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Personne n'ignore que le plomb acquiert une augmentation de poids
dans l'opération de la coupelle: comment
cela arriverait-il, si les atomes
du feu ne se concentraient & ne se
fixaient pas en corps?
Les variations qui se trouvent dans les différentes digestions des Chimistes
ne prouvent rien; car elles dépendent
de la matière & du régime du feu.
La matière prend une forme différente
au bain que sur les cendres; sur le
sable, sur un feu ouvert, au soleil ou
dans le fumier de cheval. Ces variations
sont causes par la plus ou moins
grande quantité d'atomes qui entraînent
des corpuscules dans les digestions
& qui se réunissent à la matière qu'on
travaille, par la vertu du principal
agent, qui est le feu.
Il paraît que ces corpuscules de feu qui accompagnent cet élément, sont
comme des effluves; car ils sont
d'une nature si subtile, qu'ils pénètrent
le verre.
Cette vérité est démontrée par l'aimant, dont les corpuscules pénètrent
les particules de fer qui sont renfermées
dans un vase & même dans une
masse de verre.

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P H I L O S O P H I Q U E. 39
DE LA TERRE.

Nous ne parlerons pas ici de la terre que nous foulons aux pieds; nous nous
occuperons d'une terre qui se trouve
dans les exhalaisons vaporeuses, &
qu'on appelle terre vierge des Philosophes:
elle n'exige d'autre préparation
que celle de purifier les esprits
qu'elle contient, & elle sera bien préparée
quand les esprits qu'elle contient
seront bien purifiés; mais on ne peut
l'employer pour matière, qu'après lui
avoir fait perdre sa forme, & lui en
avoir donné une autre, en réincrudant
sa semence pour faire mûrir les fruits
dont elle contient le germe. Quand on
a acquis cette terre, qu'on appelle sel
volatil, on possède en même temps le
feu, l'air & le mercure des Philosophes.
La Nature, dès le commencement, a préparé cette terre par la conjonction
des quatre éléments: elle continue
à opérer sur cette matière pour en séparer
toutes les impuretés & superfluités,
& elle ne l'abandonnera pas
avant qu'elle soit subtile, agile, &
qu'elle montre la forme qui lui est destinée.

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Les animaux & les minéraux ont tiré leur première matière des quatre
éléments qui leur ont ensuite donné
leur forme, leur vertu formelle, ou
leur force séminale. Ces propriétés
admirables descendent sur la terre par
les rayons des astres qui pénètrent
notre globe, où sont contenus les
quatre éléments.
Tous les rayons des astres sont dirigés au centre de la terre; c'est là,
où ils se rassemblent, & ou ils attirent
avec eux les vertus séminales des
formes de toute chose.
La terre est par conséquent la mère de toute chose, préférablement à tous
les autres éléments, parce qu'elle conçoit
& contient la semence de toute
chose: elle distribue continuellement
les dons qu'elle reçoit d'en haut, &
elle continuera ainsi tant que les cieux
seront en mouvement.
Raimond Lulle pense que ce sont des eaux renfermées au centre de la
terre qui attirent ces influences célestes;
surtout, celles qui opèrent la
génération des métaux, en remuant,
en provoquant certains esprits agiles
qui condensent & séparent les vapeurs.
Si, par le moyen de l'art, nous
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préparons ces esprits & les rendons
convenables & agiles pour fomenter
la première matière, qui est la terre
métallique dans laquelle nous devons
mettre ces esprits, ils attireront toutes
les vertus dont ils sont doués; ils n'attireront
que des esprits préparés &
analogues à la génération des métaux,
de la même manière que l'aimant attire
le fer. Le même Auteur ajoute
qu'on peut attirer ces esprits avec une
eau dont il donne la composition, &
qu'ils ont la vertu de coaguler & fixer
le vif-argent.
Toutes les choses naturelles ont une essence & une substance composée d'une
double portion de matière, parce
qu'elles contiennent en même temps la
vertu formelle.
La matière provient des éléments, & la forme des vertus célestes qui font
prendre une forme à la matière des
éléments. Voilà pourquoi la matière qui
provient des éléments, est comme l'instrument
de la nature & des vertus célestes;
& plus cette matière élémentaire
est subtile, plus elle a de force
& de vertu pour opérer dans le temps
qu'on l'emploie.
Cette matière étant bien préparée,
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devient un esprit pénétrant, qui a des
propriétés admirables; elle sépare toutes
les matières hétérogènes, & ne
s'attache qu'à la matière qui est destinée
par la Nature à produire de l'or
parfait.
Nous devons connaître les matières qui empêchent l'or de parvenir à son
degré de maturité, ou qui le font périr
en chemin. Nous ne devons pas ignorer
non plus que l'or est produit par
ces deux matières, c'est-à-dire, par
celle qui sert d'aimant, & par celle
qui est attirée d'en haut.
La Nature est l'instrument de l'art; pour l'employer avec succès, nous
devons savoir l'origine des métaux &
connaître la matière dont ils sont formés,
ainsi que les moyens que la Nature
emploie pour les engendrer, afin
que nous puissions l'imiter autant qu'il
est possible.
La matière des pierres n'est pas beaucoup différente de celle des éléments.
Les pierres sont composées d'eau &
de terre, qui n'ont point encore subi
de transmutation. Cette matière est
une humidité visqueuse & terreuse,
qui se rassemble, se coagule & se
durcit.

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La génération des corps des animaux ne se fait, non plus, qu'après
un mélange des vapeurs avec la
matière.
Mais quoique nous devons imiter la Nature dans ses opérations, il nous est
cependant impossible de l'imiter spécialement
dans la génération de l'or;
parce qu'elle l'engendre avec le vif-
argent, ou avec des métaux imparfaits,
dont elle sépare toutes les impuretés
& superfluités, ce que nous
ne pourrons jamais faire par le moyen
de l'art, parce que, comme nous l'avons
déjà dit, nous ne pourrons jamais
donner une chaleur tempérée au
vif-argent à l'imitation de la Nature,
& parce que la vie de l'homme est
trop courte pour attendre que toutes
ces matières hétérogènes soient brûlées
ou détruites; mais, avec l'art,
on imite cependant la Nature dans une
partie de ces travaux.
Plusieurs Auteurs prétendent qu'il ne faut pas séparer les parties sulfureuses
des métaux imparfaits; mais
qu'il faut faire une teinture, une médecine,
qui ne sépare point le soufre
du vif-argent ni des métaux. Cette
médecine, au contraire, cache & couvre

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le soufre pour faire une espèce d'or
& d'argent. Les vrais Philosophes disent
que cette manière d'opérer est
fausse & illicite, parce que l'or &
l'argent parfaits ne doivent point contenir
de soufre impur.
D'autres Philosophes veulent qu'on purge entièrement les corps imparfaits,
de tout leur soufre impur, par le
moyen de quelques eaux qu'ils préparent
avec des minéraux dont Géber
a parlé dans sa Somme; mais ce moyen
est encore imparfait, parce que l'or ne
sera jamais pur tant que la matière
subtile fumera dans les métaux imparfaits,
dont on veut faire la transmutation.
Toutes les médecines que Géber a placées dans son Texte Alchimique,
Chap. 1. peuvent manquer & induire
dans l'erreur, à l'exception d'une seule
qui a la vertu de séparer l'eau des métaux
imparfaits, & teindre leur soufre
pour en faire un métal parfait.
Mais pour imiter plus parfaitement la Nature, il faut faire une véritable
médecine pour teindre le vif-argent
& les métaux imparfaits, & en séparer
entièrement le soufre impur.
Cette teinture parfaite existe ainsi
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P H I L O S O P H I Q U E. 45
que le moyen d'augmenter la force de
l'or & de l'argent dans leur propre
substance; il n'est point question d'extraire
la matière agile pour la fortifier;
mais il faut prendre cette teinture dans
la propre substance de l'or ou de l'argent,
pour la fortifier & l'augmenter
avec des esprits qu'on tire d'une quantité
combinée, de vitriol, de sel de
nitre & d'alun de roche.
Il faut mettre ces trois minéraux dans une cornue, faire distiller le flegme
jusqu'à ce que les esprits puissants &
dissolvants monteront: alors il faut
changer le récipient & faire un feu
violent. Voilà le moyen d'acquérir une
grande quantité de bons esprits qu'il
faut ensuite rectifier au bain-marie,
en cohobant jusqu'à ce que rien ne
veuille plus distiller, & que les esprits
seront comme de l'huile au fond du vase.
Mettez cette huile dans une matrice de verre, dont la forme est triangulaire,
fermez le vase hermétiquement
& faites monter les esprits au haut
d'une pointe de la matrice, retournez-
la ensuite pour les faire monter dans
une autre pointe, & continuez cette
opération jusqu'à ce qu'ils ne voudront

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plus monter & qu'ils resteront au fond
du vase.
Ces esprits, ainsi travaillés, ont la propriété de congeler le mercure cru,
parce qu'ils ont reçu une vertu des
corps métalliques que ces trois minéraux
ont attiré dans la terre; ils contiennent
d'ailleurs un soufre qui a une
vertu métallique qui provient également
des métaux.
Plus ces esprits seront subtils, plus ils agiront puissamment sur les métaux;
mais il faut les dépurer, les mûrir, en
séparer la partie grossière, & les rendre
agiles après en avoir séparé les
parties nuisibles.
Mais pour retirer quelque avantage de ces esprits, il faut considérer les
métaux inférieurs, en bien examiner la
nature; c'est là le point essentiel de
l'art. Les métaux imparfaits contiennent
un soufre précieux qui a la vertu
de coaguler le vif-argent.
Par la même raison, on retire du vin une huile combustible qui a des
vertus métalliques admirables, parce
qu'elle contient un soufre qui provient
de la terre; & quand on prépare cette
huile d'une manière convenable, elle

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a une force supérieure sur tous les autres
esprits.
Nous ne devons cependant pas ignorer que tout ce qui provient des animaux
& végétaux, ne nous conduira
jamais à la perfection du grand oeuvre,
tant qu'il aura la nature d'animal &
végétale: c'est pourquoi il est absolument
nécessaire de dépurer, en distillant,
tout ce qui provient de ces deux
règnes, jusqu'à ce qu'il soit de la nature
métallique; pour lors, il pourra
servir pour les métaux: car il n'y a
qu'une pierre & un seul fondement;
c'est-à-dire qu'il n'y a que la vertu
métallique qui puisse entrer dans la
composition du magistère.
Si l'on veut employer ce qui provient des minéraux & des végétaux, il
faut les dépouiller de leur nature, &
les revêtir de la nature métallique;
parce qu'il est impossible de coaguler
le vif-argent sans soufre ou sans une
matière qui participe de ce minéral:
car le vin n'a & ne peut avoir de vertu
métallique, qu'à cause qu'il contient
un soufre, & ce soufre contient de l'or
ou de l'argent: voilà pourquoi on retire
du vin, un esprit très agile, qui
augmente la vertu de l'or, parce qu'il

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se fixe avec l'or dont il dilate & multiplie
la teinture, & je puis certifier
qu'il y a une grande analogie entre l'esprit
de vin & l'esprit de l'or: ces deux
esprits participent de la même nature
chaude, c'est pour cela que l'essence
d'esprit de vin se fige inséparablement
avec l'or.
Il faut cependant observer que les esprits de nitre, de vitriol & d'alun,
sont d'une fixité plus éloignée, parce
qu'ils ne sont pas encore mûrs; ils ont
néanmoins une grande convenance avec
l'or, parce qu'ils ont presque la même
origine que le vin dont l'esprit est d'une
nature agile & subtile.
C'est par une suite de ces considérations, que plusieurs Artistes composent
des esprits de vitriol, de nitre &
d'alun, pour les conjoindre avec l'esprit-de-vin,
afin que l'un soit imprégné
par l'autre, pour être plus facilement
réunis avec l'or.
Les vertus célestes ont une grande propriété; elles agissent puissamment
sur les métaux; mais elles ne sont regardées
que comme un instrument
propre à travailler les choses inférieures.
Il faut disposer le sujet sur lequel
on veut les faire opérer, c'est-
à-dire,
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à-dire, que quand on veut appliquer
des esprits, on doit rendre agile la
matière sur laquelle ces mêmes esprits
doivent opérer.
Quand un véritable Artiste veut commencer l'opération, il a soin de
préparer l'or pour en extraire la vertu
séminale: il faut le réduire en sa première
matière, où il était avant que
d'être or; pour lors, il végétera &
produira des fruits; mais il faut le
visiter jusqu'à sa racine & le réduire
en putréfaction; voilà le seul moyen
de faire fructifier l'or.
Le froment mis en terre nous enseigne la manière de travailler au magistère
hermétique. Le blé doit pourrir
en terre avant que de germer, &
quand la putréfaction a développé son
germe, il attire de la terre & des
astres des vertus analogues à sa nature;
ses esprits se fortifient, & le
mettent dans le cas de produire le
centuple.
Nous trouvons cette méthode dans l'Evangile, où nous lisons que si le
froment ne se pourrit pas dans la terre,
il ne produira point de fruit, parce
que sans cela il ne pourrait attirer de
la terre & des eaux du ciel les vertus
Tome I. C
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génératives par le développement de
la racine qui le nourrit de tout ce qui
est analogue à sa substance.
Par la même raison, il faut également développer la racine de l'or pour
le mettre en état d'attirer une vertu
métallique & séminale, il doit être réduit
en sa première matière pour être
un sujet propre à recevoir & attirer
toutes les Vertus qui lui sont nécessaires
dans sa génération.
Cette racine de l'or, comme nous l'avons déjà dit, n'est autre chose
qu'une humeur grasse & vaporeuse
extraite de deux natures qui sont le
soufre & le vif-argent.
Plusieurs Chimistes calcinent l'or & l'arrosent avec des huiles ou des esprits
pour en tirer la nature agile; ils font
cuire la chaux d'or avec des esprits
métalliques & agiles avec lesquels ils
la figent, jusqu'à ce que sa substance
séminale soit bien fortifiée & réduite
en teinture.
Cette opération n'est autre chose que serait celle qu'il faudrait faire si
l'on prenait la semence du vin dans le
vin même, & s'il était convenable,
on le ferait cuire dans tous ses membres,
on le ferait bien digérer, alors,

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il recevrait & attirerait plusieurs esprits
avec lesquels il se dilaterait par
sa vertu séminale. L'odeur d'un vin
ainsi préparé donnerait une force extraordinaire
à un homme qui ne ferait
autre chose que de le flairer.
Les Philosophes tirent de la même manière la matière agile de l'or; ils la
renferment ensuite dans des vases de
verre avec des esprits agiles, & les
coagulent avec des vertus métalliques.
Ils les font digérer jusqu'à ce que la
matière soit bien imprégnée de la vertu
de ces esprits, & jusqu'à ce qu'elle
ait la propriété de teindre & de figer
tous les métaux, surtout le vif-argent.
Il est bien évident, par ce que nous venons de dire, que le mercure des
Philosophes n'est autre chose que la
matière agile de l'or.
Quoiqu'il y ait plusieurs moyens d'augmenter l'or, il n'y en a cependant
point de plus avantageux que celui
dont nous venons de parler.
Il ne s'agit que de réduire ce métal en premier mercure sec & agile, en
imitant la Nature. L'or ainsi préparé,
reçoit la nature du vif-argent avec le
soufre mixte, qui le cuit, en sépare tout
le soufre grossier, de manière qu'il n'en
C ij
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52 D I S C O U R S
reste qu'un vif-argent pur, qui prend
la forme de l'or, de la même manière
que la Nature donne cette même forme
au vif-argent pur dans les entrailles
de la terre.
Nous devons, par la même raison, donner au vif-argent pur, une vertu
formelle & séminale, ou pour parler
plus intelligiblement, nous ne devons
prendre que la substance la plus pure
du vif-argent, parce que cette substance
est susceptible de la forme de
l'or, de toute sa vertu, de tous ses
esprits, dont la forme de l'or tire son
origine.
Géber dit, qu'il faut tirer du vif- argent la substance agile pour en faire
la pierre; mais il est nécessaire de savoir
que ce mercure, cette substance
agile, se trouve toute préparée par la
Nature dans l'or, d'où nous devons
la tirer pour la préparer selon les principes
de la Nature.
Nous ne devons pas prendre le vif- argent seul, ni le soufre seul, mais
l'un & l'autre ensemble & bien incorporés;
il ne faut pas prendre le soufre
ni le vif-argent vulgaires, mais ceux
que la Nature a composés & conduit
au suprême degré de perfection par

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une douce cuisson & par une fusion
tempérée. L'on ne trouvera jamais
cette matière ailleurs que dans le
corps de l'or, qui contient un mélange
de soufre & de vif-argent qui sont unis
ensemble par la Nature d'une manière
parfaite.
Il n'est pas possible d'imiter la Mature, en voulant faire un pareil mélange
pour produire la forme ou la
génération de l'or.
Cette union admirable est faite par l'Auteur de la Nature en faveur de
l'Art, pour l'augmentation des vertus
dont cette matière agile est susceptible.
Elle attire, des esprits, toutes ces vertus, qui sont la source de la forme
de l'or.
Avicenne dit, que le soufre que la Nature emploie dans les entrailles de
la terre, ne se trouve que dans les
deux métaux parfaits, & pour l'avoir
parfait, il faut le prendre dans l'or ou
dans l'argent, parce que ces deux
métaux sont purs, & l'art n'a pas d'autre
minière. Le mercure dont ils sont
formés est la racine de la teinture &
le commencement de la pierre, & de
la nature de l'or que tout véritable
Artiste doit connaître facilement.
C iij
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Ce mercure paraît blanc sur la fin de sa préparation, quoiqu'auparavant
il renfermât plusieurs couleurs différentes
de celles qu'il avait avant son
extraction.
Géber dit, que la couleur naturelle du soufre est toujours jaune,
parce que c'est là la véritable couleur
de l'or; mais lorsque le soufre disparaît,
& que le vif-argent devient visible,
la couleur devient blanche: la
couleur blanche est donc la véritable
couleur des Philosophes, ou, pour
mieux dire, la couleur de leur soufre,
parce qu'il est composé d'un vif-argent
pur, dont le dernier signe est la blancheur
& la clarté cristalline.
Il faut bien faire attention, que quand l'or fait fleurir le mercure, ce
signe annonce que l'or travaille à la
génération par sa racine qui est déjà
ouverte à cette époque, & qu'il croît
comme une plante.
A cette époque, l'or semé est déjà putréfié, le germe est déjà développé,
il pousse des fleurs pour donner des
fruits dans le temps de sa maturité;
dans ce même temps, le soufre & le
mercure sont vraiment philosophiques.
Lorsque cette jeune plante commence
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à paraître, il faut en avoir soin
& ne point la laisser périr. Il faut faire
fixer le mercure avec le soufre pour
conserver l'un & l'autre; car si l'on
laisse précipiter le mercure, il ne se
fixera plus, & périra. C'est pourquoi
il ne faut pas oublier de faire fermenter
cette matière avec de l'autre or
fixe. C'est ce qu'un Philosophe a indiqué
par le vieillard qui cherche à rajeunir.
C'est-à-dire, qu'il faut diviser
l'or corporel, le faire cuire jusqu'au
point de perfection, & ses membres
divisés se rassembleront, se reconsolideront,
& le vieillard sera rajeuni selon
ses désirs; & tandis que son gardien
sera endormi par la parfaite cuisson,
ses membres se résoudront en vapeur.
Cette parabole philosophique n'indique autre chose que la parfaite cuisson
de l'or qu'il faut pénétrer jusqu'à
sa racine, jusqu'à son mercure, qui seul
est capable de recevoir les vertus des
esprits.
Aussitôt qu'on a extrait ce mercure il faut le mettre à part & le fixer; car
si on le fait cuire plus longtemps, il
s'envole, & si on voulait le prendre
avant sa parfaite cuisson, il ne pourrait
jamais servir à rien; c'est pourquoi il
C iv
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56 D I S C O U R S
faut faire attention à ne mettre précisément
que le temps convenable à sa
préparation. L'excès & le défaut sont
également nuisibles.
La Nature nous montre les règles de l'Art; car si elle ne prépare pas son
mercure d'une manière convenable, il
ne se fixera jamais en or.
Il en est de même de l'Art: si l'on manque à un point essentiel dans la
préparation du mercure philosophique,
il ne produira jamais une teinture d'or.
Il y a des règles à observer dont mous ne devons pas nous écarter:
aussitôt qu'une chose quelconque est
cuite, si on ne la retire pas promptement
du feu, elle brûle & périt entièrement;
& si on la retire avant
qu'elle soit assez cuite, on n'en peut
rien faire.
Nous sommes obligés, pour toutes ces raisons, de nous tenir continuellement
sur nos gardes pour voir quand
le signe du mercure parfait paraîtra.
Ce signe n'est autre chose que la blancheur
du mercure qui se manifeste, &
qui annonce qu'il est arrivé au suprême
degré de pureté par la cuisson. C'est
ce que les Philosophes appellent la
matière première du magistère, &

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dont on fait la véritable teinture de
l'or.
Cette première matière doit être pure & sans aucun mélange de choses
hétérogènes: elle est simple, & les
quatre éléments y sont contenus séparément:
c'est l'or réduit en sa première
matière, qui est capable d'engendrer
& d'attirer d'autres vertus,
surtout des esprits.
Tant que l'or demeurera dans sa substance & qu'il ne sera pas corrompu,
il n'aura jamais la propriété d'attirer
& recevoir les vertus & les
forces séminales, parce qu'il ne peut
être disposé à cet effet que par la putréfaction,
qui réduit la Nature en sa
première matière: alors elle reçoit
les vertus & en profite comme les
végétaux.
Hali dit, que quand la pierre paraît, elle est comme une plante.
Pour faire une véritable teinture, il faut avoir une substance agile, un
mercure préparé en essence & en matière,
selon les règles naturelles, de la
même manière que si c'était la Nature
qui fût chargée de faire cette opération
dans les entrailles de la terre:
aussitôt que le mercure y est formé
C v
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58 D I S C O U R S
& bien purifié, il prend promptement
la forme de l'or.
Nous devons donc nous procurer un mercure agile dans lequel nous verserons
une teinture d'or. On peut prendre
ce mercure dans l'or, dans le vif-
argent, ou dans toute autre chose, où
se trouve cette même matière agile,
qui doit être pure, subtile, claire
comme elle était lorsque la Nature lui
donna la forme de l'or.
Tout le secret de notre art consiste à rendre la chose comme elle était
auparavant; mais pour y parvenir,
nous ne devons point faire de transmutations
contraires, c'est-à-dire que
nous devons faire une simple séparation
de la substance terrestre des éléments:
nous ne prétendons pas dire
que la matière doit être dépouillée
des éléments, mais qu'elle doit être
séparée subtilement.
Platon dit que notre opération n'est pas tout-à-fait semblable aux opérations
de la Nature, qui d'une chose
simple en fait une composée, par le
moyen des éléments; mais nous faisons
le contraire; d'une chose composée,
nous en faisons une simple, comme
avec l'or dont nous séparons les parties

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nuisibles pour en faire une nature
agile, dont nous faisons une teinture.
Cette matière simple, extraite de l'or, est un mercure agile, que la Nature
n'a pas encore achevé, parce
qu'elle n'en fait pas une teinture; mais
elle lui a seulement donné une forme
susceptible de changement.
Par le moyen de l'art, on peut lui donner cette teinture que la Nature
lui a refusée, & ce sera ce qui s'appelle
un véritable argent, qui précède
l'or, qu'on peut décorer avec de l'or;
parce que cet argent est le véritable
mercure qu'il faut décorer & former
avec de l'or, comme nous le démontrerons
brièvement dans la suite. Nous
ferons voir que l'or contient l'âme de
ce mercure, selon le sentiment du vieillard,
qui dit, que l'or naît lorsque
l'argent croît, & que l'argent est un
corps mort, qu'on anime en lui donnant
l'âme qu'on tire de l'or, & que
ce même argent est une femme à qui
on donne un mari pour engendrer des
enfants.
Rasci, dans son Livre intitulé, la Lumière des Lumières, dit qu'il faut
conserver soigneusement l'or rouge,
quand il aura épousé une femme blanche.
C vj
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60 D I S C O U R S
Il faut bien observer que cette
femme blanche est une chose extrêmement
agile & subtile, qui prend la
forme de l'or, lorsqu'elle est bien
purifiée, subtilisée & dépouillée de
toute sa terrestréité.
La même chose arrive, si l'on tire de l'or cette même matière, si on le
réduit en mercure, c'est-à-dire, en
première matière: pour lors, il est
très disposé à recevoir & à communiquer
la forme de l'or par sa vertu
pénétrative.
Ne perdons pas de vue que nous parlons ici de la substance qu'on
tire de l'or, & qui est le véritable
mercure ou soufre des Philosophes,
qui est l'unique moyen de conjoindre
la teinture dont parle Géber dans sa
Somme, & quand on a le moyen de
faire cette conjonction, l'on vient facilement
à bout de l'opération en bien
peu de temps. Les Philosophes disent,
que ce soufre est appelé la pierre
naissante; mais venons actuellement
à la pierre cachée qui est l'âme & la
forme de cette pierre visible.
Le mercure philosophique doit être rendu fugitif, mais il faut ensuite le
fixer & le rendre stable; il a été mis

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à mort; son âme a été séparée de son
corps; mais il faut lui rendre sa forme
& son âme pour le rendre stable &
vivant afin qu'il puisse produire des
fruits de son espèce.
Cette forme n'est autre chose que l'or ou l'âme qu'on en a séparé; cette
matière est beaucoup plus agile que
l'or composé de sa substance corporelle
& spirituelle. C'est pour cette
même raison que Rhafis dit, que le
corps de l'or est la forme de la pierre,
& que son esprit en est la matière, &
il dit la vérité, parce que cette matière
ne peut exister sans forme & sans
corps solaire, qui renferme la forme
du mercure des Philosophes.
Sans l'or réincrudé, il n'est pas possible de faire une véritable teinture,
parce qu'il n'y a que l'or qui puisse
se submerger dans le mercure. Il se
submerge & se dissout réellement dans
le mercure philosophique, s'il est préparé
convenablement pour faire une
véritable teinture.
Les esprits ne se mêlent & ne se figent avec l'or que par le moyen de
l'art, & il n'est pas possible de conduire
l'ouvrage à la fin sans faire la
conjonction de l'or & de l'argent; mais

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62 D I S C O U R S
il faut bien entendre cette expression;
car l'argent dont parlent les Philosophes
n'est autre chose que le mercure
philosophique dont nous venons
de parler.
L'on peut consulter, sur ce sujet, l'Enéide de Virgile, chant 6, où l'on
voit qu'Enée & la Sybille attaquèrent
un arbrisseau, qu'ils le coupèrent en
deux, & que malgré cette amputation
il recroissait toujours. Cet arbrisseau est
la rivière d'or dont parlent les Poètes
Païens dans leurs Ouvrages.
Cet or & cet arbre ne signifient autre chose que le ferment qui perfectionne
la teinture, & très certainement
tout le secret de l'art consiste
dans l'application de ce ferment &
dans la manipulation de cette teinture,
parce que c'est le corps de la
pierre qui en renferme l'âme, qui ne
peut exercer sa puissance, si elle n'est
jointe à un corps. Par la même raison,
la teinture ne peut se perfectionner
sans être aussi réunie à un corps.
C'est pour cette même raison qu'aussitôt que cette matière paraît, il faut
la réduire en corps & l'enfermer pour
la rendre stable & l'empêcher de s'envoler.
Platon dit, qu'il faut aussitôt

@

P H I L O S O P H I Q U E. 63
donner une âme à ce corps, & que
cette âme doit être de la nature de
l'or, parce qu'il ne reçoit la vie que
par son propre corps, de la même manière
que la pâte doit être fermentée
avec un levain qui doit être de la
même espèce & de la même nature
que la pâte.
Ainsi le mercure philosophique qui provient de l'or ou de sa première
matière, doit être renfermé avec de
l'or.
Hermès dit, que le ferment de l'or n'est autre chose que l'or même, &
quoique la matière soit blanche dans
le commencement, elle est cependant
de la nature de l'or, parce qu'elle
provient de l'or, & vers la fin de
l'opération, cette matière se transforme
en un crocus très rouge, mais
cela n'arrive qu'après qu'on y a appliqué
le ferment.
Le mercure philosophique & le ferment sont deux éléments qu'il faut conjoindre.
Ces deux éléments sont le sec
& l'humide.
L'humide est le mercure tiré de l'or, qu'on a rendu volatil & fugitif dans
la première opération.
Le sec est le corps ou le ferment
@

64 D I S C O U R S
par le moyen duquel nous coagulons
ces deux choses ensemble.
Nous mettons à part le mercure, & nous l'appelons la pierre cachée,
parce qu'on ne saurait assez admirer
le soufre qu'il contient, ni la matière
dont il est composé, ni d'où il attire
les vertus admirables qu'il renferme;
car il rend fugitif le corps auquel on
le joint: c'est un corps fixe, qui attire
un mercure fugitif, & qu'il conserve
jusqu'à ce qu'il soit en âge de produire
son semblable en le multipliant à l'infini:
ils se réunissent facilement parce
qu'ils sont de même nature.
Ce corps est la pierre cachée, parce qu'il contient une vertu & une agilité
que nous ne pouvons apercevoir.
C'est ce qui a fait dire à Géber, que
le mercure philosophique ne peut avoir
une couleur jaune sans qu'on y ait mêlé
une chose qui puisse le teindre dans
toute l'étendue de son corps. Il n'y a
que la Nature qui puisse connaître les
propriétés admirables de cette divine
matière.
Nous ne parviendrons jamais à teindre le mercure sans employer de l'or,
parce qu'il contient une teinture parfaite,
qu'il est impossible de trouver

@

P H I L O S O P H I Q U E. 65
ailleurs. L'or est une pierre bénite,
sans le secours de laquelle la pierre
naissante du mercure périrait infailliblement.
Cette pierre bénite est le coeur, la forme & la teinture de l'or. Hermès
dit, sur ce sujet, que sur la fin de ce
siècle, le ciel & la terre se conjoindront.
Ce Philosophe entend, par le
ciel & la terre, les deux êtres dont
nous venons de parler.
Cette opération a deux parties comme la matière est composée de
deux matières en apparence.
La première partie de l'opération consiste dans la préparation du mercure;
la seconde, dans la fixation & la
fermentation de ce double mercure,
parce que dans ce cas, il se fait une
véritable conjonction des éléments: les
vertus actives & les vertus passives se
réunissent & se conjoignent inséparablement;
mais il faut que ces deux
choses soient bien préparées, & qu'elles
se conviennent, pour faire ressortir
leur entier effet. Elles doivent
être renfermées dans un vase de verre,
& exposées à une chaleur tempérée;
pour lors la matière agit comme naturellement,
& de la même manière

@

66 D I S C O U R S
qu'elle ferait, si elle était dans la
terre.
La matière est certainement le fondement de l'oeuvre. Tout le succès de
l'opération dépend de la préparation
de cette matière. Il faut la rendre susceptible
de la forme à laquelle elle
est destinée, & surtout la mettre
dans le cas de recevoir les influences
des astres; sans cela, il n'est pas possible
de réussir.
Avec l'art, on ne fait autre chose que de préparer la matière; c'est la
Nature qui fait le reste & qui donne la
forme convenable.
Ainsi avec les deux choses dont nous venons de parler, on ne fait qu'une
seule substance, qui a la vertu de teindre
tous les métaux en or, & cela doit
arriver nécessairement par les raisons
que nous venons d'alléguer.
Platon croyait qu'il fallait conjoindre ces deux formes séparément, par
le moyen de l'art, avec la matière
qu'il tirait des métaux imparfaits. Cette
double forme ne reçoit cependant pas
les métaux entièrement, elle n'admet
que la substance la plus subtile & la
plus pure de ces corps, & il n'y a
que cette partie qui se convertit en

@

P H I L O S O P H I Q U E. 67
or; l'autre partie de la matière est
abandonnée, elle tombe en scories en
faisant la projection.
L'intention des Alchimistes n'est pas de faire de l'or; mais ils tendent à
faire une chose beaucoup plus précieuse
que l'or même. Ils cherchent la
teinture de l'or, qui, dans l'action,
est la véritable forme de l'or. La forme
est aussi appelée le ferment des métaux
imparfaits, quoique l'or soit le
ferment du mercure qu'on en extrait
auparavant, parce que le mercure &
le ferment sont de la même nature;
mais il faut que ce ferment soit agile &
spirituel pour pouvoir le conjoindre
de la même manière qu'on pourrait
conjoindre l'eau avec l'eau.
Après ce mélange, ce que le corps renfermait, paraît évidemment, & ce
qui paraissait est caché, comme il arrive
quand on a fait fondre la cire; l'un &
l'autre deviennent de la même nature.
Ces deux esprits font une coagulation de la même manière qu'on coagule
le lait pour faire du fromage,
qu'on fait avec du lait qui est de la nature
du fromage. Toute la substance du
lait ne peut se convertir en fromage: il
faut en séparer le petit-lait ou la partie
aqueuse qui ne peut se coaguler.

@

68 D I S C O U R S
La coagulation des métaux se fait de la même manière, pour faire une
comparaison palpable: toute la substance
des métaux imparfaits ne se convertit
pas en or, mais seulement les
parties qui conviennent & qui sont de
la même nature que l'or il n'y a que
ces parties qui puissent le teindre en
or, & ces parties ne sont autre chose
qu'un vif-argent pur.
Nous devons savoir actuellement, si le vif-argent se teint de la même manière,
ou s'il se coagule en or, ou
s'il n'y a que son soufre qui se teigne
& se coagule. Si cela arrivait, le
soufre serait certainement affaibli, ou
pour mieux dire, tué; car si l'on coagule
le vif-argent avec son soufre, il
en résulte un métal imparfait, & si on
en sépare le soufre, il est converti en
or parfait.
Quand la Nature veut faire de l'or avec les métaux imparfaits, elle commence
par les dépouiller de leur soufre
nuisible, mais elle emploie beaucoup
de temps à faire cette opération dans
les entrailles de la terre. Avec la teinture,
au contraire, on fait cela en
bien peu de temps, par la grande analogie
qui se trouve entre les métaux

@

P H I L O S O P H I Q U E. 69
imparfaits & la teinture qu'on emploie
pour guérir leurs maladies.
Il est donc évident, par ce que nous venons de dire, que les métaux imparfaits
ont tous la même origine que
l'or dont les deux natures sont très
prochaines. L'art enseigne la manière
de convertir les métaux en or, & non
les pierres & les autres matières: car
si l'on pouvait transmuer les pierres en
or, on pourrait dire que c'est une transmutation
miraculeuse, tandis que la
transmutation des corps imparfaits &
métalliques en or, n'a rien que de très
naturel, parce que si la matière n'était
pas déjà disposée par la Nature à recevoir
la teinture, on ne pourrait jamais
réussir à les convertir en or par le
moyen de l'art.
Voilà la seule raison par laquelle il est possible de convertir tous les métaux
imparfaits par le moyen de l'or & avec
le secours de la Nature.
Nous pouvons préparer leur forme & leur matière avec des autres esprits
qui contiennent des vertus métalliques
infinies.
Nous venons de parler en général aux véritables Alchimistes qui sont bien
imbus des principes de cette science,

@

70 D I S C O U R S
qui conduit à la source de toutes les
félicités: si tous ceux qui veulent travailler
au magistère prennent la peine
de réfléchir sur ce que nous venons
de dire, ils découvriront infailliblement
la vérité.

DES COLOMBES DE DIANE.
La Diane des Philosophes est le sel volatil de la terre ou la terre vierge
qu'on tire du sel. Heureux cent fois
celui qui peut faire naître cette Diane.
On la fait paraître entre 7 & 9 Mai.
Lorsque Diane vient au monde, elle est toujours accompagnée de ses
colombes, qui servent à la nourrir &
à la fortifier jusqu'à ce qu'elle soit
parvenue au degré de perfection dont
elle est susceptible.
Armons-nous de patience en attendant la naissance de cette Déesse, &
nous verrons bientôt paraître ses colombes,
qui ne sont autre chose que le
soufre des Philosophes ou la teinture
pour le blanc & pour le rouge. Ce
soufre nourrit, fait croître & multiplier
l'or philosophique.
Il faut unir ces colombes avec le mercure, parce que le soufre est lui-
même la forme qu'il communique,

@

P H I L O S O P H I Q U E. 71
c'est lui qui fixe le mercure, & c'est
aussi le mercure lui-même qui doit le
fixer.
Les colombes de Diane & l'or ou l'argent des Sages, sont la même chose.
Elles sont également ce qu'on appelle
le feu des Sages, que les personnes
qui prennent tout à la lettre, recherchent
avec tant d'empressement, tandis
que c'est de la Nature qu'on doit
attendre sa naissance & toutes ses opérations.
En un mot, les colombes de
Diane sont l'accomplissement du magistère.

DU MERCURE.
Les Philosophes assurent que tous les corps sont composés de mercure & de
soufre: Sendivogius dit qu'ils donnent
le nom de mercure à tous les corps
qu'on emploie dans la Chimie, & ces
corps sont au nombre de quatre. On
emploie aussi quatre mercures, &
toute cette multiplicité de noms qu'ils
ont donné à une même chose, ne sert
qu'à embrouiller la tête des Lecteurs
qui ne sont pas instruits à fond de
toutes les opérations de la Nature:
c'est pourquoi j'expliquerai ci-après, ce
que signifient ces mercures différents.

@

72 D I S C O U R S
1°. La base & le fondement de la Philosophie est appelée mercure des
corps, ou la matière éloignée des
Sages. Ce mercure contient l'eau philosophique
& la pierre toute entière;
il contient en même temps tout ce
qu'on cherche, tant dans son corps,
qu'ailleurs. Le mercure renferme en
même temps les deux teintures pour
la pierre rouge & blanche, & c'est
pour cette même raison que les Philosophes
ont indiqué tant de moyens
pour le découvrir, ou pour mieux dire,
pour le cacher.
2°. Le second mercure est appelé mercure de Nature, parce qu'il contient
la matière prochaine des Sages;
mais celui qui a l'esprit borné, aura
bien de la peine de l'acquérir: car
c'est la base des travaux des Sages:
c'est l'eau philosophique, le sperme
des métaux & la source de leur propagation:
c'est l'humide radical, ainsi
disposé par la Nature.
3°. Le troisième mercure est le vrai mercure des Philosophes, parce
qu'il n'y a qu'eux qui aient les moyens
de l'acquérir, car on ne le vend pas:
c'est la vraie matière prochaine, la
véritable Diane, la sphère de Saturne,

@

P H I L O S O P H I Q U E. 73
le vrai sel des métaux; mais les moyens
qu'on emploie pour l'acquérir, sont
au-dessus de l'entendement humain.
4°. Le quatrième mercure est appelé mercure commun, parce qu'il a
une communication dans toutes les
mines; mais ce n'est pas du mercure
vulgaire qu'on vend dans les boutiques
dont je veux parler: il est question ici
d'une eau mercurielle, d'une substance
moyenne qui contient un véritable feu
occulte, les véritables colombes de
Diane, & la vraie teinture des Sages,
qui a la vertu de changer tous les corps
en sa nature.
Considérez actuellement quels soufres & quels mercures vous devez employer
pour faire la pierre: ces connaissances
vous sont absolument nécessaires,
si vous voulez pénétrer dans
le sanctuaire de la Philosophie hermétique.

DU SOUFRE.
Il n'existe aucun composé qui ne contienne du soufre d'une nature lumineuse;
mais il faut en séparer la
partie impure, & vous aurez un agent
interne qui opère dans sa matière mercurielle,
Tome I. D
@

74 D I S C O U R S
qui est l'humide radical dans
lequel il est renfermé.
Il est lui-même la forme qu'il communique à tous les corps. C'est lui
qui opère toutes les générations dans
un sujet altérable. C'est pour cela qu'il
fait paraître tant de couleurs différentes;
mais sa couleur naturelle est
le rouge parfait qui est analogue à sa
nature, après avoir altéré les sujets
avec lesquels on l'a conjoint, mais
aucun Philosophe ne s'est expliqué
clairement sur les opérations. Ils ont
dit en général, spiritualisez vos corps
jusqu'à ce qu'ils aient une forme cristalline;
réduisez-les en eau; mais il
n'y a que les vrais enfants de l'art qui
puissent comprendre le vrai sens de
toutes ces expressions. Les Chimistes
vulgaires n'y comprennent rien, parce
qu'ils n'ont pas l'alphabet de la vraie
Philosophie. Ils ne veulent pas croire
que les Philosophes soient tous d'accord
& qu'ils sont convenus de ne
pas exposer une chose aussi sublime à
être profanée par les impies.
On ne saurait comprendre par quels motifs des personnes qui n'ont jamais
lu que des recettes vagues, peuvent
se déterminer à entreprendre une opération;

@

P H I L O S O P H I Q U E. 75
elles ont beau échouer tous
les jours, rien n'est capable de guérir
leur entêtement quand elles ont pris
une résolution. Il n'est pas possible de
leur persuader qu'un corps ne pénétrera
jamais un autre corps, & que
les corps physiques doivent être unis
par le moyen d'une chose de peu de
conséquence. Après avoir perdu leur
temps & leur fortune, ces sortes de
Chimistes maudissent les Philosophes
dont les livres ne sont pas à la portée
de tout le monde.
Avant de vous embarquer dans les opérations, étudiez la Nature dans
toutes ses productions, tâchez de connaître
ses principes. Voilà le vrai
moyen de connaître la matière de la
pierre des Sages. Nous apprendrons
ainsi, de nous-mêmes, avec le secours
du ciel, à diriger toutes nos opérations,
& nous parviendrons au comble
de nos désirs.

DE LA MATIERE
DE LA PIERRE.
Nous ne devons point chercher cette matière dans les règnes animal
ni végétal, parce que les Philosophes
D ij
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76 D I S C O U R S
les ont spécifiés, mais il faut prendre
ce dont ils n'ont jamais parlé; c'est à
nous à faire des recherches pour remonter
jusqu'à l'origine des trois principes,
des trois règnes, ou pour parler
plus intelligiblement, nous devons
prendre la minière des minières, ou la
matière première des métaux.
Cette minière n'influe pas seulement dans les minières; car les végétaux
& minéraux lui doivent également
leur existence ainsi que la base
de leur composition.
Ecoutez ce que dit Aristote. Tous les êtres se convertissent en ce dont ils
ont été composés. Ils peuvent se résoudre
en eau mêlée d'une petite portion
de terre: il est donc évident qu'ils
sont composés de terre & d'eau, qui
a une qualité particulière.
J'alléguerai deux raisons pour lesquelles on ne doit point prendre la
matière spécifiée. La première est,
parce que les Philosophes ont une matière
particulière que la Nature leur
prépare elle-même.
La seconde est, parce que les corps morts ne conviennent pas à l'opération
de la pierre: je dis les corps
morts, parce que tout ce qui est tiré

@

P H I L O S O P H I Q U E. 77
du centre des trois règnes dont nous
venons de parler, est considéré comme
mort; mais on peut les ressusciter.
L'expérience nous prouve qu'aussitôt qu'un animal est privé de l'air, il
périt. Le poisson meurt aussitôt qu'il
est hors de l'eau. Une plante périt
aussitôt qu'elle est arrachée de la terre.
Les uns & les autres ne se multiplient
plus, & meurent par la seule raison
qu'ils sont privés de leur nourriture &
de leur élément.
Nous devons bien considérer toutes ces choses, & nous apprendrons à
connaître un soufre vif & multiplicatif
pour faire la pierre. Un homme
mort n'est plus propre à multiplier son
espèce, & tous les autres êtres lui
ressemblent en cette occasion.
Les Philosophes, en décrivant ce magistère admirable, ont dit qu'il fallait
imiter Dieu dans la création du
monde, c'est-à-dire que nous devons
faire un ciel neuf, une terre neuve,
mais comme il n'y a que Dieu seul
qui puisse créer de rien & en faire un
cahos, nous devons donc par conséquent
prendre une partie de ce cahos,
& cette même partie doit être restée
imparfaite. Nous devons séparer les
D iij
@

78 D I S C O U R S
eaux d'avec les eaux, & faire paraître
visiblement les quatre éléments, qui
sont une partie du cahos; le mercure
des corps; la matière éloignée; le
plomb des Philosophes; le menstrue
universel; le dragon qui nourrit & qui
dévore; le corps philosophique, la
minière des minières, & la première
matière qui est absolument nécessaire
pour faire la pierre.
Voilà les expressions des Philosophes sur ce point essentiel. Les uns disent
que la matière de la pierre est le mercure
de nature, d'autres le Neptune
avec son trident; le ventre qui porte
dans son sein son fils qui est l'or &
l'eau philosophique, Jupiter qui enlève
Ganimède, le bain où le Roi se
lave; le vase des Sages qui contient le
sel, le soufre, le sperme des métaux; &
leur humide radical, dont ils font un
mercure philosophique par une opération
artificielle qu'ils font concourir
avec la Mature pour effectuer la matière
la plus proche; mais pour la
rendre telle, il faut lui faire subir les
douze travaux d'Hercule, & on a la
terre vierge, la Diane nue, le sel
des métaux, la femme qui attend son
époux, la matière privée de sa forme,

@

P H I L O S O P H I Q U E. 79
l'eau sèche, l'enfant royal, le soufre
des Philosophes qui ont donné à leur
matière une si grande quantité de noms,
qu'ils ont mis les ignorants dans le cas
de ne pouvoir se décider pour choisir
une matière préférablement à une
autre, sans pouvoir distinguer la bonne
d'avec la mauvaise.

DES REGLES QU'IL FAUT SUIVRE POUR PARVENIR A L'ACCOMPLISSEMENT DU MAGISTERE.
Il faut prendre du mercure des corps en suffisante quantité, & en faire un
mercure de Nature, en le sublimant
jusqu'à sept fois & au-delà.
A chaque sublimation, il faut laisser un quart de la matière dans le vaisseau
sublimatoire; ce quart ne peut servir
à rien, c'est ce que les Philosophes
appellent terre damnée.
Il faut ensuite séparer la partie pure d'avec la partie impure, & mettre le
sublimé dans un vase de verre fermé
hermétiquement; prendre des arrangements
de manière que les trois quarts
du vase puissent rester vides, afin
D iv
@

80 D I S C O U R S
que la matière ait l'espace qui lui est
nécessaire pour circuler à son aise.
On place ensuite le vase au bain- marie où il doit avoir une chaleur analogue
à celle que cause une poule en
couvant les oeufs. Le feu doit être
continué au même degré pendant six
mois, au bout desquels les quatre éléments
seront séparés distinctement dans
le vase.
Il faut mettre ces quatre éléments dans quatre vases séparément, & les
renfermer soigneusement, parce qu'ils
sont d'une nature volatile.
Une terre précieuse se précipitera au fond de chaque vase. Cette terre
est le diadème, le coeur du Roi, qu'il
faut dessécher doucement; & si l'on
en a le poids de trois onces, on y
ajoute une once d'eau blanche ou d'eau
rouge, & on referme le vase hermétiquement.
Les astres paraissent ensuite sur cette terre, qui se putréfie avec l'eau, &
l'eau se putréfie aussi avec la terre en
même temps. C'est la putréfaction qui
occasionne cette variété de couleurs,
qui paraissent successivement. La noire
paraît la première; viennent ensuite la
blanche & la rouge, & ce sont les

@

P H I L O S O P H I Q U E. 81
dernières selon la forme qu'on a donnée
à la pierre.
On ne touche jamais à la matière avant qu'elle soit parvenue au blanc ou
au rouge.
La multiplication consiste dans la répétition de cette même opération,
pour augmenter la pierre en quantité
& en vertu.
Le principe le plus parfait de la Science hermétique consiste dans la
réduction de l'hexagone au cercle par
les nombres 1, 2, & 3.
Toutes choses dépendent d'un principe, existent dans un principe, &
tendent à une même fin par le nombre
2. C'est pourquoi nous devons chercher
les moyens d'exalter le nombre
1 de la terre au ciel pour le faire descendre
ensuite sur la terre par le nombre
2, qui est la même opération que
celle qui se fait avec le nombre 1.
Voilà la clef du temple des Philosophes; si nous avons le bonheur de
parvenir jusqu'au sanctuaire, nous y
découvrirons toutes les opérations du
magistère.
Nous devons bien prendre garde de ne pas nous tromper dans le choix de
la matière que nous voulons exalter,
D v
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82 D I S C O U R S
& nous souvenir que toute la Philosophie
astronomique & médicale est
couverte du même voile.

DES MYSTERES DE LA SCIENCE HERMETIQUE.
Le plus grand mystère du magistère consiste dans la dissolution des parties
dans une eau visqueuse, qui n'adhère
point à ce qu'elle touche.
Cette eau est sèche & de la nature des sels, du soufre & du mercure qui
est la clef de tout le magistère. Elle est
le vrai mercure des Philosophes, l'enfant
de la Nature qui régénère tout le
monde; c'est le savon qui contient une
vertu particulière à laquelle tous les
êtres doivent leur existence.
Tirez cette eau divine de la terre, remettez-la sur la terre pour les faire
putréfier ensemble, afin qu'ils se réunissent
& ne fassent qu'une même chose,
c'est-à-dire un mercure sec.
Quand vous aurez conduit le magistère jusqu'à ce point, vous le ferez aisément
parvenir au degré de perfection
dont il est susceptible, pourvu que
vous observiez les règles que nous
allons indiquer.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 83
Distillez ce mercure avec une chaleur convenable, pour lui faire reprendre
la forme qui lui convient; car
c'est la distillation qui vivifie la matière
& qui lui procure sa teinture.
Voilà pourquoi il est nécessaire de
convertir en eau les matières dont nous
avons parlé, afin qu'elles puissent développer
le germe qu'elles contiennent.
Prenez une once de cette eau, mêlez-
la avec une once d'or très pur: faites-
les putréfier ensemble, afin qu'ils ne
fassent plus qu'une seule & même chose.
Faites ensuite quelques abstractions jusqu'à la destruction de la nature philosophique;
car celui qui sait détruire
dans cette opération, saura construire
dans la suite.
Séparez ensuite de cette terre toutes les superfluités impures en sublimant.
Fermez le vase hermétiquement, mettez-le
dans le lit du feu secret, & faites
cuire la matière pendant un temps convenable
jusqu'à ce que vous verrez
une réunion parfaite.
Quand vous verrez paraître la couleur du lys, vous serez assuré d'un
heureux succès. Pour lors vous devez
être plus vigilant qu'en aucun autre
temps; car si vous laissez manquer le
D vj
@

84 D I S C O U R S
feu, l'enfant philosophique périra faute
d'aliment. A cette époque, la matière
n'a plus besoin du travail des mains.
Voilà le langage de Morien le Romain & de plusieurs autres Philosophes.
Ne laissez pas manquer le feu, & vous verrez paraître le Roi couronné
& couvert d'une robe d'or ainsi que
son épouse. Vous verrez une véritable
métamorphose; vous aurez une teinture
dont vous pourrez jeter quelques
parties sur les corps imparfaits.
Il n'est pas possible de vous procurer cette divine matière sans le secours
de Mars; c'est lui qui fera sortir trois
ruisseaux d'une grandeur immense, &
cinq autres petits ruisseaux qui parcourent
toute l'étendue de la minière
d'où vous devez la tirer nécessairement.
Parmi ces ruisseaux il y en a sept principaux qui se convertissent en air,
lorsqu'on met une portion de cette
matière à découvert par la force de
Mars, & aussitôt ils produisent une
grande abondance d'eau qui lave la
minière & la rend fertile en l'arrosant.
Ces eaux sortent moins facilement par l'intervention de Jupiter & de Vénus.
Voilà pourquoi cette terre est si

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P H I L O S O P H I Q U E. 85
belle & si brillante après qu'on l'a lavée
de ses impuretés grossières & superflues.
Les Philosophes disent que cette minière est une véritable eau de vie,
parce qu'elle fait vivre sa source de la
même manière que les eaux font vivre
les plantes pour pouvoir tirer d'en haut
& d'en bas la nourriture qui leur est
nécessaire pour arriver à leur maturité.
On voit par-là, que les opérations de la Nature sont à peu près les mêmes
dans ces trois règnes. Si l'eau ne
circulait pas dans les minières, elles
ne fructifieraient pas, elles ne mûriraient
pas, le mercure ne s'y formerait
pas; & si, après que toutes les
matières sont disposées pour faire une
minière riche & abondante, l'eau cessait
d'y circuler, dès ce moment cette
même minière serait comme morte,
parce que la circulation de l'esprit universel
y serait interrompue. L'humide
radical qui vivifie tout, serait entièrement
détruit, si la minière venait à
être desséchée ou privée d'eau qui est
également la nourriture des métaux,
des minéraux & des végétaux. En un
mot, tout ce qui croît sur la terre &

@

86 D I S C O U R S
dans la terre a besoin d'eau, & ne
saurait vivre sans eau.
La matière de la pierre des Sages est contenue dans tous les métaux &
dans tous les minéraux. C'est une partie
mercurielle qui est beaucoup plus
exaltée que l'or le plus pur.
Le soufre & le sel sont la substance essentielle de tout principe huileux. Le
mercure vulgaire est un corps mixte
composé de soufre & de sel pour le
coaguler; on reconnaît les propriétés
qu'il renferme, lorsqu'on en fait l'analyse,
& lorsqu'on l'emploie à différents
usages. On le convertit en cinabre avec
le soufre, & on le fige en l'exposant
à la vapeur du plomb en fusion. Voilà
pourquoi le soufre commun approche
beaucoup de la matière de la pierre,
lorsqu'il est préparé; mais il contient
un acide & un sel fixe qui font douter
qu'il soit réellement le premier
Principe.
Le sel commun est réputé plus près du premier Principe que le soufre,
parce qu'il contient une triple substance
oléagineuse & aqueuse, comme on le
voit lorsqu'on en fait l'analyse.
Les Philosophes disent que les trois Principes sont contenus dans le sel

@

P H I L O S O P H I Q U E. 87
commun, & qu'ils sont les mêmes
que ceux de la pierre. Nous devons
imiter la Nature d'après de pareils
exemples que nous ne devons jamais
perdre de vue.
Toutes les fois que les Philosophes disent, nos Principes, nos sels & nos
soufres, nous devons toujours chercher
ces objets dans le règne minéral &
parmi les métaux, surtout; car c'est
là où la Nature a caché ses trésors, &
où ils sont exempts de corruption.
Les métaux ont une grande affinité avec le soufre commun; il n'est aucun
métal dans les minières qui ne soit cuit
& engendré avec le soufre ou le vitriol.
La Nature seule peut perfectionner ce
soufre par différentes circulations dans
les entrailles de la terre.
Les Sages disent que leur fumée est un soufre mercuriel, parce que la Nature
fait les métaux, dans toutes les
minières, avec le soufre & le mercure;
c'est pourquoi si l'on veut faire du
métal avec l'art, il faut aussi prendre
du soufre & du mercure.
Les soufres métalliques ou tirés des métaux, contiennent une eau mercurielle
qui prouve qu'ils sont composés
d'une double eau mercurielle, par rapport

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à la partie dont elle est formée,
laquelle dans le commencement n'était
qu'une eau qui s'est épaissie peu à peu,
pour parvenir en consistance de mercure,
qu'un feu naturel & continuel a
obligé de prendre diverses formes.
Le germe de la propagation provient du sang, & par la même raison
le germe des métaux provient du soufre
commun.
Le soufre fait coaguler le sel; il le resserre, le fait fermenter. Le sel à son
tour agit sur le soufre, il le dissout &
le réduit en putréfaction. Le sel, dans
sa première opération, réduit le soufre
en eau visqueuse & vitriolique, qui est
la première matière de la nature & de
l'art.
Nous devons faire attention; à tout ceci on peut mêler l'huile avec l'eau
par le moyen du sel: voilà pourquoi
il faut du sel pour réduire le soufre en
quintessence pure.
Le fer est la base & le fondement de toutes les minières de cuivre, d'or
& d'argent; & cela est si vrai, qu'il
n'y a point de fer qui ne contienne du
cuivre, de l'or & de l'argent. La terre
subtile qui se trouve dans les minières
de fer, donne du cuivre; & quand elle

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est très subtile, on en retire de l'or &
de l'argent subtil & pur.
Le plomb & l'étain ne sont qu'un soufre antimonial coagulé. Si nous décomposons
l'antimoine, nous aurons
un soufre commun.
Le vif-argent n'est autre chose qu'un arsenic fluide; le fer est ami de tous
les métaux, & c'est pourquoi il est la
cause de la transmutation & de l'altération
de tous les métaux.
Tout ce qui opère dans la transmutation universelle des métaux, consiste
dans la terre mercurielle, martiale &
arsenicale des métaux.
Philalète dit que l'ouvrage de la Nature dans les minières n'est autre chose
qu'une filtration, dont il résulte un
mercure ou une huile, qui est animé
par la vertu du sel résolutif de la Nature
avec la terre martiale, qui fait
fermenter la matière, & qui produit
ensuite le mercure des Philosophes pour
animer le vif-argent.
Pour parvenir à l'accomplissement du magistère, la Nature nous présente
deux voies, deux sujets, & deux opérations
différentes. Beaucoup de personnes
présument que ces deux sujets
sont connus de tout le monde, &

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qu'on les achète à vil prix chez les
Droguistes; mais avant que de se déterminer
à les employer, il faut bien
connaître leur Origine & leurs propriétés.
Nous allons répandre quelques
lumières sur ce sujet.
Quand on a envie de travailler à la transmutation des métaux, on doit,
d'abord, se persuader qu'on ne doit
pas sortir des règnes métallique & minéral;
car celui qui veut moissonner
du froment, doit nécessairement semer
du froment & non de l'orge.
Dieu a établi des lois immuables que la Nature ne transgressera jamais:
c'est en vertu de ces mêmes
lois que chaque être produit son semblable.
Il est évident que tous les minéraux sont composés de sel, de soufre & de
mercure.
Tous les métaux sont composés d'une terre triple; la première est vitrifiable,
& sert de base & de matrice aux métaux;
la seconde est une terre grasse
qui rassemble le soufre & retient la
teinture; la troisième est une terre
subtile qu'on appelle mercure, ou pour
mieux dire, l'arsenic des métaux.
Les anciens Philosophes ont écrit
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que tous les corps sont composés de
sel, de soufre & de mercure; mais il
ne faut pas croire qu'ils soient tout à
fait composés de ces trois substances;
c'est-à-dire, que de tel corps que ce
soit, on peut retirer quelques parties
de sel, de soufre & de mercure, ou
qui seront analogues à ces trois minéraux.
Voilà pourquoi ces parties ont
retenu le nom qu'on leur donne toujours
communément.
La substance corporelle du sel est considérée dans son principe comme
un sel alcali fixe, tiré des cendres en
lessivant, & qui devient la substance
des corps fixes.
L'âme de toutes les matières est une substance oléagineuse, onctueuse,
grasse & inflammable, qui peut être
comparée au soufre, à cause de son
analogie avec ce minéral.
L'esprit ou la substance subtile volatile, claire, est appelée mercure,
parce que sa base homogène lui ressemble
tout à fait; elle est subtile, volatile,
& d'une pénétration inexprimable.
Les Sophistes qui prennent les choses à la lettre, se trompent grossièrement,
en prétendant que les sels, soufres &

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mercures des métaux, ressemblent aux
soufres, sels & mercures vulgaires.
Dans l'ordre du principe de tous les métaux, on retire l'âme & l'esprit du
sel, du soufre & du mercure qui sont
entrés dans la composition de tous les
métaux, ainsi que des mixtes qu'on
trouve dans les entrailles de la terre,
& dont nous donnerons l'explication.
Après qu'on a séparé l'âme & l'esprit du sel, du soufre & du mercure des
métaux, il reste une terre ou tête
morte des métaux, & on en distingue
de trois espèces différentes, qui sont
toutes mixtes d'eau & d'air.
La première terre ou cendre métallique, est dans le cas de pouvoir être
calcinée ou vitrifiée, parce qu'elle contient
une substance mixte de deux genres,
de la même manière que les animaux
sont composés d'os; & les végétaux,
de cendres; les minéraux, de
pierres, de sable, de terre opaque,
diaphane, fusible ou qui résiste au
feu.
Les anciens appelaient ces matières soufre fixe, terre mixte, tête morte,
& terre damnée; mais la fin de toute
chose est la calcination des corps métalliques

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pour en retirer les sels alcalis
en lessivant, & ce même sel se convertit
en feu ou en verre.
La seconde terre donne un mixte qui a de la consistance, de la chaleur & du
goût; elle est aussi de deux genres; elle
a de la consistance ou elle est liquide,
de la même manière que dans les animaux
où l'on trouve de la graisse &
du suc.
Les végétaux contiennent une huile, une gomme; les métaux & minéraux
un soufre bitumineux, comme on l'aperçoit
lorsqu'ils sont au milieu d'un feu
de charbon ou de bois.
Les métaux ne diffèrent des fossiles que par leur volatilité, leur fixité, &
par les degrés d'incombustibilité; d'où
l'on peut conclure, que tous les corps
diffèrent entre eux de forme, d'espèce
& de qualité.
La troisième terre donne aux mixtes la forme pénétrative, l'odeur, le poids,
la clarté, le son; elle est également
composée de deux genres; quelquefois
elle est pure, d'autrefois mixte, salineuse,
aqueuse, spiritueuse. La forme
en est visible dans les animaux, sous la
figure d'un sel volatil: on la voit dans
les eaux spiritueuses distillées des plantes

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& des végétaux, qui se convertissent
en suie ou en eau. On l'aperçoit
dans les minéraux sous la forme du vif-
argent, ou en arsenic, qui a une véritable
consistance.
Voilà pourquoi les trois principes sont appelés sel, soufre & mercure,
parce qu'on les réduit tous les trois en
leur matière primitive, qui est la terre
dont on retire une graisse qui est un
composé de sel volatil.
Si l'eau & l'air succèdent à ces mixtes, ou métaux ou minéraux réduits
en première matière: c'est une marque
que nous approchons du vrai principe
qui conduit au magistère, dont l'opération
la plus essentielle, est de réduire
la matière en terre; & l'on divise cette
même terre en six branches, qui ont
toutes des vertus, des qualités & des
propriétés particulières.
Il y a des terres calcinables, vitrifiables, inflammables, fixes, luisantes
& opaques. On opère des choses admirables
par le mélange de ces terres auxquelles
on donne diverses formes, dont
on voit le détail dans le triumvirat &
le scyphon de Beccher.
On distingue donc trois sortes de terres, la fixe, la grasse & la subtile:

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ces trois terres différentes contiennent
les trois Principes.
La première terre est un soufre composé d'alcali ou de chaux de tous les mixtes,
fusibles ou vitrifiables, comme on
le voit dans la destruction des animaux,
& dans la cendre tirée des végétaux,
des minéraux, & de toutes les matières
vitrifiables de différentes espèces, qui
sont l'assemblage des corpuscules.
La seconde terre ou soufre est celle dont on retire le sel de nitre, c'est
pourquoi l'on en retire un feu caustique,
corrosif, acide, sous la forme de
sel, par le moyen de l'eau avec laquelle
on condense les soufres bitumineux; on
en sépare aussi en même temps une
terre raréfiée, pure, & qui paraît dans
la graisse des animaux, dans l'huile des
végétaux, & dans le soufre des métaux.
Si nous savons en séparer l'eau
& l'air, nous remettons cette matière
métallique tans son premier principe.
La troisième terre est un soufre dont on retire un sel commun, un sel urineux,
ou un soufre arsenical; comme
on le voit dans l'arsenic & l'argent traités
avec le sel commun ou le soufre antimonial,
par le moyen desquels on

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