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Réfer. : AL0804
Auteur : Jean-François Gibert.
Titre : Propos sur la Chrysopée.
S/titre : avec en annexe le Manuscrit de Pierre Dujols-Fulcanelli
traitant de la pratique alchimique.
Editeur : Editions Dervy. Paris.
Date éd. : 1995 .




**** A T T E N T I O N ****

Ce document étant sujet à droits d'auteur, n'est composé que du début, et des tables éven-
tuelles. Reportez-vous aux références ci-dessus
pour vous le procurer.

**** A T T E N T I O N ****



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PROPOS SUR LA CHRYSOPEE
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Ouvrage édité sous la direction de Geneviève Dubois


(C) 1995, Editions Dervy, Paris ISBN: 2-85076-696-8
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Jean-François GIBERT


PROPOS SUR LA CHRYSOPEE
avec en annexe le Manuscrit de Pierre Dujols-Fulcanelli traitant de la pratique alchimique


pict Editions Dervy 130, boulevard St-Germain 75006 PARIS @
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Aux quatre dames de l'année du Tigre: l'épouse, le médecin, l'éditrice et l'élève, qui m'ont soumis à ce que nous appelons le régime de l'alternance, en l'occurrence celui du « coup de pouce » et de la « peau de banane ». Mais surtout au petit Cheval, sans l'aide duquel cet ouvrage serait resté un mélange de notes illisibles.
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LA CHRYSOPEE
« Les théoriciens modernes préfèrent croire leurs aïeux capables des plus grossières méprises dans le choix de leurs moyens, plutôt que de penser que leurs actions sérieuses aient pu procéder d'une intention toute autre que celle de parvenir à une fin utile. »
Walter F. OTTO -- Dionysos. Le mythe et le culte. Gallimard, 1969.
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QUELQUES PRECISIONS SUR LE TITRE
Quelles sont les deux carottes que les alchimistes ont placées pour faire avancer les ânes (1)? La possibilité de faire de
l'or et l'immortalité physique, jouant ainsi sur les deux cordes
les plus sensibles de l'humaine nature, l'avidité matérielle et le
désir de se perpétuer sous sa forme charnelle.
Les deux carottes continuent aujourd'hui d'intéresser encore bien des esprits -- et non des moindres -- que les véritables
buts de l'Alchimie laisseraient indifférents. Soulignons
au passage que la Table d'Emeraude ne mentionne à aucun
moment ni l'immortalité, ni la richesse, tout au plus le


1. Le terme « les ânes » n'est nullement une agression contre les étudiants en Hermétisme. L'âne est la monture de Dionysos, dont on verra plus loin qu'il est le dieu
de l'Alchimie. Le Christ, son homologue, rentra dans Jérusalem sur le quadrupède en
question. Il fut aussi quelquefois représenté -- soi-disant par dérision -- sous la forme
d'un crucifié à tête d'âne. En fait, l'allégorie est claire de la matière dont « l'âne
Timon » est l'anagramme, souffrant la passion au creuset: crux. En grec, le nom de
l'âne est ὃνος. Si on complète ce mot par le symbole de la croix, figurant le TAU, on
obtient le mot ὃντος, génitif de ὃν, « l'être » (cf. note 78).
Faut-il rappeler que l'âne et le boeuf de la crèche font de la tradition populaire chrétienne la continuatrice décadente du mithraïsme -- le boeuf -- et du dionysisme --
l'âne. Le troisième animal de Dionysos est le bouc, représentant le Diable,
« l'ennemi » régnant sur le Sabbat: un des noms de Dionysos est SABAZIOS.

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12 PROPOS SUR LA CHRYSOPEE
« Télesme », un terme sur lequel les exégètes se sont perdus en
conjectures (1).
Qu'en est-il donc exactement des buts réels de l'Alchimie, de la chrysopée. Nous choisissons ce mot à dessein, puisqu'il
est moins utilisé que celui de pierre philosophale et jamais
vraiment expliqué, étant admis qu'il a comme signification le
fait de faire de l'or. Signalons au passage que le Larousse de
1972, que nous avons sous la main, ne le mentionne même
pas. Nous en donnerons donc une définition aussi précise que
possible, considérant que, mieux que tout autre, il implique
dans son étymologie les moyens et les fins de la philosophie
d'Hermès. χρυσος est l'or, bien sûr, mais de quel or s'agit-il ?
Nous allons y revenir. Quant à -opée, il provient des mots
grecs:
ὃψ la parole ὃψομαι deviner, voir ὃψις la vue, mais aussi la vision ὃψον la nourriture et plus spécialement la bonne nourriture.
Le mot signifie donc bien d'autres choses que pourrait le faire croire χρυσοποιω, qui signifie effectivement le fait de
travailler ou même, si l'on veut, de faire de l'or, sens restrictif
que lui donne la majorité des commentateurs et qui provient
d une pure et simple ignorance du grec. Les alchimistes, quant
à eux, et nous le verrons à la lecture du manuscrit de Dujols
étaient familiers d'une complexité sémantique, partie intégrante
d'un enseignement qui cherche en premier lieu à déconditionner
le psychisme et à élargir la vue, une étape commune
à toute recherche spirituelle.
L'expression « voir de l'or », « vision de l'or » place donc comme nécessité première que l'or en question soit d'une


1. Ni la Table d'Emeraude, ni les plus vieux et meilleurs textes ne se répandent en ces promesses démesurées qui traînent dans les écrits les plus tardifs et souvent les
plus mauvais.

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INTRODUCTION
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Ce que la science « profane » croit savoir sur l'Alchimie et sur son histoire provient souvent des idées inexactes et au
demeurant fort diverses -- quand elles ne sont pas contradictoires
-- qu'elle s'est constituée au cours des siècles sur l'art
d'Hermès.
Tous les essais tentés pour décrypter le « mystère alchimique » se sont soldés par des échecs et, aujourd'hui encore,
l'énigme reste entière pour la quasi totalité de l'humanité,
même « savante ».
L' Alchimie se résume-t-elle à une pré-chimie dont les initiateurs furent les falsificateurs de monnaie qui s'attirèrent les
foudres de l'empereur Dioclétien? Mais alors pourquoi cet
appel constant aux Dieux qui se rencontre dans les plus
anciens palimpsestes? Ressort-elle d'un langage à clef couvrant
une démarche spirituelle proche parente des religions à
mystères ? Et, dans ce cas, pourquoi utiliser une sémantique
issue des ateliers de fondeurs et des forges de l'ancien monde,
dont certains maîtres en hermétisme semblent parfaitement
connaître les techniques, le langage et même l'argot ?
Dire que les deux démarches sont impliquées dans l'art alchimique et qu'il existe un lien « concret » -- nous insistons
sur ce mot -- entre elles ne conduit-il pas à la conclusion qu'à
l'aube de notre ère, un groupe d'hommes sut faire le lien entre

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20 PROPOS SUR LA CHRYSOPEE
la matière et l'esprit, déchiffrant en parallèle les secrets de
l'une et les manifestations de l'autre? Pour l'alchimiste, en
effet, le monde matériel que les scientifiques d'aujourd'hui
considèrent comme inerte et sans pensée est vivant et manifeste,
sous ses formes multiples, la pensée et l'énergie des
dieux.
Nous reviendrons sur cette idée, filigrane subtil que l'on perçoit en lumière transmise par-delà les images des plus vieux
mythes. Elle est une des clefs ontologiques du monde ancien.
La plus grande difficulté dans l'étude de l'Alchimie réside à priori dans l'approche textuelle. Comment trouver un
fil d'Ariane dans ce labyrinthe multiforme où existent en
même temps les recettes pré chimiques, les envolées poétiques
de doux rêveurs, les visions de mystiques, pas toujours illuminés,
les délires de fous égarés par le lucre ou intoxiqués par les
fumées délétères de manipulations qu'ils ne maîtrisaient pas ?
Toutes ces impasses coexistant avec d'authentiques voies de
recherche conduisant à des expériences réussies et des découvertes
dont certaines sont encore utilisées aujourd'hui. Les
enseignements, enfin, de maîtres authentiques ayant mené à
bien le grand oeuvre de la philosophie d'Hermès.
Le présent ouvrage prétend aider le lecteur à faire un premier tri et, pour ce faire, nous nous référerons:
1/- A ce qui reste des traditions les plus anciennes. Nos sources sont de deux ordres. Nous avons parlé des mythes. La
recherche érudite nous permet aujourd'hui, par son approche
toujours plus rigoureuse des textes, d'accéder, sinon à la totalité
de l'antique savoir, à tout le moins aux concepts-guides
placés à la fois comme repères et comme piliers spirituels par
leurs auteurs. Dans ce chapitre, nous inclurons les coutumes,
les pratiques chamaniques et les contes qui, dans certaines ethnies,
continuent à véhiculer une part des connaissances par
ailleurs perdues.
2/- A l'issue contemporaine de la pensée alchimique. Le
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HARMONIE CHIMIQUE ET HARMONIE CELESTE @
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Si on étudie l'histoire de l'Hermétisme, on s'aperçoit de prime abord qu'il existe une syntonie profonde entre la mystique
gréco-égyptienne et la pensée alchimique.
Par ailleurs, à l'instar des écrits hermétiques, la mythologie grecque se présente sous les aspects d'un immense labyrinthe
à entrées multiples, dont certaines, très spécifiques,
conduisent au coeur opératif des mystères de l'Hellade.
On sait que Persée, Thésée, Héraklès, personnages-archétypes de ces mystères et hypostases possibles des héros de la
Table Ronde, vont parfois jusqu'au fond du Tartare se mesurer
aux forces du Chaos pour mener à bien leur quête de l'immortalité
Chacun des grands mythes grecs implique, comme les groupes symboliques utilisés par L' Alchimie, plusieurs
niveaux d'interprétation (cf. le Triparecorpsem du Trévisan).
Prenons-en pour exemple la doctrine des sphères. D'origine
purement païenne, on la retrouve christianisée et représentée
sous forme de schéma dans Fludd, le Janitor Pansophus,
Kunrath, etc., sans guère d'explication et, en tous cas, sans
mention de provenance (1).
Réparons un oubli sûrement volontaire en une époque où

1. Cf. la conclusion sur la structure du système solaire et l'état de la matière.
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34 PROPOS SUR LA CHRYSOPEE
nos bons maîtres étaient guettés au détour de leur recherche
par la racaille fanatique de sicaires et d'inquisiteurs au service
de l'Eglise romaine. Disons donc quelques mots de la doctrine
de la chute et de la remontée de l'âme, qui fut l'un des axes
spirituels du monde antique.
L'AME, depuis la huitième sphère où elle vit dans la lux perpetua, porte son regard vers les mondes inférieurs. Elle est
alors attirée par la beauté de sa propre image, dont elle perçoit
les reflets dans les ondes ténébreuses du monde matériel sublunaire
soumis à l'Ananke. Tel Narcisse, elle chute dans son
illusion et devient ainsi prisonnière des ténèbres. Pour retrouver
sa condition première, elle doit remonter à grand peine
vers le plérôme dont elle est issue (1).
Dans le détail de cette histoire, fort simple, résident les clefs de la compréhension de toute une partie de la théosophie
antique. Chaque sphère traversée par l'âme au cours de sa chute
correspond à l'orbe d'une planète, qui est elle-même le trône
d'un des sept dieux cosmiques. Chacune de ces divinités possède,
sur la terre comme dans les cieux, des lieux, des formes
matérielles, des sons, des couleurs qui sont ses attributs, ses
domiciles, ses pouvoirs, ses aspects. Les trois branches d'une
connaissance aujourd'hui rejetée traitaient dans l'ancien monde
des moyens d'accès aux sphères astrales, des possibilités de
connaître les dieux et de dialoguer avec eux, un art où, si l'on en
croit la tradition, les Egyptiens étaient passés maîtres (2).
Ainsi, existait-il trois possibilités de retour vers la lumière première, le plérôme de la gnose:
1/- L'Astrologie, en étudiant les mouvements célestes, en déduisait l'état harmonique ou disharmonique dans l'espace et


1. Pour l'exposé et l'analyse détaillée du mythe, se reporter à Festugière, La Révélation d'Hermès Trismégiste, T. III, p. 7, 17-20, 37-38. La parabole de l'enfant
prodigue utilisée dans les Evangiles canoniques n'est que la version vulgarisée de cette
doctrine.
2. Cf. Jamblique, Les Mystères d'Egypte et aussi la vision du médecin Thessalos traduite par Festugière in La Révélation d'Hermès Trismégiste, T. 1, p. 56.

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HARMONIE CHIMIQUE ET HARMONIE CELESTE 35
dans le temps de l'âme universelle. Cet état engendrait dans le
monde sublunaire un être charnel recélant en lui les conflits et
les accords des différents termes du « chant des sphères »,
conflits dont la résolution permettait au consultant de trouver
la solution à ses maux physiques et spirituels (1).
2/- La Théurgie, par la connaissance intime qu'elle proposait des couleurs, des sons, des parfums et des formes animales
ou végétales, mais aussi, et surtout, des paroles émises
ou écrites, permettait à ses adeptes d'évoquer, grâce au verbe
approprié, les puissances résidant dans les neuf mondes. Ceci
est bien connu et constitue la base de la philosophie occulte (2).


1. Tout astrologue travaille sur un thème individuel qui n'est que l'analyse d'une naissance survenant en un temps et en un lieu profanes. La démarche dont nous
parlons conduit à une étude beaucoup plus générale du thème astral. Elle implique de
réinsérer le temps individuel dans le cycle de l'énergie-temps-conscience universel
impliquant des niveaux de plus en plus vastes jalonnant la réintégration du multiple à
l'Un. Ces mutations ontologiques de la lumière-conscience se développent sur les
rythmes stellaires ou planétaires qu'il appartient à l'astrologue de déterminer, comme
il appartient à l'alchimiste de définir l'intensité, la qualité et la période de ses feux.
Cette démarche, proche parente de l'Alchimie, peut s'effectuer de différentes façons. L'astrologie chinoise, par exemple, se pense, plus que la nôtre, comme une
cyclologie, et peut être la source d'adaptation pratique rapportant à une même origine
des pathologies individuelles en apparence très différentes. Ainsi, trouve-t-elle dans
l'harmonie de la disharmonie des espaces-temps, occupés par les consciences bénéfiques
ou maléfiques, les clefs de la guérison. Dans la nosologie chinoise, une large
place est faite aux Fong (les vents pervers) venant des huit directions de l'espace, ou
aux Kouei (esprits malins), entités utilisant les mutations perverses du cycle énergétique.
La vision traditionnelle de la Chine sur ces sujets est ainsi proche parente de
l'ancienne Gnose et de son idée d'aïon, dont les caractéristiques sont exprimées par
des noms au sens inaccessible dans une sémantique contemporaine souffrant d'indigestion
cartésienne.
Il existe de multiples exemples théoriques et pratiques de ce qui peut être considéré comme des voies d'accès concrètes à une connaissance que nous ne croyons pas,
contrairement à ce qui est souvent affirmé, définitivement perdue. Le monde scientifique,
quant à lui, reprend trop souvent à son compte l'attitude sectaire qui consiste à
ostraciser les démarches par trop étrangères à ses schémas de pensée.
2. Sur la théurgie et la magie, cf. Walter BURKERT, Les cultes à mystères dans l'Antiquité, Paris, 1992. Robert TURCAN, Les cultes orientaux dans le monde romain,
Paris, 1989. André BERNAND, Les sorciers grecs, Fayard, 1991, avec bibliographie
très complète en p. 17 et 18 sur les papyrus magiques. Enfin, Hans-Dieter BETZ et
coll., The greek magical papyri, Chicago, 1985.

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36 PROPOS SUR LA CHRYSOPEE
3/- Enfin l'Alchimie posait la possibilité de parvenir par un travail effectué sur des substances particulières, émanations
de la materia prima, à réintégrer la matière dans son état
purifié et lumineux, cet état recélant en lui les potentialités
infinies du plérôme et investissant, par voie de conséquence,
l'opérateur d'une puissance de guérison sur le monde enténébré
et alourdi par la chute. Recherchée par les Héros, l'immortalité
était le couronnement de la longue quête de l'adepte.
Nous disons l'immortalité, non pas celle d'une chair corporelle
et sujette, de toutes façons, aux lois de l'ananke, mais
bien plutôt celle d'un corps glorieux consubstantiel aux
mondes lumineux dont le gnostique contemplait la nuit les
orbes multicolores. Cette vision ne date nullement du monde
gréco-alexandrin, où l'on ne commence à parler ouvertement
d'alchimie que parallèlement à la disparition progressive des
mystères, mais existe déjà chez les pythagoriciens, qui
tenaient l'âme pour une émanation de la lumière des étoiles.
Dans la pensée pythagoricienne (et platonicienne, cf. par
exemple le Phédon), l'âme doit dépasser la sphère de la lune
sous peine de retomber sans cesse dans des incarnations douloureuses.
Remarquons au passage que le Bouddha, presque
contemporain de Pythagore, ne disait guère autre chose (1).
Mais, nous dira-t-on, qu'a donc à faire l'Alchimie, telle qu'elle est vue en Occident, avec ces spéculations sur l'âme?
Par quelle opération l'alchimiste pourra-t-il traverser les
mondes pour retrouver la terre pure où réside la fleur d'immortalité
que cherchait déjà Gilgamesh ? « Prends la matière vile »,
tel est le leitmotiv de nos bons maîtres, la plus proche donc de
la chute, celle qui dort au fond des gîtes métallifères et au coeur
du monde stellaire: l'âme minérale, la racine de ces métaux
qui, présents dans la terre et dans les océans, constituent aussi


1. Cf. Louis Rougié, La religion astrale des pythagoriciens, P.U.F., 1959. Sur l'ascension des sphères, cf. Pimandre, traduction de Festugière, Paris, 1960, p. 15,
paragraphes 24 et 25.

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HARMONIE CHIMIQUE ET HARMONIE CELESTE 37
la majeure partie de la composition des météorites. Ils servent
aux modernes astronomes pour dater notre univers et, aurait pu
dire un alchimiste de jadis au su de ces recherches, à situer ainsi
le moment de la chute de l'ange cosmique.
Le métal, cette âme du monde, doit donc souffrir au creuset une passion ignée, propre à en dégager les vertus régénératrices
gisant en lui, telle la princesse endormie des fables
anciennes. Les esprits élémentaires éveillés par la puissance
des feux vont alors se manifester aux yeux de l'artiste. Là
réside le « mysterium magnum », « pont chinvat » qui unit mystique
païenne et Alchimie pratique, les couleurs de l'oeuvre, du
noir cimérien au rouge parfait, vont marquer l'ascension de la
matière métallique en même temps que celle de l'opérateur à
travers chacune des sept sphères.
Les textes nous affirment que le blanc, incluant en lui toutes les couleurs, est le parfait accomplissement de l'oeuvre
(Tunc vocaberis sapiens), le rouge représentant un moyen spécifique
d'action sur le monde déchu et la matière métallique
malade. Ceci implique aux stades ultimes de graves dangers
pour l'artiste, qui a accès alors au « coeur du scorpion », le huitième
signe, clef opérative des trois sciences, dont nous avons
parlé plus haut, de ce lieu considéré à tort uniquement sous
son aspect zodiacal; la réalité matérielle est inscrite dans le
666 d'une Apocalypse judéo-chrétienne inspirée des visions
cosmologiques «païennes ». Pourquoi cette image du scorpion
qui apparaît déjà dans le mythe du roi d'Uruk pour lui
indiquer le chemin qui mène à son ancêtre, l'immortel Um
Napishti ? Nous y reviendrons plus tard.
Le scorpion est l'Hadès du zodiaque, cet invisible qui, dans les religions astrales, représente le monde du bas, étymologiquement
l'enfer. L'âme, la « Koré Kosmou », est l'épouse
et la prisonnière de l'archonte invisible qui en est le prince.
Tentons quelques mots d'exégèse sur cette symbolique.
Au temps où « faire ses humanités » signifiait encore
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38 PROPOS SUR LA CHRYSOPEE
quelque chose, des générations d'écoliers ont répété les noms
des cinq fleuves infernaux entourant le sombre royaume
d'Hadès. On aurait tort de prendre pour des détails mythologiques
la géographie du lieu d'en-bas. Le concept des cinq
fleuves dissimule en effet une connaissance précise des
couches profondes de la psyché humaine. Les Chinois nous en
donnent la clef dans leur table des cinq éléments. L'Achéron,
le Léthé, le Cocyte, le Styx et le Pyriphlégéton correspondent
aux cinq planètes inférieures, Mercure, Vénus, Jupiter, Mars,
Saturne; ils représentent les éléments matériels et les piliers
de toutes les manifestations du monde visible, générant santé
ou maladie selon leur harmonie ou leur disharmonie. Les
règles de l'alchimie taoïste -- cf. Annexe IV -- consistent à les
maîtriser et à les utiliser pour atteindre l'état d'immortalité.
Elles font appel pour cela à plusieurs sortes de techniques:
maîtrise du souffle, pratiques sexuelles, qui n'ont rien à voir
avec le Kama-Soutra, mais servent de symboles pour un travail
effectué sur la bipolarité, Yin et Yang -- ce symbolisme
étant également utilisé dans l'iconographie alchimique occidentale.
La fabrication enfin du divin cinabre, la fameuse
pilule d'immortalité que certains souffleurs occidentaux continuent
à regarder comme un substitut absolu de l'aspirine qui
guérirait de tous les maux, la mort y compris.
Dans la vision hellénique du monde, « Hermès psycho- pompe » conduit les morts vers l'Hadès. Les gnostiques naassènes
le représentaient dans leurs hymnes guidant les âmes
bruissantes avec une verge de fer: le sidus des alchimistes,
Hermès-Mercure, est l'entité salvatrice qui arrache au monde
d'en-bas la lumière prisonnière par sublimations (aigles) successives
(cf. aussi le vieil homme du Mutus Liber emmené par
les anges) au son de la trompette du jugement, ce « clangor
buccinae », cette voie ou voix du cuivre qui est le titre même
d'un traité alchimique.
Marquons au passage la parenté évidente entre l'Hermès

**** A T T E N T I O N ****

Fin du texte de ce document, ce document étant sujet à droits d'auteur.

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TABLE DES MATIERES


Quelques précisions sur le titre « la Chrysopée »...... 11 Introduction........................................... 17 Harmonie chimique et harmonie céleste.................. 31 Nature de la pratique.................................. 41 Concept de corruption.................................. 47 Le Dieu de l'alchimie ................................. 51 Le chamanisme.......................................... 63 Images et thèmes alchimiques et chamaniques
dans la tradition populaire russe...................... 89 Hermétisme et Cosmologie............................... 115 Une trouvaille archéologique propre à illustrer
notre propos: une histoire de teinture................. 133 La Chrysopée de Pierre Dujols-Fulcanelli............... 155 La cyclologie babylonienne............................. 209 La Gnose............................................... 215 Quelques mots sur l'alchimie taoïste................... 243 Conclusion ............................................ 257 Notes sur les intailles gnostiques..................... 263
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Composition et mise en page In Folio

---------- Achevé d'imprimer sur les presses de l'imprimerie IBP à Fleury Essonne 91 (1) 69.43.16.16 Dépôt légal: Mars 1995 N° d'impression : 6228 ----------
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Le manuscrit de Pierre Dujols -- Fulcanelli sur la pratique
alchimique est prétexte, pour l'érudit Jean-François Gibert,
à nous offrir les réflexions d'un travail de plusieurs années
auprès de son maître en hermétisme, dont il nous livre les
secrets philosophiques à travers mythes et légendes.

Quels sont les véritables buts de l'Alchimie, et quel or
s'agit-il d'obtenir?

La réponse se trouve dans l'antique savoir des Anciens,
dans les doctrines le plus secrètes du paganisme reprises
et amoindries dans le judéo-christianisme, dans les contes
et coutumes chamaniques, le taoïsme et la mystique
gréco-égyptienne.

Ainsi est abordée le domaine peu connu des corrélations
existant entre la Gnose et l'Alchimie, sa soeur jumelle,
qui seule a survécu. L'étude comparée de leur littérature
le montre aisément.

Face à cette longue lignée apparaît le "matérialisme
pseudo-chimique", voie sans issue selon l'auteur qui nous
invite, afin d'illustrer ses propos, à étudier le manuscrit
sur la Chrysopée de Dujols.

Le lecteur attentif ne manquera pas de faire le
rapprochement avec les ouvrages de Fulcanelli
et retrouveras les doctrines exposées dans ces derniers.

9 782850 766961

ISBN - 285076-696-8
PRIX: 159 F pict DERVY

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