par douce chaleur de cendres tout ce
qui voudra monter, sans brûler le
soufre et le garde à part, puis verse sur
la terre tout le premier esprit, puis
inhume et dépure, puis distille les premier
et 2e. feu, et garde le 2e. avec le 2e.
et répète cette chose sur cette première
grosse terre, tant qu'elle demeure morte
damnée, ce qui se connaît quand l'eau
ne tire plus rien d'icelle, et le premier
cercle est fini.

64.
@

(f170r) 170
Mais pour le second tu prendras la terre
des dépurations et tu répéteras ces choses
sur icelle avec le premier esprit ou feu tant
qu'elle demeure morte sèche et damnée que
tu mettras avec celle des autres cercles
suivants, pour faire quelque autre soufre
médiocre si tu veux: et par même manière
seront accomplis tous iceux cercles,
après lesquels auras deux feux, comme
celui qui est auteur des dissolutions
du corps, et celui qui est tiré des grosses
terres, lequel tu mettras à pourrir avec la
terre subtile moyennant que plusieurs
fois ait été dissous en l'eau, après
lequel pourrissement seront les éléments
tirés comme il s'ensuit.

65.
Tire donc à chaleur lente la 4e. partie
qui est notre air et simple feu quintessenciel
lequel tu garderas en un vaisseau bien fermé,
puis tu extrairas l'élément de l'eau au bain,
puis par 24. heures par douce chaleur de
cendres tu calcineras la terre ph~iquement,
et après tu tireras l'huile que tu garderas
bien, et tu laisseras au bain cette terre
calcinée tant que besoin sera, et tu
répéteras sept fois ces distillations
mettant à chacune fois la résidence
avec les terres mortes susdites à
douce chaleur de cendres distilleras
sept fois et à chaque fois mettras
les résidences avec celles de l'eau, qui
ne sont rien que le dépouillement
de l'innaturel feu participant du
contre nature et du naturel.

66.
Puis prends la terre et lui donne 3. fois
son poids de l'eau 7. fois distillée
et inhume au bain par quatre heures,
et après que le vaisseau sera refroidi,
s'il apparaît quelque chose sur
cette terre en façon de sel luisant
ce sera tant mieux, alors mets-le à
chaleur lente et distille tout ce qui
voudra monter, qui sera l'eau, rectifie-
la une fois au bain pour la décharger

@

(f170v)

des fèces qu'elle a emporté et les mets
avec les autres terres susdites: or de la
résidence d'où tu as tiré cette eau, tu en
tireras l'huile en douze heures par
douce chaleur de cendres, et la garde
précieusement, et tu remettras sur la
terre qui est demeurée sèche, 3. parts
d'eau, et inhume 24. heures au bain puis
comme dessus tu tireras l'eau au bain
et l'air aux cendres, rectifiant l'eau pour
la décharger de la terre, mêlant la
résidence avec la terre morte, puis
calcineras la terre en la manière que
dessus retire l'huile en 12. heures comme
j'ai dit et la mets avec la susdite et
répète ces choses jusqu'à sept fois,
afin que notre terre vierge soit bien
abluée, après cela prends tout l'air ou
huile tirée de la susdite terre et la
rectifie 7. fois en mettant toutes ces
résidences avec les terres mortes et
garde bien cette huile parce qu'avec
l'air du présent compost et avec le présent
soufre végétable nous en ferons la
médecine des corps humains.

67.
Or pour accomplir icelui soufre végétable
mettez cette terre abluée dans un
vaisseau qui ferme bien et puis donne-
lui son juste poids de l'eau petit à petit
de 3. gouttes en 3. gouttes en façon de
rosée, puis la mets 3. jours au bain et
3. heures aux cendres pour la dessécher,
et faites cela tant que cette terre ait
bu son pesant de cette eau, et alors
le simple soufre végétal sera
créé, qui est la seconde clef,
lequel étant dissous en son air,
dissoudra l'or avec conservation
de son espèce et sera un véritable
or potable qui se fait en cette
manière.

68.
Prends deux onces du soufre susdit
et deux onces de l'air d'icelui compost

@

(f171r) 171
7. fois rectifié, mets tout au bain par 24.
heures tant que tout soit dissous, puis prends
une once d'or fin en poudre ou en feuilles
et le mets dedans et inhume 3. jours et il
se dissoudra, puis tu le distilleras aux
cendres jusqu'à sécheresse, et ce qui sera
distillé est l'air qu'il faut bien garder;
alors tu mettras de l'eau sur cette terre
sèche et inhume par 3. jours, et l'or se
dissoudra en liqueur avec laquelle tu
mettras tout l'air que tu avais tiré et inhume
par 40. jours au bain, puis à doux feu de
cendres tu retireras les deux parts de l'air
en forme d'eau claire, alors change le
récipient pour recevoir le reste de l'air et
continue le feu tant que la terre demeure
sèche, et puis sur la terre sèche tu
remettras la moitié du premier et inhume
par 3. jours et par inclinaison tu prendras
ce qu'il y a de clair et la dépure et sur la
résidence tu mettras l'autre partie du
premier air et mets tout avec l'humeur
des deux vaisseaux que tu avais tirée
par le bain et répète cela par 9. fois,
tant que le tout le subtil soit évacué
et rejetée la terre qui demeure morte et
indissoluble.

69.
Cela étant fait hache la chair d'un vieux
chapon fort menu et la distille au bain
tout ce qu'il pourra monter et garde cette
eau, puis distille le marc à feu lent,
et puis prends l'eau que tu avais tirée
par le bain et la verse sur le marc et
digère par 3. jours puis distille l'eau
par le bain et l'air par les cendres,
et puis prends les pieds et les os dudit
chapon et verse dessus toute l'eau et
l'air et distille tout ensemble et puis
tu mettras tout avec l'or, qui est une
eau citrine et humeur radicale, puis
digère 3. jours au bain et l'or potable
sera fait, la dose est d'une cuillerée
avec un verre de quelque liqueur convenable
à la maladie ainsi qu'il est dit au livre

@

(f171v)

de la quintessence, et cette médecine est bonne à
prendre en deux solstices de l'an, elle se
prend au vin blanc aux flegmatiques
et pour les colériques sanguins et lépreux avec
l'eau, et pour les mélancoliques avec le bouillon
de choux et de mouton, mais si la personne
est abattue jusqu'au dernier sanglot vous
le donnerez avec la 4e. eau de chapon,
mais pour conserver la santé jusqu'au
terme préfix faut en prendre la pesanteur
d'un grain de mil aux deux solstices
de l'an.

70.
Par le moyen de la théorie que je vous ai donnée,
vous pouvez entendre tous les livres de
Lulle car elle est si claire qu'il n'y a homme
au monde, que s'il l'avait entre les mains
il serait hors d'angoisse, pourvu qu'il en
fût où je vous ai mis et qu'il gardât bien
mes admonitions, il ne pourrait manquer,
ou il pourrait bien dire que quelque péché
lui pocherait les yeux, garde donc
bien de la révéler à personne et garde
bien cette théorie et celle de mon autre
beau livre doré, parce que je n'ai pu
tout mettre dans un seul, et ayant
tant parlé à vous de bouche que par
mes livres vous ne pouvez plus
rien ignorer sinon que péché vous
aveugle.

71.
Donc Remond a parlé en plusieurs
manières en son Testament et Codicille,
auquel Testament il montre la
pratique par 3. figures entrant
l'une dans l'autre, signifiant 3.
diverses substances, dont la première E
est menstrual, mercure, salpêtre,
et vitriol, contenant les 4. laquelle
moyennant pratique entrant dans
la deuxième en 3. autres substances
sont converties, qui est à savoir
menstrual E, fin argent F, et notre
mercure par G signifie, qui est la
composition de lune 3. laquelle 3e. entre

@

(f172r) 172
dans une autre figure et a en soi les 3.
en E, or par H, signifié et en G. le
convertissant, composition K. de soleil
sera, adonc il est dit bien couvertement
que pour faire argent, faut prendre
argent et notre mercure, lesquels
ensemble font menstrual, et qu'aussi
pour faire or il faut prendre mercure
et or, qui font menstrual, tout ainsi
que le menstrue animal qui porte
substance de mâle et de femelle.
Or ces deux figures G. et K. font deux
autres figures complètes, la première
desquelles est cette composition lunaire
qui contient 3. éléments seulement,
et la seconde c'est la solaire formée en
perfection de 4. éléments concordants.

pict * 72.
Mais pour découvrir le secret de
l'occultation voyez tant par notre théorie
bien élucidée, qu'au premier triangle C.
tenant le premier plus haut lieu,
qui est une substance générale
demeurant en tout lieu engendre
salpêtre C. cette même substance
de laquelle encore vient D. ainsi comme
qui dirait la substance s'est faite corps,
et le corps dans le règne est entré,
ou bien autrement la matière a
pris la forme, et la forme a pris
l'espèce, ainsi comme l'or aux minéraux,
la vigne aux végétaux, et l'homme
aux animaux, qui sont les 3. plus
hauts vitriols de nature spécifique
formée: or voyez comme en ces trois
triangles C. se fait E. remote,
et comme E. se fait autre E. plus
voisine par le même lieu du haut
de l'angle qu'ils tiennent, lequel
angle n'est autre chose que la nature

Note du traducteur.
Cette figure est en marge gauche du texte du
paragraphe 72. Les mots suivants y sont portés:
Figures de Remond Lulle pour les menstrues
du et de la .

@

(f172v)

même en toutes choses, voyez aussi par
même considération comme E devient F.
et comme F. devient G. et puis voyez
encore en après comme D. se fait G.
et comme D. devient H., et par ainsi
découvrirez sur icelle figure méditant les
cavillations d'un tant subtil auteur
à qui Dieu non plus qu'aux autres n'a
pas permis d'en dire davantage, et pour
ce je redoute son courroux contre la licence
de ma plume en l'abus qui se pourrait
commettre des sciences qu'il lui a plu
m'infuser, sinon, noble seigneur, que
vous recouvriez ma faute, en brûlant
mes mémoires, et en me pardonnant
les frais que peut-être vous faites
inutilement par votre faute, ne
voulant pas suivre mon conseil.

73.
Or donc pour venir à ces principales
compositions et tout premièrement à celle
de lune, il convient faire la première
composition ou figure E, laquelle icelle
figure G. en soi potentiellement tenant
en cette manière suivante la feront
issir, c'est à savoir que cette composition
ainsi faite dans le globe de chêne
justement enfermeras et tant bien
pourrir la fera, que tu en puisses
tirer les éléments et en la même
manière déjà dite, soufre formé en
isse, adonc l'auteur dit dissous
la lumière du monde en toutes ses
parties sans y toucher des pieds
ni des mains, mais par le mouvement
contre nature des sels qui brisent l'or
le mangent et le corrodent, et tout
se fera eau claire qui coulera et
à feu de sciure de bois distilleras

@

(f173r) 173
puis à chaleur de soleil si sol ne veut
être, par onze heures la terre
calcineras, et de là hardiment aller
dormir tu pourras: puis le mercure
dissous monte en haut du vaisseau,
et le métal opère par sa propre vertu,
et en cette manière se calcinera, et
garde-toi bien de le mettre en autre
chaleur, qu'il n'ait opéré par sa propre
vertu, or après aussi tu le mettras
3. jours au bain et l'humeur distilleras,
et toujours par même manière la terre
calcineras, et ce tant répéteras que toute
la terre soit toute dissoute en forme
liquoreuse en mettant toujours l'huile
ou limon dissout à part, qui est la
substance du corps par eau dépurée,
et par eau portée au vent, après
quoi tout étant dissous tu les
joindras ensemble, et putréfie par
un mois et demi, et ainsi la figure
J. sera accomplie: mais parce que
le soleil est tout essentiel à la
comparaison de . sache que
toutes les opérations d'icelui
répondent à l'essence, comme
il est dit dans mon dernier livre
des différentes pierres des trois
genres, et en la dernière rectification
des éléments, il faut un feu plus
doux, or sur une once d'eau du
composé d'argent, tu mettras
autant de notre mercure végétable
et aussi de l'or fin autant, qu'au
bain-marie mettras par 3. jours
ou 4. et comme charbon noircira,
avec lequel tu mettras douze
parts de menstrue et putréfieras

@

(f173v)

par un mois complet et la figure K.
sera formée; mais pour tirer ces éléments
de la susdite lumière après la
putréfaction mettez-la sur le bain et
tire l'eau à feu doux et l'air par
cendre et le feu mêlés, et le garde
finement, et le surplus de cavillation
dans le même chapitre trouveras, et tu
auras la terre sèche de laquelle ne peut
plus rien sublimer, et lors est fini
le premier régime.

74.
Mais pour entrer à l'autre régime
les éléments de la pierre ainsi divisée,
l'eau et l'air distillés chacun à part
et étant en chacun vaisseau, et en chaque
distillation de l'eau laisseras les fèces
avec la terre puis au bout de la sixième
distillation tu en mettras une goutte
ou deux sur une lamine d'argent-vif,
et si elle noircit elle tient encore
de l'adustion, il faudra réitérer la
distillation tant que l'issue se fasse,
alors tu auras l'eau de vie et le
mercure ph~iquement qui fait le mariage
des teintures et avec cette eau de vie
tu laveras la terre.

75.
Or tout ainsi que tu as fait l'eau de .
ainsi tu feras l'eau du . et ainsi
comme tu as fait de l'eau fait de
l'air tout de même, et ce qui restera
après la distillation de l'air, sera le
feu et teinture qui est notre or,
l'âme et l'onguent des ph~es.

76. Et pour faire l'ablution du feu
tire l'air . . . . lequel est le feu par distillation et toutes les fèces

@

(f174r) 174
qui apparaîtront entre le noir et rouge
tu les mettras ensemble parmi
lesquelles tu mettras autant pesant
de la première eau puis distille tout,
qu'il ne reste que le feu sec et réitère
cela 7. fois, tant que ton air vienne en
poudre subtile et très rouge.

77.
Tu en feras autant de la terre
laissant la terre sèche et l'huile sera
précieuse pour incérer, comme approchant
de la nature du corps et sera propre
pour faire élixir, or quand ceci sera
entre le poudreux et léger il sera comme
poudre, regarde sur la lamine de
cuivre chaude si rien s'envole,
car après la revivification, c'est une
magnésie qui te donnera grand
fruit, c'est pourquoi prends garde
de bien garder les 4. éléments
chacun à part, et n'approche pas
l'air de l'huile, car incontinent
le corromprait.

78.
Mais pour venir à la 3e. opération
réduis l'eau ou composé lunaire,
avec la terre du composé rouge,
ajoutant icelle avec celle du
composé blanc, à ce que leur
humidité reçoive, prends donc
l'eau d'icelui compost blanc
que tu diviseras, car tu ne dois
garder que la moitié d'icelle eau
et l'autre moitié tu la mettras
avec les dites terres et qu'elle soit
divisée en douze parties la
donnant à la terre partie
après partie par imbibitions

@

(f174v)

et inhumations la nourrissant ainsi comme
les petits enfants, tant que tout soit
sec et congelé, puis tu la mettras au
feu sec et lui donne un peu davantage
d'eau lunaire, et réitère tant cela qu'elle
soit notre terre feuillée, soufre blanc,
et notre arsenic, duquel si tu veux faire
soufre rouge tu le dissoudras en eau
rouge, de la même eau rouge tu
l'imbiberas tant qu'il en ait bu la
moitié de son poids, il sera congelé
et paraîtra blanc, et étant piqué
de feu de charbon deviendra rouge
comme écarlate, alors sublime
à feu de flammes très fort et la
matière se sublimera en soufre
blanc et noble, et le soufre rouge
restera au fond qui est très noble.

79.
Or quant à la quatrième et dernière
opération qui est la fine médecine,
avise où tu te proposes icelle
mener, et sur quel or tu cuides
projeter, afin que d'icelui corps
tu mettes en ta médecine, et aussi
si tu désires parfaire l'argent-vif,
il y en faut mettre un petit, car
ainsi comme un médiateur il te
suffit.

80.
Donc posons que sur étain soit fait
amalgame de 3. parties de lune moult
fine et pure avec le double de son poids
d'argent-vif blanc ou vulgaire, avec
laquelle chose une part d'étain
préparé mettras que cuiras et avec
son eau blanche imbiberas, que
graduellement sublimeras, c'est à
savoir tout premièrement l'eau
puis l'air ou huile à plus fort feu

@

(f175r) 175
et les garde séparément et remets
ce qui sera sublimé sur les fèces
avec une partie de son eau, et cuis
tant qu'il demeure en pâte,
et réitère tant cela que l'eau
soit fixée au double du soufre,
qui sera un élixir blanc, et tu
feras le rouge tout de même,
sinon qu'au lieu des éléments
blancs il faut mettre les rouges,
et l'élément du feu qui n'entre
point au blanc, il faut qu'il
entre au rouge.

81.
Donc la multiplication
de notre second soufre vient,
qui n'est autre chose, que
d'atteindre les degrés de perfection,
ainsi comme de 100. pour 100. et
pour les mieux entendre, mets
sur une partie de la pierre dix
parties d'amalgame et sur le
sujet voyez le 23e. du chapitre de
Remond, auquel lieu tout est contenu.

82.
Donc, fixation d'icelle médecine vienne
pour à laquelle entrer sur deux
parts et demie d'argent fin, un poids
d'étain, comme devant soit fait,
congelé, broyé et fait corps,
humecté d'une part de son eau,
étant en chaleur de fièvre nourrie
que toute l'eau congelée soit, et
petit à petit le feu haussant
soit tout le volatil sublimé,
c'est-à-dire le corps par puissance
du volatil, volatil fait, et ainsi
faisant et imbibant tant que
deux parts d'eau avec la terre

@

(f175v)

fixe soient, et que rien plus sublimer
ne puisse toujours le sublimé sur le
fixe rendant (note bien) le tout sans
fusibilité fixe deviendra, après quoi
pour à cette fusibilité venir à parfaite
liquéfaction, retourne toujours à ton
ouvrage, et suis nature et quand l'eau
sera fixée avec la terre imbibe-
la avec une part de son eau, et la
mollifie au fumier pépentique, tant
que par le mouvement de nature
soit sublimée haussant le feu peu
à peu, afin que l'humide se mêle
avec le sec mais qu'il ne boive pas
s'il ne mange, de peur qu'il ne soit
suffoqué, et à la fin tu l'incéreras
dans le creuset avec son huile
blanche goutte à goutte, et entrant
dans son corps le rendra fusible
comme cire sans fumée, ce que tu
éprouveras sur la lamine, puis en
jette un poids sur mil d'argent-vif
vulgal, premièrement lavé avec sel
et vinaigre et sera converti en pur
argent et il en sera autant de
l'élixir rouge, pour le rouge.

83.
Or pour venir aux multiplications,
elles se font en deux manières, à
savoir les dissolvant en leur
eau de mercure blanc ou rouge,
dont ils ont été créés, tant
qu'ils soient dissous en eau
claire, puis il les faut recongeler
par douces décoctions, puis les
incérer et un poids va sur dix mil.

@

(f176r) 176
84.
Or l'autre multiplication se fait
ainsi, elle est plus facile et a
plus grande vertu dissous-la
donc par inhumation en son eau,
et sépare les éléments par distillation
à savoir l'eau et l'air, et te restera
une terre fixe en forme de
poudre au fond, redonne lui son
eau à boire peu à peu et puis son
huile peu à peu, et un poids
sur cent de quelque corps que tu
voudras, mais pour multiplier
en quantité jette une once sur cent
de mercure chauffé dans un creuset
le convertira en médecine, prends
une once d'icelle et le jette sur cent
autres de mercure, et sera encore
convertie en médecine, de laquelle
tu jetteras une once sur cent quatre-
vingt-dix parties de mercure.
Usez-en donc en l'honneur et
gloire de Dieu, et pour ce avons
tant noble chevalier sur les
susdites conditions j'ai fait
ce livre, qui vous tirera de
toute angoisse, donc vous en
userez à la gloire de Dieu qui
vit et règne aux siècles
des siècles.

Fin
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