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Réfer. : AL1402A
Auteur : Michel Maier.
Titre : Chansons Intellectuelles.
S/titre : sur la résurrection du Phenix.

Editeur : Debure l'aîné. Paris.
Date éd. : 1758 .


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MICHAELIS MAIERI
C A N T I L E N AE I N T E L L E C T U A L E S DE PHOENICE REDIVIVO; o u C H A N S O N S INTELLECTUELLES SUR LA RESURRECTION D U P H E N I X . Par M i c h e l M a i e r. &c.
Traduites en François sur l'Original Latin Par M. L. L. M.
Le prix est de 3 livres relié.
O*-O-*O A P A R I S, Chez D E B U R E l'aîné, Quai des
Augustins, à l'Image S. Paul. ------------------------------- M. DCC. LVIII. Avec Approbation & Privilege du Roi.
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pict

A V E R T I S S E M E N T.
O N n'a déjà, dit-on, que trop de Livres qui traitent de la Philosophie Hermétique. Plus de 900 Auteurs ont exercé
leur plume sur cette matière: ils nous
ont laissé en ce genre environ 2500 Traités;
& ces Ouvrages nombreux n'ont servi
jusqu'ici qu'à tromper une infinité de personnes,
qui sur la foi de ces Ecrivains, devenues
les dupes des imposteurs & de leur
propre avidité, se sont souvent ruinées en
travaillant beaucoup inutilement, sans jamais
parvenir au but que l'on se propose dans
cette Science.

Tels sont à-peu-près les discours de gens, qui semblent vouloir s'autoriser de leur ignorance
pour décrier la Science Hermétique.
On pourrait leur répondre avec Mayer *,
que c'est raisonner en enfant, de penser
qu'il n'y a rien dans le monde qui soit différent
de ce que nous voyons parmi nous,
& dans le pays que nous habitons; que


* Dans la Préface de son excellent Traité intitulé, Arcana Arcanissima.
a ij
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A V E R T I S S E M E N T.
c'est être doublement enfant, de croire que
ce que nous n'entendons pas, ce que nous
ne concevons pas, ce qu'il ne nous est pas possible
d'imaginer, ne peut être entendu,
conçu & imaginé de personne; qu'en conséquence,
de ce qu'une infinité d'ignorants &
de gens avides ont échoué dans l'étude de
la Philosophie Hermétique, en conclure que
ce qu'elle promet est purement chimérique &
imaginaire, c'est le comble de la présomption
& de l'extravagance. Mais mon dessein
n'est point d'entreprendre ici l'apologie
& la justification de cette Science; encore
moins oserai-je me charger de prononcer sur
sa réalité: pour convaincre les personnes
les moins prévenues de sa nécessité & de
son importance, il me suffit de ce qui est
généralement avoué; qu'elle est le principe
d'une infinité de découvertes rares & utiles;
que la Médecine y a puisé plusieurs
connaissances très-avantageuses à la santé;
& que les Arts lui sont redevables d'un
grand nombre de secrets merveilleux, & d'opérations
singulières.

De tous les Modernes qui ont écrit sur cette partie de la Philosophie, Mayer est
reconnu pour avoir été sans contredit un
des plus savants & des plus habiles. Tous

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A V E R T I S S E M E N T.
les Traités qu'il a composés en ce genre,
& qui sont au nombre de vingt-cinq, sont
généralement estimés & recherchés des Connaisseurs:
tous renferment beaucoup de curiosités;
quelques-uns sont même extrêmement
rares.

Un des plus curieux & des moins communs est celui qu'il a intitulé Cantilenae
Intellectualles de Phoenice redivivo, &c.
Si l'on considère le sujet qu'il contient,
Mayer promet d'y donner sous le voile de différentes
Allégories, toutes fort ingénieuses
& très-variées, le secret & la clef de ce
qu'il y a de plus mystérieux & de plus caché
dans le Grand Oeuvre. A l'égard du
style, il est souvent si élégant & si pur, qu'à
peine peut-on se persuader que ce soit l'ouvrage
d'un Auteur Allemand. Le Livre est
écrit en vers rimés; & la mesure des vers
Anacréontiques que Mayer y a observée, en
rend la lecture infiniment agréable à ceux
dont l'oreille est faite à cette cadence harmonieuse,
qui lui a fait donner par l'Auteur
le titre de Cantilenae, ou de Chansons. Ce
Traité singulier fut d'abord imprimé à
Rome en 1622. & réimprimé à Rostoch
l'année suivante; & depuis ce temps-là il
est devenu extrêmement rare. On assure,

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A V E R T I S S E M E N T.
dit l'Historien de la Philosophie Hermétique
*, que c'est ici le Traité le plus rare
de Mayerus, & qu'il vaut même jusqu'à
soixante livres.

C'est le mérite & la rareté de ce petit Livre, qui m'engagent aujourd'hui à le
donner de nouveau au Public d'après l'édition
de Rostoch. J'y ai joint une traduction
Françoise du même Ouvrage, en faveur
des personnes qui n'entendent pas la Langue
dans laquelle l'Auteur a écrit. Je ne
vanterai point les peines & les soins qu'elle
m'a coûtés: les Amateurs versés dans l'intelligence
des deux Langues en jugeront; &
j'ose me flatter qu'ils rendront justice à mon
exactitude & à ma fidélité.

Ceux qui me connaîtront demanderont peut-être, quelle capacité j'ai apportée à
la traduction d'un Ouvrage, dont l'intelligence
est d'ailleurs assez difficile: d'autres
seront curieux de savoir, si je suis
initié dans les mystères de cette Philosophie
secrète; & à Dieu ne plaise que je veuille
me piquer d'avoir cet honneur. J'avoue seulement,
que j'ai quelque connaissance des


* M. l'Abbé Lenglet du Fresnoi, Hist. de la Philosophie Hermétique, Tom. III. p. 229.

@

A V E R T I S S E M E N T.
Livres des Philosophes qui ont traité de cette
Science; je conviens encore que j'en ai lu
plusieurs: j'en ai même mis en notre Langue
quelques-uns composés par les plus grands
Maîtres soit en tout ou en partie; & si
la traduction que je donne ici était favorablement
accueillie des Amateurs, je serais
en état de leur en procurer encore quelques
autres dans la suite, entr'autres celle de
l'Arcana Arcanissima du même Mayer:
Ouvrage très-curieux & fort recherché.
C'est dans ces lectures, & dans mes liaisons
avec des personnes mieux instruites que
moi de ces mystérieux secrets, que j'ai puisé
quelques principes de cet Art merveilleux,
que j'ignorerai toujours sans doute, &
qu'il serait cependant si doux de ne point
ignorer.

pict
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A P P R O B A T I O N.
J 'Ai lu par ordre de Monseigneur le
Chancelier un Manuscrit intitulé, Cantilenae
Intellectuales. &c. auct. Michaële
Mayero, avec la traduction Française du
même Ouvrage, intitulée. Chansons Intellectuelles
divisées en neuf Triades, sur la
Résurrection du Phénix; & je n'y ai rien
trouvé qui puisse en empêcher l'impression.
A Paris ce 29 Juillet 1758.

LAVIROTTE.



Le Privilège se trouvera à la suite du Traité des Maladies des Os de M. Duverney.

CANTILENAE
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C A N T I L E N AE I N T E L L E C T U A L E S
In Triadas 9 distinctae, D E P H OE N I C E R E D I V I V O; HOC EST, MEDICINARUM OMNIUM PRETIOSISSIMA,
Q u ae Mundi epitome & Universi speculum
est, non tàm altâ voce, quàm profundâ mente dictata, & pro clave ternorum irreferabilium in Chymiâ Arcanorum rationabilibus ministrata:
Auctore M i c h a e l e M a i e r o,

Comite, Equite, Doctore Medico. Exemp. olim Caes. Majest. Aulico, &c.
@

C H A N S O N S I N T E L L E C T U E L L E S
Divisées en neuf Triades, S U R
L A R E S U R R E C T I O N D U P H E N I X ;
O U
LA PLUS PRECIEUSE DE TOUTES LES MEDECINES,
Q u i est le miroir & l'abrégé de cet Univers,
proposée moins à l'oreille qu'a l'esprit, & présentée aux Sages, comme la clef des trois Secrets impénétrables de la Chimie:
Par M i c h a l M a i e r,

Chevalier, Comte du Saint Empire, Docteur en Médecine, &c. Aij
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S U M M A
E T S E R I E S
TRIADUM QUADRATARUM.
P R i m a T r i a s quadrata dabit cognomina
rebus Indita distinctis, series feret Allegorias Altera, Divinas sed tertius ordo figuras.
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P L A N
E T D E S S E I N
DES TRIADES CARREES.
L A première Triade carrée traite des noms qu'on donne à chaque chose: la seconde contient les Allégories; & l'on trouvera dans la troisième l'application des mystères de l'Art à ceux de la Religion.
A iij
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6

pict

I L L U S T R I S S I M O,
CELSISSIMOQUE PRINCIPI
AC DOMINO, DOMINO
F R E D E R I C O,
Haeredi Norvegiae, Duci Slesvici, Holsatiae, Stormariae ac Dithmarsiae, Comiti in Oldenburg & Delmenhorst, Domino meo clementissimo,
D. D. D.
Q u e m A d m o d u m, Illustrissime, Celsissimeque Princeps, universae rerum
naturae visibiles, omniaque tàm coelestia,
quàm terrestria, corpora constant certo
NUMERO, PONDERE & MENSURA, hoc est,
conveniente inter se, delectabilique partium,
virium, qualitatum, quantitatum
& effectuum proportione, atque sic reali

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pict

A T R E S-H A U T
ET TRES-PUISSANT PRINCE,
F R E'D E'R I C,
Prince héréditaire de Norvège, Duc de Slesvik, de Holstein, de Stormarie & de Ditmarse, Comte d'Oldenbourg & d'Helmenhort.
M onseigneur,
C o m m e toutes les choses visibles qui sont dans la nature, & tous les
corps, tant célestes que terrestres, ont
été créés avec nombre, poids & mesure;
c'est-à-dire, qu'il y a entr'eux une
juste & merveilleuse proportion de parties,
de forces, de qualités, de quantités
& d'effets, en sorte qu'ils semblent
former ensemble une Musique très-harmonieuse:
il y a aussi une espèce d'accord
& de concert musical entre les
A iiij
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8

quasi Musicae harmoniae concentu gaudent:
ita quoque spiritales creaturae, inter
quas Mens nostra seu intellectus numeratur,
suis ducuntur melodiis & symphoniacis
intervallis. In majore illo universi
systemate, respectu basis terrenae,
Ditonus est ad regionem Lunarem usque,
Diapente ad cor Mundi Solem, Diapason
ad extremum Caeli; ut ita prior distantia
18 commatibus, secunda 35, tertia 61
absolvatur. In Microcosmo verò, seu Hominis
fabricâ, eadem proportio observatur
inter partes principales, epar, cor &
cerebrum, ab imo pede numerando, non
tàm Arithmeticè aut Geometricè, quàm
Physicè. Similiter se res habet in occulto
Philosophorum Hermeticorum subjecto,
uti, tanquàm in minimo & Philosophico
mundo, sese in ternas homogeneas naturas
proportionaliter distinguat, quarum una
gravem, altera mediam, tertia acutam
vocem edat; eodem modo ut Pythagorae
mallei fabriles, ob diversa & symmetrica

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9
êtres spirituels, au nombre desquels on
compte l'âme ou l'entendement humain.
Dans le grand système de cet Univers, il
y a un Diton ou une Tierce, de la Terre
qui en est la base, jusqu'à la Sphère de la
Lune; de-là jusqu'au Soleil qui en est le
coeur, un Diapente, ou une Quinte; &
du Soleil jusqu'au dernier Ciel, un Diapason,
ou une Octave: en sorte que la première
distance est composée de 18 comma
ou intervalles; la seconde de 36, & la
troisième de 61. Dans le Microcosme ou
petit monde, c'est-à-dire dans l'Homme,
on remarque aussi une égale proportion
entre les principales parties, qui sont
le foie, le coeur & le cerveau, en comptant
depuis la plante du pied, non pas
à la façon des Arithméticiens ou des Géomètres,
mais comme le font les Physiciens.
Il en est de même du sujet caché
des Philosophes Hermétiques: c'est une
espèce de petit monde Philosophique,
qui se divise proportionnellement en trois
natures homogènes, dont l'une forme la
basse-taille, l'autre la taille, & la troisième
la haute-contre; de même que par
leurs poids différents & proportionnels,
les marteaux des Forgerons que Pythagore

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pondera, non inconcinnam reddidêre
harmoniam. Quae omnia dum intellectus
rationabilium hominum contemplatur,
& summa cum imis, totum
cum partibus, causasque cum effectibus
comparat, echo quaedam musicalis trivoca
in eo resultat, non tàm sono aures,
quàm sensu mentem internè afficiens &
mulcens, Aspendii More, qui intùs cecinisse
dicitur. Ut enim ardentes ad Deum
preces effusae, etiam tacitae & fine strepitu,
clamare praesumuntur; ità & in intellectu
cantilenae silentio consonantes percipi.
Nec verò rarum est apud Philosophos,
multa de arcanis suis ebuccinari,
quae tamen in audientium captum non
perveniant; ut nimirùm litterae inhaerentes
sensum vix venentur, aut vocum
bombo intenti rem non intelligant: ità
& vice versâ intellectus instrui potest
mutis vocibus, seu cantilenis, quarum
concentus ad vulgi aures non descendat,
aut admittatur. Cùm itaque, Illustrissime

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11
entendit, rendaient une harmonie assez
agréable. C'est de la contemplation de
toutes ces choses, & de la comparaison
des choses supérieures avec les inférieures,
du tout avec les parties, & des causes
avec leurs effets, qu'il résulte dans
l'esprit des hommes raisonnables une espèce
d'écho musical à trois voix, qui frappe
moins les oreilles, qu'il n'affecte le
sentiment intime de l'âme. C'est ainsi
qu'on dit qu'Aspendius concertait avec
lui-même. Car comme les prières ardentes
que l'on fait à Dieu, même tacitement
& sans bruit, sont censées crier
vers lui: de même aussi au milieu du
silence ces concerts harmonieux savent
bien se faire entendre à l'esprit. Et certes
il n'est pas rare d'entendre les Philosophes
parler fort clairement de leurs mystères,
sans que ceux qui les écoutent les
comprennent, parce que s'arrêtant à la
lettre, ils arrivent à peine jusqu'au sens,
& que ne s'attachant qu'aux mots, la
chose échappe à leurs lumières. De même
aussi il est très-possible de parler à l'esprit
d'une manière muette, ou par des Chansons
dont les accords ne soient point sensibles
aux oreilles du vulgaire. C'est ce qui

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12

Princeps, & ego, licèt Philosophantium
minimus, inter caetera mea studia,
quibus addictus sum, tàm infimi, quàm
summi & medii mundi naturas intimè indagare
& rimari conatus sim, ac magnam
aetatis meae partem, non solùm in contemplatione
Mathematum, nec non Caeli
Terraeque contentorum, sed & praxi Physicâ
in Medicinâ Dogmaticâ (quae in curatione
Morborum corporis humani, ac
praecautione eorumdem consistit,) & Hermeticâ
universali per incredibiles labores,
experimentationes, errores, iterationes,
curas & sumptus explorandâ & conficiendâ
attriverim & absumpserim; non potui
intermittere, quin post tot naufragia hunc
portum, post tot miserias cum aceto hoc
gaudium, post tanta rerum & studiorum
impendia hoc compendium, hoc est, post
tot sensuum exercitia clamosa & vocalia,
has Cantilenas intellettuales sine voce &
clamore indigetarem & ederem: non quidem
eâ intentione, quasi meam in hoc

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13
m'a engagé, M o n s e i g n e u r, moi qui
suis le dernier de tous les Philosophes,
après avoir entr'autres travaillé jusqu'ici à
fonder & à découvrir la nature des choses,
tant supérieures que moyennes & inférieures;
après avoir usé la plus grande
partie de ma vie, non-seulement à l'étude
des Mathématiques & de tout ce que renferment
le Ciel & la Terre, mais encore
à chercher & à éprouver la Pratique Physique
de la Médecine Dogmatique, qui
consiste dans la cure des Maladies du
corps humain, & dans les moyens de les
prévenir; après avoir donné les mêmes
soins à la Philosophie Hermétique, ce
qui m'a coûté des travaux incroyables,
des expériences souvent réitérées, beaucoup
de fautes, de grands chagrins & de
grandes dépenses: c'est, dis-je, ce qui
m'a engagé à chercher ce port après tant
de naufrages, cette satisfaction après tant
de douleurs amères, ce dédommagement
après tant de dépenses & de soins; c'est-
à-dire, à publier sans bruit & dans le silence,
après avoir tant crié & tant sué,
ces Chansons intellectuelles. Ce n'est pas
que j'aie prétendu par-là faire parade
de mon peu d'expérience en ce genre

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14

studii genere experientiam, quae exigua
est, ostentarem, aut aliis testatam redderem;
at potiùs, ut harmoniam partium
homogenearum in uno subjecto consistentium
inter se, caetera mundana & supermundana,
Deumque ipsum, pro talenti
mei ratione aliquomodò declararem, &
sic mentem sensibilibus, sensumque intelligibilibus,
jucundâ vicissitudine instruerem.
Cur verò id scripti genus, quoad externam
chartae & versûs formam vile &
exiguum, nec sat dignum, Illustrissimae
Tuae Celsitudini prae caeteris dicatum &
oblatum velim, causae me non leviculae
moverunt, quâ ipsius, quâ mei & munusculi
chartacei nomine: ipsius, quia
Celsitudo Tua Illustrissima hanc gratam
de se samam per totam, non solùm
Germaniam, sed Europam, longè latissimèque,
ob in litteras humaniores literarosque
singularem, & tanto Principe dignum amorem
effudit & spartit, ut haud dubitem,
illam meos hosce conatus benigno vultu,

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d'étude, & en convaincre les autres; au
contraire je ne me suis proposé que de
faire connaître, autant qu'il est en moi,
l'harmonie qui règne entre toutes les parties
homogènes d'un même sujet, ensemble
toutes les autres choses, tant celles
d'ici-bas que les supérieures, & enfin
D I E U même, & de donner ainsi par un heureux retour de l'intelligence aux choses
sensibles, & du sentiment aux choses
intelligibles. A l'égard des raisons qui
m'ont porté à dédier à VOTRE ALTESSE un
Ouvrage, qui à ne considérer que l'extérieur
du volume & des vers, est si peu de
chose, si vil & si peu digne d'Elle, j'en ai
eu de très-fortes, tant du côté VOTRE
ALTESSE, que du mien & de mon Ouvrage
même: du côté de VOTRE ALTESSE,
parce qu'elle s'est rendue si célèbre, non-
seulement dans toute l'Allemagne, mais
dans toute l'Europe, par l'amour singulier
& vraiment digne d'un si grand Prince,
qu'elle a pour les lettres & pour ceux
qui les cultivent, que je ne doute point
qu'Elle ne reçoive favorablement ce faible
essai que j'ose lui présenter de mon
travail, & qu'Elle ne m'accorde généreusement
sa protection, tour inconnu que

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16

etiam qualescunque, suscepturam, suoque
me patrocinio, etiamsi hactenùs
ignotum, protecturam: mei, quia Holsatus
sim patriâ, quam ob studia Hermetica
penitùs absolvenda, & apud exteros
in diversis regionibus & populis exantlanda,
ante 14 annos reliqui lubens &
volens, non, ut spes est, in perpetuum,
sed ad tempus, prout Deo & Principi meo
placuerit, aliquandò reversurus. Meos
autem, qui qualesque fuerint, non solùm
tota Nobilitas Holsata, sed & Parens
tuus, Avusque divae memoriae, quibus
illi, quoad vixerunt, servitio fidelissimo
astricti fuerunt, optimè noverunt.
Materia verò, quam obfero versiculis
Rythmicis inclusam, etsi videatur vulgaribus
oculis exigua & despecta, attamen
ILLUSTRISSIMAE CELSITUDINIS tuae intellectui
circumspectissimo & sagacissimo,
sub tam vili veste ac formâ latens, ut
spero, vix despicietur au contemnetur.
Quod, velut ominor, si gratum fit, opus
Medicinale
@

17
je lui ai été jusqu'ici: de mon côté, parce
que je suis originaire du Holstein, que je
n'ai quitté de mon plein gré il y a quatorze
ans, que pour aller dans les pays
Etrangers y perfectionner mes études
Hermétiques, & que je n'ai pas abandonné
pour toujours, comme je l'espère,
mais seulement pour un temps, dans la résolution
d'y retourner dès qu'il plaira à
DIEU & à mon Prince. Du reste ma famille
est très-connue, non-seulement de
toute la Noblesse de Holstein, mais encore
du Père de Votre Altesse &
de son Aïeul d'heureuse mémoire, au
service desquels les miens ont toujours
été fidèlement attachés. Pour ce qui est de
la matière que je traire dans ces vers rimés,
quelque méprisable & peu importante
qu'elle puisse paraître aux yeux du
vulgaire, j'ose attendre de la prudence
& de la sagacité de Votre Altesse,
qu'Elle voudra bien ne la pas dédaigner.
Que si Elle agrée ce petit présent, comme
j'ose m'en flatter, j'espère lui offrir
un Ouvrage de Médecine de plus grande
B
@

18

Medicinale majoris momenti, ne dicana
secretioris doctrinae, Illustrissimo tuo Nonimi
nuncupabitur. Interim Illustrissimam
Tuam Celsitudinem cum totâ Holsatiae
Principali Domo, DEI optimi maximi
protectioni, meque illius tutelae, patrocinioque
committo. Dabam Rostochii,
An. 1622. 25 August.

I L L U S T R I S S I M AE T U AE
C E L S I T U D I N I

Subjectissimus & deditissimus,
Michael M A I E R U S, Comes, &c. Doctor, &c. Eq. &c.
@

19
importance, pour ne pas dire d'une
plus grande érudition. En attendant, je
ne cesserai de faire des voeux au Ciel
pour la prospérité de Votre Altesse
& de toute l'Auguste Maison de Holstein;
& me recommandant à sa protection, je
me dirai avec un profond respect,

M O N S E I G N E U R,

DE VOTRE ALTESSE



Le très-humble, très-obéissant & très-dévoué Sujet & Serviteur.
A Rostoch, ce 25
Août 1622. Michel M A I E R, Comte , &c. Docteur, &c. Chevalier, &c.
B ij
@

20


L E X
Cantilenarum Intellectualium perpetua Hexasticho expressa.
P H oe n i c e m, volucrum miracula rara, canendo Dùm moror, haec operi lex sit praefixa
novello. Harmoniae certo respondent ordine ternae:
Semper Acuta dabit Veneris modulamina
nostrae; Ast intermedio concurret tramite piscis
Retrogradus; manet ima loco Gravis
ira Leonis.
@

21

ORDRE
Observé par l'auteur dans la suite de ses Chansons intellectuelles.
E N chantant le P h é n i x, cet Oiseau rare & merveilleux, voici l'ordre
que je me suis prescrit. Chaque Triade
forme alternativement un Concert de
trois voix. La Haute-Contre exprime
d'abord les doux accents de notre Venus:
L'Ecrevisse qui marche toujours à reculons,
fait ensuite la Taille; & la Basse-
Taille est enfin réservée au Lion terrible
dans sa colère.

B iij
@

22 Cantilenae Intellectuales.
pict

I.
T R I A S
C A N T I L E N A R U M
INTELLECTUALIUM.
A C U T A.
V ULCANIOS labores, Et igneos tepores, Queis se solet cremare PHOENIX, & innovare, Dicemus. O favete, Linguisque st tenete.
Aetnaea non dat istas Nobis vorago flammas; Nec horridus Vesuvî Est aestus huic par igni; Non Hecla, quae per undas Sulphur vomit marinas, Per quas aquas vagatur, Incendium minatur: Nostri sed ortus ignis Diversus est ab illis.
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Chansons Intellectuelles. 23
pict

I.
T R I A D E
D E S C H A N S O N S
INTELLECTUELLES.
HAUTE-CONTRE.
J E vais chanter la nature & les propriétés du Feu, qui sert au Phénix de bûcher & de berceau, où il reprend
une nouvelle vie. Prêtez-moi une favorable
attention, & faites silence.


Ce feu n'est ni celui que renferme l'Etna dans ses gouffres profonds, ni celui
que nourrissent les fournaises ardentes
du Vésuve, ou celui que vomit le
Mont Hécla, dont les souffres brûlants
semblent vouloir porter l'incendie dans
les vastes mers qui l'environnent. Le
principe de notre Feu est tout différent.
B iiij
@

24 Cantilenae Intellectuales.

Mons hinc patescit omnem Sublimior per orbem, Qui Cinnamum Crocosque, Herbasque fert odore. Hic unus omne mundo Lumen dat universo: Hic suggerit calorem Cunctis, sovens vigorem. Fax illa sola lenis. Focum ministrat Ignis, Volucris unde nostra Sibi parare busta, Delere seque fato Solet, sepulta letho.
O quàm sacratus ille Siletur Ignis arte! O quàm stupenda flamma Haec est Sophis notata! Qui nescit hanc vel istum, Nil scire constat ipsum. Vos qui studetis auras Scientiae sonoras Haurire, ne sinatis Detectus hic sit Ignis.
@

Chansons Intellectuelles. 25
Il tire son origine d'une Montagne la plus élevée qui soit sur la terre, & qui
ne produit que des fleurs, du Cinnamome,
du Safran & autres herbes odoriférantes.
Ce Feu est la source de toute
la lumière, qui éclaire ce vaste Univers:
c'est lui qui donne la chaleur &
la vie à tous les êtres; c'est une flamme
dont les ardeurs brillent sans jamais
consumer. C'est ce Feu qui sert à former
le bûcher, où notre Oiseau, qui
lui-même l'a préparé, va chercher sa
fin & sa mort.


O que ce Feu sacré est tenu soigneusement caché! O que cette merveilleuse
flamme est bien connue des Sages! Quand
on l'ignore, on ignore tout. Vous qui
souhaitez puiser aux sources fécondes de
la Science, ne permettez pas que ce Feu
secret soit manifesté.

@

26 Cantilenae Intellectuales. -----------------------------
I.
M E D I A.
A Litem charam Sophis Quis canat dignè metris? Centuplex si faucibus Lingua sufflaret sonos, Non Avis laudes satis Praedicarem, cui cinis Morte vitam perficit, Et vigorem suppetit.
A Syenes limite Hùc vetusto tempore Advolavit primitùs Ales. Hic pulcherrimus Purpurae Phoenix comis Colla circomplumeis, Torque cui sunt obsita Aureo; sed splendida Crista munit verticem A Rubinis tortilem. Candor in pennis patet Extimè; verùm latet Intùs obscurus rubor, Frigus & vincit calor.
@

Chansons Intellectuelles. 27 ----------------------------
I.
T A I L L E.
Q Uels Vers pourraient célébrer dignement
l'Oiseau qui est si cher aux Sages?
Quand j'aurais cent bouches & cent voix,
elles ne suffiraient pas pour faire l'éloge
de cet Oiseau, dont les cendres
trouvent une vie plus parfaite & une
nouvelle vigueur dans le sein même de
la mort.


Cet admirable Oiseau naquit originairement proche de Syené sur les frontières
de la haute-Egypte. C'est le beau
Phénix, dont le col de couleur de
pourpre est environné d'un collier doré,
& dont la tête est ornée d'une aigrette
aussi brillante que le Rubis. Ses ailes sont
blanches en dehors, & d'un rouge foncé
en dedans. Il est d'un tempérament plus
chaud que froid: de-là vient l'excellence

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28 Cantilenae Intellectuales.
Sanguis hinc venas replens, Spiritu corpus regens, Temperamentum notat Optimum, viresque dat. Tecta Phoebi numine, Et Dianae floridae, Est simul. Non fervidum Sustinet Solis metum, Nec caloris vim timet: Ignibus noc subjacet; Acris undae fluctibus Nec perit rodentibus.
Montibus celsissimis Imminet, gaudens jugis, Unde praeceps corruit Amnis is, qui perluit Latus Aegyptum rigans, Ac solum limo beans. Apis huic est corniger Fronti lunari sacer.
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Chansons Intellectuelles. 29
qualité du sang, qui circulant dans ses
veines, l'anime & lui donne des forces.
Cet Oiseau est également cher au blond
Phébus & à la brillante Diane. Il brave
les ardeurs du Soleil, & les chaleurs
les plus brûlantes: il est à l'épreuve du
feu; & l'eau qui ronge tout, ne peut
venir à bout de le détruire.


Sa demeure ordinaire est sur le haut de ces Monts sourcilleux, d'où le Nil
précipitant ses eaux, va arroser les
campagnes de l'Egypte, & par son limon
y porte la fécondité. C'est à ce
Fleuve, qu'est consacré le Boeuf Apis
au front marqué d'un Croissant.

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30 Cantilenae Intellectuales. -----------------------------
I.
G R A V I S.
C Entum moenia portis, Quae jacta verat orbis, Thebae nomine, sacrae Soli jure fuêre. Hîc Altaria mystae Haud rari coluêre, Quae lux caelica mundi Texit numine Phoebi. Non his Delphica flavo Quondam templa metallo Exaequata fuerunt, Quamvis magna tulerunt Auri pondera summas Regum munus ad Aras.
Hùc post saecula vitae Phoenix dena peractae Pennâ praepete tranat, Ut se funere solvat, Gaudens linquere vitam, Acquiratque juventam. Haec est tumba sepulchri Tantâ digna Volucri.
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Chansons Intellectuelles. 31 -----------------------------
I.
B A S S E-T A I L L E.
T Hèbes, ville autrefois si célèbre chez les Nations à cause de ses cent
portes, fut à juste titre consacrée au Soleil.
Là des Prêtres en grand nombre furent
ordonnés pour desservir l'Autel, sur
lequel résidait la Divinité même de l'Astre
qui donne le jour à l'Univers. Le
fameux Temple de Delphes, quoique
tout brillant de l'or dont l'enrichirent les
présents des Rois, ne mérita jamais de
lui être comparé.


C'est-là que d'un vol rapide, après dix siècles de vie écoulés, se rend le
Phénix pour y trouver la mort, content
de finir ses jours, dans l'assurance
certaine qu'il a de rajeunir. C'est-là le
bûcher seul digne de servir de sépulture
à ce merveilleux Oiseau. Ni les superbes

@

32 Cantilenae Intellectuales.
Mausolaea superbo Fastu condita caelo, Caris cura, nec ulla Est huic pyramis aequa; Nec regalia busta, Aetas si qua vetusta Jactet, sive moderna.
Non ignobilis urna Tantum funus honestat, Atridas ut adornat. Nam cùm Sole cremandus, Annis mox renovandus, Phoenix sistitur Aris Thebis, urbe, decoris; Tum se concutit ipse Ales, & perit igne. At sic funere mersus Non est, sed novus ortus; Ut fiat sibi mirum Phoenix ipse sepulchrum.
II. TRIAS.
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Chansons Intellectuelles. 33
Mausolées que la piété des vivants
éleva aux cendres des morts, ni les plus
hautes pyramides, ni les plus riches
tombeaux des Rois que l'Univers ait jamais
vantés, ne sont pas comparables a
celui-ci.


Dans ces augustes funérailles on ne voit point paraître d'Urne funèbre, comme
dans celles des Atrides. Car à peine
le Phénix prêt à devenir la proie des
flammes, pour recommencer une autre
vie, s'est-il rendu à Thèbes sur l'Autel
du Soleil, que se dépouillant de lui-
même, il périt dans le feu. Dans cet
état est-il la victime de la mort? Non:
c'est un nouveau Phénix qu'on voit
renaître; en sorte que par un prodige
inouï cet Oiseau est à lui-même son
propre tombeau.

C
@

34 Cantilenae Intellectuales. -----------------------------
pict

I I.
T R I A S
C A N T I L E N A R U M
INTELLECTUALIUM.
A C U T A.
N Unc, Musa, dic amoenis, Res ut jubet, Camoenis, Quàm multiplex sit Igni, Quo dicitur notari, Nomen, typusque rerum Reddens imago verum. Ros Caelicus vocatur, Quo flos agri rigatur, Sophis amore notus, Et dote delicatus. Est Unda falsa Ponti Nostro dicata pisci, Ut incoquatur, indè Et luceat rubore. Est acris hic saporis Liquor, nec haud odoris Foetentis. Est Acetum
@

Chansons Intellectuelles. 35 -----------------------------
pict

I I.
T R I A D E
D E S C H A N S O N S
INTELLECTUELLES.
HAUTE-CONTRE.
M Use, apprenez-nous maintenant par des Vers dignes du sujet,
combien de différents noms on donne
au Feu, & sous combien de figures
& d'allégories on a caché le véritable.


On l'appelle la Rosée Céleste, qui tombe sur la fleur des champs, bien
connue des Sages dont elle fait les délices,
& dont la possession est si précieuse.
C'est l'Eau salée de la mer, destinée
à cuire notre poisson, & a lui donner
une belle teinture rouge. C'est une
Liqueur d'un goût acre, & d'une odeur
désagréable. C'est le Vinaigre, qui ronge

Cij
@

36 Cantilenae Intellectuales.
Quod omne rodit aurum. Hic Ignis est equinum Ut humidum fimetum, Quo nostra res putrescit, Et in chaos liquescit. Perennis Unda vitae Haec denotatur esse: Hoc Menstruum vocatur, Quo foetus ampliatur, Matrice sub tenellâ Dum crescit omne sperma. Nam dum maris citatur Semen, quod irrigatur A foeminae madore, Et pascitur cruore, Natura format indè, Foetumque reddit ore Parentibus figurâ Non imparem decorâ. Hic Ignis est sacratus A Sole mutuatus, Quem protulit Prometheus, Grajisque monstrat Orpheus, Dum Bacchici triumphi Vult festa celebrari. Hunc lampades levatae Cursu notant citatae. Communis Ara Vestae Huic & fuit Minervae.
@

Chansons Intellectuelles. 37
quelque or que ce soit. C'est un Feu
semblable à la chaleur humide du fumier
de cheval, dans lequel notre matière
se putréfie, & se résout en son cahos.


On le nomme l'Eau de vie qui ne tarit jamais: le Menstrue qui donne l'accroissement
au foetus, tandis que le sperme
se nourrit dans la matrice. Car lorsque
le mâle jette sa semence, qui est
arrosée de l'humidité de la femelle, &
qui se nourrit de son sang, la Nature
en forme & en produit un enfant, qui
du côté des perfections ressemble merveilleusement
à ceux auxquels il doit la
vie.


C'est-là le Feu sacré, que Prométhée apporta sur la terre, après l'avoir pris
au char du Soleil, & qu'Orphée enseigna
aux Grecs, en établissant parmi eux les
Fêtes de Bacchus. C'est ce Feu figuré par
les torches ardentes, que les Bacchantes
portaient dans leurs courses. C'est ce Feu
sacré qui brûlait nuit & jour sur les Autels
de Vesta & de Minerve.

C iij
@

38 Cantilenae Intellectuales. -----------------------------
I I.
M E D I A.
N Emo non novit genus Unde Phoenix est satus: Nam pererrat singula Orbis hujus climata; Nec locus terris datur, Quo coràm non cernitur: Non abest à montibus, Nec profundis vallibus.
Hic Lapillus notiot In lapillis dicitur, Quem Sophorum plurimi Mentis intellectui Obserunt Cerdonibus, Sed tegentes hostibus.
Vultur in cacumine Montis hic est arbore Qui struit nidum; volans Pullus undè decidens Corvus est, qui noctibus Clamar altùm & lucibus: Da mihi jus debitum, Et tibi reddam tuum.
@

Chansons Intellectuelles. 39 -----------------------------
I I.
T A I L L E.
P Ersonne n'ignore l'origine du Phénix: il parcourt toutes les régions
de l'Univers; & il n'y a aucun lieu sur la
terre qui ne jouisse de sa présence: il se
trouve sur les plus hautes montagnes, &
dans les vallées les plus profondes.


De toutes les pierres, c'est la Pierre la plus connue, que la plupart des Sages
donnent assez à entendre aux Enfants de
l'Art, & qu'ils cachent à ceux qui cherchent
à le déprimer.


C'est un Vautour, qui sur la cime d'une montagne fait son nid sur un arbre,
d'où le petit emplumé qui en sort,
est un Corbeau, qui jour & nuit crie à
haute voix: Donnez-moi ce qui m'est
dû, & je vous rendrai ce qui vous appartient.
C iiij
@

40 Cantilenae Intellectuales.
Hic mari Rex mergitur, Indè qui se nititur Ex profundo tollere, Inque Regnum ducere.
Cygnus hic est candidus; Pavo plumis aureus; Pellicanus, sanguine Qui suos de funere Evocat pullos; Leo Est duplex, qui se suo Sustinet nisu, solum Mox cadens in terreum.
Anguis hic caduceum Cingit Hermetis gravem, Quo facit miracula Nuntius Deûm sua: Namque somno subjicit, Eximens & quos velit; Mortuis vitamque dat, Et neci vivos dicat.
@

Chansons Intellectuelles. 41
C'est un Roi englouti dans une mer profonde, qui tâche de remonter au dessus
des flots, & de rentrer dans son
Royaume.


C'est le Cygne blanc; le Paon aux plumes dorées; le Pélican, qui au prix
de son sang rachète ses petits de la mort;
le double Lion, qui se soutenant d'abord
par ses propres forces, tombe par terre
bientôt après.


C'est le Serpent entrelacé autour du caducée de Mercure, dont se sert ce
Messager des Dieux pour enfanter des
miracles, donnant ou ôtant le sommeil
à qui il lui plaît, rendant la vie aux
morts, & portant la mort dans le sein
des vivants.

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42 Cantilenae Intellectuales. -----------------------------
I I.
G R A V I S.
N On aptus locus omnis Est rebus generandis Sic nec quaelibet urna Regum contegit ossa.
Quamvis unica crasis, Tellus mater & Iris, Cujus portio nostram Et post fata Volucrem Qualiscunque capescit, Ut mox surgere possit: At virtus latet intùs Vitae restituens jure. Ceu fermenta farinam In quamcumque figuram Panis cocta reducunt, Nobis aptaque reddunt, Ut per singula membra Succedant alimenta: Sic vis regia terrae Est, quae vivificat re Quae sunt morti sepulta, Et sub flumine mersa.
@

Chansons Intellectuelles. 43 -----------------------------
I I.
B A S S E-T A I L L E.
T Out lieu n'est pas propre à la génération des choses; & on n'emploie
pas indifféremment toutes sortes d'urnes
à renfermer les cendres des Rois.


Il n'y a aussi qu'un assemblage unique de la Terre & de l'Iris, dont une petite
portion sert à contenir les cendres de
notre Oiseau jusqu'à sa résurrection future;
mais dans le sein de cette terre est
cachée une vertu secrète, qui lui rend
la vie. Car comme par la cuisson le levain
forme de la farine du pain de toute
espèce, & la rend propre à porter l'aliment
dans toutes les parties du corps:
de même la vertu toute-puissante de cette
terre vivifie en effet ce qui est mort, &
enseveli sous les flots.

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44 Cantilenae Intellectuales.
Est & Lac muliebre, Ex ipsoque cruore Venis corporis actum, Mammis bisque recoctum, Quo, si quando sit ortus, Pascatur benè foetus.
Non arcana recludam Quae sunt; his tamen addam, Vas Hermetis amari Hâc tellure parari: Nam contemnere flammas, Ac dediscere rimas, Hoc unum valet; indè Omni poscitur arte.
Haec est Regia cera Firmans nostra sigilla, Paucis multa retexam: Haec res unica formam Dat, praebetque vigorem, Cunctis rebus honorem.
@

Chansons Intellectuelles. 45
On peut encore la comparer au Lait de femme, qui formé du sang qui circule
dans les veines, lorsqu'il s'est recuit
de nouveau dans les mamelles, devient
propre à la nourriture de l'enfant
nouveau-né.


Je ne trahirai point le secret; j'ajouterai cependant, que c'est de cette terre
que veut être formé le vase d'Hermès,
parce qu'elle est à l'épreuve du feu, &
qu'elle ne se fend jamais. C'est ce qui
la fait rechercher avec tant de soin.


C'est-là la cire Royale, qui sert à celer nos secrets: en un mot, c'est cette
unique chose, qui donne à tout ce qui
existe la forme, la vigueur & la beauté.

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46 Cantilenae Intellectuales.
pict

I I I.
T R I A S
C A N T I L E N A R U M
INTELLECTUALIUM.
A C U T A.
Q Uantum boni dat ignis, Referre vix queat quis, In rebus universis, Usu vel hujus Artis. Iners rigor ligaret Et cuncta suffocaret, Si non calor foveret, Viresque sustineret. In Arte nil juvaret Opus, nec ampliaret, Si non adesset Ignis, Qui notus est Magistris.
Nullis nutritur herbis. Nec crescit ille lignis; Nec esse bestialis, Sed penè mineralis
@

Chansons Intellectuelles. 47
pict

I I I.
T R I A D E
D E S C H A N S O N S
INTELLECTUELLES.
HAUTE-CONTRE.
I L serait difficile d'exprimer tous les avantages qu'on retire du Feu dans l'Univers, comme dans les diverses opérations
de notre Art. Un froid mortel retiendrait
toutes choses dans l'inaction, si
la chaleur ne venait au secours, pour
les animer & leur donner des forces. En
vain se donnerait-on beaucoup de mouvement
dans notre Art; on n'y gagnerait
rien, si l'on n'était aidé du feu qui
est connu des Adeptes.


Ce Feu ne s'entretient ni à force d'herbes, ni à force de bois; sa nature n'est
point animale, mais presque minérale.

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48 Cantilenae Intellectuales.
Est agnitus. Vocatur Ferrum, quod alligatur Magnetino lapillo, Haerens amore firmo. Est sulphurata Taeda, Argenteique viva Liquoris unda, tingens, Et rem colore fingens. Est Spiritus benignus, Qui cuncta format intùs, Subtilitate donans, Et omne corpus ornans.
O mira vis caloris, Quàm magna dona prodis Notâ Sophis in arte, Opus regas ut omne! In Igne namque solo Consistit Artis ordo. Ab hoc procul, prophani, Et non abite sani; Ne flamma vos sacrata Tangat, nequamve lingua Vulgo revelet illam, Quam profit esse tectam.
MEDIA.
@

Chansons Intellectuelles. 49
C'est le Fer dont on arme la pierre d'Aimant, à laquelle il s'attache d'un lien indissoluble.
C'est une Torche ensoufrée;
une Eau vive argentine, qui teint & colore
notre oeuvre. C'est Un Esprit bienfaisant,
qui donne la forme intrinsèque à
toutes choses, & qui subtilise tous les
corps.


O vertu admirable de la chaleur, de quel merveilleux secours n'êtes-vous pas
aux Sages, pour la direction de leurs opérations
dans l'Art qui leur est connu! Car
tout le secret de cet Art consiste uniquement
dans le Feu. Loin de ce Feu, profanes:
retirez-vous, vulgaire insensé,
de-peur que cette flamme sacrée ne vous
éclaire, & que votre bouche impure ne
rende publics ses mystères, qu'il est à
propos de tenir cachés.

D
@

50 Cantilenae Intellectuales. -----------------------------
I I I.
M E D I A.
Q Uanta vis Lunariae A ddicatur herbulae, Ex Librorum paginis Cernitur passim satis: Quae rubro sit stipite, Subnigro sed cortice, Flore citrino, bonâ Suavitate praedita. Crescit ad Lunae vices, Et vivescit in dies. Lullius subtilibus Velat hanc contextibus; Et Sophorum plurimi Praedicant tantae rei Abditam vim, posteris Atque commendant suis: Qui locum non suggerunt Quo viget, sed supprimunt.
Haecque Glauce proditur, Mortuis quâ redditur Vita tactu piscibus, Et calor redit novus.
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Chansons Intellectuelles. 51 -----------------------------
I I I.
T A I L L E.
L A plupart des Livres font assez connaître l'excellence & la vertu de la petite
herbe nommée Lunaire. Sa tige est rouge,
son écorce noirâtre, sa fleur de couleur
de citron; & elle exhale une odeur
douce & agréable. Elle croît selon les différentes
phases de la Lune, & embellit
de jour en jour. Raymond - Lulle l'a cachée
sous des Allégories mystérieuses; &
entre les Sages plusieurs ont vanté la
vertu secrète de cette herbe merveilleuse,
& l'ont recommandée à leurs successeurs:
mais aucun d'eux n'a indiqué le
lieu ou elle se trouve, & tous ont gardé
le secret à ce sujet.


C'est, dit-on, l'herbe appelée Glaucé, dont l'attouchement rend la vie aux
poissons qui sont morts, & leur redonne
une chaleur nouvelle.
D ij
@

52 Cantilenae Intellectuales.
Ipsa Moli traditur, Si Poëtis creditur, Quam dedit Laërtio Editus Majâ caelo, Fascinum quo verteret, Et venenum vinceret, Dira strix quod poculo Obtulit Circe suo.
Sol potentialiter Huic inest, realiter Luna, quae metallicis Antecellunt caeteris. Sola subjectum basis Illud est artis gravis. Magnes est ferrum trahens, Et vapor lympham tenens Morbus & piscis sali; Sydus extat & Poli.
@

Chansons Intellectuelles. 53
C'est, si nous en croyons les Poètes, le fameux Moli, dont le fils de Maia fit
présent à Ulysse, pour lui servir de préservatif
contre les enchantements de Circé,
& d'antidote contre le poison que
lui offrit cette cruelle Magicienne.


Le Soleil & la Lune, qui l'emportent sur tous les autres Corps métalliques,
sont renfermés dans cette herbe; le Soleil
en puissance, & la Lune en acte.
Elle est le seul fondement & la base du
grand Art. C'est l'Aimant, qui attire le
fer; c'est une vapeur toute grosse d'eau,
un mal contagieux pour le poisson que
nourrit la mer salée, & un Astre qui
brille dans les Cieux.

D iij
@

54 Cantilenae Intellectuales. -----------------------------
I I I.
G R A V I S.
A Ltis Pergama muris Non vi victa, nec armis; Sed fictae superata Artis fraude Pelasgâ, Postquàm dona Minervae Captarunt sibi gratae. Quisquam novit, Equinâ Quòd sint perdita formâ, Haec dum subdidit hostes, Alvo quos tulit intùs.
Haec sunt moenia Trojae Firmâ turribus arce, In quam nil referemus, Si non arte juvemus. Nam non corpora captant Vim, quam spirituum dant Aurae, sive vapores, Naturaeque calores; Si non illa marito Nubat foemina fixo, Astus hos imitare Graecorum, generare
@

Chansons Intellectuelles. 55 -----------------------------
I I I.
B A S S E-T A I L L E.
C E ne fut point à la force des armes que succomba la superbe Troie: elle devint
la victime de la ruse & de l'artifice
des Grecs, en recevant dans son sein le
présent fatal fait à Minerve qu'elle révérait.
Personne n'ignore, que sa ruine
fut due à ce fameux Cheval de bois, qui
lui cacha les nombreux ennemis, qu'il
renfermait dans ses vastes flancs.


Ce sont-là les murs, les tours & les remparts de Troie, que nous n'escaladerons
jamais, si nous n'usons de ruse &
d'adresse. Car les Corps ne reçoivent
point la vertu que communique le souffle
des esprits, c'est-à-dire, les vapeurs &
le feu de la Nature, si on ne marie
cette femelle avec le mâle fixe. Imitez
donc la ruse qu'employèrent les Grecs,

D iiij
@

56 Cantilenae Intellectuales.
Si quaeras tibi notum Verax arte Lapillum.
Haec sunt poma, citatae Quae curreus Atalantae Ter projecit Ephebus Palmam prendere certus. Solis filius audit Hic, qui vellera promit Phrixi, Martis in horto Debellanda duello.
Haec immota palatî Sunt fundamina nostri, Quae si nescia desint, Nil quid caetera prosint, Hic est nidus inermes Donans veste volucres, Ex quo saepè resurgunt, Implumesque revertunt.
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Chansons Intellectuelles. 57
si vous voulez ne point vous égarer en
cherchant la Pierre qui vous est connue.


Ce sont-là les fameuses pommes, que le jeune Méleagre, sûr de sa victoire,
jeta par trois fois dans sa course sur
le passage de la légère Atalante. Il n'y
a que le fils du Soleil, qui possède cette
précieuse toison de Phrixus, qu'il faut
conquérir les armes à la main dans le
champ de Mars.


Tels sont les fondements inébranlables de notre édifice. Si on les ignore,
le reste ne saurait être d'aucune utilité.
C'est-là le nid, où l'Oiseau se revêt des
plumes qui lui manquaient, & d'où il
ressuscite souvent & renaît sans plumes.

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58 Cantilenae Intellectuales.
pict

I V.
T R I A S
C A N T I L E N A R U M
INTELLECTUALIUM.
A C U T A.
V Irgo decente formâ, Ex stirpe Regis orta, Matura jam, marito Se mancipare pulchro Dum nititur, per oras Mittit procul remotas, Qui nuptiis decorum Quaerant amore sponsum. Hi multa permearunt Dum Regna, navigarunt In Indiam supremam, Quà versus est Iapan. Hîc veste viliore Inventus est, cruore Qui Regio venustus Vir diceretur ortus. Villosa pellis omnes
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Chansons Intellectuelles. 59
pict

I V.
T R I A D E
D E S C H A N S O N S
INTELLECTUELLES.
HAUTE-CONTRE.
U Ne jeune Vierge d'une grande beauté, & issue de sang Royal, étant en
âge d'être mariée, & voulant se donner un
époux qui lui convint, envoya quelques-
uns de ses Sujets dans les pays les plus éloignés
pour lui chercher un mari digne de ses
inclinations. Ceux-ci en parcourant différents
Royaumes, arrivèrent par mer dans
l'Inde supérieure du côté du Japon. Là
sous un habit vil & méprisable ils trouvèrent
un homme qu'on disait issu de sang
Royal. Une peau garnie de longs poils

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60 Cantilenae Intellectuales.
Illi tegebat artus, Phumaeque crebriores Haesere per capillos; Hinc quòlibet movere, Ventoque se ciere Solebat: hunc vocarunt, Et nuptiis dicarunt Tam splendidae Puellae; Quos est secutus ille.
Praefixa lux honori Solennis est, decori Ne quid relinqueretur; Sed omne jus daretur. Thorus jugalis ambos Accepit igne captos; Et Cypriae favore Ligavit ex amore. Tres Pronubi ferebant Taedas, choros trahebant: Plausêre Gratiarum Trigae; novemque cantum Musae dedêre, Phoebo Suavi sonante plectro. O quàm premit benignus Hinc mox utrosque somnus, Ex quo levata virgo Foetum gerebat alvo!
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Chansons Intellectuelles. 61
couvrait tout son corps, & ses cheveux
étaient tout parsemés de plumes; aussi se
remuait-il à tout vent. Ils l'abordèrent;
& l'ayant destiné à devenir l'époux de leur
auguste Princesse, il les suivit.


Pour que rien ne manquât à la cérémonie, & que tout se fit dans les règles, on
choisit un jour solennel pour la célébration
de ces noces. Les deux époux pleins
d'amour l'un pour l'autre entrèrent dans
le lit nuptial, où dans leurs embrassements
amoureux Venus leur prodigua ses
faveurs les plus précieuses.
Trois Paranymphes portaient les torches nuptiales, & conduisaient la noce.
Les trois Grâces applaudirent à cette
union; & les Muses la célébrèrent par
des Vers digues d'Apollon.


Que ce fut un doux sommeil, que celui auquel se livrèrent ensuite les deux
époux! La Pucelle ne se réveilla qu'enceinte
du fruit qu'elle portait dans son
sein.

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62 Cantilenae Intellectuales. -----------------------------
I V.
M E D I A.
O Rbe Lunati ferae Decidisse plurimae Afferuntur Ethnicis, Fortè sed non abs Tropis: Ex iis fertur Leo, Monte saevus arduo, Herculis quem sustulit Robur, & morti dedit. Ille spumâ lucidae Congelatus Cynthiae, Dictus est in inferum Lapsus è Caelo solum.
Fabulae sed veritas Huic subest, haud vanitas: Nam Leonino latet Ore res, quae perplacet Prae bonis mundi Sophis, Est & illis utilis. Artis haud parvae liquet; At quis hunc neci daret? Huic fit Alcidae manus, Clava, necnon impetus,
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Chansons Intellectuelles. 63 -----------------------------
I V.
T A I L L E.
L Es Poètes voulant peut-être cacher leurs mystères sous le voile de l'Allégorie,
ont feint qu'autrefois plusieurs Animaux
féroces tombèrent de la Lune sur
la terre. De ce nombre fut, dit-on, le
Lion furieux de la Forêt de Némée, qui
étant engendré de l'écume congelée de la
brillante Diane, tomba du Ciel dans ces
bas lieux, & fut mis à mort par le vaillant
Hercule.


Sous l'écorce du mensonge cette Fable cache une grande vérité: car dans la gueule
du Lion est cachée une chose, que les
Sages estiment plus que tous les biens du
monde, & qui leur est très-utile. Ce n'est
pas peu de chose que de la trouver:
mais qui sera le vainqueur du Lion?
Pour dompter un monstre dont les griffes
& les dents sont tant à craindre, il ne
faut pas moins que les bras, les forces

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64 Cantilenae Intellectuales.
Quo trucidet belluam Ungue, dente noxiam. In lacunam concavi Est citandus hic thori; Fitque suffitus croco, Et fragrante succino. Indè mollitur fera Omnibus membris, aquâ Praeligatis faucibus; Et perit sub fluctibus.
Hunc Leonem noscere Cura sit. De Sydere Quo cadit, ros caelicus Stillat herbis humidus, Fertque germen semini, Flosculumque stipiti, Unde nostra plantula Crescit, & dat pabula, Quae Leoni grata sunt, Languidisque conserunt.
GRAVIS.
@

Chansons Intellectuelles. 65
& la massue d'Hercule. Qu'on le force
d'entrer dans le réduit humide & concave
du lit qu'on lui a préparé, parfumé
de safran & d'ambre d'une odeur
agréable. Là tous les membres de l'animal
s'amolliront; & suffoqué des eaux
qui l'environnent, il périra sous les flots.


Que lion s'applique à connaître ce Lion. De l'Astre dont il tombe, découle
une rosée céleste qui humecte les herbes,
qui porte le germé dans leur semence,
& couvre leur tige de fleurs.
C'est elle qui donne l'accroissement à notre
petite plante, & qui lui fait produire
une nourriture agréable au Lion, & profitable
à ceux qui manquent de force.

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66 Cantilenae Intellectuales. -----------------------------
I V.
G R A V I S.
T Erris dives & auro Prisco Rex fuit aevo, Qui latissima Regna, Et multiplicis arva Ubertatis habebat, Quae cum pace regebat. Huic non mascula proles, Sed virgo fuit haeres: Quae cùm nupta fuisset, In lucemque dedisset Natum stemmatis alti, Vultûs atque venusti; Huic possessio regnis Uni cessit avitis.
At Rex alter opimas Ipsi reddere terras Promisit, sibi charam Quòd si ducere natam Uxorem velit ultrò, Et se sistere Regno. Paret victus amore, Et sponsam capit ille.
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Chansons Intellectuelles. 67 -----------------------------
I V.
B A S S E-T A I L L E.
I L y eut autrefois un Roi très-riche en terres & en or, qui gouvernait en paix
un grand Royaume, & un pays fertile en
toutes sortes de choses. Ce Roi n'avait
point de fils, mais une fille son unique
héritière, qui ayant été mariée, mit au
monde un Prince d'une grande beauté
lequel succéda à son aïeul,


Cependant un autre Roi offrit de donner à ce Prince de riches terres, s'il voulait
épouser une fille qu'il avait, & qu'il
aimait tendrement, & se rendre dans ses
Etats. Le Prince épris des charmes de la
Princesse accepta la proposition, & le
mariage se fit.
E ij
@

68 Cantilenae Intellectuales.
Post non tempore longo Mater portat avito Ex Regno bona cuncta, Ipsi datque tenenda. Hinc ditissimus ille Reges vicit in orbe.
Vix sermone referri Pondus divitis auri Possit, maxima rerum Cornu copia verum. Non desunt ibi gazae Regales sine fine: Nam quae ceperat arva Dono matris avita, Auro plena redundant, Et sic aurea donant Terrae; flumina rubras, Auri frustula, glebas Volvunt montibus altis, Contorquentque sub undis.
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Chansons Intellectuelles. 69
Peu de temps après la mère du Prince emporta toutes les richesses du Royaume
de son père, & en fit présent à son fils;
ce qui le rendit le Monarque le plus riche
& le plus puissant de l'univers.


A peine pourrait-on exprimer les trésors immenses qu'il possédait en or & en effets
précieux de toute espèce: c'était une vraie
corne d'abondance. Car le Royaume de
son aïeul, dont sa mère l'avait mis en
possession, regorgeait d'or: la terre n'y
produisait que de l'or; & les rivières y
roulaient sous leurs flots un sable doré
des grains d'or, qu'elles détachaient
des Montagnes.
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