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Réfer. : AL2002A
Auteur : Sabine Stuart de Chevalier.
Titre : Discours Philosophique sur les trois Principes. Tome premier.
S/titre : Animal, Végétal et Minéral, ou
La Clef du Sanctuaire Philosophique.
Editeur : Quillau. Paris.
Date éd. : 1781 .


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D I S C O U R S P H I L O S O P H I Q U E Sur les trois Principes, Animal, Végétal, & Minéral.
T O M E P R E M I E R.
Le prix des 2 vol. broc. est 2 liv.

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D I S C O U R S P H I L O S O P H I Q U E S U R LES TROIS PRINCIPES ANIMAL, VEGETAL ET MINERAL. O U
L A C L E F DU SANCTUAIRE PHILOSOPHIQUE.
Par SABINE STUART DE CHEVALIER.
Cette Clef introduit celui qui la possede dans le
sanctuaire de la Nature; elle en découvre les mystères; elle sert en même tems à dévoiler les Ecrits du célèbre Basile Valentin, & à le défroquer de l'Ordre respectable des Bénédictins, en donnant la véritable explication des douze Clefs de ce Philosophe ingénieux.
T O M E P R E M I E R
pict
A P A R I S, Chez Quillau, Libraire, rue Christine, au
Magasin Littéraire, par Abonnement. =============================== M. D C C. LXXXI.

Avec Approbation & Privilége du Roi.

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P R E'F A C E.
J'AI reçu cette précieuse Clef
ou ces leçons de mon mari; elle
découvre, quand on sait s'en
servir à propos, tous les mystères
de la Science la plus sublime &
la plus utile pour la santé; &
quand on a le bonheur de les
comprendre & de les mettre en
pratique, on ne doit plus s'occuper
qu'à pratiquer le bien selon
l'intention des Philosophes, c'est-
à-dire, des Sages.
La lumière de la Chimie est la sagesse qui doit briller dans
les ténèbres, comme Basile le
dit dans la troisième Clef de ses
ouvrages sublimes.
Tous ceux qui travaillent en a iij @

vj P R E'F A C E.
Chimie sont pour l'ordinaire appelés
Chimistes; cependant il
est certain que tous n'ont pas la
même intention, ni la même
science; c'est pourquoi ils sont
bien différents.
Je ne parle ici que de la véritable Alchimie méthodique convenable
à la Nature, parce qu'elle
enseigne d'abord entr'autres choses,
à discerner & à connaître
parfaitement le mal du bien, le
mauvais du bon, & l'impur d'avec
le pur, par le moyen de laquelle
on peut subvenir à l'impuissance
de la Nature & la corriger,
laquelle procède alors en
l'augmentation des métaux de la
même manière, comme si on voulait
aider à un fruit qui est vert
en lui procurant sa maturité, ou

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P R E F A C E. vij
comme si on voulait d'un seul
grain ou d'une seule semence en
faire une augmentation & une
très grande multiplication, ce
qu'il est possible de faire avec
peu de frais.
L'autre Art Chimique qui est sophistique & faux, je ne l'entends
pas & je ne désire pas de l'apprendre,
parce qu'il détourne son
maître du bon chemin en lui
promettant des montagnes d'or,
mais ses promesses sont vaines
& frivoles; & si quelqu'ignorant
vous propose de travailler
avec vous, en vous disant qu'il
n'a pas le moyen de suppléer
aux dépenses requises pour faire
l'oeuvre, alors soyez bien sur vos
gardes, & ne vous y fiez pas;
car chez lui le serpent est caché
a iv
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viij P R E'F A C E.
sous l'herbe, il veut vous attraper.
Mais comme il y a encore un grand nombre de personnes, lesquelles,
sans vouloir duper les
autres, passent leur vie dans les
méditations les plus pénibles &
le travail le plus rude dont la
fin pour l'ordinaire est de se ruiner
sans rien trouver d'utile, surtout
quand un vain désir les engage
à chercher les moyens de
faire de l'or pour satisfaire leur
cupidité & leurs débauches; en
pareil cas je déclare que mon intention
n'est pas de leur donner
des lumières aussi étendues que je
le pourrais; c'est pourquoi, afin
d'y mettre des bornes, je me servirai
dans certains endroits de cet
Ecrit, d'allégories, pour mettre

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P R E F A C E. ix
un frein au désir qu'ils auraient
d'acquérir des richesses uniquement
pour les employer à leurs
débauches. Il ne faut pas jeter
des perles devant les pourceaux,
Dieu le défend absolument.
A l'égard de ceux qui auront un désir sincère de pratiquer le
bien, je les aiderai autant qu'il
dépendra de moi; & s'ils avaient
une autre Clef, elle les conduirait
bientôt dans le jardin des
Hespéries pour y cueillir la pomme
d'or & la distribuer aux malheureux
qu'on doit secourir.
Cette pomme d'or tant désirée est l'arbre de vie, la médecine
universelle ou l'or potable qui
guérit si promptement les maladies
les plus désespérées & prolonge
la vie comme celle des
a v
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x P R E'F A C E.
Patriarches dans une parfaite santé,
au-delà des bornes les plus reculées.
Ah! si les hommes savaient les merveilles de ce remède divin,
& quelle médecine ils peuvent
tirer d'en-haut & des entrailles
de la terre où sont renfermés
les plus riches trésors, il est
bien certain qu'ils ne se laisseraient
pas mourir si promptement & à la
fleur de leur âge, pour aller pourrir
dans un tombeau. Une vie
longue sans infirmité est toujours
la récompense du Ciel.
En possédant ce trésor ou cette médecine universelle, ils pourraient
l'employer à se conserver
longtemps sur la terre avec leurs
amis, & ils auraient chaque jour
l'occasion d'exercer envers les

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P R E F A C E. xj
malheureux tous les sentiments
d'humanité dont ils seraient si
justement pénétrés.
Un homme intelligent & pieux qui lira cet Ecrit avec attention,
comprendra bientôt le véritable
langage & les paraboles obscures
des Philosophes, & parviendra à
découvrir les secrets de la Nature,
à moins que Dieu, duquel
procèdent tous les dons, ne ferme
les yeux au Lecteur, & ne
bouche absolument ses oreilles. Je
crois qu'il m'a assez entendu, car
je n'ai pas pu m'expliquer plus
clairement.
On verra dans cet Ecrit une découverte des plus curieuses qui
a trompé depuis son origine non-
seulement les plus habiles Chimistes,
mais encore tous ceux
a vj
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xij P R E'F A C E.
qui ayant lu dans la Bibliothèque
des Philosophes les ouvrages de
Basile Valentin sans les comprendre,
se persuadent encore aujourd'hui
que le célèbre Basile Valentin
a été un des plus savants Religieux
de l'Ordre de Saint Benoît:
je ferai voir, par une preuve évidente,
que Basile Valentin & ses
ouvrages ne sont autre chose
qu'un emblème aussi savant
qu'ingénieux de la pierre philosophale
& de la médecine universelle
qui a été cachée avec le
plus grand soin par un habile
Philosophe, & qui a été découvert
malgré toutes ses précautions.
Son nom même, & sa qualité de Religieux Bénédictin, ne sont
autre chose que des allégories &

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P R E F A C E. xiij
des fictions très-ingénieuses dont
je ferai voir le mystère. Je suis
bien fâchée de le défroquer &
de le sortir d'un Ordre qui a toujours
illustré depuis son institution,
non-seulement l'Eglise, mais
encore l'Univers, par le grand
nombre des Savants dans tous les
genres qui ont composé & composent
encore aujourd'hui cette
respectable Congrégation; mais
comme il faut rendre à César ce
qui appartient à César, je me vois
obligée de revendiquer cet homme
chimérique à mes yeux en
faveur d'un adepte qui a fait une
si belle description de la pierre
philosophale & de la médecine
universelle sous le nom de Basile
Valentin, Religieux de l'Ordre
de Saint Benoît.

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xiv P R E'F A C E.
Au surplus, si contre toute attente, on s'imaginait que je me
suis trompée (ce qui n'est pas possible)
je prie l'Ordre respectable
des Bénédictins de me faire connaître
mon erreur, & dans ce
cas-là je me rétracterai publiquement,
comme aussi son silence
me prouvera que je ne me suis
pas trompée en disant que Basile
Valentin n'a jamais existé sous la
forme d'un homme, & que par
cette raison il n'a jamais été Religieux
Bénédictin, puisqu'il n'est
qu'un emblème très spirituel de
la médecine universelle, qui a
trompé jusqu'à ce moment les plus
habiles Chimistes qui n'ont pas
compris cet Ecrit sublime qu'on
doit lire avec la plus grande attention.

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P R E F A C E. xv
Quoique les Ecrits de Basile Valentin aient un caractère de
persuasion & de vérité dont on
ne croit pas devoir se défier, malgré
cela, ils n'en sont pas moins
remplis de paraboles, quand on
les examine de près; mais j'y répandrai
la lumière en donnant le
fil d'Ariane qui retirera du labyrinthe
de l'erreur ceux qui n'en
peuvent pas sortir.
J'enseignerai dans la suite de cet Ouvrage, les moyens de guérir
l'homme Chimiste qui est encore
une autre allégorie dont j'expliquerai
les maladies & la religion
(sans avoir la moindre intention,
en parlant des métaux
imparfaits que je veux purifier de
leur lèpre, de manquer de respect
à notre sainte Religion, je

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xvj P R E'F A C E.
crois avec la foi la plus vive toutes
les vérités qu'elle nous enseigne,
dont je ne m'écarterai jamais.)
J'indiquerai de bons remèdes pour guérir cet homme Chimiste
ainsi que Basile Valentin que je
défroquerai ensuite sans toucher
aux droits de personne.
Tous les métaux ayant été personnifiés dans cet Ecrit, ce qui
est encore un nouvel emblème,
je ferai voir qu'ils doivent être
de bons Théologiens métalliques
pour se perfectionner & se purifier
entièrement de toute leur
impureté, & qu'ils ne doivent rien
ignorer de tous les préceptes qui
sont contenus dans leurs Ecrits,
& de ce qui regarde leur foi
métallique; j'expliquerai ensuite

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P R E F A C E. xvij
l'énigme du ciel & de l'enfer des
Chimistes, & celle des douze Clefs
de Basile Valentin.
Je donnerai un Discours Philosophique très intéressant, dans
lequel il sera parlé des trois Principes,
Animal, Végétal & Minéral;
des vertus & propriétés du
mercure des Philosophes; il est si
riche par lui-même, qu'il a tout
ce qui lui est nécessaire pour
opérer des merveilles.
Je traiterai de la première matière de la Chimie, des quatre Eléments,
des bons offices que les Planètes
rendent aux métaux, de la
Lune des Sages, des Colombes de
Diane, de la matière de la Pierre
philosophale, des règles qu'il faut
suivre pour parvenir à l'accomplissement
du magistère, des magistères

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xviij P R E'F A C E.
de la Science hermétique,
de la préparation de la terre
des Philosophes pour en retirer le
sel, de la composition du mercure
philosophique selon Paracelse,
des règles qu'il faut observer
pour parvenir à l'accomplissement
du magistère, de la teinture
aurifique, de la transmutation
des métaux, & enfin de l'or
potable si recherché, parce qu'il
guérit en même temps, & d'une
manière qui tire du prodige, non-
seulement le Philosophe qui a
le bonheur de le posséder, mais
encore tous les métaux imparfaits,
de toutes les maladies dont ils
peuvent être attaqués: on conviendra
qu'un aussi grand avantage
ne laisse plus rien à désirer
sur la terre à celui qui le possède.

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P R E F A C E. xix
Comme la Science est épineuse, il n'est pas douteux que la
plupart voudraient un travail court
& facile, mais il faut de la patience
en étudiant, il en faut également
dans les opérations de la
Chimie.
Il est certain que la méditation de certains endroits de cet Ecrit
est seule capable de donner les
plus grandes lumières au Lecteur
& de le faire réussir dans ses opérations,
s'il sait les mettre à profit.
Celui qui comprendra bien
cet Ouvrage, pourra facilement
acquérir les autres connaissances
nécessaires au magistère.
On trouvera, sans doute, des répétitions dans cet Ouvrage;
mais je les ai cru nécessaires pour
bien inculquer les principes dont

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xx P R E'F A C E.
il ne faut pas s'écarter, si l'on
veut réussir dans les opérations
qu'on pourra faire.
Ma Langue naturelle étant celle d'Ecosse, j'espère que mes
Lecteurs seront assez indulgents,
pour ne pas exiger d'une Etrangère
qu'elle ait pu parler la leur
aussi bien qu'eux: je le répète, ce
sont les leçons de mon mari, il
me les a données en bon français,
& je les ai rendues comme j'ai
pu. Au surplus, personne n'ignore
que dans un Ouvrage de Science,
il n'est pas question d'un beau
style, ni d'un discours éloquent
qui n'apprend rien, il suffit de
se faire entendre autant qu'il est
possible, & je me suis bornée là
avec d'autant plus de raison que
la Nation Françoise qui est très-

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P R E F A C E. xxj
honnête & si polie, a toujours les
plus grands égards pour notre
sexe.
Telle est à-peu-près l'idée de l'Ouvrage que je donne au Public
dans l'unique intention d'ajouter
quelque chose aux lumières
de mes Lecteurs & de les aider
de la même manière qu'on m'a
aidée en étudiant une Science de
laquelle on peut retirer les plus
grands avantages.
Si ce premier Essai est reçu favorablement des Amateurs de
la Philosophie hermétique, cela
me déterminera peut-être, si les
circonstances des affaires me le
permettent, à leur donner une
suite de mon étude des plus intéressantes,
toujours appuyée de
bons principes, par le moyen

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xxij P R E'F A C E.
de laquelle ils pourront faire de
grands progrès en découvrant les
mystères cachés de la Philosophie
à laquelle nulle autre Science ne
peut être comparée, si l'on fait
attention qu'on ne peut être véritablement
heureux ici-bas, qu'en
jouissant d'une bonne santé, &
pour cet effet bien loin de s'amuser
inutilement à la frivolité, il
faut se procurer par un travail
utile les moyens de prolonger ses
jours, & de chasser les infirmités
qui font le malheur de la vie:
alors on ne ressemblera pas à ce
Monarque infortuné dont le corps
était couvert de plaies & d'ulcères
dégoûtants, qui passait sa vie
dans les souffrances: voyant la
misère de son état déplorable,
dont il ne pouvait pas s'affranchir

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P R E F A C E. xxiij
lui-même avec tout son
pouvoir, & se plaignant avec
amertume de ce que toutes les
grandeurs humaines dont il était
environné, qui sont la majesté
des Rois sans les rendre heureux,
ne lui servaient de rien pour le
garantir de la moindre de ses infirmités,
il s'écriait dans l'excès
de son chagrin & de sa douleur:

Que me sert-il qu'un diadème D'un pouvoir absolu soit l'infaillible appui?
Que me sert de mon rang la majesté suprême,
Si je ne puis rien pour moi-même, Lorsque je puis tout pour autrui?
Je puis assurer mes Lecteurs, que ce sera une très grande satisfaction
pour moi, si en ajoutant
à leurs lumières celles que j'ai
reçues, ils m'apprennent par la

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xxiv P R E'F A C E.
suite que le travail qu'ils ont entrepris
a contribué à leur bonheur.

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D I S C O U R S
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pict

E X P L I C A T I O N
Des deux Estampes qui sont dans cet
Ouvrage, inventées par SABINE STUART DE CHEVALIER, née
en Ecosse.
C ELLE du premier Volume, qui est à la première page, représente un laboratoire de
Chimie placé dans le jardin des Hespéries,
c'est-à-dire, des sages Adeptes (Voyez le 2e,
Volume, page 171) où l'on voit l'arbre de
vie, avec les pommes d'or qu'il produit pour
ceux qui en font un bon usage, en soulageant,
sans ostentation, les malheureux qui sont en
grand nombre.
Ces pommes d'or sont le Symbole de la Médecine universelle ou de l'or potable, qui guérit
toutes les maladies & prolonge la vie.
Ce jardin est arrosé des eaux salutaires du fleuve philosophique. (Lisez le Dictionnaire
Mytho-Hermétique, page 40, & celle 395, à
l'article pomme d'or.)
Il y a dans ce laboratoire une bibliothèque qui contient les livres les plus précieux des
Philosophes, pour instruire ceux auxquels Dieu
accorde le don inestimable de cette science.
On voit les sept planètes sur le dos des livres
qui traitent de la science céleste, relativement
aux opérations de l'Alchimie.
A côté de la bibliothèque, on voit un Religieux Bénédictin, assis sur un tabouret, qui
paraît fort étonné de ce qu'une dame qui cultive

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ij

cette science sublime, arrive, contre son
attente, par le jardin des Hespéries, & présente
à ce Religieux célèbre & modeste, une
couronne d'or enrichie de pierreries avec les
attributs de la royauté.
Plus ce Religieux paraît vouloir refuser les marques de la royauté, plus aussi cette dame
s'empresse & l'invite à prendre le sceptre & le
diadème qu'elle lui présente, pour le déterminer
à s'habiller tout de suite convenablement
à son état, afin de paraître dans le
monde tel qu'il est en effet, puisqu'enfin par
son étude elle lui fait voir qu'elle a pénétré
les métamorphoses & les emblèmes sous lesquels
il s'est caché depuis si longtemps.
C'est ce que dénote la clef qu'on voit dans ce
tableau.
On voit un autre Religieux Bénédictin avec un mouchoir à la main, qui pleure la perte
d'un Religieux, (c'est-à-dire, de Basile Valentin,)
lequel, par sa piété & sa science, faisait
l'ornement de son Ordre.
Dans ce même laboratoire, qui est le temple des Philosophes, où ils travaillent à développer
les merveilles de la Nature, on aperçoit
un labyrinthe, lequel, selon l'idée des Philosophes,
sert à indiquer toutes les difficultés
qui se présentent dans les opérations de la
Chimie & du Grand Oeuvre, & nous fait voir
combien il est difficile de s'en retirer quand
en s'y est engagé sans avoir de bons principes.
En pareil cas, il ne faut pas moins que le fil d'Ariane, fourni par Dédale même, (qu'on
trouvera dans le cours de cet ouvrage,) pour
y réussir, & qu'il faut être conduit & dirigé

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iij
par un Philosophe qui ait fait l'oeuvre lui-
même. C'est ce que Morien nous assure dans
son entretien avec le Roi Calid. Voyez les Fables
Egyptiennes & Grecques dévoilées, chap.
de Thésée, Dictionnaire Mytho-hermétique
page 234.
Tout autour de ce labyrinthe, on aperçoit une eau courante venant du fleuve philosophique,
lequel sort d'une montagne dont le
sommet se perd dans les nues; une pluie méridionale
indiquera cette montagne. Voyez les
pages 82, 123 & 124, du second Volume.
L'oiseau d'Hermès qui paraît dans l'air au dessus de l'arbre de vie: lisez son explication
à la page 124 & 171 du second Volume.
Quant au fourneau sur lequel est placé un vase chimique, au fond duquel il y a deux
figures humaines avec une troisième au dessus,
qui est à côté de Basile Valentin, laquelle
opération ce Philosophe examinait avec admiration
dans son laboratoire, lorsqu'il fut surpris
par la Dame qui est à côté de lui; cette surprise,
à laquelle il ne s'attendait pas, lui prouva
dans l'instant, qu'elle s'était procuré, par son
étude, la véritable clef du sanctuaire philosophique,
qui est si difficile à trouver.
Cette Dame, pour mériter la constance du Philosophe, lui expliqua tout de suite l'ouvrage
qu'il méditait en secret; elle lui dit que le
vase précieux qui était sur son athanor, & dans
l'état où elle le voyait, signifiait la solution
de l'ouvrage qu'il faisait. Selon les écrits des
Philosophes, qui ne mettent jamais rien de
contraire à leur pierre, parce qu'elle est l'unique
sujet.

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iv

Cette Dame dit encore au Philosophe, qu'elle avait surpris en contemplation, qu'en joignant
l'esclave avec sa soeur odoriférante, ils devaient
faire entre eux l'ouvrage des Sages;
car dès que la femme blanche est mariée avec
le mari rouge, tout aussitôt par un amour
mutuel & légitime, ils s'embrassent & s'unissent
très étroitement; ils se dissolvent eux-
mêmes: & par eux-mêmes aussi ils se perfectionnent,
& ensuite de deux corps qu'ils étaient
auparavant, ils deviennent un seul corps.
A l'égard des trois fleurs qui sortent du col de ce vase chimique, je vous répéterai
ce que les Philosophes nous ont enseigné, &
parmi lesquels vous tenez un rang si distingué:
apprenez, nous ont-ils dit, qu'il y a trois couleurs
parfaites, d'où plusieurs autres procèdent.
La première est noire, la seconde est blanche, & la troisième est rouge: je sais bien
qu'il y a plusieurs autres couleurs qui paraissent
souvent devant la blanche; mais ils nous
ont dit qu'il ne fallait pas s'en mettre en peine.
Là se fait la conjonction des deux corps qui
est nécessaire; car, s'il n'y avait dans la pierre
qu'un de ces deux corps, il ne pourrait jamais
donner la teinture nécessaire, par conséquent
la jonction des deux corps est absolument nécessaire
pour terminer l'ouvrage.
Les Philosophes ont dit que le vent a porté la pierre dans son sein: on doit savoir que le
vent c'est l'air, l'air est la vie, & la vie est
l'âme, c'est-à-dire, l'huile & l'eau des Philosophes.

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Page 1ere.

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D I S C O U R S P H I L O S O P H I Q U E
Sur les trois Principes, Animal,
Végétal, & Minéral.
L A Nature a reçu de Dieu un pouvoir absolu pour exercer son empire
sur tous les êtres qui sont dans l'univers;
elle embrasse tous les Royaumes,
toutes les Provinces, & tous les
lieux en particulier, pour distribuer
partout, en même temps, ce qui
convient à la perfection de chaque
être: elle a constitué princes les quatre
Eléments, & leur a donné le pouvoir
d'accomplir la volonté du Créateur,
en les disposant de manière qu'ils agissent
continuellement l'un dans l'autre.
Le Feu a commencé à agir dans l'Air, où il a produit le soufre. L'Air
a commencé à agir dans l'Eau, où il
a produit le mercure. L'Eau a commencé
Tome 1. A
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2 D I S C O U R S
ses opérations dans la Terre
où elle a produit le sel. La Terre
n'ayant pas de sujet où elle eût pu agir,
n'a rien produit; mais elle a conservé
toutes les productions dans son sein.
Voilà pourquoi il n'y a que trois
Principes, la terre étant la nourrice
& la matrice de tous les autres êtres.
Les Anciens n'ont décrit que deux effets des Eléments ou deux Principes;
ils connaissaient peut-être le troisième,
& n'en ont rien dit pour des
raisons particulières; ne craignant point
d'ailleurs une critique sévère, en dédiant
leurs ouvrages à leurs enfants,
ils se sont bornés à faire la description
du soufre & du mercure qui sont
la base des métaux dont on extrait une
médecine qu'ils connaissaient parfaitement.
Un Enfant de l'Art doit connaître toutes les choses accidentelles, quand
il veut approcher d'un élément, afin
qu'il puisse distinguer & choisir les
moyens qu'il doit employer pour parvenir
à la fin qu'il se propose: s'il a
envie de remplir le nombre quatre, il
doit savoir que les trois Principes ont
été produits par quatre, & ne pas
ignorer non plus, qu'il faut encore

@

P H I L O S O P H I Q U E. 3
diminuer & réduire les trois Principes
à deux, qui sont le mâle & la femelle,
& que ces deux derniers en produisent
un qui est incorruptible, qui
renferme les quatre également & au
suprême degré de pureté. Voilà le
moyen de connaître que le quadrangle
est contenu dans le pentagone,
ou se trouve la quintessence la plus
pure qui soit dans le monde.
L'Artiste est obligé de séparer cette quintessence, & la purifier d'un grand
nombre de contraires, pour avoir dans
trois essences, dans chaque composition,
le corps, l'esprit & l'âme cachée.
Après avoir ainsi séparé & purifié
ces trois choses, il faut les conjoindre
derechef, en imitant la Nature;
& si on a le bonheur de ne pas
s'en écarter, on est assuré de recueillir
le fruit de ses travaux.
Voilà l'origine des trois Principes, dont, en imitant la Nature, on retire
le dissolvant universel, qu'on en
sépare facilement, quand on connaît
bien comment tous les êtres ont été
formés.
Ces trois principes se trouvent dans toute chose; sans eux, rien n'arriverait
naturellement dans le monde.
A ij
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4 D I S C O U R S
J'ai dit plus haut, que les Anciens n'avaient nommé que deux Principes
qui sont le mercure & le soufre, &
qu'ils connaissaient cependant une médecine
incomparable qui en provient.
C'est pourquoi j'ajouterai qu'ils ont
dû nécessairement connaître le sel,
qui est la clef & le principe de la
Chimie parce que c'est le soufre qui
fait rester le sel où il a été placé.
Mais établissons actuellement une proposition pour démontrer que ces
trois Principes sont véritablement la
matière prochaine de la médecine
dont nous parlons.
Tous les métaux sont composés d'une matière prochaine & d'une matière
éloignée; la matière prochaine
est le soufre & le mercure; les quatre
éléments sont la matière éloignée qui
a été créée par Dieu même, qui
seul a le pouvoir de créer par le
moyen des éléments. C'est pourquoi
nous devons abandonner les éléments
avec lesquels nous ne produirons jamais
autre chose que les trois Principes,
parce que la Nature ne leur a
pas donné d'autre propriété.
Si donc nous ne pouvons retirer des éléments que les trois Principes

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P H I L O S O P H I Q U E. 5
que la Nature a produits par leur
moyen, à quoi bon perdre notre
temps à chercher & à vouloir faire
ce que la Nature a déjà engendré,
& qu'elle nous présente tout préparé?
Nous devons donc nous borner aux trois Principes avec lesquels la Nature
produit tous les êtres sur la terre &
dans la terre, puisque nous les trouverons
dans toute chose en faisant
une séparation & une conjonction
convenables.
La Nature produit les métaux & les pierres dans le règne minéral; les
arbres & les plantes dans le règne
végétal; le corps, l'esprit & l'âme,
dans le règne animal.
Le corps est terre; l'esprit est eau; l'âme est feu, soufre ou or.
L'esprit augmente la qualité du corps, le feu le fortifie; l'esprit étant
exalté, a plus de poids & opprime
le feu qui aspire chacun d'eux, & les
fait augmenter en vertu, & la terre
qui est intermédiaire, augmente aussi
le poids des corps.
Nous devons bien réfléchir sur ce que nous voulons chercher dans ces
trois Principes, au secours desquels
A iij
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6 D I S C O U R S
nous sommes obligés de venir pour
vaincre les contraires.
Il faut ensuite ajouter au poids de la Nature le poids qui lui est nécessaire,
pour remplir ses défauts, par
le moyen de l'Art, en détruisant les
contraires.
La terre, comme nous l'avons déjà dit n'est que le réceptacle des autres
éléments, le second sujet dans lequel
le feu & l'eau combattent continuellement
par le moyen de l'air; si l'eau
prédomine, il en résulte des choses
temporelles & corruptibles; si, au
contraire, le feu remporte la victoire,
il en résulte des êtres perpétuels &
incorruptibles.
Réfléchissons actuellement sur ce qui nous est nécessaire; considérons
que le feu & l'eau se trouvent dans
toute chose; mais ils ne font autre
chose que combattre violemment, non
par eux-mêmes, mais par l'excitation
de la chaleur intrinsèque, qui est fomentée
par le mouvement des Astres
dans les entrailles de la terre, & sans
ce mouvement céleste, le feu & l'eau
ne feraient jamais rien; ils resteraient
à leur terme & dans leur équilibre.
Mais après que la Nature a conjoint
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P H I L O S O P H I Q U E. 7
ces deux contraires en proportion,
la chaleur intrinsèque les excite, ils
commencent à combattre, & chacun
d'eux appelle son semblable à son secours.
Voilà comme ils montent &
croissent jusqu'à ce que la terre ne
puisse plus s'élever. Pour lors, le feu
& l'eau étant ainsi retenus dans la
terre, ils s'y subtilisent parce qu'ils
y sont perpétuellement en mouvement
& circulent sans cesse par les pores
que l'air leur prépare dans la terre,
qui produit ensuite des fleurs & des
fruits qui sont amis de l'eau.
Quand vous aurez bien purgé une chose, faites en sorte que le feu & l'eau
deviennent amis; vous y réussirez facilement
par le moyen de la terre qui
a monté avec eux.
Nous sommes bien plutôt à la fin de cette opération que la Nature,
pourvu que nous ayons la précaution
d'observer son poids en faisant la conjonction.
Nous ne devons pas nous
régler sur le poids que la Nature a
employé; mais c'est sur ses besoins
actuels, relatifs à ce que nous voulons
faire, que nous devons fonder
toutes nos opérations.
La Nature, dans toutes ses compositions, A iv
@

8 D I S C O U R S
emploie moins de feu que de
toute autre chose; mais elle ajoute
un feu extrinsèque pour exciter le
feu interne relativement à sa volonté.
Le temps qu'elle emploie à faire ses
opérations, dépend du feu plus ou
moins fort; s'il est vainqueur, il en
résulte une chose parfaite; mais s'il est
vaincu par l'eau, l'ouvrage de la Nature
demeure imparfait. Cela arrive
dans les minéraux comme dans les
végétaux.
Le feu extrinsèque n'entre pas, comme partie essentielle, dans la composition
des êtres pour les perfectionner,
parce que le feu matériel suffit,
pourvu toutefois qu'il ait son aliment
pour faire croître & multiplier; car
l'accroissement & la multiplication
sont toujours relatifs à la nourriture.
Voilà pourquoi le feu extrinsèque, dans toutes nos opérations, ne doit
jamais être trop fort parce qu'il suffoquerait
les esprits. Un petit feu de
flamme dévore des choses bien précieuses
en bien peu de temps.
Le feu extrinsèque doit être multiplicatif & nourrissant; mais il ne doit
pas être dévorant, parce que la cuisson
est une perfection dans toute chose.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 9
La Nature ajoute ainsi au poids pour
perfectionner son ouvrage. Mais comme
il est difficile d'ajouter à une composition,
& qu'il faut un long travail,
on a pris la résolution de séparer les
superfluités, autant qu'il est possible,
selon les besoins de la Nature.
Quand nous aurons séparé les superfluités, nous pourrons faire notre
mélange, la Nature nous fera voir ce
qui lui est nécessaire.
Nous devons aussi avoir assez de connaissance pour voir si la Nature a
bien ou mal conjoint les éléments,
parce qu'il ne se fait aucune conjonction
sans la participation de tous les
éléments; mais il y en a plusieurs qui
sèment la paille ou l'enveloppe pour
le grain, comme il se trouve des
ignorants qui sèment la paille & le
grain tout à la fois; d'autres rejettent
ce que les véritables Artistes conservent
soigneusement; d'autres enfin
commencent par où ils devraient finir
ou abandonnent l'ouvrage par inconstance,
lorsqu'ils sont sur le point de
recueillir le fruit de leurs travaux. La
science est épineuse, & la plupart
voudraient un travail facile, & très
court.
A v
@

10 D I S C O U R S
Le point essentiel consiste dans la préparation des choses cachées; voilà
ce qui entraîne un grand nombre
d'Artistes dans l'erreur: car, lorsqu'ils
préparent la matière qui contient réellement
le mercure philosophique, ils
en rejettent les meilleures parties, &
retiennent les plus mauvaises.
Mais les véritables Artistes savent bien se garantir de tous ces inconvénients,
en faisant la conjonction des
vertus élémentaires par parties égales,
de chaud, de froid, d'humidité aqueuse
naturelle. En un mot, le point fondamental
consiste dans la conjonction
du mâle avec la femelle pour effectuer
la génération, & pour développer
ce point essentiel, j'ajouterai que ce
mâle & cette femelle ne sont autre
chose que l'humide radical des métaux.
Nous ne devons jamais perdre de vue que notre poids doit être celui
de la Nature. Il faut doubler le mercure
& tripler le soufre, pour faire
un ouvrage parfait. Nous verrons paraître
le soufre & le double mercure;
mais nous ne devons pas ignorer qu'ils
sont sortis de la même racine, & qu'ils
ne doivent pas être crus ni trop
cuits.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 11
Le mercure des Philosophes, ainsi que la matière qui le contient, ont
des propriétés admirables. Ce mercure
dissout les métaux & les vivifie
par la vertu de son soufre qui est d'une
nature pénétrative & fixative. Le mercure
vulgaire ne dissout ni l'or ni l'argent,
de manière à ne pas pouvoir en
être séparé.
Le mercure des Philosophes, au contraire, dissout les métaux & s'y
unit inséparablement. Le mercure vulgaire
contient un soufre combustible,
impur, & qui noircit les métaux; il
est froid & humide, il se convertit
en poudre grise dans sa précipitation,
ou en mauvais soufre. Le mercure
philosophique contient un soufre pur,
incorruptible, qui blanchit & rougit
les métaux, qui est chaud & humide,
qui devient d'une blancheur éblouissante
par le moyen d'une chaleur douce
qui le rend fixe & fusible.
Toutes ces circonstances prouvent la différence qui se trouve entre ces
deux mercures.

pict
A vj
@

12 D I S C O U R S
DES VERTUS ET PROPRIETES DU MERCURE DES PHILOSOPHES,
Ce mercure est si riche, qu'il a tout ce qui lui est nécessaire pour lui &
pour nous, sans qu'il soit nécessaire de
lui donner aucun secours par une addition
de matière étrangère. Il se congèle
& se dissout par une simple cuisson
naturelle.
Si nous examinons attentivement la nature des végétaux, des minéraux,
& des métaux, nous reconnaîtrons
qu'ils contiennent tous le véritable
mercure des Philosophes, qui se trouve
également partout ailleurs; mais il
existe un sujet où il est plus proche,
& pour le découvrir, il faut avoir une
connaissance parfaite des choses naturelles,
surtout de celles qui regardent
la Minéralogie & la Métallurgie.
Un grand nombre de personnes prétendent trouver cette matière par un
pur hasard, sans avoir les connaissances
nécessaires pour suivre ses traces &
remonter jusqu'à la source. Je conviens
qu'on peut la trouver par hasard, &
j'ajouterai que beaucoup de personnes
ont mis ma main dessus sans y penser;

@

P H I L O S O P H I Q U E. 13
mais qu'en est-il résulté? Elles ont
voulu la travailler sans principes, &
sont tombées dans l'erreur qu'elles
ne pouvaient connaître ni éviter; ainsi
elles l'ont perdue de la même manière
qu'elles l'avaient trouvée.
Il faut donc travailler avec connaissance de cause, ne pas s'obstiner ni
se laisser séduire par ce qu'on peut
voir, si l'on n'en comprend pas la véritable
cause.

DES PRINCIPES DE LA CHIMIE.
Un bon Chimiste doit imiter la Nature dans toutes ses opérations; il
ne doit jamais s'écarter des principes
naturels, qui sont la base de l'art. Il
faut avoir une connaissance parfaite de
la génération naturelle des métaux,
pour pouvoir imiter la Nature dans ses
principes.
L'eau & la terre font la matière des pierres; les rochers sont formés
avec une terre mêlée avec l'humidité
visqueuse.
Il faut un mélange de soufre & de mercure pour former les métaux qui
ne sont autre chose qu'une vapeur
subtile coagulée par la substance du

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14 D I S C O U R S
vif-argent avec le soufre, par le moyen
d'une chaleur tempérée, dans les entrailles
& les cavernes profondes de
la terre.
Ces vapeurs contiennent une humidité qui se condense par le moyen
d'une siccité terrestre avec la chaleur
tempérée, qui mêle, dissout & sublime
ces vapeurs dans des lieux convenables
ou elles se digèrent.
Cette humidité est la cause de la fluidité des métaux qui peuvent ensuite
se convertir en or, en argent,
ou en d'autres métaux, selon la qualité
de leur soufre ou le degré de chaleur
qu'ils rencontrent.
Ces vapeurs sont attirées par le vif-argent; voilà pourquoi il est clair
& indubitable que le soufre & le vif-
argent sont essentiels à tous les métaux,
& qu'ils produisent les vapeurs
qui congèlent tous les corps métalliques.
Le soufre n'est autre chose que la graisse de la terre qui se cuit dans sa
minière avec une chaleur tempérée;
mais le vif-argent est une eau pesante
qui contient une terre blanche, très
subtile, bien incorporée & qui digère
jusqu'à ce que l'humidité soit parfaitement

@

P H I L O S O P H I Q U E. 15
unie avec la terre, & jusqu'à ce
que l'une & l'autre soient transmuées.
Tout le succès de cette opération naturelle dépend du vif-argent qui est
la matière commune de tous les métaux;
mais il doit être mêlé avec le
soufre qui se trouve dans toutes les
minières & qui est nécessaire à la formation
de tous les métaux.
Il y a des minières où le soufre & le vif-argent se trouvent séparément;
mais s'ils ne sont réunis & conjoints,
ils ne produiront jamais un métal quelconque:
l'un & l'autre resteront tels
qu'ils sont, sans changer de forme.
Voilà pourquoi toutes les minières exhalent une puanteur de soufre. C'est
une preuve que l'esprit de soufre &
de vif-argent s'unissent dans la génération
des métaux; le soufre est actif,
& le vif-argent est passif. L'un est
mâle, & l'autre est femelle, & leur
conjonction est aussi nécessaire à la propagation
des métaux, que la conjonction
de l'homme & de la femme pour
la propagation de l'espèce humaine.
La même chose arrive dans la conjonction du soufre avec le vif-argent
qui est la matière dont se forment les
métaux. Le soufre y entre comme

@

16 D I S C O U R S
agent, qui porte la semence propagative,
parce qu'il contient une vertu
occulte qui est une chaleur métallique
naturelle, qui digère, engendre &
excite la génération dans le vif-argent.
Le soufre, par sa vertu agile, subtile & pénétrative, engendre l'or dans
le vif-argent où le corps de l'or se
trouve déjà; il sépare les parties superflues
& sulfureuses grossières; ainsi
le vif-argent, par sa vertu & ses
principes sulfureux, se cuit & se détermine
en or parfait avec les vapeurs
du soufre, qu'on compare au coeur
qui s'élève du foetus animal.
La forme & la teinture de l'or sont dans le mercure des Philosophes,
comme le coeur dans un animal; mais
on y ajoute un soufre extérieur, qui
par sa vertu & puissance active, met
en mouvement le vif-argent, le fortifie
en séparant tout le soufre grossier,
& le convertit en métal parfait selon
la nature de ce même soufre.
Voilà pourquoi l'on trouve du soufre & des pierres dans toutes les minières
métalliques, parce qu'il contient une
vertu métallique naturelle, qui congèle,
fixe & durcit le vif-argent. Le
vif-argent qui se durcit à la seule vapeur

@

P H I L O S O P H I Q U E. 17
du plomb, ou, pour mieux dire, du
soufre qu'exhale le plomb en fusion,
en est une preuve non équivoque. Le
soufre, dans les entrailles de la terre,
commence la coagulation & le durcissement
du vif-argent par la vertu des
Astres qui lui donnent des propriétés
admirables.
Il y a deux soufres différents, comme il y a deux différentes teintures métalliques;
l'une est composée d'un
soufre grossier, & l'autre d'un soufre
subtil.
Ces deux substances sulfureuses coagulent & teignent le vif-argent en métal;
mais le soufre grossier ne produit
jamais qu'un métal imparfait, tandis
que le soufre subtil convertit toujours
le vif-argent en métal parfait, parce
qu'il contient une teinture parfaite.
Il faut conclure, d'après ce que nous venons de dire, que le soufre
est l'agent des métaux, & que le vif-
argent est la matière dont ils sont
composés. Si le soufre impur & grossier
était séparé des métaux, ils seraient
tous parfaits, parce qu'ils seraient
guéris de leur lèpre.
En remontant ainsi jusqu'à l'origine des métaux, on reconnaît que la Nature

@

18 D I S C O U R S
n'emploie que le soufre & le
vif-argent pour les former. Le soufre
est la semence & l'agent qui se retire
quand il a fait son opération & rendu
son ouvrage parfait: le vif-argent reste
comme la matière qui produit le corps.
La Nature, dans le commencement de la génération des métaux, emploie
une eau pesante, avec un mélange de
parties visqueuses & une terre blanche
sulfureuse très subtile, qui digère,
durcit & comprime l`humidité de l'eau
par sa siccité & qui en réunit toutes
les parties. Si la Nature, en produisant
le vif-argent, emploie une matière
pure, il deviendra un or parfait,
pourvu qu'il trouve tous les secours
dont il a besoin dans les entrailles de
la terre; mais si le mâle & la chaleur
nécessaire lui sont refusés, il restera
toujours vif-argent; car il a absolument
besoin d'une chaleur tempérée
pour le sublimer & l'élever avec les
vapeurs de la minière, ou il se purifie
& se teint par la chaleur du soufre
qui se dépouille en même temps de
toutes ses superfluités grossières.
Quand ce soufre est parvenu au suprême degré de pureté; il convertit
en or toutes les parties de vif-argent

@

P H I L O S O P H I Q U E. 19
sur lesquelles il peut répandre sa vapeur;
parce que la Nature destine tout
le vif-argent à être de l'or parfait,
mais il doit être purifié avec un soufre
bien pur.
Le vif-argent & l'or n'ayant qu'une seule & même origine, on doit conclure
qu'en faisant cuire, digérer &
mûrir le vif-argent, selon les principes
de la Nature, on en fera de l'or parfait.
Si nous observons avec un peu d'attention, les principes de l'or dans sa
génération naturelle, nous reconnaîtrons
cette vérité; car si le vif-argent
n'est pas pur, après sa formation, ou
s'il lui arrive ensuite quelque accident
ou obstacle, comme une chaleur trop
forte ou trop faible; ou si le siège
qu'il occupe est malpropre ou infecté
de vapeurs contraires, c'est ce qu'on
appelle un vif-argent mêlé de soufre
mixte & grossier que la Nature n'a
pas eu occasion de séparer ou détruire.
Dans ce cas, le vif-argent reste tel, & la Nature ne le convertira jamais
en or; si les impuretés ne sont qu'à
un certain point, il se convertira en
argent; mais s'il en contient en grande
quantité, il se déterminera en cuivre,

@

20 D I S C O U R S
en étain ou en plomb, ou en fer,
selon le degré de chaleur qu'il trouvera
dans les entrailles de la terre,
& la quantité du soufre impur dont il
sera chargé.
Nous ne devons pas ignorer, que, quoique ces impuretés soient, ainsi
que le mauvais soufre, mêlées avec
le vif-argent, ce n'est point un mélange
qui soit dans le cas de le rendre
combustible avec le soufre, parce que
l'expérience nous prouve, en faisant
du cinabre, que le soufre se brûle &
se détruit sans que le vif-argent perde
la moindre chose de son poids qu'on
trouve toujours après qu'on a revivifié
le cinabre: cela prouve que le vif-
argent est toujours incombustible malgré
ses impuretés.
Il est évident, par ce que nous venons de dire, que les débuts des métaux
imparfaits proviennent du mauvais
soufre, & non du vif-argent. La
Nature agit continuellement sur eux
pour en faire de l'or parfait, & si
elle ne réussit pas, à cause des obstacles
dont nous venons de parler, elle
en fait ce qu'elle peut: de l'argent,
du cuivre, de l'étain, du fer; mais
elle n'a pas envie de les abandonner

@

P H I L O S O P H I Q U E. 21
en cet état de langueur: elle continue
d'en avoir soin en écartant tous
les obstacles, en les cuisant, jusqu'à
ce qu'ils soient réduits en vif-argent
pur pour les faire digérer en or. On
reconnaît ces opérations admirables de
la Nature, dans les minières fixes &
mixtes de plomb, d'étain, de cuivre
& de fer, où l'on trouve de l'or &
de l'argent mêlés avec ces métaux
imparfaits. On trouve aussi très fréquemment
des minières d'argent imparfait,
qu'il faut abandonner pendant
un certain temps, pour les laisser cuire,
digérer & mûrir.
Si les métaux imparfaits étaient destinés par la Nature à rester tels, ils
resteraient certainement toujours en
cet état; nous voyons cependant qu'elle
s'efforce continuellement de les mûrir
& convertir en or parfait, parce qu'on
reconnaît dans les minières, que les
parties métalliques qui sont les plus
proches du foyer, sont toujours converties
en or parfait, tandis que celles
qui en sont éloignées ne sont encore
que cuivre, fer & autres métaux imparfaits.
Il est donc évident que tous les métaux contiennent une propriété,

@

22 D I S C O U R S
une disposition naturelle par le moyen
de laquelle ils peuvent parvenir au
degré de l'or parfait: cela prouve
qu'il existe une autre manière d'engendrer
l'or avec le vif-argent pur,
qui est contenu dans les métaux imparfaits
& même avec toute leur substance,
parce que ce n'est que par
accident qu'ils sont restés imparfaits,
puisque la Nature agit continuellement
sur eux pour les réduire en vif-
argent pur & ensuite en or.
Cette seconde génération d'or est la dernière disproportion qui diffère
de la première par le moyen que la
Nature emploie en travaillant d'une
manière différente que dans la première
génération, où elle opère sur
un vif-argent pur & naturel, qui
n'exige pas un si long travail que dans
la seconde génération de l'or qui se
fait avec les métaux imparfaits, quoiqu'ils
soient tous formés de la première
matière qui est uniforme.
La matière doit être également pure dans ces deux générations; le vif-
argent doit être dépouillé de toutes
ses impuretés pour être fixé en or;
mais il ne peut parvenir à ce degré
qu'après avoir été dépouillé de son

@

P H I L O S O P H I Q U E. 23
soufre grossier & combustible qui se
détruit dans une longue cuisson.
La Nature nous fournit abondamment du vif-argent & des métaux imparfaits
par toute la terre; mais ils
sont infectés & remplis de matières
impures dont nous ne pouvons les dépouiller
par les moyens que l'Art peut
nous fournir; car nous les ferions
cuire & digérer pendant un siècle qu'ils
n'en seraient pas plus purs ni plus
mûrs, parce que nous ignorons les
degrés de chaleur que la Nature emploie
pour en faire de l'or; c'est pour
cela que nous ne pouvons l'imiter en
cette circonstance, lorsqu'il est question
de séparer les superfluités par la
digestion & par la cuisson.
Telle est l'intention de la Nature; elle a placé la matière de l'or dans
tous les métaux imparfaits; c'est le
vif-argent qu'elle a disposé à recevoir
la forme de l'or qui y existe déjà,
mais d'une manière invisible, & pour
le faire paraître, il suffit de séparer
toutes les superfluités sulfureuses &
préparer la forme.
La Nature nous a donné plusieurs moyens pour détruire, brûler & consumer
toutes ces impuretés avec des

@

24 D I S C O U R S
esprits puissants qui existent dans le
règne métallique. Voilà où il faut
chercher la première matière de la
Chimie, & non ailleurs.
Nous ne parlons pas ici de la matière péripatétique ni platonique,
mais de la première matière du soufre
des Philosophes, & du sujet naturel
dont on doit la tirer.

DE LA PREMIERE MATIERE DE LA CHIMIE.
La première matière du soufre est une des deux matières qui sont nécessaires
pour parvenir à la fin des
travaux hermétiques. Si nous considérons
attentivement ce point essentiel,
nous reconnaîtrons sûrement cette
première matière, qui est froide &
humide lorsqu'on la prend pour en
extraire la quintessence.
Il entre trois matières dans la composition du Magistère hermétique, ou
pour parler plus clairement, c'est la
même & unique matière qu'on appelle,
matière éloignée, matière prochaine,
& matière très proche.
Les Philosophes ont ainsi divisé cette matière, parce qu'elle paraît triple
dans
@

P H I L O S O P H I Q U E. 25
dans l'opération; car dans le temps
qu'on la tire de la minière pour la
préparer, elle est éloignée; après
qu'on en a séparé les impuretés, elle
devient prochaine; & enfin, quand
on l'a réduite à la disposition de la
Nature, elle est très proche.
Nous devons prendre la matière éloignée pour en tirer le mercure philosophique,
& abandonner la matière
prochaine, & ne pas imiter ceux qui
travaillent sans principes; car ils prennent
la matière prochaine, ne connaissant
pas le prix de la matière éloignée.
Tous les Philosophes, tant anciens que modernes, nous ont assez indiqué
où nous devons prendre la première
matière de la Chimie. Ils ont
dit qu'il fallait la chercher dans le
ventre du bélier; mais nous ne devons
pas confondre le bélier astronomique
avec le bélier philosophique.
C'est cependant ce qui est arrivé à
bien des personnes qui travaillaient
sans principes; mais nous allons donner
une explication de ce point essentiel,
qui empêchera de tomber dans une
pareille méprise. L'article des Eléments
dans lequel nous allons entrer, ne
laissera rien à désirer sur ce sujet.
Tome I. B
@

26 D I S C O U R S
DES ELEMENTS.
Les Philosophes sont convenus de représenter les éléments sous différentes
figures, pour des raisons que nous
n'avons pas besoin de discuter.
Ils ont représenté l'eau sous la forme d'un dragon;
L'air, sous celle d'un oiseau; Le feu, sous celle d'un Ange; Et la terre, sous celle d'un bélier. L'eau fait vivre la terre, la terre est le vase qui contient l'eau; si toute la
terre est le vase de l'eau, il s'ensuit
que l'eau habite dans la terre.
Les Philosophes ayant choisi le bélier pour indiquer la terre, il est bien
clair que l'eau qui habite la terre sera
le ventre de la terre.
L'expression d'Hermès vient à l'appui de cette vérité. Visitez les entrailles
de la terre, dit ce Philosophe,
en rectifiant vous trouverez la pierre
cachée, qui est une véritable médecine.
Il est très essentiel de savoir la qualité des éléments, aussi bien que la
quantité. Le succès des opérations
chimiques dépend de cette connaissance.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 27
La terre est sèche & froide;
l'air est humide & chaud; le feu est
chaud & sec; l'eau est froide & humide.
Quoique tous les éléments soient différents & contraires, en tout ou en
partie, la terre ne se trouve, dans un
sens, que dans l'eau, & l'eau ne se
trouve que dans la terre; ces deux
éléments ne s'accordent que dans un
genre seulement; c'est-à-dire, dans le
froid: car le feu ne peut se trouver
que dans l'air, & ces deux éléments
sont d'accord pour ce qui regarde la
chaleur seulement. C'est pourquoi nous
voyons clairement que la terre vit de
la substance de l'eau, & le feu de celle
de l'air. Par la même raison, l'eau participe,
dans un genre seulement, avec
la terre par rapport au froid, & avec
l'air par rapport à l'humidité. La terre,
au contraire, paraît intermédiaire, &
le feu participe de l'air par rapport à
la chaleur, de même qu'avec la terre
à cause de la sécheresse.
L'air est intermédiaire entre le feu & la terre, & voilà pourquoi tous les
éléments sont contenus l'un dans l'autre.
C'est pour cela qu'on ne peut convertir
un élément en la nature d'un autre
B ij
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28 D I S C O U R S
élément, sans convertir l'élément intermédiaire,
qui lui est contraire.
Si, par exemple, l'on voulait convertir l'eau en feu par son contraire,
il faudrait premièrement convertir
l'eau en air, pour convertir & dessécher
l'humidité de l'eau. Alors l'élément
de l'eau serait totalement converti
par un autre élément contraire
qui est celui du feu.
De même, si l'on voulait convertir le feu en eau, il faudrait nécessairement
convertir la chaleur du feu
en froid; pour lors, le feu deviendrait
terre, qui est son élément intermédiaire;
mais il faudrait de toute nécessité
convertir la sécheresse du feu en
humidité.
Voilà la manière de convertir le feu en eau par le moyen d'un contraire.
On peut de même convertir l'eau ou
l'air en terre, & la terre en feu par
le moyen d'un intermédiaire convenable.
Nous avons déjà dit, & nous le répétons encore, que nous ne parlons
point ici de l'eau péripatétique; l'eau
philosophique est uniquement le sujet
que nous traitons.
Il n'y a point de véritable eau philosophique
@

P H I L O S O P H I Q U E. 29
que celle qui est dépouillée
de toutes les parties grossières des éléments,
par une manipulation philosophique:
quand elle est ainsi purifiée,
on peut la considérer comme un véritable
esprit, puisqu'elle contient tout
ce qui est nécessaire au magistère hermétique.
Il faut que cet esprit soit délivré de son corps par une purgation réitérée
jusqu'à sept fois, & même au-delà.

DE L'AIR.
Tout ce que nous venons de dire de l'eau peut être appliqué à l'air qui n'est
autre chose qu'une vapeur d'eau. C'est
pourquoi, quand vous aurez l'eau philosophique,
vous serez en même temps
possesseur de l'air des Philosophes.
Aussitôt que vous aurez séparé du
corps physique les parties grossières,
vous aurez un esprit pur & philosophique,
avec lequel vous ferez des
merveilles, pourvu que vous ayez
le secret de découvrir ce qu'il contient
intérieurement.
Géber dit que cet esprit contient une chose sèche, par conséquent l'air
philosophique contient un feu & une
B iij
@

30 D I S C O U R S
terre vierge avec laquelle on peut faire
des prodiges.

DU FEU.
Le feu est celui de tous les éléments qui a le plus d'empire sur tous les
composés, il ne peut exister que dans
l'esprit universel qui se trouve partout
& en particulier dans les quatre
éléments. Cette opinion est contraire
à celle de ceux qui admettent des
corps simples, sans considérer que des
êtres simples ne peuvent avoir des qualités
différentes, favorables & contraires
en même temps.
Voilà ce qui nous a fait prendre la résolution de nier l'existence des corps
simples, parce que tout corps est indubitablement
composé de plusieurs
êtres réunis.
La Philosophie, d'ailleurs, n'admet aucun être qui ne soit composé des
quatre éléments.
Le feu physique est absolument nécessaire pour teindre le mercure des
Philosophes, & le feu philosophique
est également nécessaire pour le mûrir.
Pontanus a fait un excellent traité sur le feu philosophique, mais tout le

@

P H I L O S O P H I Q U E. 31
monde n'est pas en état de le lire avec
fruit. Ceux qui travaillent sans principes,
cherchent ce feu partout, tandis
qu'il est dans leurs mains; ils ne le
connaissent pas, parce qu'ils n'ont pas
voulu prendre la peine d'étudier la
Nature.
Il existe un feu combustible, qui jette une flamme, qui brûle & consume,
quand la Nature est en agitation.
Nous avons une condensation &
une raréfaction par le moyen desquelles
les mixtes se coagulent & se corporisent
dans leur mélange. Il existe deux
espèces de raréfactions dont la Nature
se sert, comme de deux mains, pour
travailler; c'est le ferment & le feu
de la fermentation, qui brûle les parties
hétérogènes.
La fermentation se fait par l'élévation des particules sulfureuses, qui se
condensent, se raréfient par le moyen
d'un ferment de l'air universel.
Il est impossible de faire fermenter une chose quelconque sans la briser
ou l'ouvrir, pour lui donner assez d'air
pour exciter la fermentation, qui a
toujours deux fins, & rien ne peut
fermenter sans liqueur douce, car les
B iv
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32 D I S C O U R S
acides de sel de nitre & de sel commun
ne fermentent point.
Si la fermentation va au-delà des temps prescrits, les particules salines
s'élèvent & prédominent sur les parties
sulfureuses, & il en résulte un
vinaigre distillé.
Il est impossible d'acquérir un esprit ardent sans fermentation, après laquelle
il résulte trois choses, les fèces,
la substance moyenne, la substance acide,
& la partie spiritueuse sulfureuse.
La combustion n'est autre chose qu'une élévation & une raréfaction des
parties sulfureuses condensées qui s'étendent
par le moyen du ferment d'un
feu allumé par l'interposition de l'air.
Rien ne peut brûler ni s'enflammer dans une matière qui n'est pas ouverte,
ou dans un vase fermé; les
charbons allumés s'éteignent aussitôt
qu'ils sont privés de l'air. Rien ne peut
s'enflammer & brûler que ce ne soit
une matière grasse & sulfureuse; car
les acides, comme le vitriol, les sels,
l'arsenic, les matières mercurielles ne
peuvent s'enflammer ni brûler, si les
parties sulfureuses ne prédominent pas,
comme dans le nitre & le soufre commun.

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P H I L O S O P H I Q U E. 33
Si la combustion est continuée au- delà du temps nécessaire à la fermentation,
les parties salines s'élèvent &
dominent sur les sulfureuses, qui de
charbons, deviennent sels acides,
comme on le voit dans la suie.
Après la combustion d'une matière, il reste des charbons, des cendres &
de la suie: parce que les parties huileuses
se sont raréfiées par l'action du
feu, & sont passées en flamme, &
ensuite en suie: une partie se condense
dans les charbons; une autre partie
se fige dans les cendres, d'où provient
le sel alcali, qui n'est autre
chose qu'un soufre extrêmement condensé
& concentré.
Mais le sel volatil, au contraire, se trouve dans la suie, parce que son
soufre est très volatil & raréfié. Quand
les fèces sont terreuses après la fermentation,
elles ont la vertu d'attirer
l'esprit.
On peut conclure, d'après ce que nous venons de dire, que la fermentation
& la combustion tendent à la
même fin, & sont comme une seule
méthode qui raréfie, subtilise & altère
les mixtes.
B v
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34 D I S C O U R S
Observons bien, que la combustion & la fermentation sans combustion des
choses, dépendent des particules sulfureuses
& salines: & lorsque les premières
prédominent, les corps s'enflamment
toujours; mais si les acides
dominent, ils résistent au feu. Les
pores empêchent aussi la division &
la densité des corps, & les empêchent
de s'ouvrir pour recevoir intérieurement
l'action du feu.
Le soufre, par exemple, quoique très sujet à s'enflammer à cause de la
grande quantité de matière grasse qu'il
contient, peut être rendu incombustible,
en y ajoutant du limon, de
la chaux vive, ou des autres parties
mercurielles.
L'or, qui peut demeurer des siècles dans un feu violent sans s'altérer,
peut être rendu subtil au point de
s'enflammer & se brûler, parce qu'il
contient une terre subtile comme des
atomes.
Il est incontestable qu'on peut rendre incombustible la matière la plus
sujette à s'allumer, & qu'on peut rendre
combustible celle qui a la vertu de
résister au feu.

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P H I L O S O P H I Q U E. 35
Ces faits, au premier abord, ne paraissent pas de grande conséquence;
mais si on les examine de près, on
reconnaîtra que ce sont des moyens
pour réduire la Nature à son premier
principe.
Si vous faites fondre un métal, & que vous y projetiez peu-à-peu du
soufre pulvérisé, une partie du soufre
brûlera ainsi qu'une partie du métal;
mais le métal reprendra de la substance
du soufre, ce qu'il perd dans la flamme,
& après l'avoir entretenu plusieurs
heures en fusion, sous le caput
mortuum du soufre, vous retrouverez
à très peu de chose près, le même
poids de métal que vous avez employé,
& il sera teint avec la substance
du soufre: vous pourrez le faire fondre
tant que vous voudrez: il conservera
toujours sa teinture; mais si vous le
faites dissoudre dans l'eau-forte, le
soufre se précipitera au fond du vase:
faites dessécher cette poudre, elle sera
sujette à prendre feu de la même manière
que l'or rendu combustible.
Les scories d'antimoine ont la même propriété quand elles sont fixées en
soufre par le moyen d'un alcali.
B vj
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36 D I S C O U R S
Faites dissoudre dans de l'esprit de sel le même métal que vous avez teint
avec du soufre, mettez la dissolution
dans un matras, & faites distiller
jusqu'à siccité: vous aurez une masse
qui brûlera comme du soufre, & jettera
une flamme éblouissante; mais si
vous condensez cette même masse,
elle redeviendra métal. Ainsi de quelque
manière qu'on puisse travailler le
soufre, on le fait toujours revenir à
sa première disposition; on le rend
incombustible, & on le fait redevenir
combustible successivement. Ces petites
leçons peuvent procurer une
grande lumière à celui qui a envie de
faire des progrès dans la Chimie.
Il en est de même de toute substance mercurielle; on peut également la
rendre combustible, & la faire redevenir
incombustible successivement:
cela nous prouve que tout ce qui est
combustible n'est pas toujours volatil,
& que tout ce qui est incombustible
n'est pas toujours fixe.
Nous devons conclure d'après cela, que le feu n'est pas un élément naturel,
mais qu'il est produit par la raréfaction
des atomes & des corpuscules

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P H I L O S O P H I Q U E. 37
terreux & subtils qui le réduisent en
corps, comme nous le voyons dans la
réaction du fer, où il acquiert une
augmentation de poids.
Il y a une grande différence entre le feu actuel & le feu potentiel qui jette
des flammes & qui éclaire.
Tout feu actuel échauffe; le feu potentiel se refroidit, & cesse après
avoir jeté ses flammes. Le feu qui
éclaire n'échauffe ni ne consume pas.
Il existe un feu qui répand beaucoup
de flamme, beaucoup de lumière, sans
échauffer ni consumer.
Il existe aussi un feu qui éclaire & échauffe sans consumer: car nous
voyons que le feu de l'atmosphère
s'étend bien loin, & que la flamme
qu'il produit est susceptible d'une augmentation
de puissance & d'extension.
Il serait avantageux de connaître si les atomes du feu pénètrent l'or vitrifié,
& s'ils se mêlent avec les corps
pour en augmenter le poids & le volume;
mais il faudrait savoir distinguer
les atomes du feu & les atomes de
l'or. Il ne paraît pas que le Soleil soit
un feu actuel qui jette une flamme,
quoiqu'il enflamme les corpuscules &
les autres matières de cette espèce.

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