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Réfer. : AL2052
Auteur : Strindberg August.
Titre : Bréviaire Alchimique.
S/titre : Lettres à Jolliver Castelot.

Editeur : Hector et Henri Durville. Paris.
Date éd. : 1912 .


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Bréviaire Alchimique
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(Cliché des « Nouveaux Horizons de la Science et de la Pensée »)
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AUGUST STRINDBERG -------------

Bréviaire Alchimique
Lettres d'August Strindberg à Jollivet Castelot
Orné d'un portrait de Strindberg -----------------
PREFACE DE F. JOLLIVET CASTELOT
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PARIS HECTOR ET HENRI DURVILLE, EDITEURS 23, RUE SAINT-MERRI, 23
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AUGUST STRINDBERG
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August Strindberg, noble et fécond penseur illuminé, vient de mourir dans son pays, la Suède, où il
avait enfin trouvé quelque sérénité après une existence
douloureuse, âpre et tourmentée. Il avait soixante-trois
ans.
J'ai connu August Strindberg qui voulut bien me garder sa précieuse amitié jusqu'à ces derniers temps
et échanger avec moi une longue correspondance alchimique
extrêmement intéressante, dont on va trouver
ici la publication presque intégrale.
C'est à Paris que j'eus l'honneur d'être reçu par lui, dans une pauvre petite chambre où il habitait alors,
en une modeste pension de la rue Orfila.
Il avait publié peu de temps auparavant, en 1895, un article sensationnel sur la Chimie unitaire, au Figaro,
citant à l'appui de ses théories mon livre récent : La
Vie et l'Ame de la Matière.
A la suite d'une première lettre, venue d'Autriche, nous étions déjà entrés en relations épistolaires. Je
résolus donc de l'aller saluer et de m'entretenir avec
lui, de vive voix, au sujet des études qui nous captivaient.

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Cette première entrevue m'est inoubliable. J'aperçus dans l'ombre à peine trouée de la lueur d'une
bougie (c'était un soir d'hiver à 6 heures), un homme
vigoureux, très simple, au regard bleuté, doux et
craintif, qui contrastait avec la solidité du visage. Des
yeux mystiques cherchant dans l'Au-Delà.
Les cheveux drus se levaient en broussaille sur un front énorme ; la moustache hérissée laissait à découvert
une bouche charnue, sensuelle, dont les commissures
s'abaissaient avec amertume vers le menton
volontaire garni d'une « mouche » hirsute.
Nous nous entretînmes, moitié en allemand, moitié en français, non sans peine, car s'il écrivait, en somme,
admirablement la langue française, il la parlait fort mal.
Son accent était rauque, entrecoupé, bizarre, ses manières charmantes, son attitude pleine de courtoisie
raffinée et de prévenances.
Assis à sa table de bois blanc couverte de manuscrits et de verres de montre qui lui servaient de capsules,
August Strindberg me montra ses derniers essais
alchimiques. Il possédait une ingéniosité rare, et de
plus, une foi de voyant. Ses recherches tenaient du
raisonnement et de l'intuition, plus encore que de l'expérience.
A côté de ses « creusets » d'aventure voisinaient les reliefs d'un humble repas. Comme ameublement : un
lit de fer, deux chaises, un fauteuil de paille, un lavabo
de soldat, une longue malle de bois noir renfermant,
m'apprit-il, quelques vêtements et des manuscrits
encore. C'était tout.
Le grand homme vivait là, confiné dans l'isolement farouche et la pauvreté, éternel vagabond, perpétuel,
révolté, inlassable agité, jusqu'à ce qu'un nouveau
caprice ou une crise de conscience l'entraînât ailleurs.
A partir de cette époque, Strindberg m'écrivit souvent
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et prêta à ma revue L'Hyperchimie le fidèle concours
de sa collaboration. Il s'occupa beaucoup de la
« Société Alchimique de France » dont il fut membre
d'honneur et fondateur.
Ses articles, ses études, furent nombreux, dans mon périodique, de 1896 à 1899 surtout (1). On y trouvera,
au vif, ainsi que dans la Correspondance, la grande
originalité de sa pensée, l'ingéniosité de ses théories,
l'intuition géniale, de ses tentatives synthétiques, concernant
l'Or, l'Iode, le Soufre, toute la Chimie unitaire.
Esprit universel, ouvert à toutes les idées hardies, tant en science qu'en littérature, cerveau puissant et
étonnamment productif, âme inquiète, sensitive et fière,
August Strindberg commande le respect et l'admiration.
Je ne doute point que, de la quantité de notes, de systèmes, d'hypothèses qu'il a jetés noblement çà et là,
dédaigneux de sa personnalité, de sa fortune, la Science
future ne retienne une assez considérable part, située
aujourd'hui, semble-t-il aux timides, hors de ses frontières,
mais en réalité formant un chapitre important
de la Vérité simple et si belle, au-dessus de toutes les
routines d'Ecoles, des préjugés de Facultés ou de laboratoires.
L'Hyperchimie a publié dans ses colonnes les diverses études en lesquelles Strindberg présentait ses découvertes
sur la synthèse chimique. Plusieurs lettres de sa
correspondance m'apportèrent, on le verra, le canevas
de ces mémoires.


(1) Voici la liste des principales études d'August Strindberg publiées dans l'Hyperchimie : Hortus Merlini. Lettres sur la Chimie.
Sylva Sylvarum (en hors texte, de 1896 à fin 1898). Synthèse
d'Or (1896). La Synthèse de l'iode (1897). Notes et observations
sur la Chimie actuelle (4897). Enquête sur l'Hermétisme (réponse,
1897). Le Pain de l'Avenir (1897). Les Gîtes aurifères de la France
(1898). Les Nombres Cosmiques (1898). Rosa Mystica (190).
MM. Hector et Henri Durville, éditeurs.

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Les procédés étaient simples, d'un résultat discutable, mais peut-être partiellement réel. Il assurait fabriquer
de l'or, en quantités très minimes d'ailleurs, avec
le sulfate de fer comme point de départ. Son fameux
Livre d'Or, qu'il eut l'amabilité de me donner, renferme
un nombre respectable d'échantillons sur papier ;
malheureusement ces couches superficielles demeurent
impropres à l'analyse probante.
Quoi qu'il en soit, Strindberg eut de lumineux aperçus sur la genèse des corps chimiques, leurs filiations et
leurs transmutations.
Dans deux ouvrages fort intéressants, il consigna d'ailleurs sa philosophie chimique : Les Lettres sur la
Chimie, publiées dans l'Hyperchimie en 1897, sous le
titre principal de Hortus Merlini, contiennent le fond
même de la véritable Alchimie.
Et Sylva Sylvarum, paraissant à la suite, révèle à la fois le mystique, l'homme de science et le poète également
supérieurs que fut August Strindberg.
Etrange et visionnaire petit livre que Sylva Sylvarum! L'Introduction à une Chimie Unitaire, éditée en 1895 et Antibarbarus, reposent sur les combinaisons numériques
voisines de celles enseignées par l'Hermétisme.
Strindberg pressent les lois des nombres vivants, il
côtoie la méthode pythagoricienne sans parvenir encore
à soulever le voile d'Isis ..... Profonde douleur à laquelle
il fait allusion dans une des lettres qu'il m'adressa.
Après être devenu profondément swédenborgien, d'athée qu'il fut longtemps, puis d'occultiste, Strindberg
finit par abandonner tout occultisme et tout ésotérisme,
poursuivi par d'autres ardentes pensées. Il ne
s'occupa plus même d'alchimie, ni de chimie, depuis
1902 environ.
Il se consacra au théâtre à nouveau, écrivant des drames
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historiques, réveillant l'esprit suédois qui reconnut
enfin en lui un génie national et proclama sa gloire.
Le mysticisme de son esprit fougueux et torturé s'accentua de jour en jour, se rapprochant de l'idéal chrétien
et l'on dit que Strindberg mourut, rongé par le
cancer -- étrange symbolisme -- serrant une Bible
contre sa poitrine et s'écriant : « Rien n'est personnel ».
Il m'est doux de pouvoir adresser ici, à sa mémoire impérissable, le témoignage de ma profonde et respectueuse
affection, de lui consacrer ces quelques lignes,
hélas, trop imparfaites et hâtives, et d'admirer en lui,
à la fois le pur, le robuste écrivain et le sagace Philosophe
de la Nature.
JOLLIVET CASTELOT, 4 juin 1912.


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Bréviaire Alchimique
Lettres d'August Strindberg à Jollivet Castelot ---------

Monsieur,
Je viens de lire votre livre (1) et je suis stupéfait ; en même temps je me sens réconforté, en voyant que je ne suis pas seul
dans cette folie, qui m'a coûté mon bonheur de famille, ma
bienséance, tout !
Mais je ne sais pas si vous avez su lire la traduction allemande de mon ouvrage, -- je suis un Suédois (Scandinave)
ce qui m'amène à vous écrire ces quelques lignes, touchant
le point principal.
Je crois que vous travaillez avec trop de prodigalité de forces dans vos transmutations.
Voyons ce que je me suis dit. Exister pour une matière n'est qu'exister dans un moment donné, sous une température donnée, sous une pression donnée.
Donc, le plomb, poids atomique 207, peut très bien s'atténuer à 200 par la chaleur de sorte que le plomb fondu soit
du mercure, = 200 et à, une température encore plus haute
107 = argent. Preuve : je fonds du plomb, y jette du soufre
et en un moment j'y vois du cinabre.
Le creuset devenu froid, il y est sulfure de plomb. J'ai acheté du plomb ordinaire ; je fonds et je verse le plomb fondu dans acide nitrique bouillant. A l'analyse je
trouve des traces d'argent. Donc le plomb fondant, étant
argent s'allie avec l'acide nitrique au moment donné.
Je connais fort bien que tout plomb « contient » un peu

(4) La Vie et l'Ame de la Matière, par Jollivet Castelot, paru en 1894. Prix : 3 fr. 50. MM. Hector et Henri Durville, Editeurs, 23, rue
Saint-Merri, Paris.

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d'argent, et que presque tout l'argent est tiré du minerai de
plomb, mais je suis persuadé que le plomb devient transmué
en argent, et que l'on « fait » de l'argent chaque fois que l'on
le tire du minerai de plomb.
De même que pour faire de l'Or. Vous savez Monsieur que l'on a « tiré » tout son Or du minerai Sulfure de Fer, avant que les mines d'Australie et
Californie ont été découvertes. Je crois bien, puisque
le poids atomique de l'Or est = 197. le poids moléculaire de Fe3S = 197. Donc on a fait de l'Or toujours ! Et j'ai travaillé tant, avec le fer et le soufre que je me sens capable de faire de l'or sans
électricité ni haute pression.
Encore : Or = 197. Chromate de potasse = 197. K2MnO4 = 197. Précipitez chromate de potasse avec sulfate de fer et vous verrez un dépôt aussi ressemblant à celui de l'Or. D'ailleurs
une solution de sesquichlorure d'or ressemble à une solution
de chromate de potasse.
Pour les méthodes « d'extraire » de l'or de sulfate de fer (Fe3S) voir les métallurgies d'abord, puis développer et perfectionner
la procédure, etc., etc.
Je possède 200 feuilles de notes prises à mon laboratoire minuscule sur les transmutations, et je vous recommande surtout
le chalumeau ! Là vous verrez comme les oxydes des
métaux se transmuent à l'avenant de la chaleur décroissante.

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Monsieur, l'intérêt que vous témoignez pour le haut sujet m'inspire la confiance que vous ne m'en voudrez si je propose
une collaboration qui nous mènera à un but propice, persuadé
que vous vous en épargnerez beaucoup de travail inutile.
AUGUST STRINDBERG. Le 22 juillet 1894.
Andagger via Amstetten.
Basse-Autriche.
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Monsieur,
Pouvez-vous venir à Paris ? Il ne faut pas lâcher prise, et je suis seul (ai besoin d'appui). M. Vial vient de m'envoyer
son volume que je ne connaissais pas ! Utilisons le moment,
sans cela nous aurons encore dix ans à subir.
A vous. AUGUST STRINDBERG, 12, rue de la Grande Chaumière. Paris, le 1 er mars 1895.
* * *
Monsieur, Vous ignoriez donc l'existence de l'ouvrage de M. Vial, publié il y a dix ans. Comme il a le droit de priorité et que
j'ai nommé vous comme le précurseur, il faut que je donne à
Vial ce qui lui appartient.
C'est ce que j'avais à vous dire. Avec une prière : que vous, propriétaire d'un laboratoire, voudriez constater la présence
du charbon dans le soufre. Voilà les raisons du rendez-vous
demandé.
AUGUST STRINDBERG. Paris, 5 mars 1895.
* * *
Cher Monsieur,
Comme j'ai adressé toute une série de communications sur l'Iode à mon ami André Dubosc à Rouen et que j'attends son
résumé, dédié à la Société Industrielle, je n'ai pas pour le
moment beaucoup de choses à vous écrire en attendant l'impression
de l'article de Dubosc dans la Science française que
je vous enverrai aussitôt imprimé.
Veuillez donc regarder le supplément ci-joint ; et vous aurez à attendre sous peu une longue lettre sur la Synthèse
de l'or et les raisons pourquoi il se précipite par le sulfate de
fer et l'acide oxalique. Le 25 juillet, le Mercure de France
publie mon article sur la construction de l'or.

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M. Vial est notre prédécesseur quoiqu'il reste dualiste parfait, en confessant l'oxygène comme le contraire de l'hydrogène.
Avec mes salutations cordiales. AUGUST STRINDBERG. Ystad (Suède), 6 juillet 1895.
L'Iode. Nomenclature : H = 1 ; C = H12 N = H14 = CH2; O = CH4 = H16 = NH2.
Cl = (OH)2 O2 = C4 etc. Cl = (OH)2 = 34 +46. Br = (OH)2 NO2 = 80 +46. I = (OH)2 2 NO2 = 126.
Il y a donc une différence de 46 entre Chlore et Brome et entre Brome et Iode.
46 équivaut à NO2. N = CH2 ; d'où NO2 = CH2O2, CH2O2 = l'acide formique qui se produit à toutes les combustions plus
ou moins incomplètes ; et lequel à la combustion des Algues
se combine avec la potasse. Ou mieux : CO avec KHO donne
formiate de potasse.
En ajoutant le chlore = (OH)2 vous aurez aussitôt le brome = (OH2) CH2O2.
et en dédoublant CH2O2 vous aurez
Iode = (OH)2 2CH2O2. D'où = (OH)2C2H4O4, Or = O3 = C4; donc I = (OH)2C6H4O = ou I = C6H3(OH)3 = oxyhydriquinone \ = 126
= Pyrogallole / I = C6H6O8. Il y a plusieurs méthodes d'expliquer la formation de l'Iode à la combustion des Algues.
Les Algues renferment de l'acide oxalique (Sachs) : [mais point d'iode].

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Acide oxalique = C2H2O4 + 2H2O = 126. Iode = C6H6O3 = 126.
Réduisons : C2H2O4 + 2H2O = C2H6O6 = O3 = C4 = C6H6O3 = Iode. Mais afin d'indiquer que l'Iode et l'acide oxalique ne sont pas identiques, on pourrait signer l'acide oxalique O3H6C6 si
l'on préfère.
* * *
Synthèse d'iode. C6H6 + O3.
Dans une éprouvette, à froid, Benzine C6H6 avec acide chromique CrO3.
Puis une goutte d'acide chlorhydrique, Puis une goutte d'acide nitrique, A ce moment des vapeurs de Brome se font sentir, Quelques minutes plus tard l'Iode est là. Observation : Quand la liqueur tire au vert, il faut ajouter de l'acide nitrique jusqu'à coloration brune.
* * *
Notices sur l'Or.
Similia Similia appetunt. Similia Similibus dissolventur. Cuivre sent l'acide nitrique, se dissout le mieux dans l'acide nitrique.
Cu = 63. HNO3 = 63. Or se dissout dans l'eau régale. Au = 197. (HCl + NO3)2 = 197. Or se dissout dans SO3K. Au = 197. (SO3K)2 = 197.
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Anhydride azoteux Az2O3 se produit par l'arsenic et acide nitrique.
Az2O3 = 75. As = 75. Les radicaux alcooliques CH3, C2H5 possèdent la faculté de se combiner avec les métaux, et d'une manière que le métal
ne se retrouve plus. Donc il est décomposé.
Similia Similibus dissolventur. Le radical d'un métal est alors CH3 ou C2H5.
Regardons cette série : C2H5Fl = 48 = Titane. C2H5Cl = 63 = Cuivre. C2H5Br = 107 = Argent. C2H5I + 1/2 Br = 197 = Or.
Une autre.
C2H5NC = 52 = Chrome CH2NC = Calcium C2H5Ph = 57 = Nickel C2H5NCS = Strontium C2H5S = 58 = Cobalt C3H7NCS3H2 = Barium
C2H5SH2 = 63 = Cuivre C2H5NO2 = 75 = Arsenic. Sulfate de Fer « précipite » l'or d'une solution de chlorure d'or. Voici ce qui se passe dans la liqueur.
Au Cl4H + 3 aq = 393 = 196 X 2. FeSO4 + 7 aq = Maintenant Fe se combine avec Cl2 + 4 aq. FeCl2 + 4 aq = 196. Donc c'est le fer qui entre comme base dans le nouvel or qui se produit.
Tout l'or que l'on produisait autrefois s'extrayait des pyrites.
Fe3S = Au = 197. Les pyrites qui se trouvent dans certains charbons de terre sont dorés, parce qu'ils ne sont pas attaqués par l'air et
l'eau comme les pyrites.
Expérience. J'ai exposé des houilles avec des pyrites mouillées à l'air et au soleil pendant plusieurs jours, sans

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qu'elles soient attaquées. Une goutte d'acide nitrique ne réagit
pas ; une goutte d'acide chlorhydrique non plus. Mais de
l'eau régale dissout et colore en jaune d'or de suite. Dilué avec
de l'eau la liqueur donne avec acide oxalique un précipité
jaune qui se change en brune.
Le principal doit être : FeCl2/4 aq = 196 = Au 2 E. D.
* * *
Une autre explication de la réaction de l'acide oxalique. Acide oxalique = C2H4O2 + 2H2O = 126 = Iode. Or = C2H5I + 1 \ 2 Br. Perchlorure d'or = Au Cl4H.3H2O = 196 X 2.
C2H4 de l'acide oxalique s'hydrate à C2H5 : Cl4 se transforme en 1/2 Br et I...???
Une autre.
C2H4O2 + 2H2O = 126 \ = 196 = Au Cl2 = 70 /
Fait curieux, peut-être un hasard : Sulfate de Fer = FeSO4 + 7H2O 7H2O = 126 = Acide oxalique !! * * *
Synthèse d'Or.
CrO3 = 100 \ = 197 = Au. CuO2H2 = 97 / Ce que : Dans une éprouvette, à froid, au soleil. Filtrer. Mettez-y : a) cuivre poli, b) argent, c) fer, d) zinc, e) mercure, etc., etc.
Précipitez avec a) acide oxalique, b) sulfate de fer. Mettez-y en même temps, ou avant, ou après : a) cuivre, etc. Omnia in omnibus ; omne omne, etc. Similia similia appetunt. Similia similibus dissolventur.
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Cher Monsieur et confrère, Merci de votre article. Il y a une erreur, bagatelle d'ailleurs. Je ne suis pas l'auteur de Magda. Trois de mes pièces sont jouées à Paris. Mademoiselle
Julie, tragédie un acte. Créanciers, tragi-comédie un
acte. Père, tragédie, trois actes.
J'espère sous peu vous envoyer toute ma nomenclature, imprimée au Mercure de France.
Votre dévoué, AUGUST STRINDBERG, Le 25 août 1895, Paris, 12, rue de la Grande Chaumière.
* * *
Monsieur,
D'abord je vous dis mes remerciements de votre Alchimie (1), que vous m'avez envoyée.
Puis, et afin de ne pas laisser s'endormir notre chimie unitaire, je vous demande si vous pourriez trouver les moyens de
faire imprimer mon Antibarbarus, traduit déjà en français
par un de mes adeptes, mais sous le nouveau titre :
Lettres chimiques sur l'unité de la matière. La société des Editions Savantes m'a rendu le manuscrit, Chacornac de même. Veuillez me répondre sans délai puisque
je suis opprimé des misères que me font les adversaires.
Votre dévoué, AUGUST STRINDBERG, Paris, 12, rue de la Grande Chaumière.
* * *
Cher Monsieur,
Si vous vous occupez avec le chalumeau pour la synthèse

(1) L'Alchimie, par Jollivet Castelot, édition du Mercure de France, 1895.

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d'or, permettez-moi de vous donner ces indications fondées
sur des spéculations, observations et expériences.
1° Toujours réduire avec : Cyanure de potassium et carbonate de soude mêlés intimement avec la matière, et couvrir
avec cyanure de potassium.
2° Essayez de réduire tous les sels de plomb connus avec des iodures et iodates.
Au moment où vous trouverez le culot jaune, cela doit être de l'or.
3° Réduisez du plomb en poudre. Mêlez avec noir d'os ou phosphate de chaux, etc.
La « fixation » dans la procédure au chalumeau doit consister dans l'effort d'empêcher un retour de la réaction progressive
: donc faire se refroidir sous une couche de... quoi? Cyanure
de potassium ; phosphate de chaux ; noir d'os.
Or mussif est un mauvais or, en voie de formation, Sn S2 = 182. Sn S2Az = 196. Appliquez un azote à l'or massif. Comment ? Cyanures de potassium.
[Lire : Vial : Attraction moléculaire]. Ou réduire un sel d'étain avec sulfocyanure de potassium (Vial observe que l'or donne les caractères de S. Cl. Cy.) Plomb
et étain comme point de départ.
Iodure de plomb cristallisé d'une solution chaude ressemble le plus à l'or.
Zinc, avec le cinabre doit produire un sulfure de zinc (L'or « accompagne » le sulfure de zinc).
Essai : Chlorure de zinc, cinabre et cyanure de potassium. Refroidir sous une couche de cyanure de potassium. Il y a
des moments où je crois que la synthèse d'or est plus simple
que nous ne soupçonnons.
Réduire un plomb 206 à Au = 196 (197). Reste = 10 ou 9 (9 = 1/2 H2O). Oxyde de plomb, massicot, ressemble déjà à des paillettes d'or. Il fallait essayer de marteler du plomb avec massicot.
Fondre, et ajouter massicot. Martelez encore et ainsi de suite.
Mais, il faut tout essayer ; c'est la méthode de Edison ; et

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prendre des notes. Deux mille expériences : Il vaut la peine,
et le chalumeau est si commode et ne coûte rien.
A vous affectueusement, AUGUST STRINDBERG, Paris, 2 avril 1896.
* * *
Cher Monsieur,
Puisque vous avez la croyance en la possibilité de faire l'or je vous envoie ces échantillons demandant votre avis sur la
nature de ce précipité métallique. Vous vous rappelez peut-
être mon idée sur le rôle du sulfate de fer qui précipite les
sels d'or.

L'expérience.
Je trempe une bande de papier en sulfate de fer. Puis je la tiens au-dessus du flacon d'ammoniaque ouvert ; une minute
au plus. Après je laisse la bande sécher dans la fumée d'un
cigare pendant 5 à 10 minutes. C'est tout.
Le cigare dessèche et donne ammoniaque. Empêche l'oxyde de fer hydraté de retourner à l'état de fer.
Si mes échantillons sont détériorés, chauffez-les sur la cigarette. J'ai développé cette expérience mais ne veux pas
embrouiller la chose encore.
Voici ce qui se passe : Sulfate de fer ammoniacal = Fe (AzH4)2(SO4)2.6aq = 392 = 196 X 2 V Or Je vous prie de répéter mon expérience et de me dire si le métal jaune vous parait contenir de l'or, microscopique, c'est
vrai, mais l'or de Transvaal l'est aussi.
En attendant avec une certaine impatience un mot de vous. Votre bien dévoué,
AUGUST STRINDBERG. Paris, 60, rue d'Assas. 15 avril 1896.
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* * *
Cher Monsieur,
Une nouvelle méthode améliorée. Bain : Chromate de sodium. Développeur : Sulfate de fer, Acide oxalique, Alcool (une goutte). Fixateur : Ammoniaque. Douce chaleur (pas presser) : Pour l'analyse une circonstance précieuse se présente. L'échantillon ne se colore pas en bleu par le prussiate de potasse ; si l'on ne le recourt à HCl. Ce qui prouve que le fer
est caché sous l'or.
Une fois la coloration bleue parue, l'or est caché par le fer. Afin d'éloigner le fer et garder l'or on devrait traiter par acide sulfurique étendu ou par acide oxalique.
En attendant votre avis je vous adresse mes meilleurs compliments. AUGUST STRINDBERG. 60, rue d'Assas. 20 avril 1896.
* * *
Cher Monsieur,
Pardonnez mon silence, mais je développe la méthode et je discute.
M. Tiffereau m'a visité et il était convaincu que ce fut de l'or.
Votre analyse par chlorure stanneux n'est pas concluante. Car la coloration est brune ou pourpre, et d'ailleurs le réactif
consiste dans un mélange des deux combinaisons de chlore et
étain, très difficile d'ailleurs.
Voudriez-vous continuer de faire des échantillons, et de les décaper soit dans chlorhydrate d'ammoniaque, soit dans
acide oxalique, afin d'éloigner le fer autant que possible.

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L'or est là, mais les paillettes sont si minces qu'elles se cachent sous les réactifs.
L'acide azotique les attaque, mais le papier est blanchi à chaux de chlore, et le Cl dégagé dissout l'or.
Ce n'est pas nécessaire d'incinérer. La meilleure méthode : de tremper la bande en acide oxalique et potasse (oxalate de potasse) qui dissout la rouille et
laisse l'or intact.
Les plus beaux échantillons sont repêchés sur la surface du chlorhydrate d'ammoniaque après plusieurs décapages, où ils
flottent comme une graisse.
Mais toujours fumiger au-dessus de l'ammoniaque et de l'acide chlorhydrique, tout en desséchant sur la cigarette.
Fatigué, je suis forcé d'interrompre et vous dire A bientôt. Votre dévoué, AUGUST STRINDBERG 60, rue d'Assas. Paris, le 27 avril 1896.
* * *
Cher Monsieur,
Ayant écrit tant de lettres sur ce même sujet je ne me rappelle plus ce que je vous ai dit et j'ai peur de me répéter.
Cependant, oui, l'or qui se trouve partout est formé partout, mais le plus fréquemment où le fer et le soufre prospèrent.
Or le secret de la procédure semble consister dans l'interruption de la réaction, comme dans la photographie; et il me
paraît maintenant que ce soit la pellicule formée de l'ammoniaque,
plus la douce chaleur qui empêche l'air et l'humidité
de continuer l'oxydation de l'oxyde de fer hydraté.
Vous gardez votre croyance en la forte chaleur, mais la nature n'indique pas ce facteur.
Voir : les sables aurifères dans les fleuves sont formés par les pyrites des roches, seulement par l'action de l'eau et peut-
être de l'ammoniaque. C'est pourquoi peut-être on trouve des
sables aurifères près les grandes villes : Toulouse, Montpellier,
Strasbourg, etc

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Maintenant pour les réactions : 1° Oxalate de potasse dissout le fer (sur le papier) et laisse les paillettes jaunes intactes si l'on ne laisse pas le fer entraîner
les paillettes.
(Précautions). 2° Ferrocyanure jaune colore d'abord en vert émeraude, ce qui est le caractère de l'or (ici il fallait un nouveau fixateur).
Les paillettes jaunes intactes, puis coloration bleue.
3° Acide azotique attaque, mais le papier est blanchi au chlore.
4° Acide chlorhydrique attaque, parce que HCl dégage Cl, etc.
Preuves suffisantes manquent, mais il vaut la peine de continuer.
Tiffereau est convaincu : Vial n'a pas de doutes ; Papus crie bravo et va lancer après vérification ; Lermina cherche des ingénieurs de mines d'or. Pour le gros rendement, oui. Un seau de zinc (qui précipite l'or métallique). Y verser pêle-mêle : sulfate de fer, CuO2H2, CrO3, KCy. Sulfure de
potassium, Chlorure stanneux, Sulfate de cuivre, un sel de
plomb, de Mercure, et d'argent, Chlorhydrate d'ammoniaque.
Ammoniaque ; remuez avec un bâton de zinc. Laissez reposer
après addition d'eau ammoniacale. Puis écumez les paillettes
abondantes et les traitez comme d'habitude sur des bandes de
papier à chaleur douce.
Les fumigeant alternativement avec HCl et AzH3, et à la fin avec SO2 (au-dessus d'une allumette soufrée).
Je n'ai pas trouvé d'autres moyens. Puis examinez le seau de zinc, s'il y a des dépôts d'or, et sur le bâton ou l'écumoire.
Veuillez relire Vial : L'attraction moléculaire, où il a vidé la question.
----------- Voilà à peu près où j'en suis en ce moment. Il faut de la patience et tout essai d'augmenter le rendement a mal réussi.
En attendant le moment des creusets, je vous recommande la voie humide et les bandes de papier.

@

-- 24 --
Après 300 essais je suis revenu au sulfate de fer avec AzH3 et HCl (+ SO2) comme la meilleure des méthodes.

---------
A vous affectueusement et à bientôt. AUGUST STRINDBERG. 60, rue d'Assas. Paris, 4 mai 1896.
* * *
Cher Monsieur,
La dernière et la plus simple ainsi que la plus sûre des méthodes.
Dans un verre à eau, vous versez une solution de sulfate de fer et hydrochlorate d'ammoniaque. Ajoutez un peu d'ammoniaque ;
remuez et laissez reposer quelques heures, ou une
nuit entière.
Alors il s'est formé des taches grasses sur la surface ou une pellicule. Versez une goutte d'éther et repêchez sur papier.
Trempez le papier en mercure qui dissout l'or et laisse le fer.
Si la pellicule est trop forte et brune, versez le tout dans un vase plus grand et diluez avec de l'eau.
Laissez reposer quelques heures. Les taches grasses se présentent quand elles sont mûres en belle couleur jaune d'or métallique sur le papier.
Vous pouvez dorer avec votre amalgame. Si vous voulez déterminer le rendement : pesez le mercure avant et après
l'opération. Si vous voulez isoler l'or : chauffez l'amalgame
dans un matras. En ajoutant un sel de cuivre le résultat
devient le même ou meilleur.

---------
Sur le couvercle nickelé et brillant de mon encrier j'ai mis une goutte de chromate de sodium. Puis une goutte de
sulfate de fer. Puis fumigé avec le bouchon du flacon d'ammoniaque.
Quand la pellicule s'est formée, j'ai laissé en repos
au soleil jusqu'à siccité complète. En frottant avec du papier,
le couvercle se montre d'une dorure mate.
Pour brunir l'or, les doreurs se servent d'une « dent de loup ». Comme fixateur décisif je recommande le mercure !

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-- 25 --
Rien que le mercure qui nous dispense de la chaleur et le
reste.
Voilà la bonne voie. A vous cordialement, AUGUST STRINDBERG. Paris, 14 mai 1896.
* * *
Cher Monsieur,
Ne possédant pas de photographie je vous envoie ce que j'ai A vous cordialement, AUGUST STRINDBERG. Paris, le 16 mai 1896.
* * *
Cher Monsieur,
C'est avec un vif plaisir que j'accepte votre proposition de fonder une revue pour la Chimie. Mais il me faut trois jours
pour les détails. C'est que M. Sédir garde la traduction française
de Antibarbarus, reçu pour le Voile d'Isis. Si vous visitez
Paris, veuillez me voir ou donner rendez-vous ; j'ai tant
de choses à vous montrer concernant l'or.
Tout se confirme, mais le gros rendement... Je ne sais pas. J'ai fait mille essais au moins. Le meilleur, voici :
Je verse dans un baquet de l'eau, sulfate de fer, un peu sulfate de cuivre et chlorhydrate d'ammoniaque et ammoniaque.
Ceci le soir, et je mets le baquet dans le jardin.
Le lendemain matin je repêche la graisse métallique qui surnage. C'est un bon or et beau. En renouvelant l'ammoniaque
on pèche une semaine.
Donc, à bientôt. Votre dévoué, AUGUST STRINDBERG. 60, rue d'Assas, Paris, 3 juillet 1896.
@

-- 26 --
* * *
Cher Monsieur,
Je veux bien entrer comme fondateur de votre Revue (1), mais permettez deux conseils ou trois.
Gardons votre titre, mais élargissons le cadre, à la physique et les autres sciences naturelles, car j'en ai des essais en
grande quantité et pour nous unitaires les sciences sont si
intimement liées.
Puis visitez Tiffereau, Vial et André Dubosc à Rouen. Dubosc est mon ami. C'est lui qui m'a lancé par le Figaro.
Il est rédacteur en chimie à La Science Française. Peut-être
aussi Obolski qui a fait mention du Soufre.
J'ai beaucoup d'amis en France et je vous en donnerai les noms si vous visitez Paris, ce qui est nécessaire avant de
publier le premier numéro.
Pensez donc au Congrès des Chimistes réunis à Paris le 27 juillet. Il faut rassembler les troupes et bien serrer les
lignes avant l'attaque.
Venez donc ici, je vous supplie, et préparez très bien les armes avant d'ouvrir le feu !
Voici les adresses : André Dubosc, Ingénieur, 2, rue Fontenelle, Rouen. Charles Louis Emile Vial, 81, rue Jouffroy, Paris. Tiffereau, 130, rue du Théâtre, Paris-Grenelle. En attendant de vos nouvelles. Votre dévoué, AUGUST STRINDBERG. 60, rue d'Assas, Paris, juillet 1896.
* * *
Cher Monsieur,
Vous vous trompez sur la valeur de mon nom et de mon autorité. La rédaction de l'...... (2) m'estime si peu que l'on


(1) Il est fait ici allusion à l'Hyperchimie fondée en juillet 1896. (2) On a supprimé le nom du journal qu'il était inutile de citer ici.
J. C.
@

-- 27 --
ne m'envoie pas le numéro où je suis collaborateur. D'ailleurs
vous savez que l'étranger est mal vu surtout comme innovateur.
Pour votre premier numéro je prépare un article intitulé Ai-je fait de l'or ?
Avez-vous demandé au Voile d'Isis si on va imprimer mon Antibarbarus? Sans cela le manuscrit est à votre disposition.
Je ne peux faire des visites ni des courses, c'est une idio- syncrasie qui m'est toujours désastreuse ; une fatalité qui m'a
coûté.
Donc en route, et à la bonne chance ! Votre dévoué, AUGUST STRINDBERG. Paris, 60, rue d'Assas. Le 8 juillet 1896.
* * *
Cher Monsieur,
A ce moment Docteur Encausse réclame le manuscrit sur l'or. Je ne peux refuser et vous prie donc de commencer avec
Antibarbarus qui fait partie de Hortus Merlini. En même
temps je vous envoie la première livraison de Jardin des plantes
: Le règne minéral, malheureusement en langue suédoise,
et que je vous prie de bien garder sous toutes les circonstances.
Epuisé par un travail excessif je ne suis pas de force à
traduire, mais plus tard... nous verrons !
Pour le payement je vous dis d'avance que je n'en veux pas, par des raisons sentimentales, si vous voulez. Tout en règle
donc, et marchons !
Votre dévoué, AUGUST STRINDBERG. 60, rue d'Assas. Paris, 11 juillet 1896.
* * *
Cher Monsieur,
Veuillez garder les échantillons lorsqu'il y en a une abondance et que le travail et les matériaux ne coûtent rien. D'ailleurs
je suis arrivé aux creusets et aux fourneaux, toutefois
sans quitter l'opinion de M. Vial que l'or est un produit de

@

-- 28 --
l'eau et pas du feu. Sans doute je reviendrai à l'eau. M. Tiffereau
est invisible, plein de mystères après avoir vu
mon or.
A vous cordialement, AUGUST STRINDBERG. Paris, 19 juillet 1896.
* * *
Cher Monsieur,
Avez-vous reçu la traduction de l'Antibarbarus ? Veuillez observer ma nouvelle adresse : 4, rue de la Clé. Jardin des Plantes Paris. A vous, AUGUST STRINDBERG. Le 20 juillet 1896.
P. S. J'ai fait une belle mention de votre oeuvre l'Ame... de la matière dans mon Jardin des Plantes et j'espère que
vous n'oublierez pas la Suède en distribuant votre revue.

* * *
Cher Monsieur,
Encore une nouvelle adresse et définitive cette fois :
Ystad (Suède).
C'est que ma santé m'a obligé de chercher les bords de la mer, et mon pays.
Votre revue est-elle parue ? Et le congrès des chimistes qu'en dit-il ?
J'attends le retour de poste avec impatience afin de voir où nous en sommes avec notre Chimie.
En attendant de vos nouvelles, je vous adresse mes félicitations sincères à une entreprise qui nous inaugurera à une
époque de soulagement dans notre marche dans le désert (1).
AUGUST STRINDBERG. Août 1896.

(1) Nous respectons toujours le style et les tournures de Strindberg, ne voulant rien changer à sa correspondance pleine de.
saveur. J. C.
@

-- 29 --
Monsieur et Cher Confrère,
Encore souffrant, j'abuse des cartes postales. Voici quelques adresses pour la Revue : Dr Karl Du Prel, Sphinx, Munich. Dr Kartmann, Lothus-Blatter, Leipsig. Dr Kal. Schleich, 250, Friedrichstrasse, Berlin. Mme Mathilde Prager, 9 Hanngasse, Wien (Autriche). Professor Baron A. E. Nordenskiold, Académie des Sciences, Stockholm. Cercle de lectures, l'Université de Upsal (Suède). Cercle de lectures, l'Université de Lund (Suède). L'Université de Stockholm. Société des Chimistes à Stockholm. A vous affectueusement. AUGUST STRINDBERG. Août 1896.
* * *
Cher directeur et confrère,
Souffrant, toujours souffrant, je cherche le sommeil perdu, par des voyages, sans but et sans fin.
N'attendez donc pas si tôt un manuscrit autre que l'Antibarbarus. A vous de coeur. AUGUST STRINDBERG. Klam, bei Grein. Haute-Autriche. 4 septembre 1896. * * * Monsieur et cher confrère,
Ci-joint mon article sur l'or, que je vous prie d'imprimer sitôt que possible lorsque cet Américain (1) vient de publier sa
découverte. Mais je vous prie d'insérer au-dessus ou dessous


(1) Emmens.
@

-- 30 --
Exp. Fondamentale, cette ligne seule qui renferme la noix
même :
Sulfate de fer ammoniacal Fe (HzH4)2(SO4) (1) A vous de coeur. AUGUST STRINDBERG. Saxen près Grein, Haute-Autriche 12 septembre 1896.
* * *
Cher Monsieur,
Il semble que tout le monde a trouvé la piste de l'or. C'est que je lis chaque matin dans mon journal des nouvelles sur
l'or américain, et hier j'apprends que M. Emmens travaille
d'après la méthode de Carey Léa indiquée dans L'Allotropie
des corps simples de D. Berthelot.
Ce serait donc tartrate d'argent précipité de tartrate de fer dilué et chauffé à sec.
En même temps un bonhomme a trouvé une mine d'or -- en Suède ! Retrouvé plutôt, car autrefois avec de mauvaises
méthodes on a délaissé des mines estimées stériles.
Vous n'ignorez peut-être pas que au commencement du XVIIIe siècle il y avait deux mines d'or en France, des filons
d'or natif : l'une à Bouconville en Picardie, l'autre à Rumigny
en Champagne. M. Simonin dans La Richesse minérale de la
France ne les connaît plus, en (1865).
Mon auteur anonyme écrit : en (1733) : « Il est vrai que la petite quantité d'or pur qu'ont produit les premiers essais, a dégoûté les entrepreneurs. Mais peut-être
en est-il de ces commencements de veines d'or comme des
commencements... d'autres minéraux. La plupart de ces fossiles
sont d'abord annoncés par des indices assez faibles. On
trouve ensuite des veines plus étendues, souvent même inépuisables.
Ce que fait la nature elle le fait pour l'ordinaire en
grand !
Il y a plus de dix-sept cents ans que Diodore de Sicile a

(1) Cette ligne a été biffée par Strindberg mais nous la rétablissons pour la compréhension du texte.

@

-- 31 --
remarqué que les Gaulois tiraient de l'or de leurs rivières ». Ne
vaudrait-il pas la peine de chercher ces veines et d'autres, au
lieu d'aller en Transvaal ?
En attendant l'Hyperchimie n° 4 avec une impatience pardonnable je vous adresse mes amitiés sincères.
AUGUST STRINDBERG. Klam près Grein, Haute-Autriche. Le 22 octobre 1896.
* * *
Monsieur et cher confrère,
Merci beaucoup de votre bonne lettre. Seulement un mot à la hâte si ce n'est pas trop tard. Preuve que les paillettes jaunes de sulfate de fer et d'ammoniaque ne renferment plus d'oxyde de Fer.
Après fixation en chaleur douce je baigne les épreuves en oxalate de potasse qui dissout les combinaisons de fer (taches
de rouille !) Les paillettes jaunes résistent!
Ma santé rétablie je travaille avec joie et me prépare à la lutte et à la mise à mort s'il le faut.
A vous de coeur. AUGUST STRINDBERG. Klam près Grein, 27 octobre 1896. * * * Cher Monsieur, L'empressement de notre bon éditeur n'est pas si grand que vous vous figurez de sorte que je ne reçois les revues sans
envoyer des mandats. Je vous prie donc de me faire envoyer
le numéro de l'Hyperchimie où mon or se trouve et de vouloir
me réserver une colonne dans le prochain numéro pour
répondre à l'objection que ce soit du Fer. Mon article sur
l'Iode vous est-il arrivé ?
Avec mes meilleures salutations, votre dévoué. AUGUST STRINDBERG. Klam, Haute-Autriche, Le 3 novembre 1896.
@

-- 32 --
* * *
Cher Monsieur,
Après tant de péripéties j'ai reçu tous les numéros de l'Hyperchimie, et vous dis merci.
Pour ce Hortus Merlini, je vous prie de dire à M. Sédir, qu'il veuille y insérer tous mes articles parus dans l'Initiation et
paraissants.
De même : les articles sur l'Iode à paraître dans l'Hyperchimie, de plus : L'avenir du Soufre (La Science Française
1895), peut-être aussi : Sur l'Iode (Le Temps 1895.) L'un complète
l'autre et les recherches mêmes passent les résultats.
C'est dommage que je n'ai rien lu de Proust, qui sera mon maître ayant le premier regardé les corps simples comme des
condensations de l'hydrogène.
Peut-être bien qu'il vaudrait la peine de faire un article sur lui afin de revendiquer à lui la priorité et afin de réconforter
mes investigations estimées trop hardies, simples et prises à
loisir.
Je viens de lire dans l'oeuvre classique de Vogel, Handbuch, der Fotographie (traduit en Français) une longue histoire sur
la modification jaune de l'argent, et que je vous recommande
dans le cas où l'or américain se confirmerait.
Deux solutions disparates se font : A) 200 ccm. d'une solution de nitrate d'argent (à, 10 0/0). 200 ccm. d'une solution de sel de Seignette (tartrate de sodium et de potassium à 20 0/0).
800 ccm. eau distillée. B) 107 ccm. couperose verte (de 30 0/0). 200 ccm. sel de Seignette (de 20 0/0). 800 ccm. eau distillée. B) se verse dans A) sous remuement constant. Le précipité d'abord noir, devient bronzé par filtration. Appliqué sur une plaque de verre, se présente comme or.

@

-- 33 --
Ne faudrait-il pas envoyer nos articles sur l'or à l'école des Mines où nous aurons M. Tiffereau et moi, peut-être les seuls
qui comprennent?
A vous cordialement. AUGUST STRINDBERG. Klam, 14 novembre 1896.
* * *
Cher Monsieur,
En lisant mes deux articles dans l'Hyperchimie je suis étonné, je ne veux pas dire désespéré.
Veuillez jeter un coup d'oeil sur les corrections, et avouez que les démons d'imprimerie se sont mêlés de mes affaires.
Tout raté ! Le sens contraire à ce que je voulus dire ! En assaillant la vieille chimie je tombe sur mon propre glaive, dirigé par une main invisible ! Benjoin au lieu Benzol
! etc.
La démence achevée ! Qu'y faire ? Réimprimer ? L'éditeur ne voudrait pas ! Et d'ailleurs ce fût de recommencer les erreurs, car les épreuves de M. C... sont célèbres par
leur absurdité ; ce qui nous fait tort toujours et à tous !
Peut-être une réclamation dans le prochain numéro ? afin d'avertir le lecteur que l'auteur n'est pas fou.
Et pour l'avenir? Comparez la traduction française avec le texte allemand, qui est exactement traduit du Suédois !
Excusez, cher monsieur, mon emportement, et croyez à mon amitié inaltérable.
AUGUST STRINDBERG. Klam, 24 novembre 1896.
* * *
Cher Monsieur,
Votre aimable lettre m'est arrivée à ce moment, mais j'attends encore les numéros de l'Hyperchimie et des Statuts.
Faut-il vous dire que je me trouve honoré de votre proposition
d'entrer comme membre dans votre Société Alchimique ?
Une bonne nouvelle pour nous autres alchimistes, celle-ci. 3
@

-- 34 --
Ici à l'Université de Lund, un professeur agrégé publie à ce moment un mémoire sur l'unité des corps simples, prouvant
par l'analyse spectrale et la mathématique que tous les éléments
ne sont que des degrés de condensation de l'hydrogène
posé comme 1.
Voici une délivrance pour moi, chassé de pays en pays et traité comme un fou ou un charlatan.
Maintenant un mot concernant la propagande de notre Revue. Si l'éditeur C... comprenait bien son métier il ne serait pas parcimonieux avec les exemplaires au commencement. Ainsi il
faudrait distribuer gratuitement à toutes les universités du
monde et aux sociétés chimiques. C'est là notre chemin, car
la chimie unitaire est partout reconnue en principe et nous
verrons sous peu les universités comme nos adhérents.
Ce printemps j'espère retourner à Paris où j'existe en esprit depuis ma jeunesse, et d'où j'ai puisé ce peu que je sache
en sciences et en lettres.
Peut-être que nous nous reverrons là au bon rendez-vous Latin.
Votre bien dévoué. AUGUST STRINDBERG. Lund (Suède). Le 29 janvier 1897.
* * *
Cher Monsieur,
Après avoir lu les statuts (1) j'accepte votre invitation comme maître travailleur ce qui me sied le mieux.
Si vous voudriez me dire où la bibliothèque et le laboratoire seront fondés je pourrais vous être utile en y plaçant
ma bibliothèque et mes appareils qui traînent par toute l'Europe
pendant des années. Peut-être même que je pourrais y
poursuivre mes recherches expérimentales après avoir achevé
ma besogne ici, en Suède.
J'attends de vos nouvelles, accuse réception de tous les numéros de l'Hyperchimie, et vous adresse mes salutations
affectueuses.
AUGUST STRINDBERG. Lund, 30 janvier 1897.

(1) Statuts de la Société Alchimique de France. J. C.
@

-- 35 --
Cher Monsieur,
Merci de votre lettre, et en attendant la réponse de M. Sédir je vous prie d'écouter un mot touchant nos intérêts communs
.
Vous connaissez peut-être que M. Nobel, suédois et inventeur de la dynamite, chimiste distingué, vient de mourir, et
qu'il a légué 50 millions aux buts scientifiques. Ainsi chaque
année 300.000 (trois cent mille) francs seront adjugés à l'ouvrage
ou à la découverte chimique les plus remarquables de
l'année courante. De plus il a fait savoir que les ingénieurs et
les « hommes d'action » en général capables de faire de l'argent
sur leurs inventions tiendraient le second plan au concours
et que les penseurs et les « rêveurs » qui font mal leurs
affaires, tiendraient le premier.
Par là je me figure que les adhérents de votre Société alchimique seraient bien aptes à concourir pour le prix Nobel. A
ce but, il me semble utile de faire fonder le laboratoire immédiatement
et sur une échelle propre à attirer des adeptes ; et
que chacun qui y travaille s'engage par écrit de payer au laboratoire
ou à l'association un quart du prix conquis.
Maintenant, le prix de chimie sera adjugé par l'Académie des Sciences de Suède, et le chimiste là, le célèbre explorateur
M. le baron de Nordenskiold (1), lequel j'ai l'honneur
d'appeler ami, connaît bien nos travaux de Chimie unitaire,
et je pourrais vous dire qu'il n'en est pas l'adversaire, sans en
être l'adhérent déclaré.
Donc à trouver : les fonds modestes pour louer une salle ou une cuisine vaste assez pour une installation sans luxe.
Je ne possède rien, mais je pourrais exister à Paris, dédier
ma journée au laboratoire en me fournissant d'outils et réactifs
moi-même. De même : que les adeptes payent eux-mêmes
et l'oeuvre pourrait marcher dès ce printemps.
Vous m'avez demandé cher Monsieur, mon portrait il y a longtemps. Le voici, et comme j'espère en échange du vôtre.
Très reconnaissant de recevoir trois exemplaires de l'Hyperchimie

(1) Membre de l'Institut de France (Note de Strindberg).
@

-- 36 --
contenant : Synthèse d'or. L'Iode, notes et observations.
En vous priant de ne point publier le contenu de cette
lettre, qu'en titre de confidence à nos amis (1).
Votre bien dévoué. AUGUST STRINDBERG. Lund, Grénagatan, 8. Le 8 février 1897.
P. S. Je vais examiner l'ouvrage du Professeur Rydberg aussitôt publié, pour votre Revue !

* * *
Cher Monsieur,
Je m'empresse de vous répondre préalablement : je veux bien payer les 200 francs pour le loyer, sans pouvoir fixer le
terme, puisque les 1000 francs que deux revues parisiennes
me doivent, ne sont pas disponibles avant la publication de
mes deux ouvrages reçus.
Mais, permettez une observation concernant la salle. D'abord, sûr que nous irons attirer l'attention des journaux
et du public, il faut une installation simple, mais pas banale ;
il nous faut « du style » enfin.
Plutôt une cuisine, une rôtisserie, une cave ou un atelier professionnel.
De plus, une salle ne fait pas notre affaire, lorsqu'il est nécessaire d'y placer des fourneaux, et que les émanations qui
m'ont abîmé la santé à Paris, puissent sortir.
J'espère rentrer à Paris vers la fin de mars, et apportant mes outils, peut-être aussi l'argent nécessaire. Et je voudrais
proposer de ne pas louer la salle avant mon arrivée. La
jalousie et la méchanceté sont grandes, et je vous garantis
des interviews et des autopsies (sic) plus ou moins bienveillantes
dans les journaux européens et transatlantiques.
Donc : éviter le ridicule et la banalité, surtout la banalité. Auteur dramatique, j'apprécie la valeur de la mise en scène,


(1) Nous ne voyons plus actuellement aucun inconvénient à publier cette lettre de Strindberg qui n'offre d'ailleurs rien de confidentiel.
J. G.
@

-- 37 --
qui n'exclut pas la profondeur des idées et la gravité de nos
intentions.
Mon rêve, que j'ai esquissé autrefois à Paris : c'est « l'Institut Papus » pour la science nouvelle. Que les prix Nobel
nous y aident ! Peut-être que la lumière vient du Nord cette
fois-ci, au lieu de la barbarie d'autrefois.
Pensez-donc : chaque année, distribution de cinq fois trois cent mille francs.
Pour : Chimie. Physique. Physiologie médicale. Belles-Lettres. L'oeuvre de la Paix. (Abolition des guerres). C'est à notre Papus de conquérir le prix de physiologie ! Cher Monsieur, une revue suédoise m'a demandé un article sur l'Occultisme à Paris. Je connais très peu de la partie biographique,
mais je sais bien que vous avez publié dans
« l'Aube » une histoire succincte sur cette matière. Voudriez-
vous me la prêter, soit que je la traduise, ou que je m'en serve
comme indicateur ?

-----------
Ici, dans les journaux, on a mêlé les noms de Edison, Tesla (?) dans l'affaire d'Argentaurum. Ne vaudrait-il pas la
peine d'expédier votre Hyperchimie à Edison, adresse : New-
York ? l'article d'or y compris ?
C'est que Edison serait entré comme actionnaire dans la Société Anonyme.
Votre bien dévoué, AUGUST STRINDBERG. Lund, 15 février 1897.
* * *
Cher Monsieur et Ami,
D'abord, je vous dirai merci de votre magnifique
@

-- 38 --
volume (1) et de l'honneur que vous m'avez témoigné en m'enregistrant
parmi les alchimistes contemporains. Ensuite ce
n'est pas ma faute si je reste en Suède au lieu d'être à Paris.
C'est que mon premier livre occultiste m'a ensorcelé si bien
que tout déménagement sera impossible avant l'automne, où
j'irai porter mon manuscrit à Paris. Jusqu'à cette époque, je
garde l'incognito, ajournant l'alchimie à l'hiver prochain.
Votre très dévoué, AUGUST STRINDBERG. Lund (Suède), le 15 mai 1897.
* * *
Paris le 3 août 1897. 3, rue Bonaparte.
Cher Monsieur et Ami,
De retour à Paris, j'attends la réponse de M. Chamuel concernant la publication de mon livre Inferno que je lui ai
envoyé il y a une quinzaine. Où j'en suis avec les chefs du
martinisme ? Je n'en sais rien, mais à juger d'après les derniers
volumes de l'Initiation et de l'Hyperchimie on ne me regarde
pas comme un « initié », et quoi qu'il en soit, je garde la voie
entamée, plus modeste et plus apte à mes forces et à mes
intentions.
Cependant et à cause de l'attitude de mes supérieurs -- docteur Papus a cessé, il y a longtemps de répondre à mes lettres,
et M. Sédir a décliné, l'année passée, un rapprochement personnel.
-- Je n'ai pas fait les visites. D'ailleurs je suis un
« médium écrivant » et un mauvais parleur, n'existant que
par la plume. Donc je reste tranquille et content, attendant
les résultats de mon livre, exempt de l'ambition d'occuper
une place plus ou moins prépondérante dans une société,
n'importe laquelle. C'est que pour moi, la liberté restera
toujours la condition capitale pour savoir vivre, penser et
évoluer.


(1) Comment on devient alchimiste, paru à cette époque. J. C.
@

-- 39 --
Eh bien, pour l'or, et mon or particulièrement, deux mots : après avoir développé et compliqué les méthodes, je suis
revenu au point de départ : sulfate de fer ammoniacal. Ainsi,
dans un bocal pur, je verse de l'eau de pluie pure, mêlée avec
un peu d'ammoniaque pure. Puis j'y mets du sulfate de fer
ammoniacal pur (dont les photographes se servent ; laisse
reposer au soleil, à une température de 20° à 24. centigrades.
J'attends le moment propice pour recueillir et fixer la pellicule,
ou les taches grasses. Ici j'ai fait un progrès. Au lieu de
fixer sur du papier, je coupe des lames de zinc et les couvre
d'un émail mouillé à l'eau ou à une solution d'acide oxalique.
Sur ces plaques émaillées, je repêche mon « or », qui se présente alors plus minéralisé, brillant et pur que sur le
papier.
Cette glaçure s'achète chez M. Boutherin, 23 rue d'Arcole, à Paris. Il est enregistré dans le catalogue de : Deutsche Gold
und Silbercheide. -- Au-Halt, M. Rossler, Francfort-sur-Mein,
sous le numéro 995 Email A IV. (M. Boutherin est le représentant
de cette maison, et la réquisition se fait avec un renvoi
au n° 995 du Catalogue).
Cet émail est censé être composé de poudre de silice et un sel de plomb.
(Le carbonate, le sulfate, je ne sais pas, mais le sulfate me paraît le plus apte, par des raisons ailleurs énoncées).
Puisque vous avez répété mes expériences, voudriez-vous me donner vos épreuves de la présence de l'or ?
Cher Monsieur, à part les théories, et prise en considération la récente publicité dont a été l'objet notre fabrication
d'or, ne vaudrait-il pas la peine de faire une pause dans les
spéculations et se concentrer sur un seul fait, prouvé et accompli
: la production d'une quantité suffisante de ce maudit
métal ?
Pour l'or même, non, mais pour notre cause commune, j'avoue que les opérations manuelles me répugnent, je ne
saurais vous dire pourquoi, mais ne pourriez-vous pas trouver
un aide, un vrai garçon de laboratoire pour un mois, au
moins, et le faire travailler du matin au soir d'après vos

@

-- 40 --
ordres ? Ceci, parce que nous avons quitté l'incognito et
que les journaux s'occupent de nous d'une manière assez peu
flatteuse.
Une seule concession momentanée au public, et puis retourner au plan plus élevé ?

-----------
Ma santé, parfaitement rétablie depuis longtemps, je prépare le second volume de mon Inferno, que je compte achever
à Paris : dans l'espérance d'une entrevue prochaine ici, je
vous serre la main comme
Votre dévoué, AUGUST STRINDBERG. P. S. Mon filleul Nils Strindberg a envoyé un pigeon voyageur du 82° Nord. Et c'est tout ; mais on espère que tout finira
bien (1).

* * *
Cher Monsieur,
D'après vos conseils je m'annonçais lundi passé chez le docteur Papus demandant son adresse et l'heure pour lui faire
visite. Pas de réponse
En même temps j'adresse à M. Chamuel une lettre avec la même demande. Après trois jours d'attente il me fait savoir
qu'il se trouve en voyage et qu'il ne reviendra avant la fin de
ce mois. Comme je ne peux pas attendre, lorsque les traductions
suédoise, danoise et allemande vont paraître au commencement
d'octobre, je retire mon offre de chez M. Chamuel
et vais voir mon éditeur ordinaire à Paris.
Que cela amènera-t-il ? Une rupture Eh bien ma destinée ne s'arrange pas d'après des considérations intéressées
et je continue de suivre mon guide qui m'a sauvé de la perdition.
C'est Swédenborg, un des maîtres de Saint-Martin.


(1) August Strindberg fait ici allusion à l'expédition antarctique tentée en ballon et qui se termina par la perte des téméraires aventuriers.
J. C.
@

-- 41 --
Pour mon livre que j'espère vous présenter sous peu, au moins
en langue allemande, vous verrez où nous conduit l'occultisme
et la magie exercées par curiosité scientifique et dans
le but de dominer les esprits des autres. Cela conduit à l'Enfer,
déjà signalé dans le Lotus Bleu par le « Dr Pascal » dans
un des numéros de cette année.
Comme je ne reste à Paris plus longtemps qu'il ne me faut pour cette affaire, je pense que nous ne nous verrons pas
cette fois. En attendant un avenir plus gracieux je vous
dis au revoir par poste dans l'espérance que votre amitié
va survivre à mes discordes avec nos correspondants communs.
Votre dévoué, AUGUST STRINDBERG. 3, rue Bonaparte. Paris, le 8 septembre 1897.
P. S. Je vous prie, trouvez les moyens de détourner un conflit dont les conséquences ne se laissent pas prédire, et que
l'on me rende mes manuscrits !

* * *
Paris, 3 rue Bonaparte, le 19 septembre 1897 .
Cher Monsieur,
Merci de votre lettre et vos bonnes interventions concernant mon manuscrit. Mais, mon livre est écrit en français au
moins compréhensible, et je m'étonne que M. Chamuel ne
l'ait pas lu, lorsqu'il y a plus d'un mois qu'il le garde. Et ce
qui m'attriste c'est qu'il laisse sans réponse mes deux lettres,
ce qui d'après les coutumes de civilité suédoises signifie : rupture
des relations. Et il reste tout de même l'éditeur de Hortus
Merlini ! Je n'y vois rien de raisonnable !
Certain que mon livre vous intéressera au plus haut degré, je voudrais vous prier de le réclamer sur mon autorisation,
et de le lire, pour votre plaisir.
Il doit pour vous, savant doublé d'un poète (voir La Vie et l'âme de la matière, votre oeuvre) offrir un intérêt tout particulier,
puisqu'il aborde les problèmes les plus élevés, en

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même temps fondé sur une réalité toute simple et humaine
un roman occulte d'après nature, « enfin »
Je vous autorise donc de retirer le manuscrit de chez M. Chamuel, et de m'en dire votre opinion. Pour une publication
par l'intermédiaire de l'Hyperchimie, elle ne pourrait
se faire faire, lorsque mon roman ne peut s'encadrer dans
votre revue, et d'ailleurs, attendre un an, lorsque la tempête
se déchaîne en Scandinavie et Allemagne déjà le mois prochain
: ce serait de manquer l'échéance.

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Cependant j'ai vu Dr Papus ; il n'a rien su de mon manuscrit. Il m'a recommandé Michel de Figanières : Vie Universelle.
Comme je ne connais pas l'éditeur je ne l'ai pas trouvé.
Il y aura une nouvelle cosmogonie ! à propos : je viens d'acheter (pour un franc) chez un bouquiniste, Oeuf ou
Graine par T. Noff-Ali, un gros volume de 700 pages, imprimé
à Toulouse, 1896, sans éditeur. Ce livre possède pour
moi un charme spécial, puisqu'il réfute d'une manière scientifique,
les théories de Newton et de Laplace. Est-ce Flammarion
(c'est son style amusant) ? ou Vial ?
La Terre est pour cet auteur un être vivant, né du Soleil et des autres planètes. Une conception merveilleuse, fondée peut-
être, sur les théories de Doebler (Ein neues Weltall) et de
Boitard. Dans le cadre de vos idées.

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Enfin Chemical News a traité l'argentaurum de Emmens au sérieux. C'est que ce chimiste extrait de l'or des monnaies
mexicaines composées d'argent et de cuivre. Crookes a confirmé
par l'analyse spectrale. Mais il me semble que notre
chimiste ait labouré avec la génisse de Tiffereau, et ce qui
me rend l'affaire suspecte, c'est la manière mexicaine (la première
source d'or de Tiffereau) et d'ailleurs : cuivre et argent,
les ingrédients de Tiffereau

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Maintenant que je me suis fixé encore un mois à Paris, j'espère
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