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Réfer. : AL1900
Auteur : De Respour.
Titre : Rares Expériences.
S/titre : sur l'Esprit Minéral.

Editeur : Laurent d'Houry.
Date éd. : 1701 .


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R A R E S E X P E R I E N C E S SVR L'ESPRIT MINERAL, POVR LA PREPARATION
E T T R A N S M V T A T I O N
DES CORPS METALIQVES.
Où est enseigné la maniere de faire les Agens
necessaires, qui ont esté jusques aujourd'huy
inconnus & cachez au Public.
Avec la connoissance du mouvement general & particulier
du Monde Elementaire & de ce qui y est contenu.
Par Monsieur D * * *,
TOME PREMIER.
pict
A PARIS, Chez LAURENT D'HOURY, rue S.Jacques,
devant la Fontaine S. Severin, au S. Esprit. ---------------- M. D C C I. Avec Privilege du Roy
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AVANT-PROPOS.
pict Uoi que j'aie toujours
été fort réservé à l'égard de la Science & de l'Art, me portant à imiter la Nature,
plutôt qu'à suivre le sentiment de
ceux, qui pour avoir trop donné
à leurs vaines imaginations, & à
celles des autres, ont écrit tant de
faussetés, & tellement embarrassé
la vérité, qu'aujourd'hui cette habitude
surpasse la raison : Néanmoins
je veux présentement comme
Homme, qui ne prétend porter
aucun témoignage de soi,
mais bien de la Nature qui ne
trompe jamais; donner au Public,
ce que j'ai appris du mouvement
Universel & particulier du Monde
Tome I. *
@

Avant-propos.
Elémentaire avec ce qui y est contenu,
commençant par les Métaux &
Minéraux, continuant par les Végétaux
& finissant par les Animaux:
J'ai eu beaucoup de peine
à m'y résoudre; Ce n'est pas ici
la première fois que je me suis
promis de faire part aux autres du
fruit de mes travaux; Au contraire,
j'ose bien assurer que si ce
n'eût été les présomptueux de ce
temps, j'eusse déjà mis au jour
plusieurs Volumes traitant des
plus rares connaissances, qui jusques
ici aient été entendues, où
je ne me serais non plus nommé
qu'en ceux que j'ai laissé imprimer
sous d'autres noms, afin que l'on
sache que je suis entièrement
exempt de vanité. Je l'aurais encore
permis si je n'eusse trouvé des
personnes, dont le peu de savoir

@

Avant-propos.
confondait le vrai avec le faux,
par quantité de répétitions interrompues
& d'explications fantastiques,
dont se servent ceux qui
amusent le Public sous la réputation
des Doctes: leur superbe, qui
les rend jaloux du bonheur de
leur prochain en est la cause: On ne
se soucie plus de quel côté se ranger,
pourvu que l'on acquière
une fausse gloire & qu'on satisfasse
son Avarice; l'Envie rend les
Hommes muets, l'Opiniâtreté en
fait des Sourds, le Mensonge les
Aveugle; & la Tromperie les rend
Insensibles; l'un nie ce que l'on
lui dit, l'autre blâme ce qu'il
voit, & il ne sait pourquoi: tel
se rit de ce qu'il touche, & ne le
connaît pas: Ce n'est point par
cette voie que l'on acquiert la liberté
de l'esprit qui peut les rendre
* ij
@

Avant-propos.
admirables, & leur faire distinguer
ce que j'enseigne présentement,
comme le plus affectionné
de tous ceux, qui ont eu
intention de faire profiter les Curieux
des choses naturelles.
Mon dessein est qu'en général on ait de quoi rejeter le mensonge,
afin que l'on puisse dire à l'avenir
qu'il y a un Livre, pour rompre
entièrement le cours de tant
d'Auteurs superflus, qui insinuant
des erreurs pour les Sciences, &
des difficultés pour les savoir;
ils n'ont pour fond que des paroles
extravagantes, & veulent témérairement
être écoutés. Quel
dommage! ils détournent la bonne
volonté par de mauvais principes;
Celui qui promet le plus est
celui qui amasse davantage; &
ayant été abusé, on préfère injustement

@

Avant-propos.
le mauvais à ce qui est
bon: cela seul a empêché la communication
de beaucoup de connaissances.
Je ne serais pas obligé,
de vous en faire ressouvenir; si on
avait satisfait aux Sages en rendant
justice à l'Expérience. C'est la
seule raison pourquoi les Philosophes
n'écrivent plus que rarement
de cette Science; & encore sous
différentes figures, afin que pour
le moins, s'ils ne déclarent comme
il faut séparer la Terre corrompante,
ou ce qu'il y a de parfait dans
l'imparfait; ils assurent que cet
Art est véritable. Combien de fois
m'est-il arrivé qu'au lieu, de vouloir
me donner la peine de combattre
les vaines imaginations de
quelques-uns, il m'a fallu condescendre
à leurs opinions, & dire:
Je travaille sur cette Matière aussi;
* iij
@

Avant-propos.
je disais pourtant la vérité, d'autant
qu'on peut par artifice, séparer
avec Industrie ce que l'on a besoin
de diverses matières du même
règne, ainsi que je ferai voir. Mais
à quoi bon chercher les choses
éloignées, quand on peut avoir
ce qu'il y a de plus proche? Qui a-
t-il de plus facile qu'à dire, Ce Minéral
ou ce Métal a de grandes
vertus, & par conséquent il peut
cela quand il sera préparé (vraiment
ce sera quand) vu que pour
cet effet, il est requis de connaître
entièrement la Nature, & qui
la connaît a le choix de ce qu'il y
a en elle, à cause que toutes matières
lui sont propres; Ainsi il ne
paraît point idolâtre d'un sujet &
opiniâtre en son entretien: Cela
fait que je ne confère plus avec
personne; que je me suis entièrement

@

Avant-propos.
réservé, & demeurerai tel,
jusques à ce que l'on me sache
dire tout au moins, ce que c'est
que feu Métallique; cependant je
crois bien faire avant que d'entrer
en discours, d'avertir que tout ce
que je dirai touchant cet Art, sera
purement comme la lecture vous
conduira; Et afin que les esprits
grossiers n'aient pas lieu de se
plaindre m'attribuant quelque
obscurité; J'ai partagé mes libéralités
en plusieurs Volumes; de sorte
que l'un puisse servir à l'autre,
pour éviter les malheurs qu'apportent
ordinairement ceux qui
s'exercent à troubler le sens des
survenants, pour faire valoir leur
bêtise avec celle des Charlatans,
qui s'attribuent l'ouverture des
Livres de Raymond Lulle, sans
considérer qu'ils ne font que changer

@

Avant-propos.
la Sapience en vaine subtilité,
ne prenant point garde que pour
l'entendre, il faut savoir faire ce
qu'il faisait. Et qui le sait n'a pas
besoin de son Livre, parce que ce
n'est qu'un point étendu. La présomption
de soi-même enivre
bien des Etudiants en cet Art; Il est
pourtant facile de confondre cette
fausse suffisance par la force de mes
instructions suivantes, que je donne
en faveur de beaucoup de gens
qui ont suivi jusques aujourd'hui
trop facilement le conseil de tant
de ces prometteurs, de tant de faiseurs
de fausses recettes, de tant de
conteurs d'histoires, & de tant de
fourbes, qui vont jurant & affirmant
ce que malicieusement ils
viennent d'inventer, s'introduisant
sous prétexte de piété, & d'amour
de Dieu, pour consoler les Affligés,

@

Avant-propos.
faire bâtir des Hôpitaux, quoi
que la plupart du temps, ceux qui
sont bâtis soient leur dernier refuge:
Voilà la cause qui fait que les
vrais Doctes fuient le commerce
des Philosophant vulgaires, parce
qu'il est fâcheux d'être pris pour
Eux; On empêcherait bien cela en
faisant voir des effets contraires, si
l'on était sûr de n'être point importuné.
Pour moi lorsque par une
trop grande complaisance, j'ai
voulu enrichir les autres de mon
savoir: Leur ingratitude leur a
fait non seulement publier qu'ils
en étaient les Auteurs, mais
leur a voulu faire décrier mes connaissances,
ce qui néanmoins n'a
jamais tourné qu'à leur confusion.
Ah qu'on trouve peu d'Ames généreuses!
Je vous proteste que si Dieu
ne m'avait fait part du don d'oubli,

@

Avant-propos.
je ne serais point parvenu à l'âge
de vingt-quatre ans pour m'employer
à écrire; je l'aurais pu faire
il y a quelques années, n'eût été
ce que j'ai dit, vu que ce ne m'est
pas un travail de considération,
n'ayant que faire d'emprunter ni
de dérober des autres, comme
font encore quantité de brouillons,
à la fin de tant d'années de
labeur. Ma Bibliothèque est en
moi, ne vous scandalisez pas de
la jeunesse de mon corps, attendu
que ce n'est pas lui qui vous instruit.
Ne dites point qu'il est impossible
que j'aie su pratiquer
suffisamment & en si peu de
temps pour appuyer tout ceci;
Soyez seulement assurés que j'ai
éprouvé & fait tout ce que je dis;
Et de crainte que votre Esprit
comme les autres manquant de

@

Avant-propos.
distinction, ne vous fasse dire,
En voici un qui peut-être en sa
vie n'a manié le Gantelet; Je vous
assure & vous verrez que je suis
à ce point le renvoi des Artistes,
aussi bien que leur refuge.
Je voudrais de tout mon coeur pouvoir simplement établir mes
principes, sans m'arrêter à détruire
ceux des autres, qui ne m'ont jamais
causé que des déplaisirs, obscurcissant
la vérité par des discours
frivoles; peu d'étendue me
suffirait, non pas pour déchiffrer
tout ce qu'ont avancé ceux qui
m'ont précédé; mais pour découvrir
tout ce qu'il y a de véritable,
tant au dessus qu'au dessous, & en
bas qu'en haut, conformément à
la cause de l'effet, pour contenter
les plus Critiques; comme par
exemple, si un composé de trois ou

@

Avant-propos.
quatre substances, a telle ou telles
vertus; il est vrai de dire, que si
étant privé d'une de ces substances,
sa vertu vient à cesser, c'est la substance
que l'on en a tirée qui causait
tel effet; puisque cette substance
seule en a la vertu. Hermès fut
obligé d'en faire un Livre, selon
la capacité des gens de son temps
qui étaient néanmoins bien différents
de ceux d'aujourd'hui en
fidélité & en savoir, que je souhaite
encore à chacun en lui
communiquant présentement ce
qu'il y a de plus relevé, sans avoir
égard à l'indiscrétion des Curieux;
mais à l'usage de ceux de notre
Siècle qui se voudront élever au
dessus du commun, après avoir rejeté
toutes Sophistications, ou
maudites inventions de parvenir
au préjudice de nos semblables, &

@

Avant-propos.
abandonné le vice pour suivre la
vertu, considérant qu'il y a tant
d'autres moyens de se nourrir à la
sueur de son visage si l'on n'a point
de bien, sans faire métier de Larron,
qui est estimé adresse, quand
on ne s'en aperçoit point; il se
trouve assez de quoi avec l'honneur,
pour franchir cette misérable
vie, le plus grand voudrait à
l'article de la mort avoir été le
moindre Mercenaire pour son salut.
Voilà ce que j'avais envie de
dire pour ramener comme Frères
& Amis ceux qui voudront être
participant des secrets que je donne
aux personnes qui ont de la
franchise & de l'honnêteté, & qui
se ressouviendront de la bonne volonté
d'un Flamand de l'Occident
Septentrional, à qui depuis peu la
France a enseigné son langage, je

@

Avant-propos.
souhaiterais de l'avoir mieux appris
pour être plus intelligible;
car je ne cherche point de façon
pour rendre les choses mystérieuses,
& faire valoir mon talent.
Joint qu'il n'est plus temps de publier
de nouvelles erreurs: Au contraire,
je n'écris que pour les détruire,
rejetant par bonnes raisons
& expériences l'opinion de quantité
de gens, qui n'ont eu d'autre
appui que leur seule imagination:
Ce que faisant, serai-je blâmable;
ou me reprochera-t-on d'avoir
bien fait? J'ai de mon côté pour
toute assurance qu'on ne me condamnera
point, si la vérité a quelque
crédit entre les Savants.
Quand j'aurai donné les autres parties de cet ouvrage d'une manière
abrégée comme celle-ci, je
ferai beaucoup de petits discours

@

Avant-propos.
de tout ce qu'il y a de plus curieux
en la Nature, où tout sera traité
avec un détail net & utile & d'un
style capable d'instruire chacun
dans les plus profondes connaissances:
Je ne dirai rien dont je
ne donne des raisons solides, & des
expériences infaillibles: Enfin je
promets, avec l'aide de Dieu, de développer
tous les secrets naturels,
non seulement pour remplir l'esprit
de belles & grandes choses,
mais pour maintenir ou donner
au corps cette santé, beauté & vigueur
qui lui sont nécessaires.
Ceux dont je suis connu savent très bien que nul motif d'intérêt
me fait écrire, & que ce n'est
que par un mouvement zélé & affectionné
pour l'avantage de tout
le monde. Je loue Dieu de m'avoir
donné de quoi me passer des

@

Avant-propos.
autres & de m'avoir fait d'une
humeur à être plus que satisfait de
ma fortune. Aussi je fuis autant
qu'il m'est possible le commerce de
la plupart des grands, & j'aime
plus le repos de mon cabinet, que
le bruit de la Cour.
Je sens bien qu'un jeune étranger comme moi, & qui présentement
n'a presque point de loisir,
n'a pu écrire en Français sans
avoir fait un grand nombre de
fautes, & même sans avoir manqué
à la manière de s'exprimer
telle que cette agréable langue le
demande. Mais assurément les
petits traités que je veux donner,
comme j'ai dit, après cet ouvrage
seront d'un style capable de satisfaire
les délicats, aussi bien que
les Savants.
TABLE
@

pict

T A B L E D E S C H A P I T R E S contenus en ce Traité. ----------------------------------

LIVRE PREMIER.
CHAP. I. D Es moyens particuliers que les premiers Hommes ont pratiqués pour arriver à la connaissance de toutes choses. page 1 II. De la naissance de l'Esprit Minéral, de la génération des Métaux, & le moyen de se servir des Corps Métalliques. 16 III. Du mouvement des Eléments
& de leurs différentes Opérations. 27 Tome I. * *
@

Table des Chapitres.
IV. De la génération des Pierres Minérales, ou Matrices des Métaux; Et comment la Nature prépare le Soufre Solaire. 57
----------------------------------

LIVRE SECOND.
CHAP. I. D U moyen d'extraire l'Esprit Minéral. p. 1 II. Du Soufre Moteur. 19
III. De la Réduction en première
Matière. 26 IV. De la première composition des choses. 45 V. De l'utilité du Mercure & de ses effets. 60 VI. De la correspondance que les Figures ou Formes extérieures & intérieures ont avec les Eléments. 66
@

Table des Chapitres.
VII. De la dernière extension &
Concentration des Eléments. 73 VIII. Des Opérations vraies &
Fausses, & le Moyen d'opérer sur toutes choses. 86 IX. Des profits particuliers que l'on peut tirer des Métaux. 97 Récapitulation du II. Livre. 102
----------------------------------

LIVRE TROISIEME.
CHAP. I. D E la Conférence de deux Philosophes. p. 1 II. D'un Philosophe qui dit ses pensées à Hermès, sans le connaître. 9 III. De deux Alchimistes, discourant
de leur Matière en la présence d'Hermès, qui leur explique la Table d'Emeraude. 26 * * ij
@

Table des Chapitres.
IV. Les Alchimistes obligent Hermès à demeurer, lui faisant voir leur Laboratoire. 60 Première Parabole du Grand-
Oeuvre. 91 Seconde Parabole. 95 Troisième Parabole. 97
----------------------------------

A V E R T I S S E M E N T.
O utre ce qui est porté par les titres de ces chapitres, on trouve la Manière
d'extraire la teinture incorporelle du
Cuivre, appelée, Feu de Venus. La teinture
fixe orifiante du Zinc. Le cor - Saturni ou
Soufre aspirant l'esprit du Soleil & de la
Lune. La manière de séparer le Soufre
de l'Aimant, de sorte qu'une dragme attire
autant de Fer qu'une livre entière.
Le moyen de convertir ou assujettir en
Mercure toutes sortes de liqueurs, comme
Bière, Eau, Vin, Cidre, jus d'Herbes
&c. Il est montré à séparer l'esprit de Sel
qui se trouve naturellement dans les Eaux

@

Avertissement.
fortes: & à faire que le Beurre d'Antimoine
& les huiles Métalliques ne se précipitent
plus dans l'eau. Il y a la manière
de faire le Nitre-Rouge des Anciens, &
leur sel commun qui réduit les Métaux
en Mercure, avec la façon des vrais Sels
Enixes, l'un de celui-ci, l'autre de
la Chaux azurée. On y apprend la réduction
du Saturne en Antimoine, &
celle du Soufre en sel admirable, en
Soufre fixe, & en Mercure coulant. Il
s'y rencontre encore quantité d'autres opérations
fort utiles, qui servent d'exemples
pour la transmutation universelle.
Quant aux termes dont l'Auteur se sert, la plupart sont tirés du Latin, afin
d'éviter la prolixité. Lorsqu'il parle de
Sels Alcalis, il n'entend point seulement le
Sel de l'Herbe nommée Kali, mais de toutes
choses, qui après avoir passé par le
Feu, retiennent beaucoup de sa Nature,
comme le sel de Tartre, le sel de Cendre,
le Salpêtre brûlé, la Chaux vive
&c.

S I on lit entièrement ce Livre avec attention, il ne se trouvera rien d'obscur,
à cause, qu'un mot explique l'autre, il a
* * iij
@

Avertissement.
fallu disperser les choses, pour abréger le
long discours, & éviter ce qui est inutile
à d'autres Sciences qu'on ne peut enseigner
ouvertement.

----------------------------------

Fautes survenues en l'impression.

D ANS l'Avant-propos, à la première ligne de la quatrième page, lisez & il ne sait, au lieu de je ne sais.
Au livre I. Chapitre I. pag. 14. lig. dernière, lisez l'incérer.
A la fin de la pag. 15. lisez de Mercure. Au même Chap. I. pag. 8. lig. 12. lisez Michaël ou presque Dieu.
Au Chap. IV. pag. 58. lig. 7. lisez celle, au lieu de celle-ci.
Au Livre II. Chapitre III. pag. 39. lig. 19. lisez de la Lune.
Au Chap. IV. pag. 56. lig. 12. lisez se multipliait & se multiplie.
Au Chap. VI. pag, 71. lig. 3. lisez étant tout, au lieu de est en tout.
DE
@

1
pict

DE LA N A T U R E EN GENERAL.
L I V R E I.
----------------------------------

CHAPITRE I.
Des moyens particuliers que les
premiers Hommes ont pratiqués pour arriver à la connaissance de toutes choses.
pict Our savoir ce que
c'est qu'Esprit Minéral, & comme la semence des Métaux est mise au
Tome I. A
@

2 De la Nature en général,
jour par la Nature, il est premièrement
nécessaire de connaître les
opérations des Eléments, non pas
ainsi que nos Anciens scrupuleux
les ont enseignées, mais seulement
selon la vérité, parce qu'il
est impossible de pouvoir arriver
à l'intelligence parfaite d'une
chose, sans la connaissance des
autres, dont l'envie des Sages cache
encore les principes, à cause
qu'ils les ont appris par longue
assiduité en rejetant soigneusement
ce qui était inutile à l'effet
désiré.
Il leur a fallu examiner infatigablement avec toute sorte
d'exactitude l'origine des fruits,
que la Nature ou l'Arbre de Vie
environne d'esprits & de résidences
apparentes de l'Eau serpentine,
jusques à ce qu'une

@

Chapitre premier. 3
profonde méditation leur fît
connaître le point Aquatique
par son triple effet.
Alors toutes les choses du Monde leur furent connues.
Ils virent facilement qu'ils
étaient nus de connaissance:
ils connurent les espaces & distances
des différences sans discontinuité
d'entre les premiers
Corps, qui par leur regard &
attouchement, engendraient
tout ce qu'il y avait dans l'être
animal, végétal & Minéral;
ayant donc les yeux dessillés,
ils donnèrent à chaque
chose un nom selon ses qualités
ou vertus: Ainsi voyant que
l'Eau était comme le poids, la
roue, & le ressort de cette grande
Machine, ils l'appelèrent Medine
que les Latins interprètent Mars.
A ij
@

4 De la Nature en général,
& la distance ou le regard de
l'Eau à l'Air est expliqué Sol,
comme voulant dire seul, à cause
qu'il est la distance du milieu
des quatre composants, & que
chaque chose n'a qu'un milieu
fixe: l'Air est signifié par Venus;
& l'espace de dissemblance de
l'Air au Feu fut nommé regard
ou commerce léger de l'un à
l'autre, que nous attribuons à
Mercure. Le Feu fut comparé à
la Lune, d'autant qu'il ne brûle
point s'il n'est aidé de Matière
ainsi qu'elle, qui n'éclaire que par
emprunt; & parce qu'il agit contre
l'Eau comme elle.
Le regard de l'Eau & de la Terre est nommé jouissance de
l'une à l'autre, ou Jupiter, dont
le mouvement nous pousse aux
Trésors de la Terre produits par

@

Chapitre premier. 5
le moyen de l'Eau.
Après qu'ils eurent compris les trois places moyennes, & qu'un
Elément ne pouvait être sans
l'autre, ils ont connu à cause de
leur trois distances, qu'il y avait
une unité trine, & que les Eléments
étaient venus d'un par extension
& inversion de ses propres
parties; outre ce, voyant que
ses parties s'aidaient les unes les
autres pour s'ouvrir & refermer,
ils ont dit que cet Univers avait
un facteur intelligent; & ainsi
allant de différence en différence
par rapport d'une chose à une
autre, ils surent toutes choses &
s'en sont servis suivant leurs correspondances
par les nombres,
comme par exemple, en divisant
le sept, qui est provenu du quatre,
tout ainsi que les quatre
A iij
@

6 De la Nature en général,
Eléments; on trouve treize, qui
est encore trois après dix, ou un
après douze, & quatre après trois
fois trois. Ceci se verra plus amplement
au Chapitre de la correspondance
des figures.
Ils ont encore appris par ces trois distances ou extrémités doubles
des Eléments, l'utilité du
Pentacle pour l'abstraction des
sens, moyennant les cinq Etoiles
qui sont vues des autres des deux
côtés; l'attraction des esprits
par la plus haute & la plus basse,
qui ne sont vues que d'un côté;
& le mouvement des Intelligences
par l'application des Eléments
du milieu, qui sont aussi vues des
deux côtés. Ils ont considéré que
le Binaire correspondait aux extrémités
de Nature, tout ainsi
qu'il servait d'extrémités aux

@

Chapitre premier. 7
trois moyens, désignant le
haut, le bas, le fort, le faible, le
grand, le petit, la lumière & les
ténèbres, le sec, le liquide, le
dur, le mol, le froid, le chaud,
le pour, le contre, &c. Et comme
ces deux Corps du milieu
sont vus chacun de deux côtés
qui font quatre, ils ont jugé que
le nom du créateur devait être
contenu en un nom quartenaire,
tenant avec soi les moyens de
prononciation qui sont les voyelles,
pour témoigner sa grandeur,
parce que sans voyelle il est impossible
de rien prononcer, chaque
consonne seule est même
prononcée par une voyelle, qui
lui tient lieu d'âme vivante.
C'est pourquoi les Hébreux
avaient ce nom en grande vénération,
tant à cause qu'il comprend
A iiij
@

8 De la Nature en général,
aussi les moyens des mutations
d'intelligence, qui consistent
en la liberté spirituelle de la
chose arrêtée, & en la puissance d'émouvoir
la chose stable, que, parce
qu'il contient corporellement ce
qui est nécessaire à la parole; &
c'est la raison pourquoi saint Jean
a nommé le fils de Dieu, Verbe.
On a dérivé de ce nom tous les noms des Anges, en disant
El ou Dieu, ou Michaël, presque
Dieu, & ainsi tant que
l'on veut en diminuant toujours,
les signifiant selon leurs
caractères, que l'on a trouvés
par la seule considération des
Eléments, déguisant plus ou moins
la figure longue & ronde, comme
vous apprendrez au Chapitre
de la Correspondance que
les figures ont avec les Eléments

@

Chapitre premier. 9
Les Mages ont conjoint les lettres
qui se rencontraient approcher
de la Nature du Feu, par
correspondance de sa figure, &
ainsi des autres, pour attirer des
qualités de ressemblance; ils ont
ainsi composé plusieurs figures
suivant les degrés Elémentaires,
de sorte qu'il semblait que le
mélange assujettissait les Corps à
qui ils se rapportaient.
Par les figures des Eléments, on a encore connu la vertu des
constellations, & selon les mouvements
figuratifs, on fait diverses
sortes de marques correspondantes
aux Etoiles, qui étant
jointes avec les figures du degré
précis d'un tempérament, produisent
de beaux effets, sans qu'il
soit besoin de noms d'Esprits,
serviteurs infidèles des ignorants.

@

10 De la Nature en général,
Il est vrai qu'on peut inventer ou
prendre des mots qui correspondent
par lettres & par syllabes
au nombre des degrés de l'extension
des Eléments que je marquerai,
ou composer des mots
rudes, difficiles à prononcer, ou
exprimant des choses qui arrêtent
les sens selon l'activité du mouvement
que l'on cherche, afin
d'aider le reste.
On a tiré plusieurs sortes de connaissances de ces mouvements,
faisant par eux des opérations
qui semblent surnaturelles à ceux
qui les ignorent, & c'est de quoi
les Démons servent les gens grossiers.
Au contraire, l'Homme savant n'a que faire de lui, & peut
autant seul que tous les Démons
ensemble; car s'il veut avancer

@

Chapitre premier. 11
ou reculer quelque chose, qu'il
prenne garde que telle chose est
soumise à tel mouvement; alors
sachant que le trop ou le peu
nuisent, il peut offenser par un
mouvement plus violent ou plus
doux qui se trouve en d'autres
sujets; le Diable n'en peut faire
que de même: Par exemple
l'activité d'un Elément dominateur
d'un composé, étant excitée
par Nature ou par Art, jusques à
quelque degré que je marquerai
au septième Chapitre du second
Livre, s'il y introduit un plus
faible, il risquera le composé;
ou bien si le Démon veut nuire
à telle ou telle partie d'un
Corps, il le fait par un mouvement
entièrement contraire: s'il
veut causer des douleurs de tête,
faire perdre les sens ou les rétablir,

@

12 De la Nature en général,
il excite le mouvement du
cerveau par un chaud & sec pour
nuire, & par un froid & humide
pour y remédier, c'est ce que l'on
peut faire à toutes les parties,
sachant seulement de combien
une telle herbe ou telle chose est
froide ou chaude.
Il y a aussi des choses artificielles, qui excitent ou qui empêchent
le mouvement, comme
des tons, des objets, &c.
Voulez-vous provoquer l'amitié ou l'inimitié, par la seule considération
des Eléments? servez-
vous des composés qui en proviennent:
le froid se peut conjoindre
au chaud par le moyen du sec;
c'est-à-dire si votre chaud est chaud
& sec, & si votre froid est froid
& sec; semblablement l'humide
chaud se mêle avec l'humide

@

Chapitre premier. 13
froid par le moyen de leur humide,
car les degrés voisins servent,
& les éloignés nuisent: c'est
aussi le fondement de la Médecine,
& de la conjonction des
Métaux. En premier lieu l'Etain
(que le vulgaire appelle Jupiter,
& les Philosophes Corps Métallique)
se peut conjoindre aux autres
Métaux sans leur nuire par
une préparation de Saturne; ainsi
le Fer moyennant l'Etain, l'Or
par le moyen du Fer, le Cuivre
par le moyen de l'Or, l'Argent-
vif par le moyen du Cuivre, &
l'Argent par le moyen de l'Argent-vif;
voilà pour la coagulation.
Mais pour la liquéfaction
ou dissolution, l'Esprit de
l'Argent-vif dissout l'Argent,
celui du Cuivre le Mercure, l'Or
sépare les parties du Cuivre, le

@

14 De la Nature en général,
Fer celles de l'Or, l'Etain celles
du Fer: le Plomb peut tellement
spiritualiser l'Etain qu'il
peut blanchir les autres. Et tout
ainsi qu'il y a deux sortes de dissolutions
& de coagulations,
les unes froides, les autres chaudes,
il y a aussi deux sortes de
mélanges; l'un quand les parties
se font semblables par la
conjonction, & l'autre lorsqu'elles
le sont rendues avant la
conjonction, comme il arrive
en rendant l'Eau huileuse par
des Alcalis, pour la mêler avec
l'Huile.
L'Eau peut pénétrer les Corps & s'y conjoindre selon les moyens
qu'on aura trouvés pour la retenir
au feu, d'autant que pour
réduire une chose à la dernière
fusibilité, ou l'incérer, il faut

@

Chapitre premier. 15
rendre les Corps Volatils comme
l'Eau, puis les mêler avec
l'Eau, ou rendre l'Eau fixe comme
la Terre, & les mêler ensemble,
comme fait la Nature
dans les Minières en amassant
l'Etain, l'Or & l'Argent-vif
que les premiers Hommes ont
cherché par les trois distances des
Eléments, pour en faire une Essence
toute Céleste, qui leur a
fait avoir les richesses de Jupiter
la dignité du Soleil, & la subtilité
du Mercure.

pict
@

16 De la Nature en général,
-------------------------------------

CHAPITRE II.
De la naissance de l'Esprit Minéral,
de la génération des Métaux, & le moyen de se servir des Corps Métalliques.
L E centre des Eléments se trouve en leur plus petite partie, aussi bien que dans le
milieu de leur Globe, & nul autre
ne peut mettre leur dedans au
dehors que celui qui les a faits;
C'est pourquoi nos premiers
Pères ayant trouvé cela impossible
recherchèrent un sujet où
abondait la terre invertie pour
en revêtir l'Eau & la rendre Métallique
à l'imitation du premier
Artiste, parce que le centre de la
Terre joint à l'extérieur de l'eau,
fait
@

Chapitre second. 17
fait l'Esprit Minéral, & selon
que cette Terre environne les
parties de l'Eau par longue digestion,
le tout se congèle en Métal,
suivant que la Terre est bien
centrifiée; car si son vrai centre
est au dehors, il s'en fait de l'Or;
sinon, quelque chose d'approchant;
ce que Bernard de Trèves & autres
n'ont pas connu; ça été la cause
qu'ils se sont trompés en la graduation
Métallique croyant que
l'un se changeait en l'autre, de
même que dans le vaisseau contenant
la matière Philosophale,
ce que je rejetterai au chapitre de
la première composition des choses.
Il est vrai que les Métaux se
peuvent terminer les uns dans les
autres, comme ils ont dit, mais
ce n'est qu'en tant que l'extérieur
de l'un correspond à l'intérieur
Tome I. B
@

18 De la Nature en général,
de l'autre, à savoir ce qui est
évident au Plomb est caché dans
le Cuivre, ce qui est manifeste à
l'Argent est occulte à l'Or, la
partie visible de l'Argent-vif est
invisible au Fer, & la superficie
du Cuivre est intérieure à l'Etain.
Voilà pour le vrai centre. Quant
au centre moyen, celui de l'Etain
correspond à celui de Venus;
de même le Plomb à l'Or,
l'Argent au Fer & le Mercure à
tous: Pour l'extérieur à l'extérieur;
Sendivogius en a parlé,
quoi qu'il ait insinué que l'esprit
Minéral ou l'humide Oléagineux
recevait diverses figures Métalliques,
selon le lieu de sa digestion,
qui est une chose fausse; les différentes
distances centrales du grain
atomique (pour ainsi dire, afin
de ne pas confondre le total avec

@

Chapitre second. 19
le particulier) causant comme
j'ai dit diverses sortes d'humides,
qui néanmoins sont réputés un,
parce qu'ils sont tous de nature
Minérale, & seulement distingués
entant que la Terre est plus ou
moins centrifiée.
Chaque partie d'Eau est changée en esprit Métallique grossier
à l'avenant qu'elle est couverte
d'une terre moins préparée, qui
ne se fait pas tous les jours; elle
ne se fit qu'une seule fois au
commencement de l'ouverture
du point, & depuis nature l'a
conduite sans qu'il lui soit possible
de l'approfondir davantage.
Si l'humide Minéral, grossier ou subtil a pour vaisseau ou matrice
un lieu pur ou impur, les
Métaux en seront plus ou moins
utiles & inutiles; l'Or en sera plus
B ij
@

20 De la Nature en général,
haut ou plus bas; le Cuivre & les
autres Métaux imparfaits en seront
doux ou aigres pour l'usage,
& leur Minière en donnera moins,
s'il y a beaucoup de Sulfuréités
étrangères; mais de croire que
l'un se puisse changer en l'autre,
il s'ensuivrait que nous pourrions
ouvrir ou refermer les Eléments,
ce qui n'est pas éloigner leurs
points, ainsi que Nature ou l'Art
fait, comme vous trouverez au
Chapitre de leur extension; au
contraire, c'est étendre chaque
partie des parties composantes;
si cela était en la puissance des
Hommes, ils feraient des Créatures
à leur plaisir.
Il s'est glissé beaucoup d'erreurs par ceux, qui ont possédé la
Pierre Physique, à cause qu'ils
croyaient qu'il ne fallait qu'observer

@

Chapitre second. 21
les degrés du mouvement de
leur composition, dont l'action
à cause de la vitesse peut être
d'autant moins comprise, que la
Nature est lente; vraiment ceux
qui ont inventé cette Pierre,
avaient bien d'autres connaissances,
celle-ci est la moindre qu'un
vrai Philosophe puisse posséder,
elle a pourtant été fort recherchée
tant à cause qu'elle peut
nous combler de santé & de richesses;
que pour être mis en la
compagnie des anciens Sages,
dont il y a encore une bande aujourd'hui,
qui ne reçoivent personne
s'il n'a fait son apprentissage
à composer cette Pierre, qu'il
faut avoir ou savoir en entrant,
& pour lors on les met au chemin
des belles choses qui sont
en la Nature, si le bonheur
B iij
@

22 De la Nature en général,
les fait agréer.
La Pierre des Philosophes est seulement un esprit corporel, qui
a acquis tant de siccité qu'il
peut retenir l'humide Métallique
au Feu, & ainsi quand il y demeure
plus que la Terre grossière
du Métal elle est contrainte de
s'envoler & laisser le pur environné
de l'Or ou de l'Argent,
qui servaient de ferment, de sorte
que le ferment sert à faire entrer
la poudre, & la poudre à
étendre le ferment.
On soupçonne aujourd'hui que cette Pierre a été faite en
quelque lieu par la Nature, ce
qui fait diligenter quelques-uns
à chercher, & afin que tout le
Monde puisse participer de cette
rencontre, je veux enseigner pour
la connaître, que c'est une matière

@

Chapitre second. 23
blanche ou rouge invariable,
que le Feu & l'Eau ne peuvent
revivifier en Mercure ou en Métal.
On trouve bien des choses
qui en approchent, étant guidé
des couleurs qu'on voit à la
coction de la Pierre, soit qu'elle
soit composée par voie sèche,
dont je parlerai, ou par voie humide;
les Minéraux ou Marcassites
Métalliques correspondent à la
composition sèche selon les
couleurs, & ceux, qui n'ont pas
l'éclat Métallique, réfèrent à la
composition humide, mais comme
la plupart sont produits par
l'artifice du Mercure (ainsi que
vous pourrez voir en son Chapitre)
il s'en trouve peu d'utiles,
néanmoins s'il s'en rencontre,
auxquels le Mercure soit bien mortifié,
servez-vous-en selon l'ordre
B iiij
@

24 De la Nature en général,
des couleurs, afin de ne point
faire plus ou moins qu'il ne
faut.
Le corps noir a plusieurs degrés à passer avant qu'il soit
blanc, mais à cause que cela ne
se peut faire par seule apposition
de feu, comme en la mixtion
secrète des Philosophes: Il faut
savoir que les Minéraux Mercuriels
apparents doivent être
gouvernés par des Sels Alcalis,
les autres se dissolvent avec ceux
qui n'ont pas souffert la flamme; ou
si vous pouvez faire perdre l'éclat
Métallique à quelque matière que
ce soi, vous la pourrez achever
séparant ses superfluités par le
Salpêtre, au lieu que devant il
était besoin d'un Alcali; les
Minéraux, qui ne sont ni Mercuriels
apparents ni cachés, peuvent

@

Chapitre second. 25
être préparés par le Sel
commun, & autres choses semblables,
observant combien de
degrés il faut avancer, car il y a
neuf degrés jusques au Blanc,
le petit Bleu est éloigné du Blanc
de huit couleurs, le Ver-de-Mer
de sept; le Citrin gris de six, le
Violet-pâle de cinq; le Noir de
quatre, le grand Iris de trois, le
Vert enfoncé de deux, la couleur
de feuille-morte d'un, & depuis
le Blanc jusques à la rougeur,
il n'y a que deux degrés,
marqués du Violet-bleu, & de
la Variable, qui accomplissent le
nombre de douze; après cela il
faut considérer qu'au lieu de
cuire comme au grand Oeuvre
il ne faut que séparer les impuretés,
c'est-à-dire tout ce qui
nuit aux degrés de la couleur,

@

26 De la Nature en général,
ou ajouter ce qui lui manque
en l'empruntant d'un qui en a,
ayant toujours devant les yeux,
que le Sel provient quand l'Eau
enveloppe la Terre, & le Soufre
lorsque l'Eau & la Terre
s'embrassent également; de façon
que tout ce qu'il y a, se fait
par apposition de plus de l'un ou
de l'autre, & comme du peu au
beaucoup, il y a un espace de
tout ce qui se peut augmenter ou
diminuer par grande ou petite
apposition, il y a, & se fera des
choses innombrables, tant aux
Minéraux, à la génération de l'esprit
Mercuriel par la Terre invertie
sur l'Eau, qu'aux Végétaux
par l'Eau excentrifiée sur
l'Air, & qu'aux Animaux par
le centre de l'Air environnant le
(sic).
@

Chapitre second. 27
Quand aux Eléments qui n'ont eu aucune disposition que leur
extension incontinue, ils produisent
aussi différentes choses, mais
à cause qu'ils n'entrent point
dûment l'un dans l'autre, ce
qu'ils font, est le peu de durée.

-------------------------------------

CHAPITRE III.
Du mouvement des Eléments & de
leurs différentes Opérations.
L 'ORIGINE de toute connaissance est la supposition
d'un point: Et nous appelons
Savant, celui qui par ce moyen
se peut éclaircir de chaque chose
sans en prendre d'autre. Ce point
général est environné de quantité
d'autres particuliers, qui sont

@

28 De la Nature en général,
les noms ou attributs signifiant
& distinguant, que l'on reçoit
d'un commun accord, en convenant
des propriétés, vertus &
qualités des choses, sans y rien
changer; autrement quand il en
faudrait parler; si l'on disait que ce
n'est plus cela, il ne s'en pourrait
tirer aucune conséquence, parce
qu'elle naît toujours de ce qui a
été arrêté; si vous concluez avec
moi, qu'un Homme est un Homme,
il s'ensuit que tout ce qui ressemble
le plus à un Homme, ne ressemble
pas d'avantage à un Cheval;
au lieu qu'en disant le contraire,
nous condamnerions plutôt
notre intention, que de pécher
contre la vérité.
Ce serait une grande confusion, si demandant à un Homme
pourquoi il aurait dit; Ceci est

@

Chapitre troisième. 29
vrai, ou je connais cela, il répondait,
à cause qu'il n'est pas vrai; &
que je ne le connais point; comme
font ceux qui après avoir établi
une partie de ce qu'ils ont imaginé,
ajoutent effrontément quand leur
point ne leur peut plus fournir,
par une vertu occulte: ainsi c'est
autant que s'ils n'avaient rien dit
du tout, puisque leur point découvre
la fausseté, en ne pouvant
fournir de conséquence.
L'Eau s'est congelée; Comment? Par le froid: D'où provient ce
froid? Ils diront d'une qualité;
sans considérer que toute qualité
provient du mouvement de
quelque Corps, & que tout mouvement
produit la chaleur. Le
Feu fait exhaler l'Eau; Comment?
Par sa qualité naturelle: Et sa
qualité naturelle, qui est-elle?

@

30 De la Nature en général,
D'agir sur l'Eau; Belle conclusion!
le moindre ignorant en dira autant.
Avec quoi fait-on la Pierre
Philosophale? D'une drogue qui
a la vertu de produire de l'Or.
Et quelle chose a la vertu de
faire de l'Or? Celle dont on fait
la Pierre Philosophale. Croirait-
on (en lisant des Livres de cette
Doctrine) apprendre ce que
l'on sait; & que le profit qui en
vient soit de perdre le sens.
Dès-là, je conjecture que ceux qui les ont écrit, nous ont
voulu cacher les opérations des
Eléments, ou qu'ils les ignoraient,
d'autant que la plupart de ce qu'ils
disent est faux; & pour le premier
l'Eau n'est pas attraite d'en haut
ni poussé d'en bas; vous saurez
tantôt comme elle monte seulement
en petites gouttes invisibles,

@

Chapitre troisième. 31
qui étant étendues en
l'Air, sont entraînées par le mouvement
général provenant de
l'Eau, ainsi que je prouverai, &
non, par la plus haute Sphère
dont on parle; puisque son être
ne dépend pas de son action continuelle,
comme celui de l'Eau.
Nous n'avons que faire d'approfondir
si avant, Dieu fait cela
disent les grossiers; Il est vrai
que tout procède de lui: tant de
rares secrets qu'on ignorait autrefois,
n'étaient aussi attribués
qu'à sa toute Puissance: Et néanmoins
présentement un simple
Ouvrier le fait; Quoi, un Horloger
fera bien aller une petite
machine sans l'exciter toujours
moyennant quelque ressort, &
le Souverain en aura fait une si
grande, pleine de ce qu'il faut

@

32 De la Nature en général,
pour la faire aller, & elle n'ira pas?
Non, ne le croyez point, il n'a
rien fait en vain.
Cette erreur vient des Astrologues, qui n'étant point Naturalistes
ont ajouté un point à leur
point, se contentant de l'effet,
sans en chercher les principes;
Il est pourtant louable de contempler
la situation des Etoiles,
d'observer leurs différents pouvoirs,
& d'en remarquer l'utilité;
l'habitude de cette contemplation
peut beaucoup, étant réglée
d'un point particulier, comme
le commun, qui s'étend pour la
seule Astrologie; mais le point
fidèle fait voir que le mouvement
ne peut venir du plus grand
Cercle, puisqu'on ne le saurait
prouver sans en demeurer là;
de sorte que lorsqu'il faudrait
apprendre
@

Chapitre troisième. 33
apprendre une autre Science, il
faudrait changer de point, &
tomber dans les erreurs susdites.
Celui qui veut devenir Savant,
doit étendre son point jusques
aux extrémités de Nature, s'il ne
peut, faut le quitter, & en prendre
un qui puisse y aller.
Quant au moyen de prendre un point universel, ce doit être
selon Nature, parce que nous ne
saurions étendre un point surnaturel;
par exemple, si vous
voulez trouver l'origine du mouvement,
cherchez en premier
lieu s'il n'y a rien dans la nature
tellement disposé à mouvoir dès
sa création, que son être soit
exprès, qu'il en dépende, &
qu'en cessant l'action, il cesse
d'être. De dire que le Globe de
la Terre est le premier mobile,
Tome I. C
@

34 De la Nature en général,
c'est une erreur, puisque son
être ne consiste à mouvoir,
qu'elle pourrait bien subsister
sans agir, & qu'il y a un corps
qui cesserait d'être ce qu'il
est, s'il ne se mouvait point.
Le Feu est aussi un Elément immobile,
s'il n'est excité; l'Air
tout de même; l'Eau au contraire,
n'est arrêtée dedans & à
l'entour de la Terre, que par
son mouvement; ce mouvement
ne paraît point à cause de
sa vitesse, ainsi qu'une roue qui
semble être immobile par sa
grande activité. Je n'entends point
que ce mouvement soit l'action
accidentelle du total, ou d'une
partie de ses parties ensemble,
comme lorsqu'une quantité ou
quelque goutte d'eau coule par
la pente; je parle seulement du

@

Chapitre troisième. 35
mouvement intérieur de ses moindres
parties; il y a bien de l'eau
qu'on voit couler, parce que les
Rivières vont en serpentant à
cause de la grande descente, ou
de quelqu'autre accident: ce n'est
pas encore ce mouvement-là que
je veux dire.
Pour mieux faire comprendre ceci, il faut considérer que nulles
choses ne sont connues, que
par leurs propres effets naturels,
tout ainsi qu'elles ne sont, que
par l'effet d'être: les accidents de
l'Eau nous manifestent, qu'elle
est mouvante, & que chaque
petites parties indivisibles tournent
incessamment en rond,
comme autant de petites boules
ou roues. Pour preuve de cela,
remarquez comme il faut qu'elles
tournent pour broyer & rompre
C ij
@

36 De la Nature en général,
en ses parties le Sel, que l'on
y met dissoudre.
Tout ce qu'elles dissolvent ou brisent, se met entre leurs distances
figuratives, jusques à ce qu'elles
soient pleines; l'Eau-forte,
appelée ainsi à cause qu'elle a
avec elle les angles terrestres des
Sels, qui lui servent comme de
dents, ne semble-t-elle pas aussi
immobile? Néanmoins chacun
voit qu'elle a incontinent mangé
& dévoré le Métal. Mais, me direz-
vous, pourquoi est-ce que l'Eau ne
tombe pas? est-ce qu'elle est dans
son centre, ou bien qu'elle est
soutenue par la Terre? Si cela est,
dites-moi premièrement, comme
la Terre est soutenue?
Je réponds que le Globe de l'Eau ne peut tomber, à cause
quelle n'a rien qui la pousse,

@

Chapitre troisième. 37
comme quand on en verse, ou
qu'elle coule par inclination,
d'autant qu'alors celle qui est derrière,
chasse celle de devant.
On peut expérimenter que la
dernière goutte tient facilement
sans tomber, si elle n'est ôtée par
quelque autre qui survient, ou
en l'essuyant. De dire pour toute
raison qu'elle est dans son centre,
je trouve que c'est changer
de point, puisque c'est une
imagination vague qui borne
les sens; la Terre ou l'Eau n'est
point dans son centre, ni dans
le centre des autres; mais seulement
dans le centre du Globe
des autres, qui ne les prive
point de poids. Cette parole que
les Eléments ne pèsent point dans
leur centre, ne doit point être
entendue comme l'a pensé Aristote,
C iij
@

38 De la Nature en général,
& autres pilleurs de Livres;
au contraire, c'est à cause
que l'Eau se supporte elle-même,
d'autant que ses atomes
ronds se charrient tous, comme
on peut expérimenter en plusieurs
boules ou roues, se mordant
les unes les autres; car pendant
que l'une tourne d'un côté,
elle fait tourner celles qui la
touchent de l'autre, & ainsi à l'infini,
pendant que l'une descend,
l'autre monte incessamment.
Un pareil mouvement se remarque
en l'Eau de vie, (à cause
qu'elle tient beaucoup de la
Nature de l'Eau qui est simple
& sans terrestréité.) Quand
on y jette des gouttes d'esprit
de Térébenthine, la liqueur
étant en repos, les gouttes
sont portées d'une extrémité à

@

Chapitre troisième. 39
l'autre, à cause des divers mouvements,
que les petites boules
leur font faire; Et parce qu'à la
fin l'huile de Térébenthine s'épaississant
devient poreuse, elles n'y
ont plus de prise: L'Eau en toutes
ses parties en fait invisiblement
autant à la Terre, & la tient par
ce moyen avec elle; les lieux qui
nous paraissent les plus secs, sont
remplis d'autant d'eau pure qu'en
pleine Mer. L'expérience fait voir
que toutes choses se peuvent
mettre en eau, non pas comme
font les Alchimistes par apposition
d'un humide surdominant, &
mais sans y rien augmenter, &
presque point diminuer le poids
du corps qu'il y avait. S'il est dit
que l'Eau a été séparée du sec,
c'est-à-dire qu'une de ses parties a
été mise sous cette apparence.
C iiij
@

40 De la Nature en général,
On ne voit pas croître un Arbre, grossir un Animal, &
celui qui n'a jamais vu d'Horloge,
pourrait douter d'abord
du mouvement de l'aiguille qui
marque les heures. Le mouvement
dont je parle est comme
une boule ou amas de petits
Animaux qui s'émeuvent tous
les uns après les autres sans ébranler
le Globe: l'Eau donc en se
mouvant ainsi, demeure immobile
de son tout, & ses petites
parties se mouvant continuellement
tiendraient l'Air sans action,
si elles n'étaient rondes, parce
que comme j'ai dit, pendant
que l'une tourne d'un côté, elle
fait tourner celle qui la presse
de l'autre; mais l'Air étant
poussé de l'un & repoussé de l'autre,
glisse sur le côté d'un Pôle

@

Chapitre troisième. 41
des boules (s'il m'est permis
de parler ainsi) de sorte que l'Air
a mouvement à l'entour du total
aussi bien qu'une action trépide.
Or pour savoir si ce mouvement
est réglé, je dis que ce qui est
continuel ne cesse pas d'être continuel,
pendant qu'il est continuel;
l'Eau est continuellement
eau, & pour l'être continuellement,
il faut qu'elle la soit
continuellement, & elle ne saurait
l'être continuellement, sans
avoir continuellement la qualité
propre à son être: La qualité
propre à son être, est l'état
continuel de son être mouvant,
qui étant ôté ne serait plus;
s'il y avait du retardement, elle
cesserait quelquefois d'être; puisque
son être ne consiste qu'en
l'état continuel d'être telle, &

@

42 De la Nature en général,
ainsi il ne peut y avoir d'inégalité
de mouvement naturel, sans
inégalité d'être.
Elle est toujours, parce que tout le Globe de l'Eau n'est pas
quelquefois changé sous l'apparence
de pierre ou de terre, il est
donc impossible qu'il y ait d'inégalité.
Par quoi l'Air qui est conduit, est mené également à l'entour
de la Terre & de l'Eau,
qui ne font qu'un Globe, & cet
Air entraîne semblablement la
Sphère de dessus, & ainsi l'un
donne mouvement à l'autre, jusques
au dernier cercle; & les
corps lumineux qui se rencontrent
sont entraînés avec eux selon
leur légèreté ou pesanteur,
parce qu'étant légers, le mouvement
trépide de l'Air les arrête,

@

Chapitre troisième. 43
& suivant que les Etoiles sont
susceptibles de ce mouvement balançant,
elles sont plus ou moins
défendues du mouvement circulaire.
Il ne se faut pas étonner, comme des corps si grands peuvent être émeus, puisque leur
lieu qui est plus grand qu'eux,
l'est bien; l'Eau qui n'est qu'un
point à l'égard du reste, si
vous ne considérez sa Nature,
vous doit surprendre davantage,
puisqu'elle a la force d'émouvoir
tout: les autres Eléments
sont ouverts, & celui-ci resserré
de tant de parties, qu'une goutte
peut remplir un très grand
vaisseau. L'expérience nous l'apprend
en son évaporation, ou
quand elle est empâtée avec de
la terre, & qu'on la distille à très

@

44 De la Nature en général,
fort feu, une goutte se raréfie si
fort que les récipients, qui peuvent
contenir dix pintes d'eau,
crèvent, faute d'avoir assez d'espace;
ainsi le Feu, l'Air & la
Terre ont été tirés d'elle seule
par extension. C'est pourquoi
il ne faut considérer les Eléments,
que selon leur dissemblance, &
non pour leur discontinuité, car
il n'y a point de discontinuité
Elémentaire dans le cercle des
Eléments: Quoi qu'on élève un
grain de terre, ou un peu d'eau
de son Globe, elle n'est pas néanmoins
discontinuée d'autres Eléments,
& quand (pour me rendre
intelligible) je vous représente
des roues, des boules, il
les faut prendre pour continues,
car tout ce qu'il y a
n'est que discontinué en apparence,

@

Chapitre troisième. 45
& c'est d'où procède la
sympathie des choses. L'Animal
qui paraît le plus petit à nos
yeux, en porte sur soi de plus
petits, & ces derniers encore des
moindres; de sorte qu'un Animal
en peut avoir un nombre
indicible chacun avec des parties
convenables à leurs corps, &
chaque partie est composée d'une
infinité de points de chaque
Elément. L'Eau donc par son
mouvement circulaire, outre
quelle est conjointe aux autres
sans extrémités (ce que le sens
faible se représente difficilement)
balance l'Air, ainsi que
j'ai dit, & pendant cette trépidation,
elle l'assujettit en soi, non
pas en son centre, mais en son
tout; & c'est de quoi elle respire &
continue son mouvement; aussi,

@

46 De la Nature en général,
la diversité des Eléments n'a été
faite du Souverain, que pour s'aider
mutuellement. S'étant donc
remplie d'Air, elle s'enfle & déborde
jusques à ce que la terre
qu'elle contient, l'ait repoussée
dehors; alors elle redevient comme
devant: mais cela ne se
peut apercevoir que dans les
lieux, où elle abonde le plus,
comme dans la Mer Océane qui
de jour à autre flue & reflue:
Cet air qui l'enfle chaque fois,
cause qu'elle est plus légère en son
engrossissement que lorsqu'elle
est décrue. La raison pourquoi
la Mer est grosse, quand la
Lune est pleine, c'est que la réfraction
du Soleil, qui cause sa
lumière, presse l'Air contre l'Eau,
ainsi elle en prend davantage.
La vertu des Astres consiste
@

Chapitre troisième. 47
en ce, qu'ils renvoient, &
comme l'Eau le prend avec l'Air
elle est plus remplie de parties
subtiles, s'en dilate davantage,
& paraît plus grosse; Il
ne faut pas croire que cela se
fasse par une vertu aimantine
qui est le refuge des esprits faibles,
parce qu'ils terminent leur
savoir à une chose sans bornes;
ils veulent en disant cela, qu'il y
ait quelque qualité sans corps,
ne considérant point que tout ce
qu'il y a ici, ne sont que des corps
plus petits ou plus gros, plus
resserrés ou plus ouverts, qui
étant poussés se heurtent les uns
les autres, & ceux qui se repoussent
assemblent les autres en reculant,
& se rejettent fortement
suivant qu'ils se rencontrent de
loin.

@

48 De la Nature en général,
Tout ce que nous recevons des Astres, outre la lumière,
ne sont donc que des petits corps
très subtils, qui rejaillissent par
rencontre, suivant que leurs parties
internes, ont d'action. Je dis
internes à cause que les Etoiles
sont des composés de parties subtiles,
mais plus étendues que celles
de ceux d'ici bas.
Nulle chose ne peut avoir lumière que par contrariété de parties,
c'est ce que l'expérience peut
faire voir: ainsi le Soleil rejette
les petits corps par le vent de son
action particulière, ou pour
mieux dire par son mouvement
d'existence, & ces petits corps
en choquent d'autres, toujours
de plus gros en plus gros jusques
en bas, ce qui est cause
que nous ne pouvons regarder
le
@

Chapitre troisième. 49
le Soleil, parce que les particules
de l'Air donnent dans les yeux,
comme si on y jetait du Sable,
ils ne peuvent même souffrir la
réflexion de ses rayons par un miroir,
s'il n'est mis dans l'eau, d'autant
que ces petits corps rejaillissent
moins sur un sujet mol,
que sur un dur, Le combat
de ces corpuscules cause
la chaleur, & ce sont eux qui
font dans leur chute enlever l'eau
en petites gouttes, ainsi que j'ai
dit, & les idiots présument qu'elle
est attirée. Néanmoins voilà
comment cela se fait. Elle est en
après éparse par le mouvement
trépide & emmenée circulairement
quelquefois si haut, que
ne pouvant tomber en pluie, le
feu la repousse & rejette en bas,
l'écartant avec tant d'impétuosité,
Tome 1. D
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50 De la Nature en général,
qu'elle violente les corps en passant,
nous appelons cela vent,
auquel nous donnons des noms
selon les lieux, d'où il vient, &
sa durée continue à proportion
de la quantité des vapeurs dont il
provient: s'il rencontre d'autre
humide en passant, elles s'amassent
ensemble & tombent en pluie,
qui fait cesser le vent.
Il est dangereux que cette eau exaltée reste longtemps en haut,
parce que les parties terrestres
qu'elle a emportées, se cuisent
& font enaigrir l'eau, qui ensuite
précipite en forme de nues,
les parties grossières de celle qui
survient, d'où résulte un amas,
qui n'est détruit qu'à proportion
que les pointes des corps plus
subtils le pénètrent malgré sa
résistance, ce qui nous fait voir

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Chapitre troisième. 51
ces flammes que nous appelons
Eclairs: pendant cet effort la
masse se crève & rompt en petites
ou grosses parties avec tant
de force, que le bruit en est
épouvantable, & c'est à bon droit
qu'on l'a nommé Tonnerre.
Quand ces masses tombent, elles
puent grandement, à cause de la
corruption de l'eau; quelquefois
la vitesse de leur chute les dilate
tellement, qu'elles pénètrent les
corps les plus resserrés en divisant
leurs parties, ce qui nous
paraît aux choses solides par leur
fraction, & aux liquides par leur
altération, comme on voit au
vin, & autres liqueurs qui s'en
enaigrissent.
J'aurais ici lieu de passer des Météores enflammés, ou impressions
du Feu, mais je le réserve au
D ij
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52 De la Nature en général,
traité de la lumière, & de la Nature
admirable du froid, qui n'a encore
jamais été entendue. Cependant
voyez encore (pour mieux opérer)
comme tout ce qui se fait en ce
grand corps, se passe aussi dans les
plus petits, qui en sont provenus.
Il faut premièrement considérer,
que nous ne pouvons pas
apercevoir toutes les parties d'un
corps particulier, de même que
le général, parce que nous ne
sommes point dedans. Semblablement
on ne peut voir le
monde au dehors, ainsi qu'un
Homme ou un arbre; néanmoins
par l'un, l'autre se peut connaître.
Quand la flamme embrase un corps, le Feu est à l'extérieur,
& les autres parties au dedans;
ce Feu n'agit pas, soit en apparence

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Chapitre troisième. 53
de corps lumineux ou autrement,
sans l'Air, de la matière
brûlable qu'il lui donne, alors
l'humide le plus uni à la Terre
quitte une partie de l'Air ou Eau
raréfiée, qui ne la pouvant suivre
s'en sépare & retombe avec violence;
de telle manière que la flamme
provenant de cette action, contraint
l'esprit du composé, de se
manifester sous la rougeur.
La raison que l'Eau & autres choses s'évaporent sur ce Feu,
est, que les Atomes terrestres du
sujet combustible, étant excités
violemment, battent en s'écartant,
& poussant le vaisseau
contenant, de sorte que le contenu
est contraint de sauter dehors
en frémissant, comme si on frappait
avec un bâton; ce vaisseau ne peut
paraître ému, à cause de la grande
D iij
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54 De la Nature en général,
vitesse continuelle, dont il
est frappé de tous côtés, & l'Eau
sort en si petites gouttes, qu'elle
ne nous paraît que fumée.
On attire encore l'Eau par des vapeurs grossières, ou en aspirant
par la bouche: cela se fait
de même façon que j'ai dite, excepté
que les particules de l'Air
étant émues par l'attraction,
battent circulairement, & emportent
la liqueur. Elle se peut tirer
ainsi à l'infini, à cause que l'Air
est fourni par les extrémités intérieures
du conduit, ce qui advient
aussi à une pompe & tel autre
instrument. Le Feu agit autrement
que l'Air, il fait même
pétiller l'Or dans sa grande liquidité;
mais à cause qu'il est
mieux lié que les Métaux imparfaits,
il ne s'étend point en fumée

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Chapitre troisième. 55
comme eux, à moins que
l'on ne multiplie les parties terrestres,
en y jetant de l'Armoniac,
qui s'élevant l'emporte avec
soi; à cause que tous Sels volatils,
comme ils sont privés d'humide
pour s'étendre, s'envolent
promptement du Feu: autrement
il en naît une liqueur huileuse,
qui étant plus épaisse ne se laisse
pas sitôt emporter; la preuve s'en
voit en la poussière, qui est facilement
chassée de quelque sujet, si
elle n'est humectée. Le Sel commun
mis sur une pelle, saute &
pétille, à cause que les parties terrestres,
que le Feu fait écarter, battent
dessous & à côté, comme en frappant
avec quelque instrument: les
corps sont emportés de même hors
des cornues à fort feu, par l'aide des
particules de l'Air, qui sont tant
D iiij
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56 De la Nature en général,
excitées, qu'elles battent & pénètrent
de tous côtés.
Le Philosophe Artiste doit encore savoir pourquoi les pots
& les verres se cassent & rompent
facilement à l'abord d'une
grande chaleur, afin d'en éviter
les accidents: car s'il arrive
que les particules terrestres en
s'écartant impétueusement, heurtent
contre le vaisseau, & que
leur mouvement rencontre l'humide
de l'Eau, qui en introduit
une autre, ou l'arrête, il se
fait un choc des deux qui le fait
bondir en arrière, & c'est ce qui
ouvre le corps, comme s'il était
tiré en large de deux côtés;
mais lorsque le Feu les fait battre
lentement, ils pressent l'humide
d'en sortir un peu à la fois,
sans qu'il fasse de contre coup.

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Chapitre troisième. 57
Il y a de la Terre, qui y étant
jetée toute mouillée ne crevasse
point, cela provient de ce qu'elle
est subtile & ne laisse aller l'Eau
que peu à peu, malgré la violence
du Feu: ainsi il en arrive, comme
si on l'avait graduée. La Terre
qui a les grains gros ne se fend
point facilement aussi, parce que
l'Eau circuit à l'entour des grains
& n'est pas sitôt emportée des
corpuscules, à cause des pores.

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CHAPITRE IV.
De la génération des Pierres Minérales
ou Matières des Métaux; Et comment la Nature prépare le Soufre Solaire.
J 'Ai bien voulu enseigner le premier Mobile selon les Cabalistes, le trouve étrange

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