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la Philosophie hermétique. Les minéraux
peuvent également conduire un
disciple d'Hermès, à de très grandes
découvertes, on peut les considérer
comme autant de coupes pleines d'élixir
incombustible.
Le soleil préside à toutes les générations; sans lui, il ne s'en ferait aucune;
c'est lui qui fait développer tous
les germes qui sont contenus dans les
éléments.
La Nature a un si grand soin de toutes les créatures, qu'elle leur a
donné tout ce qui est nécessaire à leur
conservation.
Un homme bien portant peut tirer de son urine un aliment pour se soutenir
chaque jour, pourvu qu'il ait
la manière de la travailler & l'appliquer
convenablement.
Il existe bien peu de remèdes qui puissent procurer une grande réputation
à un Médecin ordinaire. Nous
pouvons vivre avec bien peu de chose;
si donc nous avons de quoi vivre, nous
couvrir, devons-nous être dans l'inquiétude?
Les réflexions suivantes sont un supplément, ou pour mieux dire, une explication
de ce que nous avons dit

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précédemment: celui qui a l'esprit &
le corps sain, y trouvera le moyen de
conserver sa santé & de prolonger sa
vie; on doit regarder ces deux objets
comme un trésor incomparable.
La vie & la santé sont contenues dans l'esprit universel.
L'unique fomentation est contenue dans la mer universelle; par la seule
raison qu'elle est salée, elle renferme
des trésors, elle contient les principes
& les germes de l'or & de l'argent
dans une quantité inépuisable.
L'air libre contribue beaucoup à mercurifier les minéraux & demi-minéraux.
Corneille Agrippa a nommé un sujet dans ses écrits; c'est une matière
vulgaire qui a la vertu d'attirer cet
esprit si salutaire. On en attire abondamment
dans un moment.
Cet esprit universel est si puissant, qu'il guérit presque tous les maux par
sa seule vapeur & odeur; il est caché
sous une forme aérienne, aqueuse,
terreuse & saline. On l'attire de l'air
avec un aimant; il est aussi contenu
dans la rosée & l'eau de pluie.
Borelli a trouvé le moyen de dissoudre l'or avec la rosée du mois de Mai,
G vj
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préparée, & avec l'eau de pluie putréfiée
& distillée. Lorsque l'eau de
pluie, & de tonnerre surtout, est concentrée,
elle donne un esprit qui répand
une odeur suave. Ce même esprit
est un véritable feu; il est aussi
ardent que l'esprit de vin; mais il a
des propriétés bien différentes. L'esprit
de rosée & d'eau de pluie ont la propriété
de dissoudre l'or sans ébullition;
ils guérissent aussi d'une manière merveilleuse
une grande quantité de maladies.
La classe minérale contient aussi des décomposés, qui changent de nature
quand on leur fait subir certaine opération.
Le plomb, par lui-même, n'a aucune saveur; l'esprit de vinaigre est
un acide pénétrant.
Tous les mélanges peuvent faire un composé ou un décomposé qu'on peut
faire devenir plus doux que le sucre.
L'esprit de sel de nitre, avec l'argent, devient un sel moyen. L'argent,
dans cette opération, donne ce qu'on
appelle vulgairement les cornes d'argent,
dont la vertu ne nous est pas
encore parfaitement connue.
L'antimoine cru n'opère pas sensiblement
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par lui-même; mais quand on
le mêle avec des sels, il devient un
puissant vomitif, purgatif & diaphorétique.
Le vif-argent cru n'opère presque jamais le moindre effet quand on le
prend; mais si on le mêle avec des
sels, tantôt il devient corrosif, tantôt
doux, d'autres fois diaphorétique.
L'or cru n'opère pas d'effets sensibles dans le corps humain; mais si l'on
en fait la décomposition par le moyen
d'un certain esprit qui divise les trois
principes dont il est composé, il devient
ce qu'on appelle or potable, qui a des
vertus admirables; il a une force astringente
& fortifiante, c'est un alexipharmaque
& un excellent cordial.
Il en est de même des autres métaux crus ou mêlés avec un menstrue
convenable. Ils ont la vertu de dissoudre
& coaguler philosophiquement:
ils peuvent fournir un dissolvant qui
n'est point un corrosif. On en retire
une essence douce & d'une odeur
suave.
Nous devons examiner soigneusement la Nature, & tâcher de voir d'où sortent
les trois principes de l'or; c'est
là où nous devons puiser l'esprit universel

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qui fait végéter toutes les plantes;
& croître tous les métaux.
En triturant l'or par lui-même, on peut le réduire en huile; plusieurs
autres sujets sont également réductibles
en huile par eux-mêmes; cela arrive
& doit arriver nécessairement, parce
que l'esprit universel s'incorpore avec
toutes les choses qui sont de sa nature.
La terre limoneuse, grasse, & le lut bleu contiennent un esprit qui a des
propriétés merveilleuses, dont Beccher
a parlé dans sa Physique souterraine.
Les pierres à feu, les cailloux les plus durs, contiennent une grande quantité
d'esprit universel, qui a la vertu de
guérir une grande quantité de maladies
dangereuses; en un mot, il peut
tenir lieu d'or potable.
Cet esprit est aussi contenu dans une infinité de métaux & minéraux; c'est
pourquoi l'on dit, que c'est une bonté
infinie qui se trouve par tout, même
dans les lieux communs où il est mêlé
avec les excréments, dont on peut,
comme on fait en Angleterre & ailleurs,
retirer une bonne médecine végétative
& restaurative; mais l'esprit qu'il faut
employer pour faire la médecine universelle,
est bien plus libéral que celui

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qu'on retire des lieux communs, quoiqu'il
contienne des perles précieuses.
Les pauvres comme les riches peuvent
l'acquérir; mais il faut un aimant de
sel pour l'attirer. Ceux qui auront le
bonheur de connaître ce sel, pourront
facilement faire la médecine universelle.
Quand on met ce sel dans une cornue pour le faire distiller, on en retire un
esprit qui est plus rouge que le cinabre;
il a le goût de l'esprit de vin; il en a
l'odeur; il est moins piquant sur la
langue, & contient des propriétés admirables;
c'est un véritable élixir cordial,
qui rétablit les poumons & attire
la teinture de l'or, qui reste ensuite
aussi blanc que l'argent.
Ce sel contient des parties terrestres & aqueuses dont il faut le dépouiller,
& on n'en retirera jamais le moindre
avantage, si l'on n'en fait une parfaite
analyse. Il faut ensuite le fixer pour en
extraire le soufre qu'il contient: on
fait paraître ce soufre sous la forme
d'une huile très douce, qui renferme
le germe de l'or.
Si l'on joint ce sel avec de l'eau, le composé est un acide philosophique:
c'est une terre sulfureuse élevée, comme
l'eau forte & l'esprit de nitre nous

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le prouvent; car nous voyons que le
sel de nitre congelé dans sa forme
solide, n'est pas un corrosif en lui même;
l'esprit qu'on en retire est un acide
très puissant pour séparer les métaux;
mais il ne les pénétrera jamais jusqu'au
centre, c'est-à-dire, que leur soufre
ne peut être dissout avec ce menstrue.
On préfère d'employer le sel commun à tout autre sel, pour assaisonner
les aliments, parce qu'il contient moins
de soufre.
Le sel de nitre, au contraire, contient une si grande abondance de soufre,
qu'il détonne; lorsqu'il est divisé on en
retire un horrible corrosif, qui divise
non-seulement les métaux, comme
nous venons de le dire, mais aussi les
pierres les plus dures, parce que toute
la substance de ce sel est élevée dans
la distillation.
L'esprit de nitre réduit en eau par une raréfaction, peut être réduit en
une masse solide par une manipulation
bien simple.
Il en est de même du sel commun & de son esprit; c'est pourquoi il est bien
difficile de parvenir au centre & au
niveau de ces deux sujets généraux.
Faites paraître le vert-de-gris, qui
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est le mâle, sur son sujet féminin; cette
verdure est admirable, c'est un soufre
qui est produit par un sujet combiné;
c'est le caractère des deux sujets généraux
réunis ensemble, qui se manifeste
sous la verdure.
Ces signes, ces couleurs qui paraissent sur des sujets étrangers, sont,
pour un commençant, une lumière qui
peut le conduire au temple de la Philosophie
hermétique, dont la porte est
ouverte à quiconque sait tirer la quintessence
de l'azoth, dont il faut séparer
les parties terrestres, grossières & hétérogènes,
en distillant, en cohobant,
& en rectifiant.
Les deux sels ou sujets généraux dont nous parlons, contiennent une matière
qui a la vertu de séparer, digérer &
mûrir l'argent, & le teindre en or dans
toute l'étendue de son corps, par la
seule raison que ces deux sujets contiennent
un véritable argent pur & fixe.
Si nous avions de l'or exalté, nous pourrions y ajouter de l'argent fixé au
point de pouvoir résister à l'eau forte.
Si nous pouvions nous procurer ces
deux sujets, nous aurions de quoi faire
ce qu'on appelle un bon particulier,
qui sans être comparable au grand

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oeuvre, ne laisserait pas d'être une
source de richesses.
Géber parle de ce secret dans son livre du Fourneau, chap. 18, & pour
réussir dans cette opération, le même
Philosophe dit, sous le voile de l'énigme,
qu'il faut extraire la teinture
jaune de l'or, & la projeter sur de
l'argent en fusion. Cet argent sera aussitôt
teint en or pâle, qu'on peut rendre
jaune facilement par le moyen de l'esprit
de nitre, ou en le faisant fondre
avec l'antimoine, ou avec du cuivre
rosette, dont l'or attirerait la teinture.
La composition du menstrue avec lequel un Anglais tirait la teinture de
l'or pour l'opération précédente, se
trouve dans le Livre de Boyle.
Paracelse a aussi donné un secret particulier, très véritable, dans son
Livre des Vexations, dans le second
Supplément. Ce secret consiste dans un
mélange de métaux avec du vif-Argent.
On fait un amalgame qu'on triture fortement,
& on le fait digérer.
On fait aussi une opération avantageuse, en cohobant du vif-argent sur
du cuivre. La trituration convertit le
mercure en poudre, qu'on réduit en
corps de plomb, selon les degrés de

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mixtion qu'on doit observer; & c'est
sur ces règles qu'on trouve dans les
ouvrages de ces deux Philosophes,
qu'un commençant doit réfléchir, s'il
a envie de faire du progrès.
Tous les sels volatils sont réellement urineux, & de même nature,
comme tous les sels fixes sont alcalins;
ils ne diffèrent guère entre eux que par
leur qualité spécifique. Ils sont tous huileux,
& ne diffèrent que par l'odeur;
c'est pourquoi ils sont presque tous de
même nature.
Il en est de même des esprits ardents dont le flegme & le caput mortuum ont
presque tous la même qualité.
Boyle & Pancard, disent, que pour opérer la transmutation des métaux,
il faut extraire des corpuscules métalliques,
& les préparer à cet effet.
Beccher assure, que le fondement des métaux consiste dans une terre
triple, dont le mélange produit un métal;
mais pour extraire la quintessence
de cette matière, il faut la décomposer.
Ces trois terres métalliques se trouvent par toute la terre, dans les abîmes
les plus profonds, dans le fond de la

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mer, aussi bien que dans les entrailles
de la terre.
Quand on a eu le bonheur de connaître cette matière, qui est l'azoth
des Philosophes, il faut la calciner,
la mercurifier, & réduire ce mercure
en première matière; & l'on aura le
véritable dissolvant de l'or, qui se fond
dans cette liqueur, sans ébullition,
comme du beurre ou de la glace dans
l'eau chaude, parce que l'un & l'autre
sont homogènes, & sortent du même
principe.
Quand nous cherchons l'azoth des Philosophes, nous ne devons avoir
d'autre motif que celui de glorifier
Dieu, de pourvoir à notre conservation,
& de soulager les pauvres, qui
sont les Membres de Jésus-Christ. Il
faut éloigner de nous tout ce qui peut
être contraire à la Religion, nous soumettre
entièrement à la morale de
l'Evangile, & sur-tout, bannir de notre
esprit toute affection pour les richesses,
qu'il ne nous est pas permis de désirer
pour aucun autre motif, que pour celui
de soulager les pauvres, les veuves
& les orphelins, surtout, si nous avons
le nécessaire à la vie.

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La connaissance de ce trésor ne peut venir que de Dieu, qui l'accorde à
celui qui a toutes les dispositions nécessaires
pour en user avec prudence;
car Dieu ne permettra jamais qu'un
impie, un voluptueux & un homme
sans foi, soit possesseur d'une chose
aussi précieuse, pour l'employer à nourrir
son orgueil en vexant & écrasant les
gens de bien qui sont dans la peine, &
dont le sort malheureux ne le toucherait
en aucune manière.
Nous ne devons pas ignorer que nous ne trouverons pas le dissolvant
de l'or dans la première chose qui peut
nous tomber sous la main, quoiqu'il
se trouve partout; car il faut choisir
un sujet analogue avec l'or & l'argent,
& qui soit d'une nature métallique.
Il faut considérer que toutes les choses sublunaires contiennent une eau
visqueuse & minérale, d'un goût un
peu piquant sur la langue. Voilà à-peu-
près la définition du dissolvant de l'or,
ou le menstrue universel. La matière
qu'on doit employer, ne peut être que
l'esprit universel, qui produit tout ce
qui conserve tout; mais cet esprit universel
est invisible, c'est pourquoi il

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n'est pas possible de l'acquérir sous sa
forme spirituelle.
Il faut donc prendre la masse solide dans laquelle il réside; cette masse solide
est un corps métallique, où l'esprit
universel est adhérant; prenons ce
corps métallique, calcinons-le pour
en extraire l'esprit universel, & nous
serons bientôt possesseurs de la médecine
universelle.
Nous avons déjà dit plus haut, que la terre est la première matière de
tous les êtres. La terre est la base de
tous les métaux, des minéraux, des
pierres, du sable & des cailloux; mais
tous ces corps ont été formés d'une
terre plus ou moins pure; l'azoth philosophique
dois avoir été formé d'une
terre très pure, nous pourrons reconnaître
cette vérité en le décomposant;
car tous corps après sa dissolution ou
décomposition, retourne en sa première
matière, l'homme, lui-même, qui est
l'image de Dieu, l'homme, dis-je, a
été formé de terre très certainement,
puisque nous voyons tous les jours
dans les cimetières, que les hommes
retournent en terre, & redeviennent
réellement terre après leur mort, c'est-

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à-dire, que l'homme, après sa mort
reprend sa première forme.
La terre est donc évidemment la matière universelle dont tous les êtres
sont formés; c'est elle qui les conserve;
c'est dans les cavernes de la terre qu'il
faut chercher l'esprit universel, ou du
moins, l'aimant naturel pour l'attirer
& le réunir.
Voilà, à-peu-près, tout ce qu'on peut dire de plus positif sur ce sujet;
nous n'avons omis aucune circonstance
essentielle. Nous déclarerons ci-après
la manière de procéder; mais nous
prévenons nos Lecteurs qu'il ne nous
est pas permis de parler d'une manière
plus intelligible, & que nous emploierons
les allégories philosophiques pour
déclarer certaines opérations.
Après avoir reconnu la matière de la pierre par sa décomposition, comme
nous venons de le dire, il faut la piler
dans un mortier pour en faciliter la
calcination. On peut, sans crainte le
calciner au fourneau de réverbère, &
même dans un four de verrier, parce
que la matière de la pierre est comme
la salamandre qui ne craint point le
feu; c'est l'expression de tous les Philosophes.
Tirez ensuite le sel fixe de la

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chaux en lessivant, faites ensuite bouillir
la lessive jusqu'à réduction de moitié;
remplissez le vase avec une pareille
lessive, & faites-la encore bouillir jusqu'à
réduction de moitié. Il faut répéter
cette opération jusqu'à huit fois.
Après cela, vous aurez un sel parfait, c'est ce que les Philosophes appellent
eau qui ne mouille pas les
mains; sans cette eau, rien ne pourrait
croître dans le monde. Voilà un
des plus grands secrets des Philosophes;
voilà l'esprit universel corporifié, &
dont on peut se servir pour guérir les
maladies les plus dangereuses. Voilà
l'opération philosophique qu'on dit être
l'ouvrage des femmes, parce que c'est
une lessive, parce que ce sont les femmes
qui font la lessive.
Ce sel, ainsi préparé, est le véritable sel de la terre, qui, aux yeux, ne
paraît qu'une seule & même chose;
mais il en contient cependant trois
différentes avec les quatre éléments.
1°. Il contient d'abord un esprit volatil & fixe en même temps, quoiqu'il
ne soit que d'une nature moyenne.
2°. Il contient un sel ammoniac ou sel volatil.
3°. Il renferme une substance saline, fixe,
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fixe, alcaline. Voilà ce qui est contenu
dans la substance du sel philosophique,
qui est le Symbole de la très Sainte
Trinité.

PREPARATION DE L'ESPRIT DE SEL PHILOSOPHIQUE.
Prenez trois livres de sel philosophique, broyez-le avec une livre de
la terre calcinée dont il a été tiré;
arrosez-les avec de l'eau de pluie d'été;
broyez le tout jusqu'à consistance de
pâte, dont vous formerez des boules
de la grosseur d'une petite noix: faites-
les sécher à l'ombre, mettez-les dans
une cornue de terre, & faites distiller
l'esprit de sel philosophique selon l'art.
La partie volatile du sel se sublimera & s'attachera au col de la cornue.
Quand votre vase sera refroidi, vous
détacherez le sublimé avec une plume,
& vous le mettrez dans l'esprit, où il
se dissoudra & s'incorporera promptement;
parce que l'esprit & le sel volatil
sont de la même nature.
Vous continuerez cette opération avec les autres parties de sel philosophique,
en les incorporant, comme ci
Tome I. H
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dessus, avec un tiers de terre calcinée;
& de l'eau de pluie, pour en faire des
boules, dont vous tirerez l'esprit &
le sel volatil, jusqu'à ce que vous en
ayez en quantité suffisante.
Vous mettrez ensuite tous les esprits & les sels sublimés, dans un matras de
verre, avec un chapiteau à bec & un
récipient bien luté; placez le vase au
bain-marie, ou sur les cendres chaudes,
pour séparer les flegmes & bien
rectifier votre liqueur.
Il faut observer que ces esprits sont violents; c'est pourquoi on ne doit jamais
laisser moins de vide que la moitié
du vase, autrement il se briserait
avec une explosion épouvantable.

PREPARATION DU SEL FIXE PHILOSOPHIQUE.
Après avoir ainsi tiré l'esprit & le sel volatil du sel philosophique, vous trouverez
une tête morte au fond de votre
cornue, dans laquelle tout le sel fixe
philosophique est contenu avec des
parties terreuses, dont il faut le délivrer
en lessivant avec de l'eau de pluie
distillée. Il faut ensuite filtrer la dissolution,
la faire évaporer, & le sel fixe

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restera au fond du vase évaporatoire.
Ce sel sera aussi blanc que la neige,
& se fondra, comme de la cire, à une
chaleur douce.
Après cette opération, d'une seule chose, qui est l'azoth des Philosophes,
vous en aurez fait trois, qui sont le
corps, l'âme & l'esprit tirés du même
sujet. Conservez-les séparément pour
les réunir quand il faudra, avec une
partie de sel fixe, réduit en poudre
impalpable. Vous renfermerez le tout
dans un pélican bien luté, & vous
ferez digérer la matière sur les cendres
tièdes pendant quarante jours.
Pendant la digestion, vous verrez que les trois principes se réuniront &
se convertiront en mercure philosophique,
par le moyen duquel vous
pourrez réduire l'or calciné, en sa première
matière, vous n'aurez plus d'autres
opérations à faire que celle de
conduire cette matière au degré de
teinture parfaite par le moyen d'un
feu gradué, selon les circonstances &
les différentes couleurs que vous verrez
paraître.
Voilà ce qu'on appelle menstrue où dissolvant universel, qui dissout généralement
tous les métaux, les minéraux,
H ij
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les pierres, les gommes, & qui
s'unit & s'incorpore avec toutes ces
matières, dont aucune ne s'y conjoint
plus facilement que l'or, qui, dans ce
bain salutaire, rajeunit comme l'aigle
dans sa vieillesse pour engendrer un
enfant infiniment plus brillant & plus
parfait que son père & sa mère.
L'or se lave d'une manière miraculeuse dans ce bain, s'y rafraîchit & y
reprend sa forme primitive. Il y reprend
un nouveau corps beaucoup plus parfait
que celui qu'il avait auparavant.
Voilà une idée des propriétés admirables du mercure des Philosophes,
qui n'a pas besoin du secours d'aucune
autre matière étrangère; celle
que nous venons d'indiquer suffit pour
lui donner cette force; c'est pourquoi
nous devons conclure, que tous les
procédés qui enseignent des mélanges
de différentes drogues, sont faux.
Notre mercure ne germe ni ne fructifie que dans le cas où il est joint à une
substance analogue à sa nature: l'or &
sa semence doivent être déposés dans
leur matrice convenable, comme il
arrive à l'égard des végétaux & animaux;
car si le grain de froment n'est
pas mis en terre, c'est-à-dire, dans

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P H I L O S O P H I Q U E. 173
sa matrice, il ne germera jamais, parce
que la terre est la seule matrice des
végétaux.
Par la même raison, l'or doit être déposé dans une matrice métallique
du même genre; autrement il ne germera
ni ne fructifiera jamais.
Il y a beaucoup de personnes qui prétendent, qu'on peut faire la pierre
avec le vif-argent vulgaire, sans adjonction
d'aucune autre matière; ces mêmes
personnes fondent leurs prétentions
sur ce que dit Géber, qu'on
peut faire toutes choses avec le vif-
argent seul; cependant tous les Philosophes
ont assez fait comprendre qu'il
faut réduire le vif-argent en sa première
matière, & lui faire perdre la forme
qu'il a en sortant de la minière, parce
qu'en cet état, il ne peut servir à rien;
mais quand on l'a réduit en sa première
matière, il suffit de le remettre dans
sa matrice naturelle, pour le faire parvenir
au degré auquel la Nature l'a
destiné lorsqu'elle la* produit.
Il est constant qu'on peut faire de l'or & même la pierre avec le vif-
argent, parce qu'il est la source & le
sperme de tous les métaux; mais il
faut le réduire en sa première matière,
H iij
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174 D I S C O U R S
lui faire faire le tour de la roue philosophique,
& lui faire subir la préparation
& la digestion nécessaires à cet
effet.
La pierre du troisième ordre dissout les corps métalliques, & les réduit
en leur première matière, pour les
unir d'une manière inséparable; c'est
ce qu'on appelle teinture permanente.
La connaissance de cette science vient
de Dieu, qui la donne à celui qui a
les dispositions nécessaires pour en faire
un saint usage, comme nous l'avons
déjà dit.
Le mercure des Sages & la médecine universelle, ne sont qu'une seule &
même chose que Dieu a créée pour
la conservation de la santé du genre
humain, pour le guérir de toutes ses
maladies, & pour lui donner, en même
temps, les moyens de se procurer tout
ce qui peut lui être nécessaire dans le
monde; Mais il faut que vous tiriez
vous-même ce mercure du sujet où il est
caché; vous pourrez le faire paraître
par le moyen de l'art, sans lequel vous
ne ferez jamais un composé parfait.
Toutes les matières qu'on peut résoudre en eau sont de la nature des
sels; car tout sel est une eau coagulée

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qu'on peut résoudre en eau de la même
manière que la glace dans l'eau chaude.
Toutes les matières arides qui ont la propriété de dessécher, sont de l'espèce
du soufre; & toutes celles qui sont
graves & luisantes, sont comprises dans
la classe du mercure vulgaire, qu'il faut
réduire en sa première matière, pour
le rendre mercure philosophique. Cette
réduction est le point essentiel où des
milliers de Chimistes ont échoué; mais
quand on a le bonheur de réussir, il est
absolument nécessaire d'y joindre un
ferment d'or vulgaire; mais purgé avec
l'antimoine, & calciné d'une manière
convenable. Sans le secours de ce ferment,
il est impossible de faire une
teinture métallique.
On emploie de l'or pur, pour faire une teinture rouge; & pour faire une
teinture blanche, il faut prendre de
l'argent de coupelle.
Il est très essentiel d'observer que l'or & l'argent vulgaires qu'on emploie
pour faire les deux ferments,
doivent être entièrement dissous dans
le menstrue ou mercure vulgaire réduit
en première matière. Si l'or n'est
pas entièrement dissout, il ne se réincrudera
jamais, & par conséquent sera
H ij
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176 D I S C O U R S
dans l'impossibilité de se multiplier pour
teindre les métaux imparfaits.
Il faut donc nécessairement réduire l'or vulgaire dans son état naturel,
c'est-à-dire, en eau; alors il ne sera
plus or vulgaire: mais un véritable or
philosophique, tel qu'il a été dans son
origine dans les entrailles de la terre;
car l'or converti en eau, par le moyen
du mercure philosophique, est une eau
de la même espèce que celle dont ce
roi des métaux est formé dans la minière
où elle se congèle par la crudité
de l'air.
Nous avons déjà dit, que dans le temps que le mercure vulgaire se forme
dans les entrailles de la terre, il
existe en premier lieu sous la forme
d'une eau limpide, & nous ajouterons
qu'il tombe en larmes quand la Nature
le produit dans les minières, ou il se
fixe, se cuit & se convertit en métal
par l'odeur du soufre plus ou moins
pur, qui produit tous les métaux parfaits
& imparfaits, selon le degré de
pureté où se trouve ce soufre, lorsqu'il
répand sa vapeur sur le mercure, qui
est sur le point de se métallifier.
Mais quand le soufre de nature ne se trouve pas au degré de perfection

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nécessaire, & bien imprégné de l'esprit
universel, il ne saurait produire de
l'or ni de l'argent; il ne fait que des
métaux bâtards, des minéraux, des
demi-métaux & des pierres.
Les minières abondantes sont toujours redevables de leur existence à
une abondance de soufre, qui opère
toujours une génération métallique
abondante. Lorsque la circulation du
soufre vient à être interrompue, l'eau
métallique ne se fixe plus, ne se congèle
plus, & reflue des entrailles de la
terre au-dehors. Aussitôt que cette
même eau sent la crudité de l'air, sa
chaleur naturelle se concentre intérieurement;
elle se coagule en forme
de plomb liquéfié, en retenant un
mouvement continuel, & c'est ce
qu'on appelle mercure vulgaire.
Pour avoir le mercure philosophique, il faut dissoudre ce mercure vulgaire
ou cette eau métallique, sans
rien diminuer de son poids; car toute
sa substance doit être convertie en
eau philosophique.
Les Philosophes connaissent un feu naturel qui pénètre jusqu'au coeur du
mercure, & qui l'éteint intérieurement:
ils connaissent aussi un dissolvant
H v
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178 D I S C O U R S
qui le convertit en eau argentine,
qui est pure & naturelle; elle
ne contient ni ne doit contenir aucun
corrosif.
Aussitôt que le mercure est délivré de ses liens, & qu'il est vaincu par la
chaleur, il prend la forme de l'eau, &
cette même eau est la chose la plus
précieuse qui soit dans le monde. Il
faut bien peu de temps pour faire prendre
cette forme au mercure vulgaire.
Cette eau ne mouille pas & ne s'attache pas aux mains comme l'eau
commune; quand on la met avec des
métaux imparfaits, elle ne fait que séparer,
d'une manière merveilleuse,
toutes les impuretés dont ils sont remplis;
elle s'unit avec eux, se fixe &
se corporifie en substance métallique.
Il y a deux moyens de faire cette réduction de mercure vulgaire en eau
ou mercure philosophique: les Philosophes
ayant achevé la précédente,
ont observé que la Nature a laissé dans
une substance aqueuse & métallique,
la véritable semence de l'or, & cela
est très évident dans la pratique de la
pierre. On a été convaincu que tout
le règne métallique tend à l'espèce de
l'or & de l'argent.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 179
Il est indubitable que la semence de l'or & de l'argent se trouve dans
le règne métallique; mais dans quel
métal ou minéral chercherons-nous
cette semence? Voilà le point essentiel;
tout le succès dépend du choix:
cela paraît bien difficile à une personne
qui s'attache aux objets extérieurs,
& qui n'a pas le courage de
pénétrer plus avant; mais celui qui
veut se servir de sa raison, doit
bien voir que si l'on veut se procurer
une semence pure & parfaite de
l'or & de l'argent, il faut la chercher
dans l'or & dans l'argent, & que pour
l'extraire de ces corps, où elle est
comme dans une prison, il faut les
ouvrir, les diviser, & pénétrer jusqu'au
réservoir où est renfermé leur
soufre incombustible.
La raison pour laquelle il faut chercher la semence de l'or & de l'argent
dans le corps de ces deux métaux,
est bien évidente. C'est parce qu'ils
sont parfaitement cuits, & qu'aucun
autre métal ne peut leur être comparé
pour la perfection.
Il est bien plus raisonnable de chercher le germe de l'or dans l'or même,
que dans le plomb, comme font
H vj
@

180 D I S C O U R S
tant d'ignorants qui prétendent l'y trouver.
Nous ne pouvons nier, que le plomb renferme un grand arcane; mais il ne
faut pas prendre le plomb vulgaire pour
le plomb philosophique; car le plomb
des Philosophes est un minéral qui
contient deux substances qui produisent
tous les métaux. Ces deux substances
sont l'hermaphrodite qui produit
le mercure des Philosophes par
une vertu magnétique.
L'azoth, ou saturnie des Philosophes, paraît vile, noire, sale; on la
vend à vil prix, parce qu'on ne connaît
pas les trésors qu'elle renferme.
Elle est aussi venimeuse qu'une vipère, quand on ne lui a pas encore
fait subir les travaux préliminaires,
qui sont la calcination & la sublimation;
mais après que cette saturnie a
été purifiée par le feu, son venin se
change en baume salutaire. Le feu la
dépouille de sa peau de serpent, son
odeur insupportable est changée en
une odeur suave qui réjouit lorsqu'elle
vient frapper les narines, parce
qu'elle renferme le plus grand spécifique
dont la base est l'esprit universel
& l'humide radical de tous les métaux.

@

P H I L O S O P H I Q U E. 181
Nous devons adorer les décrets de la Providence qui a voulu cacher une
si belle rose dans une matière aussi sale
& aussi puante. Voilà pourquoi elle
est négligée, méprisée, & connue de
si peu de personnes.
On peut dire que cette matière est un véritable or & un véritable argent
en même temps, parce qu'elle contient
la teinture de ces deux corps parfaits.
On l'appelle Jupiter à cause de son instabilité; elle contient deux sels différents,
l'un volatil & l'autre fixe, qu'il faut
réunir par le moyen d'un lien indissoluble,
pour en faire le mercure philosophique,
qui est le fils unique de l'or.
Voilà la description de l'azoth, ou saturnie des Philosophes, qui est une
matière incombustible, dont on tire
le mercure des Philosophes qui est
coulant, pesant, & semblable au mercure
vulgaire, à la vue seulement.
Le mercure philosophique, quoique semblable au mercure vulgaire,
ne peut cependant lui être comparé
en aucune manière par rapport aux
effets merveilleux qu'il peut produire
après qu'on en a séparé toutes les
parties grossières, & qu'on l'a bien
rectifié par la distillation, après laquelle

@

182 D I S C O U R S
il reste une tête morte au fond
de l'alambic. Cette résidence ne doit
point être rejetée, quoiqu'elle ne
saurait entrer dans la composition du
magistère; car on peut la calciner
pour en extraire l'or pur qu'elle contient
en assez grande quantité pour
qu'on se donne la peine de le ramasser.
Il paraît au premier abord, que cet or pourrait opérer des effets merveilleux,
si on le projetait sur les
métaux imparfaits en fusion; mais on
se tromperait, si l'on prétendait faire
autre chose que de donner une très
légère teinture au métal sur lequel on
le projetterait. Ce ne serait qu'un
mélange d'or avec un autre métal
pour le perfectionner, de la même
manière qu'on allie de l'or avec du
cuivre; il n'y aurait aucune transmutation,
& elle ne pourrait s'y opérer,
parce que cet or n'a point d'entrée,
attendu qu'il n'a pas été mis à mort,
pour être réduit en putréfaction, &
ressusciter ensuite avec un nouveau
corps infiniment plus parfait que celui
qu'il avait auparavant.
Quand les Philosophes eurent trouvé cet or, ils découvrirent bientôt
d'où provenait la véritable source du

@

P H I L O S O P H I Q U E. 183
mercure. Ils semèrent ensuite l'or dans
une terre convenable pour le multiplier
en vertu & en quantité; c'est ce
que les Philosophes appellent rotation.
Ils remettent cette même poudre
avec du nouveau mercure de la première
opération, & la matière passe
par toutes les couleurs dans l'espace
de trois mois; & plus on réitère cette
opération, plus on augmente la vertu
& la quantité de la médecine; mais
en la travaillant de cette manière, il
faut que l'art soit toujours d'accord
avec la Nature à laquelle on donne
des secours pour l'aider à conduire
son ouvrage au point de perfection
dont il est susceptible.
Il existe une semence métallique dans le règne minéral, par le moyen de laquelle
il se fait une putréfaction &
une multiplication dans les minières.
Cette semence fait la même chose dans le règne minéral, que fait la semence
des végétaux que le jardinier
met en terre. Tout dérive d'une semence;
il ne peut exister aucune multiplication
sans semence. Les Philosophes
sont les seuls qui connaissent cette
semence minérale, parce qu'elle est
cachée dans les entrailles de la terre.

@

184 D I S C O U R S
Il n'est pas impossible aux hommes, avec l'aide de Dieu, de découvrir le
minéral qui contient cette semence;
mais il est bien difficile de la tirer de
ce sujet sans l'altérer; car si l'on emploie
des corrosifs, les esprits seront
brûlés, & la semence ne pourra jamais
se développer. D'ailleurs, la pratique
est longue; les vases sont de verre &
se brisent à chaque instant; voilà pourquoi
il y a si peu de personnes qui réussissent.
Nicolas Flamel a travaillé pendant vingt-trois ans avant de connaître la
véritable matière.
Plusieurs autres Philosophes l'ont cherchée pendant plus de trente ans;
& après avoir eu le bonheur de la
connaître, il s'en est trouvé qui l'ont
travaillée pendant plus de quinze ans
avant de trouver le vrai moyen d'en
extraire la semence métallique; car il
faut calciner cette matière sans y rien
ajouter d'étranger.
Il faut bien examiner les minéraux, parce qu'ils ne sont pas tous convenables;
il n'y en a que deux dont on
puisse tirer la semence métallique qui
y est contenue, & il n'y a qu'un seul
moyen de faire cette opération. Les

@

P H I L O S O P H I Q U E. 185
clefs du magistère sont cachées dans un
antre où il est bien difficile de pénétrer;
car de mille sentiers qui paraissent
y conduire, il n'en est qu'un seul
où l'on ne soit pas exposé de s'égarer
& se perdre.
Nous ne devons pas ignorer qu'avant que la semence métallique fut renfermée
dans un métal, la Nature l'avait
placé dans un sel, & c'est ce même sel
qui est la minière des Philosophes; ce
sel est un véritable minéral, puisqu'il
renferme la clef de tous les métaux
qu'on peut réduire en eau ou en leur
matière primitive, ou autrement, en
mercure philosophique.
Quand vous serez possesseur de ce double mercure, faites-le cuire, &
gardez-vous bien d'y rien ajouter d'étranger.
Ce mercure est une hermaphrodite, mâle & femelle; il est froid & humide,
chaud & sec tout à la fois. Comme
mercure, il est femelle; comme soufre,
il est mâle: donc* la propriété est de
dessécher. Comme mercure, il humecte
& rafraîchit; comme soufre, il
fige & congèle.
Quand ce mercure est travaillé par une main adroite, il devient aussi brillant

@

186 D I S C O U R S
que l'argent de coupelle, si son
soufre est blanc; & s'il est rouge, il
devient aussi éclatant que l'or le plus
pur.
Il est évident, par ce que nous venons de dire, que la composition de
la pierre consiste dans la préparation
d'une matière métallique qu'il faut
rendre subtile, & convertir en sa première
matière.
Cette préparation consiste dans une calcination préparatoire, suivie d'une
distillation & circulation des éléments
qui sont renfermés dans le sujet de la
pierre.
Il y a deux préparations, l'une interne, & l'autre externe; la préparation
externe consiste dans l'extraction
du mercure qu'il faut tirer d'un sel minéral
philosophique, par le moyen
d'un aimant philosophique, le dépouiller
ensuite de ses parties grossières,
terrestres & hétérogènes, afin que de
tout le corps de la matière, il ne reste
que la quintessence qui est le vrai mercure
philosophique.
Il faut ensuite purifier les éléments qui ont contracté mille souillures dans
leur coagulation dans la minière; c'est
pourquoi il est absolument nécessaire

@

P H I L O S O P H I Q U E. 187
de les purifier & d'en séparer les parties
terrestres, qui empêcheraient indubitablement
la médecine de pénétrer
lorsqu'on en ferait la projection sur les
corps imparfaits. En séparant ainsi du
mercure philosophique, à plusieurs reprises,
toutes les ordures qu'il a contractées
dans la minière, on le rend
fort & vigoureux, il acquiert une nouvelle
vertu minérale pour atteindre au
point de perfection qu'il doit avoir.
Prenez la substance métallique que vous avez convertie en eau mercurielle
philosophique; mettez-la dans un vaisseau
pour la faire circuler, & d'une
seule chose que vous aurez employée,
vous en aurez trois. Après avoir été
en digestion pendant un mois philosophique,
vous pourrez recueillir ces
trois dépouilles, que vous délivrerez
de tous les acides contraires qui se
trouvent dans la matière, que vous
couvrirez du manteau de vigueur, afin
qu'elle puisse résister aux rigueurs des
saisons où elle doit se trouver en suivant
la voie qui conduit au temple où
se trouve l'élixir.
Vous déshabillerez & recouvrirez les éléments, en séparant les parties
terrestres pour ouvrir la porte au vieillard

@

188 D I S C O U R S
porte-faux: c'est lui qui donne
la vigueur nécessaire à la conjonction.
Ce dépouillement qu'on remplace avec la vigueur, n'est autre chose
qu'une répétition de distillation & de
cohobations de l'esprit & de l'âme
sur la tête morte.
Après avoir ainsi préparé les éléments, il faut de toute nécessité y
joindre une puissance minérale pour les
altérer & les faire tomber en putréfaction;
car sans putréfaction, il n'y
a aucune génération à espérer.
Cette puissance minérale est la seule chose qui puisse faire sortir les teintures
& les couleurs différentes, ainsi
que la tête du corbeau.
Aussitôt que vous verrez paraître la tête de cet animal, qui n'est autre
chose que la parfaite noirceur, vous
serez assuré d'une parfaite putréfaction,
qui tend à une double teinture pour
le blanc & pour le rouge. Cela se fait
par le moyen de l'âme, qui n'est que
feu dévorant, mais qui n'altère point,
car elle teint en blanc & en rouge; le
blanc vient de l'air qui se trouve dans
le feu, & le rouge tire son origine de
la substance du feu.
L'Artiste ne connaîtra ces deux teintures
@

P H I L O S O P H I Q U E. 189
qu'après avoir vu paraître toutes
les autres teintures intermédiaires, dont
la première est un noir parfait qui se
convertit en un rouge éblouissant.
Il faut avoir soin de diriger le feu externe avec prudence; car si vous le
faites trop violent, vous ne saurez à
quoi vous en tenir au bout de quarante
jours.
Il faut couper la tête du corbeau avec le couteau philosophique, aussitôt
qu'on la voit paraître. Flamel dit
qu'il faut prendre le sabre calibé de
Mars pour faire cette opération.
La tête du corbeau étant coupée, il faut remettre la colombe à la
place de cette même tête, pour faire
circuler les éléments & convertir la
terre en air par le moyen de l'eau,
qui doit reprendre ensuite la forme
qu'elle avait auparavant.
Toutes ces opérations dépendent du régime du feu élémentaire, par le
moyen duquel le corps de la pierre
se spiritualise & l'esprit se corporifie.
Pour parler plus clairement, après que vous aurez coupé la tête du corbeau,
vous augmenterez le feu pour
faire disparaître entièrement la noirceur.
L'air & le feu qui sont dans la

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190 D I S C O U R S
terre la réduiront en poudre impalpable
& pénétrative.
Il faut quarante jours pour faire paraître la noirceur.
La noirceur dure quarante jours, au bout desquels on voit paraître la
blancheur, qui dure aussi quarante
jours. Cette blancheur est l'aurore
qui annonce la lune philosophique.
Vous aurez soin de bien modérer le feu & de le conduire par degré,
parce que, dans l'espace des quarante
jours suivants, vous verrez paraître
l'oiseau d'Hermès; on le voit d'abord
comme un poulet qui sort de la coque
& qui prend son accroissement
par le moyen du feu qui est son unique
nourriture.
Il est nécessaire de séparer ce bel oiseau des autres poudres rouges dont
il est environné; car ces poudres hétérogènes
sont les excréments qui restent
dans le nid après que les oiseaux ont
pris leur vol.
L'oiseau d'Hermès laisse tous ces excréments sous ses pieds, & vous
reconnaîtrez que tout ce qui est contenu
dans l'oeuf n'est pas dans le cas
de se convertir en pierre ni en teinture,
quoiqu'il soit nécessaire de le

@

P H I L O S O P H I Q U E. 191
purifier par les distillations & sublimations
réitérées, qui ne sont comptées
que pour la préparation de la
matière, parce qu'elles suivent immédiatement
la calcination.
Il faut avoir vu l'éclat éblouissant du plumage de cet oiseau pour le
croire. Il faut également avoir fait
l'opération, pour croire que d'un métal
qui est venimeux, mais précieux
aux yeux d'un Philosophe qui connaît
le prix de ce qu'il renferme, on puisse
tirer une matière aussi brillante & aussi
salutaire.
Cela prouve bien évidemment que la terre est la mère de tous les êtres;
c'est elle qui produit tous les germes.
C'est la terre qui les couve & les
fait éclore par sa vertu & propriété,
parce qu'elle est le véritable sujet
de toutes les influences des astres,
qui sont toutes dirigées vers la terre
comme vers le centre qui leur est convenable.
La terre est donc évidemment le fondement & la seule & unique matière,
qui reçoit toutes les influences
célestes, pour développer par leur
vertu tous les germes qu'elle contient.
Cherchons donc dans la terre, & nous

@

192 D I S C O U R S
trouverons infailliblement tout ce que
nous pouvons désirer. Cherchons sous
nos pieds, & nous trouverons les mêmes
choses qui sont sur nos têtes, où
nous ne pouvons aller chercher. Tous
les Philosophes sont d'accord sur ce
point: tous disent que les choses qui
sont en bas sont les mêmes, ou de
la même nature de celles qui sont en
haut.
La terre imprégnée de toutes les influences astrales, produit des arbres,
des herbes, des plantes, & toute sortes
de fruits en abondance.
Tous les métaux, les minéraux, les pierres, le sable, les cailloux, les sels,
sont formés dans la terre par les vapeurs
astrales qu'elle renvoie après les
avoir reçues. Ces vapeurs sont l'âme de
la Nature, qui purifie tout par le moyen
du feu & de l'eau; qui rend visible ce
qui était caché, par la séparation &
réunion des trois Principes, selon les
institutions philosophiques, qui sont
claires & intelligibles pour celui qui
veut prendre la peine de réfléchir sur
ce qui est contenu dans la terre.
Si nous visitons soigneusement les entrailles de la terre, nous reconnaîtrons
trons
@

P H I L O S O P H I Q U E. 193
qu'elle renferme des sels de trois
espèces différentes.
1°. On retire premièrement de la terre, un sel de nitre qui est sa première
production. Ce sel ne contient pas la
moindre particule métallique par lui-
même; mais quand on lui a fait subir
une préparation convenable, dans un
temps convenable, il acquiert de grandes
propriétés; il n'est plus comparable
au sel de nitre vulgaire pour
lors.
2°. L'esprit invisible du monde est contenu dans le sel volatil de la terre;
mais il faut savoir choisir cette terre;
car une terre prise au hasard ne produirait
pas un sel pareil, à moins qu'en
procédant sans connaissance de cause,
on ait le bonheur de mettre la main
dessus par hasard; mais cela est bien
difficile.
3°. La terre renferme aussi un sel fixe qu'on peut considérer comme la
matrice des deux sels dont nous venons
de parler.
Il est évident, par ce que nous venons de dire, que Dieu a placé les
trois Principes dans la terre sur laquelle
nous marchons.
Après avoir rassemblé ces trois principes, Tome I. I
@

194 D I S C O U R S
il faut les faire calciner, & faire
ce que les Philosophes appellent terre
engrossie, dont on fait un amalgame
avec le tiers de son poids de mercure.
On doit mettre ce mélange dans un
urinal avec un chapiteau aveugle bien
luté & placé dans le fumier de cheval
où il faut le laisser pendant quarante
jours; mais il faut avoir la
précaution, de changer le fumier tous
les quatre jours, parce que l'humidité
de l'eau agit dans le soufre de
la terre avec la siccité qu'elle contient
en même temps. Les corps des quatre
premiers métaux imparfaits qui sont
contenus dans la matière, se corrompent,
& cette corruption opère une
véritable génération. La tête du corbeau
annonce cette corruption.
Quand on voit paraître la noirceur, il faut retirer l'urinal du fumier, &
placer un chapiteau à bec pour distiller
au bain-marie & vaporeux, par le
moyen d'une chaleur douce. On laisse
distiller la liqueur jusqu'à la dernière
goutte, & l'on conserve précieusement
cette matière.
Il faut avoir soin de bien boucher le vase qui contient l'esprit, car le soufre
de Saturne est très volatil: il pourrait

@

P H I L O S O P H I Q U E. 195
s'envoler avant que la coagulation du
mercure soit faite par la vapeur qui sort
de ce même soufre, parce que tandis
que le corps se dissout, l'esprit se
coagule.
Voilà pourquoi tous les corps doivent ressusciter après la putréfaction.
Cette résurrection est une suite des
calcinations & dissolutions antérieures:
nul corps ne peut être revivifié
avant que d'avoir été réduit en putréfaction,
dans la première extraction de
l'esprit, par la première dissolution.
On ne parviendra jamais au point d'une parfaite putréfaction, sans avoir
acuité le mercure par le moyen des
aigles volants. La parfaite putréfaction
arrive toujours après que le premier
aigle a pris son vol. Pour lors, les colombes
de Diane sont vivantes, & la
première doit avoir cinq plumes.
En continuant le feu, cette colombe est bientôt emplumée; elle aura bientôt
pris un accroissement prodigieux.
Toutes ces opérations doivent se succéder les unes aux autres. Le point
essentiel consiste dans le choix de la
matière, qui, selon Faber, Tachius-
nuisment, Konrad, & plusieurs autres
Auteurs, ne peut être autre chose que
I ij
@

196 D I S C O U R S
l'or astral, tiré de l'air par le moyen
de l'aimant secret des Philosophes.
Cette matière a la forme de sel volatil, qui est de la plus grande pénétration:
ce sel est balsamique pendant
trois mois de l'année; il doit
fermenter avec le sel central & fixe
de la terre, pour s'unir avec le sel
volatil qui sort du même principe.
Le sel volatil & le sel fixe sont contenus dans la même matière, qu'on
appelle la pierre des Philosophes, qu'il
est bon de savoir distinguer de la pierre
philosophale; car la pierre des Philosophes
est la matière brute sortant de
la minière, tandis que la pierre philosophale
est la médecine universelle,
parfaite, tirée de cette matière.
La pierre des Philosophes ne doit point être trop sèche ni trop pierreuse
dans sa substance métallique; elle doit
tenir un juste milieu entre ces deux
extrémités, afin que l'esprit du monde
puisse s'y attacher; elle doit avoir
d'ailleurs des cavités où les Hôtes du
Ciel puissent se fixer & établir leur
demeure.
Voilà les signes extérieurs par le moyen desquels on peut reconnaître
la matière minérale & métallique, à

@

P H I L O S O P H I Q U E. 197
laquelle les Philosophes ont donné une
infinité de noms, & qu'ils ont indiquée
clairement sous le voile allégorique.
Cette matière renferme une
grande quantité de sel central fixe,
qui excite bien promptement la fermentation,
quand on le joint avec de l'or
vulgaire réduit en poudre impalpable,
par le moyen de la calcination, ou réduit
en feuilles comme celles qu'emploient
les doreurs.
L'or ainsi réduit, en poudre ou en feuilles très minces, doit se dissoudre
dans l'esprit de ce sel fixe, de la même
manière que la glace se dissout dans
l'eau; & cela arrive, parce que ces
deux substances sortent du même principe,
& ne diffèrent pas plus entre
elles que la glace diffère de l'eau non
glacée.
Nous disons que la pierre des Philosophes contient un sel central, &
nous ajoutons que ce même sel contient
un autre sel, qui est purement astral &
volatil; ces deux sels sont renfermés
dans cette matière, comme dans une
matrice légitime que la Nature leur a
préparée.
Il ne faut pas faire un puits de quinze cents lieues de profondeur pour aller
I iij
@

198 D I S C O U R S
chercher cette matière dans le centre
de la terre, où l'on pourrait la prendre;
mais elle ne serait pas meilleure
que celle qu'on prendrait à trente pieds
de profondeur.
J'ai appris à connaître cette terre ou esprit universel, en lisant les Auteurs
que je viens de citer; mais je ne
dissimulerai point que j'avais déjà lu
tous les ouvrages d'Hermès, d'Arnaud
de Ville-Neuve, & ceux de Raymond
Lulle.
L'expérience a prouvé que j'avais trouvé la véritable minière des Philosophes,
d'où l'on tire ce qu'on appelle
mâche-fer de Hesse-Cassel.
Ce mâche-fer n'est autre chose que les pyrites qu'on trouve en abondance
aux environs d'Auteuil, & ailleurs
dans les terres glaises.
Ces pyrites sont des petites pierres noirâtres ou grisâtres; elles n'ont ni
goût ni odeur. Si après les avoir concassées
on les expose à l'air pendant quelques
semaines dans un hangar, à couvert
des rayons du soleil & de la pluie,
elles attirent l'esprit du monde en abondance;
elles acquièrent une augmentation
de poids. Après avoir été exposées
pendant quelques semaines, elles

@

P H I L O S O P H I Q U E. 199
sont submergées dans l'esprit universel.
Quelquefois elles se convertissent en
vitriol doux, vert, dont on fait un
excellent remède, selon Glaubert. Ces
pyrites contiennent réellement la matière
prochaine de la pierre philosophale;
mais il existe un autre sujet ou
elle est encore plus prochaine.
On trouve ce sujet aux environs des mines d'or, en Hongrie, en Transylvanie,
à Nuremberg, & ailleurs. Rien
n'est plus propre que cette substance
métallique pour faire le filet de Pheton,
pour prendre l'oiseau d'Hermès,
parce que cette matière contient beaucoup
de soufre d'or volatil; mais ce
sujet doit être travaillé par une main
philosophique.
On pourrait faire une excellente teinture avec la terre qui est aux environs
des rivières qui roulent des
paillettes d'or dans les Indes occidentales,
parce que cette terre contient
beaucoup de sable d'or & de soufre
d'or volatil qui se trouvent au degré
convenable au magistère, & il serait
très difficile d'amener l'or vulgaire à
ce point par le moyen des calcinations
connues.
La conjonction & fermentation du I iv
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200 D I S C O U R S
sel volatil avec le sel fixe, annonce
toujours un soufre d'or volatil ou
astral; c'est pour cette même raison
que les Philosophes ont dit, que les
choses qui sont en haut sont semblables
à celles qui sont en bas, & que celles
qui sont en bas sont semblables à celles
qui sont en haut, c'est-à-dire qu'on
peut trouver de l'or astral & volatil
dans les lieux que nous venons d'indiquer.
Tout le secret de cette opération
consiste dans la fixation du volatil
& dans la volatilisation du fixe.
Nous lisons dans la Table d'Emeraude, que la matière de la teinture
universelle doit être composée de sel
volatil, aérien & de sel fixe de la
terre: ces deux sels doivent être unis
ensemble par le moyen d'une fermentation
naturelle; car il faut conjoindre
légitimement ces deux substances pour
faire un composé parfait.
Un grand nombre de Chimistes ont travaillé longtemps sur ces deux substances
& ont perdu leur temps, parce
qu'ils ignoraient la manière d'attirer
l'esprit universel avec son véritable
aimant.
L'aimant philosophique ne se fais pas avec des cailloux ou du marbre

@

P H I L O S O P H I Q U E. 201
calciné, car les résidus ou têtes mortes
de pareilles matières, ne procureront
jamais un avantage complet; parce
que le sel auquel il faut les exposer
pour les calciner, détruit la plus grande
partie de l'humidité onctueuse & du
sel fixe qui est la base du véritable aimant.
Voilà pourquoi l'esprit qu'on
attire avec ces matières ne saurait
procurer une conjonction ni une fermentation
parfaite; mais l'azoth des
philosophes contient un sel fixe & une
humidité onctueuse qui sont incombustibles.
C'est par cette raison que les
Philosophes disent qu'on peut calciner
cette matière au fourneau de réverbère
ou dans un four de verrier, sans
craindre d'altérer les substances qu'elle
renferme.
La rosée du mois de Mai, l'eau de pluie qui tombe entre les deux équinoxes,
c'est-à-dire depuis le mois de
Mars jusqu'au mois de Septembre,
ainsi que la neige, toutes ces matières
sont remplies de sel volatil élémentaire
astral; mais il n'y a point de Sel
fixe de la terre. On pourrait l'y joindre
& faire un excellent composé, si l'on
savait employer les moyens convenables.
Je ne parle point ici de la médecine
I v
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202 D I S C O U R S
universelle pour guérir toutes
les maladies du corps humain; je parle
seulement d'une teinture universelle
pour les métaux, que beaucoup d'Artistes
rejettent très mal-à-propos.
La teinture universelle est beaucoup moins difficile à faire que la médecine
universelle, quoique l'une & l'autre
doivent leur existence au même principe;
c'est pourquoi il ne faut pas
s'étonner si la médecine a des propriétés
que la teinture n'a pas. Avec le
temps & une addition de peu de chose,
on pourrait facilement conduire la
teinture au degré de perfection de la
médecine; mais je suis très persuadé
que bien des personnes se borneraient
à la teinture universelle, si elles avaient
le bonheur de la posséder. Il me semble,
cependant, qu'on ferait beaucoup
mieux de suivre les racines de la teinture
jusqu'au tronc de la médecine,
parce qu'il paraît que c'est un moyen
que Dieu a accordé pour pouvoir subsister
en faisant des recherches qui peuvent
conduire à la plus grande de
toutes les découvertes possibles.
Les sels de tartre, de nitre, le borax, l'arsenic, les cendres gravelées,
le mercure sublimé, l'orpiment, n'entrent

@

P H I L O S O P H I Q U E. 203
point dans la teinture universelle.
Les Scrutateurs de la Nature, dit
l'Angelot, confessent qu'il n'est pas
possible de faire le dissolvant de l'or
dans le sel astral. Tous les sels vulgaires
ne font que blesser l'or ou le
diviser; le sel volatil, de l'air seul
peut le dissoudre totalement & en extraire
la quintessence. Les atomes
aériens fortifient l'esprit de sel astral
& lui communiquent une odeur balsamique,
comme aux plantes & à tous
les aromates.
Helvétius prétend qu'on peut faire la teinture universelle en peu de temps;
mais il se trompe grossièrement; il est
certain qu'il faut moins de temps que
pour faire la médecine universelle.
Helvétius, d'ailleurs, ne pouvait
parler de ce temps que comme un aveugle
des couleurs, parce qu'il n'a jamais
su ni fait le grand oeuvre, quoiqu'il
eût fait plusieurs ouvrages où l'on
voit qu'il veut parler comme un adepte
& indiquer des chemins qu'il n'a jamais
connu. Il est vrai que cet Auteur
a fait la projection en public; mais cela
ne prouve que son ignorance; les vrais
Philosophes sont modestes, & ne cherchent
point à se repaître de fumée. On

@

204 D I S C O U R S
a su qu'un adepte avait donné quelques
grains de poudre spécifiée à Helvétius,
& que celui-ci voulut se faire
un nom avec une chose de si peu de
conséquence, parce que la poudre
spécifiée n'est plus propre à la multiplication
& ne saurait guérir la moindre
fièvre.
Nous ne sommes point jaloux de la réputation qu'Helvétius s'est acquise;
mais nous nous croyons obligés d'avertir
nos Lecteurs qu'ils ne retireront
jamais le moindre avantage en lisant
tous les ouvrages de cet Auteur. Son
Veau d'or, qui lui a procuré tant de
compliments, ne contient qu'une seule
phrase où il a dit la vérité, sans y
penser probablement; mais cette vérité
est couverte du voile allégorique,
& par conséquent ne peut guère être
aperçue que par un adepte.
Le seul secret des Philosophes, sans lequel il n'est pas possible de faire la
médecine universelle, est la substance
la plus pure des influences astrales.
Cette substance épaissit l'air en quelque
manière & le convertit en terre après
lui avoir fait subir plusieurs métamorphoses,
& de cette même terre on retire
un sel fixe terrestre par le moyen

@

P H I L O S O P H I Q U E. 205
d'une fermentation naturelle. Cette
fermentation volatilise le sel fixe de la
terre & le fait devenir comme un feu,
aussitôt qu'il est dépouillé de toutes
ces impuretés terrestres; mais ce sel
ne devient feu qu'après la vingtième
dissolution & coagulation: en deux
mots: volatilisez la partie fixe de
l'azoth; fixez celle qui est volatile,
& vous aurez le feu des Philosophes.

Fin du premier Volume.
@

206 T A B L E
pict

T A B L E
D E S T I T R E S
Contenus dans ce Volume.
Discours sur les trois Principes,
Animal, Végétal, & Minéral, page 1
Des vertus & propriétés du Mercure
des Philosophes, 12 Des principes de la Chimie, 13 De la première matière de la Chimie,
24 Des Eléments, 26 De l'Air, 29 Du Feu, 30 De la Terre, 39 Des colombes le Diane, 70 Du Mercure, 71
@

D E S T I T R E S. 207

Du Soufre, 73 De la matière le la Pierre, 75 Des Règles qu'il faut suivre pour
parvenir à l'accomplissement du magistère, 79 Des Mystères de la Science Hermétique,
82 De la transmutation des Métaux,
137 Préparation de l'esprit de Sel philosophique,
169 Préparation du Sel fixe philosophique,
170
Fin de la Table du premier Volume.
@
@

pict

A P P R O B A T I O N.
J 'ai lu, par l'ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux, un Manuscrit intitulé Discours
Philosophique sur les trois Principes, par
M. ***. Je n'ai rien trouvé dans cet Ouvrage
qui est de pure Alchimie, qui m'ait paru devoir
en empêcher l'impression. A Paris, ce 23
Septembre 1780. MACQUER,

----------------------------------

P R I V I L E G E D U R O I.

L OUIS, par la grâce de Dieu, Roi de
France & de Navarre, A nos amés & féaux
Conseillers, les Gens tenans nos Cours de
Parlement, Maîtres des Requêtes ordinaires de
notre Hotel, Grand-Conseil, Prévôt de Paris,
Baillifs, Sénéchaux, leurs Lieutenans Civils &
autres nos Justiciers qu'il appartiendra: SALUT.
Notre bien-amée la Dame SABINE STUART DE CHEVALIER Nous a fait exposer qu'elle
desireroit faire imprimer & donner au Public
un Ouvrage de sa composition, intitulé: Discours
Philosophique sur les trois Principes;
s'il Nous plaisoit lui accorder nos Lettres de
Privilége à ce nécessaires. A CES CAUSES, voulant favorablement traiter l'Exposante,
Nous lui avons permis & permettons de faire
imprimer ledit Ouvrage autant de fois que bon
lui semblera, & de le vendre, faire vendre par
tout notre Royaume. Voulons qu'elle jouisse de

@

l'effet du présent Privilége, pour elle & ses hoirs
à perpétuité, pourvu qu'elle ne le rétrocéde à
personne, & si cependant elle jugeoit à propos
d'en faire une cession, l'Acte qui la contiendra
sera enregistré en la Chambre Syndicale de Paris,
à peine de nullité, tant du Privilége que de la
cession; & alors, par le fait seul de la cession enregistrée,
la durée du présent privilège sera réduite
à celle de la vie de l'Exposante ou à celle
de dix années, à compter de ce jour, si l'Exposante
décéde avant l'expiration desdites dix années.
Le tout conformément aux articles IV &
V de l'Arrêt du Conseil du trente Août 1777,
portant Réglement sur la durée des Priviléges
en Librairie. F A I S O N S défenses à tous
Imprimeurs & Libraires & autres personnes, de
quelque qualité & condition qu'elles soient, d'en
introduire d'impression étrangère dans aucun
lieu de notre obéissance; comme aussi d'imprimer
ou faire imprimer, vendre, faire vendre,
débiter ni contrefaire lesdits Ouvrages,
sous quelque prétexte que ce puisse être, sans
la permission expresse & par écrit de ladite Exposante,
ou de celui qui la représentera, à peine
de saisie, & de confiscation des exemplaires
contrefaits, de six mille livres d'amende, qui
ne pourra être modérée; pour la première fois;
de pareille amende, & de déchéance d'état en
cas de récidive, & de tous dépens, dommages
& intérêts, conformément à l'Arrêt du Conseil
du trente Août 1777, concernant les contrefaçons.
A la charge que ces Présentes seront
enrégistrées tout au long sur le Régistre de la
Communauté des Imprimeurs & Libraires de
Paris, dans trois mois de la date d'icelles;

@

que l'impression dudit Ouvrage sera faite dans
notre Royaume & non ailleurs, en beau
papier & beau carastere, conformément aux
Réglemens de la Librairie, à peine de déchéance
du présent Privilége; qu'avant de
l'exposer en vente, le Manuscrit qui aura
servi de copie à l'impression dudit Ouvrage,
sera remis dans le même état où l'Approbation
y aura été donnée, ès mains de notre très-cher
& féal Chevalier, Garde-des-Sceaux de France,
le sieur HUE DE MIROMENIL; qu'il en
sera ensuite remis deux Exemplaires dans notre
Bibliothèque publique, un dans celle de notre
Château du Louvre, & un dans celle de notre
très-cher & féal Chevalier, Chancelier de
France, le Sieur DE M A U P E O U, & un dans
celle dudit sieur HUE DE MIROMENIL: le tout
à peine de nullité des Présentes; du contenu
desquelles vous mandons & enjoignons de
faire jouir ladite Exposante, & ses hoirs, pleinement
& paisiblement, sans souffrir qu'il leur
soit fait aucun trouble ou empêchement. VOULONS
que la Copie des Présentes, qui sera
imprimée tout au long au commencement ou
à la fin dudit Ouvrage, soit tenue pour duement
signifiée; & qu'aux Copies collationnées
par l'un de nos amés & féaux Conseiliers-
Secrétaires, foi soit ajoutée comme à l'Original.
C O M M A N D O N S au premier notre
Huissier ou Sergent sur ce requis, de faire pour
l'exécution d'icelles, tous Actes requis & nécessaires,
sans demander autre permission, &
nonobstant clameur de Haro, Charte Normande
& Lettres à ce contraires; car tel est
notre plaisir. Donné à Paris, le treizieme jour

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