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réduit l'arsenic & l'argent en mercure
fluide.
Les sels volatils se trouvent dans la suie des métaux, ainsi que dans la graisse
des corps, & même dans la fumée des
métaux.
La terre de tartre contient en abondance un arsenic solide & fluide, qui
est un véritable vif-argent qui blanchit
l'or dans une seule fusion.
Voilà les trois principes très simples qui sont contenus dans ces trois sortes
de terre, ainsi que dans les cendres, le
charbon, la suie, le sel alcali, le sel
commun, le soufre & l'arsenic.
La terre vitrifiable inflammable, ou qui pénètre les métaux, est le mercure
ou la terre arsenicale, subtile, qui
blanchit, parce que le vif-argent est
un arsenic fluide & solide, comme il
paraît aux yeux & au tact. On reconnaît
d'ailleurs les effets merveilleux
qu'elle produit lorsqu'on l'incorpore
avec les métaux ou minéraux.
Lorsque les Philosophes parlent de sel, il faut bien entendre cette expression;
ils n'entendent parler d'autre
chose que d'une terre vitrifiable ou calcinable,
comme sont les cailloux qui
se convertissent en verre, de même que
le
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le sable, & les os qui se convertissent
en chaux.
Voilà les principes simples & particuliers de tous les corps métalliques;
leur âme est le soufre, le charbon est
leur mère, selon les procédés du Philosophe
Berteg; l'esprit des métaux est
contenu dans le mercure, & leur soufre
est contenu dans la suie.
Les pierres vitrifiables, fusibles, sont toujours une bonne matrice qui annonce
une bonne minière, parce que
la fumée embrasse la fumée pour la perfectionner,
& la terre blanche les absorbe
l'un & l'autre. Voilà la véritable
matrice des pierres & des métaux où
les esprits sont renfermés pour multiplier
& se charger de diverses teintures;
mais les pierres qui ne sont point
fusibles, ne sont point propres à la génération
des métaux, & n'en peuvent
produire aucuns.
Le sable, le talc, les cailloux, les pierres qui peuvent se vitrifier, peuvent
servir de base aux métaux, où ils
sont comme dans une matrice pour y
être nourris par les vapeurs & les exhalaisons
sulfureuses.
Voilà pourquoi l'on trouve des métaux dans les cailloux, dans les pierres
Tome I. E
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& autres matières, où ils sont engendrés;
& il faut conclure que toute
pierre vitrifiable est une vraie matrice
des métaux.
Quand on fait fondre la matière tirée des mines pour en séparer les métaux,
l'on y ajoute toujours du ralkrins, qui
est une pierre calcinée, qui se fond &
qui dégage le métal des pierres qui leur
servent de base & de matrice; mais
toute sorte de pierres ne conviennent
pas pour faire cette opération: celles
dont on fait la chaux vive ne seraient
d'aucune utilité, parce qu'elles sont
contraires à la génération des métaux;
elles servent seulement à obstruer les
matrices pour y contenir le germe pendant
la cuisson.
Ceux qui croient que le soufre commun inflammable est le second principe
des métaux, sont dans une erreur grossière,
puisqu'il y a des métaux qui ne
contiennent point de soufre de cette
espèce, comme l'or & l'argent, qui ne
contiennent pas la moindre portion de
soufre inflammable; car s'il s'en trouvait
dans les mines, les métaux ne
parviendraient jamais au degré de maturité
d'or ou d'argent. Les Philosophes
ne placent le soufre métallique que dans

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un seul sujet particulier qui est une
terre ou une matière qu'ils appellent
communément la minière des métaux.
Le soufre de l'or est une terre subtile jaunâtre. Le soufre d'argent est également
une terre subtile, mais blanchâtre,
luisante; ces deux terres sont
contenues dans les corps de ces deux
luminaires; on les voit dans la dissolution
précipitée de l'or & de l'argent.
Le soufre du cuivre est rouge; celui du
fer est d'un cramoisi foncé & obscur,
de même que celui du plomb & de
l'étain, qui sont très peu luisants dans
ces deux derniers corps seulement.
Avant le mélange de ces terres, elles sont d'une nature qui approche de
celle du lut, & dans la suite, elles se
déterminent en marcassite, en tutie, en
talc, en bol, en rubis, en pierres hématites,
ou en pierres précieuses, ou
enfin, selon le degré de pureté du soufre,
en or, ou en argent, s'il ne se
rencontre aucun accident.
On peut retirer & métallifier la partie métallique qui se trouve dans ces
mêmes terres, & on trouve au fond
de la dissolution de chaque métal, la
même terre qui a servi à sa composition;
& après la dissolution & parfaite

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séparation, toute la substance des métaux
est convertie en véritable substance
mercurielle.
Il est donc faux que la substance des métaux soit un soufre inflammable, ou
soufre commun; mais que c'est la terre
dont nous parlons, qui s'imprègne des
vapeurs sulfureuses dans les minières où
les métaux se déterminent par le moyen
d'une chaleur proportionnée qui se
trouve dans les entrailles de la terre,
& qu'il n'est pas possible d'imiter avec
l'art.
Il y a des personnes qui confondent le troisième principe des métaux avec
le principe mercuriel, & croient qu'aucun
métal ne peut se former sans mercure.
La fausseté d'une pareille opinion
est démontrée dans des mines d'or
très riches, où l'on ne voit jamais le
moindre vestige de vif-argent.
Les pierres, les cailloux sont la base hospitalière des métaux dans les minières;
mais il faut une adjonction de
terre subtile arsenicale qui doit exhaler
une vapeur en forme de soufre ou de
vif-argent, qui doit communiquer avec
la masse pour la déterminer en métal
quelconque, selon la nature du soufre.
Sans cette communication de soufre
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par le moyen d'un feu vivifiant de la
Nature dans les entrailles de la terre,
il ne s'y formerait jamais aucun métal.
Nous devons imiter la Nature avec l'art; elle n'admet pas le vif-argent
seul, ni le soufre seul, ni mêlés ensemble;
mais il faut prendre la matière
mêlée selon ses propres principes par
l'opération de la Nature. Il faut seconder
cette matière avec la double vapeur
ou le double mercure.
Cette double matière ou vapeur, n'est autre chose que l'arsenic de la
Nature, lequel est composé de soufre,
de mercure, joints ensemble par le
moyen de la terre subtile & sulfureuse
qui est la nymphe de la Nature.
On peut facilement réduire cette terre en vif-argent, en arsenic, qui est
la suie minérale qu'on retire des métaux
en les décomposant.
Il est donc évident, par ce que nous venons de dire, que les métaux sont
composés de trois principes terrestres,
le premier desquels se trouve dans les
pierres fusibles & vitrifiables, le second
dans l'arsenic pur, onctueux; & l'on
peut dire, lorsqu'il est dissous, que la
matrice des métaux est préparée.
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Le troisième principe est la vapeur du soufre-mercuriel-arsenical.
Dans la décomposition des métaux, l'on reconnaît toujours qu'ils abondent
dans l'un ou l'autre de ces trois principes:
1°. Selon la nature fusible ou vitrifiable des pierres que la Nature a employé
pour former les métaux.
2°. Selon la nature de la terre, qui n'ayant pas la qualité convenable, fait
des métaux bileux & fragiles.
3°. Selon le degré de cuisson du soufre & du mercure; car, s'ils sont
trop crus, les métaux seront volatils
ou combustibles, & ils auront toujours
une variation sensible selon les proportions
de ces trois principes: c'est pourquoi
lorsqu'on mêle du borax avec du
zinc, de l'antimoine, du bismuth, de
l'arsenic, du réalgar, du cinabre, du
soufre, du mercure vulgaire, avec les
métaux, le mélange de ces minéraux
produit en tout ou en partie des saphirs,
des pierres précieuses, & des marcassites.
De tous les métaux, il n'y a que le plomb & l'étain qui se fondent avant
que d'être enflammés ou rougis au feu.

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Le cuivre & le fer doivent rougir au feu avant que de fondre.
L'or & l'argent fondent en commençant à s'enflammer; voilà la nature
des métaux; mais on les dispense de
ces règles par le moyen de l'art.
Selon la décomposition des trois terres métalliques ci-dessus, on peut
produire différents métaux, on peut les
convertir en vif-argent avec l'arsenic.
Avec la terre sulfureuse on peut faire du soufre inflammable par le moyen du
soufre commun; on peut aussi la convertir
en verre par le moyen des cailloux;
on peut de même la convertir
en sel, en vitriol, en eau, en chaux,
en esprit & en teinture.
On fait aussi une infinité de compositions différentes en joignant différentes
choses à ces principes métalliques,
comme l'acide universel qui est capable
de liquéfier le monde souterrain, & le
diviser en une infinité de dissolutions.
Lorsque vous réduisez en eau la terre ou la pierre à chaux, vous faites de
l'alun.
Lorsque vous réduisez en eau la pierre à chaux, vous faites non seulement de
l'alun, mais encore du borax. Si vous faites
dissoudre une matière bitumineuse,
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il en résulte du soufre vif; la dissolution
de mine de fer donne du vitriol.
Exposez à l'air la terre métallique imprégnée de soufre, il en résulte un
arsenic auquel on peut joindre du soufre
commun pour en faire de l'orpiment,
du réalgar. Si ensuite on en sépare la
partie aqueuse, il en résultera du mercure
coulant; ajoutez du soufre à ce
mercure, & vous aurez du cinabre.
Tout ce que je viens de dire est véritable; j'ai fait douze différentes compositions
pour réduire les métaux en
leur première matière ou principe, par
le moyen de l'acide dont j'ai parlé ci-
dessus.
Mais passons actuellement au mélange des dissolutions des principes métalliques
pour voir leurs actions & leurs
réactions, par le moyen des sels alcalis,
du sel de nitre, & du sel commun.
Le sel de nitre se change facilement en sel alcali, & le sel commun se change
également en sel alcali.
Les sels urineux, nitreux & sulfureux, ont une puissante action sur les
arsenicaux, & ceux-ci agissent puissamment
sur les sulfureux après la réaction,
pour produire ensuite des sels
factices, comme les alcalis volatils,

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ammoniacs, de prunelle, le sublimé,
le sucre de Saturne, & le lis de Paracelse.
Les esprits ou les huiles de sel commun, de soufre, de vitriol & d'urine,
sont à peu près les mêmes. Ceux de
nitre & de vinaigre ne sont pas tout
à fait comme ceux des autres sels
quoiqu'ils aient quelque analogie ensemble.
L'esprit de vin sympathise avec
celui de térébenthine, & de leur mélange
on fait différents menstrues.
Si nous voulons faire un menstrue ou dissolvant qui soit alcalin & volatil
nous n'avons qu'à prendre de la terre
principale subtile, & la mêler avec des
alcalins de vin & de sel commun.
On fait trois grandes compositions avec les choses qu'on retire des entrailles
de la terre, en les mêlant ensemble.
Il existe un moyen de mêler la terre avec le mercure, & ce mélange fait
du bon métal.
Il existe dans les entrailles de la terre une matière qu'on mêle avec l'huile
ou la graisse de la terre, & il en résulte
un mixte qui est une litharge sulfureuse
& bitumineuse.
Il existe également dans la terre une E v
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substance qui l'a fait mêler avec l'eau,
& il en résulte des mixtes qui produisent
des sels différents.
En ajoutant ou retranchant quelque chose de ces trois principes, c'est-à-
dire, si nous savons y ajouter des sels,
des soufres métalliques, nous ferons
des choses merveilleuses, tant en composant
qu'en décomposant; en un mot,
en séparant les parties terrestres &
grossières, & en ajoutant un soufre,
nous pouvons faire un menstrue universel
qui réduit les corps en première
matière.
Tous les êtres sont composés de terre, & ils doivent retourner en terre;
c'est ce que nous voyons fréquemment
dans toutes les décompositions: nous
pouvons nous assurer de cette vérité
dans un cimetière.
Pour faire une composition parfaite, nous n'avons d'autre chose à faire, qu'à
tirer des métaux, des sels, des soufres,
de la terre, de l'air & du feu, & réduire
toutes ces choses en un seul &
même principe naturel. En ajoutant &
retranchant ainsi selon les règles de la
Nature, nous nous procurerons le mercure
des Sages.
Les pierres & la graisse de la terre
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sont la base de tous les métaux & minéraux.
Cette substance est l'âme des
végétaux, des animaux & des minéraux.
Les soufres arsenicaux sont un
véritable mercure, qui est une graisse,
une huile qu'on peut métallifier, & dont
on peut retirer une teinture d'or; c'est
du moins l'opinion de beaucoup de
Philosophes, dont les ouvrages sont
très estimés.
L'argile ou la terre à potier contient une grande quantité de cette graisse.
La Nature l'a placée partout, même
dans les bois, aussi bien que dans la
terre. Il suffit de jeter les yeux dans
un four à brique pour apprendre à la
connaître; elle suinte dans le feu, où
elle se vitrifie. Voilà pourquoi on voit
souvent plusieurs briques ou tuiles qui
sont collées ensemble par cette graisse
vitrifiée, qui est l'humide radical des
corps. L'or en est imprégné abondamment,
sans cela on ne pourrait jamais
réussir à le vitrifier.
Ce mot argile, est pris universellement, & il s'étend jusqu'à celle dont
la brique, les pierres sont formées;
c'est elle qui fait croître les végétaux;
c'est elle qui produit l'or brillant: c'est
cette argile, cette graisse de la terre
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qui est la base & la matière dont le
Créateur a formé tous les astres qui
rassemblent tous les atomes argileux
onctueux, qui entrent dans la composition
de tous les corps métalliques.
Il faut donc conclure de-là que tous
les êtres sont composés d'atomes argileux
onctueux.
L'arbre de fer démontre sans réplique, que les soufres arsenicaux & le
mercure volatil sont fixés par les feux
souterrains.
Au reste, toute pierre à feu se convertit en chaux vive, & sert à la formation
des corps opaques; ou si elle
ne se calcine pas, elle se vitrifie lorsqu'on
la joint aux corps diaphanes.
Les pierres de cette espèce sont les
cailloux & le sable, ou la terre subtile
mêlée d'atomes.
La plus grande partie de la terre est composée de pierre, d'argile onctueuse,
ou de sable; & il est évident
que les trois Principes universaux des
corps sont les pierres, l'argile & la
graisse de la terre. Ces trois Principes
sont réductibles en cendres, en écume
& en suie. Ils sont communs, & se
divisent en trois compositions générales
qui produisent les sels, alcali, de

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nitre, & commun, qui sont réunis
ensemble.
Les sels alcalis contiennent une terre clarifiée & vitrifiable.
Le sel de nitre contient une terre grasse, rouge & très subtile.
Le sel commun contient une terre arsenicale, mercurielle, incombustible
& qui a la vertu de blanchir.
Ces trois principes se trouvent presque partout en abondance; la mer
également est remplie de terre alcaline,
d'air nitreux, & de sel de nitre
mêlé avec le sel commun.
On peut acheter à vil prix une matière qui contient ces trois principes;
mais peu de personnes sont en état de
les séparer: elle contient une terre dont
il faut la délivrer & en retirer la quintessence.
Nous connaissons dans l'alcali minéral, un verre qui purifie le sel de
nitre, & qui lui donne, ou, pour
mieux dire, qui développe sa teinture.
Le sel commun convertit les métaux en arsenic & en mercure; c'est
du moins l'opinion du Père Kirker.
Si l'on fait tremper des lames de plomb dans une eau croupissante &
salée, il se convertit en mercure, qu'on

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110 D I S C O U R S
appelle vulgairement corne d'argent
ou arsenic de lune.
L'esprit de nitre teint l'argent en couleur d'or. La liqueur tirée du nitre
fixe ou d'un autre alcali quelconque,
a une grande puissance sur les métaux,
elle les mûrit & les transmue en les
altérant; mais cette liqueur aurait une
puissance infiniment plus grande, si
vous en sépariez les trois Principes.
Alors vous auriez une preuve de ce
que je viens de dire.
L'on peut facilement retirer un sel de l'or, & des parties volatiles de tous
les autres métaux: on en retire également
du mercure commun & de l'antimoine,
de l'urine humaine, & il ne
faut pas beaucoup de science pour
faire cette opération: il suffit d'employer
tout simplement la calcination
vulgaire & la sublimation ordinaire, &
jeter les matières calcinées dans de
l'eau bouillante, qu'il faut filtrer &
faire évaporer.
Pour démontrer que les trois principes des métaux sont formés de pierres,
de terres & de suie arsenicale, il ne
faut faire autre chose que de les décomposer
& les réduire en leur matière
primitive; qui, après la décomposition,

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ne sera autre chose que des
pierres, de la terre, & de la suie arsenicale.
Rien n'est si facile que de convertir les métaux en vif-argent, sans même
en excepter l'or ni l'arsenic, pourvu
qu'on en sépare la terre ou le crocus,
& qu'il ne reste qu'une terre irréductible
& dépouillée d'arsenic ou du principe
de ce minéral.
La vitrification est le moyen le plus facile pour parvenir à la décomposition
des métaux; c'est par cette opération
qu'on en sépare toutes les scories &
les parties hétérogènes.
On décompose les métaux & on les anime avec du vif-argent & de l'arsenic,
en les cimentant avec le soufre,
en les vitrifiant avec du plomb, des
cailloux & des sels alcalins.
Les principes métalliques sont bien contenus dans le sel de nitre & dans le
sel commun; mais ils sont plus éloignés
que dans un autre sujet; c'est-à-
dire, dans les métaux mêmes, où ils
sont avec une certaine harmonie; ils y
sont cependant moins purs que dans
un autre sujet minéral qu'on achète à
vil prix.
Le plomb ne produit autre chose
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qu'un alcali vitrifiant, qui agit puissamment
avec un acide.
Le sable contient aussi un excellent alcali vitrifiant; le fer ne contient qu'un
crocus ou une terre styptique. Les cendres
de plomb figent le fer, le fulminent
& le font déposer; elles sont aussi
combustibles que le soufre & le sel de
nitre.
Le vif-argent n'est autre chose que de l'arsenic fluide; l'arsenic n'est autre
chose qu'un soufre de sel commun concentré,
parce que les symboles des principes
généraux des métaux sont tous
salins & métalliques, combinés entre
eux.
Tous les acides ont une grande puissance sur les alcalins; c'est pourquoi ils
fournissent les moyens de faire trois décompositions
des sels par le moyen des
sels, & ensuite des métaux par le
moyen des sels, & la décomposition
du tout incorporée.
Les métaux & minéraux secs conviennent avec les humides; les styptiques
avec les fluides; les volatils avec
les fixes; les homogènes s'accordent
avec les hétérogènes par la combinaison
des mêmes principes.
On opère la réaction des sels, en les
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mêlant avec les métaux, & en incorporant
les alcalins avec les soufres, &
les sels sulfureux avec le mercure; en
mêlant le vif-argent avec les sels & le
soufre des métaux, on opère de même
la réaction des mêmes sels.
Mais venons actuellement à l'article des métaux grossiers; car nous avons
des minières remplies d'une matière
semblable aux scories du verre, friables,
volatiles, arsenicales, antimoniales,
mercurielles, imparfaites.
La terre styptique se convertit en pyrites, en bol, en crocus, ou en terre
molle & friable; & quelquefois, quand
le degré de feu s'y trouve, il en résulte
un métal parfait, ou mixte, ou enfin
un similor blanc.
Quand on fait la séparation de ces métaux imparfaits ou bâtards, on en
retire de l'or, de l'argent, du cuivre
blanc, du plomb martial antimonial.
Examinons actuellement le sel de nitre, le sel commun, le soufre, l'arsenic
& le vif-argent électrique, ou
l'antimoine magique, le plomb martial,
l'aimant ou soufre du mercure.
J'ai dit, & répété plusieurs fois, que le soufre a deux principes, l'un
mâle, l'autre femelle, l'un tendant au

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114 D I S C O U R S
blanc, l'autre au rouge, & qu'on peut
cependant les marier ensemble.
Le principe du soufre tendant au rouge est dans le sel de nitre; le soufre
blanc tire son origine du sel commun
joint avec le soufre commun.
Le soufre ardent prédomine & se blanchit dans la terre avec le soufre
commun, comme on le voit par son
mélange avec le cuivre.
Il est donc évident que le soufre commun contient du sel commun, &
qu'on peut l'en séparer facilement; &
l'on peut séparer & retirer du sel commun,
un véritable soufre commun, un
vif-argent pur; comme du sel commun
on peut également retirer de l'arsenic
pur.
Le sel & le soufre ont les mêmes principes communs, arsenicaux &
mercuriels; mais il y a beaucoup plus
de soufre que de mercure, comme il
y a plus d'arsenic que de mercure, &
très peu de soufre incombustible.
Si vous prenez pour mâle le soufre mercuriel, & pour femelle le mercure
sulfureux, vous ferez facilement le mariage
arsenical. Il arriverait ce que
vous pouvez voir sans peine, en mettant
de l'huile de pétrole sur du soufre

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P H I L O S O P H I Q U E. 115
ou bitume solide. Vous verriez le même
effet, si vous mettiez du vif-
argent sur de l'arsenic dur & solide,
qui ont la même origine.
Le soufre est une terre alcaline & calcaire; les huiles de soufre & de
vitriol nous prouvent cette vérité; on
reconnaît que la dureté du soufre &
de l'arsenic est la même, & qu'elle
provient d'un mélange de soufre alcalin
& salin, comme nous le voyons
dans les cornes d'argent & d'arsenic
qui sont cuits & retenus ensemble avec
le mercure, qui les affermit & les durcit,
quoiqu'il ne soit pas fluide; mais
il est néanmoins homogène.
Quoique le soufre commun paraisse bien différent du mercure coulant, ces
deux minéraux se mêlent cependant
bien ensemble, & il en résulte du cinabre.
On peut faire de même un beau réalgar, en mêlant du soufre avec de
l'arsenic, & de ce mélange on peut
faire un excellent élixir; avec du soufre
fixe & de l'arsenic, on fait des choses
admirables.
Voilà comment la Nature se joue de l'Art; mais il faut tâcher de l'imiter.
Venons actuellement à l'article de
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116 D I S C O U R S
l'antimoine magique-électrique, à l'aimant,
au mercure philosophique de
plomb, de fer, de cuivre & d'antimoine.
1°. Rien ne peut agir avec plus de puissance sur les métaux que le feu &
l'eau, quoiqu'ils soient hors de leurs
sphères.
Le feu qui raréfie l'eau, est un caustique brûlant, qui raréfie d'une manière
particulière.
2°. Dans une grande décomposition, le sel de nitre & le sel commun
produisent le même effet; leur substance
a la vertu de condenser, mais nous en
parlerons d'une manière plus particulière
dans la suite.
3°. Tous les Chimistes & les Orfèvres connaissent, que le soufre commun
& le mercure vulgaire ont une
grande puissance sur les métaux; ils les
durcissent par la cimentation: ils les
calcinent, les animent, les conservent
dans leur fixité, & les précipitent;
mais ils ne peuvent produire le moindre
effet dont on pût retirer le moindre
émolument.
Le soufre commun contient bien peu de soufre incombustible, & bien
peu de mercure fixe. C'est pourquoi

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P H I L O S O P H I Q U E. 117
l'on a beau les exposer à un feu violent
avec les métaux, ils retiennent
toujours leur feu interne dont on les
délivre plus facilement avec un feu
lent; en suivant cette méthode, on
n'altère jamais les métaux avec lesquels
on fait une cimentation.
Quoique le vif-argent paraisse bien conjoint avec un métal, il s'en faut
beaucoup qu'ils soient réellement unis
ensemble, parce que le vif-argent
contient trop peu de soufre fixe pour
opérer une liaison parfaite; il peut
néanmoins concourir à perfectionner
ou altérer les métaux, selon la quantité
de soufre fixe qu'il contient; mais
un véritable Philosophe ne s'amuse pas
à de pareilles opérations, un commençant
peut cependant faire quelques
expériences de cette sorte; si elles ne
lui sont pas lucratives, elles seront du
moins pour lui d'excellentes leçons,
dont il pourra profiter quand il aura
acquis de plus grandes lumières.
Dans les fortes conjonctions de ces deux métaux, les vices de l'un & de
l'autre les empêchent toujours de produire
un bon effet. Cela prouve qu'il
n'est pas possible de faire un métal avec
le soufre seul, ni avec le mercure seul,

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118 D I S C O U R S
je parle du mercure vulgaire & des
moyens vulgaires; on a beau les marier,
ils n'engendreront jamais rien;
nous voyons, d'ailleurs, que la nature
de tous les métaux est telle, qu'ils
veulent être mariés selon les règles naturelles;
c'est-à-dire, un mâle avec
une femelle qui ait ses règles ordinaires,
qui contienne une semence
générative, qu'il faut cuire dans une
matrice convenable.
Nous allons actuellement entrer dans la classe minérale qui approche le plus
près de la métallique, pour ce qui regarde
la pierre des Sages, qui, comme
il est évidemment démontré, n'est
composée que de mercure de soufre,
& de mercure sulfureux, qui sont conjoints
inséparablement ensemble; ou
pour mieux dire, c'est un même sujet
hermaphrodite ou double mercure,
une semence métallique arsenicale qui
est le mercure double des Philosophes,
ou l'aimant électrique magique, l'antimoine,
le plomb de Mars.
Puisque ni le soufre commun, ni le mercure vulgaire, ne peuvent entrer
dans la génération des métaux, ni conjointement
ni séparément, & qu'il faut
des principes composés qu'ils n'ont pas,

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P H I L O S O P H I Q U E. 119
on peut conclure de-là, qu'ils ne sont
pas le véritable sujet du magistère hermétique.
Il faut nécessairement un troisième sujet qui participe de la nature du soufre
& du mercure, & qui, pour cette
même raison, est appelé l'hermaphrodite
des Sages.
Mais quel est donc ce troisième sujet? quel est cet hermaphrodite des Sages?
Je vais vous le déclarer ingénument,
& dans la pure vérité; c'est l'arsenic;
mais ne vous y trompez pas, ce
n'est pas l'arsenic vulgaire; c'est celui
des Sages. C'est un arsenic grossier,
c'est l'épouse, la nymphe qui réside
dans l'antimoine & dans un autre sujet.
Il y a des signes certains pour la reconnaître, de manière à ne pas s'y
tromper.
Quand cette matière est sur le feu, elle jette continuellement une vapeur
& des fleurs blanches, surtout lorsqu'elle
est en fusion.
Quoique Philalèthe, & d'autres Philosophes, paraissent donner à entendre
que c'est l'arsenic antimonial,
ils conviennent cependant que cette
vapeur intermédiaire est contraire au
mercure vulgaire avec lequel elle n'a

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120 D I S C O U R S
aucune connexion, quoiqu'elle tire son
origine du même principe.
On ne peut cependant pas nier, qu'après avoir tourmenté le vif-argent
par un long travail, on ne lui procure
une qualité particulière pour dissoudre
les métaux.
Plusieurs Philosophes, parmi lesquels se trouve Flamel, disent qu'après avoir
fait subir certaines opérations au mercure
vulgaire, il est acuité par le moyen
du vinaigre minéral, par la vertu du
sel de nitre & du sel métallique.
L'Artiste ne saurait comprendre les merveilles qu'il opère en travaillant,
& en incorporant toutes ces matières.
Toutes les fois que nous ferons l'union du soufre arsenical de la terre, ou
du soufre commun, l'union produira
toujours des minéraux ou des métaux.
Si l'on fait célébrer l'hymen à un métal
quelconque, il se convertira promptement
en mercure coulant & corporel;
mais quand il est réduit à ce point, il
est volatil & électrique, sous la forme
métallique. On peut facilement l'amalgamer
avec le mercure vulgaire pour
les acuiter ensemble & les joindre à un
autre métal sur lequel ils auront une
vertu pénétrative incomparable.
Cette
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P H I L O S O P H I Q U E. 121
Cette distinction de l'arsenic commun réuni avec le mercure vulgaire,
se fait, parce que le mélange acquiert
une vertu fixative & pénétrative, quoiqu'il
soit aussi facile à fondre sur le feu
que la cire; c'est par cette même raison
que sa vapeur virginale pénètre,
coagule par sa vertu, qui se répand
comme une vapeur magnétique, par
le moyen de l'arsenic & du mercure
qui attirent le soufre de l'or.
Cette matière a une infinité de noms. Les anciens Philosophes l'ont appelée
électre antimonial - magique, plomb
martial & antimonial. En effet, la vapeur
métallique se coagule avec l'hymen
sulfureux & salin qui tient un
rang intermédiaire entre la partie liquide
& celle qui a un peu de consistance,
parce que l'arsenic & le mercure
ont reçu de la Nature une qualité
prochaine, fixative & attractive.
Cette matière est très commune en Angleterre, surtout dans la Province
de Cornouaille, où, en peu de temps,
on peut s'en procurer de quoi charger
un navire.
L'on met ce minéral sur le feu dans un creuset, & l'on voit bientôt paraître
Tome I. F
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122 D I S C O U R S
la nymphe vêtue d'une robe
de plusieurs couleurs.
J'ai mis cette matière dans une cornue de terre à creuset, sans aucune
addition; j'ai fait rougir la cornue, &
à la fin de la distillation, j'ai trouvé
un sublimé éblouissant attaché au col
de la cornue. Ce sublimé était aussi
beau que de l'argent de coupelle; je
ne vis jamais de sublimé qui eût une
si grande vertu magnétique, attractive
& pénétrative.
Cette matière était purement arsenicale & d'une qualité fixative qui
opère avec une célérité extraordinaire.
Il faut séparer le soufre fixe de ce sublimé avec adresse, le bien purifier
& le lui rendre. Ce soufre fixe n'est
autre chose que les cendres ou le soufre
vif, ou l'arsenic des Philosophes.
Si vous avez travaillé sur l'antimoine, le plomb, l'étain, le fer,
l'argent, ou l'or des Philosophes, &
que vous les ayez réduits en leur première
matière fondants comme la cire,
& que vous les ayez privés de toute
substance mercurielle, vous n'avez plus
rien à désirer; vous êtes possesseur de

@

P H I L O S O P H I Q U E. 123
l'électre, de l'ambre ou du plomb des
Philosophes.
L'ambre, selon les Anciens & les Modernes, est une espèce de succin
qui se forme dans la mer Adriatique,
vers l'Ionie. Il provient d'un caillou
qui se détache des montagnes & qui
roule dans la mer, où il se mûrit par
la fraîcheur de l'eau de la mer; il
suinte de ces cailloux & se coagule
dans l'eau; & quand on le recueille,
il est comme la poix de Bourgogne,
ou comme un corps bitumineux.
On prétend que cet ambre est composé d'or & d'argent; c'est pourquoi
les Philosophes en ont pris le nom
pour le donner à leur matière, après
qu'ils lui ont fait subir les opérations
convenables; mais il n'entre jamais
qu'un cinquième d'argent dans la composition
de l'ambre factice ou philosophique.
Il faut se souvenir que l'ambre & l'arsenic sont deux synonymes chez les
Philosophes.
Après avoir réduit en mercure coulant un métal quelconque, ce mercure
a la vertu d'attirer de l'air le soufre de
nature, & de fixer promptement les
métaux; & pour lui procurer une plus
F ij
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124 D I S C O U R S
grande vertu, on le fait cuire avec du
mercure vulgaire pour attirer plus
abondamment encore le soufre céleste.
Voilà la seule vertu du mercure vulgaire:
l'Alchimie ne lui en connaît
point d'autre.
Mais, occupons-nous actuellement d'un autre objet plus essentiel; entrons
dans la minière d'où l'on doit tirer la
pierre des Sages, ou du moins la matière
dont elle est composée: je veux parler
du soufre mercuriel, & du mercure sulfureux
conjoints ensemble, ou l'hermaphrodite,
ou le double mercure qui
contient la semence métallique, ou
notre arsenic, notre mercure; mais
il ne faut pas s'y tromper: c'est le
même sujet dont nous venons de parler;
parce qu'on ne le distingue ainsi
sous plusieurs dénominations, qu'à
cause des différentes opérations qu'on
lui fait subir dans la préparation &
dans les usages auxquels on l'emploie.
Concluons d'après le principe, que tous les métaux sont composés de terre
& d'arsenic; nous connaissons ces deux
matières, qui, quoique très différentes
l'une de l'autre, composent néanmoins
un métal qu'on peut décomposer pour
le remettre dans leur état primitif.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 125
L'assemblage de ces deux substances fait un corps terreux & mercuriel,
par rapport à l'arsenic qui est contenu
dans les quatre éléments, & partout
ailleurs.
Nous avons déjà dit que la terre était la matrice de tous les êtres, &
nous ajouterons qu'elle est calcaire,
alumineuse, pierreuse, glaireuse, barbeuse
& talqueuse.
L'arsenic est de deux genres seulement; c'est une vapeur purement minérale
mercurielle, ou la nymphe &
le soufre fixatif de nature, qui est l'ambre
& le soufre du mercure, fondant
comme la cire, après qu'on lui a fait
subir les opérations philosophiques.
L'arsenic n'est autre chose qu'une vapeur minérale, un vif-argent, qui,
lorsqu'il est encore privé du soufre de
nature, n'a point de vie; c'est pourquoi
il faut chercher dans un autre sujet
de quoi suppléer à ce qui lui manque,
& l'on aura une matière parfaite.
Le minéral dont nous nous occupons, a une grande sympathie avec le
soufre commun, il en engloutit promptement
une bonne quantité, & devient
comme du cinabre d'antimoine, qui
désire le soufre & se sature en même
F iij
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126 D I S C O U R S
temps de sel commun arsenical dont on
fait le sublimé.
On distingue toujours l'arsenic qui contient du soufre commun avec peu
de mercure, d'avec celui qui contient
un peu de vrai soufre incombustible.
Il est très nécessaire de connaître l'arsenic commun, qui contient beaucoup
de soufre externe, ce qui annonce
qu'il contient aussi un peu de
vrai soufre intérieurement.
Le mercure vulgaire diffère du mercure philosophique, parce que le premier
n'a aucune vertu fixative, tandis
que le second fixe parfaitement, coagule
& pénètre avec une promptitude étonnante.
Il y a aussi une grande différence entre l'arsenic vulgaire & l'arsenic philosophique,
ils paraissent cependant
semblables extérieurement, l'un contient
le lait de la vierge & le soufre incombustible
salin, & l'autre n'en contient
point; l'un & l'autre coagulent
cependant le mercure sublimé, & s'allient
avec l'orpiment & le réalgar.
Plusieurs sujets nous présentent l'arsenic qui entre dans la composition
du magistère, le plomb, l'étain, le
borax, le zinc, sont de ce nombre

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P H I L O S O P H I Q U E. 127
mais surtout le plomb; ce métal quoique
vil, malade & lépreux, renferme
un soufre nitreux qui dévore tous les
métaux, comme nous le voyons par la
coupelle. Le plomb procure les mêmes
avantages que l'arsenic; ces deux métaux
diffèrent seulement en ce que l'un
est plus sulfureux que l'autre; mais
celui qui a plus de soufre a moins de
mercure, & celui qui renferme moins
de soufre contient une plus grande
abondance de mercure.
Nous ajouterons que plus le corps est gras, plus il est sulfureux, & moins
arsenical; plus il est arsenical, plus il
est propre au grand oeuvre.
Mais, venons présentement au mélange de la terre avec l'arsenic, c'est-
à-dire, au mélange métallique. La
terre & l'arsenic peuvent être regardés
comme la matière de la pierre des Philosophes,
parce que ces deux matières
contiennent le mercure & le soufre qui
s'y trouvent incorporés: c'est ce qui
produit les pyrites, les marcassites
qui sont les rudiments des métaux; &
si elles ne deviennent pas à leur degré
de perfection métallique, c'est parce
qu'elles n'ont pas une suffisante quantité
d'arsenic.
F iv
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128 D I S C O U R S
Cependant, la partie mercurielle fait bien tirer de l'air cette partie arsenicale
qui lui manque, ainsi que les soufres de
cette nature, de même que les sels vitrioliques.
C'est pourquoi Rupécisse
dit, ainsi que Basile Valentin, & plusieurs
autres Philosophes, que le vitriol
est le vrai principe des métaux; il faut
aussi entendre en même temps, & admettre
dans la même classe, toutes
les marcassites & pyrites qui ont été
vitriol auparavant.
Au reste, si la matière contient une plus grande quantité d'arsenic, cela
provient de l'espèce de terre minérale,
comme il arrive en Angleterre,
dans la Province de Cornouaille, ou le
vitriol a une qualité supérieure & extrêmement
convenable aux opérations
chimiques.
Cette matière est composée d'arsenic & de terre styptique martiale;
elle est différente du fer en ce que son
mercure arsenical n'est pas uni inséparablement
avec la terre, & qu'on
peut l'en séparer facilement. Après la
séparation de cette matière, il en résulte
un crocus violet, comme une
belle tulipe.
Si l'arsenic est un ferment adhérant
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P H I L O S O P H I Q U E. 129
à la terre, il en résulte un véritable
métal qui est un bon fer, comme
nous l'avons déjà démontré.
Il est donc évident que le fer est le fondement de tous les métaux, à l'exception
du plomb & de l'étain, qui proviennent
du mercure coagulé par le
moyen du soufre antimonial.
Le borax & l'antimoine sont aussi coagulés par le soufre commun; mais
après les avoir décomposés, il en résulte
un véritable vif-argent, & ce vif-
argent est l'arsenic fluide proprement
dit.
Si la terre martiale est bien pure & subtile, elle produit du cuivre; si elle
est très pure & très subtile, elle produit
de l'or; si elle est blanche, pure,
fixe & subtile, elle produit de l'argent.
Voilà pourquoi il n'y a pas de fer qui ne contienne de l'or & de l'argent,
ainsi que du cuivre.
Le fer étant cuit avec une quantité suffisante d'arsenic, désire s'unir avec
les métaux supérieurs, il se plaît avec
l'arsenic & le sel, ainsi que le soufre
commun.
Si l'on fait fondre du fer avec du soufre & de l'arsenic, il en résultera
du plomb très certainement: voilà
F v
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130 D I S C O U R S
pourquoi il y a beaucoup d'avantage
de fondre de la mine de fer avec des
corps sulfureux & arsenicaux; car c'est
là le moyen de retirer constamment
un métal très pur.
Le fer refuse toujours de s'allier avec le vif-argent; il n'est pas possible d'amalgamer
ces deux métaux ensemble,
parce que le soufre arsenical ne se
trouve pas dans le mélange.
Le mercure sublimé agit cependant bien puissamment sur le plomb martial,
dont il dessèche l'humidité, en
s'imbibant de toutes ses parties arsenicales.
L'arsenic est ami de l'étain, de l'argent & du fer; c'est pour cette même
raison, qu'il n'y a pas de minière d'arsenic
qui ne soit environnée de fer;
mais ce fer a une qualité supérieure
qu'il a acquise avec l'arsenic, car on
le fait fondre aussi facilement que le
cuivre, & on l'amalgame avec l'or,
sans difficulté.
Il a fallu beaucoup de temps pour découvrir toutes ces propriétés métalliques;
on a été obligé de faire un
grand nombre d'expériences coûteuses
& dangereuses, en altérant les métaux,
ou pour mieux dire, en les

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P H I L O S O P H I Q U E. 131
détruisant; on a reconnu que le fer est
le principe, la base & le moyen progressif
de tous les métaux. C'est le fer
qui communique au cuivre, à l'or, à
l'argent, la propriété qu'ils ont de ne
point se fondre sans être enflammés &
poussés à un degré de chaleur violente.
Plusieurs Philosophes disent qu'on peut faire la pierre avec le mercure
vulgaire, par la voie sèche & par la
voie humide; mais il faut le sublimer,
le précipiter & le réincruder par le
moyen d'un soufre, dont la connaissance
conduit directement dans le sanctuaire
de la philosophie hermétique.
Basile Valentin assure qu'on peut aussi faire la pierre avec le soufre du vitriol
romain, & il conseille de ne point
chercher l'azoth des Philosophes dans
un autre sujet.
Le rouge éclatant qu'on voit dans le soufre de vitriol après sa fixation, indique
assez qu'il contient un grand arcane;
mais pour en retirer tout l'avantage
qu'en promettent les Philosophes
il faut l'animer avec un esprit métallique,
dont tous les auteurs ont parlé,
& dont ils ont tous gardé le secret.
Quand on veut travailler sur le vitriol,
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132 D I S C O U R S
il faut en premier lieu le bien
calciner dans un four de verrier, où
l'on le réduit en cendre, dont on retire
le sel fixe, en les lessivant avec
de l'eau de pluie qu'on filtre ensuite,
& qu'on fait évaporer.
Ce sel contient un soufre qui resterait pendant un siècle dans un feu de fusion
sans s'altérer, si on lui a fait subir les
opérations philosophiques. C'est probablement
à cause de cette qualité que
les Philosophes l'ont comparé à la salamandre.
Faites dissoudre & coaguler ce soufre autant de fois que vous le jugerez
à propos, & vous verrez qu'il se résoudra
en eau aussitôt qu'il sera exposé
à l'air.
Prenez une partie de ce sel, faites-la bien dessécher, & ajoutez-y autant pesant
de fleur de soufre commun; mettez
le mélange dans un creuset que vous
placerez au feu de roue; approchez les
charbons par degrés pendant une heure;
faites rougir le creuset, & vous aurez
une terre qu'aucune eau-forte ne pourra
dissoudre.
Le soufre commun, en se consumant, pénètre le vitriol jusqu'au coeur,
& fait sortir cette substance indissoluble

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P H I L O S O P H I Q U E. 133
qui renferme & indique un grand
arcane.
Cette expérience est bien peu coûteuse, & se fait bien promptement;
c'est peut-être ce qui la fera regarder
comme de peu de conséquence par
beaucoup de personnes; mais celui
qui a réellement envie de s'instruire,
ne la méprisera pas, & pourra, en comparant
la cause avec les effets, se procurer
de grandes lumières: car cette
terre indissoluble avec la manière de
la préparer, indiquent les moyens de
parvenir à la connaissance du feu philosophique
qui n'est pas un objet de
peu d'importance.
Le soufre, dans cette opération, par sa flamme, détruit entièrement
toute l'humidité qui se trouve dans le
sel du vitriol, & y concentre un feu
qui l'empêche de se dissoudre dans
l'eau-forte.
Le feu central & salin du vitriol, se conjoint en même temps, par la
vertu du soufre, de la même manière
que cela arrive dans les entrailles de
la terre, où le soufre détruit toute
l'humidité du mercure, le fixe & le
cuit en métal, parfait ou imparfait,
tantôt par sa flamme, tantôt par sa

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134 D I S C O U R S
fumée, & d'autres fois par sa vapeur
seulement.
On voit par-là, que le soufre détruit & compose continuellement dans
les minières où il cuit les métaux avec
un feu visible & invisible.
Le soufre commun est un vrai type du feu philosophique qui brûle & détruit
toutes les superfluités qui se trouvent
dans la matière de la pierre après
la calcination; mais ce feu ne doit détruire
que les parties terreuses & superflues,
& doit conserver les parties
essentielles, sans les endommager en
aucune manière.
Les Sophistes regardent le plomb avec dédain, avec mépris, à cause de
sa noirceur, à cause de sa lèpre; mais
les vrais Philosophes qui connaissent
ses propriétés, & qui voient au travers
de son habit malpropre, les
choses précieuses qu'il renferme, l'estiment
infiniment & le regardent comme
le père de tous les métaux, parce
que tout ce qu'il contient extérieurement
est du genre de l'or: car le soufre
de ce métal, après avoir été travaillé
par une main philosophique, a la vertu
de fixer le mercure vulgaire en or
parfait.

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P H I L O S O P H I Q U E. 135
Le plomb qui a été employé à faire des gouttières qui ont été exposées à
l'air pendant un siècle, contient un
soufre qui est le véritable aimant philosophique
qui est caché dans sa terre
noire.
Cette terre noire de plomb vulgaire renferme les mêmes propriétés
que celle de l'antimoine des Philosophes
dont on extrait le mercure
philosophique qu'on fait végéter comme
une plante.
Le mercure qu'on extrait du plomb selon la méthode philosophique, contient
un véritable soufre d'or avec lequel
on fait une des plus précieuses
médecines qui soit dans le monde; mais
il faut le faire putréfier au bain-marie
pour en séparer les quatre éléments,
qui doivent être bien purifiés & réunis
sur la fin de l'opération.
L'eau-de-vie pure contient aussi un soufre d'or, mais il n'a pas une si
grande vertu que celui du plomb, &
il faut beaucoup plus de temps pour en
faire l'extraction.
Mais l'antimoine est encore bien plus précieux que le plomb, aux yeux
des Philosophes; aussi est-il leur matière
favorite, parce qu'avec ce minéral

@

136 D I S C O U R S
& de l'or qu'on lui fait dévorer
par un moyen philosophique, on fait
la médecine universelle en bien peu
de temps; car on prétend que si on a
le bonheur de dissoudre radicalement
de l'argent dans la quintessence d'antimoine
dans laquelle on fait ensuite
dissoudre de l'or, on peut faire la
pierre en un mois philosophique.
Pour extraire de l'antimoine une quintessence pure, il faut commencer
par le réduire en mercure fluide,
semblable, à la vue, au mercure vulgaire;
on le sublime, on le précipite
& on le fixe pour lui faire perdre
sa blancheur & découvrir le rouge
éblouissant qu'il renferme.
Cette couleur rouge indique un soufre d'or parfait; on en fait l'extraction
avec du vinaigre distillé qu'on fait ensuite
évaporer, & l'on y joint un esprit
métallique pour lui donner une
vertu fixative & pénétrative.
Si vous avez le bonheur de réussir dans le choix de l'esprit métallique,
que vous devez conjoindre avec ce
soufre d'or antimonial, vous aurez
dans peu de temps une médecine, qui
guérit, comme par miracle, toutes
les maladies du corps humain, & convertit

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P H I L O S O P H I Q U E. 137
tous les métaux imparfaits en or
ou en argent parfait.
Le fer contient aussi un soufre précieux & qui est absolument nécessaire
à la composition du magistère; mais
les Philosophes n'ont jamais enseigné
la vraie manière de le préparer.
Ce métal est d'autant plus essentiel dans la composition de la pierre triangulaire,
qu'il contient intérieurement
le véritable argent philosophique avec
un vrai soufre d'or. Voilà pourquoi
l'on prétend que le fer est hermaphrodite,
l'argent qu'il renferme étant la
femelle; & le soufre d'or le mâle philosophique
qui opère la coagulation de
la pierre transmutative.

DE LA TRANSMUTATION
DES METAUX.
La transmutation des métaux se fait par la voie universelle, ou par un moyen
particulier.
La première transmutation se fait par le moyen d'un fluide mercuriel-
arsenical, tiré d'une terre styptique &
martiale, qui est composée d'un arsenic
métallique très pur & d'un soufre
de nature fixative. On la réduit en

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138 D I S C O U R S
réalgar par le moyen du feu on la
fait digérer pour la rentre fusible,
pour la fixer, & la convertir en élixir
ou teinture.
La seconde transmutation se fait avec une terre fixe, fusible, subtile, d'une
nature astringente.
La première transmutation se fait par le moyen d'une substance métallique
qui contient la médecine composée
avec le fluide mercuriel qui est
analogue à tous les métaux. C'est
pourquoi lorsqu'on fait la projection
de cette médecine, elle s'insinue dans
les métaux comme de la cire; elle les
pénètre avec son ferment mercuriel,
les tempère & les rend parfaits. Sa
vertu est si grande, qu'une partie projetée
sur mille parties de métal cru,
a la propriété de le mûrir au suprême
degré de perfection, & d'en faire un
or parfait.
La seconde transmutation se fait par la cimentation ou la fusion de l'argent
préparé avec une matière terreuse &
métallique, qui a une vertu styptique
& fixative, qui absorbe toute l'humidité
du mercure d'argent, resserre
ses pores, & lui donne la chaleur &
la couleur d'or parfait.

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P H I L O S O P H I Q U E. 139
Dans ces deux transmutations, rien ne peut se faire sans le secours de la
terre mercurielle-arsenicale ou la terre
martiale-arsenicale.
La voie universelle est très longue, tandis que la particulière est très
courte.
Les Philosophes ont réuni ces deux voies par le moyen d'un sentier qui
communique de l'une à l'autre.
Ce moyen de réunion n'est autre chose que le mercure des Philosophes
qui contient le sel de nature. Ce sel
est résolutif quand il est acué & animé
avec une terre martiale & un soufre
philosophique qui contient le germe
de l'or; mais il faut encore y joindre
un ferment naturel. Tout le secret
consiste dans la préparation, séparation,
purification & conjonction de la
matière.
La préparation consiste dans la séparation des parties terreuses, grossières
& hétérogènes qui se trouvent mêlées
avec les esprits subtils; il n'y
a pas d'autre moyen pour réussir que
la calcination dans un four de verrier
ou au feu de réverbère. Cette opération
étant indispensable, nous la remettrons
de temps en temps sous les

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140 D I S C O U R S
yeux du Lecteur, afin qu'il ne l'oublie
pas.
La conjonction se fait par le moyen des distillations & cohobations réitérées
jusqu'à ce que la matière, de fixe
qu'elle était, soit rendue volatile,
spiritueuse & ignée.
Ceux qui auront le bonheur de réussir dans ces opérations préliminaires,
pourront, avec l'aide de Dieu, parvenir
à la fin du magistère, en faisant
cuire la matière selon l'art.
Ces deux voies présentent deux sujets, & deux opérations différentes;
mais il ne faut jamais perdre de vue
que ces deux sujets ou matières différentes
sont contenues dans le règne
métallique. Dès qu'on a le bonheur de
les connaître, il faut les faire fondre
dans un creuset avec un feu de flamme
violente pour les rendre styptiques.
Après la fusion, la partie mercurielle
se précipite au fond du vase & les scories
surnagent & se calcinent.
Flamel recommande d'avoir un grand soin de ces scories; il conseille de les
mettre dans un mortier de fer, pour
les piler & les laver avec de l'eau
bouillante qu'il faut renouveler jusqu'à
ce qu'elle soit claire. On conserve

@

P H I L O S O P H I Q U E. 141
toutes ces eaux, on les filtre & fait
évaporer pour en retirer le sel fixe
qu'il faut conjoindre avec le mercure
qu'on a extrait de la même matière.
Voilà le double mercure ou l'hermaphrodite des Philosophes. Cette
préparation indique assez clairement
la matière, quoiqu'elle ne soit pas
nommée. On voit bien que ce ne peut
être qu'un métal fusible qui contient
beaucoup de matières terreuses qu'on
sépare par la calcination pour dégager
le mercure philosophique qui y est
contenu.
Voilà la nymphe arsenicale & saline; à cette époque, elle refuse de s'amalgamer
avec le mercure vulgaire; mais il
existe un moyen qu'on peut employer
pour les rendre amis: car l'Art surpasse
la Nature en bien des occasions, sans
cependant sortir de ses principes. Il faut
sublimer ce double mercure pour lui
couper les ailes, & l'on en fera tout
ce qu'on voudra; il se prêtera à toutes
les volontés de l'Artiste, qui, s'il a
assez d'intelligence, saura bien en tirer
un bon parti, en l'amalgamant avec
du mercure vulgaire, qui affaiblira le
trop grand feu du double mercure,
& l'empêchera d'agir si promptement,

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142 D I S C O U R S
afin qu'on pût lui faire subir toutes les
opérations nécessaires pour en faire une
matière pure & parfaite.
Pour lors, on pourra l'appeler triple, parce qu'il est composé de trois
substances différentes, qui néanmoins
sortent toutes du même principe. Voilà
le bain du roi ou de l'or; mais ce
métal doit être bien pur pour y entrer.
Si vous voulez purifier l'or au suprême degré, faites-le fondre, comme
dit Basile Valentin, avec le loup vorace
qui dévore tous les métaux à l'exception
de l'or. Si vous répétez cette
opération jusqu'à dix fois, vous serez
assuré que si l'or contenait quelques
matières hétérogènes, elles auront été
dévorées par le loup dans ces différentes
fusions.
Faites ensuite passer cet or par toutes les opérations philosophiques; animez-le;
faites paraître les aigles par le
moyen du plomb, du borax & de l'arsenic
coagulés qui se trouvent dans la
matière.
Si, lorsque cette matière est en fusion, vous y ajoutez du mercure vulgaire,
il devient aussitôt arsenical &
résolutif. Si ensuite vous séparez ce

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P H I L O S O P H I Q U E. 143
mercure par la distillation, il aura toujours
une qualité & une nature bien
différente du mercure vulgaire de la
classe duquel il est sorti.
Vous pouvez amalgamer ce mercure avec de l'or & de l'argent préparés,
& les faire cuire dans l'oeuf
philosophique, pour en faire une teinture
qui a des vertus incomparables.
Les Philosophes connaissent un moyen de mercurifier cette matière,
sans adjonction de mercure vulgaire,
en séparant la terre arsenicale qui opère
les mêmes effets que l'arsenic commun.
Cette même terre a la propriété de réduire les cornes d'argent en mercure
coulant, & ils convertissent ensuite ce
mercure en or parfait.
Mais venons actuellement aux scories de cette matière; quand elles sont
dépouillées de mercure & d'arsenic,
on peut les considérer comme une terre
martiale & un soufre incombustible.
La partie martiale dans cette opération, cède son soufre arsenical &
mercuriel à la partie antimoniale, &
celle-ci cède, en même temps, son
soufre phlogistique à la partie martiale,
& les deux extrémités métalliques se

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144 D I S C O U R S
rencontrent dans cette opération, dont
le résultat est que les scories sont aussi
précieuses que la partie qui se convertit
en mercure fluide.
Si l'on fait dissoudre ces scories dans l'eau régale, il se précipitera un soufre
fixe & incombustible, entièrement
semblable à celui qu'on sépare de l'antimoine
avant sa réaction.
Si l'on fait dissoudre la partie mercurifiée avec les scories, il en résulte
un soufre à la vérité, mais d'une nature
bien différente de celui qui provient
des scories.
Il paraît que la partie mercurielle donne son soufre incombustible à la
partie martiale, à cause de sa qualité
styptique & astringente, qui attire
naturellement le soufre commun &
s'en imprègne bien facilement.
L'expérience, d'ailleurs, prouve assez cette sympathie; car le fer se fond
promptement quand on le met sur le
feu avec du soufre commun; si, ensuite,
l'on fait fondre cette matière
avec du tartre, il en résultera une poudre
qui s'enflammera aussitôt qu'elle
sera exposée à l'air. La cause en est
bien évidente: ce n'est autre chose
que le feu martial qui est soufflé &
animé
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animé par le mercure vulgaire qui est
contenu dans cette substance.
Cette petite digression ne sert qu'à donner une idée de la force extraordinaire
de l'antimoine des Philosophes,
qui certainement n'est pas l'antimoine
vulgaire, qui n'entre point dans la
composition du magistère.
L'antimoine des Philosophes étant dissous, donne un mercure coulant
de couleur d'or, qui dissout radicalement
ce roi des métaux, ce que le
mercure d'antimoine vulgaire ne fera
jamais.
Les scories de l'antimoine dont nous parlons, étant exposées à l'air, produisent
un safran éblouissant, quoiqu'elles
soient entièrement dépouillées
de mercure & d'arsenic; c'est
pourquoi l'on ne saurait, en aucune
manière, l'employer à la réduction
des métaux, quand même on y rejoindrait
du mercure qui en a été extrait,
parce qu'elles ne sont pas susceptibles
d'une seconde réaction, ni capables de
recevoir la partie mercurielle qu'on
pourrait leur présenter.
La partie mercurielle, après la séparation, contient le véritable arsenic
des Philosophes, & les scories
Tome I. G
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146 D I S C O U R S
contiennent simplement une terre martiale
qui est entièrement dépouillée de
mercure. Ces deux matières, la partie
& les scories contiennent également
une substance qui est absolument
nécessaire à la composition du magistère.
Si nous séparons bien le soufre phlogistique qui se trouve dans ces scories,
nous aurons le véritable soufre
phlogistique martial de l'antimoine des
Philosophes, ou l'or philosophique.
Ce mercure & cet or étant bien conjoints ensemble, font la matière
ou la véritable teinture qui teint tous
les métaux imparfaits, & expulse du
corps humain toutes les maladies dont
il peut être attaqué.
Voilà une des voies pour arriver au centre de la Philosophie hermétique
dans très peu de temps. Il existe
une autre voie, un autre sujet qu'on
prépare d'une manière différente; mais
il faut employer beaucoup plus de
temps.
On peut retirer le soufre d'or martial de plusieurs sujets, comme des
terres bolaires, & de plusieurs autres
de cette espèce.
Le fer lui-même contient aussi une
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P H I L O S O P H I Q U E. 147
assez grande quantité de ce soufre précieux;
mais pour pouvoir l'en retirer,
il faut commencer par réduire
ce métal en terre, pour en séparer
le mercure, & il faut que cette même
terre ne soit plus réductible en
métal, & qu'il ne soit plus possible
de la sublimer en l'exposant au feu de
réverbère.
Le mercure d'antimoine martial des Philosophes doit être animé avec du
mercure vulgaire pour échauffer la
dissolution; mais il faut les mêler selon
les règles & proportions que Flamel
a détaillées dans ses ouvrages.
L'or & le soufre martial philosophique doivent aussi fermenter ensemble
selon les règles philosophiques.
Le magnétisme martial & mercuriel est bien visible; si on le prépare convenablement,
il peut absorber & précipiter
le mercure vulgaire dans très
peu de temps.
Tout le succès de cette opération dépend de la préparation du safran
& de la quintessence martiale antimoniale
philosophiques: l'âme du mercure
des Sages est contenue dans ces
deux substances. Il faut surtout, que
la matière soit préparée de manière
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148 D I S C O U R S
qu'il ne soit plus possible en aucune manière
de la réduire en corps métallique;
car si l'on pouvait la faire fondre &
la réduire en métal, au lieu de teindre
l'argent en couleur d'or, elle le
teindrait en noir & lui donnerait une
lèpre dont il serait bien difficile de le
guérir.
J'ai fait autrefois quelques opérations avec cette matière: j'ai acquis
un safran qui, étant mis à la coupelle,
avec de l'argent, ne produisait pas de
l'or, mais j'en retirais une substance
martiale infiniment plus précieuse que
l'or.
Suathen dit, que les premières scories de l'or martial contiennent un
arcane, & que les scories de la terre
martiale sont de peu de conséquence,
& qu'on n'en peut faire qu'un mauvais
fer en les travaillant par elles-
mêmes; mais si on leur fait subir la
réaction en les imbibant, il est certain
qu'on les ouvrira assez pour donner
entrée à l'or & à l'argent.
Ceux qui travaillent dans les minières hermaphrodites, remarquent
tous les jours un arsenic mercuriel
vierge; ils peuvent le recueillir & le
purifier. S'ils savaient y joindre une

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terre martiale sublimée, selon les proportions
que Flamel a indiquées, ils
auraient bientôt une médecine parfaite.
On peut voir, par ce que nous venons de dire, que toutes les matières
minérales qu'on tire des entrailles de
la terre, sont dans le commencement
une terre calcaire, des vapeurs arsenicales,
ou un composé de trois corps.
La matière excède dans la pierre hématite, le talc, la tuthie, dont on
ne prend que la vapeur métallique.
Si l'arsenic est coagulé, on n'en prend que le soufre arsenical, & non
la terre, parce que ces deux substances
sont disposées en corps qui tend
à se convertir en plomb, en antimoine,
ou en vif-argent.
Lorsque la terre métallique est bien mêlée, il en résulte du fer, du cuivre,
de l'or ou de l'argent. On connaît
la nature des métaux par la dissolution;
les uns, comme l'or, doivent
être dissous dans l'eau régale,
d'autres dans l'eau-forte.
La cause de la dissolution des métaux dans les eaux corrosives, ne provient
pas de la distillation des sels qui
sont raréfiés; mais la véritable cause
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150 D I S C O U R S
consiste dans quelques particules de
terre analogues aux métaux, & les
particules se trouvent dans le sel de
nitre & dans le sel commun.
Voilà la seule raison pour laquelle les métaux subissent une réaction avec
l'esprit de nitre & de sel commun,
parce que ces deux sels contiennent un
mixte, un liquide solutif, cristallin,
salin & analogue aux métaux.
Le nitre contient, outre cette terre homogène, des particules de soufre
ou terre grasse & sulfureuse. Le sel
commun contient des particules de
terre arsenicales ou sulfureuses qui
se manifestent sous la forme d'un précipité
rouge; mais ce signe paraîtrait
bien plus visiblement, si l'on faisait
distiller de l'esprit de nitre avec du
mercure, pour-lors on remarquerait
des particules de soufre aussi rouges
que le plus beau cinabre.
Quand on fait distiller de l'esprit de nitre avec des raclures de plomb, il en
résulte un verre très rouge & fusible
à une faible chaleur, comme la cire.
La cause de cette vitrification est dans
le soufre du nitre qui opère puissamment
& promptement sur le plomb.
Une dissolution d'argent mêlée avec
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l'esprit de sel commun, produit les
cornes d'argent, qui ne sont autre chose
qu'un arsenic antimonial; elles sont fusibles,
comme la cire. Le soufre arsenical
produit cet effet.
Voilà pourquoi l'esprit de nitre dissout tous les métaux qui, dans la cémentation
ou liquéfaction, découvrent
toujours leur soufre, qui est divisé par
l'esprit de sel qui attire le mercure &
le soufre qui se réduisent en cinabre
pendant la cuisson ou fermentation.
Le mercure sublimé se dissout dans l'eau-forte & dans l'eau régale, ainsi
que l'antimoine & le fer. Le soufre de
ces métaux, de même que ce sel, sont
altérés dans la fusion ou la cémentation,
lorsqu'on y joint de l'esprit de
nitre ou de sel commun.
On emploie ces esprits dans la voie humide & liquide, comme on emploie
le soufre & le sel commun dans la
voie sèche; ces liqueurs, d'ailleurs,
ne sont autre chose qu'un sel liquide
& aqueux.
Les métaux désirent naturellement le soufre & le sel comme leurs principes
fondamentaux. Le soufre blanc
& rouge, arsenical & mercuriel, ont
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152 D I S C O U R S
toujours une grande sympathie avec les
métaux.
Les pierres sont formées par le limon de la terre dès le commencement
du monde; c'est pourquoi l'on
peut dire avec vérité, qu'elles ne sont
autre chose qu'une terre grasse, pierreuse,
sablonneuse & nitreuse coagulées
& cuites par une chaleur centrale.
Les métaux s'engendrent dans certains temps & dans des lieux où il n'y
en avait jamais eu auparavant.
Les minéraux peuvent être régénérés, parce qu'ils sont composés de vapeurs
métalliques, comme le plomb,
le vif-argent, l'antimoine, le soufre &
l'arsenic.
Si, par le moyen de l'art nous savions imiter la Nature, nous pourrions faire
des métaux avec les principes de la
terre antimoniale, de la même manière
que la Nature en fait sous nos yeux.
On peut même avec l'art surpasser la Nature, quand on sait bien employer
ces principes, en atténuant & en purifiant
bien la matière, & en observant
bien les proportions, en faisant
des mélanges par principes, en cuisant,
en digérant avec un feu naturel.

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La Nature produit continuellement un soufre blanc & rouge, gras & arsenical
dans les entrailles de la terre;
ce soufre est un sel de nitre dans le
commencement, & dans la suite, il
devient sel commun.
L'air est le siège du sel de nitre, & la mer celui du sel commun: ces deux
sels sont engendrés par le soleil; ils
sont le principe éloigné de tous les
corps métalliques.
Beccher, dit que le monde est enchaîné avec du sel de nitre, du sel commun,
& des atomes qui se développent
par le moyen des éléments combinés.
La mer est le symbole de la terre; elle est remplie d'élixir qui est contenu
dans son sel.
Le sel de nitre contient une terre simple & sulfureuse; le sel commun
contient un mercure qui engendre l'argent.
Cette même terre a la vertu de
teindre l'argent en or le plus pur.
Il existe une vertu magnétique entre le sel de nitre & le sel commun, plus
forte que celle de l'aimant avec le fer.
Le mercure est aussi l'aimant de l'or,
qui est attiré avec une force étonnante
par ce métal volatil.
Tous les métaux sont l'alphabet de G v
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