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Réfer. : AL1912
Auteur : Joannes de Rupescissa.
Titre : La vertu et Propriété de la Quinte essence.
S/titre : de toutes choses.

Editeur : Iean de Tournes. Lyon.
Date éd. : 1549 .


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L A V E R T V E T P R O P R I E T E D E L A Q V I N T E S S E N C E DE TOVTES CHOSES.
pict
Faite en Latin par Ioannes de Rupe scissa, Et mise en François par Antoine du Moulin Masconnois, Valet de chambre de la Royne de Nauarre.
pict
A L Y O N, P A R I E A N D E T O V R N E S. ------------ M. D. XLIX. Auec Priuilege du Roy pour dix ans.
@

Extrait du Priuilege.
Il est deffendu à tous Imprimeurs, Libraires & Marchands de non Imprimer, ou faire imprimer, ny exposer
en uente ce present liure intitulé, La Vertu & proprieté
de la Quinte essence de toutes choses, faite
en Latin par Ioannes de Rupe scissa, & mise en
François par Antoine du Moulin Masconnois,
iusques à dix ans, commençant du iour & date qu'il sera
acheué d'imprimer, sinon par le congé & permission de
Iean de Tournes marchant libraire, imprimeur de Lyon,
& ce, sur peine de confiscation des liures qui se trouueront
imprimez, & d'amende arbitraire: ainsi que le tout
est plus amplement contenu au Priuilege sur ce octroyé,
& donné à Saint Germain en Laye le VI. iour de Decembre
l'An de grace M. D. XLVIII.

Par le Roy. Le Seigneur de Passy maistre des Requestes de l'hostel present.
Signé Demoulins, Scellé du grand Sceau de cire iaune.
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A M O N S E I G N E U R E S T I E N N E T R A M A, C A-
pitaine de Mascon, & maître d'hôtel de Monsieur de la Guiche, gouverneur de Bresse, Antoine du Moulin Masconnois SALUT. *
pict A M I T I E' que naturellement
je porte à toutes gens de bonne nature, & spécialement aux amateurs de science, mes alliés de pays ou parenté, fait, que ne les puis oublier: mais quand
vient à propos les veux & dois honorer de
mon petit savoir. C'est l'occasion qui me meut
à présent, de vous adresser cette mienne translation,
traitant des choses secrètes en nature:
comme d'extraire la Quintessence de toutes
les choses naturelles, & par icelle *médeciner
les maladies qui sont dans le corps, guérir les
plaies & *navrures, & réconforter les gens
faibles,
##Note :
*médeciner: soigner.
*navrures: blessures, coups.
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faibles, grevés & débilités: & plusieurs autres
telles choses: qui sont oeuvres quasi miraculeuses,
& par une voie non accoutumée ni
ordinaire entre les Médecins, Chirurgiens
& barbiers. Dont je ne fais doute qu'ils seront
ébahis des régimes & recettes de ce présent
livre, lequel n'est point tant nouveau qu'il n'y
ait bien deux cents ans & plus qu'il a été
composé en Latin. Or est-il, que par cette
petite épître je vous cède & transporte tout
l'honneur que je pourrais rapporter de ma présente traduction à cause des nouveautés & singularités excellentes, y contenues. Adieu.
De Lyon chez Iean de Tournes, ce quinzième de Mars, pict --------------- M. D. XLIX.
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L a c o n s i d é r a t i o n d e l a
Q U I N T E E S S E N C E D E
toutes choses transmuables, au nom de notre Seigneur
Jésus-Christ, qui s'appelle le Livre de familiarité
de Philosophie, de L'évangile du dit notre Seigneur
Jésus-Christ, & des pauvres hommes évangélisants.

L I V R E P R E M I E R.
pict A L O M O N dit au
septième chapitre du livre de Sapience: Dieu m'a donné la vraie science des choses qui sont: afin que je sache la disposition de toute la terre, & les vertus des Eléments, le commencement, la consommation, & le milieu des temps, les changements
des années, & les divisions des temps: les décours
des années, les dispositions des étoiles, les natures
des animaux, & les courroux des bêtes, la force des
vents, & les cogitations des hommes, les différences des
plantes & les vertus des racines: & ai connu toutes
choses secrètes & manifestes, car l'ouvrier de toutes
choses m'a enseigné par sapience. Et au XVI. chapitre
tre du
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6 D E L A Q U I N T E E S S E N C E
du livre des Proverbes il dit: Notre seigneur
a fait toutes choses pour lui-même. Donc
par la démonstration dessus mise, l'écriture conclut
infailliblement, que toute la Philosophie universelle
que ledit Salomon a eue es paroles susdites
par révélation de l'esprit de Dieu, doit pour
cette raison être utilement appliquée pour le
service de Dieu, & de l'Evangile de Jésus-Christ,
& pour les hommes évangélisants, & pour tout le
corps de J E S U S - C H R I S T mystique, qui dévotement
lui obéit & le sert. Et par ainsi le titre de ce
livre est approuvé en peu de paroles. A cette cause
j'ai considéré que le temps que j'ai employé au désir
& envie de la Philosophie mondaine, plus de
cinq ans avant que je fusse entré en l'ordre, en la
très renommée étude de Toulouse, & puis après
plus d'autre cinq années depuis que je fus en l'ordre:
& ce par disputations vaines, & grand bruit de
paroles inutiles, louanges, lecture de divers auteurs,
tant en études particulières que générales;
tachant, tant qu'il est possible, de racheter le temps
passé, & recouvrer le perdu, & celui qui est écoulé
& oublié remettre en mémoire; afin que d'icelui
par le commandement de J E S U S - C H R I S T
je puisse obtenir mérite, & éternelle gloire, pour le
temps à venir: & ce qui m'a été nuisible par ma
coulpe, me soit profitable & la vie éternelle, par
le vouloir de Jésus-Christ. Or j'ai trouvé un
moyen
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L I V R E P R E M I E R. 7

moyen possible en ceci: c'est, si je révèle les utilités
lesquelles j'ai vues en la Philosophie, qui m'ont
été montrées par l'esprit de Dieu en ma grande
nécessité: auquel temps combien que je fusse mauvais,
Dieu vint vers moi avec pitié & compassion,
afin que je révélasse aux pauvres hommes évangélisants,
le moyen que ceux qui ont méprisé les richesses
pour amour de l'Evangile; puissent sans enseignement
d'homme, légèrement & sans grands
dépens guérir leurs maladies corporelles, & misères
humaines, par le moyen de la bonté de Dieu:
& aussi qu'ils puissent éviter & fuir les occasions
& choses qui empêchent & nuisent aux saintes
oraisons & contemplations nécessaires: & résister
aux tentations des diables, lesquelles ils donnent
aux hommes à cause de certaines maladies: &
soient délivrés de tout en tout de telles choses,
afin qu'ils puissent dévotement obéir & servir de
tout leur pouvoir à notre seigneur Jésus-Christ.
Or donc puis que j'écris ce livre seulement pour
les saints hommes, duquel par la puissance de
Dieu ils recevront tant de biens & utilités, il faut
conclure, que je participerai en leurs oraisons,
bienfaits & mérites, qu'ils feront dorénavant
par le moyen de ce livre, J E S U S C H R I S T le commandant & voulant ainsi, veuillent ou non:
Car tout ce qui est cause de la cause, il est cause &
occasion de la chose causée. Et ainsi pour récompense
pense
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8 D E L A Q U I N T E E S S E N C E
du temps vainement employé en Philosophie,
journellement je recevrai nouveaux mérites:
non pas tant seulement le temps de dix ans
lesquels j'ai employé en Philosophie mondaine,
mais indubitablement plus de mille ans à venir
devant la fin du Monde. Maintenant est évident
le moyen par lequel je puis recouvrer le temps
passé, que j'ai mal employé. Je prie donc celui
Dieu tant doux & miséricordieux dévotement &
humblement de tout mon pouvoir, qui a daigné
révéler à moi pauvre pécheur caduc & misérable,
plusieurs secrets de Philosophie mondaine,
qu'il ne permette point que ce livre tombe entre
les mains de ceux qui sont avaricieux, tyrans, & indignes,
& qui en voudront user pour avoir argent:
mais le permette à ceux qui sont bons, justes,
saints, dignes, & parfaits ouvriers évangélisants,
qui par le regard, miséricorde & pitié du seul
Dieu en voudront user. Et notre seigneur Jésus-
Christ veuille empêcher tous ceux qui voudront
faire le contraire, comme les avaricieux désirent.
O que ce serait un très grand mal, si ce livre
tombait es mains d'hommes mondains, & à la notice
des tyrans, & au service des réprouvés! Car
tout ainsi que les saints pourront continuer & prolonger
plus fermement l'oeuvre de Jésus-Christ
par le moyen de ce livre, ainsi au contraire les
tyrans, réprouvés & mondains en pourront abuser
ser &
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L I V R E P R E M I E R. 9

& persévérer en richesses & en méchancetés.
Au reste, en tant qu'il m'est possible, j'ordonne &
fais ce livre tant seulement pour l'utilité des saints
& bons, & le remets en la garde & protection de
J E S U S - C H R I S T, & sans plus grandes paroles,
je veux révéler les secrets, selon l'ordre des titres
lesquels je mettrai ci-après.
Le premier secret est, que par la vertu que Dieu a donné à Nature, qui en sujette au service
de l'homme, on peut ôter les dommages & fâcheries
de vieillesse, lesquels empêchent les oeuvres
de ceux qui sont grands hommes évangélisants,
voulant guérir par oeuvre évangélique, & désirent
recouvrer la jeunesse, & ravoir les forces de jeunesse:
mais ce n'est pas en un même degré. Laquelle
chose est un secret plus grand qu'il n'en est
aucun en toute nature. La manière comment cela
se peut faire sera démontrée au chapitre suivant.

C A N O N P R E M I E R.
pict OUS les Philosophes ont été empêchés
& travaillés en cette chose: c'est- à savoir à chercher la chose créée, convenable à l'usage des hommes, laquelle puisse préserver de putréfaction le corps qui est
sujet à corruption: & en le préservant le garder
de diminuer: & s'il était possible, le perpétuer en
être.
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10 D E L A Q U I N T E E S S E N C E
être. Car c'est la chose que tous les hommes désirent
naturellement, n'être jamais corrompus, &
jamais ne mourir. Toutefois le grand Philosophe
catholique saint Paul, en la seconde épître
qu'il écrit aux Corinthiens, au cinquième chapitre
dit: Et de vrai, nous qui sommes en ce tabernacle
du corps, gémissons étant grevés (c'est à savoir
de maladies) pourtant que nous ne voulons être
dépouillés (c'est à savoir du corps) mais être vêtus
par dessus (d'icelui corps) afin que nous ne
mourions. A cette cause il ajoute: afin que ce
qui est mortel, soit englouti par la vie. Cela sont
les paroles de saint Paul. Certainement bien peu
de Philosophes sont parvenus à la connaissance
de telle chose: comme nous apercevons évidemment:
car les médecins de notre temps, qui brûlent
de convoitise & d'ardeur d'argent & d'honneurs,
n'ont pu par argent durant notre temps
faire telles choses à aucuns Princes ni seigneurs; &
ne le sauraient bailler: & aussi Dieu ne veut point
que les avaricieux le sachent. Mais pour ce qu'il
est ordonné aux hommes de mourir une fois (comme
dit notre très vrai Philosophe saint Paul, en
l'épître aux Hébreux, au neuvième chapitre) ce
serait chose fantastique se travailler en cette vie
mortelle pour chercher une chose qui puisse faire
que notre corps qui est mortel, soit immortel.
Principalement par ce que Dieu dit au troisième
chapit
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L I V R E P R E M I E R. 11

chapitre de Genèse: Et maintenant il y a danger
que Adam n'avance sa main, & prenne aussi de
l'arbre de vie, & en mange, & vive à tous jamais.
Le seigneur Dieu donc l'envoya hors du
jardin d'Eden: pour labourer la terre, de laquelle
il avait été pris. Ainsi chassa l'homme, &
colloqua des Chérubins vers l'orient du dit jardin
d'Eden, & un glaive resplendissant, tranchant des
deux côtés pour garder la voie de l'arbre de vie.
Ce serait donc chose fausse de dire, que Dieu donna
à Adam hors de paradis, aucune chose par laquelle
il peut vivre éternellement, vu qu'il l'en
avait jeté hors, afin qu'il en mangeât du fruit de
vie, pour vivre éternellement. Certes nous avons
ceci infailliblement au texte de la sainte écriture,
Que Dieu a préfix & ordonné à un chacun son
terme de vie lequel on ne peut par humain engin
ni étude évader ni passer. Comme dit Job:
les jours de l'homme sont brefs, le nombre de ses
mois est envers toi. Tu as ordonné ses termes,
qui ne passeront point outre. Donc c'est chose
inutile & vaine, de chercher aide pour prolonger
celui terme de notre vie. Il nous reste donc
à chercher la chose laquelle puisse garder & conserver
notre corps de putréfaction jusques au terme
ordonné de Dieu pour notre vie, & l'entretenir
en santé: & s'il est malade le guérir, & étant débilité
ou quasi mort le restaurer jusques à tant que
la mort
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12 D E L A Q U I N T E E S S E N C E
la mort préordonnée, selon le terme dit, vienne.
Toutefois il n'est point plus en notre puissance
de totalement éviter & échapper la mort outre
le terme ordonné & prédit, que *d'échever le coup
de la foudre, une chute soudaine, ou une violence
& impétuosité que l'on fait à l'encontre de nous.
Maintenant reste à dire que nous guettions & considérions
de la mort laquelle nous peut advenir
avant le terme, par maladies, corruptions du corps,
& par défaut de vertu. Or la raison nous démontre,
que c'est chose vaine & fantastique de vouloir
conserver un corps corruptible, par le moyen d'une
chose pourrie & sujette à corruption: & l'embellir
d'une chose sujette à devenir flétrie & laide:
& le rendre ou faire incorruptible, par une
chose qui défaut & prend fin, & guérir un malade,
avec une chose mal saine: & reformer quelque
chose, par le moyen d'une chose difforme. Donc,
la racine de la vie est, chercher une chose qui
d'elle-même demeure éternellement incorruptible,
& qui conserve & garde de corrompre toute
chose qui est jointe avec elle: & principalement la
chair, & aussi nourrit la vertu de la vie: & accroît
& refait l'esprit & entendement: & digère toute
chose crue, & réduit à égalité toute chose dispersée,
& ôte toute chose superflue de quelque qualité
qu'elle soit: & restaure toute qualité perdue; &
fait abonder l'humeur naturelle; & pourchasse d'allumer

##Note :
*échever: esquiver, s'écarter, éviter.
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L I V R E P R E M I E R. 13

lumer le feu naturel qui est débile. Et croyez certainement,
qu'il n'y a aucun des quatre éléments
qui soit tels, ni aucune chose contenant en elle la
composition matérielle des éléments: car toutes telles
choses sont sujettes à corruption & transmutation:
& toute chose corruptible, est malade, & la
chose débile adjointe à son semblable, l'augmente.
Or pour ce que tous les Médecins ont ouvré matériellement,
& se sont aidés de telles choses corruptibles,
qui sont élémentaires, ou composées des
Eléments, ils n'ont jamais su parvenir au secret
que nous cherchons. Mais tu me pourras dire:
Vu que toutes les choses qui sont corporelles en
ce monde, sont élémentées pour l'utilité des corps,
ou composées des éléments, donc les hommes
ne peuvent trouver en ce siècle la racine de la vie,
laquelle puisse vivifier le corps jusques au dernier
terme de la vie de l'homme, préfix & ordonné de
Dieu.

Inquisition de notre Ciel, ou de la Quinte essence. C H A P. I.

N Ous répondons fidèlement aux choses susdites, qu'il faut chercher une chose qui soit de telle nature envers les quatre qualités desquelles
notre corps est composé, comme est le ciel au
respect des quatre éléments. Or les Philosophes
ont
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14 D E L A Q U I N T E E S S E N C E
ont appelé le Ciel, la Quinte essence, à l'égard des
quatre éléments: car le Ciel en soi est incorruptible
& immuable: ne recevant point en soi des
mutations ou impressions étrangères: si ce n'était
par le commandement de Dieu: pareillement aussi
la chose que nous cherchons, au regard & respect
des quatre qualités de notre corps, c'est la Quinte
essence, en soi incorruptible, si elle demeurait
éternellement: & n'est point chaude, ni sèche avec
le feu: ni humide ni froide avec l'eau: ni chaude
ni humide avec l'air: ni froide ni sèche avec la
terre: mais cette Quinte essence, valant aux choses
contraires, tout ainsi que le Ciel incorruptible: car
quand il est de besoin, il épanche de la pluie humide,
aucunes fois chaude, aucunes fois froide, &
autres fois sèche. Telle est la racine de vie la Quinte
essence, laquelle le très haut Dieu a créé en nature,
afin qu'elle puisse aider aux nécessités du
corps, jusques au dernier terme que Dieu a constitué
de notre vie. Je t'ai dit que Dieu le tout
puissant a créé la Quinte essence laquelle on attire
du corps de nature créé de Dieu, par artifice
humain. Et la nommerai par trois noms, lesquels
lui ont été imposés des Philosophes. Ils
l'appellent Eau ardente, Ame & esprit du vin: &
Eau de Vie. Et quand tu la voudras tenir secrète
& cachée, tu la nommeras Quinte essence, pour
ce qu'elle a la nature de la Quinte essence. Les
grands
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L I V R E P R E M I E R. 15

grands Philosophes ne voulurent jamais déclarer
aux hommes ce nom, mais ont voulu que la vérité
fût ensevelie avec eux. Or qu'elle ne soit point
humide & froide avec l'élément de l'eau, la démonstration
en est manifeste: car on la brûle, laquelle
chose est répugnante & contraire à l'eau
élémentaire, qu'elle ne soit point chaude ni humide,
comme l'air, il est évident: car l'air se corrompt
plus tôt que chose que ce soit, comme il
appert en la génération des araignées & des mouches.
Et cette Quinte essence demeure incorruptible,
si elle est gardée bien close, afin qu'elle ne
s'en vole. Qu'elle ne soit point froide & sèche
comme est la terre, elle le démontre manifestement:
car elle est tant qu'il est possible active, &
échauffe souverainement. Et aussi qu'elle ne soit
point chaude & sèche comme le feu, elle le montre
évidemment: car elle réfrigère les maladies
chaudes, & les diminue & anéantit comme nous
verrons ci-après. Mais aussi qu'elle baille incorruption,
& garde de corruption & pourriture,
nous le voyons par ce, qu'elle est tirée du feu. Car
si quelque oiseau, ou pièce de chair, ou de poisson
est mise ou versée dedans icelle eau, elle la gardera
de corrompre, tandis qu'elle sera en icelle eau.
Combien plus peut-elle préserver de corruption
la chair de notre corps vivante & animée? Celle-
ci est la Quinte essence des cieux humains, laquelle
le a
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16 D E L A Q U I N T E E S S E N C E
a créé le grand Dieu pour la conservation des
quatre qualités ou éléments du corps humain,
ainsi comme le Ciel pour la conservation de tout
le Monde. Et sachez pour certain, que les Philosophes
de maintenant, & aussi les Médecins
ignorent du tout en tout cette Quinte essence, &
la vérité d'icelle. Mais à l'aide de Dieu je te révélerai
ci-après le magistère d'icelle. Je t'ai enseigné
jusques ici une chose merveilleusement secrète:
c'est à savoir la Quinte essence, que l'on nomme le
Ciel humain.

Inquisition du soleil, pour bailler influence & le
principe de vie en nous: & pour orner notre Ciel. C H A P. II.

A Insi comme le haut Ciel n'influe ni coule pas tant seulement par lui la conservation au Monde, & les influences merveilleuses, mais
par la vertu du Soleil, & des autres Etoiles: tout
ainsi notre Quinte essence veut être ornée du
Soleil merveilleux & digne d'admiration, resplendissant,
incorruptible & égalé, contre lequel Soleil
le feu ne puisse avoir aucune puissance, pour
le pouvoir corrompre. A cette cause je te dis en
charité non point feinte, & en bonne conscience,
que ce Soleil illuminé & resplendissant, qui ne
se peut corrompre par le feu, & qui influe incorruptibilité
rupti
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L I V R E P R E M I E R. 17

& racine de vie en notre corps, ainsi
que je t'ai dit ci-devant être possible, lequel aussi
est créé pour l'ornement de notre Ciel, & pour
augmenter l'influence de la Quinte essence, se peut
prendre à la main: & l'a constitué & mis, Dieu de
gloire, en la puissance des hommes. Et moi aussi
pour charité de Dieu, pour ce que je parle aux
saints hommes évangélisants, le te nommerai par
son propre nom, & le te révélerai *entendiblement.
Icelui Soleil, est vrai or, cueilli de vraie mine
de terre ou de fleuve. Car l'or d'alchimie, qui est
composé de choses corrosives, détruit Nature.
L'or de Dieu est appelé par les Philosophes, Soleil,
car il est fils du Soleil du Ciel, & est engendré
par les influences du Soleil, es entrailles & veines
de la terre. Et lui baille le Soleil l'influence, la nature,
la couleur, & la substance incorruptible, non
point simplement, mais par effet. Donc la
Quinte essence est de la nature & de la couleur du
Ciel: & notre Soleil l'a orné, tout ainsi que le Soleil
orne le Ciel. Ces deux choses conjointes ensemble,
influent en nous. Je te dis véritablement,
les conditions du Ciel des cieux, & du Soleil céleste.
Car il est possible en nature mortelle de conserver
la vie, & de la restaurer, & perdurablement
ramener la florissante jeunesse, telle qu'auparavant
elle était, & donner abondance de santé
désirée & souhaitée.
Inqui
##Note :
*entendiblement: d'une manière compréhensible.
#

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18 D E L A Q U I N T E E S S E N C E
Inquisition de la nature des Etoiles pour orner
notre Ciel: pour aider les influences de notre Ciel & du Soleil: & pour donner & influer le principe de vie en nous. C H A. III.
S I (comme témoigne Salomon au premier chapitre du livre de l'Ecclésiaste) toutes choses sont de plus grand labeur & difficulté que l'homme
ne peut dire: entre les autres choses merveilleuses
que Dieu a créées en ce monde, il en y a
qui souverainement ébahissent & étonnent. Car
aucunes épices médicinales ont vertu d'attirer les
humeurs superflues d'un membre, & non pas de
l'autre. Ainsi comme Hiera picra, qui attire seulement
les humeurs de la tête, du col, de la poitrine,
& non pas du nombril, ni plus bas, & aucunes autres
attirent les humeurs du nombril, & de plus
bas, mais non pas des membres supérieurs. Or c'est
chose très difficile (même aux grands Philosophes)
de savoir comment cela se fait, & pourquoi, ainsi
comme le souverain Philosophe Jean Heben Mesué
Damascenus, dit au commencement de son livre
des Simples médecines. Il n'en faut point chercher
de cause, sinon qu'ils ont cela du ciel. Et comment,
& en quelle partie du ciel, il n'en a su rendre
raison. Toutefois il fut tant savant & si fort
renommé, que tous les Médecins l'appellent leur
Evang
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L I V R E P R E M I E R. 19

Evangéliste, & ceux qui en vérité entendent par
l'incompréhensible lumière de Dieu la cause des
choses dignes d'admiration, lesquelles les mondains
Philosophes n'ont point su, ils sont réputés
par leurs successeurs, fantastiques & de nulle
importance. Et pour ce que la vérité doit être préférée
à toute fausse infamie, & mauvais bruit, je
chercherai diligemment la nature des Etoiles nécessaires
à orner notre Ciel, afin que les influences
de notre dite Quinte essence, & du Soleil susdit,
en soient augmentées, autant qu'est augmentée
l'influence du Ciel & du Soleil, par l'influence
des autres Etoiles. Et notez, que toutes Etoiles du
Ciel, ont leur influence singulière par le commandement
& ordonnance de Dieu: & une chacune
Etoile a sa propriété, & influence propre sur une
chose déterminée & certaine. Comme l'Etoile du
Pôle, a son influence sur la pierre d'aimant & sur
le fer; la Lune, sur l'eau de la Mer: le Soleil, sur l'or: la
Lune sur l'argent: les Images des hommes du Ciel,
sur les corps humains: l'image du Mouton du Ciel,
sur les Moutons terrestres. Et ainsi comme le
Charpentier avec sa doloire en sa main fabriquant
des arches, ne les forge point moins en son
entendement, que s'il n'avait point de doloire:
ainsi Dieu ne gouverne point moins le Monde, s'il
a donné telles influences aux Etoiles, afin qu'elles
influent es choses tellement que Dieu veut, &
non
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20 D E L A Q U I N T E E S S E N C E
non point davantage. Or crois donc & tiens ce
pour certain, qu'entre les Etoiles & les Images du
Ciel d'une part, & les choses terriennes sur lesquelles
elles ont influences singulières d'autre part, est
si grand lien d'amour (comme dit Aristote) que
plutôt romprait le Ciel, qu'en ces choses basses
Nature endurât ni souffrît une rompure vide.
Donc, je te révélerai ici l'influence de ces choses,
& le lien d'amour entre les corps célestes, & les
choses qui leur conviennent & s'accordent avec
eux ça bas en terre. Considère & regarde comme
ceux qui vont sur la mer frottent une aiguille contre
la pierre d'aimant, & la font tourner contre
l'Etoile du Pôle. Dont vient cela que cette aiguille
se tourne toujours sans faillir, devers ledit Pôle,
& non en autre lieu? Certainement c'est, pour ce
que tant le fer comme l'aimant, par le commandement
de Dieu, par l'influence d'icelle Etoile sont
engendrés en la terre: & ont en leur nature & influence
la propriété d'icelle Etoile. Et pour ce
l'aiguille se tourne toujours devers l'Etoile, comme
vers son semblable. Pourquoi est-ce que toutes
les fois que la Lune se lève, le flux de la mer
commence toujours à monter, & quand elle
vient au milieu du Ciel, le flux commence à
descendre? Et quand elle parvient en Occident,
ledit flux commence derechef à monter, jusques
à ce que la Lune vienne au coin de la terre:
donc
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L I V R E P R E M I E R. 21

donc le flux commence derechef à descendre:
jusques à ce que la Lune commencera encore
à lever. Et selon ces points de la Lune, toujours
la Mer fait deux fois le jour flux & reflux.
Toutefois ceci ne se fait point quand le Soleil
parvient es points du Ciel, ci-dessus nommés.
Pour ce les flux & les reflux de la Mer suivent la
Lune, & non pas le Soleil. Par quoi il est suffisamment
prouvé, que la Lune a singulièrement influence
sur les eaux, lesquelles suivent ladite Lune
par liaison invisible, ainsi comme l'homme suit
naturellement la femme qu'il aime, par liure invisible,
tout ainsi comme celui qui a faim est lié
à la viande, par liure invisible; & celui qui a
soif, au boire. Et à ce propos je dis ceci véritablement
par exemple, que les Etoiles qui ont influence
sur la tête, sur le col, & sur la poitrine de
l'homme, comme sont les Etoiles d'Aries, de Taurus,
& de Gemini, influent singulièrement sur Hiera
picra, à cette cause elles ont singulière force par
le commandement de Dieu le créateur, d'attraire
les humeurs de la tête: du col, & de la poitrine, &
non pas des plus bas membres. Ainsi te dis-je des
épices qui attirent les humeurs des genoux, des
jambes & des pieds, qui reçoivent singulièrement
influences des Etoiles de Capricornus, d'Aquarius
& de Pisces. Et ainsi peut-on dire de tous les
autres Signes. Donc si tu veux guérir la tête
mala
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22 D E L A Q U I N T E E S S E N C E
malade, avec l'aide de la Quinte essence, & du Soleil,
tu accroîtras l'influence de la Quinte essence &
de son Soleil, si tu les mets avec nos Etoiles qui
sont engendrées par l'influence du signe d'Aries,
ainsi comme est Hiera picra, & plusieurs autres
semblables, le semblable peut-on dire de tous les
autres membres. Et en cette manière, avec notre
Soleil & les Etoiles terriennes tu feras opération
merveilleuse à l'aide de Dieu, & semblera être
miracle de la cure que tu feras sur aucun, ainsi que
je te montrerai ci-après, si tu entends bien.

Révélation du Secret du magistère de la Quinte
essence: & comment, & par quel moyen notre Quinte essence est ornée du Soleil, & des Etoiles, afin qu'influence & santé de vie merveilleuse soit accrue par le magistère de l'ouvrage de la première *indagation.
C A N O N II.
pict E pense point que j'ai dit une menterie,
pour ce que j'ai nommé la Quinte essence, Eau ardente: & que je t'ai dit que les Philosophes & Médecins de maintenant ne sont point parvenus à la connaissance
d'icelle, combien que l'eau ardente soit communément
mune
##Note :
*indagation: latin indagatio, recherche.
#

@

L I V R E P R E M I E R. 23

trouvée partout, car le magistère de
la Quinte essence est caché, & n'y eut jamais qu'un
très renommé Théologien qui entendit quelque
chose des secrets & magistère d'icelle. Et si affirme
pour vrai, que la Quinte essence est eau ardente,
& n'est pas eau ardente. Or Dieu du Ciel veuille
mettre prudence au coeur des hommes évangélisants,
pour lesquels je fais ce livre, afin qu'ils ne
montrent point à homme réprouvée ce secret du
très grand Dieu du Ciel, lequel est très digne d'être
bien noté. Maintenant je te déclare la vérité.

La manière de faire l'eau ardente, de laquelle on
attire la Quinte essence.
T U prendras du vin qui ne soit point trop clair, ni trop gros, ni terrestre, ni épais: mais qui
soit noble, délectable, savoureux, & odoriférant, le
meilleur que tu pourras trouver: & le distille par la
serpentine ou tuyau tant de fois, que tu fasses la
meilleure eau ardente que tu sauras faire: non point
par brève distillation, mais par goutte à goutte,
tant que trois, ou sept, ou dix fois soit distillée. Et
cela est l'eau ardente à laquelle les Philosophes &
Médecins de notre temps ne sont parvenus. Laquelle
eau ardente est la matière de la Quinte essence,
& de quoi elle se fait, dont nous entendons
principalement traiter en ce livre. Car après
que
@

24 D E L A Q U I N T E E S S E N C E
que tu auras attiré la très noble eau ardente, tu feras
faire au four des verriers un distillatoire, appelé
Circulaire, qui soit de telle façon: Fais faire
un vaisseau en la manière d'un Chérubin, qui est
la figure de Dieu, & ait six ailes, en la façon de six
bras, revenants en lui-même: & dessus une tête
ronde, sans point de réceptoire: là ou il y ait un
bec au milieu de la tête, tirant en bas. Et mets
dessus icelui vaisseau ladite eau ardente, en faisant
feu dessous, afin que par les ascensions, &
descensions continuelles de ladite eau, par les ailes
brachiales, elle puisse tant monter & descendre,
de jour & de nuit, qu'elle puisse monter jusques
au-dessus du dit vaisseau, & par la volonté de Dieu
soit célestement convertie en la Quinte essence
laquelle nous cherchons. Et faut noter, que la
meilleure eau ardente que tu pourras faire par
opération commune, tu ne la sauras si bien faire,
qu'elle ne soit mêlée avec les quatre éléments
matériellement. Pour ce, c'est bien divinement &
spirituellement fait, de dire, que par continuelles
ascensions & descensions notre Quinte essence que
nous cherchons, soit séparée de la composition corruptible
des quatre éléments. Et ceci se fait par
montant & descendant: car le plus subtil, glorifié,
& séparé de la corruption des quatre Eléments, demeure
en haut, & n'est pas tant seulement par une
seule ascension, mais par plusieurs, jusques à mille
fois,
@

L I V R E P R E M I E R. 25

fois, & outre, par continuelle ascension & descension,
qu'elle s'élève en si grande hauteur, & vient
tant glorieuse & si fort composée, qu'elle est presque
incorruptible, ainsi comme le Ciel, & est de la
nature du Ciel, pour cette cause nous l'appelons
Quinte essence. Car elle est telle au respect de notre
corps, comme est le Ciel au respect de tout le
Monde, quasi en telle manière que l'artifice peut
suivre Nature, comme presque par quelque chose
semblable, & fort approchante.

La science pour connaître quand notre dite
Quinte essence est faite, laquelle n'est point sujette à la corruption des quatre Eléments, & n'est point en soi humide, chaude, froide, ni sèche, ainsi que sont les quatre Eléments: mais est ainsi comme le Ciel, & les Etoiles & ses ornements.
A PRES que par plusieurs jours tu auras fait la distillation circulaire, dans le vaisseau susdit, tu
ouvriras le pertuis qui est dessus la tête du dit
vaisseau: lequel tu as auparavant luté du lut de
sapience, qui se fait de farine de froment très subtile,
de glaire d'oeuf, & de papier humide diligemment
*charpiné & mêlé ensemble. Et quand tu
ouvriras ledit pertuis, si tu sens une si merveilleuse
odeur,
##Note :
*charpiner: mis en charpie.
#

@

26 D E L A Q U I N T E E S S E N C E
odeur, que nulle senteur ni flaireur mondaine ne
se peut comparer à elle, telle qu'elle semble
être venue du ciel, & de l'excellence de Dieu: de
sorte que si le vaisseau de ladite Quinte essence est
mis en un coin de la chambre, par la grande odeur
de la Quinte essence, il attirera à soi par un lien
invisible, tous ceux qui entreront *leans, qui est
chose digne d'admiration: donc sera ladite Quinte
essence parfaite. Autre signe y a démontrant
la perfection d'icelle: Quand tu verras au-dessus du
vaisseau & au réceptoire une nuée perse, apparaissant
& rémanente, crois pour certain qu'elle est
séparée de tous éléments, & de corruption d'iceux.
Tu as donc ladite Quinte essence, de laquelle tu as
ouï parler ci-devant, à laquelle nuls des Philosophes
ni des Médecins de maintenant n'ont pu
parvenir, fors que le Théologien dessus dit. Et si
tu ne vois les signes dessus dits, sigille ton vaisseau
comme devant, & le mets au feu lequel nous décrirons
ci-après, afin que par sublimations circulaires
tu parviennes à ce que tu désires. Et quand
tu trouveras ces signes si glorifiés en odeur inestimable,
& en cure inviolable, tu as la pureté qui jamais
ne se peut corrompre. Et n'aura point l'ardeur
comme l'eau ardente en ta bouche, ni telle
humidité aqueuse & coulante, mais aura un bon
flair, & une douce force à merveilles. Car par la
circulation & sublimation dedans le vaisseau, ladite

##Note :
*léans: là-dedans, à l'intérieur.
#

@

L I V R E P R E M I E R. 27

dite eau demeurera séparée de toute terrestréité,
& restera ladite humidité terrestre au fond, & tant
le Ciel comme les Etoiles dont notre Quinte essence
est composée de manière & de forme. Et
n'est point faite comme celle qui est composée des
quatre Eléments: mais il y a une petite matière
tant glorifiée & tellement, que par la puissance de
la matière, elle ne puisse aspirer à une autre forme,
& par tel moyen elle demeure entière & sans corruption,
jusques à ce que Dieu le créateur la détruise.
La Quinte essence que nous cherchons, ne peut totalement
être réduite à l'incorruptibilité du ciel,
tout ainsi que l'artifice n'est point comparable à Nature.
Toutefois elle est incorruptible, ayant égard
à la composition faite de quatre Eléments. Car si elle
était totalement incorruptible, comme le Ciel,
elle perpétuerait notre corps. Laquelle chose notre
seigneur J E S U S C H R I S T créateur de nature défend. Je t'ai maintenant découvert beaucoup
du secret, à la gloire de J E S U S C H R I S T.
La science d'engendrer du feu sans feu, pour faire la Quinte essence sans aucuns dépens: sans labeur, & sans soi empêcher ni perdre son temps.
P OUR CE que nous entendons consoler & réconforter par l'aide de notre livre les pauvres
homm
@

28 D E L A Q U I N T E E S S E N C E
hommes évangélisants, à cette fin que leurs prières
& oraisons ne soient vaines, & perdues en ce labeur,
& qu'ils ne soient fort empêchés & *enaffairés
en cet oeuvre, je leur déclarerai & donnerai
un secret tiré du ventre des secrets des trésors de
Nature, qui est une chose véritablement digne
d'admiration, & doit être honorée. C'est à savoir
un feu sans feu & sans charbon, afin que dans icelui
notre Quinte essence soit engendrée sans grands
dépens. Le très sage Facteur du monde nous a
créé deux choses propres & convenables entre les
autres pour cela faire. Laquelle chose est telle.
Tu prendras le ventre d'un cheval bien digéré,
homme de Dieu, je dis de bon fiens de cheval: &
le pileras dans quelque vaisseau, ou en une fosse
faite en terre, laquelle sera frottée ou ointe partout
avec de la pâte faite de cendres. Et quand
le dit fiens sera bien pilé, vous y mettrez au milieu
le vaisseau de circulation, jusques à la moitié,
ou davantage: car il est nécessaire que la tête du
vaisseau demeure en dehors à l'air pour se refroidir,
à cette fin que cela qui est monté en ladite tête
du vaisseau, pour cause de la chaleur du fiens,
puisse derechef par la vertu de la froideur de l'air
être converti en eau, & tombe, & puis encore
remonte: Et par ce moyen, sans dépense, tu as du
feu sans feu, & une circulation continuelle de la
Quinte essence, sans travail ni labeur. Davantage,
je
##Note :
*enaffairés: occupés.
#

@

L I V R E P R E M I E R. 29

ge, je t'enseignerai encore un feu sans feu, comme
celui devant dit: lequel se fait ainsi: Prends des
grappes de raisins ou de la vendange ôtée du pressoir
ou treuil, & en fais totalement comme tu as
fait du fiens de cheval, car elle a feu merveilleux
& divin. Derechef je t'enseignerai un feu de Dieu.
En temps d'été, tu mettras ton vaisseau de circulation
bien sigillé, contre la réverbération du Soleil
fort chaud, & sans y rien faire tu le laisseras reposer
la nuit.

Science d'acquérir l'eau ardente sans grands dépens: car les hommes évangélisants, qui gardent l'étroite pauvreté, si on ne leur donnait de l'argent, à grand peine auraient-ils jamais la Quinte essence.
L E très grand Dieu n'a pas tant seulement créé une Quinte essence en l'eau ardente, mais bien
aussi en a mis presque en toutes choses une certaine
perdurable, merveilleuse & céleste. Je te
supplie ouvrir ton esprit & entendement, à cette
fin que tu connaisses la vérité. Car les choses corruptibles
seraient incontinent détruites & abattues,
si par une bonne ordonnance elles n'étaient
conservées continuellement au moyen de cette
Quinte essence. Attire l'eau ardente du vin, car
par le moyen de l'eau ardente nous tirons la Quinte
te essen
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30 D E L A Q U I N T E E S S E N C E
essence. Or cela qui demeure & reste dedans le
vaisseau de distillation, n'est pas vin. A cette cause
note, que quand le vin se convertit en vinaigre,
cela se fait comme il est vraisemblable, quand la
Quinte essence est sortie d'avec le vin, & s'est évaporée
du vaisseau. Or si la Quinte essence s'en va,
le vin vient à s'enaigrir. Donc en tout vin pur,
quelque trouble ou tourné qu'il soit, excepté le
vin aigre, il y a de la Quinte essence. Laquelle
chose est certaine & véritable. Et si tu en veux
faire épreuve, prends du vin qui autrefois ait été
bon, & qui soit maintenant trouble ou puant, &
le mets dessus un vaisseau de distillation, & pour
certain tu en attireras de très bonne eau ardente.
C'est donc un très grand secret & subtilité pour les
pauvres saints hommes évangélisants, chercher pour
notre oeuvre tels vins perdus & gâtés, lesquels
on aura quasi pour rien ou pour petite chose, &
d'iceux faut extraire notre magistère tant divin.
Tu dois bien noter & savoir ce que je dis: le vin se
trouble & se pourrit, par la putréfaction de certaine
humeur d'eau, comme par une passion de
fièvre ou tremblement, & en telle manière se corrompt
le vin & se gâte. Mais la Quinte essence,
par ce qu'elle est naturellement incorruptible, elle
ne se corrompt point par ce dégât & corruption
du vin: mais seulement est engloutie par cette grande
partie corrompue & tournée. Le secret donc
de no
@

L I V R E P R E M I E R. 31

de notre magistère est, que tu saches attirer par
sublimation la Quinte essence incorruptible, du
vin corrompu & tourné: & que les quatre éléments
pourris demeurent au fond du vaisseau, comme
les fèces & lie. Or maintenant puisque tu as
le moyen de tirer la Quinte essence, sans dépens,
certainement tu loueras Dieu.

La science d'attirer la Quinte essence en plusieurs manières: & comment on la peut avoir plus facilement selon ses degrés & qualités: ses degrés sont faciles & difficiles selon le plus ou le moins.
L E premier moyen, & le plus singulier, est celui lequel nous avons déjà dit auparavant: & n'a
point son semblable. Le second moyen est tel.
Prends de la plus forte & meilleure eau ardente que
tu pourras avoir, & la mets dedans une fiole de
verre qui ait le col bien long, & bouche le trou
avec de la cire le mieux que pourras, & faut qu'il
n'y ait qu'un tiers ou la moitié de la fiole plein.
Puis la faut du tout ensevelir dans le ventre d'un
cheval, préparé comme nous avons devant dit. Et
faut que le trou de la fiole soit bien étoupé, &
en la mettant dans ledit ventre, mets le cul de la
fiole en haut, & le col en bas: afin que par la vertu
du feu de cheval la Quinte essence puisse monter
en haut
@

32 D E L A Q U I N T E E S S E N C E
en haut, vers le fond, & la crasse & terrosité de la
matière descende en bas au col. Et quand elle aura
demeuré là plusieurs jours, tu l'ôteras doucement,
sens la troubler, ni tourner: & tu verras par
l'épaisseur & la clarté la différence qui est entre
la Quinte essence & la grosse matière qui réside
au col. Or la maîtrise & gouvernement pour
séparer l'un de l'autre est merveilleusement ingénieuse
& subtile. Prenez un poinçon de fer bien pointu,
& en percez la cire de laquelle est étoupée la
fiole, & le poussez si avant, en toujours tournant,
qu'il transperce jusques à la Quinte essence, puis le
tirez, & incontinent sortira premièrement cette
grosse eau terrestre laquelle est au col de ladite
fiole: & regarderez bien jusques à ce que ladite
eau soit sortie, laquelle faut bien considérer & diligemment,
& quand la grosse sera toute sortie, &
que la Quinte essence sera prête à sortir, mettez
le doigt contre le trou, & tournez votre fiole,
afin que ce qui était dessus soit dessous, & vous
aurez la Quinte essence & l'eau tirée séparément.
Et cela est la très grande maîtrise extraite des très
saints secrets des secrets. Toutefois cette Quinte
essence n'est pas si bonne ni de si grande estime
que la première, néanmoins elle est fort noble: &
en useras secrètement, car elle a très grande vertu.
Le tiers moyen est tel: Prends une fiole de terre
bien grande, & la scelle bien; puis la mets toute dedans
dans
@

L I V R E P R E M I E R. 33

le ventre du cheval: & la pureté & bonté de
la Quinte essence montera en haut, & les fèces &
terrosité demeureront au fond. Attirez doucement
ce qui nage en dessus, & laissez le reste. Le
quart moyen se peut faire au feu, tellement: Tu
prendras un vaisseau de verre ou de terre bien
vernissé, & lieras au-dessus un pied de verre tout
rond, avec un tuyau, & scelle ledit vaisseau avec
son couvercle, & la verge du pied de verre, & que
le vaisseau soit pendant en l'air & la verge en dessus,
afin que cela qui montera *contremont (comme
quand une *olle bouillant jette vapeur contre
le couvercle) puisse derechef descendre dedans le
vaisseau. Tu peux faire par tout celui instrument,
& sans grands dépens: Et c'est au lieu du vaisseau
de circulation, dessus mentionné, lequel nous ne
pouvons pas toujours avoir. Le cinquième
moyen est, que pour le moins l'eau soit distillée
depuis trois fois jusques à sept, & continuellement
digérée. Le sixième moyen est, qu'au moins tu
aies de la meilleure eau ardente simple, ou une ou
deux fois distillée. Le septième moyen est, que tu prennes la première eau que tu trouveras, pourvu qu'elle *arde bien: car elle est bonne sur tout, comme nous dirons ci-après. * Secret
##Note :
*contremont: vers le haut.
*olle: marmite.
*arde: brûler.
#

@

34 D E L A Q U I N T E E S S E N C E
Secret de l'extraction de la Quinte essence de
toutes les autres choses utiles & nécessaires pour renouveler & conserver nature. La science d'extraire la Quinte essence du sang humain, de toutes sortes de chair & aussi des oeufs.
C A N O N III.
pict I tu as ouï cela que je t'ai révélé auparavant,
extrait des grands secrets, quand je t'ai dit, qu'en toute chose la Quinte essence demeure pure & sans corruption: ce serait très grande chose si je te déclarais
le moyen de tirer ladite Quinte essence
du sang humain, de la chair de toutes sortes d'animaux,
des oeufs, & de toutes choses semblables.
Or donc, vu que le sang humain est le plus parfait
ouvrage de Nature en nous, en tant qu'il *attouche
pour accroître la jeunesse perdue, il est
certain que Nature parfait tellement la Quinte
essence, que soudain sans grand appareil elle transmue
le sang des veines en pure chair. A cette cause,
c'est très grande chose de pouvoir avoir cette Quinte
essence, tant propice & convenable à la nature,
car en icelle est une vertu admirable de notre
Ciel étoilé, aussi elle fait des choses miraculeuses
pour
##Note :
*attouche: touche.
#

@

L I V R E P R E M I E R. 35

pour garder & conserver nature, comme je montrerai
ci-après. Prends vers les barbiers le sang de
tous hommes jeunes, sanguins & cholériques, lequel
ils auront tiré de gens qui ont accoutumé de boire
bon vin. Et laisse reposer le dit sang, & ôte l'eau
qui est dedans, & le laisse sécher. Puis le pile avec
la dixième partie de sel commun préparé, pour les
Médecines des hommes, & mets tout cela en une
fiole de verre, laquelle tu scelleras & étouperas
diligemment. Et puis la mets dedans le ventre d'un
cheval préparé comme dessus est dit, & remue le
fiens une fois ou deux la semaine, afin que le feu
soit plus fort, & le laisse pourrir jusques à tant que
le sang soit tout converti en eau. Laquelle chose
se fera en trente ou quarante jours, aucunes fois en
plus, & autres fois en moins. Adonc mets ladite
eau dans un alambic, & le mets distiller à bon feu
& fais monter tout cela qui pourra monter. Et
tout ce qui montera, rejette-le par plusieurs fois
sur ses fèces terrestres, en le remêlant sur le marbre,
& puis le distille en réitérant par plusieurs
fois. Et quand tu auras la noble eau du dit sang
bien réitérée & ratifiée, & tu en voudras attirer la
Quinte essence, mets ladite eau en un vaisseau
circulaire, & la fait tant passer, par continues distillations,
jusques elle soit réduite en telle forme,
qu'elle ait l'odeur & senteur telle que l'eau ardente
dessus dite. Et celle-ci est la Quinte essence
divine
@

36 D E L A Q U I N T E E S S E N C E
divine & plus miraculeuse qu'on ne pourrait croire.
Item si tu veux extraire la Quinte essence de
chapons, de gélines, & de toute autre chair que
tu voudras, ou des oeufs: broie la chair ou les
oeufs, le plus que tu pourras dans un mortier,
avec la dixième partie de sel commun préparé
pour les Médecines des hommes, comme j'ai dit.
Mets le dans le ventre d'un cheval, & l'y laisse jusques
il soit converti en eau, puis après le faut distiller
comme il est dit devant, & mets l'eau dedans
un vaisseau de distillation circulatoire, & le
fais distiller jusques à ce qu'il ait l'odeur de laquelle
nous avons parlé en l'eau ardente.

Science de tirer la Quinte essence de tous fruits,
feuilles, herbes, & racines.
I L est nécessaire de raconter le secret comme on peut attirer la Quinte essence de toutes les
choses que l'on peut manger, & qui naissent ou
croissent de la terre, la manière est telle comme es
choses susdites. C'est à savoir, que tu piles &
broies dans un mortier tous fruits, herbes, & racines
& toutes autres herbes qu'elles que bon te semblera,
avec la dixième partie de sel commun préparé
pour les Médecines des hommes, mets le
pourrir comme j'ai déjà dit ci-dessus, & le distille,
puis le fais circuler comme devant est dit, jusques
à tant
@

L I V R E P R E M I E R. 37

à tant qu'il ait la douceur & délectable odeur dont
nous avons parlé au chapitre de l'eau ardente: &
par le commandement de Dieu le créateur, tu auras
& obtiendras ce que tu désires. Je t'ai ici révélé
& déclaré un secret qu'on ne peut comprendre:
car combien qu'aucuns fruits & herbes soient
souverainement froides, autres tant chaudes qu'il
est possible, les autres sèches, autres humides, autres
attrempées, autres laxatives, & les autres *restraintives,
toutefois la Quinte essence tirée des
choses susdites est telle, & a tant de vertus &
propriétés, qu'en un seul regard ou clin d'oeil elle
peut avoir si grands effets, qu'un chacun croira cela
être impossible, & comme illusion & chose
épouvantable de l'effet du dit ouvrage. Mais je te
prie dis-moi, quel effet & opération serait trouvée
es choses laxatives, si la Quinte essence est attirée
de l'hellébore? Il ne faut aucunement révéler
les effets des choses secrètes. Et note bien, que si
aucune herbe ou fruit a par soi telle vertu, vu
que cette vertu vient de la Quinte essence: donc
cette Quinte essence étant tirée & dépurée parfaitement,
comme nous avons dit, elle aura cent fois
autant de vertus, car les fèces & terrosité de la composition
des quatre éléments, empêchent tant qu'il
est possible, que la Quinte essence mêlée parmi
eux ne puisse avoir quelque puissance. Certainement
au gouvernement & maîtrise d'attirer la
Quin
##Note :
*restraintives: qui resserrent, qui restreingnent, qui calment.
#

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38 D E L A Q U I N T E E S S E N C E
Quinte essence, nous ni ajoutons aucune chose,
& ne lui donnons rien, mais nous ôtons les choses
superflues étant en icelle, & les choses matérielles,
& corrompues.

La science de tirer à part la Quinte essence d'un chacun des quatre éléments, de toutes les choses susdites.
J E ne laisserai point pour un peu de révéler le secret comme tu pourras tirer la Quinte essence
d'un chacun des quatre éléments qui sont es choses
susdites, & la mettre à part. Le moyen est tel.
Prends la chose pourrie, & en eau convertie, laquelle
que tu voudras, ainsi comme je t'ai enseigné
ci-dessus. Et soit cette chose de laquelle tu
veux tirer les quatre éléments, le sang humain, réduit
en eau. Metz donc cette eau au sang pourri
dedans un alambic de verre, lequel faut mettre
dans un vaisseau plein d'eau, que l'on dit le bain-
Marie: & fais feu dessous, jusques à ce que l'eau
en soit distillée par le bec du dit alambic, & mets
cette eau en une fiole de verre bien nette. Et
quand tu ne pourras plus avoir eau par celui feu
ni faire monter aucune chose, certainement tu as
extrait du sang tant seulement l'élément de l'eau,
car le feu du dit bain n'a point de puissance d'élever
ou sublimer ni l'air, ni le feu, ni la terre. Et
par
@

L I V R E P R E M I E R. 39

par ainsi ces trois éléments sont demeurés au fond
du distillatoire. Prends derechef l'eau laquelle tu
as attirée, & la remets sur les trois éléments qui sont
restés au fond de l'alambic, & clos bien ledit vaisseau,
de sorte qu'il n'en puisse rien sortir par distillation.
Et les laisse par sept jours au bain-Marie, afin
qu'ils se puissent bien fermenter ensemble. Puis
après les sept jours, mets cela dedans l'alambic
avec son réceptoire, & le mets au feu de cendres,
lequel est plus fort que celui du bain-Marie, &
alors tu verras l'eau monter & distiller en la forme
d'huile claire & jaune comme or. Et quand plus ne
pourra monter aucune chose par la force de celui
feu, adonc tu as dedans le réceptoire deux éléments:
c'est à savoir l'eau & l'air. Et si tu les veux
séparer l'un de l'autre, mets les dedans un autre
alambic, & les fais distiller au bain-Marie, & l'eau
montera *contremont toute claire, & distillera dedans
le réceptoire: & l'air demeurera au fond de l'alambic
tout seul, en la ressemblance d'huile doré: Laquelle
huile s'appelle air. Si la mets à part en une
fiole bien étoupée. Adonc demeureront le
feu & la terre ensemble, lesquels tu sépareras en
cette manière. Prends l'élément de l'eau que tu as
déjà tiré, c'est à savoir quatre liures: & les mets sur une
livre de matière de feu & de la terre, & les mets
comme dessus est dit, dans le bain-Marie, pour les
bien fermenter sept jours durant. Et puis tu les
mettras
##Note :
*contremont: vers le haut.
#

@

40 D E L A Q U I N T E E S S E N C E
mettras distiller dans un alambic, sur un fort feu de
flamme. Adonc tu verras monter une eau
rouge, laquelle mettras à part. Alors demeurera
la terre toute noire au fond du vaisseau, laquelle tu
mettras à part. Cela étant fait, prends l'eau très rouge,
qui est distillée, en laquelle y a deux éléments,
c'est à savoir le feu & l'eau, & les mets à distiller au
bain-Marie, & adonc montera l'eau claire, &
distillera dedans son réceptoire: & au fond du dit
alambic demeurera une huile rouge, qui est l'élément
du feu. Et en telle manière tu as séparé &
mis à part les quatre éléments: c'est à savoir premièrement
l'élément de l'air, puis l'eau, après le feu, &
la terre. Et note bien que l'eau est mise expressément
sur la terre, afin de tirer de ladite terre le feu
& l'air, car autrement ils ne monteraient, sans l'aide
de l'élément de l'eau. Lesquels éléments tu
peux réduire & tourner en Quinte essence, dans
le vaisseau de circulation, comme il est devant dit,
ou au vaisseau de ratification, & fais monter les
dits éléments sept fois. Il faut avant toutes choses
calciner la terre noire l'espace de vingt & un jour,
tous les jours une fois, dans un four des verriers
ou de réverbération, & à chaque fois *l'emboire
dans son eau. Je ne te dirai plus autre chose de
cette science, & pour cause. Mais loue Dieu pour
cause des choses lesquelles tu as entendues.
Secret
##Note :
*emboire: imbiber.
#

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L I V R E P R E M I E R. 41

Secret de fabrication du magistère du Soleil, pour le mettre & *affiger en notre ciel: c'est à savoir en notre Quinte essence, afin qu'il luise en icelui pour influer & mettre dans le petit Monde, c'est-à-dire en notre corps, la lumière & principe de vie.
C A N O N IIII.
pict L est maintenant temps que nous ornions
notre Ciel, c'est à savoir notre Quinte essence: & que nous mettions en icelle notre Soleil, c'est-à-dire l'or: & la propriété de l'or, afin qu'il engendre un très clair
jour tout le temps de notre vie, qui soit très doux,
& très valable, jusques au dernier terme qui nous
est ordonné de Dieu, lequel terme ne peut point
passer sans la nuit de la mort. C'est chose très
grande de pouvoir mettre & *affiger notre Soleil
en notre Ciel. Et note bien, que ladite Quinte
essence, dessus acquise est si très subtile, & réduite
en si très grande spiritualité & glorification, que
par sa subtilité & nature toujours tend en haut.
A cette cause il la faut bien lier & sceller dans vaisseaux
de verre, qui ne soient point percés, &
n'ayant aucuns pores, à cette fin qu'elle ne puisse
échapper de nos mains. Notre Soleil toutefois
a en lui vertu toute contraire. Car il a tant de
puissan
##Note :
*affiger, infiger: fixer dans, imprimer dans.
#

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42 D E L A Q U I N T E E S S E N C E
puissance, & est si solide, que le feu tant soit fort &
violent, par quelque engin ni chose qu'il sache faire,
ne le peut gâter ni faire évaporer, comme il
appert par l'engin de la cendrée, & de la coupelle,
auquel engin tous les métaux du tout en tout
y sont gâtés & détruits, excepté l'or, & l'argent.
Et quand on met l'or en ciment Royal, qui est le
plus fort & le plus corrosif, lequel on fait de sel,
de vieilles tuiles, de soufre, & d'armoniac, ledit
or s'y affine plus fort, & se renforce. Mais si on
met de l'argent dans ledit ciment, combien qu'il
soit le plus précieux de tout le monde, soudain il
s'en va en fumée, & se perd. Tout cela est venu du
très grand Dieu, lequel a créé ledit or de matière
premièrement glorifiée & en forme très digne, de
sorte que la forme est si liée par amour à la matière,
& la matière si unie & conjointe avec la forme,
que jamais par vertu ni force de feu ne peut
être corrompue ni séparée l'une de l'autre. Je t'ai
déjà dit que le Dieu de gloire par l'influence des
sept Planètes a ordonné les sept métaux, es entrailles
& veines de la terre. Comme par Saturne
il a mis le plomb. Et pour ce que le plomb a la
propriété de Saturne, le plomb est appelé Saturne.
Par Jupiter il a disposé l'étain. Et pour ce que
l'étain a les propriétés de Jupiter, l'étain est nommé
Jupiter. Par Mars il a ordonné le fer, &
pour ce que le fer a les vertus de Mars, ledit fer
s'appel
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L I V R E P R E M I E R. 43

s'appelle Mars. Par le Soleil, qui est la chose la plus
noble entre toutes les Planètes, il a disposé l'or.
Et pour ce que l'or a la propriété du Soleil, nous
appelons l'or Soleil. Par Mercure il a ordonné
l'argent vif, & pour ce que l'argent vif a les propriétés
de Mercure, nous l'appelons Mercure. Par
la Lune il a disposé l'argent, & pour ce que l'argent
a les propriétés de la Lune, nous nommons
l'argent Lune. Par Vénus il a disposé le
cuivre. Et pour ce que le cuivre a les propriétés
de Vénus, nous appelons le cuivre Vénus. Puis
donc qu'il est ainsi que l'or est disposé par le Soleil,
& a telles propriétés que le Soleil, & le Soleil
influe & jette ses rayons, la lumière & la couleur,
qui sont les trois principes naturels des choses
végétables & de la vie animée, certes tout ainsi
a l'or de Dieu puissance dans notre corps, non
pas l'or des alchimistes. Il est maintenant heure
que je te révèle & donne à entendre comment les
influences des rayons de notre Soleil, c'est à savoir
de l'or, doivent être mises en notre Ciel, c'est-à-dire
en notre Quinte essence, comme dessus cherchée:
& aussi la lumière, la chaleur, l'incorruptibilité,
la bonté de toute bonté, & toutes les propriétés
d'icelui, pour vivifier notre corps, & le conserver
en santé, jusques au terme dernier à nous constitué
& ordonné de Dieu.
Vraie
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44 D E L A Q U I N T E E S S E N C E
Vraie science pour *affiger & mettre le Soleil en notre ciel.
L E moyen du magistère & gouvernement pour *affiger le Soleil en notre Ciel est tel: Prends
de l'or de Dieu purgé par ciment, si tu en peux
avoir: & si tu es trop pauvre, prends des florins de
Florence bien fins, & en fais des lamines bien déliées:
& puis mets lesdites lamines au feu, sur une
palette de fer, tant qu'elles soient bien rouges &
ardentes, comme fer enflammé, & aies auprès de
toi un vaisseau de terre, bien vernissé, qui soit la
moitié plein de bonne eau ardente. Puis quand
les dites lamines d'or seront bien échauffées & enflammées,
mets les éteindre dedans ladite eau ardente:
& aies un engin pour éteindre bien tôt le
feu, afin que ladite eau ne se consume ni gâte
point: lequel engin soit fait de ladite terre bien
vernissé, à la manière d'un couvercle qui puisse engloutir
le vaisseau ou est ladite eau, jusques bien
bas. Et si d'aventure tu échauffais tes lamines d'or
dedans une poêle de fer, garde bien que l'eau ne
touche au fer, mais jette tes lamines d'or dedans
de bien loin, étant bien rouges, & fais cela cinquante
fois ou davantage, car de tant plus que tu
le feras de tant mieux vaudra. Et si tu vois que
l'eau ardente se décroisse & diminue trop, mets
celle-ci à part & en prends de la nouvelle, jusques à ce
que
##Note :
*affiger, infiger: fixer dans, imprimer dans.
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L I V R E P R E M I E R. 45

que tu aies accompli les extinctions, puis conjoints
ensemble toutes ces eaux. Et saches pour
certain que Dieu a créé telle vertu en l'eau ardente,
qu'elle peut tirer & attraire à soi toutes les
vertus qui sont en l'or & incorporer en soi les
rais, la lumière, la chaleur, l'égalité, l'incorruptibilité,
la durabilité, la solidité, & toutes les propriétés
du Soleil du Ciel. Après cela, quand tu auras
ton eau ardente ainsi *solifiée & dorée, mêle
la avec la Quinte essence & en use. Certainement
je n'oserais pas éteindre les lamines d'or dans la
Quinte essence car je la perdrais. Tu as maintenant
véritablement le Ciel incorruptible non pas
simplement mais le Soleil *infigé en lui à cette fin
que plus fort il puisse donner influence de lumière
de vie, & les rais de vertus pour la conservation
de nature, & fixation de la Quinte
essence.

La science comme on peut faire que sans grands dépens & quasi pour néant, les pauvres hommes évangélisants puissent attirer l'influence du dit Soleil, pour la mettre & *infiger audit Ciel.
L ES parfaits hommes qui disent avec saint Pierre, Je n'ai point d'or ni d'argent: quand ils auront
grand besoin des vertus de notre très bon
Soleil,
##Note :
*solifié: rendue de la nature du soleil, ou or.
*affiger, infiger: fixer dans, imprimer dans.
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46 D E L A Q U I N T E E S S E N C E
Soleil, le peuvent avoir en cette manière. Il faut
qu'ils prient l'un de leurs bons amis riche, qu'il
leur prête deux bons florins neufs, ou à tout le
moins un tout seul, & qu'il mette ledit florin tout
ainsi qu'il est dans le feu jusques à ce qu'il soit bien
rouge & enflammé. Et s'il a de l'eau ardente, qu'il
l'éteigne en icelle cinquante fois: & s'il n'en a
point, qu'il prenne de bon vin blanc, qui ne soit
point trop clair, ni trop épais, mais bon, délectable,
odoriférant, savoureux & gracieux. Car le
vin a la vertu de recevoir en soi les influences &
propriétés de l'or. Et quand tu auras fait ton ouvrage
à ton plaisir, saches pour certain, que le
florin est aussi bon comme devant, & beau, & de
juste poids. Use donc du vin doré, ou de l'eau
dorée, afin que tu vives joyeux, & aussi que tu
rajeunisses.

La science pour plus fort & plus vivement *infiger & imprimer les vertus de notre soleil, en notre ciel.
J E t'ai déclaré ci-dessus le moyen de tirer les vertus & forces de notre Soleil, mais maintenant
plus à plein que dessus je n'ai dit, je t'enseignerai de
le plus fort imprimer & *affiger en notre ciel: &
te montrerai une autre chose comment naturellement
& sans péché tu pourras enchanter l'or &
l'argent,
##Note :
*affiger, infiger: fixer dans, imprimer dans.
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