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Réfer. : AL1904E
Auteur : Anonyme.
Titre : Le Pseautier d'Hermophile.
S/titre : envoyé à Philalethe. B. d. Ph. C. T-IV.

Editeur : André Charles Cailleau.
Date éd. : 1754 .


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394 LE PSAUTIER
pict

LE PSAUTIER
D'H E R M O P H I L E,
ENVOYE' A PHILALETHE.
I. T Ous les Philosophes sont d'accord, que l'Oeuvre des Sages, qui est la composition de la Pierre, peut être comparé à
la création de l'Univers ; en effet, cet Ouvrage
de l'esprit & de la sagesse humaine,
représente fort bien l'Ouvrage de l'Esprit &
de la Sagesse divine, qui a créé le monde;
mais il y a cette différence, que Dieu créa
toutes choses, sans avoir besoin d'aucun sujet,
qui servit de matière, ou d'instruments
à son opération, au lieu que le Philosophe
a besoin d'une matière sur laquelle il travaille,
& du feu comme l'instrument & le
conducteur de son Ouvrage.
II. L'Art, qui est le singe de la nature, comme la nature est le Singe du Créateur,
travaille sur un certain cahos, ou corps ténébreux,
& sépare d'abord la lumière des
ténèbres; & comme il ne peut pas créer cette
matière, il l'a reçoit des mains de la nature
& de son Auteur, & de cette seule matière,
il en compose son grand Ouvrage;

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D'HERMOPHILE. 395
dès le commencement le Sage Artiste n'a
d'autre soin que de la préparer avec industrie,
de séparer le subtil de l'épais, & le feu
de la terre, & de tirer de ce cahos, une certaine
humidité mercurielle, brillante & lumineuse,
qui contient tout ce qu'il cherche.
III. Les éléments de la Pierre, qui sont l'eau & le feu, sont contenus dans ce cahos;
le feu & cette eau sont le Soufre & le
Mercure, qui sont les deux pièces & matériaux
nécessaires, pour composer la Pierre
Physique. Ces deux matières sont en toutes
choses, sont par tout & en tout temps; mais
il ne faut pas les chercher indifféremment
partout, ni en toute sorte de sujet, à cause
que la nature les a merveilleusement enveloppés.
Ce qui a obligé tous les Philosophes
à dire & enseigner, qu'il faut quitter toutes
sortes de natures étrangères, & prendre la
nature métallique minérale, & ce au mâle
& à la femelle.
IV. Ce mâle & cette femelle, sont le Soufre & le Mercure, l'Agent & le Patient, le Soleil
& la Lune, le fixe & le volatil, la terre
& l'eau; où le Ciel & la terre, contenus dans
le cahos des Sages, qui est leur sujet primitif,
& dans lequel ils sont conjoints ensemble
naturellement, avant que l'Artiste y ait
mis les mains; mais s'il en veut faire quelque
chose, il est nécessaire qu'il les sépare,
qu'il les purifie; & qu'ensuite, il les réunisse
d'un lien plus fort, que celui que la nature

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396 LE PSAUTIER
leur avait donné; & ainsi d'un, il fait deux,
& de deux un; & par ce moyen, il compose
un cahos artificiel, d'où sortent de suite les
miracles du monde, ou de l'art.
V. Du premier cahos, ou sujet primitif, créé des mains de la nature, l'art sépare &
purifie la matière, & ôte par ce moyen toutes
les impuretés qui sont les obstacles ténébreux,
opposés aux opérations lumineuses
de la nature, & ainsi engendre & fait sortir
de ce cahos Diane & Apollon, ou bien la
Lune & le Soleil qui naissent en Délos, c'est-
à-dire, dans la manifestation des choses cachées;
c'est la première opération, où l'Artiste
compose l'Or vif, où le Soufre des Sages,
& leur Mercure & leur Argent-vif: &
les ayant unis tous deux, il en fait le Mercure
des Sages, dont le père & la mère sont
le Soleil & la Lune.
VI. Le Mercure des Philosophes, est l'enfant du Soufre & de l'Argent vif, suivant
la doctrine du Cosmopolite, & de tous les
Sages: c'est ce Mercure, ou Argent-vif des
Philosophes, qui suffit à l'Artiste avec le feu,
& de ce Mercure seul, on peut faire un Or
de véritable, & bon à toute épreuve; & cet
Or tout de feu, & plein de vie, le faisant
rentrer par une solution nouvelle dans son
cahos, & l'en faisant sortir derechef, on en
compose un Agent qui triomphe de toutes
impuretés métalliques: & l'on le peut multiplier
à l'infini, disent les Sages.

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D'HERMOPHILE. 397
VII. Les Philosophes parlent souvent de leur cahos, auquel ils donnent divers noms,
suivant leur dessein, qui est de cacher leurs
grands mystères, à ceux qui en sont indignes;
on appelle ce cahos, dit Philalèthe,
notre Arsenic, notre Air, notre Lune, notre
Aimant, notre Acier, sous diverses considérations;
il dit aussi que c'est un esprit
tout volatil, & un corps admirable, formé
du sang du Dragon Igné, & du suc de la Saturnie
Végétable, & ce Cahos est comme la
mère des Métaux, & un principe fécond,
dont on peut tirer tout ce que les Sages recherchent,
& même le Soleil & la Lune sans
élixir.
VIII. Le Cahos est le composé des Sages, Philalèthe l'appelle Eau, Air, Feu &
Terre minérale, à cause qu'il contient en soi
tous les Eléments, qui en doivent tous sortir
à leur rang, quoiqu'on n'en voie que deux,
à savoir la Terre & l'Eau, dit le Cosmopolite:
& que tous enfin se doivent terminer
en terre, dit Hermès; c'est cet admirable composé
dont parle Armand de Villeneuve, dans
sa lettre au Roi de Naples, & qu'il appelle
le Feu & l'Air des Philosophes, ou plutôt de
la Pierre, qui est la matière prochaine de cet
air & de ce feu, & qui contient une humidité,
qui court dans le feu, & qui est pierre
& non-pierre.
IX. Ce composé selon Artéphius, & dans la vérité, est corporel & spirituel, à cause

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398 LE PSAUTIER
qu'il participe du corps & de l'esprit, c'est-
à-dire de la portion la plus subtile & la
plus moelleuse du corps & de l'esprit, ou de
l'eau; cet Auteur & Flamel après lui, appellent
ce composé, Corsuffle, Cambar, Duenech;
mais Artéphius ajoute, que son propre
nom, est Eau permanente, à cause qu'elle
ne fuit point dans le feu, ne se sépare
point des corps qu'elle embrasse, & demeure
inséparablement avec eux; & ces corps, dit-
il, sont le Soleil & la Lune, qui sont changés
en une quintessence spirituelle.
X. Les Philosophes parlent diversement de ce composé; les uns disent qu'il est fait
de deux choses, comme Basile Valentin;
les autres veulent qu'il soit fait de trois,
comme Philalèthe, qui enseigne que c'est un
assemblage de trois natures différentes, mais
d'une même origine: d'autres écrivent que
le Cahos dont nous parlons, est semblable
à l'ancien Cahos, qui est composé de quatre
Eléments, qui commencent, dit Flamel, à
déposer l'inimitié de l'ancien Cahos, pour
faire leur paix & leur réconciliation; c'est la
pensée d'Artéphius, & tous ont dit la vérité
sur cela.
XI. Le terme de cahos, est fort équivoque, du moins il se peut prendre en divers
sens; car il y a un cahos général créé de
Dieu, & dont il a tiré toutes les créatures,
c'est-à-dire, les trois règnes de la nature,
animal, végétal, minéral; & chaque règne

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D'HERMOPHILE. 399
a son cahos particulier & naturel, qui est
le sperme de chaque chose: ainsi nous avons
un Cahos minéral, produit des mains de la
nature, qui contient les deux spermes masculin,
& féminin, Soufre & Mercure, lesquels
unis naturellement dans un même sujet,
sont la première matière sur laquelle
l'Artiste doit travailler.
XII. Les Sages ont un autre Cahos, qu'ils tirent dès le commencement, & qu'ils composent
du sujet que la nature leur présente,
disent tous les Philosophes, après Morien;
ne pouvant rien par de-là, dès le commencement
du Magistère, dit Basile Valentin;
ils ont appelé cette substance sensible, mercuriale,
sulfureuse & saline, faite de l'union
des trois principes, lesquels on y a mis
proportionnellement, en dissolvant & coagulant,
selon les diverses opérations de la nature,
que l'art doit imiter, & selon la disposition
de la semence ordonnée de Dieu.
XIII. Paracelse s'accorde avec tous les Philosophes sur ce sujet, qui est la matière
de l'art, & leur fameux Cahos, lorsqu'il dit
que la matière de la teinture Physique, est
une certaine chose, qui se compose de trois
substances, par le ministère de Vulcain; &
il ajoute à cela fort à propos, que ce composé
peut être transmué en Aigle blanc, par
le secours de la nature & par l'aide de l'art:
Raymond Lulle, parle dans ce sens, lorsqu'il
dit, que l'herbe blanche assemblait

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400 LE PSAUTIER
deux fumées, & croissait au milieu des deux.
XIV. L'abbé Synésius, le Cosmopolite & Philalèthe, s'accordent avec tous les autres
au sujet de cette matière, lorsqu'ils la placent
au milieu du Métal & du Mercure; car
elle n'est en effet ni l'un ni l'autre, & participe
de tous les deux, c'est un cahos, ou
un composé fixe & volatil tout ensemble,
c'est ce que les Philosophes ont appelé Hylé,
ou la première eau, & la première humidité
radicale qu'ils tirent & composent du premier
Hylé naturel & minéral, que la nature
avait composé des éléments.
XV. Un Anonyme suivant cette pensée, qui est celle de tous les Philosophes, dit fort
à propos que cet admirable composé se fait
par la destruction des corps, ce que Artéphius
avait fait longtemps auparavant: &
l'Anonyme fort éclairé dans la doctrine de
cet ancien Philosophe, remarque que comme
ce composé se fait par la destruction
des corps, de même l'eau, qui est l'âme, l'esprit
& l'essence du composé, ne le peut faire
que par la destruction du composé, dans lequel
les âmes du corps sont liées, dit Artéphius.
XVI. Nous n'avons besoin, dit Artéphius, que de cette âme, ou moyenne substance des
corps dissous, qui est subtile & délicate, & qui
est le commencement, le milieu & la fin de
l'oeuvre, de laquelle notre Or & sa femme sont
produits,
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D'HERMOPHILE. 401
produits; c'est un subtil & pénétrant esprit,
une âme délicate, nette & pure; un sel &
baume des Astres, dit Basile Valentin; c'est
dit le même, une substance métallique &
minérale, provenant du sel & du soufre,
& deux fois né du Mercure; c'est le haut &
le bas, qui ne sont qu'une même chose,
comme enseigne Hermès, c'est le tout dans
toutes choses, dit Basile Valentin; c'est enfin
l'air de l'air d'Aristée.
XVII. Notre cahos est encore appelé Magnésie, par le Cosmopolite, après Artéphius
qui est composé disent les Philosophes,
de corps, d'âme & d'esprit; son corps
est une terre fixe & très subtile, son âme est
la teinture du Soleil & de la Lune, & l'esprit
est la vertu minérale de ces deux corps;
& cet esprit mercuriel, est le lien de l'Ame
solaire, & le Corps solaire est ce qui donne
la fixation, qui avec la Lune retient l'âme &
l'esprit; & de ces trois bien unis, c'est à
savoir du Soleil & de la Lune, & du Mercure,
se fait notre Pierre; mais auparavant
ce composé doit être purifié dans notre
eau.
XVIII. La purification de ce Cahos est très nécessaire, dit Artéphius, elle se doit
faire dans notre Feu humide, par le moyen
duquel on ouvre les Portes de justice, &
l'on tire le Mercure des Philosophes de ses
cavernes vitrioliques, comme parle Artéphius;
ou bien l'on en tire cette vapeur mercurielle
Tome IV. Ll
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402 LE PSAUTIER
très subtile & très spirituelle, qui se
revêt de la forme d'eau, pour pénétrer les
Corps terrestres, & les empêcher de combustion;
c'est le dissolvant de la nature qui
réveille ce feu interne assoupi, menstrue très
acide, fort propre à dissoudre le Corps, d'où
lui-même a été tiré, avec la doctrine de
tous les Sages.
XIX. Tous les Philosophes disent que leur Mercure est enfermé & emprisonné dans le
cahos du premier Cahos minéral que la nature
leur présente, & qu'il en est tiré & mis
en liberté par le secours de l'art, qui vient
aider la nature, & qui commence où elle a
fini; elle-même lui donne la main, & l'accompagne
par tout à mesure que les esprits
se tirent de l'esclavage du corps, & se séparent
des parties les plus grossières de la matière,
qui demeurent au fond du vaisseau,
comme dit Artéphius, & qui sont incapables
de solution, & tout à fait inutiles, dit ce
même Philosophe.
Ce Mercure ainsi dégagé des liens de sa première coagulation, contient en soi une
double nature, savoir une ignée & fixe, &
l'autre humide & volatile; la première qui
lui est intérieure, est le coeur fixe de toutes
choses, permanent au feu & très pur fils du
Soleil; lui-même feu essentiel, feu de la nature,
véritable véhicule de la lumière, & le
vrai soufre des Philosophes; la seconde nature
qui lui est antérieure, est le plus pur &
le plus subtil de tous les esprits, la quintessence

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D'HERMOPHILE. 403
de tous les Eléments, la première matière de toutes choses métalliques, & le véritable
Mercure des Sages.
XXI. On peut distinguer quatre Mercures différents, contenus dans notre Cahos; le
premier peut être appelé le Mercure des
Corps, c'est le plus noble & le plus actif de
tous, c'est la semence précieuse dont se fait
la teinture des Philosophes, & sans ce Mercure
que Dieu a créé, notre science & toute
philosophie, selon le Cosmopolite, sont vaines;
le second est le Bain & le Mercure de la
nature, le vase des Philosophes, l'Eau philosophique,
le sperme des Métaux, dans lequel
réside le point séminal; le troisième est
le Mercure des Philosophes, qui se fait des
deux précédents, c'est Diane & le sel des Métaux;
le quatrième est le Mercure commun,
non vulgaire, l'air d'Aristée, ce feu secret,
moyenne substance de l'Eau commune à toutes
les matières.
XXII. Dans notre cahos tiré de la nature, & composé des choses naturelles, ce Philosophe
remarque un point fixe, duquel par
dilatation se font toutes choses, & puis par
concentration, il ramène toutes ces lignes à
leur centre, où toutes choses trouvent leur
repos, & une fixité permanente; c'est ce qui
est arrivé dans le premier Cahos du monde,
dont le Verbe de Dieu a été la base, &
comme le point fixe & indivisible, dont toutes
les créatures sont sorties, & où elles
Ll ij
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404 LE PSAUTIER
doivent retourner, comme à leur centre: il
y a aussi un point fixe dans le Cahos minéral,
créé par la nature, & dans celui que l'art compose.
XXIII. C'est de ce point fixe, d'où sont sortis tous les Métaux, leur éclat & une
émanation, ou écoulement visible de cette
lumière qui demeure cachée sous l'écorce de
leur corps terrestre, qui fait ombre à la nature,
dit le Cosmopolite; ce point fixe reste
toujours dans le centre de leur semence, qui
est la même en tous, comme l'enseigne Philalèthe,
après le Cosmopolite; mais il est
invisible, à cause que c'est un pur esprit engagé
dans l'obscure prison des Métaux, &
que dans un corps métallique congelé, les
esprits ne paraissent point & n'opèrent point
que le corps ne soit ouvert.
XXIV. Les semences de toutes choses étaient contenues dans l'ancien cahos que
Dieu a créé, mais elles étaient en confusion,
en repos, & sans mouvement; &
quoique les contraires fussent ensemble,
ils ne se faisaient point la guerre; les semences
métalliques qui sont dans notre cahos
y sont confuses à la vérité, mais elles
sont en paix, & attendent les ordres d'un
Artiste habile, qui dise fiat lux, & qui séparant
la lumière des ténèbres, fasse paraître
la profondeur cachée, & développant
le point fixe séminal, réduise les semences
métalliques de puissance en acte,

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D'HERMOPHILE. 405
& rende l'invisible visible, dit Valentin.
XXV. L'ancien cahos était toutes choses, & n'était rien du tout en particulier;
le cahos métallique produit des mains de
la Nature, contient en soi tous les Métaux,
& n'est point métal; il contient l'Or,
l'Argent & le Mercure; il n'est pourtant ni
Or, ni Argent ni Mercure; la Nature a
commencé ses opérations en lui, la fin a été
d'en faire un métal, mais elle a été empêchée
en son cours, comme parfois elle s'arrête
en chemin, lorsque tâchant de faire un
métal parfait, elle en fait un imparfait,
aussi souvent elle n'en fait point du tout, &
se contente de nous donner un cahos.
XXVI. Dans ce cahos métallique naturel sont contenus le Ciel & la Terre des
Philosophes, mais ils n'y sont point distingués
ni séparés; le haut y est comme le
bas, & le bas comme le haut, afin que l'Artiste
fasse les miracles d'une seule chose, dit
Hermès, les Eléments se trouvant tous ensevelis
& confus, sans distinction, sans action
& sans ordre, tout y est dans un profond silence,
& dans certaines ténèbres qui règnent
dans le limbe des Sages, & qui forment
une véritable image de la mort, sans
aucune marque de vie & de fécondité; ce
qui n'empêche pas que cette terre catholique
ne soit animée, & qu'elle n'ait une vie
cachée, dit Basile Valentin.
XXVII. Le cahos général de la Nature
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406 LE PSAUTIER
était un corps humide, obscur & ténébreux;
le cahos minéral, qui contient les semences
métalliques, est un corps opaque, terrestre
& ténébreux, plein de feu, duquel le Philosophe
par une due séparation & purification,
tire les matériaux, dont il compose
un cahos artificiel, duquel il tire toutes
choses, & même la lumière & les luminaires
métalliques; & d'iceux dissous par
leur propre menstrue, il fait un autre composé,
séparant toujours la lumière des ténèbres
par l'esprit dissolu du Ciel, dit Basile
Valentin; il accomplit la création philosophique
du Mercure & de la Pierre des Sages,
dit Philalèthe.
XXVIII. Le cahos minéral étant ouvert, le Philosophe ayant séparé les Eléments, les
ayant purifiés, & réunis ensuite en forme
d'une eau visqueuse, qui est le cahos, ou
composé Philosophique, il a le bonheur de
voir naître le Soleil sortant du sein de Thétis,
de le toucher, de le laver, le nourrir,
& le mener à un âge de maturité; le
Sage voit des ténèbres avant la lumière, il
en voit après la lumière, il en découvre
encore qui sont avec la lumière; il marie
dans cette opération, dit Philalèthe, le
Ciel & la Terre, & unit les eaux supérieures
aux inférieures.
XXIX. De ce cahos, qui est notre première matière, le Sage sait bien tirer un
esprit visible, qui soit néanmoins incompréhensible,

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D'HERMOPHILE. 407
dit Basile Valentin, cet esprit
est la racine de vie de nos corps, & le
Mercure des Philosophes, duquel on prépare
industrieusement la Liqueur par notre
Art, qu'on doit rendre derechef matérielle,
& la conduire par certains moyens
d'un degré très bas, à un degré de souveraine
& parfaite médecine; car dit cet Auteur,
d'un corps bien lié & solide au commencement,
on en fait un esprit fuyant,
& de cet esprit fuyant à la fin une médecine
fixe.
XXX. Le corps dont nous parlons, & dont on tire cet esprit, que Basile Valentin appelle
une Eau d'or sans corrosion, est si informe,
qu'il ressemble à un véritable cahos, un
avorton & un ouvrage du hasard; en lui
est entée & gravée l'essence de l'esprit dont
il s'agit, quoique les traits en soient méprisables,
ce qui fait que cette matière catholique
est méprisée & payée à vil prix
par ceux qui n'en connaissent pas la valeur;
mais si les ignorants la regardent avec
mépris, les Sages & les Savants l'estiment
uniquement, & la considèrent comme le
berceau & le tombeau de leur Roi, dit Philalèthe.
XXXI. L'esprit ou Mercure des Philosophes qui se tire du corps dont il s'agit,
se trouve dans le Mercure vulgaire & dans
tous les autres Métaux; mais c'est un égarement
de l'y chercher, puisqu'il est

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408 LE PSAUTIER
plus proche & plus facile dans notre sujet,
où le Mercure & le Soufre se trouvent
avec leur feu & leur poids, & dans lequel
les deux serpents ne s'embrassent que très
faiblement; mais on ne peut rien faire sans
un agent, capable de dissoudre & vivifier
le corps, manifester sa profondeur cachée,
débrouiller le premier cahos, & faire sortir
la lumière.
XXXII. Cette lumière sort du cahos avec le feu dont elle est revêtue; ce feu
extrêmement subtil s'attache à l'air dont il
se nourrit: cet air embrasse l'eau,
l'eau s'unit à la terre, & tout cela donne
un nouveau composé, lequel étant corrompu
de nouveau dans la seconde opération,
l'eau sort de la terre, l'air sort de
l'eau, & le feu ou le soufre des Philosophes
sort de l'air: & ce feu fixe, qui paraît
en forme de terre, étant purifié sept
fois, devient un être qui a plus de force
que la Nature même n'en a; cet esprit est
l'air de l'air d'Aristée, c'est l'eau, le feu
& la terre du cahos des vrais Philosophes.
XXXIII. Ces quatre natures élémentaires ne sont qu'une même chose tirée du
premier composé où elles étaient dans la
confusion; elles ne sont après cette extraction
qu'un être tiré des rayons du Soleil &
de la Lune; & c'est le second composé,
dont la fécondité dépend des deux principes
actifs, savoir le chaud & l'humide; ce
composé
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D'HERMOPHILE. 409
composé est appelé air, à cause qu'il est
tout volatil, & c'est le vrai Mercure des
Sages; c'est un feu dévorant, & le plus actif
de tous les agents ; c'est un air épaissi,
dont non seulement tous les Métaux, mais
tous les Mercures des Métaux, sont engendrés.
XXXIV. Cet être, unique composé de quatre substances, de trois ou de deux, desquels
la troisième est cachée, dit Basile Valentin,
est le vaisseau d'Hermès, du Cosmopolite,
ou les Colombes de Diane de
Philalèthe; c'est l'air qu'il faut pêcher, selon
Aristée, qu'il faut ensuite cuire, dit le
Cosmopolite; c'est une seule essence qui accomplit
d'elle-même le grand Oeuvre, par
l'aide d'un feu gradué, qui en est la nourriture,
& un composé qui tient le milieu
entre le Métal & le Mercure, dit Philalèthe;
c'est l'enfant philosophique, né de l'accouplement
du mâle vif & la femelle Vive,
qui doit être nourri d'un lait propre.
XXXV. Cet enfant des Philosophes est au commencement plein de flegmes, dont
il doit être purifié, comme dit Flamel,
après La tourbe; il doit être ramené à sept
diverses fois à sa mère, qui est la Lune
blanche, dit Hermès; il doit être lavé,
nourri & allaité du lait de ses mamelles,
& recevoir son accroissement & sa force
par les imbibitions dit Flamel, & être perfectionné
par les aigles volantes de Philalèthe;
Tome IV. M m
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410 LE PSAUTIER
ces aigles, comme dit le même, se
font par la sublimation & par l'addition du
véritable soufre, qui aiguise cet enfant,
ou Mercure, d'un degré de vertu à chaque
sublimation.
XXXVI. Cette sublimation philosophique renferme toutes les opérations des Sages,
& cette sublimation dans le sentiment
de Geber, d'Artéphius, de Flamel & de Philalèthe,
n'est autre chose que l'exaltation
ou dignification d'une substance, ce qui se
fait, lorsque d'un état vil & abject elle est
élevée à l'état d'une plus haute perfection;
ce qui n'empêche pas qu'on ne reconnaisse
en notre Mercure un mouvement d'ascension
& de descension dans le premier Ouvrage,
qui est la préparation du Mercure,
en quoi gît toute la difficulté, le reste est
un jeu d'enfant, & oeuvre de femme.
XXXVI. La sublimation est, selon Geber, l'élévation d'une chose sèche, avec adhérence
au vaisseau par le moyen du feu:
peu de gens ont compris cette définition, à
cause qu'il faut connaître la chose sèche,
le vaisseau & le feu; l'Auteur du Commentaire
des Vers Italiens de Franc marc Antonio
Chinois, paraît embarrassé sur ce sujet,
voici quel est le vrai sentiment de tous
les Philosophes: la chose sèche est notre
aimant, qui attire naturellement son vaisseau,
qui est l'humide, car le sec attire
l'humide, & l'humide tempère le sec &

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D'HERMOPHILE. 411
s'unit à lui par le moyen du feu, qui participe
de la nature de l'un & de l'autre.
XXXVIII. Le vase & la chose sèche s'embrassent avec adhérence, parce que nature
embrasse nature, comme il est dit dans
La tourbe & chez Artéphius, & parce que
le vaisseau tient lieu de femelle, & la chose
sèche lieu de mâle; l'un est le Soleil, &
l'autre est la Lune, l'un est l'Or vif des
Sages, & l'Argent vif des Sages, qui sont
unis par le feu, qui leur est propre,
qui est de leur nature, & qui est tiré d'ailleurs
que de notre matière; ce feu & ce
vase & cette chose sèche sont trois, & ne
sont qu'un, ils sont tous trois Mercure,
Soufre & Sel, & tous trois dans un même
sujet métallique.
XXXIX. Ce Sel, ce Soufre & ce Mercure, qui sont le corps, l'âme & l'esprit,
sortent tous trois du cahos, d'où ils étaient
en confusion, ou plutôt de la mer des Philosophes;
& c'est là le trident de Neptune,
qui ne sortirait pourtant point de ses profonds
abîmes, si Eole ne faisait par ses
vents exciter des tempêtes sur la mer; c'est
par le moyen de ces vents mercuriels, sulfureux
& salins qu'on émeut la mer des Philosophes
jusque dans le centre, & qu'enfin
après que les parties sont d'accord, on marie
Eole à la Belle Dejopée.
XL. Neptune n'est pas plutôt sorti du centre de la mer, qu'il apaise tous les vents,
M m ij
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412 LE PSAUTIER
& fait un calme général avec son trident,
& puis rentre dans ses abîmes humides;
c'est ce que Flamel a voulu dire dans sa
sixième Figure, où il dit que dans cette
occasion notre Pierre est si triomphante en
Siccité, que d'abord que Mercure la touche,
nature se jouissant de sa nature se joint à
elle, & attire son humide pour le joindre
à soi, par l'apposition du lait virginal, dont
il parle dans la quatrième Figure.
XLI. Ce Trident neptunien ne serait jamais sorti de la Mer philosophique, si un
trident venteux & vaporeux n'avait pénétré
la Mer pour tirer ce Roi à triple couronne,
nageant dans les eaux; c'est dans cette occasion
où le Philosophe aiguise & excite le
passif par l'actif; que par les principes vivants
il ressuscite les morts, comme dit Philalèthe,
& qu'un principe donne la main à
l'autre, comme dit le Cosmopolite, après
quoi les principes mariés & élevés sont
nourris de leur chair, & sang propre, dit
Basile Valentin.
XLII. Le sec embrassant le vaisseau qui le contient, étant monté au Ciel par la
sublimation philosophique, & le sel terrestre
étant devenu céleste, le céleste descend en
terre pour aller sucer le lait des mamelles
de sa mère, qui est la terre, ou de sa
nourrice, qui est une terre, qui prend soin
de nourrir l'enfant philosophique, lequel
ayant pris sa nourriture, & engraissé de ce

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D'HERMOPHILE. 413
lait succulent remonte au Ciel, & par ce
moyen montant à diverses reprises, & descendant,
il prend la vertu des choses supérieures
& inférieures.
XLIII. C'est ici le Ciel terrestre de Lavinius, qui se perfectionne par ses ascensions;
& descensions; c'est le mariage du Ciel &
de la terre, sur le lit d'amitié, selon Philalèthe;
c'est là ce Palais Royal, qu'on bâtit &
qu'on enrichit par le flux & le reflux de la
mer de verre, pour y loger le Roi, comme
parle Basile Valentin; ce sont les imbibitions
de Flamel, le sceau de l'enfant dans
le ventre de sa mère, & de la mère dans le
ventre de son enfant, selon Demagoras,
Senior, & Haly; la mère nourrit son enfant,
& l'enfant nourrit sa mère, ainsi ils
s'aident l'un l'autre, s'augmentent, & multiplient,
comme dit Parmenides.
XLIV. Cette mère est la Lune; l'enfant est le Mercure des Sages, que l'on appelle
crachat de la Lune, en la tourbe; c'est cette
Lune, qu'il faut faire descendre du Ciel en
terre, comme dit Paracelse: cette Lune étant
pleine ressemble au Soleil, & porte le Soleil
dans son sein; ce mercure se charge de porter
la teinture de son père & de sa mère, &
lors ayant perdu toutes ses plumes, il tombe
dans la Mer, & puis les eaux se retirant, dit
Basile Valentin, il se change en terre, où sa
force est entière, dit Hermès; ce qui comprend
trois tours de roue de Riplée, & les tours de
M m iij
@

414 LE PSEAUTIER
main de Basile Valentin dans le premier, &
deuxième ouvrage de tout le Magistère.
XLV. Ce Mercure philosophique n'est autre chose que les dents du Serpent, que
le vaillant Thésée, dit Flamel, sèmera dans
la même terre, d'où naîtront des Soldats,
qui se détruiront enfin. Eux-mêmes se faisant
par apposition résoudre en la même
terre, laisseront emporter les conquêtes méritées.
Cette apposition enferme toutes les
opérations, que les Philosophes renomment
en tant de sortes; & l'on voit dans cette occasion
la vérité de ce qu'enseigne Flamel, que
notre Pierre se dissout, se congèle, se nourrit,
blanchie, se tue, & se vivifie soi-même; c'est
le sang du Lion, & la glu de l'Aigle de
Paracelse.
XLVI. Ce sang du Lion se trouve avec la glu de l'Aigle, profondément caché dans
notre sujet, qui est l'Ile de Colchos; ils y sont
naturellement comme dans leur propre sel,
qui leur sert de matrice, & de minière,
comme dit le Cosmopolite; ils sont la véritable
toison d'or, gardée par des taureaux,
jetant feu & flamme par les narines, sur lesquels
la belle Médée doit verser sa précieuse
liqueur, qui les abreuve & endort; & par cette
précieuse liqueur, les taureaux sont assoupis,
la toison enlevée par Jason; ou plutôt par
ce menstrue philosophique, le corps est dissous,
& l'âme est délivrée des liens du corps,
& est changée en quintessence.
XLVII. Cette Toison est la semence métallique,
@

D'HERMOPHILE. 415
que Dieu a créé, & que l'homme ne
doit pas présumer de faire, mais qu'il doit
tirer du sujet où elle est; Basile Valentin la
décrit en ces termes: premièrement, dit-il,
l'influence céleste, par la volonté & le commandement
de Dieu, descend d'en haut, &
se mêle avec les vertus & propriétés des
Astres; d'icelles mêlées ensemble, il se forme
comme un tiers, entre terrestre & céleste:
ainsi est fait le principe de notre semence;
de ces trois se font l'eau, l'air, la
terre, lesquels par le moyen du feu bien appliqué,
engendrent une âme de moyenne
nature, un esprit incompréhensible, & un
corps visible; dit Basile Valentin.
XLVIII. Cette semence métallique est le grain qui nous est nécessaire, & qu'il faut
chercher dans un sujet, où la nature l'a mise
fort près de nous; ce sujet dans le sentiment
de tous les Philosophes, est notre airain,
notre or, notre pierre, dont parle
Sendivogius, Philalèthe, Pythagore; & nous
obtiendrons cette précieuse semence, dit
Basile Valentin, si nous rectifions tellement
le Mercure, le soufre & le sel, que l'âme,
l'esprit, & le corps soient unis inséparablement;
& tout cela n'est autre chose que la
clef de la vraie Philosophie, & l'eau sèche
conjointe avec une substance terrestre
faite de trois, de deux, & d'un.
XLIX. Cette semence, ou ce grain, ne se tire pas d'aucun autre sujet, que de celui,
M m iiij
@

416 LE PSAUTIER
que nous venons de nommer notre or, sans
hyperbole: & de ce même sujet on ne peut
le tirer, que par dissolution, & cette dissolution
se fait par soi-même, ou par le sujet
qui lui est semblable, ou plus proche; la nature
aussi lui a pourvu d'une aide, qui est de
sa chair, & de son sang; ainsi que nous enseignons
que le sperme masculin mis dans sa
matrice, y trouve un dissolvant de sa nature
qui à la façon d'un Aimant, attire la semence
du sperme, qui est de sa nature & essence.
L. La dissolution, qui nous est nécessaire, pour avoir ce bon grain, ou semence, est
très difficile à faire; car elle ne se peut faire,
que par le moyen d'une liqueur précieuse qui
est une Eau d'or, & un menstrue philosophique;
& cette liqueur n'est pas facile à trouver,
ou à tirer du sujet où elle est; il faut
un Aimant philosophique, qui est de la nature
du grain qu'on veut tirer de notre sujet
par ce dissolvant, & de la nature même
du dissolvant qu'on demande, & qu'on
veut acquérir pour tirer ce grain, où l'on
peut voir comme notre art suit, & imite la
nature.
LI. On peut remarquer, que dans notre Ouvrage il n'y entre rien d'étranger, car
ce grain ou semence métallique, est de la
nature du dissolvant qu'un Anonyme appelle
essentiel & ce dissolvant essentiel, est de la
nature de cet aimant métallique, qu'un Anonyme
appelle menstrue minéral, uni au végétable,

@

D'HERMOPHILE. 417
& tiré par lui, comme Ganimède par
Jupiter; & ces deux unis à celui qu'il appelle
essentiel, servent pour dissoudre radicalement
un corps qui est l'or, sans ambiguïté,
& d'icelui dissout il apparaît qu'on tire un
esprit mûr, par un esprit cru.
LII. Ce sujet où nous cherchons la semence, est un Or philosophique, & non pas
l'Or vulgaire, & cela pour deux raisons, la
première est que l'Or vulgaire n'a point d'ordure
qu'il soit besoin d'ôter, pour trouver
ce grain, ou cette semence métallique: puisqu'il
est tout pur, & sans aucun mélange
d'impureté; sa seconde raison est que l'Or
vulgaire est tour semence, & si on se servait
de lui, il n'y aurait qu'à le réincruder,
volatiliser, & spiritualiser, de manière qu'il
peut pénétrer les corps & se joindre à eux
par ses moindres parties: si l'Or avait cela,
il ferait la Pierre.
LIII. Ceux qui ont dit, qu'il fallait chercher la semence métallique, ou le grain fixe,
dans l'Or vulgaire, ne sont pourtant pas éloignés
de la vérité, pourvu qu'on les entende
avec un grain de sel, puisqu'il y est effectivement
& qu'on peut l'y trouver par le
moyen d'une eau philosophique, dans laquelle
il se fond comme la glace dans l'eau
chaude, & dans laquelle il perd sa forme naturelle,
pour en prendre une nouvelle, plus
noble & plus excellente & c'est alors que le
trésor caché, est découvert, c'est le centre
révélé.

@

418 LE PSAUTIER
LIV. La semence métallique que nous cherchons dans l'Or des Sages, est un esprit
subtil & pénétrant, c'est une âme pure, nette,
& délicate réduite en eau, & un sel &
baume des Astres, lesquels étant unis
ne font qu'une eau mercurielle: or cette
eau doit être amenée au Dieu Mercure qui
est son père, pour être examinée, & alors
le père épouse sa fille; & par ce mariage ils
ne sont plus deux, mais une seule chose,
qu'on appelle huile vitale, ou incombustible,
& à la fin Mercure jette ses ailes d'Aigle, &
déclare la guerre au Dieu Mars.
LV. Le Mercure, qui est père de cette eau, qu'on lui amène pour être son épouse,
l'embrasse dans cette qualité, à cause que
cette eau est encore un Mercure, & de cette
manière il paraît qu'on amène Mercure à Mercure
avec cette différence, que le Mercure
qui est amené comme épouse, est le Mercure
des Sages, qui est la mère de tout le
thelesme: & celui à qui on l'amène, est le
Mercure des corps, père de tout le thelesme
père, enfant, frère, époux du Mercure
des Sages: ainsi les natures se poursuivent
& les parents se marient ensemble.
LVI. Dans ce mariage philosophique, on conjoint Mercure à Mercure, & on amène
aussi le feu au feu, aussi bien que Mercure
à Mercure; on marie le feu au feu, car
le Mercure des Sages porte ce feu, ou le
soufre dans son sein: & le Mercure des
corps est encore tout plein de ce feu sulfureux,

@

D'HERMOPHILE. 419
qui brûle dans l'eau; & dans cette rencontre,
une nature apprend à l'autre à ne
point craindre le feu, & à se familiariser
avec lui; ainsi l'eau qui craignait le feu,
apprend à rester avec lui, & le Mercure qui
le fuyait devient son ami.
LVII. L'eau, dont nous parlons ici, est l'Azoth, qui sert à laver le laiton, & le laiton
que nous devons laver est notre sujet, ou notre
airain, ou Or rouge, qu'il faut blanchir, en
rompant les livres ; cette eau céleste est tirée
des montagnes du Mercure, & de Venus, par
adhérence du sec à l'humide, par le moyen
de la chaleur; & la chaleur unie à l'humide
fait couler un ruisseau d'eau chaude sèche
& humide; & cette eau est la grande ouvrière
en notre art, elle dissout les corps
durs, subtilise l'épais, & purifie les impurs,
comme la terre.
LVIII. J'ai dit Laton ou laiton, car les Philosophes ont leur Latone aussi bien que leur
laton, l'un dit qu'il faut blanchir le laton
qui est immonde, l'autre dit qu'il faut laver
Latone qui est obscure, & ceux qui ont
confondu ces deux choses, contenues en
Rebis, n'ont pas moins erré, que ceux qui
ont cru que c'étaient deux choses, qui étaient
d'une nature différente; car quoiqu'elle se
trouve dans le sujet, qui est le cahos de l'art,
& qu'ils y soient comme mâle & femelle, &
que de leur semence doive sortir le fils du
Soleil & de la Lune, par leur union parfaite,
ils ne sont qu'un en Essence.

@

420 LE PSEAUTIER
LIX. Ce Rebis, ou cahos de l'Art, ou Ciel terrifié, ne peut servir de rien, sans
le secours du feu de l'Azot, mais ces
deux-là qui composent la liqueur de notre
Art, & qui sont l'huile vitale, lui suffisent
tant pour le laver & le purifier, que pour
le rendre fécond par la séparation des deux
sexes, & par leur réunion entière; car il
en sort un fort bel enfant, après en avoir
ôté les ordures, & cet enfant doit être nourri
du sang de son père, & du lait de sa
mère, & lors ce sang & ce lait mêlés ensemble,
prendront la couleur d'une quintessence
dorée.
LX. Nous avons, dit un Philosophe, dans ce Laton, deux natures mariées ensemble,
dont l'une a conçu de l'autre, & par cette
conception, elle s'est convertie en corps de
mâle, & l'autre en celui de femelle; de sorte
qu'on ne saurait distinguer l'une de l'autre,
par leurs vêtements extérieurs, quoiqu'on
doive les séparer, pour les reconnaître, & les
réunir, pour n'être plus qu'un inséparable,
après les avoir dépouillés de tous leurs vêtements,
& les avoir réduits à la nudité naturelle:
c'était auparavant deux corps en
un, où l'Androgyne des Sages, & après c'est
Diane toute nue.
LXI. Lorsque Diane est toute nue, & Apollon de même, on les distingue facilement,
& rien n'empêche leur légitime conjonction
pour la procréation du Soleil, qui

@

D'HERMOPHILE. 421
est leur enfant; mais pour réveiller leur fécondité,
& les rendre propres à la génération,
il a fallu les animer, en les purifiant
avec l'huile vitale, qui est l'eau de la Pierre,
dit un Philosophe; il a fallu diviser le corps
coagulé en deux parties pour en tirer cette
huile vitale, ou ce lait destiné à la nourriture
de l'enfant nouveau-né, qui contient
en soi les deux Sexes, & les assemble en unité
de nature & d'essence.
LXII. Notre Laton est rouge dans son commencement, mais il nous est inutile, si
la rougeur ne se change pour faire place à
la blancheur: mais si une fois il est blanchi,
il est de très grand prix, enseigne d'Astin:
mais comme dit ce Philosophe, avec tous
les autres, la première couleur qui paraît
dans la corruption de notre sujet, est la
noirceur, après laquelle vient la blancheur,
& ensuite se fait voir la rougeur claire &
brillante, & pour lors dit la savante Marie,
son obscurité s'étant retirée, ce laton se
change en pur or, & ce qui lui procure cette
blancheur, & splendeur est notre azoth.
LXIII. L'azoth, qui a été formé du limon resté après la retraite des eaux du déluge,
comme le Serpent Python, est vaincu par
les flèches d'Apollon, qui sont les rayons de
notre Soleil ou par la force de notre airain,
qui enfin devient le maître, & se faisant justice,
le rend sec de première couleur orangée
rouge; il ôte même la robe blanche à l'Azoth,

@

422 LE PSEAUTIER
qui en devient si changé qu'il prend la
couleur & la nature de notre airain, & tout
se fait rouge dit le docte Parmenides; &
c'est signe que le Seigneur a fait son temps,
& qu'après le temps, suit l'éternité fixe &
incorruptible.
LXIV. Apprenons ici de Morien, qu'il faut bien laver ce corps immonde, qui est
le Laton, qu'il doit être desséché & blanchi
parfaitement & l'on doit lui infuser une
âme, & lui ôter toute son ordure, afin qu'après
la mondification, la teinture blanche
entre en lui; car ce corps étant bien purifié
l'âme entre d'abord dans ce corps, & il ne
s'unit jamais à un corps étranger, ni même
au sien propre s'il n'est pur & net; car les
superfluités qui se trouvent dans nos corps,
quoiqu'elles ne soient pas en grande quantité,
empêchent leur union parfaite.
LXV. On ne lave le Laton, que pour le rendre propre à embrasser sa Latone, &
s'unir avec elle d'une union indissoluble;
mais comme l'un porte le feu & l'autre contient
l'eau on doit bien purifier l'un & l'autre
de leurs immondices naturelles; il est
vrai qu'ils se trouvent tous dans notre androgyne,
mais comme c'est un cahos, où
les éléments sont plutôt confondus, qu'ils ne
sont unis, on ne saurait les unir fortement
sans les purifier, ni les purifier sans les séparer,
ni les réparer sans détruire le composé;
il faut le diviser en partie, & séparer
ainsi les éléments.

@

D'HERMOPHILE. 423
LXVI. Comme notre Pierre doit naître de ce cahos, ou masse confuse, dans laquelle
tous les éléments sont confus, il est
nécessaire de séparer la terre du feu, & le
subtil de l'épais, comme dit notre père Hermès,
le subtil monte en haut avec l'air, &
l'épais demeure au fond avec le sel ; mais la
terre contient le feu avec le sel de gloire,
& l'air se trouve avec l'eau; on ne voit
pourtant que la terre & l'eau; ôtez donc
le flegme de l'eau, & la pesanteur de la terre,
les éléments seront purs & bien unis.
LXVII. Cette union, ou conjonction des éléments purifiés, est la seconde opération
de la Pierre, qui se trouve après la mondification,
& la Pierre se trouve parfaite, si
l'âme est fixée dans le corps ; mais comme
ce n'est que le terme du premier Ouvrage,
la matière est bien parfaite, & on a l'Or vif,
& le soufre incombustible; mais il n'est pas
teingeant, & l'on doit tourner la roue pour
la seconde & troisième fois, avec le même
soufre, qui sert de ferment, mais le premier
Ouvrage fini, commence le second,
ou la sublimation philosophique est nécessaire,
afin que le fixe soit fait volatil, & le
corps esprit.
LXVIII. Dans le premier Ouvrage, qui comprend plusieurs opérations, on ne travaille
qu'à volatiliser le fixe, & à fixer le volatil,
ressusciter le mort, & tuer le vif; &
son terme est lorsque le tout est réduit en

@

424 LE PSAUTIER
poudre fixe, qui est Or pur, meilleur que
celui des minières; sans lui, on ne saurait:
avoir la Pierre, quoiqu'il ne soit pas la Pierre;
la Pierre est pourtant en lui, comme dans
son berceau: il n'est pas Or vulgaire; car il
est plus pur, & n'est qu'un pur feu en Mercure;
on peut néanmoins le fondre & le débiter
pour Or vulgaire, car il est Or à toute
épreuve.
LXIX. Dans le second Ouvrage, qui est la multiplication de cet Or, l'Or est augmenté
en quantité par addition de nouvelle
matière; & l'Or sert de levain à sa propre multiplication,
par une simple digestion de ce
levain avec la farine & l'eau métallique, on
fait de l'Or, & le levain sert toujours de minière;
les Philosophes procèdent encore autrement;
ils élèvent leur Or ou levain en
degrés, & l'augmentent si bien en qualité
qu'il surpasse l'Or, & devient teingeant &
fondant; & c'est ce qu'on appelle Pierre, qui
se multiplie à l'infini.
LXX. L'eau métallique qui revivifie l'Or fixé, à la fin du premier ouvrage, est cette
huile vitale, dont parle un Anonyme, &
qui est uni à l'essentiel, au minéral & au
végétable; pour être comme il est, le dissolvant
radical de l'Or; c'est cette huile dont
les Philosophes font bonne provision, afin
qu'il ne le manque pas au besoin: comme elle
fit aux Vierges folles; cette huile est l'eau
de la Pierre, tirée d'elle en la première opération,
ration,
@

D'HERMOPHILE. 425
dit le Sage Jardinier: sans cette eau
rien ne se fait dans le second Ouvrage, &
le premier ne se fait pas sans elle; cette eau
est un feu, car elle le porte, & sur elle est
porté l'Esprit du Seigneur.
LXXI. En cette eau consiste le plus grand secret des Sages, nous avons dit que c'était
l'eau de la Pierre, quoiqu'il soit vrai, qu'elle
n'est pas dans un sens l'eau de la Pierre,
c'est une eau mercurielle: mais ce n'est pas
le Mercure des Philosophes, c'est plutôt le
Mercure du Mercure de la nature, le bain
marie des Sages, le feu humide & secret
d'Artéphius, le vase des Philosophes, auquel
la chose sèche adhère dans la sublimation;
c'est le sperme des Métaux, l'Humide
radical, l'Eau Philosophique d'Hermès, qui
suffit, avec une seule chose; cette eau lave
le laton, & dissout l'Or parfaitement.
LXXII. La chose unique qui suffit avec notre eau hermétique, est la terre Vierge,
qui contient les quatre Eléments, c'est notre
première matière; savoir, un Corps
solide, & le commencement de l'Oeuvre
comme dit Basile Valentin; c'est de cette
chose si cachée & si précieuse, dont se fait
uniquement tout notre ouvrage, & laquelle
se perfectionne en elle-même; n'ayant besoin
que de la dissolution, sans addition
d'aucune chose étrangère: cette chose est
notre pierre, qui n'a besoin que du secours
de l'Artiste; c'est cet airain, que Dieu nous
Tome IV. N u
@

426 LE PSAUTIER
a créé, qu'on peut aider, détruisant son
corps cru, & tirant le bon noyau.
LXXIII. Si la dissolution de notre corps, qui est l'airain susdit est nécessaire, la congélation
de l'eau mercurielle resserrée dans
les liens de la pierre Saturnienne, ne l'est
pas moins, & pour toutes les différentes
opérations, la putréfaction est absolument
nécessaire; cette putréfaction se fait par le
moyen d'une petite chaleur, afin que la
pierre se putréfie en soi-même, & se résolve
en sa première humidité; que son esprit invisible
& teingeant, où le pur feu de l'Or,
enclos dans le profond d'un sel congelé, soit
mis au-dehors, & que son corps grossier
étant subtilisé, soit uni indivisiblement avec
son esprit.
LXXIV. Il n'y a aucune autre eau sous le Ciel qui soit capable de dissoudre notre
airain, excepté une eau très pure & très
claire, laquelle dissout sans corrosion; cette
eau s'échauffe elle-même à la rencontre du
feu, qui lui est homogène; c'est l'eau dissolutive
& permanente, & la fontaine du rocher,
dont les Philosophes ont parlé diversement;
il ne faut pas s'étonner, si cette
eau dissout l'airain, à cause qu'elle est de sa
nature: car l'airain est l'Or sans ambiguïté,
& cette eau est une eau d'Or, laquelle transmue
le corps en soi; en sorte que tout devient
eau, & puis transmué en corps, est
corps.

@

D'HERMOPHILE. 427
LXXV. Il sort une eau de notre airain, qu'Arisleus appelle eau permanente; c'est elle
qui gouverne le corps, & qui pourtant est
gouvernée par lui; car elle le rompt, elle le
brise, & le corps la tue & la fait mourir; elle
le réduit en eau, & lui la réduit en terre;
mais il faut qu'elles soient mêlées ensemble
par le feu d'amitié. Il faut continuer ce
procédé jusqu'à ce que tout soit fait rouge;
c'est ici l'airain brûlé & la fleur, ou levain
de l'Or; & par un prodige étonnant, cet
airain est brûlé par l'eau & lavé par le feu,
& on voit en tout cela, l'accord des Eléments,
& l'accord de tous les Philosophes.
LXXVI. Les Philosophes ont appelé l'eau, dont nous venons de parler, un serpent
qui mort sa queue; mais les envieux,
dit Parmenides, ont parlé de plusieurs manières
d'eaux, de bouillons, de pierres & de
Métaux, pour détourner les ignorants, quoiqu'il
soit vrai, dans un sens, qu'en tout ceci,
il y a eau, bouillon gras, pierres & Métaux;
& qui entend cette doctrine, entend
ce qu'il y a de plus fin dans notre Art; &
de plus difficile dans notre ouvrage & dans
nos matières; mais laissez tout cela, & prenez
l'eau vive, puis la congelez dans son
corps & son soufre qui ne brûle point,
tout sera blanc.
LXXVII. Tout sera blanc; dit Parmenides, & vous ferez nature blanche; sachez
dit Arisleus, que tout le secret est l'art de
N n ij
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428 LE PSAUTIER
blanchir; or ce blanchiment est un pas fort
difficile, dit Flamel, il ne se peut faire sans
eau, dit Artéphius: car c'est elle qui lave le
laton, c'est cette eau qui fût montrée à
Sictus, & que ce Philosophe assure être pur
vinaigre, très aigre, qui a le pouvoir de
donner la couleur blanche & rouge au corps
noir, & le revêt de toutes les couleurs qu'on
peut imaginer qui convertit le corps en esprit;
c'est le vinaigre des Montagnes, qui
défend le corps de combustion, car sur le
feu il se brûle sans ce vinaigre.
LXXVIII. Ce vinaigre très aigre est notre eau première, & le vinaigre des Montagnes
du Soleil & de la Lune, ou plutôt de
Mercure & de Venus; c'est une eau permanente,
à cause qu'elle demeure constamment
unie à notre corps, ou à nos corps de
Soleil & Lune, lorsqu'elle les a dissous radicalement;
& notre corps reçoit de cette
eau, une teinture de blancheur si spéciale &
si éclatante, qu'elle jette ceux qui la contemplent
en admiration: cette eau si blanche,
tient du Mercure & du Soufre; elle
est Soleil & Lune en dedans, comme le
corps est en dehors, elle blanchit notre airain,
et dissout le corps fort amiablement.
LXXIX. L'eau qui dissout notre corps si amiablement, est une eau qu'on peut appeler
la première, quoiqu'il y en ait de plusieurs
sortes qui l'aient précédée, mais elles
sont hétérogènes, & ne sont point comptées

@

D'HERMOPHILE. 429
dans notre ouvrage; elles ne sont pas du
nombre de nos menstrues homogènes, comme
est notre eau blanche première, dissolutive
qui est Métallique, Mercurielle, Saturnienne,
Antimoniale, ainsi qu'en parle
Artéphius: cette eau blanchit l'Or, c'est-à-
dire notre laiton, & le réduit en sa première
matière, qui est le Soufre & le Mercure,
qui brillent comme un miroir.
LXXX. Ce Soufre & ce Mercure qui restent après la dissolution du corps cru, &
qui brillent comme une Glace de Cristal bien
polie, sont tirés de ce corps cru, par le
moyen d'une eau, ou fumée blanche intérieurement,
mais qui est dans son commencement
couverte des ténèbres de l'abîme; &
ces ténèbres sont chassés par l'Esprit du Seigneur,
qui se meut sur les eaux, qui ont
été créés avant l'arrangement des parties du
cahos, lorsque le Ciel & la terre furent
faits; cette eau première dissolutive du corps,
est une eau claire & sèche, c'est un Mercure
de la nature, qui, dissolvant, tire le
Mercure du corps.
LXXXI. Ce Mercure tiré du corps cru, est grossier; mêlé avec ce mercure ou eau
dissolvante & première, il compose & fait le
double Mercure, du Trévisan, l'Or composé
de Philalèthe, ou le rebis des Philosophes,
ou le poulet d'Ermogène, ou le Mercure
des corps, qui se dispose par ce degré
à devenir Mercure des philosophes, par le

@

430 LE PSAUTIER
moyen du feu, ou du Mercure commun à
toutes les minières: or ce mercure double
& blanc, d'une blancheur étincelante, tiré
par l'eau première, devient rouge, s'il est
mêlé simplement avec l'eau seconde, qui est
fort blanche au-dehors, & rouge au-dedans.
LXXXII. Cette eau seconde était ci-devant dans la première, mais elle n'était pas
imprégnée d'un feu céleste, comme elle est
dans la suite; ainsi ces deux eaux ne différent
qu'autant que la première dissout le
corps cru, lave le laton, & volatilise une
masse pesante de la nature; & qui mêlée
avec la première eau, ou feu humide devient
volatile; & l'eau première mêlée avec
une eau sèche, se réduit en fumée, en eau
limpide & en chaux vive, laquelle chaux
vive est pleine d'un feu & d'un soufre philosophique,
& ainsi c'est l'eau seconde tirée
de la première par le moyen du feu.
LXXXIII. Le feu fait, que dans la sublimation philosophique, le sec monte & se
perfectionne par son adhérence au vase; cette
adhérence rend le sec inséparable de l'humide,
& le feu inséparable de l'eau; ainsi se
forme notre eau seconde des vertus supérieures
& inférieures; & c'est cette eau qui
est le Mercure des Sages, le Mercure animé,
que l'Artiste peut élever en degrés, & le
pousser jusqu'à la plus haute perfection; &
pour cet effet, on n'a qu'à le nourrir du

@

D'HERMOPHILE. 431
lait des mamelles de la terre, qui est sa
mère, & faire téter souvent ce fils d'Hermogène,
le ramenant à sa mère.
LXXXIV. On ramène aussi la mère à l'enfant, lorsque le corps composé du Soleil
& de la Lune, du père & de la mère,
du coq & de la poule, du soufre & du
Mercure, par notre eau première, est amené
au Mercure des Philosophes, qui est l'oeuf
de ce coq & de cette poule, le fils de ce
Soleil & de cette Lune, & le Mercure de
ce Soufre & de ce Mercure; car dans leur
intime communication, le père & la mère
sont élevés & sublimes en gloire, par la
vertu de leur enfant, le laton est blanchi,
fixe, & rendu fusible; en sorte que l'enfant
engendre son père & sa mère, & est plus
vieux qu'eux.
LXXXV. Le Mercure des Philosophes a engendré son père & sa mère, & lui est
engendré & tiré des choses où il est par le
moyen d'un autre Mercure élevé en degrés,
& d'une eau qui est pur vinaigre, lequel
communique la qualité acéteuse à son enfant;
& cet enfant rentrant dans le ventre
de sa mère, lui déchire les entrailles, comme
un vipereau; & enfin après avoir sucé
de son lait virginal, il l'adoucit, comme
nous voyons que le vinaigre commun distillé,
dissout l'acier & le plomb; & par ce
mélange & vinaigre il devient si doux, qu'on
l'appelle lait virginal.

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432 LE PSAUTIER
LXXXVI. Tout le Secret de ce vinaigre, qu'Artéphius appelle Antimonial, & que
l'on peut appeler Saturnien à raison de
son origine, ou Mercuriel à cause de son
esprit congelé, plus précieux que tout l'Or
du monde, dit le Cosmopolite, consiste à
savoir tirer par son moyen, l'Argent vif,
doux & incomburant du corps de la Magnésie,
c'est-à-dire, par cette eau première,
une eau seconde, eau vive & incombustible,
& savoir la congeler ensuite avec le
corps parfait du Soleil, qui se dissout dans
cette eau seconde, en façon d'une substance
blanche & épaisse, & congelée comme de la
crème de lait.
LXXXVII. Ce Mercure philosophique, ou eau seconde blanche & congelée, comme
la crème de lait, est tirée par le moyen
d'une eau première, ou vinaigre âcre, &
par le moyen d'une eau douce, ou vinaigre
doux; le premier est mâle, & tient du
feu qui domine à l'eau, le second est femelle
& passif, & tient de l'eau oppressée du feu étranger; ce mâle est actif, cette
femelle passive, ils se joignent & embrassent
tous deux pour produire l'eau seconde, qui
dissout l'Or composé, qui a été produit par
l'union des deux; c'est-à-dire, par notre
double eau première, au sens d'Artéphius.
LXXXVIII. Ce Corps qui a été produit, ou composé par notre eau première, doit
être résolu, ou dissout dans l'eau seconde,
composée
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D'HERMOPHILE. 433
composée de ces deux, aussi bien que le
corps susdit, qui ne s'y résoudrait point,
s'il n'était de la nature du dissolvant, mais
si au lieu du composé, on ne met dans notre
eau dissolutive seconde, que le corps de
l'Or simple, elle le réduit bien en état d'améliorer
les Métaux, en quelque manière,
comme dit Sendivogius, après l'auteur du
duel Chimique; mais si on joint le mâle &
la femelle, & que notre eau soit le Dieu
aidant, on trouve tout le secret des Sages.
LXXXIX. Tout le secret des Sages consiste en cet Ouvrage, qu'Artéphius appelle
blanchir le laton, ou l'Or des Philosophes,
& le réduire en sa première matière, c'est-
à-dire en soufre blanc & incombustible, &
en Argent-vif fixe; c'est ainsi que l'humide se
termine (c'est-à-dire notre corps qui est l'Or
se change) dans cette eau première dissolvante,
ou Soufre & Argent-vif fixe; de sorte
que cet Or qui est un corps parfait, se change
en réitérant cette liquéfaction, & se réduit
en Soufre & Argent-vif fixe, reçoit
la vie, & se multiplie en son espèce, comme
il arrive dans les autres choses.
XC. Cet Or se multiplie donc par le moyen de notre eau; car le corps qui est
composé de deux corps, qui sont le Soleil
& la Lune, ou Apollon & Diane, s'enfle
dans cette eau, grossit, s'élève, croit &
reçoit de cette eau première, sa teinture
d'une blancheur surprenante; & celui qui
Tome IV. O o
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434 LE PSEAUTIER
connaît notre eau Hermétique, & la source
d'où elle sort, connaît la fontaine du Trévisan,
& la Pierre d'où Moïse tira l'eau, &
qui suivait le Peuple ; il sait changer le
corps en Argent blanc Médicinal, qui peut
perfectionner les autres Métaux imparfaits,
car notre eau porte une grande teinture.
XCI. La teinture qui est cachée dans notre eau, est blanche & rouge, quoiqu'elle
ne donne d'abord qu'une teinture de blancheur;
mais comme c'est une eau qui dissout
& rompt le corps, la première qui paraît
dans cette dissolution est la noirceur,
signe de putréfaction; en effet il faut que le
corps se pourrisse dans notre Eau, & qu'ayant
passé par toutes les couleurs, qui marquent
son infirmité, elle prenne la couleur blanche
fixe, & puis la rouge de pourpre, qui
sont les marques essentielles d'une véritable
résurrection, dans laquelle triomphe la vertu
& le germe de notre levain.
XCII. Notre levain contient un esprit igné, comme la chaux vive, d'où vient
qu'il pénètre le corps par sa subtilité, qu'il
l'échauffe par sa chaleur, & qu'il fait lever
le germe, qui n'était dans le corps qu'en
puissance, & ne serait jamais venu en acte sans
l'addition de notre levain, dont la vertu se
peut multiplier à l'infini, en lui apposant
une nouvelle matière, qui prend la vertu
du levain, & devient aussi aigre que lui, &
encore davantage: & à la fin, s'en fait

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D'HERMOPHILE. 435
une puissante Médecine, qui tombe sur les
imparfaits, qui sont de sa nature, & les
délivre de toutes leurs impuretés.
XCIII. La pureté de notre levain l'empêche de se mêler à aucune chose, qui ne
soit pure, & qui ne soit de sa nature mercurielle;
& sa subtilité lui donne la clef pour
entrer dans l'obscure prison des Métaux, & la
force de retirer ses frères de l'obscurité &
de l'esclavage; pour cet effet, il se transforme
auparavant en plusieurs différentes
manières, comme un Protée, il monte au
Ciel, comme s'il voulait l'escalader, comme
un autre Encelade; il descend en terre,
comme s'il voulait pénétrer les abîmes, &
enlever Proserpine sur son chariot de feu,
& s'enrichir des richesses de Pluton.
XCIV. On pourrait dire que ce levain est semblable à Vulcain, qui ayant épousé
Venus, s'était embrasé du feu de son amour,
& ne respirait que ses embrassements; mais
Jupiter, le trouvant trop imparfait, lui donna
un coup de pied, & le jeta du Ciel en terre;
en tombant, il se cassa une jambe,
& est demeuré boiteux, depuis cette chute;
c'est lui qui a composé ce ret admirable,
par lequel Mars & Venus furent attrapés &
surpris sur le lit d'amitié; c'est ce Vulcain que
Philalèthe appelle brûlant, sans lequel le
Dragon igné & notre Aimant ne peuvent
jamais être bien unis ensemble.
XCV. Le feu dont notre Vulcain est embrasé O o iij
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436 LE PSEAUTIER
fut autrefois dérobé par Prométhée,
& porté sur la terre, ce qui fut cause que
pour punition de ce vol, Prométhée fut enchaîné
par Vulcain même sur le Mont Caucase;
& Jupiter a ordonné à un Vautour de
lui ronger le foie & le coeur, qui renaissent
toujours, & pullulent par la vertu du Vautour
même, qui leur laisse la facilité de
germer & renaître après leur mort, pour
vivre d'une nouvelle vie; de manière, que
le Vautour qui se repaît du foie & du coeur
de Prométhée, ne le dévore que pour le
multiplier incessamment.
XCVI. Cette renaissance, ou revivification, nous représente celle du Phénix, qui
trouve la vie dans sa mort, se vivifie par
soi-même, & sort plus glorieux de ses cendres;
l'Agent dont il est ici question, &
qui est d'une merveilleuse origine dans le
règne Métallique, suivant la pensée de Philalèthe,
porte & allume le feu sur le bûcher,
semblable à celui duquel il est sorti
ci-devant; ce bûcher & le phénix s'embrasent
ensemble, & se réduisent en cendres,
desquels sort un oiseau, semblable au premier,
de même nature, mais plus noble que
lui, & qui croît de jour en jour en vertu,
jusqu'à ce qu'il soit devenu immortel.
XCVII. Ce Phénix, qui renaît de ses cendres, est le sel des Sages, & par ce moyen
leur Mercure, dit Philalèthe; c'est le sel de
gloire de Basile Valentin, le sel albrot d'Artéphius,

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D'HERMOPHILE. 437
le Mercure double de Trévisan, lequel
est cet embryon philosophique, & l'oiseau
né d'Hermogène; c'est l'eau sèche,
l'eau ignée, & le Menstrue universel, ou
l'esprit de l'Univers; la Pierre des Sages est
rassasiée de cette eau, qui ne mouille point;
elle en est formée, afin de produire le lait
de la Vierge, qui sort de son sein; elle-
même est le suc de la Lunaire, c'est l'esprit
& l'âme du Soleil, le bain marie, où le Roi
& la Reine se doivent baigner.
XCVIII. Ce sel est l'agent de la nature, qui renverse le composé, le détruit, le mortifie
& le réengendre souventes fois: il
contient en soi le feu contre nature, le feu
humide, le feu secret, occulte & invisible;
il est le principe de mouvement, & cause de
putréfaction; c'est par ce dissolvant qu'on
réduit l'Or à sa première matière; or tous
les Philosophes sont d'accord, que le Menstrue
qui dissout radicalement le Soleil & la
Lune, doit conserver leur espèce, & rester
avec eux après la dissolution, & par conséquent
être de leur nature, & se coaguler
soi-même avec les corps qui ont été dissous,
& par leur vertu.
XCIX. Dans cette dissolution du corps par l'esprit, se fait la congélation de l'esprit
par le corps, & l'esprit & le corps s'aident
l'un & l'autre, dit Lucas, dans la tourbe;
l'esprit, dit-il, rompt premièrement le
corps, afin qu'il lui aide par après; quand
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438 LE PSEAUTIER
le corps est mort, abreuvez-le de son lait,
qui est en lui, & vous verrez que le corps
congèlera l'esprit, & qu'il se fera un de
deux, de trois & de quatre; c'est alors que
le mort est vivifié, que le vif meure dans
cette solution & congélation: ainsi les Philosophes
commandent de tuer le vivant &
vivifier le mort, & avant cela, le corps &
l'esprit se pourrissent & corrompent ensemble.
C. II n'y a point de parfait levain, ou l'esprit & le corps ne se fermentent, ne s'aigrissent
& ne s'échauffent ensemble, par le
moyen du feu interne, & corrompant, &
d'une eau chaude, qui aide & anime la chaleur
du levain; c'est ce qui arrive au sujet
de notre levain, de notre eau, de notre
corps & de notre esprit; l'eau dont il est
question, est la première, ou même la seconde;
Artéphius dit, le levain est tiré de l'Or,
qui est le corps, & le levain porte l'esprit,
corrompant; ainsi l'eau, l'esprit & le corps
composent, ou fournissent la matière du
levain.
CI. Comme nous avons plusieurs levains, suivant les degrés de perfection, où ils sont
élevez par notre art, car la nature ne nous
en donne point d'elle-même, aussi avons-
nous plusieurs eaux, plusieurs corps & plusieurs
Mercures; il n'y a pourtant qu'un levain
parfait, qu'un seul corps & qu'une seule
eau véritable, qui est le Mercure des Sages

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D'HERMOPHILE. 439
Philosophes, qui est un vrai feu, selon Artéphius;
ce feu en un soufre, & le Mercure
est le soufre, l'eau, & le feu; ce Mercure
est donc l'eau tirée des rayons du Soleil
& de la Lune, dit Sendivogius.
CII. Ce Mercure ne saurait être tiré des rayons du Soleil & de la Lune, qu'il ne soit
double: & il ne saurait être tiré de ses cavernes
vitrioliques, sans tenir lieu de levain;
il ne saurait tenir du feu, & de l'eau, du
Soleil & de la Lune, du corps & de l'esprit,
sans être l'âme qui joint le corps & l'esprit, le
médiateur du feu & de l'eau; & ce serait
à tort que les Philosophes lui donneraient
tant de louanges, si ce Mercure n'était l'agent
dans notre Art, & le dissolvant universel
des corps.
CIII. Nous avons besoin de ce Levain, ou Mercure, pour les trois dissolutions nécessaires
à l'oeuvre les Philosophes; la première
regarde le corps cru, pour en tirer
l'esprit séparé de son corps, qui nous est
nécessaire pour donner la vie aux morts, &
pour guérir les maladies; la seconde est la
solution de l'or & de l'Argent, qui composent
par leur union la terre minérale; la
troisième dissolution est ce qu'on appelle
emploi pour la multiplication: la première
qui est spirituelle, sert pour la fermentation
du corps impur, la deuxième radicale du
pur, & la troisième multiplicative du très
pur.
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440 LE PSEAUTIER
CIV. On dissout le corps impur, pour avoir l'esprit caché en lui, & le Mercure
qui le dissout, est la première clef qui ouvre
la porte à la Pierre; c'est ce Mercure,
qui est préparé par notre Art, & qui est
composé de matière vile, & de peu de prix:
elle est sulfureuse & mercurielle, chaude
& froide, sèche & humide, elle contient la
vertu styptique & astringente des métaux,
dont parle Basile Valentin, deux fois née
de Mercure; ce Mercure contient un grand
trésor, savoir l'esprit de Mercure, & du
Soufre: la fleur, & l'esprit de l'Or; il ouvre
la porte de la maison de son père & de
sa mère, & ouvre l'entrée du Palais du Roi.
CV. De la matière de cette première clef, l'art en forme une seconde par adaptation;
la première est de toutes couleurs, mais la
seconde est blanche, comme la Lune, &
pèse beaucoup plus que la première: c'est
elle qui ouvre la seconde porte, & dissout
la terre minérale, dans laquelle est caché
l'Or des Philosophes, le véritable Soleil; elle
le fait paraître au jour sous plusieurs formes
différentes, tantôt en terre & tantôt en
eau, & ouvre si bien toutes les serrures de
ce Palais Royal, qu'après l'avoir ouvert &
fermé à diverses reprises, elle rencontre la
Pierre & l'Elixir des Philosophes.
CVI. La troisième clef se forme de la matière de la première, & de la seconde;
c'est elle qui est la clef d'Or qui ouvre non
seulement le Cabinet où se trouve la Pierre,

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