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Réfer. : AL1704E
Auteur : Philalethe.
Titre : Principes de Philalethe
S/titre : pour diriger les Opérations dans l'Oeuvre...

Editeur : André Charles Cailleau. Paris. B. d. Ph. C. T-IV.
Date éd. : 1754 .


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P R I N C I P E S DE P H I L A L E T H E,

Pour diriger les Opérations dans l'Oeuvre
hermétique, Traduits de l'Anglais.
1°. Ne vous livrez jamais à l'entreprise du grand Oeuvre sur les règles que des ignorants,
ou les Livres des Sophistes pourraient
vous suggérer, & ne vous écartez point de
ce principe: le but où vous aspirez est l'Or
ou l'Argent, l'Or & l'Argent doivent être
les uniques objets sur lesquels vous avez à
travailler par le moyen de notre fontaine
mercurielle préparée pour les baigner, &
cela demande toute votre application.
2°. Ne vous rendez pas aux propos qu'on pourrait vous tenir, en vous disant que notre
Or n'est pas l'Or vulgaire, mais l'Or
physique: l'Or vulgaire est mort il est vrai,
mais de la façon dont nous le préparons, il
se revivifie de même qu'un grain de blé
mort dans un grenier, se revivifie dans la
terre. Après six semaines, l'Or qui était
mort, devient dans notre Oeuvre, vif, vivant
& spermatique, parce qu'il est mis
dans une terre qui lui est propre, je veux
dire dans notre composé. Nous le pouvons
donc appeler notre Or à juste titre, parce
que nous le joignons avec un agent, qui
certainement lui rendra la vie; comme par
une dénomination contraire, un homme condamné

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au supplice de la mort, est appelé un
homme mort, parce qu'il mourra bientôt,
quoiqu'il soit encore en vie.
3°. Outre l'Or, qui est le corps, & qui tient lieu de mâle dans notre Oeuvre, vous
aurez encore besoin d'un autre sperme, qui
est l'esprit, l'âme ou la femelle: ce sperme
est le Mercure fluide, semblable dans sa
forme à l'Argent-vif commun, mais cependant
plus net & plus pur. Plusieurs au lieu
de Mercure se servent de toutes sortes d'eaux
& de liqueurs, qu'ils appellent Mercure philosophique.
Ne vous laissez pas séduire par
leurs beaux discours, & n'entreprenez pas
ce travail, car il est inutile; on ne saurait
recueillir ce qu'on n'a pas semé; l'on moissonne
le fruit du grain qu'on a semé; ainsi
si vous semez votre corps, qui est l'Or, dans
une terre, ou un Mercure, qui ne soit pas
métallique & homogène aux métaux, au
lieu d'un élixir métallique, vous ne retirerez
de votre opération qu'une chaux inutile &
sans vertu.
4°. Notre Mercure n'est qu'une même chose en substance avec l'Argent-vif vulgaire;
mais il diffère dans sa forme, ayant
une forme céleste & ignée, & une excellente
vertu; qualités qu'il reçoit de notre Art à
sa préparation.
5° Le secret de cette préparation consiste à prendre un minéral qui approche du
genre de l'Or & du Mercure. Il faut l'imprégner
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avec l'Or volatil, qui se trouve
dans les reins de Mars, & c'est avec cela
qu'il faut purifier le Mercure au moins sept
fois. Cela fait, ce Mercure est préparé pour
le Bain du Roi, c'est-à-dire de l'Or.
6°. Depuis sept fois jusqu à dix le Mercure se purifie de plus en plus, & devient
aussi plus actif, étant acué dans chaque préparation
par notre vrai soufre; mais s'il excédait
ce nombre de préparations ou sublimations,
il deviendrait trop igné; & loin de
dissoudre le corps, il se coagulerait lui-même,
& l'Or ne s'y fondrait ni dissoudrait
point.
7°. Ce Mercure ainsi acué ou animé, doit être encore distillé dans une retorte de verre
deux ou trois fois, parce qu'il peut lui être
resté quelques atomes du corps, à l'instant
de la préparation: ensuite il faut le laver
avec du vinaigre & du sel armoniac; alors
il est préparé pour notre Oeuvre, ce qui
doit ici s'entendre métaphoriquement.
8°. Choisissez toujours pour cet Oeuvre un Or pur & sans mélange: s'il n'est pas tel,
lorsque vous l'achetez, purifiez-le vous-même
par les voies ordinaires. Après cette opération
mettez-le en poudre subtile, en le limant
ou autrement, ou réduisez-le en feuilles:
ou si vous voulez, en le calcinant avec
des corrosifs: n'importe de quel moyen vous
vous serviez, pourvu qu'il soit très subtil.
9°. Maintenant venons au mélange; prenez
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une once ou deux de ce corps préparé,
deux ou trois onces au plus de Mercure
animé, comme je viens de vous le dire;
mêlez-les dans un mortier de marbre chauffé,
autant que l'eau bouillante le pourra
faire; broyez & triturez les jusqu'à ce qu'ils
soient incorporés ensemble, puis mettez-y
du vinaigre & du sel jusqu'à la parfaite pureté,
ensuite vous le dulcifierez avec de
l'eau chaude, & le sécherez exactement.
10°. Je puis vous assurer que, quoique ce qui précède soit énigmatique, je vous parle
avec candeur, & que la voie que je vous
enseigne ici est celle-là même dont nous nous
servons; & que tous les anciens Philosophes
se sont servis de ce moyen qui est l'unique.
Notre Sophisme gît seulement dans les
deux sortes de feux employés à notre Ouvrage.
Le feu secret interne est l'instrument de Dieu, & ses qualités sont imperceptibles aux
yeux des hommes. Nous parlerons souvent
de ce feu, quoiqu'il paraisse que nous entendions
la chaleur externe: c'est de-là que
naissent les erreurs où se plongent les faux
Philosophes & les imprudents. Ce feu est notre
feu gradué, car la chaleur externe est
presque linéaire, c'est-à-dire, égale & uniforme
dans tout l'Ouvrage, si ce n'est que dans
l'Oeuvre au blanc elle est une sans aucune
altération, excepté dans les sept premiers
jours, ou nous la tenons plus faible pour

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178 Philalethe,
la sûreté de l'Oeuvre; mais le Philosophe
expérimenté n'a pas besoin de cet avis.
A l'égard de la conduite du feu externe, elle est insensiblement graduée d'heure en
heure, & comme il est journellement réveillé
par la suite de la cuisson, les couleurs
en sont altérées, & le composé mûri. Je
viens de vous dénouer un noeud très difficile
& embarrassé, conservez-en la mémoire, &
gardez-vous de vous laisser surprendre
dorénavant.
11°. Vous devez être pourvu d'un vaisseau, ou matras de verre, sans lequel vous
ne pourriez achever votre Ouvrage: qu'il
soit de figure ovale ou sphérique, & de
contenance convenable à votre composé,
c'est-à-dire qu'il soit de capacité à renfermer
deux fois autant de matière que vous
y en mettrez: nous l'appelons oeuf philosophal;
que le verre en soit épais, fort,
transparent, sans aucun défaut; son col
doit être au plus d'un demi-pied de longueur.
Quand votre matière y sera mise, scellez le
col de cet oeuf hermétiquement, de sorte
qu'il n'y ait aucune ouverture, car le plus
petit évent laisserait évaporer l'esprit le plus
subtil, & perdrait l'Ouvrage.
Pour vous rendre certain de l'exacte sigillation de votre vaisseau, faites l'épreuve suivante,
elle est infaillible. Lorsqu'il sera froid,
appliquez votre bouche à l'endroit du col où
il est scellé, sucez avec force, & s'il y a la

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moindre ouverture vous attirerez l'air qui
est dans le matras, & lorsque vous retirerez
de votre bouche le col du vaisseau, l'air rentrera
par l'évent avec un sifflement, dont
l'oreille entendra le bruit aisément; jamais
cette expérience ne s'est trouvée fausse.
12°. Il vous faut aussi un fourneau, que les Sages appellent athanor, dans lequel
vous puissiez accomplir tout votre Ouvrage.
Dans le premier travail, celui dont vous
avez besoin doit être disposé de façon qu'il
fournisse une chaleur d'un rouge obscur, ou
moindre, à votre volonté, & qu'il puisse se
tenir au moins douze heures dans son plus
haut degré de chaleur avec égalité; si
vous en avez un tel, observez cinq conditions.
La première, que la capacité de votre nid ne soit pas plus ample qu'il ne faut pour
contenir votre bassin, avec environ un pouce
de vide tout autour, afin que le feu qui
vient du soupirail de la Tour puisse circuler
autour du vaisseau.
La seconde est que, votre bassin doit contenir seulement un vaisseau, matras ou oeuf,
avec environ un pouce d'épaisseur de cendre
entre le basin, le fonds & les côtés du
matras; & souvenez-vous toujours des paroles
du Philosophe: un seul vaisseau, une
seule matière, un seul fourneau.
Ce bassin doit être placé de façon, qu'il soit précisément sur l'ouverture du soupirail,

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180 Philalethe,
d'où vient le feu, & qui ne doit avoir qu'une
seule ouverture d'environ deux pouces de
diamètre, par où, en biaisant & montant
se conduira une langue de feu, qui frappera
toujours le haut du vaisseau, environnera le
fonds, & le maintiendra continuellement
dans une chaleur également brillante.
La troisième est que, si votre bassin était trop grand, comme la cavité de votre fourneau
doit être trois ou quatre fois plus spacieuse
que son diamètre, le vaisseau ne pourrait
jamais être échauffé exactement ni continuellement,
comme il est nécessaire qu'il
le soit.
La quatrième est que, si votre tour n'est de six pouces ou environ à l'endroit du feu,
vous n'êtes pas dans la proportion, & ne
viendrez jamais au point juste de chaleur;
& si vous excédez cette mesure, & faites
trop flamber votre feu, il sera trop faible.
Enfin, la cinquième est que, le devant de votre fourneau doit se fermer exactement
par un trou, qui ne doit être que de la grandeur
nécessaire pour introduire le charbon
philosophique, c'est-à-dire d'environ un pouce,
afin qu'il puisse d'en bas répercuter la
chaleur avec plus de force.
13°. Les choses étant ainsi disposées, mettez l'oeuf où est votre matière dans ce fourneau,
& lui donnez la chaleur que demande
la nature, c'est-à-dire faible & non trop violente,
commençant où la nature a quitté.

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Vous ne devez pas ignorer que la Nature a laissé votre matière dans le règne minéral,
& quoique nous tirions nos comparaisons
des végétaux & des animaux, il faut néanmoins
que vous conceviez un rapport convenable
au règne dans lequel est placée la
matière que vous voulez travailler; si par
exemple, je fais comparaison entre la génération
d'un homme & la végétation d'une
plante, ne croyez pas que ma pensée soit
telle que la chaleur, qui est propre pour l'un,
le soit aussi pour l'autre; car nous sommes
certains que dans la terre, où les végétaux
croissent, il y a de la chaleur que les plantes
sentent, & même dès le commencement du
printemps; mais un oeuf ne pourrait pas éclore
à cette chaleur, & un homme, loin d'en recevoir
du sentiment, n'en ressentirait qu'un
froid engourdissement. Certain que votre ouvrage
gît totalement dans le règne minéral,
vous devez connaître la chaleur qui lui est
nécessaire, & distinguer avec précision la
petite ou la violente.
Considérez actuellement que, non-seulement la Nature vous a laissé dans le règne
minéral, mais encore que vous devez travailler
sur l'Or & le Mercure, qui tous deux
sont incombustibles; que le Mercure est tendre,
& qu'il peut rompre les vaisseaux qui le
contiennent, si le feu est trop violent. Qu'il
est incombustible, & que le feu ne peut lui
nuire; mais qu'il faut cependant le retenir

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182 Philalethe,
avec le sperme masculin en un même vaisseau
de verre, ce qui ne pourrait se faire si
le feu était trop vif, & vous seriez par
conséquent dans l'impossibilité d'accomplir
l'Oeuvre.
Ainsi le degré de chaleur, qui pourra tenir du plomb ou de l'étain en fusion, même
un peu plus fort, pas cependant plus que
les vaisseaux ne peuvent la souffrir sans se
rompre, doit être estimé le degré requis, ou
la chaleur tempérée. Vous voyez par là qu'il
est nécessaire de commencer votre degré de
chaleur par celui qui est propre au règne où
la nature vous a laissé.
14°. Tout le progrès de cet Ouvrage, qui est une cohobation de la Lune sur le sol, est
de monter en nuées & de retomber en pluie;
c'est pourquoi je vous conseille de sublimer
en vapeurs continuelles, afin que la Pierre
prenne air & puisse vivre.
15°. Mais pour obtenir notre teinture permanente, ce n'est pas encore assez; il faut
que l'eau de notre lac bouille avec les cendres
de l'arbre d'Hermès. Je vous conseille
de la faire bouillir nuit & jour continuellement,
afin que dans les travaux de notre
mer orageuse, la nature céleste puisse monter,
& la nature terrestre descendre. Il est
certain que sans l'exactitude de cette opération,
qui est de bouillir, nous ne pouvons
jamais nommer notre Ouvrage une cuisson,
mais une digestion; parce que quand les esprits

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circulent seulement en silence, & que
le composé, qui est en bas, ne se meut point
par ébullition, cela se nomme proprement
digestion.
16°. Ne précipitez rien dans l'espoir de recueillir avant la maturité de la moisson,
je veux dire de l'Oeuvre; mais au contraire
travaillez avec constance l'espace de cinquante
jours au plus, & vous verrez le bec
du corbeau de bon augure.
Plusieurs, dit le Philosophe, s'imaginent que notre solution est fort aisée, mais ceux
qui l'ont essayée, ou qui en ont fait l'expérience,
savent combien elle est difficultueuse.
Par exemple, si vous semez un grain de
blé, trois jours après vous le trouverez enflé,
mais si vous le retirez de la terre il se séchera
& retournera dans son premier état.
Cependant on l'a mis dans une matrice convenable,
la terre est son propre élément;
mais il a manqué du temps nécessaire pour la
végétation. Les semences les plus dures demandent
un plus long séjour dans la terre
pour y germer, telles sont les noix & les
noyaux des prunes & des fruits; chaque
espèce a sa saison, & c'est une marque certaine
d'une Opération naturelle & fructueuse,
lorsqu'elle attend le temps prescrit pour
son action, sans précipitation prématurée.
Croyez-vous donc que l'Or, qui est le corps le plus solide qui soit au monde, puisse
changer de forme en si peu de temps? Il

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184 Philalethe,
faut demeurer dans l'attente jusques vers
le quarantième jour que le commencement
de la noirceur se fait voir. Quand vous l'apercevrez,
concluez que votre corps est détruit,
c'est-à-dire, qu'il est réduit en une
âme vivante, & votre esprit est mort, c'est-
à-dire, qu'il est coagulé avec le corps; mais
jusqu'à cette noirceur, l'Or & le Mercure
conservent chacun leur forme & leur nature.
17°. Prenez garde que votre feu ne s'éteigne pas même un moment car si une fois
la matière se refroidit, la perte de l'Ouvrage
est certaine.
Il résulte de tout ce que nous venons de dire, que tout notre Ouvrage consiste à faire
bouillir notre composé au premier degré
d'une liquéfiante chaleur, qui se trouve dans
le règne métallique, où la vapeur interne
circule autour de la matière, & dans cette
fumée l'une & l'autre mourront & ressusciteront.
18°. Continuez alors votre feu jusqu'à l'apparition des couleurs, & vous verrez enfin
la blancheur. Lorsqu'elle paraîtra, (ce
qui arrivera vers la fin du cinquième mois)
l'accomplissement de la Pierre blanche s'approche.
Réjouissez-vous donc; car le Roi,
vainqueur de la mort, paraît en Orient environné
de gloire, annoncé par un cercle
citrin, son avant-coureur, ou ambassadeur.
19°. Continuez avec courage votre feu jusqu'à
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jusqu'à ce que les couleurs paraissent de
nouveau, & vous allez voir le beau vermillon
& le pavot champêtre. Glorifiez-en
Dieu, & soyez reconnaissant.
20°. Enfin, quoique votre Pierre soit parfaite, il la faut faire bouillir, ou plutôt
cuire derechef dans la même eau, avec
la même proportion & le même régime;
que votre feu soit seulement un peu plus
faible; & par ce moyen vous l'augmenterez
en quantité & en vertu, selon que vous
le désirerez, ce que vous pouvez à cet effet
réitérer autant de fois que bon vous semblera.
Que Dieu, Père des lumières, Souverain Seigneur, Auteur de toute vie & de tout
bien, vous fasse la grâce de vous montrer
cette régénération de lumière, pour entrer
en la terre de vie, terre promise à ses Fidèles,
& participer un jour à la vie éternelle.
Ainsi soit-il.

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Tome IV. Q
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