Début de l'ouvrage Texte précédent Texte suivant Fin de l'ouvrage Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfeseite Rückkehr. Flag Hjælp side Tilbage. Bandiera Guida Torna.
1 2 3 4

@

Page

Réfer. : SF1700A
Auteur : Piccolpassi Cyprian.
Titre : Les trois livres de l'art du potier.
S/titre : non seulement de la Practique, mais ...

Editeur : Librairie Internationale. Paris.
Date éd. : 1861 .


@


LES TROYS LIBVRES
de
L'A R T  D U  P O T I E R
ESQUELS SE TRAICTE
Non seulement de la Practique, mais briesvement de tous les secretz de ceste chouse
qui iouxte mes huy a estée tousiours tenue célée
DU CAVALIER CYPRIAN PICCOLPASSI. DURANTOYS.
TRANSLATES SUR L'ITALIEN EN LANGUE FRANÇOYSE
Par Maistre CLAUDIUS POPELYN, Parisien
pict

P A R I S L I B R A I R I E I N T E R N A T I O N A L E 24, Rue Hautefeuille, 24 ---------------------- MD CCC LX 1861 @




A V A N T - P R O P O S

---------------------------------------------------------------------------




En publiant la traduction de l'ouvrage de Piccolpasso sur l'art du vasier, ou plutôt sur l'art de la fabrication des majoliques, mon but a été, non-seulement de donner aux amateurs
éclairés un complément indispensable sur ce sujet, mais encore de chercher à éveiller parmi les
artistes, la pensée de faire revivre un art éminemment national.
Sans vouloir nier ou même amoindrir l'appoint considérable que l'Italie apporta aux arts de la civilisation occidentale, puisqu'elle fut la voie par où de tout temps, passa le rayon
venu d'Orient, nous pouvons dire, sans être trop osés, que l'art de l'émail sur terre, par les
liens directs qui le rattachent à celui de l'émail sur métaux, pourrait bien être, dans notre
France, un art à peu près aborigène.
En effet, si la Gaule paraît redevable à l'occupation romaine de la plupart de ces épaves du passé qu'on retrouve en fouillant son sol, nous savons pertinemment que longtemps avant,
sur l'étendue entière de son territoire, existaient des fabriques de poteries. Avant la Révolution,
on en voyait encore à Francheville en Lyonnais, une manufacture, qu'une tradition du pays
prétendait être antérieure à l'invasion romaine. Ces poteries étaient-elles recouvertes d'émail,
ou seulement vernissées? Nous n'oserions l'affirmer, puisqu'aucun monument ne vient nous
en apporter la preuve, et que les plus anciens spécimens de terres simplement vernissées,
que l'on ait pu trouver, appartiennent à l'époque gallo-romaine; cependant, rien non plus ne
nous interdit complètement de croire que l'Orient apporta en Gaule une industrie qui offre
tant d'analogie avec celle, qu'au dire des anciens auteurs, pratiquaient déjà les Gaulois.
a
@

II AVANT - PROPOS ---------------------------------------------------------------------------
Cette analogie entre les émaux sur terre cuite et les émaux sur métal est telle, qu'il en découle naturellement cette observation: ou l'émail sur terre a enfanté l'émail sur métaux, ou c'est le contraire qui a eu lieu. Nous laissons aux antiquaires le soin de résoudre ou de débattre cette question. Ce qui nous importe, c'est de signaler la parenté de ces deux arts. Or, il est presque incontestable que l'art de l'émail sur métal a pris naissance en Gaule. Qu'il y ait été importé de l'extrême Orient, alors inconnu du monde ancien, par une de ces communications dont le fait constaté quelquefois, n'en demeure pas moins un mystère, quant à la manière dont il s'est produit, c'est chose possible, mais que nous ne saurions rechercher. Seulement, nous croyons pouvoir affirmer que l'art des émaux sur cuivre existait dans la Gaule exclusivement, à l'époque où le luxe de l'Empire romain atteignait ses proportions les plus exagérées. M. de Laborde a prouvé victorieusement, dans la remarquable notice qui accompagne sa description cataloguée des émaux, bijoux et objets divers exposés dans les galeries du Louvre, que les anciens, y compris les Egyptiens, ignoraient l'art d'émailler les métaux. Le savant conservateur de notre riche collection nationale, réfute complètement les différentes assertions contraires à son dire. Nous pouvons, pour nous confirmer dans cette certitude, nous appuyer avec lui et avec M. Louis Dussieux, sur une phrase de Philostrate, rhéteur athénien fixe à Rome dès le com- mencement du IIIe siècle de l'ère chrétienne. Cet iconographe nous apprend que des barbares, voisins de l'Océan, avaient le secret d'étendre des couleurs sur l'airain ardent. Qui ne verrait dans ces barbares voisins de l'Océan, les Gaulois de la Séquanaise, de l'Armorique ou de l'Aquitaine ? Les Anglais pourraient aussi cependant y reconnaître leurs ancêtres; nous ne leur en contesterons pas le droit, bien que plus vraisemblablement il nous appartienne d'y voir nos pères. Un passage de Pline suffirait pour nous donner gain de cause. Dans tous les cas, une semblable prétention de nos voisins ne changerait rien à notre principale assertion, puis- que la Bretagne, à cette époque, était peuplée par la même race d'hommes que la Gaule, qu'elle avait avec elle des intérêts, des moeurs, des lois et un idiome communs, et qu'elle faisait partie avec elle de cette admirable nation des Celtes, à qui l'Occident doit le côté héroïque, judicieux et poétique de ses peuples modernes. Ainsi c'est aux Celtes qu'on doit l'émail des métaux, comme aussi bien la charrue à roues, les tonneaux et les vases en bois cerclés, l'emploi de la marne comme engrais, et bien d'autres merveilleuses inventions, qui témoigneraient seules d'une civilisation fort avancée, si les beaux travaux de la critique historique en France ne nous en fournissaient la preuve jusqu'à l'évidence, par leurs révélations sur le druidisme. Malgré la désignation de voisins de l'Océan, que Philostrate donne aux peuples qui émaillaient les métaux, nous inclinons à croire que cet art s'est généralisé en Gaule, si nous considérons combien le génie de ses habitants était apte à imiter tout ce qui leur tombait
@

AVANT - PROPOS. III ---------------------------------------------------------------------------

sous les yeux, comme aussi à s'approprier les industries les plus diverses, qu'ils portaient
à leur dernier degré de perfection.
Quoi qu'il en soit, une tradition vague place les émailleurs à Limoges dès les premiers siècles de l'ère chrétienne. C'est dans cette ville que saint Eloi fut mis par son père en
apprentissage chez Abbon, orfèvre habile, qui tenait un atelier de monnayage pour le fisc.
Les luttes qui signalent l'établissement de la féodalité carlovingienne, portent un coup funeste à l'art des émailleurs dans les VIIIe et IXe siècles. On le voit renaître au Xe, et se
personnifier dans le frère Guillaume. Ducange a prouvé, par des citations irréfutables,
qu'au XIIe siècle déjà, la réputation des émaux de Limoges, était répandue en Angleterre
et en Italie, si bien que l'oeuvre de Limoges, opus de Limogia, limocenum, lemovicense, etc..
désigne désormais les émaux, qu'on fabriquait cependant du nord au midi de la France.
Soyons justes et rendons à chacun ce qui lui appartient. Transporté par les Romains de Gaule en Grèce, cet art s'y implanta, y jeta de profondes racines, et s'y épanouit promptement
en produits d'un cachet tout particulier, dont l'influence se fit sentir dés l'an 1000
à Limoges.
En 979, des marchands vénitiens viennent fonder dans cette ville un commerce d'épiceries et d'étoffes du Levant. Établis près de l'abbaye de Saint-Martin-les-Limoges, ils occupaient une rue
qui porte encore le nom de rue des Vénitiens. Incontestablement, ils apportèrent souvent des
échantillons de l'art byzantin, qui influèrent singulièrement sur les produits de la fabrique
limousine, dont les abbés de Saint-Martin étaient les protecteurs. Des artistes grecs vinrent
même, dit-on, amenés par les Vénitiens, s'établir à Limoges. M. du Sommerard en voit la preuve
dans cette inscription sur un calice émaillé: Magister G. Alpais me fecit Lemovicarum. Alpais
est-il un nom grec? Il n'est pas latin sans doute, cependant M. Louis Dussieux, dans un
Mémoire qui a obtenu une mention honorable à l'Institut, veut que ce nom soit tout français.
On comprend parfaitement que, par les Vénitiens, l'émaillerie de Limoges, enrichie des pratiques byzantines, se soit répandue en Italie, où des artistes, tels que Giovanni Pisani, Pollajuolo
maestro Cione, Andrea di Ardito, Francia, etc., et jusqu'à Benvenuto Cellini, l'appliquèrent
avec un immense succès aux bijoux, ainsi qu'aux objets du culte.
Par ses relations avec la France, rien de plus naturel que de voir l'Italie apporter à notre art national son tribut de splendide rénovation; mais c'est une erreur capitale qui fait venir
d'Italie en France, au XVIe siècle, l'art de l'émaillerie. Très-certainement et incontestablement,
les Léonard, les Pénicaud, les Jehan Limousin, les Courteis dits Courtois, étaient les continuateurs
d'une tradition non interrompue, mais plusieurs fois modifiée, jusqu'à ce que les Landin,
et surtout les Nouailler, vinssent, avec la décadence, emporter le secret d'un si bel art.
Bien qu'on ne puisse pas suivre en France l'histoire de la poterie émaillée avec une telle précision, il nous reste du moyen âge des poteries vernissées du plus beau caractère; c'est un
témoignage irrécusable de l'ancienneté de cette fabrication dans notre pays. On peut la faire

@

IV AVANT - PROPOS. ---------------------------------------------------------------------------
remonter, sans contredit, fort au delà du XIIe siècle, époque où l'on commença à renoncer aux mosaïques pour le carrelage des églises, si l'on veut bien observer surtout, qu'outre l'art d'émailler les métaux, les Gaulois connaissaient parfaitement l'art de fabriquer le verre. En effet, nous voyons que, sous les rois mérovingiens, les verreries françaises étaient déjà célèbres. L'abbé d'un monastère en Angleterre, saint Benoit Bissope, qui mourut en 690, vint en Gaule cher- cher des ouvriers verriers, pour clore en vitres son église, son réfectoire et son cloître. Ces ou- vriers enseignèrent leur art aux Anglais; car, dit l'auteur de la vie de ce saint homme, ces artisans étaient inconnus alors aux Bretons, vitri factores Britannicis eatenus incognitos. Ne pourrait-on pas admettre que les Gaulois, si experts dans des pratiques tellement analogues avec l'émail des poteries, pouvaient connaître cette fabrication? Et si cet art n'est pas né en Gaule et ne s'y est pas développé parallèlement avec celui de l'émail sur métaux, ce n'est certainement pas à l'Italie que la France est redevable de sa naturalisation chez elle. L'Égypte, qui ne possédait pas l'émail sur métal, qu'elle imitait cependant par des encas- trements de mastics colorés dans des cloisons métalliques, imitation sur laquelle bien des personnes se sont méprises, nous a laissé une quantité considérable d'objets de terre émaillée. les Étrusques, les Grecs, n'ignoraient pas cet art, que possédaient également les Hébreux et les Phéniciens. Pourquoi les Gaulois en eussent-ils été privés? Si l'on considère les fréquentes expéditions des Phéniciens dans la Gaule et dans la Bretagne, il n'y a rien d'invraisemblable à ce qu'ils aient enseigné cette pratique aux peuples avec lesquels ils échangeaient leurs produits, contre les métaux précieux, et notamment le cuivre et l'étain, dont le sol gaélique regorgeait alors. Que, par analogie avec l'émail sur terre, grâce à cet esprit inventif que nous leur savons, nos aïeux soient parvenus à fabriquer l'émail sur métaux, c'est une hypothèse à laquelle des personnes plus capables que nous feraient certainement prendre de la consistance, si elles voulaient apporter à sa défense et à son établissement, le secours efficace de leur talent et de leur érudition. Mais si l'origine de cet art en France doit renoncer au bénéfice d'une si haute antiquité, il est encore à qui l'attribuer avant que d'en faire honneur à l'Italie. Les Arabes, par leur caractère nomade, semblent avoir été destinés à servir de véhicule pour communiquer et transporter à l'extrême Occident les lumières de l'extrême Orient. C'est à eux que l'on doit, par voie de transmission, la pratique des émaux cloisonnés, dont les peuples de race sinique paraissent être les premiers inventeurs. Ils sembleraient avoir également apporté de l'Inde et de la Perse l'art de revêtir les parois des maisons, de ces carreaux dont, sous le nom de Zulajas, ils couvrirent les monuments de l'Espagne. Nul doute que leur séjour prolongé dans le midi de la France n'y ait laissé des traces pro- fondes de leurs industries; et si l'Italie, comme on l'a prétendu, est redevable aux fréquentes expéditions des Pisans dans les îles Baléares de l'importation des majoliques, dont le nom
@

AVANT - PROPOS V ---------------------------------------------------------------------------

rappelle, avec un euphémisme propre aux races méridionales, celui de l'île de Majorque, combien
plus vraisemblablement peut-on croire que la France devait également tenir de la même
provenance ses terres émaillées, et par ses fréquents rapports avec les Sarrasins, et par ses
relations avec les princes chrétiens qui journellement reconquéraient le sol envahi des Espagnes.
La ville de Montpellier, au commencement du XIVe siècle, n'avait-elle pas pour seigneur un roi de Majorque, dont les rapports avec Philippe le Bel, touchant la manufacture d'émail
sur or et sur argent établie en cette ville, nous ont été conservés par un document curieux et
unique, cité par dom Vaissette, bénédictin de Saint-Maur, dans son histoire du Languedoc.
En remontant beaucoup plus haut, nous voyons que les anciens poètes du XIIe et du XIIIe siècle, les trouvères de la Loire, comme les troubadours, comics et conteurs de Provence, qui romanisèrent
dès le temps de Hue Capet, mentionnent souvent dans l'exercice de leur gay saber,
les vases de madre, faisant cette distinction du grand et du petit madre. Le grand madre,
qu'ils représentent comme une chose précieuse et rare, était peut-être de la porcelaine du
levant; quant au petit madre, se trouvant constamment parmi les ustensiles des paysans, des
aubergistes et des gens du peuple, c'était probablement de la faïence; à moins que, comme
le nom semble l'indiquer, ce ne fût qu'une poterie tachetée et simplement vernissée. Mais
alors nous aurions peine à nous rendre compte de la haute valeur que nos vieux poètes nationaux
accordent au grand madre.
Il n'est pas, jusqu'au nom vulgaire des poteries émaillées, le mot de faïence, qu'on fait dériver généralement de Faenza, ville de la Romagne, si célèbre par ses fameuses manufactures
de ce produit, dont on ne puisse contester l'origine italienne. Ce nom parait, en effet,
venir du petit bourg de Fayence, situé en Provence, dans le diocèse de Fréjus. Mézerai nous
dit, en racontant les campagnes de Lesdiguières dans le Midi: Fayence plus renommée par
les vaisselles de terre qui s'y font, que par sa grandeur ni son importance..... et cinq ou six
autres lieux fortifiés, lui firent peu de résistance. Or, les vaisselles fabriquées à Fayence,
étaient avantageusement connues avant les établissements de Henri IV. Cette observation de
Le Duchat a été reproduite par Legrand d'Aussy, auteur remarquable par son érudition, qu'on
pille à l'envi, qu'on ne cite presque jamais.
Cependant, tout en constatant que la France tient des Sarrasins l'art de la faïence, nous ne pouvons nier qu'elle n'en doive la renaissance à l'Italie par l'établissement du duc de Gonzague
à Nevers. Ce sont certainement des Italiens qui ont, sinon fondé, du moins régénéré
les centres industriels qui couvraient le midi de la France. Leur influence s'étend également
sur ceux du nord, puisque ceux-ci nous viendraient des Flandres, où nous voyons que vers le
commencement du XVIe siècle, un certain Guido de Savino, vint à Anvers importer son art,
que ses fils y exercèrent après lui, du vivant même de notre Piccolpasso.
Quoi qu'il en soit de l'origine de la faïence, c'est en Italie que les majoliques ont acquis, dès le XVe siècle, une incontestable supériorité. Mais n'oublions pas que si cette contrée est,
b
@

VI AVANT - PROPOS. ---------------------------------------------------------------------------
à l'époque de la renaissance, le pays où cette industrie commence à se développer et à s'élever au rang d'un art de premier ordre, les artistes, attirés en France par le luxe croissant de la cour et des maisons seigneuriales, propagèrent ce goût, et bientôt successivement on vit s'é- lever et fleurir ces fabriques célèbres, où la belle tournure qui distingue l'ornementation des produits, nous dénote assez que des artistes d'un rang élevé ne dédaignèrent pas d'illustrer de modestes faïences, comme d'autres avaient enrichi nos églises et nos palais, de magnifiques verrières et de splendides émaux. Disons-le, rien, si ce n'est l'émaillerie métallique de Limoges, n'atteignit la hauteur où par- vinrent, vers la moitié du XVIe siècle, les faïences peintes en Italie. En effet, parmi les pères de la renaissance artistique, un grand et beau génie, Lucca della Robbia, transporte dans l'art de la terre émaillée, la supériorité de son immense talent de sculpteur et de ses connaissances chimiques, considérables pour l'époque, au point de vue toutefois de sa spécialité. L'illustre Florentin qui trouva ou plutôt perfectionna, dès le com- mencement du XVe siècle, le moyen de recouvrir la sculpture en terre d'un émail opaque inal- térable, en enseigna libéralement la méthode à toute l'Italie. C'est une opinion populaire en Toscane, qu'il mourut sans révéler son secret; mais qu'il se contenta d'en celer la recette dans une de ses oeuvres qu'il ne désigna point. Pensée symbolique qui renferme cet enseignement éter- nel, que le secret des belles manifestations du génie humain est enfermé dans les oeuvres des grands artistes, et que là seulement il faut en chercher la théorie et en poursuivre l'étude. De ces figures émaillées, de ces admirables médaillons encadrés de fruits en ronde bosse, l'art descendit ou plutôt s'étendit dans la vaisselle d'apparat, car les nobles choses élèvent à leur niveau ce qu'elles touchent, et les plats italiens de la belle époque, sont dignes en tout point de marcher de pair avec ce qu'enfanta de plus merveilleux cet incomparable XVIe siècle. Autant la France l'emporte par ses admirables émaux de Limoges, autant l'Italie se montre supérieure dans ses faïences d'Urbin, de Ferrare, de Pesaro, de Castel-Durante, de Gubbio, de Castello, de Faenza, de Foligno, de Pise, de Gênes, de Venise, et même de Castelli, dans le royaume de Naples, bien que la décadence se fasse sentir déjà dans les produits de ce dernier endroit. Un homme, en France, tenta d'arriver à cette perfection des faïences italiennes; on peut dire qu'il y réussit merveilleusement. Qu'est-il besoin de nommer Bernard de Palissy? Ce grand génie, qui pour vivre, peindoit des imaiges, nous a laissé dans des pages qui arra- chent des larmes, le récit de ses luttes et de ses souffrances, couronnées enfin du plus ad- mirable résultat. Mais l'immortel ouvrier de terre, et des rustiques figulines du Roy, fit un secret de ses procédés et l'emporta dans la tombe. La France ne put donc pas suivre l'Italie qu'elle avait égalée pendant un jour, grâce au grand artiste périgourdin. C'est surtout dans les duchés de Ferrare et d'Urbin que la fabrication des majoliques s'est élevée à la hauteur d'un art du dernier prix. Ce magnifique résultat est dû au génie du
@

AVANT - PROPOS. VII ---------------------------------------------------------------------------

peuple italien, comme aussi à l'intelligence de ces petits princes, qui marchaient alors à la
tête de leur siècle. Je veux parler des princes d'Este et de la Rovère.
C'est ainsi, et notre Piccolpasso nous l'apprend, qu'Alphonse d'Este, pour encourager cette belle industrie dans ses États, se fit potier lui-même, établissant des fours jusque
sous les fenêtres de son palais, cherchant sans cesse des perfectionnements, courant la fortune
des beaulx secretz, et découvrant ce fameux blanc du duc de Ferrare, improprement
nommé blanc de Faenza par une injustice de la tradition
C'est ainsi que Guid'ubald II, Feltro della Rovere, seigneur de Pesaro et Senegaglia, de Montefeltro et Castel-Durante, comte et préfet de Rome, quatrième duc d'Urbin, malgré
cela fort petit souverain, mais esprit supérieur, ne négligea rien, non-seulement pour donner
de la vie aux fabriques de majoliques, très nombreuses dans ses États, mais encore pour
les diriger et les maintenir dans une noble voie.
Admirateur passionné de Raphaël, ce lui fut un mortel regret, que son aïeul n'eût pas su retenir auprès de lui ce sublime artiste. Il réunit tout ce qu'il put trouver de croquis, de
dessins, de cartons du divin maître; autant que possible, il exigeait que dans ses fabriques,
on ne reproduisit que des dessins de son grand et regretté compatriote. Intelligente
et admirable impulsion, qui produisit de non moins admirables résultats.
Les savants, dont sa cour était le rendez-vous, ne dédaignaient pas de composer eux- mêmes des sentences, qui apportaient aux belles images un surcroît d'intérêt.
Barthélemy Genga, son architecte et son ministre, attira chez lui le Vénitien Battista Franco, dont les merveilleux dessins furent reproduits à Castel-Durante, avec une telle perfection,
que, suivant Vasari, les plus excellents maîtres n'eussent pu mieux faire en peinture
à l'huile.
C'est de ces fabriques, que sortit cette belle pharmacie de Pesaro, aujourd'hui à Loretto, et qui n'est pas un des moindres trésors que possède l'Italie. C'est de là que sortaient ces
belles pièces, ces garnitures complètes de crédences, que le duc d'Urbin donnait aux souverains,
munificence royale dont on ne pourrait de nos jours que difficilement approcher.
Comment, après avoir eu des artistes tels que maestro Andreoli Giorgio et Centio son fils, tels que Xantho da Rovigo, Guido Salvaggio, Oratio Fontana, Alphonse et Vincenzio
Patanazzi, les majoliques sont-elles tombées dans cette décadence des arts qui
fut générale et presque simultanée dans les différentes contrées? C'est ce que nous ne
rechercherons pas dans cet avant-propos, dont les bornes nous prescrivent cette réserve.
Nous constaterons seulement le fait avec tout le monde, ajoutant que l'indifférence pour les
grands maîtres et par conséquent pour les beaux modèles, l'engouement pour les oeuvres flamandes
dont l'intrusion s'étend partout alors, et peut-être l'abaissement des puissantes familles,
véritables centres protecteurs; ont grandement contribué à ce malheureux résultat. Voyons-y
surtout aussi cette loi suprême de nature, que tout subit ici-bas, cette décomposition qui suit

@

VIII AVANT - PROPOS. ---------------------------------------------------------------------------
toutes les maturités, et qui, ne permettant jamais la stabilité des choses, leur imprime l'éter- nel mouvement et leur impose le perpétuel renouveau. Le goût fastueusement faux du XVIIe siècle, et les déplorables et ridicules tendances artistiques du XVIIIe, ont dû naturellement rejeter ces éclatants témoignages de la gloire d'une époque dont on ne comprenait plus le génie. Aussi l'oubli profond dans lequel sont tombées les majoliques n'a-t-il rien qui doive nous surprendre. Une instruction plus répandue, le mépris qui s'attache tôt ou tard aux productions où les lois sévères de la beauté sont remplacées par l'afféterie et une grâce de mauvais aloi, le goût tou- jours croissant des amateurs, les ont heureusement tirées de l'oubli, pour les porter à un degré de faveur qu'elles sont dignes de conserver. Ce serait peut-être le cas de signaler ici quelque peu d'exagération, dans les prix fabuleux qu'elles atteignent et de le regretter. Y aurait-il plus d'engouement que d'admiration éclairée et sincère? Cela sent encore son barbare, et pourrait nous menacer de subits revirements dans l'esprit des Francs chevelus qui se latini- sent; mais il ne faut décourager personne; contentons-nous de rappeler à nos Mécènes ce qu'Horace adressait au sien:
Est modus in rebus, sunt certi denique fines, Quos ultra, citraque nequit consistere rectum.
Devant ce réveil du bon sens public, on se demande pourquoi, de nos jours, les artistes dé- daigneraient de reprendre cet art, qui a produit d'insignes chefs-d'oeuvre, et qui pourrait, con- venablement employé, contribuer d'une manière si heureuse à l'ornementation des édifices publics et des demeures particulières Toutes les personnes qui ont voyagé en Italie, n'ont pas oublié avec quel art les anciens modifiaient la monotonie du carrelage. Celles qui ont visité l'Espagne, ont dû être frappées de la richesse des revêtements dont les Maures, et après eux les Espagnols, décoraient les murailles de leurs monuments et de leurs maisons. Cet usage était si général, que le vieux dicton castillan: Non ava casa con azulejos, quand on l'appliquait à quelqu'un, était dans toute la péninsule ibérique le signe de la pauvreté. La France, qui accueillit les héritiers de Luca della Robbia, vit ses palais ornés des plus belles terres cuites émaillées; les carrelages des châteaux de Polisy et d'Écouen étaient des merveilles, et le château de Madrid, littérale- ment couvert des faïences de Girolamo, étincela de ces splendides émaux, dont, en 1792, un paveur fit du ciment! Tous les ouvrages d'archéologie, et notamment le beau livre de M. Emile Amé, sur les carrelages émaillés du moyen âge et de la renaissance, mentionnent, dans les plus grands détails, ces divers modes d'ornementation, où la France s'est montrée supérieure, aussi bien que dans ses belles poteries de Nevers, de Limoges, de Moustiers, de Bordeaux, de Brissambourg
@

AVANT - PROPOS. IX ---------------------------------------------------------------------------

en Saintonge, de Beauvais, de Rouen, d'Alsace, de Lorraine, etc. C'est en parcourant le musée
céramique de Sèvres, qu'on voit à quel degré de perfection nos compatriotes ont porté l'art de
la faïence. Les plus curieux spécimens sont réunis dans cette magnifique collection, dont
M. Riocreux, le savant conservateur, fait les honneurs avec une obligeance qui n'a d'égale que
son érudition. Tous les esprits curieux de l'histoire de la faïence et de la céramique en général,
lui doivent un tribut de sincère gratitude, pour les notions intéressantes qu'il leur communique.
et pour la courtoisie avec laquelle il accueille et facilite leurs recherches. Plût à Dieu que les
nombreuses et difficiles occupations de sa place lui laissassent le loisir de publier toutes les
belles découvertes, fruits de ses longues et constantes recherches; c'est ce que nous devons
souhaiter avec les artistes et les amateurs: l'histoire des émaux sur terre y apparaîtrait sous
un jour tout nouveau, et l'opinion publique, poussée par un surcroît d'intérêt, ferait un pas
de plus vers eux.
Les Anglais ont fait des efforts inouïs pour la restauration de cet art. Depuis le grand Josiah Wedgwood, l'illustre potier du Staffordshire, les Minton, les Copeland, ont obtenu, avec ce
génie pratique, apanage de leur nation, des résultats surprenants. En Toscane, le marquis
Ginori, dans sa belle manufacture de Docci près de Florence, qu'il dirige avec cette libéralité et
cette suprême intelligence des véritables grands seigneurs, est parvenu à imiter les plus belles
oeuvres des anciens maîtres en majoliques.
La France resterait-elle en arrière, après avoir brillé si vivement dans le passé, que l'Italie seule peut revendiquer sur elle dans l'art de terre, une supériorité dont notre pays approche
souvent, et qu'il atteint même quelquefois? Quand, parmi ses grands céramistes, la France n'eut
eu que Palissy, c'est assez pour contrebalancer la gloire italienne. Aussi nous ne pouvons croire
qu'elle ne fasse tout au monde pour reconquérir la place qu'elle a occupée jadis, maintenant surtout
que les procédés industriels ont acquis un si haut degré de perfectionnement. Ce que nous
faisons est donc surtout un appel aux artistes, afin qu'ils viennent vivifier du souffle de l'esprit
et des palpitations de l'intelligence, les moyens matériels si développés par les recherches
patientes des fabricants.
Déjà des hommes courageux, des artistes recommandables par leur talent, se sont lancés à la poursuite de cette régénération. Les beaux résultats obtenus par le regrettable Avisseau de
Tours, ainsi que par MM. Pull et Barbizet, sont un encouragement énergique à la persévérance.
M. Devers, peintre piémontais, domicilié depuis quinze ans à Paris, où il a fait en partie toutes ses études artistiques, est un des premiers qui ait compris l'avenir de son art
retrempé dans les vieilles traditions. Le succès ne lui a pas fait défaut, et nous espérons
que ses travaux, justement appréciés, lui vaudront les éloges qu'il mérite si
bien. Citons encore à Paris M. Jean, qui met volontiers sa belle installation industrielle
au service des amateurs de l'art de l'émail sur terre; MM. Dack frères, pour leurs belles
imitations des vases arabes; M. Lessore, M. le marquis de Monestrol, chercheur infati-

@

X AVANT - PROPOS. ---------------------------------------------------------------------------
gable, et M. Pinard. Citons à Nevers M. Ristori; citons surtout à Dijon M. le docteur Laval, dont la science vient seconder merveilleusement les efforts qu'il fait pour atteindre la perfection, et qui est parvenu à fabriquer des modèles sans défauts et d'un diamètre ex- traordinaire. Il vient, il y a quelques jours, d'offrir au musée de Sèvres, où on peut les admirer, des échantillons de ses produits, qui dépassent certainement en beauté tout ce qu'on avait vu jusqu'alors. Des fabricants de faïence, tels que M. Laurin, à Bourg-la-Reine, M. Auboin, à Sceaux- Penthièvre, mesdames veuve Pichenot et veuve Dumas, à Paris; des chimistes habiles, tels que MM. Dubois-Mortelèque et Guyonnet-Colville, mettent avec empressement leurs moyens matériels et leurs connaissances pratiques au service des chercheurs, dont le nombre aug- mente chaque jour. Des sociétés particulières, composées de gens du Monde, d'amateurs, de pein- tres et de sculpteurs habiles, ont commencé par faire un amusement d'une chose qui, devenue sérieuse, dénote, par les résultats de ses premiers essais, quel est l'avenir réservé aux artistes qui voudraient suivre cette voie et s'y engager résolument. C'est, bien pénétré de cette tendance et de ce besoin, que nous avons cru rendre à cet art un véritable service en publiant cette traduction de Piccolpasso. Ce maître vasier de Castel-Durante écrivit son livre en 1548, c'est-à-dire dix ans après l'avè- nement du duc Guid'ubald II, à l'époque où l'art des majoliques était dans toute sa splendeur. Il nous transporte donc dans cette belle période de la renaissance en plein duché d'Urbin. Ce traité décrit minutieusement en trois parties l'art de la terre émaillée. Dans la première partie, l'auteur nous indique les moyens d'extraire la terre ou de la recueillir, de la travailler pour la rendre propre à être façonnée, ainsi que les diverses méthodes employées dans les endroits où cette fabrication était en vigueur. Puis, il nous montre le tour ainsi que les engins qui le composent et qui lui sont propres, nous expliquant la manière de confectionner ces différents instruments, leurs usages, les travaux qu'on exécute avec eux, enfin la théorie complète du moulage, y compris celle de la confection des moules, terminant cette première partie par le panégyrique de son souverain, le duc d'Urbin Guid'ubald II. Dans la seconde partie, ou le second livre, comme il l'appelle, il nous donne le moyen d'obte- nir ce produit, que tantôt à l'état de frite, tantôt à l'état de fondant, il désigne par le nom de marzacotto, que le traducteur a cru devoir conserver en l'accolant au mot de fondant qui est son véritable sens. Ce marzacot obtenu, il nous décrit la fabrication du blanc, qu'il nomme bianchetto, petit blanc, et qui n'est que le blanc à faire ces retouches et ces rehauts, que les anciens dans leurs peintures, employaient avec tant d'esprit et de succès. Puis nous étudions la fabrication du vert, de ce fameux vert de cuivre qui fait par sa fugacité le désespoir des modernes, et qui donne tant d'éclat aux vieilles majoliques. Le jaune foncé, le jaune clair, nous passent sous les yeux; nous assistons alors à la façon du
@

AVANT - PROPOS. XI ---------------------------------------------------------------------------

fourneau à réverbère, ainsi qu'à l'exposé de la méthode employée pour y faire cuire l'étain et le
plomb. Ce mélange obtenu, notre auteur entre dans les différentes fabrications des couleurs des
diverses contrées de l'Italie: couleur d'Urbin, couleur de la marche d'Ancône, couleur de Castello,
de Venise, de Foligno, défilent devant nous avec leurs dosages soigneusement indiqués, ayant
toutes leurs fondants et leur couverte.
Nous apprenons alors à élever le four où se cuisent les couleurs, les objets de terre, les biscuits émaillés et peints. Aussi Piccolpasso ne néglige-t-il pas de nous décrire les casettes et leur
emploi, ainsi que les moulins à broyer les couleurs, et finalement la fabrication des différents
engobes blancs dont se recouvrent les ouvrages en terre cuite, et sur lesquels s'étendent les
autres émaux colorés qu'il nous décrit complètement. Après quoi notre excellent maître croit
devoir nous apprendre qu'il est amoureux, et, se lançant à corps perdu dans une comparaison de
sa maîtresse avec les produits de sa fabrique, comparaison toute à l'avantage de la bella donna,
il gémit sur ses blessures incurables, ne trouvant d'autre remède à ses peines qu'un travail
assidu. N'en connaissant pas d'autre nous-même, pour le moment, nous conseillons à nos lecteurs
d'en faire usage le cas échéant.
Le troisième et dernier livre est consacré à nous enseigner à tremper les biscuits dans le bain d'émail, ou plutôt de demi-émail, ce qui est le caractère propre de cette ancienne fabrication, a
peindre sur ce demi-émail, puis à tremper les objets ainsi peints, dans une couverte qui leur donne
un glacé précieux.
Là, Piccolpasso nous apprend à faire les cruches, plaçant cette fabrication commune immédiatement après celle des majoliques fines, pour établir un contraste que sa naïveté de vieil
auteur relève par une ingénieuse comparaison. Enfin, il termine son ouvrage par la description
de l'enfournement, ayant bien soin de nous recommander dans ces pratiques les plus importantes,
d'invoquer, avant tout, le nom du Dieu tout-puissant; remarquable et touchant usage
qui, apportant à ces opérations le calme nécessaire à leur réussite, démontre au moins le zèle et
la conscience avec lesquels, à cette époque, s'accomplissaient des travaux où l'intelligence humaine
apportait ce qu'elle avait de plus exquis.
L'analyse bien succincte de ce livre montre cependant ce qu'on peut y puiser d'utiles enseignements, tant pour l'histoire de l'art, que pour la fabrication même des produits que le bon
goût du public recherchera de plus en plus.
Voilà pourquoi nous espérons, en publiant cette traduction, contribuer dans la mesure de nos humbles forces à la bonne direction du mouvement très-marqué de l'opinion publique,
vers cet art trop longtemps oublié.
Le traducteur de cet ouvrage porte notre nom, c'est dire qu'il nous touche de près. Nous n'avons eu garde de ne pas conserver son vieux langage, qui s'adapte au texte italien avec une
exactitude que le français moderne n'aurait jamais pu atteindre, et avec une similitude de
tournures et d'expressions, dont le moindre avantage est d'en conserver la naïveté.

@

XII AVANT - PROPOS. ---------------------------------------------------------------------------
L'honnête translateur a fait de son mieux, aussi bien dans la traduction du texte, que dans la reproduction des planches, où il s'est appliqué à conserver le libre dessin du maître vasier, imitant fidèlement et sans prétention, ce qu'il avait sous les yeux. Espérons qu'il en recueillera la récompense posthume, dans la bienveillance avec laquelle le public instruit et curieux des bonnes choses, accueillera cette publication de son héritier.
CLAUDIUS POPELIN.
Juin 1861.

-----------------
@




P R O L O G U E  D U  T R A D U C T E U R
-------------------

AU LECTEUR BENEVOLE, MAITRE CLAUDIUS SALUT ET PAIX EN LE SEIGNEUR CHRIST

Puisque pièça* étais-je à Florence, benoîte et illustre ville de Toscane, tant plus remplie d'histoires belles et plaisantes, ainsi que de fameuses et royales fabriques,
dans lesquelles se voient statues, peintures, bronzes et joyaux à pleines pelletées,
fus-je émerveillé des mirifiques et précieuses poteries de terre enfermées en cette
ville, tant aux cours, palais, voire simples logis de noblesse et de bourgeoisie, luisantes,
nettes, éclatantes et mignonesques tant et plus que point comme, non tant seulement
des formes et façons, mais des peintures et histoires, bêtes, fruits, feuillages,
paysages, grotesques, arabesques, et autres fantaisies élaborées et portraitées en
icelles, dont se peut l'oeil réjouir infiniment, mieux que ne se peut-il dire et
prouver. Si que fut mon attention et étude, figée, voire échoué en cette part
superlative d'invention humaine, jusque en la marche ultime et frontière du menu
pays de mes esprits.
Donc, sache que ne me fut nulle trêve ni repos, que n'eusse trouvé la méthode dont s'élabore ce très plus excellent art. A quoi me suis-je enlever le boire
et le manger à force pensées, et eut été en perte vaine, vu le secret où le tiennent
abscons, et le mussent ceux qui le pratiquent si le Dieu très haut et miséri-
1
##Note :
*pièça: alors?
#

@

2 PROLOGUE DU TRADUCTEUR. ---------------------------------------------------------------------------
cordieux ne m'eut conduit par la main, comme fait à un enfantelet monsieur son maître d'école. Donc, par grâce divine, appris-je qu'un monsieur Piccolpassi, Durantais, avait doctement traité la matière, à seule fin de se lever de l'âme les pensées amoureuses et morsures cupidonesques, avec un labeur continu, et qui toutefois fut utile et gracieux aux pauvres humains, dont je le loue très fort. Après que j'eusse dévotement remercié le benoît créateur et sauveur de cette sienne grâce et faveur spéciale, fus-je incontinent en le duché d'Urbin, où me suis-je mis à traduire en français, les trois livres du susdit sieur. Ami lecteur, je te baille ce mien labeur, lequel en raison de ma chétiverie, se peut que soit chétif et moindre; mais je considère que fait un chacun ce que peut, encore n'est-il tant menu travail ou effort, qui ne traîne après soi un fétu, comme se voient aux champs les fourmis. Si que ces petites bestioles vont portant pénible- ment les menus brins que trouvent, et finalement en bâtissent leur maison. Si ai-je fait pour ma part, si fasse un chacun, et ainsi ne demeure nul en inutile oisi- veté, qui est chose trop plus abominable aux hommes comme à Dieu, lequel te sauve, pour après te couronner en Paradis J'ai dit.
Maître CLAUDIUS, Parisien, 1560.

-----------------
@




P R O L O G U E  A U X  L E C T E U R S
-------------------

Puisque me suis-je mis à manifester tous les secrets de l'art du potier, déjà n'aurait failli là dessus que ne se fut trouvé, qui d'une plus belle voyance et plus mieux trié
langage, eut fait ce que présentement fais-je, si le mal-vouloir d'iceux à qui furent
en mains, n'eut empêché le dessein d'autrui, cause qu'aucune fois a manqué l'art
de sa perfection.
Donc puisque ai-je fait le tout sans moult belles paroles, seulement avec l'intégrité du vrai, ne me demeure autre affaire que me défendre des morsures continues
des détracteurs; lesquels en prime part, diront que cet art ne se regarde pas à moi,
pour n'en être pas l'inventeur, et encore avoir chétive pratique; moult diront que
devrais-je viser à choses plus utiles; d'autres me tiendront pour outrecuidant présomptueux,
disant qu'est mal publier ce que déjà puis tant d'années est demeuré celé et secret.
Ne faudrait qui me blâment du langage, d'autres de l'écriture et du dessin. A quoi,
si fussent-ils présents, répondrais-je: à ceux qui disent que ce n'est de mon invention,
que disent vrai, vu que le premier inventeur en fut Chorebus, Athénien, duquel n'est que
peu, a écrit aucunes particularités, M. Vanuccio Beringuccio, noble Siennois, en sa
pyrotechnie. Si iceux me trouvent un auteur, qui fasse secret du susdit art, j'excepte
certaines petites recettes que tiennent aucuns qui en secret les manigancent; dans lesquelles
sont, qui jusque en leur dernier terme de vie, les cèlent aux propres fils et connaissant soi
trépasser, entre autres ressources que laissent après eux, appelant leur plus aîné et avisé
fils, lui publient leur secret; et si iceux me trouvent ce dit art avoir été baillé par autrui, je
me rends vaincu. De ceux qui disent que ne se regarde pas à moi, ne l'ayant point longuement
pratiqué, l'oeuvre même me défendra, parce que, ayant failli en aucune partie, elle

@

4 PROLOGUE AU LECTEURS. ---------------------------------------------------------------------------
montrera que disent vrai, n'ayant point failli, les fera connaître blasphémateurs et très plus malins. A ceux qui disent que devrais-je viser à choses plus utiles, je réponds ainsi que ne sais-je trouver rien de plus majeure utilité en ce monde, que faire la délectation d'autrui. A ceux qui me tiennent pour suffisant de publier ce secret, je dis qu'est mieux que maints sachent le bien, que si peu le tiennent abscons. Point ne s'avisent iceux que ce faisant, parviendra l'art aux mains de tels, qui là, où pauvres maîtres vont consumant le plomb et l'étain, considérant ce que font ces dits métaux bas et vils, viendront à calciner l'or et l'argent, et où bien et souventes fois est allé entre personnes de chétive considération, il ira parmi les cours, dans les hauts esprits et âmes spécula- tives. A ceux qui me répréhendront du langage, dirai-je que j'ai parlé ma langue mater- nelle durantaise, de la façon que veut la matière du susdit art. A qui me gouaillera de l'écriture et du dessin, je dis qu'ai-je fait ce que je sais, et ne suis-je contraint à rien plus. Qu'iceux conduisent le langage, l'écriture et le dessin, à plus haute perfection, je leur en aurai obligation. Lors, adviendra à ma peine ce que je souhaite advenir à l'art du potier, à savoir, que vu de maints et de beaucoup manié, se conduise en sa perfection.
Soyez en santé,
Dr CYPRIAN PICCOLPASSO.

-----------------
@




LES TROIS LIVRES
de
L'A R T  D U  P O T I E R
-----------
LIVRE PREMIER
@
@




L I V R E  P R E M I E R

---------------------------------------------------------------------------




Les hommes de l'art du potier en la ville d'Urbin, emploient la terre qui se | Urbin,ville en la marche recueille en le lit du Métaure, et récoltent icelle mieux en été qu'en autre |d'Ancône, très plus heureusement
temps, et tient ce, à la méthode de le faire. Quand tombent les pluies de |possédée par
l'Appenin aux racines duquel naît le susdit fleuve, ses eaux se gonflent et se |Guidubald II, duc d'Urbin
font troubles, et cheminant troubles ainsi par leur lit, laissent ces parties plus |vraiment digne d'un plus
subtiles, qu'en coulant en aval, elles roulent à l'une et l'autre berge. |grand Etat.
Ces parties croissent en dessus de un pied ou deux par le sable du dit fleuve, puis se recueillant par le lit susdit, s'en fait-t-on des monticules.
Maints sont qui les laissent sécher au soleil, et disent que se gouvernent mieux en les élaborant. Autres disent que se purgent, parce que, ainsi posées | Terriers, endroits creusés en les terriers, ou ce qu'ils entendent, les réservoirs en lesquels elles gisent, il |en le sol, de quatre à
convient les amollir à nouveau, et qu'ainsi les amollissant se font plus pures. |cinq pieds profond, où se
L'une et l'autre méthode ai-je vu pratiquer sans y connaître la plus menue |conservent les argiles. dissemblance. Toutefois est-il recommandé de les recueillir nettes de racines,
herbes, feuilles d'arbres et d'aucuns cailloux dits Giarins. Avertissant que | Giarins, aucunes pierres pendant le trajet impétueux des eaux à la déclivité, font icelles se cogner les |blanches.
unes à l'encontre des autres, maintes pierres parmi lesquelles s'en trouve
d'une sorte qui tient de la chaux, et qui mêlée avec la susdite terre, fait

@

8 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
Castel durante, bâtie |un moult grand dam. La même pratique est à Durante ma patrie, laquelle le par Guillaume Durante, |Métaure baigne en trois parts, comme se montrera en son portrait. Cela
doge de Chiereterre, gît en |même se fait en la Romagne, comme se dirait à Faenza qui tient le premier
la marche d'Ancône. |rang pour la poterie; à Forli, Ravenne, Rimini; et se fait la même chose
présentement à Bologne, et crois aussi à Modène, Ferrare, comme en autres lieux de la Lombardie. Venise travaille la terre de Ravenne, de Rimini et de Pesaro, comme étant la meilleure. Le vrai est que souventes fois s'y emploie d'une sorte qui se tire à la Bataille, lieu peu loin de Padoue; mais la meilleure pourtant que je connaisse est celle de Pesaro, quand est récoltée nette. Ont travaillé à Corfou un Jehan Tisée et Lusio frères, et les fils d'un Alexandre Gatti, du pays de Durante, et pourtant que m'en ont dit, recueillaient iceux la terre, sur une montagne qu'ils font nue et stérile, sans nulle sorte d'her- bages ou d'arbres, récoltant la terre susdite au temps des pluies, comme avons accoutumance, par le lit des fleuves. Dans la marche à Ancône, la terre de cave se travaille en maint endroit, en maint autre la terre fluviale. A Gènes, j'ai ouï dire que se travaille la terre de cave; à Lyon, celle du Rhône; aux Flandres, celle de cave. J'entends à Anvers, où porta cet art un certain Guido de Savino de ce pays-ci, et le maintiennent aujourd'hui, ses fils. Donc, c'est à savoir, que là où sont les terres blanches, ou qui contiennent de la glaise, en tous ces lieux dis-je, se trouve la terre à faire les vases. A Spello, quatre miles loin environ de Foligno en Ombrie, j'ai vu la terre aller de cette façon suivante: On a fait creuser en terre, des fosses de cinq pieds en tous côtés, et profondes de trois pieds, loin l'une de l'autre un pied environ; en ce pied de terre solide, entre l'une et l'autre fosse, se pratique un canal, pour que l'eau puisse descendre en les dites fosses. En telle sorte que lorsqu'il pleut, icelles se séchant souvent, on retire de chacune plus de deux charges de terre; et cela par toute l'Italie, ainsi qu'au dehors; j'entends en les terrains qu'on nomme crayeux. Point ne trouve que Dioscorides en fasse autrement mention, ni que particulièrement il la nomme, mais dit-il seulement que les tourtières des fours longtemps brûlées, causent l'escarre des ulcères, et crois-je que se peut faire qu'il a entendu cette susdite terre. Mais est grande
@

LIVRE PREMIER. 9 ---------------------------------------------------------------------------

en Italie la différence entre la terre des tourtières et celle des vases, vu que l'une
est blanche et légère, l'autre rouge et pesante. Je ne crois pas qu'il raisonne | Erétrie, en l'île de autrement que de la terre d'Erétrie, de Samos, de Chio, de Cimollis, et de la |Crête.
terre des fourneaux, ne spécifiant nullement la terre à faire des vases. | Samos. Suffit que là où sera de la terre lisse et blanche, et qui contienne de l'argile, | Chio. s'il n'y a des fleuves, faisant les susdites fosses, ou creusant en dessous, il y | Cimollis, présentement aura et se trouvera de la terre à faire des vases, ainsi que l'affirment les anciens |l'Argentière, proche l'île
maîtres en ce très plus noble art. |de Milo.
-----------------

MODE DE RECUEILLIR LA TERRE OU POINT N'EST DE FLEUVE,
DE LA BATTRE, -- DE LA TRIER ET LA PASSER,
QUI GENERALEMENT S'EMPLOIE (fig. 2.)
Aucuns ont l'accoutumance pour faire le blanc laiteux, de réduire la terre quasiment en eau, et de la passer par certains draps grossiers et raz; aucuns | Les cribles, en Italie par certains cribles de cuir perforé, d'autres par de larges tamis, et cette matière |sont de plusieurs formes;
passée, la serrent-ils en des vases cuits une fois, et asséchée en suffisance, la |nous nous en servons de
travaillent-ils. |longs pour vanner le grain; La terre à faire les vases communs s'accommode d'une autre guise, car on |en Romagne et en Lombardie, l'étend sur une table grosse d'un demi-pied; étendue, on la bat avec un |on s'en sert de ronds.
fer large quatre doigts, long quatre palmes approchant, pesant douze livres. | Ceux qui s'emploient Puis battue bien ainsi trois ou quatre fois, on la ramasse avec la main, |pour la terre sont comme
comme sont accoutumées les femmes avec la pâte à faire le pain, la rendant |ceux à cribler l'avoine des
nette de toute saleté. Lors que si, la sent-t-on bien lisse dans les mains, on en |chevaux.
façonne, dis-je, des ballons, ou comme le veut le métier pour le mieux, une
seule masse, puis après on la travaille sur le tour, ou on l'étend en des moules
de plâtre, comme en raisonnerons. Pour la méthode de récolter la terre, sans
2
@

10 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
plus l'expliquer autrement en paroles, nous en montrons le dessin, comme est dit ci-dessous.
Tu creuseras à quatre pieds en file Les fosses où tu récoltes l'argile, Si que les eaux entrent en se troublant Par les canaux sans entraves coulant.
Bien est-il d'avertir que l'endroit où se font ces dites fosses ait un peu d'inclinaison; ainsi fait, quand elles ont séché, on retire la terre et l'emporte, on la bat et la passe, comme convient le mieux à qui veut travailler.
Mais quand sera l'argile bien battue, Si molle est plus que ne doit, qu'on la jette Sur la muraille, ou terre sèche et nette.
Nos ouvriers ont coutume, quand ont battu la terre, si elle est par trop molle, de l'étendre sur les murs de nos maisons, et une fois affermie, de l'accommoder. Pour l'affermir, quand on la passe, on la met en certains vases comme ci-dessous est dit.
A ton plancher tu pends crible ou tamis, Sur quoi tes mains, en la jetant ont mis L'argile, dont vont les parts plus subtiles Emplir des pots rompus et pas utiles, Où tu laisseras la terre sécher tant Que le potier en soit très plus content.
C'est me semble tout ce que se peut dire sur la terre, se rappelant toutefois que celle de cave, pour faire des travaux à l'urbinienne, doit être de couleur Céleste, couleur du ciel |blanche, mais, si fut-elle céleste, serait trop plus gentille, et point ne pren- drait le blanc d'étain. Vrai est-il qu'elle serait bonne si on voulait travailler à la Castellane, avec de la terre de Vicence, puisqu'on y donne la terre dite à cru. Voyez ici quelle différence entre la terre à fosse ou de cave, et la terre des fleuves. Celle des fleuves, alors qu'est azurée est bonne, et vient tant plus légère, plus dense et sans nulle rugosité.
----------------
@

LIVRE PREMIER. 11 ---------------------------------------------------------------------------


MODE DE TRAVAILLER AU TOUR (Fig. 3.)
Tu fais un tour à la manière que tu vois ici représentée. Sur lui se font tous les ouvrages de toutes sortes. Bordées, martelées, ovoïdes, carrées et entaillées,
pourvu que toutes les susdits ouvrages soient en le cercle parfait.
Dessus ne se peut faire ni plat triangulaire, ni oblong, parce que tout ce
qui manque à tourner en perfection, point ne se peut faire au tour.

Les ouvrages qui s'y font sont les suivants: Ecuelles | Petites écuelles | avec ou sans ourlet. Bocaux | Feuillettes | avec ou sans bouche. Bassins | Bronzes | doublés d'argent creusés. Fioles à tenir huile, vin aigre et eau. Urnes d'épiceries ou confiseries. Vases à lait et à onguents. Fiasques à vin, vin aigre et eau. Tasses ou confituriers. Ongresques dites à Venise Piadène. Assiettes basses ou plats. Plats avec fonds, avec ou sans pied. Ronds avec ou sans fonds. Salière à champignon. Tasses ou gobelets. Divers vases tirés de l'antique. Vases à poire ou à pomme. Vases de deux corps. Vase à tour. Tout ce qu'on fait avec la circonférence parfaite, se peut faire au tour; autrement c'est un vain projet. Mais pour que soit bien compris mon langage,

@

12 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
j'en veux poser ici trois ou quatre raisonnements, traitant brièvement comme quoi se font les objets entiers ou morcelés. Le présent que tu vois (fig. 4), aucuns le nomment vase à poire; et maint est qui le fait tout d'une pièce, d'autres de deux, d'autres de trois. Point ne parlai-je des anses ni du couvercle, parce que se font icelles choses à part; à cause des premières, aucuns le nomment vase à deux anses; aucuns vase Vase dorique. |Dorique. En le faisant d'un seul morceau, hors les anses et le couvercle, tout s'étire d'une seule balle de terre, et quand icelle est séchée à point, on tourne, comme le dirons aux autres ouvrages. -- Le façonner en deux parts, est de l'étirer en hauteur jusque à l'A. Là se laisse, et se fait le restant d'autre part. Pour le façonner de trois morceaux, se forme tout le mitan B, depuis les deux A supérieurs, jusque aux deux A inférieurs; et le pied comme le col, se façonnent à part. Avertissant, que tournant icelles deux pièces, il convient laisser deux prises ou deux creux, à cette fin de les rejoindre ensemble. En ce, maint est, qui lors que le vase et frais, le colle en le tournant, avec de la barbotine ou glaise, dont nous parlerons plus outre. Aucuns le cuisent ainsi en morceaux, les ajustant ensemble avec la couverte à la dernière cuisson; à iceux façonnés ainsi en trois morceaux, point ne s'y ajustent les anses, vu que ne tiendraient en nulle façon. Pareillement, ce vase que voyez ici (fig. 5), maint est qui le nomme Bronzes antiques. |bronze antique, autres le nomment bocal antique en raison de sa bouche à Bocal antique à lèvres. voir un vase de rond parfait, secondement d'y considérer une bouche pendante en dehors, courbée moult loin du premier ordre. Là convient d'avertir, parce que se façonne ronde, puis vivement on tranche une partie avec un fil de cuivre, et ployant l'autre avec les mains, on la fait se porter en dehors, ce qui fait que cette bouche est hors de la perfection du cercle. Beaucoup le font de deux ou trois morceaux, mais le beau faire est d'une seule venue, hors les anses qui s'attachent après que le vase est tourné, comme j'ai dit ailleurs. J'entends que de toutes les anses, qui jamais se verront au monde à des vases de terre, on puisse dire et soutenir librement, qu'elles furent attachées à cru; car l'art ne comporte pas qu'on attache en finissant avec la couverte ou toute autre couleur minérale, une partie qui point n'aurait de soutien, ou un
@

LIVRE PREMIER. 13 ---------------------------------------------------------------------------

support tout alentours sur quoi elle retombe; mais à l'air, ne demeure ferme
nulle chose collée au feu avec de la couleur qui ait du fondant. Le collage
à la barbotine durera seul, et autre non. L'endroit où se fait l'entaille, est
cette demi-lune où passe la ligne AA; elle se fait de part en part, en avisant
de tenir avec la main, la bouche par où se verse l'eau. Point ne veux-je
nier que ces vases se fassent de deux parts à volonté, et se collent icelles au
dernier feu, pourvu que soient superposées, autrement point n'est-ce possible,
et le secret n'est pas encore dans l'art.
Le présent que voyez ici (fig. 6) se nomme fiole à sirops. Se fait icelui en | Fiole à sirops. plusieurs façons puisque en cette forme sont les flacons à enserrer l'huile
qu'employons pour l'usage de la maison. Vrai est-il de dire, que point ne s'y
fait de couvercle. D'autres le font avec la bouche large, mais je vous
baille toujours les plus excellents; d'autres avec la bouche à vis, semblable | Vases à vis. aux fiasques d'argent. Ce secret, point ne veux-je le passer ainsi légèrement,
parce que c'est chose trop plus belle, ingénieuse, et moult difficile. Donc
est à savoir, que ces vases auxquels vont les vis, se font sans col, comme serait
à dire le présent, s'il fut taillé à la corniche de la ligne A, veux-je dire qu'il
fut fait de là en bas, mais qui le voudrai faire en plus entier, pour qu'il fut
plus mieux mené droit, je le loue. Cela fait, et taillé en haut avec le fil,
façonnez à nouveau sur le tour une autre bouche grosse un bon doigt approchant,
forant cette terre jusque au fonds. Par après ayez votre estèque avec
trois ou quatre dents, et que soit icelle d'un bois moult dur et poli, puis l'ayant
posée dans la terre, tournant les dents vers soi, petit à petit jusque que ces
dents s'y impriment, faites aller toujours le tour légèrement. Mais me semble
de raisonner en l'air, si je ne vous montre l'estèque, parce que sans cela, c'est
grande chose que me comprendre, la voici (fig. 7). Tout cela fait, coupez cette
terre ainsi creusée sur le tour, et la fendez par le milieu (fig. 8); fait cela,
baissez le côté B, ou bien A, comme est plus aisé à celui qui travaille, et
baissez jusque le premier tour du relief qu'a fait l'estèque se joigne avec
le second, le second avec le tierce, le tierce au quart, jusque le quart
soit indépendant et ainsi le premier. Alors tu verras que là où étaient d'abord
quatre cercles parfaits, étant réunis ainsi par cet abaissement, se verra courir
un seul cordon à l'intérieur de cette concavité, et avoir icelui commencement

@

Début de l'ouvrage Texte précédent Texte suivant Fin de l'ouvrage Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfeseite Rückkehr. Flag Hjælp side Tilbage. Bandiera Guida Torna.