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Réfer. : AL1704A
Auteur : Philalethe.
Titre : Philalethe ou l'amateur de la vérité.
S/titre : Traité de l'entrée ouverte, au palais fermé du roi.

Editeur : André Charles Cailleau. Paris. B. d. Ph. C. T-IV.
Date éd. : 1754 .


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B I B L I O T H E Q U E D E S P H I L O S O P H E S.
ALCHIMIQUES,
O U H E R M E T I Q U E S.
TOME QUATRIEME.
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B I B L I O T H E Q U E. D E S P H I L O S O P H E S, ALCHIMIQUES,
O U H E R M E T I Q U E S,
CONTENANT
Plusieurs Ouvrages en ce genre très- curieux & utiles, qui n'ont point encore parus, précédés de ceux de Philalethe, augmentés & corrigés sur l'Original Anglois, & sur le Latin.
T O M E Q U A T R I E M E.
pict
A P A R I S, Chez ANDRE - CHARLES CAILLEAU Libraire, Quay des Augustins, à l'Espérance & à S. André.
M. D C C. L I V. ==========================================
Avec Approbation & Privilége du Roy. ------------------------------------------
Les trois premiers Volumes se vendent chez le même Libraire.

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T A B L E D E S T R A I T E'S
Contenus dans ce quatrième Volume. ------------------------------------------

PREMIERE PARTIE.
I. P Hilalethe, ou l'Amateur de la Vérité Traité de l'entrée ouverte du Palais fermé du Roi, Page 1
II. Explication de ce Traité de Philalethe
par lui-même, 121 III. Expériences de Philalethe sur l'opération
du Mercure philosophique, 138 IV. Explication par Philalethe de la Lettre
de Georges Riplée, à Edouard IV. Roi d'Angleterre, 148 V. Principes de Philalethe, pour la conduite
de l'Oeuvre hermétique, 174 VI. L'Arche ouverte, ou la Cassette du petit
Paysan, 186 VII. Abrégé de l'Oeuvre hermétique, par
Philippe Rouillac Piedmontais Cordelier, 234
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vj TABLE DES TRAITES. ------------------------------------------

SECONDE PARTIE.
VIII. L 'Elucidation, où l'éclaircissement
du Testament de Raymond Lulle par lui-même, 297 IX. Explication très curieuse des Enigmes
& Figures hiéroglyphiques, physiques, qui sont au grand Portail de l'Eglise Cathédrale & Métropolitaine de Notre-Dame de Paris, par Esprit Gobineau de Montluisant, Gentilhomme Chartrain, Amateur & Interprète des vérités hermétiques, avec une instruction préliminaire sur l'antique situation & fondation de cette Eglise, & sur l'état primitif de la Cité, 307 X. Le Psautier d'Hermophile, envoyé à
Philalethe, 394 XI. Traité d'un Philosophe inconnu, sur
l'Oeuvre hermétique, 461 XII. Lettre Philosophique de Philovite à
Héliodore, 511 XIII. Préceptes & Instructions d'Abraham
Arabe, à son fils, 552 XIV. Traité du Ciel terrestre de Vinceslas
Lavinius de Moravie, 560 XV. Dictionnaire abrégé des termes de l'Art
hermétique. 570
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vij
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A P P R O B A T I O N.
J'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier, un Manuscrit
qui a pour titre: Suite de la Bibliothèque des
Philosophes Alchymiques, ou Hermétiques, dans lequel
je n'ai rien trouvé qui puisse en empêcher l'impression.
A Paris, ce 17 Octobre 1753.
CASAMAJOR.
------------------------------------------
P R I V I L E G E D U R O I.

L OUIS, par la Grace de Dieu, Roy de France et de Navarre: A nos amés & féaux Conseillers, les gens tenans nos Cours de Parlement,
Maistre des Requêtes ordinaires de notre Hôtel, Grand
Conseil, Prévôt de Paris, Baillifs, Sénéchaux, leurs Lieutenans
Civils, & autres nos Justiciers qu'il appartiendra;
SALUT. Notre amé CAILLEAU, Libraire à Paris; nous
a fait exposer qu'il désireroit faire imprimer & donner au
Public un Ouvrage qui a pour titre: Bibliothéque des Philosophes
Alchymiques ou Hermétiques, s'il Nous plaisoit
lui accorder nos Lettres de Privilége pour ce nécessaires.
A CES CAUSES, voulant favorablement traiter l'Exposant,
Nous lui avons permis & permettons par ces Présentes
de faire imprimer ledit Ouvrage, autant de fois que
bon lui semblera, & de le vendre, faire vendre & débiter par
tout notre Royaume, pendant le tems de six années consécutives,
à compter du jour de la date des Présentes; Faisons
défenses à tous Imprimeurs, Libraire, & autres personnes, de
quelque qualité & condition qu'elles soient, d'en introduire
d'impression étrangère dans aucun lieu de notre obéissance;
comme aussi d'imprimer ou faire imprimer vendre, faire
vendre, débiter ni contrefaire ledit Ouvrage, ni d'en faire
aucun Extrait, sous quelque prétexte que ce puisse être, sans
la permission expresse & par écrit dudit Exposant, ou de
ceux qui auront droit de lui, à peine de confiscation des
Exemplaires contrefaits, de trois mille livres d'amende contre
chacun des contrevenans, dont un tiers à Nous, un tiers
à l'Hôtel-Dieu de Paris, & l'autre tiers audit Exposant, ou
à celui qui aura droit de lui, & de tous dépens, dommages
& intérêts; à la charge que ces Présentes seront enregistrées
tout au long sur le Registre de la Communauté des imprimeurs:
Libraires de Paris dans trois mois de la date
d'icelles; que l'impression dudit Ouvrage sera faite dans notre

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viij

Royaume, & non ailleurs; en bon papier & beaux caractères,
conformément à la feuille imprimée, attachée pour modéle
sous le contre-scel des Presentes: Que l'impétrant se conformera
en tout aux Reglemens de la Librairie, & notamment
à celui du dix Avril mil sept cent vingt-cinq; Qu'avant
de l'exposer en vente le Manuscrit qui aura servi de
Copie à l'impression dudit Ouvrage, sera remis dans le
même état où l'Approbation y aura été donnée, ès mains
de notre très-cher & féal Chevalier Chancelier de France,
le Sieur de LAMOIGNON, & qu'il en sera ensuite remis deux
Exemplaires dans notre Bibliothéque publique, un dans
celle de notre Château du Louvre, un dans celle de notre-
dit très-cher & féal Chevalier Chancelier de France le
Sieur DE LAMOIGNON, & un dans celle de notre très-cher
& féal Chevalier Garde des Sceaux de France, le Sieur
DE MACHAULT, Commandeur de nos Ordres: le tout à
peine de nullité des Présentes; du contenu desquelles Vous
mandons & enjoignons de faire jouir ledit Exposant & ses
ayans Causes pleinement & paisiblement, sans souffrir qu'il
leur soit fait aucun trouble ou empêchement. Voulons que
la Copie des Présentes qui sera imprimée tout au long au commencement
ou à la fin dudit Ouvrage, soit tenue pour
dûement signifiée, & qu'aux Copies collationnées par l'un
de nos amés & féaux Conseillers-Secrétaires, foi soit ajoutée
comme à l'Original. Commandons au premier notre Huissier
ou Sergent sur ce requis, de faire pour l'exécution d'icelles,
tous Actes requis & nécessaires, sans demander autre permission,
& nonobstant Clameur de Haro, Charte Normande,
ou Lettres à ce contraires: CAR tel est notre plaisir.
DONNE à Versailles, le vingt-neuviéme jour du mois
de Décembre, l'an de Grace mil sept cent cinquante-trois;
& de notre Regne le trente-huitiéme. Par le Roi en son
Conseil.
P E R R I N.
Registé sur le Registre XIII. de la Chambre Royale des Libraires & Imprimeurs de Paris, N°. 271. Fol.
215. conformément aux anciens Réglemens, confirmés
par celui du 28 Février 1723, A Paris, le 11. Janvier
1754.
DIDOT, Syndic.
Philalethe.
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pict

P H I L A L E T H E,
O U
L'AMATEUR DE LA VERITE. TRAITE' DE
L'E N T R E'E O U V E R T E DU PALAIS FERME'

D U R O I. ------------------------------------------
Revu, corrigé & augmenté sur l'Original Anglais,
& sur la Traduction Latine,
Par PH... U R... Amateur de la Sagesse.
==========================================
P R E'F A C E.
pict E suis un Philosophe adepte, qui
ne me nommerai point autrement que Philalethe, nom anonyme, qui signifie Amateur de la Vérité; l'an de la rédemption du Monde,
mil six cent quarante-cinq, ayant à l'âge de
trente-trois ans acquis la connaissance des
secrets de la Médecine, de l'Alchimie, &
Tome IV. A
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2 Philalethe,
de la Physique, j'ai résolu de faire ce petit
Traité, pour rendre aux Enfants de la Science
ce que je leur dois; & pour tendre la main
à ceux qui sont engagés dans le Labyrinthe
de l'erreur [afin de les en retirer.] Désirant
par même moyen faire connaître aux Philosophes
adeptes que je suis leur Egal & leur
Confrère, & donner une lumière à ceux qui
sont égarés par les impostures des Sophistes,
qui les puisse ramener dans le bon chemin,
pourvu qu'ils la veuillent suivre. Car je prévois
qu'il y en aura plusieurs qui seront éclairés
par mon Livre.
Ce ne sont point des Fables, ce sont des Expériences réelles & effectives, que j'ai
vu, & que je sais certainement, comme
tout homme, qui sera Philosophe, le pourra
aisément connaître par cet Ecrit. Et parce
que je ne le fais que pour le bien du Prochain,
je puis dire hardiment, & l'on doit
se contenter de l'aveu que j'en fais, que de
tous ceux qui ont écrit sur ce sujet, il n'y a
personne qui en parle si clairement que moi,
& que j'ai été tenté plusieurs fois d'en abandonner
le dessein, croyant que je ferais
beaucoup mieux de déguiser la vérité sous
le masque de l'envie. Mais Dieu, à qui je
n'ai pu résister, & qui seul connaît les
coeurs, m'y a forcé. C'est ce qui me fait
croire que dans ce dernier âge du Monde, il
y en aura plusieurs qui auront le bonheur de
posséder ce précieux trésor, parce que j'ai

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ou l'Amateur de la Vérité. 3
écrit sincèrement, & que je ne laisse aucun
doute, pour ceux qui commenceront à s'appliquer
à l'étude de cette Science, que je
n'aie parfaitement éclairé.
Je connais même plusieurs personnes qui savent ce Secret aussi bien que moi, & je
ne doute point qu'il n'y ait encore plusieurs
autres Philosophes, dont j'espère d'acquérir
la connaissance de jour à autre, & en peu
de temps, Dieu fasse par sa sainte volonté ce
qu'il lui plaira. Je confesse que je suis indigne
qu'il se serve de moi pour faire ces choses.
Je ne laisse pas en ces mêmes choses
d'adorer sa sainte volonté, à laquelle toutes
les créatures doivent être soumises, puisque
c'est pour lui seul qu'il les a créées, & que
c'est pour lui seul qu'il les conserve, comme
étant leur centre, & le point d'émanation
& de retour de toutes les lignes de l'Univers.

pict

C H A P I T R E P R E M I E R.
De la nécessité du Mercure des Sages, pour
faire l'oeuvre de l'Elixir.
Q Ui voudra jouir de cette Toison d'or, doit savoir que notre Poudre aurifique, que nous appelons autrement notre
Pierre, n'est autre chose que l'Or vulgaire
qui a été porté par la digestion jusqu'au souverain
degré de pureté, & d'une subtile fixité,
& que ce n'est que par la Nature, & par
un industrieux artifice de notre Mercure,
A ij
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4 Philalethe,
qu'il peut être poussé à cette dernière perfection.
Et cet Or, qui étant ainsi essensifié, est
appelé lors notre Or, ou l'Or des Philosophes,
& non plus l'Or du vulgaire, est le
chef-d'oeuvre de la Nature & de l'Art, &
tout ce qu'ils peuvent faire de plus parfait.
Je pourrais sur ce sujet rapporter l'autorité
de tous les Philosophes, mais je n'ai pas besoin
de témoins, puisque je suis Philosophe
moi-même, & que j'en écris plus clairement
que pas un n'a fait avant moi. Le croie, le désapprouve,
& le contredise qui voudra, & qui
pourra, je suis assuré que toute la récompense
qu'il en aura, ce sera une profonde ignorance.
Je sais bien que les esprits raffinés se
forgent mille chimères (sur notre Ouvrage;)
mais celui qui sera bien avisé, trouvera la
vérité dans la voie simple de la Nature.
Il faut donc poser pour un fondement assuré, qu'il n'y a qu'au seul & véritable principe
pour de l'Or vulgaire en faire l'Or des
Philosophes. Mais il faut remarquer que notre
Or, qui est celui que nous demandons
pour notre Ouvrage, est de deux sortes; car
il y en a un qui est un Or mûr & fixe, que
l'on appelle le Laton rouge, qui dans son
intérieur & dans son centre est un pur feu;
il est notre Mercure, Or solaire, soufre &
teinture du Soleil, Or philosophique, & le
germe de l'Or vulgaire. Voilà pourquoi il
conserve son corps dans le feu & lui résiste;
il s'y purifie (& s'y raffine;) de sorte qu'il
n'est point soumis à sa tyrannie ni à la violence,

@

ou l'Amateur de la Vérité. 5
& n'en reçoit aucun dommage. C'est
lui qui fait la fonction de mâle * dans notre
Ouvrage, & c'est pour cela qu'on le conjoint
avec notre Or blanc, qui est plus cru,
& qui est la semence féminine dans laquelle
il jette la sienne. Et enfin, ils se joignent &
s'unissent tous deux ensemble par un lien indissoluble,
& cet Or blanc est l'Or vulgaire,
indigeste, & qui veut être cuit, mûrit, & parfait
par notre Or, son principe & feu de nature.
C'est ainsi que se fait notre hermaphrodite
qui est mâle & femelle. L'Or corporel
est donc mort avant qu'il soit conjoint
à son mâle, avec lequel le soufre coagulant
qui est dans l'Or, est renversé & tourné
du dedans en dehors [& d'interne & de caché
qu'il était, devient externe & apparent.]
Ainsi la hauteur est cachée, & la profondeur
est rendue manifeste. Ainsi le fixe
est fait volatil pour un temps, afin de posséder
après par droit d'héritage un état plus
noble, dans lequel il acquiert une fixation
très puissante.
Il est donc évident que tout le Secret ne consiste que dans le Mercure. Aussi le Philosophe
parlant de lui, a dit: Tout ce que
cherchent les Sages est dans le Mercure. Et
Geber, loué soit, dit-il, le Très-Haut qui a
créé notre Mercure, & qui lui a donné une


* Voyez la Note sur l'Art. XXIX, de l'explication faite par Philalethe, en la deuxième Conclusion de la Lettre de
Georges Riplée à Edouard IV. Roi d'Angleterre.
A iij
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6 Philalethe,
nature qui surmonte tout. Car on peut bien
dire que sans ce Mercure, les Alchimistes
auraient beau se vanter, tout leur ouvrage
ne serait rien.
Il s'ensuit de-là que ce Mercure n'est pas le Mercure vulgaire, mais celui des Philosophes.
Car tout le Mercure du vulgaire est
mâle, c'est-à-dire est corporel, spécifié &
mort: mais le nôtre est spirituel, femelle
vivante & vivifiante, quoique comme androgyne
il fasse fonction de mâle sur l'Or en
son lien conjugal, comme l'âme sur l'esprit.
Remarque donc bien tout ce que je dirai du Mercure, parce que, comme dit le Philosophe,
notre Mercure est le sel des Sages,
sans lequel quiconque travaille ressemble à
un homme qui voudrait tirer d'un arc sans
corde. Et si pourtant il ne se trouve point
en aucun lieu sur la terre. Mais ce Mercure
est un enfant que nous avons formé, non
pas en le créant, mais en le tirant hors des
choses dans lesquelles il est; & cela se fait
par la coopération de la Nature, par un moyen
admirable, & par un industrieux artifice.

pict

C H A P I T R E II.
Des principes qui composent le Mercure des Sages.
L A plupart de ceux qui travaillent en cet Art, n'ont point d'autre intention que de purger le Mercure de diverses manières.

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ou l'Amateur de la Vérité. 7
Car il y en a qui le subliment par le moyen
des sels qu'ils lui ajoutent; d'autres [le nettoient]
de ses fèces & impuretés. Les autres
le vivifient par lui-même, & ils s'imaginent
après avoir réitéré leurs opérations,
que moyennant cela le Mercure des Philosophes
est fait. Et tous ceux-là se trompent,
parce qu'ils ne travaillent pas dans la Nature,
qui seule s'amende dans sa nature.
Qu'ils sachent donc que notre Eau est composée de plusieurs choses, ce qui n'empêche
pourtant pas qu'elle ne soit qu'une
seule & unique chose, faite de diverses substances
incorporées & unies ensemble, qui
sont toutes d'une même essence. Car il faut
que dans la façon de notre Eau il y ait premièrement
un feu, qui est le feu de toutes
choses, & notre dragon igné. Secondement
que le suc ou la liqueur de la saturnie végétale
y soit; & en troisième lieu le lien
du Mercure.
Le feu qui s'y trouve, c'est le feu minéral du soufre, qui n'est pourtant pas proprement
minéral, tant s'en faut qu'il soit métallique.
Mais c'est une chose qui tient le
milieu entre la mine & le métal, qui n'est ni
l'une ni l'autre, & qui participe de tous les
deux. C'est un Cahos ou un Esprit, parce
que notre Dragon igné, quoiqu'il surmonte
tout, est néanmoins pénétré par l'odeur de
la saturnie végétale; par l'union qui se fait
de son sang avec le suc de la saturnie, il se
A iv
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8 Philalethe,
forme un Corps admirable, qui n'est pourtant
pas corps, parce qu'il est tout volatil,
& n'est pas aussi esprit, parce qu'il ressemble
à du métal fondu dans le feu. Il est donc
effectivement un Cahos, qui est à l'égard de
tous les métaux comme leur mère; car je
sais extraire & tirer toutes choses de lui, &
même je sais transmuer par lui le Soleil &
la Lune sans l'Elixir; & qui l'a vu comme
moi, en peut rendre témoignage.
On appelle ce Cahos notre Arsenic, notre Air, notre Lune: notre Aimant, notre Acier;
toutefois sous diverses considérations, parce
que notre Matière passe par divers états [&
souffre divers changements] auparavant que
le Diadème Royal soit tiré du Menstrue de
notre Prostituée.
Apprends donc à connaître quels sont les Compagnons de Cadmus, quel est le Serpent
qui les dévora; ce que c'est que le chêne
creux, * contre lequel Cadmus perça le Serpent
d'outre en outre. Apprends à connaître
quelles sont les Colombes de Diane, qui
vainquent le Lion en le flattant: Je veux
dire le Lion vert, qui est en effet le Dragon
Babylonien, qui tue tout avec son venin.
Enfin, apprends à savoir ce que c'est
que le Caducée de Mercure, avec lequel il
fait des merveilles: Et ce que c'est que ces
Nymphes, qu'il infecte par ses enchantements,
si tu veux jouir de ce que tu souhaites.


* Expression de Flamel, pour signifier les Cendres,
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ou l'Amateur de la Vérité. 9
pict

C H A P I T R E III. De l'Acier des Sages.
L Es Sages ont laissé à la postérité beaucoup de choses qu'ils ont dit de leur Acier, & ils ne lui ont pas pu attribuer de
vertu. De là vient cette grande dispute qui
est entre les Alchimistes vulgaires, pour
savoir ce qu'il faut entendre par ce nom
d'Acier: plusieurs l'ont expliqué diversement.
L'Auteur de la nouvelle Lumière
Chimique [qui est connu sous le nom de
Cosmopolite] en parle ingénument, mais
avec obscurité. Pour moi, qui ne veux rien
celer par envie à ceux qui s'appliquent à cette
Science, je le décrirai sincèrement.
Notre Acier est la véritable clef de notre Oeuvre, sans lequel le feu de la Lampe ne
peut être allumé, par quelqu'artifice que ce
soit; car il n'y a point d'autre genre ou espèce
de feu externe pour l'oeuvre purement
physique. Notre Acier est la Mine de l'Or,
l'Esprit très pur au-delà de toutes choses.
C'est le feu infernal, secret, extrêmement
volatil en son genre; le Miracle du Monde,
le Système (ou la composition, l'assemblage
& la concordance) des vertus supérieures
dans les inférieures. C'est pourquoi le Tout-
Puissant l'a marqué d'un signe remarquable,
la naissance duquel est annoncée par l'Orient
philosophique dans l'horizon de sa

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10 Philalethe,
sphère microcosmique. Les Sages l'ont vu
dans leur terre de vie & de sapience, laquelle
est l'orient de tout être animé, & ils en ont
été étonnés; ils ont reconnu tout aussitôt
qu'un Roi sérénissime était né dans le monde.
Toi, quand tu verras son étoile, suis-la jusqu'à son berceau. Là, tu verras un bel
Enfant, fais en sorte qu'il soit dégagé des
ordures & des fèces, & rends honneur à
cet Enfant Royal, ouvre le trésor, présente
lui de l'Or. Ainsi enfin après sa mort
il te donnera sa Chair & son sang, qui est
la souveraine Médecine dans les trois Monarchies
de la terre; (c'est-à-dire dans les trois
Règnes, minéral, végétal, & animal.

pict

C H A P I T R E IV. De l'Aimant des Sages.
C Omme l'Acier est attiré vers l'Aimant, & que de lui-même l'Aimant se tourne vers l'Acier, de même aussi l'Aimant des
Sages attire [à soi] leur Acier. Ainsi, comme
j'ai dit que l'Acier [des Sages] était la
mine de l'Or, de même aussi notre Aimant
est la véritable mine de notre Acier.
Mais outre cela, je dis que notre Aimant a un centre caché, qui est abondant en Sel,
que ce Sel est le Menstrue dans la Sphère de
la Lune, & qu'il peut calciner l'Or. Ce centre,
par une inclination, qui lui vient de l'Archée,
se tourne vers le Pôle, où la vertu de

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ou l'Amateur de la Vérité. 11
l'Acier est élevée en degrés. Dans le Pôle est
le coeur de Mercure, qui est un véritable feu,
où est le repos de son Seigneur. Celui qui ira
sur cette grande Mer, doit aborder à l'une &
l'autre Inde [Orientale & Occidentale,] &
gouverner sa course par l'aspect de l'Etoile
du Nord, que notre Aimant fera apparoir.
Le Sage s'en réjouira, & cependant le fol n'en fera point d'état, & il n'apprendra
point la sagesse, encore qu'il voie le Pôle central
tourné du dedans en dehors, qui sera
marqué du signe remarquable du Tout-puissant.
Ils ont la tête si dure, que quelques signes
& quelques miracles qu'ils puissent voir, ils
n'abandonneront point leurs Sophistications,
& n'entreront point dans le droit chemin.

pict

C H A P I T R E V. Le Cahos des Sages.
Q Ue le Fils des Philosophes écoute ici tous les Sages, qui d'un commun consentement concluent que cet Ouvrage doit être
comparé à la création de l'Univers: Au commencement
donc, Dieu créa le Ciel & la Terre,
& il n'y avait rien sur la Terre, qui était
nue. Et l'Esprit de Dieu était porté sur la
face des Eaux. Et Dieu dit que la Lumière
soit, & la Lumière fut.
Ces paroles suffiront au Fils de la Science, car il faut que le Ciel soit conjoint avec la
Terre sur le lit d'amitié, par ce moyen il

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12 Philalethe,
régnera avec honneur pendant toute sa vie.
La Terre est un corps pesant qui est la matrice
des Minéraux, parce qu'elle les garde
dans son sein, quoiqu'elle fasse voir les arbres
& les animaux (qu'elle produit, sur sa
surface.) Le Ciel est le lieu où les grands Luminaires
font leurs révolutions avec les astres,
& il influe ses vertus dans les choses
inférieures au travers de l'air: mais au commencement
toutes choses étant en confusion,
firent le cahos.
Je proteste que je viens de découvrir sincèrement, ou saintement la vérité. Car notre
cahos est comme une terre minérale à cause
de sa coagulation, & est pourtant un air volatil,
au-dedans duquel est le Ciel des Philosophes
dans son centre. Et ce centre est véritablement
astral, qui illumine la terre par
sa splendeur jusques sur sa surface. Et qui
sera l'homme assez prudent, qui infère de
ce que je viens de dire, qu'il est né un nouveau
Roi, qui a une domination absolue sur
toutes choses, qui rachètera ses Frères, les
Métaux imparfaits, de l'impureté originelle:
Roi, qui doit nécessairement mourir, & être
exalté, afin qu'il donne sa Chair & son sang
pour être la vie du monde?
O Dieu de bonté, que ces Ouvrages que vous avez fait sont admirables! Vous
avez fait ces choses, car elles paraissent
un miracle à nos yeux. Je vous rends grâces,
O Père, Seigneur du Ciel & de la

@

ou l'Amateur de la Vérité. 13
Terre, de ce que vous avez caché ces choses
aux Sages & aux Prudents du siècle, & que
vous les avez révélés aux Petits, humbles de
coeur, vos véritables Sages.

pict

C H A P I T R E VI. L'Air des Sages.
L E Ciel étendu, ou le Firmament est appelé air dans l'Ecriture Sainte. Notre Cahos est aussi appelé Air, & en cela il y
a un grand secret. Car de même que l'Air firmamental
est ce qui sépare les eaux, aussi
fait notre Air, & par conséquent notre oeuvre
est effectivement le système du grand
monde.
Car comme nous, qui vivons sur la terre, voyons les eaux qui sont au-dessous du
Firmament, & comme elles nous apparaissent;
mais que celles qui sont au-dessus sont
hors de notre vue, parce qu'elles sont trop
éloignées de nous: Aussi dans notre Microcosme
[ou petit monde] il y a des eaux minérales
excentrales [c'est-à-dire hors de leur
centre] qui paraissent; mais celles qui sont
enfermées au-dedans, nous ne les voyons
point, quoiqu'il y en ait effectivement.
Ce sont ces eaux dont l'Auteur de la nouvelle Lumière dit qu'il y en a, mais qu'elles
n'apparaissent pas jusqu'à ce qu'il plaise à
l'Artiste. Tout ainsi donc que l'air fait une
séparation entre les eaux, de même notre

@

14 Philalethe,
Air empêche que les eaux qui sont hors du
centre ne puissent en aucune manière entrer
avec celles qui sont dans le centre; car si
elles y entraient, & qu'elles vinssent à se
mêler ensemble, elles le joindraient tout
aussitôt d'une union indissoluble.
Je dirai donc que le soufre externe, vaporeux, comburant, est opiniâtrement attaché
à notre cahos, à la tyrannie duquel ne pouvant
résister, il s'envole tout pur du feu, en
façon d'une poudre sèche. Que si tu sais
arroser cette terre aride & sèche de l'eau de
son genre par une humectation naturelle,
tu élargiras les pores de la terre, & ce Larron
extérieur sera jeté dehors avec les Ouvriers
de méchanceté; l'eau, par l'addition
du véritable soufre, sera nettoyée de l'ordure
de la lèpre, & de l'humeur superflue
qui la rend hydropique, & tu auras en ta
puissance la Fontaine du Comte Trévisan,
les eaux de laquelle sont proprement dédiées
à la Vierge Diane.
Ce Larron est un méchant qui est armé d'une malignité arsénicale, que Mercure, ce
jeune homme qui a des ailes a en horreur,
& fuit. Et quoique l'eau centrale soit l'épouse
de ce jeune homme, il n'ose pas toutefois
faire paraître le très ardent amour
qu'il a pour elle, à cause des embûches que
lui dresse ce Larron, qui a des ruses presque
inévitables.
Tu as besoin ici que Diane te soit favorable,
@

ou l'Amateur de la Vérité. 15
elle qui sait dompter les bêtes sauvages,
qui a deux colombes qui tempéreront
avec leurs ailes la malignité de l'air, & ces
deux colombes volant sans ailes, se trouvent
dans les forêts de la Nymphe Vénus. Sache
que ce jeune homme entre aisément par les
pores, il ébranle d'abord les cataractes & les
réservoirs qui sont dans l'air, il ouvre ces
eaux qui n'ont point été surprises par les
mauvaises odeurs, & il forme une nuée déplaisante.
Alors fais venir les eaux par-dessus,
jusqu'à ce que la blancheur de la Lune
apparaisse. Et par ce moyen les ténèbres qui
étaient sur la face de l'abîme seront chassées
par l'Esprit qui se meut dans les eaux.
Ainsi, par le commandement de Dieu, la Lumière apparaîtra. Sépare par sept fois la
lumière d'avec les ténèbres, & notre création
philosophique du Mercure sera accomplie.
Et le septième jour sera pour toi un
Sabbat & jour de repos. De sorte que depuis
ce temps-là, jusqu'à ce qu'une année
après soit parachevée & révolue, tu pourras
attendre la génération du fils surnaturel
du Soleil, qui viendra dans le monde vers
la fin des siècles, c'est-à-dire des époques &
iliades philosophiques, pour délivrer ses
Frères de toute leur impureté originelle, &
les régénérer avec vertu prolifique.

pict
@

16 Philalethe,
pict

C H A P I T R E VII.
De la première Opération de la préparation
du Mercure philosophique, par les Aigles volantes.
S Ois instruit, mon Frère, que l'exacte préparation des Aigles des Philosophes, est estimée le premier degré de perfection;
& que pour le connaître, il faut être habile
& avoir bon esprit. Car ne t'imagine point
que pas un de nous soit parvenu à cette
Science par hasard, ou par une imagination
fortuite, comme le vulgaire ignorant le croit
fortement. Nous avons beaucoup & longtemps
sué & travaillé, nous avons passé plusieurs
nuits sans dormir, & nous avons bien
pris de la peine pour découvrir la vérité.
Toi donc, studieux commençant, qui désire
parvenir à cette Science, sois fortement persuadé
que si tu ne travailles beaucoup, & si
tu ne te donnes de la peine, tu ne feras jamais
rien. J'entends dans la première opération
qui est épineuse; car dans la seconde,
c'est la Nature toute seule qui fait tout l'ouvrage,
sans qu'il soit besoin d'y mettre la
main, si ce n'est pour entretenir seulement
un feu modéré au dehors.
Conçois donc bien, mon frère, ce que veulent dire les Philosophes, quand ils disent
qu'il faut mener leurs Aigles pour dévorer
le Lion, & que moins il y a d'Aigles,
plus
@

ou l'Amateur de la Vérité. 17
plus le combat est rude, & qu'elles demeurent
plus longtemps à le vaincre; mais lorsqu'il
y a ou sept ou neuf Aigles, cette opération
se fait parfaitement bien. Le Mercure
philosophique est par exemple l'Oiseau
d'Hermès, qui est tantôt appelé Oie, tantôt
Faisan, tantôt celui-ci, & tantôt celui-là.
Mais quand les Philosophes parlent de leurs Aigles ils parlent en pluriel, & en
comptent depuis trois jusqu'à dix. Ce n'est
pas qu'ils veuillent dire par là qu'il faille
mettre autant de poids d'eau contre chaque
poids de terre, (comme ils disent qu'il faut
d'Aigles.) Car (par leurs Aigles) ils entendent
parler du poids intérieur, c'est-à-dire
qu'il faut faire rejoindre autant de fois à la
terre l'eau, qu'elle en aura été rendue aiguë [&
rectifiée,] qu'ils disent qu'il faut d'Aigles.
Et cette acuité ou [rectification] se fait par
la sublimation. De sorte que chaque sublimation
du Mercure des Philosophes est prise
pour une aigle, & la septième sublimation
exaltera tellement ton Mercure, qu'il sera
alors un bain très propre pour ton Roi. Afin
donc de t'expliquer bien cette difficulté, [&
que tu n'aies plus aucun doute là-dessus,]
écoute-moi bien attentivement, & ne m'impute
pas ton ignorance.
Il faut prendre de notre Dragon ignée qui cache dans son ventre l'Acier magique, quatre
parties; de notre aimant, neuf parties;
mêle-les ensemble par un feu brûlant en forme
Tome IV. B
@

18 Philalethe,
d'eau minérale, au-dessus de laquelle il
surnagera une écume à mettre à part. Laisse
la coquille & prends le noyau, que tu mettras
séparément; purge-le & le nettoie trois
fois par le feu & le sel; & cela se fera aisément
si Saturne a vu & considéré sa beauté
dans le miroir de Mars.
De-là se fera le Caméléon, ou notre Cahos, dans lequel sont cachés tous les secrets
en puissance & vertu, & non pas actuellement.
C'est là l'enfant hermaphrodite,
qui dès son berceau a été infecté par la morsure
du chien enragé de Corascene, ce qui
fait que l'hydrophobie (c'est-à-dire la crainte
continuelle qu'il a de l'eau) le rend fol &
insensé; jusque-là que quoique l'eau lui soit
plus proche qu'aucune autre chose naturelle,
il en a pourtant horreur & la fuit: quels destins!
il y a toutefois deux Colombes dans la Forêt de Diane qui adoucissent sa rage furieuse,
si l'on sait les y appliquer par l'art
de la Nymphe Vénus; alors de peur qu'il ne retombe
dans l'hydrophobie, (& afin qu'il n'ait
plus aversion de l'eau,) plonge-le & le submerge
dans les eaux, en sorte qu'il y périsse.
Ce chien qui se noircit de plus en plus, &
toujours enragé, ne pouvant souffrir ces
eaux, presque noyé & suffoqué, montrera &
s'élèvera sur la surface des eaux. Chasse-le
en faisant pleuvoir sur lui, & en le battant
fais-le fuir bien loin; ainsi les ténèbres disparaîtront.

@

ou l'Amateur de la Vérité. 19
La Lune étant pleine & resplendissante, donne lors des ailes à l'Aigle, & elle s'envolera,
laissant mortes derrière elle les Colombes
de Diane, lesquelles ne peuvent profiter
de rien, si elles meurent à la première rencontre.
Fais cela sept fois, & lors enfin tu
auras trouvé le repos, n'ayant plus rien à
faire qu'à décuire simplement, ce qui est un
très grand repos, un jeu d'enfants & un ouvrage
de femmes.

pict

C H A P I T R E VIII. Du travail ennuyeux de la première préparation, ou opération.
Q Uelques ignorants, qui sont les Chimistes, ont voulu s'imaginer que tout notre Ouvrage, depuis le commencement
jusqu'à la fin n'est qu'une récréation pleine
de divertissement, & qu'il n'est aucunement
pénible; mais qu'ils se repaissent à la bonne
heure de leur imagination. Il est certain que
dans un ouvrage qu'ils se persuadent être si
aisé, ils ne recueilleront que du vent de leur
vaine imagination & de leur opération fainéante.
Pour nous, nous sommes assurés
qu'après la bénédiction de dieu & une bonne
racine, c'est le travail, l'industrie & le soin
qui font le principal de notre affaire.
Certes, le travail qu'on emploie dans le tracas du ménage, qui doit plutôt passer
pour un jeu & pour un divertissement que
B ij
@

20 Philalethe,
pour une peine, ne nous peut pas donner la
satisfaction que nous souhaitons si passionnément.
Au contraire, il ne faut pas, comme
dit Hermès, prétendre épargner sa peine,
quand on en devrait incommoder sa
santé; car autrement, ce que le Sage a prédit
dans ses Paraboles se trouvera véritable,
c'est à savoir que le désir du paresseux le
tuera. Et il ne faut pas s'étonner si tant de
personnes qui travaillent à l'Alchimie deviennent
pauvres, parce qu'ils n'aiment pas
le travail, & n'épargnent pas toutes sortes
de dépenses inutiles.
Mais nous qui savons ce que c'est que l'oeuvre, & qui l'avons fait, nous avons
trouvé par l'expérience qu'il n'y a point de
travail plus ennuyeux qu'est notre première
préparation. C'est pourquoi Morien exhorte
sérieusement là-dessus le Roi Calid, en lui
disant: Que plusieurs Philosophes s'étaient
plaints de l'ennui que donne ce premier travail.
Et je ne crois pas que l'on doive entendre
ceci métaphoriquement, parce que
je ne regarde pas présentement les choses
comme elles paraissent dans le commencement
de l'oeuvre surnaturel, mais de la manière
& telles que nous les avons premièrement
trouvé.
Le plus rude travail, la peine toute entière Est à parfaitement préparer la matière. Il ajoute: Hercule te fait voir par ses travaux si grands,
@

ou l'Amateur de la Vérité. 21
Combien pénible à faire est ce que tu prétends, Que de rudes travaux, que de peine on endure, A préparer la masse de la matière impure. Dit le Poète Augurel, Liv. II. de la Chrysopée.

C'est ce qui a fait dire au fameux d'Espagne Auteur du secret hermétique, que ce
premier travail est un travail d'Hercule, parce
qu'il y a dans nos Principes beaucoup de
superfluités hétérogénées, (c'est-à-dire de différentes
natures) qui ne peuvent jamais être
rendues assez pures pour servir à notre Ouvrage,
& qu'il faut par conséquent entièrement
évacuer. Ce qu'il est impossible de
pouvoir faire, sans avoir la théorie & la
connaissance de leurs secrets, par laquelle
nous enseignons un moyen par lequel on
peut extraire le Diadème royal du sang menstrual
de notre Prostituée. Et après que l'on
aura connu ce moyen ou milieu, il faut
encore un très grand travail, & si grand,
que le Philosophe a dit que plusieurs avaient
abandonné l'art & l'oeuvre sans l'achever,
à cause des peines épouvantables qu'il y a à
souffrir.
Ce n'est pas que je veuille dire qu'une femme ne puisse être capable de faire ce travail,
pourvu qu'elle en fasse sa tâche principale,
& non pas un jeu ni un divertissement. Mais
quand une fois on a le Mercure tout préparé
par la première opération, très longue,
ennuyeuse & difficile, quoique naturelle,

@

22 Philalethe,
& que Bernard de Trévisan appelle la
Fontaine, alors on a trouvé le repos, qui est
plus à souhaiter qu'aucun travail, comme
dit le Philosophe.

pict

C H A P I T R E IX. De la vertu de notre Mercure sur tous les Métaux.
N Otre Mercure est le Serpent qui dévora les Compagnons de Cadmus, & il ne s'en faut pas étonner, puisqu'il avait
déjà dévoré Cadmus lui-même, qui était
beaucoup plus fort qu'eux. A la fin pourtant
Cadmus percera ce Serpent d'outre en
outre, quand par la vertu de son soufre il
l'aura coagulé.
Sache donc que ce Mercure (c'est-à-dire le nôtre) a la domination & la puissance sur
tous les corps métalliques, & qu'il les résout
dans leur plus proche matière mercurielle,
en séparant leurs soufres. Sache de
plus que le Mercure d'un aigle, ou de deux,
ou au plus de trois, commande à Saturne,
à Jupiter & à Vénus, c'est-à-dire au plomb,
à l'étain & au cuivre. Il commande à la Lune,
c'est-à-dire à l'argent, depuis trois aigles
jusqu'à sept; & enfin quand il a jusqu'à
dix aigles il commande au Soleil, c'est-à-dire
à l'or.
Partant, je déclare que ce Mercure est plus proche du premier être (ou matière) des

@

ou l'Amateur de la Vérité. 23
Métaux que par un autre mercure. C'est
pour cela qu'il pénètre radicalement les corps
métalliques, & qu'il rend manifestes & fait
apparaître en dehors leurs profondeurs cachées.

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C H A P I T R E X. Du Soufre qui est dans le Mercure Philosophique.
I L n'y a rien de si merveilleux que de ce que dans notre Mercure, il y a un soufre non-seulement actuel, [c'est-à-dire qui y est
réellement & effectivement] mais encore
qui est actif (& agissant,) & cependant
qu'avec cela il garde & conserve toutes les
proportions & la forme du mercure. Il faut
donc nécessairement qu'une Forme ait été
mise & introduite dans le mercure par notre
préparation; & cette forme c'est le soufre
métallique; & ce soufre, c'est un feu
qui putréfie & pourrit l'or composé ou disposé
pour s'unir à lui, comme étant l'âme
générale du monde.
Ce feu sulfureux, c'est la semence spirituelle que notre Vierge a contracté & reçu,
ne laissant pas pour cela de demeurer toujours
vierge, parce que la virginité peut
bien souffrir un amour spirituel sans en être
corrompue, comme le dit l'Auteur du Secret
hermétique, & comme l'expérience le
fait voir. Notre mercure est hermaphrodite
à cause de ce soufre, parce qu'il renferme

@

24 Philalethe,
& contient en lui tout à la fois & en même
temps, un principe qui est tout ensemble actif
& passif, & qui est rendu évident & apparent
par le même degré de digestion. Car
étant joint avec l'or il le ramollit, le liquéfie
& le dissout par une chaleur accommodée
& proportionnée à l'exigence du composé.
Par le moyen de cette même chaleur
il se coagule soi-même, & en se coagulant
il donne & produit l'or & l'argent philosophique,
selon le degré de la seconde opération,
& le désir de l'Artiste.
Ce que je vas dire te semblera peut-être incroyable, mais il est pourtant vrai; c'est
à savoir que le mercure qui est homogéné
pur & net, étant par notre artifice engrossé
d'un soufre interne se coagule soi-même,
étant aidé seulement d'une chaleur convenable
externe, & qu'il se coagule à la façon
de fleur ou crème de lait; sur la surface des
eaux ce mercure nage en forme d'une espèce
de terre subtile; mais lorsqu'il est joint
avec l'Or, non-seulement il ne se coagule
pas, mais étant ainsi composé il paraît de
jour en jour plus mol, jusqu'à ce que les
corps étant presque dissous, les esprits aient
commencé à se coaguler dans une couleur
très noire, & une odeur très puante.
Il est donc évident que ce soufre spirituel métallique est effectivement le premier mobile
qui fait mouvoir la roue, & qui fait
tourner l'essieu en rond, mais c'est ce mercure
cure
@

ou l'Amateur de la Vérité. 25
qui est véritablement l'Or volatil, non
pas encore assez cuit ni assez digéré, cependant
assez pur. Aussi par une simple digestion
il se change en Or; il est vrai que quand
l'Artiste en est à l'opération de joindre notre
mercure à l'Or qui est déjà parfait, il ne
se coagule pas tant, mais il dissout l'Or corporel,
& l'ayant dissous il demeure sous une
même forme avec lui, quoiqu'il faille nécessairement
que la mort précède cette parfaite
union, afin qu'après cette mort ils se
puissent tous deux unir, non-seulement dans
une unité simplement parfaite, mais dans
une perfection qui est parfaite plus qu'au
millième degré.

pict

C H A P I T R E XI. Comment on a trouvé le parfait Magistère.

T Ous les Sages qui ont autrefois acquis la connaissance de cet Art sans aucun Livre, ont été poussés par l'inspiration de
Dieu, à le rechercher & à l'acquérir de la
manière que je vais dire. Car je ne saurais
croire que personne l'ait jamais eu immédiatement
par révélation. Si ce n'est peut-
être qu'on veuille dire que Salomon l'ait eu
ainsi, ce que j'aime mieux laisser indécis que
de me mêler de le vouloir décider. Mais
quand il serait vrai qu'il l'aurait eu, peut-
on conclure de-là qu'il ne l'ait pas acquis
par la recherche & par l'étude, puisqu'il ne
Tome IV. C
@

26 Philalethe,
demanda à Dieu seulement que la Sagesse,
qu'il lui donna de telle sorte, qu'il eut tout
ensemble avec elle les richesses & la paix,
puisque la Sagesse les procure aisément. Puisque
donc il étudia & examina soigneusement
la nature des Plantes & des Arbres,
depuis le Cèdre qui est au Liban, jusqu'à
l'Hysope des murailles, qui sera l'homme
de bon sens qui puisse nier qu'il ne se soit
aussi appliqué à la connaissance de la nature
des Minéraux, qui n'est pas moins agréable
que l'autre, & qu'il n'en ait eu l'intelligence.
Mais reprenons notre discours. Nous disons qu'il y a bien de l'apparence que
les premiers qui ont possédé ce Magistère,
comme Hermès, qui n'avaient aucun Livre
d'où ils puissent apprendre, ont premièrement
recherché, non pas à faire la perfection
plus que parfaite, mais seulement à
pousser & élever les métaux imparfaits jusqu'à
la perfection & à la condition royale
de l'Or. Et parce qu'ils s'aperçurent que
tout ce qui est métallique est d'origine mercurielle,
& que le mercure était très semblable
au plus parfait des métaux, qui est
l'Or, en poids & en homogénéité; ils essayèrent
de le pousser par la cuisson jusqu'à la
maturité & à la perfection de l'Or; mais
ils n'en purent venir à bout par quelque
manière & degré de feu qu'ils puissent
faire.

@

ou l'Amateur de la Vérité. 27
Ils s'avisèrent donc que pour faire ce qu'ils prétendaient, outre la chaleur extérieure, il
leur fallait encore à tout le moins un feu
interne. Ils se mirent donc à chercher ce
feu en plusieurs choses. Et premièrement ils
tirèrent des eaux extrêmement chaudes des
moindres minéraux, avec quoi ils rongèrent
le mercure (& le réduisirent en parties imperceptibles.)
Mais quelque artifice qu'ils
pussent y employer, ils ne purent par cette
voie là faire que le mercure changeât ses
propriétés intérieures, parce que toutes les
eaux corrosives ne sont que des agents extérieurs,
& qui agissent seulement par-dehors,
comme fait le feu, quoique différemment;
& que d'ailleurs ces eaux, qu'ils appelaient
menstrues, ne demeuraient pas
avec le corps dissout.
Etant confirmés par cette même raison, ils ont laissé toute sorte de sels, hormis un
seul sel, qui est le premier être de tous les
sels, qui dissout quelque métal que ce soit,
& par même moyen coagule le mercure,
ce qu'il ne fait pourtant que par une voie
violente. Voilà pourquoi cet agent est derechef
séparé des choses qu'il a dissoutes, sans
qu'il y ait aucun déchet en son poids,
& qu'il se perde rien de sa vertu & de
ses forces.
C'est pourquoi les Sages connurent enfin que ce qui empêchait la digestion, & cuisson
du mercure, était qu'il avait des crudités
C ij
@

28 Philalethe,
aqueuses & des fèces terrestres, lesquelles
étant intimement enracinées dans lui, ne pouvaient
en être chassées, qu'en renversant
tout le composé. Ils reconnurent, dis-je,
que si le mercure pouvait être dépouillé &
purifié de ces deux choses, il serait tout aussitôt
fixe, parce qu'il a en soi un soufre qui
a une vertu fermentative, & duquel le plus
petit grain est capable de coaguler tout le
corps du mercure, pourvu qu'on en pût ôter
& séparer les fèces & les crudités. Ils essayèrent
donc de le faire, en le purgeant diversement;
mais ce fut en vain, parce que
pour faire cette opération, il faut tout ensemble
mortifier & revivifier, ou réengendrer,
ce qui ne se peut faire sans un agent.
Enfin, ils connurent que dans les entrailles de la terre le mercure avait été destiné pour
être fait métal, & que pour y parvenir il
conservait un mouvement journalier, autant
de temps que le lieu & les autres choses extérieures
ont demeuré bien disposées, mais
que ces choses ayant été corrompues par accident,
cette production qui n'était pas mûre
tombait d'elle-même, & que c'est pour cela
que (ce mercure) paraît en quelque façon
privé de mouvement & de vie. Or il est impossible
de pouvoir immédiatement retourner
de la privation à l'habitude.
Ainsi ce qui aurait dû être actif & agent dans le mercure est passif; de sorte qu'il faut
introduire en lui une autre vie de même

@

ou l'Amateur de la Vérité. 29
nature, qui, lorsqu'on la lui introduit réveille
& ressuscite la vie du mercure qui est
cachée. Ainsi la vie reçoit la vie, & c'est
alors enfin qu'il est changé entièrement &
jusques dans le profond; & les fèces ou ordures
sont alors d'elles-mêmes jetées hors
du centre, ainsi que nous avons dit bien au
long dans les Chapitres précédents. Cette
vie est dans le seul soufre métallique; les
Sages l'ont cherché dans Vénus & dans les
substances semblables, mais inutilement.
Enfin, ils ont essayé sur l'enfant de Saturne, c'est-à-dire sur la saturnie végétale,
& ils ont reconnu par l'expérience qu'il
était la racine générative & l'épreuve de
l'Or; & parce qu'il a le pouvoir de séparer
les fèces de l'Or mûr, ils croyaient qu'à plus
forte raison il ferait la même chose sur le
mercure, par un raisonnement & par une
conséquence qu'ils tiraient du plus au moins.
Mais l'expérience leur fit connaître que cet
enfant de Saturne avait lui-même des impuretés
qu'il gardait toujours, & ils se souvinrent
du Proverbe commun, qui dit:
Soyez purs vous-mêmes, vous qui voulez purifier
les autres. C'est pourquoi ayant entrepris
de le vouloir purger, ils trouvèrent qu'il
était absolument impossible de le faire, parce
qu'il n'avait en soi aucun soufre métallique,
quoiqu'il eût abondance d'un sel naturel
très pur.
Comme ils remarquèrent que dans le mercure C iij
@

30 Philalethe,
il n'y avait que bien peu de soufre, &
qui était seulement passif, ils n'en trouvèrent
dans cette race de Saturne aucun qui y
fût actuellement, mais seulement en puissance;
c'est pourquoi elle a fait alliance
avec le soufre arsénical brûlant, & étant
folle quand elle est sans lui, elle ne peut
subsister dans une forme coagulée; & cependant
elle est si stupide, qu'elle aime
mieux demeurer avec cet ennemi qui la
tient étroitement en prison, & commettre
un concubinage, que de le quitter & de paraître
sous une forme mercurielle.
Les Mages donc cherchant plus à fond le soufre actif, ils l'ont enfin si bien recherché,
qu'ils l'ont trouvé très profondément caché
dans la maison d'Aries * ils reconnurent que
la même race de Saturne avait alors dans
cette maison reçu ce soufre avec grande
avidité, parce qu'elle est une matière métallique
très pure, fort tendre & très prochaine
du premier être des métaux qui n'a aucun
soufre actuel, mais qui a la puissance de recevoir
le soufre; c'est pourquoi elle l'attire
à soi comme un Aimant, & elle l'engloutit
& le cache dans son ventre. Et le Tout-
puissant, pour embellir & orner parfaitement
cet ouvrage, le marque de son Sceau
royal. Les Mages furent d'abord fort réjouis,


* Le Cosmopolite dit dans le ventre d'Aries, qui commence le dixième jour de l'équinoxe de Mars, c'est-à-dire,
le premier Avril.

@

ou l'Amateur de la Vérité. 31
voyant qu'ils n'avaient pas seulement
trouvé le soufre, mais qu'il était même
tout prêt.
Ayant enfin essayé de purger le mercure par ce soufre, ils n'en eurent pas
l'issue qu'ils espéraient, parce qu'il y avait
encore de la malignité arsénicale mêlée avec
ce soufre, qui avait été engloutie dans la
race de Saturne; & quoiqu'il y eût lors fort
peu de cette malignité à l'égard de la grande
quantité qu'il y en avait quand ce soufre
était dans sa nature minérale, toutes fois
ce peu qui y restait ne laissait pas d'empêcher
que ce soufre ne put avoir ingrès en
aucune manière; c'est pourquoi ils oeuvrèrent
autrement ce soufre mercuriel saturnien,
& ils trouvèrent par l'épreuve qu'ils
en firent, que cette malignité de l'air était
corrigée & tempérée par les colombes de
Diane, & cette expérience les rendit satisfaits.
Alors ils mêlèrent la vie avec la vie,
ils humectèrent la sèche par la liquide, &
ils aiguisèrent la passive par l'active, & par
la vivante ils vivifièrent la morte. Ainsi le
Ciel pour un temps fut couvert de nuées, &
après de longues pluies il redevint clair &
serein.
Lors le Mercure sortit hermaphrodite; ils le mirent donc dans le feu, & ils ne furent
pas longtemps à le coaguler; & dans sa coagulation
ils trouvèrent le Soleil & la Lune
très purs.
C iiij
@

32 Philalethe,
Enfin, rentrant en eux-mêmes, ils s'avisèrent que ce mercure, quoiqu'épuré, n'étant
pas encore coagulé, n'était pas encore
métal, mais cependant assez volatil, jusqu'à
ne laisser dans sa distillation aucunes
fèces ni résidence dans le fonds du vaisseau
ils l'appelèrent pour ce sujet un Soleil indigeste,
& qui n'était pas mûr, & leur Lune
vive.
Ils considérèrent de plus, parce qu'il était le véritable premier être de l'Or, étant encore
volatil, que par conséquent il pourrait
bien être le champ dans lequel l'Or étant
semé, il s'augmenterait & multiplierait en
vertu.
Voilà pourquoi ils mirent l'Or dans ce mercure. Et (ce qui donne d'abord de l'admiration)
dans ce même mercure le fixe
fut fait volatil, le dur fut rendu mol, & le
coagulé fut dissous, au grand étonnement de
la Nature même. C'est pourquoi ils marièrent
ces deux choses ensemble, les enfermèrent
dans un vaisseau de verre, les mirent
sur le feu; & ils gouvernèrent l'ouvrage selon
le besoin & l'exigence de la Nature durant
longtemps. Ainsi celui qui était mort
fut vivifié, & celui qui était vivant mourut.
Le corps se pourrit, & l'esprit ressuscita
glorieux, & l'âme fut exaltée jusqu'à une
quintessence qui fut une médecine souveraine
pour les animaux, les métaux & les végétaux.

@

ou l'Amateur de la Vérité. 33
pict

C H A P I T R E XII. La manière en général de faire le parfait
Magistère.
N Ous devons à jamais rendre grâces à Dieu, de ce qu'il lui a plu nous montrer ces secrets de la Nature, qu'il a caché
aux yeux de plusieurs. C'est ce qui nous oblige
de découvrir gratuitement & fidèlement
à ceux qui sont comme nous amateurs
de cette Science, ce que nous avons reçu
gratuitement de la libéralité de ce grand
Bienfaiteur.
Sache donc que le plus grand secret de notre opération n'est autre chose qu'une cohobation
des natures l'une sur l'autre, jusqu'à
ce que la vertu parfaitement digérée &
cuite soit extraite du digéré par le moyen
du cru.
Pour cet effet, il faut premièrement avoir, préparer & accommoder exactement toutes
les choses qui entrent dans l'oeuvre. Secondement,
il faut bien disposer les choses du
dehors. En troisième lieu, les choses étant
ainsi prêtes & préparées, il faut un bon régime.
Quatrièmement, il faut avant de travailler
avoir la connaissance & savoir les
couleurs qui apparaissent dans l'oeuvre, afin
de ne pas travailler en aveugle. Cinquièmement
& en dernier lieu, il faut de la patience
afin qu'on ne hâte pas l'ouvrage, ou

@

34 Philalethe,
que l'on ne le gouverne & ne le pousse pas
avec précipitation. Nous parlerons de toutes
ces choses par ordre, & l'une après l'autre;
& nous en dirons tout ce qu'un frère en peut
dire à son frère.

pict

C H A P I T R E XIII. De l'usage du Soufre mûr dans l'oeuvre de l'Elixir.
N Ous avons parlé de la nécessité du mercure, & nous en avons découvert beaucoup de secrets, qui avant nous étaient
assez rares & inconnus dans le monde, parce
que presque tous les Livres de Chimie ne
sont pleins que d'énigmes ou d'opérations
sophistiques, ou enfin d'un entassement &
d'une confusion de paroles insipides. * Pour
moi je n'ai pas agi de la sorte, soumettant
en cela une véritable volonté au bon plaisir
de Dieu, qui doit ce me semble ouvrir &
révéler ces trésors en ce dernier âge du
monde.
Ainsi je ne crains plus que cet Art devienne vil & méprisable; je souhaite que cela
n'arrive pas, & il ne se peut faire, parce
que la véritable Sagesse se conserve d'elle-
même, & se maintient dans un honneur
éternel. Mais plus à Dieu que l'Or & l'Argent,


* Il y a dans le Latin Verborum scabiosorum congerie, c'est-à-dire, d'un entassement de paroles galeuses.

@

ou l'Amateur de la Vérité. 35
ces deux grandes idoles, qui ont jusqu'à
présent été adorées de tout le monde,
devinssent aussi méprisables que la boue &
le fumier. Car moi qui sais l'art de les faire,
je ne serais pas tant en peine de me cacher
que je suis. De sorte qu'il semble que la malédiction
de Caïn soit tombée sur moi, (ce
que je ne saurais penser sans verser des larmes
& sans soupirer) & que je sois comme
lui chassé de devant la face du Seigneur,
me voyant privé de l'agréable compagnie de
mes amis, avec qui j'avais autrefois conversé
en toute liberté. Mais à présent il
semble que je sois poursuivi par les Furies,
& je ne puis demeurer longtemps en aucun
lieu en assurance; ce qui m'oblige bien souvent
de faire en gémissant la plainte que
Caïn faisait à Dieu: Voici que quiconque
me trouvera me tuera.
Je n'ose pas même prendre le soin de ma famille, étant vagabond & errant, tantôt
dans un pays, tantôt dans un autre, sans
avoir aucune demeure assurée ni arrêtée. Et
quoique je possède toutes les richesses, je
ne puis néanmoins m'en servir que de bien
peu. En quoi est-ce donc que je suis heureux,
si ce n'est dans la spéculation, dans
laquelle j'avoue que j'ai une très grande satisfaction
d'esprit? Il y en a plusieurs qui
n'ont pas la connaissance de cet art, qui s'imaginent
que s'ils en avaient la possession,
ils feraient bien des choses. Je croyais bien

@

36 Philalethe,
autrefois de même; mais les dangers que
j'ai courus m'ayant rendu plus sage, j'ai
choisi une méthode plus particulière & plus
secrète; car quiconque est une fois échappé
d'un péril où il a couru risque de sa vie, il
en est plus sage par la suite. On dit en commun
proverbe, que les femmes de ceux qui
ne sont pas mariés, & les enfants des pucelles,
sont bien vêtus & bien nourris.
J'ai trouvé le monde dans un état très corrompu & perverti, & je n'ai vu presque
personne, quelqu'apparence qu'il eût d'honnête
homme, & quelque affectionné qu'il
parût pour le bien public, qui n'agît pour
un intérêt sordide & indigne d'un homme
d'honneur. On ne peut rien faire tout seul,
& sans se communiquer, surtout en ce qui
regarde les oeuvres de miséricorde, [& la
compassion pour le prochain.] Et cependant
si l'on le veut faire on se met en danger
de sa vie, comme je l'ai expérimenté
en des Pays étrangers, où ayant donné ma
médecine à des moribonds & à d'autres malades
abandonnés, ou qui avaient des maladies
fâcheuses & fort difficiles, & les
ayant guéris, comme par miracle, on a commencé
à dire que cela s'était fait par l'Elixir
des Philosophes. De sorte que je me suis
trouvé plusieurs fois bien en peine, & j'ai
été contraint de changer d'habits, de me
raser, de prendre la perruque, & ayant
changé de nom de me sauver la nuit pour ne

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ou l'Amateur de la Vérité. 37
pas tomber entre les mains de très méchantes
gens, qui m'en voulaient sur le seul
soupçon qu'ils avaient que je possédais ce
secret, & par l'envie & l'avidité détestable
d'avoir de l'Or.
Je pourrais raconter beaucoup de choses qui me sont arrivées sur ce sujet, qui paraîtraient
incroyables & sembleraient ridicules
à quelques-uns; car il me semble que je
les entends dire: Si je savais ce secret, je
me comporterais bien autrement; mais ils
doivent savoir que les personnes d'esprit
ont bien de la peine à converser avec des
gens stupides. Les spirituels d'autre côté
sont adroits, subtils, pénétrants & clairvoyants
comme des Argus. Il y en a même
de curieux, & d'autres qui suivent les maximes
de Machiavel, qui s'informent très
curieusement de la vie, des moeurs, & des
actions des personnes; & il est bien mal aisé
de se pouvoir cacher à ceux-là, surtout si
l'on a tant soit peu de familiarité avec eux.
Si je parlais à quelqu'un de ceux qui ont cette imagination, que s'ils avaient la Pierre
Philosophale, ils feraient ceci ou cela, &
que je leur dise: Vous connaissez particulièrement
une personne qui la sait faire; tout
aussitôt faisant réflexion là-dessus, il me répondrait:
Cela ne peut être; il se pourrait
bien faire que je verrais une fois un Philosophe
sans le connaître, mais si j'avais conversé
familièrement avec lui, il est impossible

@

38 Philalethe,
que je ne m'en aperçusse. Toi donc qui
as cette opinion de toi-même, penses-tu que
les autres n'aient pas autant d'esprit, & ne
soient pas aussi clairvoyants que toi, pour
te pouvoir découvrir? Car il faut nécessairement
converser avec quelqu'un, autrement
tu passerais pour un Cynique, comme un autre
Diogène.
Tu ne peux pas sans te faire mépriser, avoir familiarité avec des gens de la lie du peuple.
Que si tu fais amitié avec des personnes prudentes,
il faut que tu sois bien avisé, &
que tu prennes bien garde que les autres ne
te puissent reconnaître aussi facilement, que
tu crois pouvoir découvrir un philosophe,
& tirer son Secret de lui, pourvu seulement
que tu eusses sa conversation. Encore aurais-tu
bien de la peine à t'apercevoir qu'il
eût ce soupçon de toi, sans que tu en reçusses
bien de l'incommodité; outre qu'il
suffit pour te faire dresser des embûches,
qu'on ait la moindre conjecture du monde
de ton Secret. Les hommes sont si méchants,
que je sais qu'il y en a eu de pendus
sur ce simple soupçon, qui pourtant ne
savaient rien. Il suffisait que quelques gens
désespérés eussent seulement oui parler de
cette Science, & que ceux qu'ils en soupçonnaient
eussent la réputation de la savoir.
Je serais trop long & trop ennuyeux si je voulais raconter tout ce que j'ai expérimenté,

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ou l'Amateur de la Vérité. 39
vu & ouï dire sur cette affaire, &
plus en ce temps ici, qu'en aucun autre des
siècles passés. Et de vrai ne voit-on pas que
l'Alchimie est un vrai prétexte dont tout le
monde se sert; de sorte que si tu fais la moindre
chose en secret, à peine pourras-tu faire
trois pas, que tu ne sois trahi? La précaution
que tu apporteras à te cacher, fera naître
l'envie aux curieux de t'observer de plus
près, ils feront courir le bruit que tu fais la
fausse monnaie. Enfin que ne diront-ils
point? Que si tu veux agir plus ouvertement,
les choses que tu feras seront surprenantes
& extraordinaires, soit dans la Médecine,
soit dans l'Alchimie; si tu as quelque gros
lingot d'Or ou d'Argent que tu veuilles vendre,
on s'étonnera de voir une si grande
quantité d'Or fin, & d'Argent si pur, &
on sera en peine d'où cela peut venir, d'autant
qu'il ne vient point d'Or si fin d'aucun
endroit; si ce n'est peut-être de la Barbarie,
& de la Guinée, qu'on en apporte de fort
fui, qui est en menus grains comme du sable.
* Et celui que tu auras étant encore
d'un plus haut Carat, & en lingot, cela donnera
un grand sujet de murmurer.
Les Marchands ne sont pas si niais, quoi qu'ils disent comme les enfants qui jouent,
nous avons les yeux fermés, venez nous ne
voyons goutte: si tu es assez facile pour y
aller, d'un seul clin d'oeil ils en découvriront


* On pêche cet Or dans le Fleuve Niger.
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40 Philalethe,
plus qu'il ne faut pour te faire bien du
mal & de la peine. Pour l'Argent fin, il n'en
vient point d'aucun endroit qui le soit tant
que celui que nous faisons par notre Art. On
en apporte de fort bon d'Espagne, qui n'est
pourtant guères meilleur que l'Argent Sterling
d'Angleterre, & si la monnaie en est bien
plus mal faite, & on ne le peut transporter
qu'en cachette, à cause qu'il est défendu par
les Lois du pays. Si tu vas donc vendre une
grande quantité d'Argent fin, tu te découvriras
par-là, & si tu le veux allier, n'étant
pas Orfèvre ni Monnayeur, tu mérites
la mort par les Lois de Hollande & d'Angleterre,
& de presque toutes les Nations,
qui défendent sur peine de la vie à qui que
ce soit, qui n'est pas Maître Orfèvre ou
Monnayeur, de faire aucun alliage à l'Or &
à l'Argent, encore qu'il n'y en ait que le
poids qu'il faut.
J'en puis bien parler avec certitude, parce qu'étant dans un pays étranger, déguisé en
Marchand, & ayant voulu vendre un lingot
d'argent très pur d'environ 1200 marcs,
(parce que je n'avais pas osé y mettre de
l'alliage, à cause que chaque pays à son Titre
particulier pour l'Argent, & son Carat
pour l'Or, que les Orfèvres & les Monnayeurs
connaissent tout aussitôt; de manière que
si vous pensez dire que cet Argent ou cet Or
vint ou d'ici ou de là, le connaissant par la
touche, ils vous arrêteraient); ceux à qui
je
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