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Réfer. : AL0204A
Auteur : Saint Thomas d'Aquin.
Titre : Traité de la Pierre Philosophale.
S/titre : Traité sur l'Art de l'Alchimie.
Traduit et commenté par Grillot de Givry.
Editeur : Bibliothèque Chacornac. Paris.
Date éd. : 1898 .
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SAINT THOMAS D'AQUIN

TRAITE de
LA PIERRE PHILOSOPHALE
Suivi du TRAITE sur
L'ART DE L'ALCHIMIE
Traduit du latin pour la première fois introduction et notes inédites par GRILLOT DE GIVRY
Bibliothèque Chacornac, 11, Quai St Michel, Paris. 1898
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INTRODUCTION
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INTRODUCTION

En tirant de l'oubli le vieil ouvrage alchi- mique qui resplendit du nom de saint Tho-
mas, nous n'ignorons pas les critiques qui
nous seront certainement adressées. Il est
pourtant bien inutile de les formuler encore
une fois, car elles datent de deux siècles.
Nous les connaissons bien et pourtant elles
ne nous ont pas arrêté un instant dans notre
travail. Elles ne sont pas irréfutables non
plus, car de savants hommes les ont réfutées.
Nous pourrions donc nous contenter de
renvoyer à leurs ouvrages, rares aujour-
d'hui, mais nul ne prendrait la peine de les

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8 TRAITE DE LA PIERRE PHILOSOPHALE
consulter et chacun garderait son opinion
préconçue.
Puisque l'esprit de routine nous oblige à recommencer le travail de nos ancêtres,
nous rappellerons brièvement les principaux
traits de la controverse.

* * *
La grande, la seule objection qu'on puisse faire contre l'authenticité du livre de saint
Thomas, n'est basée sur aucun fait, aucun
acte, aucun anachronisme, aucune contra-
diction constituant une preuve valable en
paléographie ou en bibliographie.
Elle se résume ainsi: « L'alchimie étant (d'après l'opinion des critiques modernes) une
oeuvre du démon ou du moins une pitoyable
rêverie, un saint, un génie puissant et fort
comme le fut saint Thomas d'Aquin n'a pu
y ajouter foi ».
Tel est, en effet, le fond puéril et spécieux de l'interminable dissertation que Naudé a

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INTRODUCTION 9
écrite sur se sujet (1). Rigoureusement on
pourrait ne rien répondre à un auteur qui a
voulu prouver dans le même ouvrage que ni
Zoroastre, ni Pythagore, ni Plotin, ni Por-
phyre, ni Jamblique, ni Jérôme Cardan, ni
Geber, ni Arnauld de Villeneuve, ni Roger
Bacon, ni Trithème, ni même... les Rois
Mages n'avaient jamais été initiés à la Magie.
Mais comme il représente bien l'état d'un
grand nombre d'esprits qui mériteraient de
mieux penser, nous examinerons sérieuse-
ment sa critique. Il débute (chapitre XVII) par
cette phrase d'une langue extraordinaire:
« Je ne fais nulle doute que la fausseté
« si manifeste de ces calomnies ne soit
« une conjecture indubitable du jugement
« qu'il nous faut faire sur ces livres des
« Images de nécromantie, de l'Art Métallique,
« des secrets de l'Alchymie et de essentiis
« essentiarum, qui sont divulgués et se


(1) Apologie pour les grands hommes soupçonnez de
Magie, par G. Naudé, Parisien, in-12, 1712.

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10 TRAITE DE LA PIERRE PHILOSOPHALE
« vendent tous les jours sous le nom de
« saint Thomas d'Aquin, surnommé à bon
« droit par Picus, splendor Theologiae, par
« Erasme, vir non sui saeculi, par Vivès,
« Scriptor de schola omnium Sanissimus,
« et par le consentement de tous les Autheurs,
« avec celui de l'Eglise, le fidèle interprète
« d'Aristote et de la Sainte Ecriture, la base
« et le fondement de la Théologie scholas-
« tique, et pour dire en un mot, le docteur
« Angélique. Car je vous prie, quelle appa-
« rence y aurait-il de se pouvoir imaginer
« que ce grand esprit qui fut canonisé en
« l'an 1322 et duquel la doctrine fut ap-
« prouvée par un décret de l'Université
« de Paris, l'an 1333 et par trois souve-
« rains pontifes, Innocent V, Urbain VI et
« Jean XXII, se soit amusé ou à la Magie, ou
« à toutes les refueriës des Alchymistes!... »
Ainsi ce verbiage se résume: « Il me dé- plaît concevoir saint Thomas alchimiste. Donc
il n'a pu écrire d'oeuvre alchimique. »

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INTRODUCTION 11
C'est, comme on le voit, la substitution d'une appréciation personnelle aux preuves
précises, comme base du raisonnement. Au-
trement dit, c'est l'anarchie en matière de
logique. Nous pourrions nous servir du
même procédé et retourner simplement la
proposition en disant: « La science occulte
étant la plus sublime science ou mieux la
seule science, il est bien naturel qu'un
homme extraordinaire comme saint Thomas
l'ait connue et pratiquée, et le pape étant un
Mage ou du moins un homme animé dans
ses décisions de l'esprit de magie, il n'a pu
que l'approuver. »
« Mais, poursuit Naudé, les Alchymistes « n'oublient véritablement qu'une seule
« chose pour se l'attribuer, et pour le ranger
« dans leur parti: qui est de retrancher et
« de corrompre comme le font les héréti-
« ques, cet endroit de ses Commentaires sur
« le deuxième livre du Maistre des Sentences
« (Distinct. 7, quaest 3, art. 1, ad. 5.) où

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12 TRAITE DE LA PIERRE PHILOSOPHALE
« il combat formellement la possibilité de
« leur transmutation métallique. »
Mais Naudé s'est bien donné garde de citer le texte de ce passage parce qu'on eut
pu s'apercevoir qu'il ne favorisait nullement
ses théories et que saint Thomas ne « com-
battait pas formellement » la possibilité de la
transmutation. Plus soucieux de la vérité
nous le donnerons intégralement ici. Il se
trouve dans l'énorme tome intitulé: Sancti
Thomae Aquinatis in quatuor libros sen-
tentiarum Petri Lombardi. Parisiis, 1659,
in-folio. Nous l'ouvrons Lib. II. Distinct. VII.
Quaest. III. Solutio 6, pag. 74, et nous trou-
vons les paroles suivantes:
(Sicut) Achymistae faciunt aliquid simile auro quantum ad accidenta exteriores:
sed tamen non faciunt verum aurum:
Quià forma substantialis auri non est per
calorem ignis, quo utuntur alchymistae
SED PER CALOREM SOLIS, IN LOCO DETERMI-
NATO UBI viget virtus numeralis: Et ideo

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INTRODUCTION 13
tale aurum non habet operationem con-
sequentem speciem: Et similiter in aliis,
quae per eorum operationem fiunt. »
Or, qui ne s'apercevra à la lecture de ce passage qu'il atteste chez son auteur une
connaissance profonde des lois et des théo-
ries alchimiques? Il s'agit d'abord, non pas
de savoir si saint Thomas condamne l'alchi-
mie, mais s'il l'a étudiée. Or ce passage en
est la preuve; il sait en quoi consiste sa pra-
tique; il connaît l'essence intime des mé-
taux; il dévoile même le grand secret dans
les mots que nous avons soulignés, avec le
parfait langage d'un alchimiste. Ces phrases
n'ont pu être écrites que par un adepte. Voilà
donc un point bien précis: saint Thomas
connaît l'alchimie.
La condamne-t-il formellement? Si Naudé avait lu quelques traités d'Al- chimie avec un esprit impartial, il aurait
constaté avec étonnement que les adeptes
eux-mêmes tiennent souvent dans leurs

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14 TRAITE DE LA PIERRE PHILOSOPHALE
traités un langage semblable. Insignium
medicinarum nomina clangunt, dit Wei-
denfeld, iis ipsis incognitis et cortices
dantur pro nucleis (1). Il l'aurait retrouvé
dans Paracelse, dans le Trévisan, dans le
président d'Espagnet et aussi dans le traité
que nous traduisons aujourd'hui, ce qui est
une grande preuve de son authenticité.
Quelle est donc la théorie de saint Tho- mas? Que les alchimistes ne font pas de l'or,
mais changent seulement les accidents exté-
rieurs des métaux. Est-ce là condamner
l'alchimie? Il enseigne qu'on ne peut trans-
muer la matière ni changer sa nature in-
time. Elle est intransmuable, en effet, puis-
qu'elle est une. Mais il reconnaît qu'on ne
change que les accidents, les espèces pour
parler le langage scholastique. Les alchi-
mistes ont-ils jamais enseigné autre chose?
Saint Thomas s'attaque donc ici aux souf-
(1) SEGERI WEIDENFELD. De Secretis adeptorum liber
Hambourg, 1555.

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INTRODUCTION 15
fleurs comme l'ont fait tous les alchimistes.
En disant taleaurum non habet operationem
consequentem speciem, il désigne l'or des
souffleurs, qu'ils obtiennent par la chaleur
du feu, per calorem ignis. Mais puisqu'il
dit lui-même que l'or véritable s'obtient per
calorem solis, in loco determinato, n'est-il
pas évident que celui qui connaîtra ce qu'il
désigne par les mots énigmatiques de calor
solis c'est-à-dire la lumière astrale et qui
connaîtra également le locus determinatus
ubi viget virtus mineralis, c'est-à-dire
l'athanor construit d'après les règles prin-
cipielles données par le grand athanor de la
nature, n'est-il pas évident que celui-là
pourra produire le verum aurum quod ha-
bebit operationem consequentem speciem?
Qu'on me permette de citer et comparer ici Paracelse (1). « Or, dit-il, l'opération du

(1) PARACELSE: Les XIV livres des paragraphes de
Paracelse Bombast, Paris, 1631, in-4, discours de l'al-
chimie. Troisième fondement de la médecine para-
celsique, page 13.

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16 TRAITE DE LA PIERRE PHILOSOPHALE
« cours céleste est admirable, car encore
« que le travail de l'artiste soit estimé de
« soy merveilleux, néanmoins cecy est digne
« de grande admiration que le CIEL cuit,
« digère, imbibe, dissoult et reverbère
« beaucoup mieux que l'Alchimiste, en
« telle sorte que le cours du ciel enseigne
« le cours et regime du feu dans l'arcane
« que l'on veut préparer. »
N'est-ce pas là, avec une phraséologie dif- férente, la pensée même de saint Thomas
d'Aquin? Cette similitude entre le Grand-
Maître de la médecine occulte et le Grand-
Maître de la philosophie scholastique embar-
rassera beaucoup les sceptiques et les
incrédules; pour nous elle est un appui
considérable.
Dom Pernety (1) cite un auteur anonyme qui dit que, pour connaître la matière du
feu philosophique, il suffit de savoir com-

(1) Fables égyptiennes et grecques, t. 1, p. 170. Pa-
ris, 1786.

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INTRODUCTION 17
ment le « feu élémentaire prend la forme
du feu céleste.
Le dictionnaire hermétique attribué à Salmon (1) enseigne que c'est la lumière du
soleil accompagnée de la chaleur vivifiante
qui est le principe de tous les mouvements
du monde.
Sans vouloir prolonger ces citations, cons- tatons seulement que tous les alchimistes
ont prohibé l'emploi du feu ordinaire et que
saint Thomas le leur attribuant, désigne in-
contestablement les souffleurs.
Et Naudé ajoute, avec sa grâce habituelle: « Tesmoin sans nous embarrasser dans une
« infinité de preuves (il n'en avait déjà
« donné aucune) qu'ils font parler ce grand
« docteur si puérilement dans le livre de
« Essentiis Essentiarum, qu'il faudrait
« n'avoir jamais davantage fuëilleté ses
« oeuvres que les Margajats et les Topinam-

(1) Paris, 1695, petit in-8°.
2
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18 TRAITE DE LA PIERRE PHILOSOPHALE
« boux (?) pour croire que des conceptions
« si basses et si rampantes puissent venir
« d'un esprit si sublime et si relevé. »
Or, ce n'est toujours là qu'une apprécia- tion, et ce qui est pis, une appréciation de
ce XVIIe siècle, admirable à d'autres égards,
mais qui adaptait de mauvais portails grecs
aux cathédrales gothiques et ne pouvait,
par conséquent, comprendre entièrement
saint Thomas qui incarne le Moyen-Age.
De plus, l'argument n'a aucune valeur; en supposant que la différence entre l'oeuvre
alchimique et l'oeuvre théologique de saint
Thomas d'Aquin soit si sensible, serait-ce la
première fois qu'une contradiction de ce genre
apparaîtrait dans un homme de génie ? Il
suffit de connaître un peu l'humanité pour
ne pas faire usage de tels arguments.
Ne l'oublions pas; un point incontesté et incontestable d'ailleurs, c'est que saint
Thomas a été le disciple le plus illustre
d'Albert-le-Grand. Or il serait bien difficile

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INTRODUCTION 19
et bien paradoxal de vouloir disculper ce der-
nier d'avoir pratiqué la Magie et l'Alchimie,
si toutefois culpabilité il y a. Et il serait
peut-être plus incroyable encore de pré-
tendre qu'un maître qui attachait une si
grande importance à la science du mystère,
n'en ait pas enseigné à son disciple au moins
quelques notions. Le livre que nous tradui-
sons aujourd'hui serait donc le résumé pré-
cieux de ces enseignements que saint Thomas
aurait recueillis de la bouche même de son
maître, avec la vénération qu'il lui porte
toujours. Rien ne s'oppose à la vraisemblance
de ce fait.
Mais, dira-t-on, c'est là une oeuvre de jeunesse que saint Thomas eut désavouée
plus tard! Outre qu'il n'a jamais écrit ce
désaveu nulle part, ce n'est pas à l'auteur
lui même à porter un jugement sur son
oeuvre parce qu'il s'y trompe presque infail-
liblement. L'expérience acquise par une
longue pratique, l'évolution constante de son

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20 TRAITE DE LA PIERRE PHILOSOPHALE
esprit lui font toujours regarder ses premiers
essais comme des jeux d'enfants, tandis que
ces essais paraissent encore de belles oeuvres
à ceux qui ont évolué dans une voie diffé-
rente.
Le traité De Lapide Philosophico, à quelque époque de la vie de saint Thomas
qu'il appartienne, est donc bien, selon toute
probabilité, de cet auteur, et lorsqu'une tra-
dition constante confirme cette probabilité,
elle devient une certitude.
Naudé s'efforce de nous démontrer son infériorité, mais n'avons que faire de son
appréciation; ce que nous lui demandons,
ce sont des preuves précises d'inauthenti-
cité. Ces preuves il ne peut les donner, non
plus que ceux qui voudraient adopter son
opinion. Or cette constatation nous est suffi-
sante.
Il n'est pas inutile de remarquer ici quel était véritablement le rôle de l'alchimie au
Moyen-Age. On croit généralement qu'elle

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INTRODUCTION 21
était un objet d'horreur, d'anathème et de
malédiction, au même titre que les maléfices,
les empoisonnements et les homicides. Rien
n'est moins exact. « La pierre philosophale,
comme le fait judicieusement observer le
commentateur de Bonaventure Des Pé-
riers (1), était presque un article de foi au
Moyen-Age. »
Nous ne citerons pas tous les auteurs ec- clésiastiques qui en parlent en effet avec
admiration; contentons-nous de rappeler
Marbode (De Lapidum); puis Jacques de
Voragine dans la Legenda aurea, Pierre de
Natalibus dans le Catalogus Sanctorum,
qui disent, à la vie de sainte Marguerite,
que la Pierre peut chasser le mauvais génie.
C'était de plus une des sciences exactes de cette époque. Sans faire toutefois partie des
« sept arts » à cause de son enseignement
initiatique, on l'étudiait néanmoins comme
l'arithmétique, la cosmologie, la physique,

(1) Edition Garnier, 1872.

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22 TRAITE DE LA PIERRE PHILOSOPHALE
la musique de ces mêmes temps et dont il
nous reste des traités d'Albert le Grand,
Sainte Hildegarde, Hucbald de Saint-Amand
et autres. On n'imputait pas plus son inven-
tion au démon qu'on ne lui imputait celle du
Trivium ou du Quadrivium. Pour parler
en universitaire, c'était la « chimie » de cette
époque. Elle faisait partie de la somme de
science de tout homme vraiment érudit.
Est-il admissible qu'une science, si impor- tante, si féconde en points métaphysiques de
comparaison, cultivée par les plus graves per-
sonnages ait échappé à l'étude de Saint Tho-
mas, et qu'il ait négligé d'y apporter le puis-
sant esprit d'investigation qui le caractéri-
sait? Et tandis qu'il aurait prêté attention au
cours des astres, à la formation des météores,
aux phénomènes du mouvement, le vaste
champ d'observation des transformations de
la matière l'auraient laissé indifférent?
Saint Thomas admet d'ailleurs l'alchimie en plusieurs passages de son oeuvre: Voyez

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INTRODUCTION 23
Summa Theologica, 2, 2, quest. 77, art. 2.
Et Lib. il, Meteorum initio.
Dans un autre ouvrage, il traite de l'as- trologie judiciaire, qu'il est loin de condam-
ner expressément, n'en désapprouvant que
les abus.
(Opusculum XXVI: De judiciis astrorum, 1857, in-8°. Tome 3.)
Ce dernier ouvrage, dont nul ne conteste l'authenticité, est dédié ad fratrem reginal-
dum ordinis praedicatorum. Or, ce frère
Reinaldus ou Renauld est précisément le
même auquel est dédié le second traité d'Al-
chimie qu'on trouvera plus loin.
Ailleurs (Opuscul. de regimine princi- pium. Lib II, cap. VII), Saint Thomas en-
seigne qu'un roi doit posséder quantité de
richesses d'or et d'argent.
Théorie d'une haute portée politique, mais qu'il est bien difficile d'expliquer sans sup-
poser l'appui tacite de l'alchimie. « Sans ri-
chesses il est très difficile de s'enrichir, dit

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24 TRAITE DE LA PIERRE PHILOSOPHALE
énigmatiquement Lao Tseu. » (Tao, 3e page).
Il paraîtrait plaisant, en effet, de commander
à un homme d'être riche sans lui en faciliter
les moyens. Et si l'on rapproche cette asser-
tion de la coutume suivie par les adeptes de
remettre leur secret entre les mains des
puissants, des rois ou des papes pour le
plus grand bien de tous, on acquerra la
certitude que Saint Thomas désigne le grand
oeuvre par ces paroles mystérieuses.

* * *
Les absurdes négations de Naudé ne pou- vaient rester sans réponse. Le R. P. Jacques
d'Autun, prédicateur capucin, publia quel-
que temps après: L'incrédulité sçavante et
la crédulité ignorante, au sujet des magi-
ciens et des sorciers avecque la réponse à
un livre intitulé Apologie pour tous les
grands personnages qui ont été faussement
soupçonnéz de magie. Lyon. Jean Molin,
1671, in-4°.

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INTRODUCTION 25
Cet excellent livre est malheureusement
presque sans utilité dans la question qui
nous occupe, malgré ce que semble promet-
tre son titre. En effet, Saint Thomas n'étant
pas un des auteurs les plus violemment
attaqués par Naudé, Jacques d'Autun n'a
consacré que quelques lignes à son sujet
(page 1090) en laissant complètement de
côté de l'alchimie.
Un appui beaucoup plus précieux, nous sera donné par le R. P. de Castaigne, reli-
gieux de l'ordre de Saint-François, docteur
en théologie, abbé de Sou, conseiller, aumô-
nier ordinaire du roi et nommé Evêque de
Saluces par Louis XIII, dont nul ne suspec-
tera l'orthodoxie. Dans ses Oeuvres tant
médicinales que chymiques (Paris, Jean
d'Houry. Seconde édition, 1661), dédiées à
François Favre, évêque d'Amiens et grand
maître de l'Oratoire du Roy, nous trouvons
(IIe partie, page 4) un avertissement pour
l'Oeuvre philosophique de Jean Saunier,

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26 TRAITE DE LA PIERRE PHILOSOPHALE
ainsi conçu: « Mais aussi que dirons-nous de
« ce grand Docteur Angélique Saint-Tho-
« mas d'Aquin, de l'ordre des Vénérables
« Pères Prescheurs, qui luy-mesme faisoit
« cette saincte oeuvre de l'or Potable. Et moy-
« mesme ay entre mes mains son original
« escrit de sa propre main en latin et se
« commence: Sicut lilium inter spinas.
« Et s'il en secouroit les malades en faisant
« les Sainctes Oeuvres de miséricorde. Ne
« seroit-il pas repris par aucuns envieux
« médecins de ce temps cy? Oui: mais il
« leur diroit tanto dinaso. »
Mais l'abbé Langlet du Fresnoy est l'au- teur qui semble avoir le mieux compris
l'Oeuvre alchimique de Saint Thomas et qui
lui a rendu le plus pleinement justice (1).
« Je conviens, dit-il, qu'un zèle indiscret a
« fait mettre sous le nom de cet homme
« illustre, quelques traités qui ne sont pas

(1) Histoire de la Philosophie hermétique, 3 vol
in-12, 1742. Tome I, page 132.

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INTRODUCTION 27
« de lui; mais il en a quelques autres que
« l'on aurait peine à lui contester. Celui de
« la nature des minéraux (de esse et essen-
« tia mineralium) n'est pas digne à la vérité
« d'un aussi grand philosophe, non plus
« que le commentaire sur la Tourbe qu'on
« lui attribue. Cependant, son thrésor d'Al-
« chimie adressé au Frère Regnauld, son
« compagnon et ami, ne respire que la pra-
« tique d'une philosophie singulière et se-
« crète qu'il a vu du moins exercer par
« Albert-le-Grand qu'il cite dans ce Livre
« comme son maître en tout genre et sur
« tout dans cette science...
« ...Ce petit traité ne contient que huit « pages et c'est ce que j'ai vu de meilleur
« en ce genre pour qui le sçait enten-
« dre. »
Cette opinion d'un des plus savants histo- riens de l'hermétisme est précieuse. Le petit
traité au Frère Regnauld pourrait suffire en
effet pour l'accomplissement de tout l'oeuvre

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28 TRAITE DE LA PIERRE PHILOSOPHALE
sans le secours d'aucun autre maître. Il vaut
donc mieux faire taire toute objection, accep-
ter une authenticité traditionnelle semblable
à celle de la plupart des ouvrages antiques,
et qui, loin de ternir la gloire de saint Tho-
mas, ne fait qu'ajouter à son éclat en aug-
mentant d'un petit traité admirable la série
incomparable de chefs-d'oeuvres qu'il a légués
à l'Eglise.
A toute contestation possible, nous oppo- serons l'exemple du Liber eruditionis prin-
cipium, imprimé pour la première fois en
1857, sous le nom de Saint Thomas (1) et
qui venait d'être découvert à la Bibliothèque
du Vatican.
Nul n'en a mis en doute l'authenticité: pourtant jamais mention n'en avait été faite
auparavant et aucune preuve ne pouvait le
faire attribuer à saint Thomas sinon qu'on a
inscrit au commencement de l'ouvrage, le

(1) Opuscules de saint Thomas, Paris, Vivès, 1857,
tome IV.

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INTRODUCTION 29
nom de ce grand Docteur. C'est précisément
le cas du Traité de la Pierre. Le nom de
Saint Thomas s'y trouve inscrit par tradition
et si la preuve a paru suffisante après six
siècles pour lui attribuer un manuscrit in-
connu, à plus forte raison le sera-t-elle pour
son oeuvre alchimique qui a d'autres anté-
cédents.
Ajoutons qu'aucun des traités herméti- ques de saint Thomas n'est porté à l'index
du concile de Trente.

* * *
Les deux traités dont nous donnons pour la première fois une adaptation française se
trouvent réunis au Tome III du Theatrum
chemicum(Argentorati, in-8°, 1613), sous le
titre général de: Secreta Alchemiae.
Le premier traité est intitulé De Lapide Philosophico. Il se trouve encore en partie
dans les éditions suivantes:

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30 TRAITE DE LA PIERRE PHILOSOPHALE
S. Thomas de Esse et Essentia mi- neralium, in-4°, Venetiis, 1488.
Cette édition, donnée un peu plus de deux cents ans après la mort de Saint Tho-
mas et à l'origine de l'imprimerie prouve
que la gloire alchimique de ce Docteur date
de fort loin et que les manuscrits en devaient
être alors très répandus.
Idem, in-8°, 1592. Idem, au Tome V du Theatrum che- micum, page 806.
C'est ce traité de Esse et Essentia mine- ralium ou suivant d'autres, de Esse et
Essentia metallorum ou encore de Essen-
tiis Essentiarum, dont l'abbé Lenglet du
Fresnoy met en doute l'authenticité comme
nous l'avons vu plus haut. Mais il est probable
qu'il ne connaissait que ces trois dernières
éditions qui sont visiblement tronquées et
qui ne paraissent que des ébauches de la
première citée. En effet, il manque dans
celles-là le premier et les trois derniers cha-

@

INTRODUCTION 31
pitres que l'on trouve au Tome III du Thea-
trum et que nous avons traduits; en outre,
on y remarque de nombreuses variantes.
Il est incontestable que ce traité porte des traces nombreuses de remaniements, ainsi
que des incorrections très grandes. Le texte
en devient parfois si obscur, qu'on le croi-
rait écrit qabbalistiquement, quoiqu'il n'en
soit rien. Nous avons suivi dans cette tra-
duction le texte du Tome III en le conférant
avec celui des autres éditions et de quelques
manuscrits offrant des leçons plus correctes,
sans nous flatter toutefois d'avoir tranché
toutes les difficultés.
Pour terminer la bibliographie de ce pre- mier traité, nous savons, par un document
très secret, qu'il existait, au XVIIe siècle,
une traduction française de la partie tron-
quée de cet ouvrage, et qui avait été faite
sur l'édition de Venise, mais n'avait jamais
été imprimée. C'était un manuscrit in-folio
qu'on trouverait peut-être aujourd'hui dans

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32 TRAITE DE LA PIERRE PHILOSOPHALE
quelque bibliothèque privée, si les vicissitudes
des temps l'ont respecté.
Quant au second traité qui se trouve éga- lement au tome III du Theatrum, intitulé
Thesaurus Alchemiae et dédié au frère Re-
nauld, nous en connaissons les éditions sui-
vantes:
Thomae aquinatis, secreta Alchimiae; Coloniae, 1579.
2° Id., Secreta Alchimiae magnalia, in-8° Lugduni, sans date.
Id., Lugduni Batavorum, 1598; Thomae Aquinatis Alchimiae mag- nalia, Item Thesaurus Alchimiae, in-8°,
Lugduni, 1602.
Nous ne reviendrons pas sur les éloges que Langlet du Fresnoy a donnés à ce
traité.
Il existe encore une oeuvre de saint Tho- mas dont la traduction n'a pu trouver place
ici, et dont l'intérêt est moindre à la vérité.
Il est titré:

@

INTRODUCTION 33
Liber Lilii benedicti nuncupatum, etc. C'est un commentaire sur un poëme al- chimique de 18 vers (Theatrum chemicum,
tome IV, page 959). C'est peut-être cette
oeuvre dont le R. P. de-Castaigne possédait
le manuscrit de la main même de saint
Thomas. Toutefois, je crois plutôt qu'il s'agit
encore d'une autre oeuvre perdue aujour-
d'hui.
Enfin, signalons le commentaire sur la Tourbe des philosophes dont parle Langlet
du Fresnoy, mais que je ne connais pas sous
le nom du docteur Angélique.

* * *
Avant d'entreprendre la lecture de ce traité, souvenons-nous que les adeptes re-
commandent la prière et surtout la pureté
du coeur. Que les incrédules méditent
cette parole de l'Ecriture: Altissimus DE
TERRA creavit medicamentum quod sapiens
non despiciet (Eccl. c. 38, v. 4) à laquelle
3
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34 TRAITE DE LA PIERRE PHILOSOPHALE
on ne peut donner qu'un sens alchimique.
Et cette autre: (Proverbes, chap. III, 16.)
La sagesse a la longueur des jours dans sa
droite, et dans sa gauche les richesses et la
gloire! Admirable définition de la pierre
philosophale, qui est à la fois, suivant tous
les auteurs, une médecine qui prolonge la
vie et une source intarissable de richesses,
tandis que la science qui y conduit est la
sagesse par excellence.
L'adepte se souviendra en outre que la connaissance parfaite de toutes les combi-
naisons du Tarot est nécessaire pour l'ac-
complissement de l'oeuvre. Ce secret, renou-
velé ici pour la première fois depuis trois
siècles, se trouve contenu implicitement
dans l'ouvrage intitulé: La Toyson d'Or
ou la fleur des thrésors, en laquelle est suc-
cinctement et méthodiquement traicté de
la Pierre des Philosophes, par ce grand
philosophe Salomon Trismosin, précep-
teur de Paracelse, Paris, 1613. On y trouvera

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INTRODUCTION 35
vingt-deux figures en couleur qui représen-
tent les vingt-deux phases des sept opéra-
tions principales de la transmutation.
Nous donnerons également à méditer les sentences symboliques qui accompagnent
les planches admirables d'un ouvrage her-
métique presque inconnu, mais le plus élevé
et le mieux inspiré, peut-être (1), qui existe.
Ars Laboriosa Convertens Humiditate Ignea Metalla In =Mm.
Caliditas Humiditas Algor Occulta Sivitas. Cunctipotens Autor Lucis Omnia Regit. Author Mundi Omnipotens Rex. Iucunde Generat Natura Ignea Solis. Iu Gehenna Nostrae Ignis Scientiae. Aurifica Ego Regina. Album Quae Vehit Aurum. Trium Elementorum Receptaculum Re- condo Aurifodinam.

(1) Escalier des Sages ou Thrésor de la philosophie
des anciens, mis en lumière par Barent Coenders
van Helpen, gentilhomme. Cologne, 1693, in-folio.

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36 TRAITE DE LA PIERRE PHILOSOPHALE
Separando Venerum Leniter Philosophiis Homogeneam Viscositatem Resuscitat.
Medicinam Ego Rubeam Creo Universalem Regiamque In Utero Soli.
Solus Altiora Laboro. Ces sentences donnent, en quelque sorte, la clef absolue de l'oeuvre, et nous termi-
nerons en souhaitant au lecteur, comme
l'ont fait tous les Adeptes, la plus parfaite
réussite dans leurs expériences, s'ils veulent
placer leur confiance et leur espérance uni-
quement en Dieu.

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SAINT THOMAS D'AQUIN
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TRAITE DE LA PIERRE PHILOSOPHALE
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TRAITE DE SAINT THOMAS D'AQUIN De l'Ordre des Frères prêcheurs sur
LA PIERRE PHILOSOPHALE
ET PREMIEREMENT
DES CORPS SUPERCELESTES
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CHAPITRE PREMIER
Aristote, au premier livre des Météores, enseigne qu'il est beau et louable de recher-
cher par de profondes investigations la cause
première qui dirige l'admirable concert des
causes secondes, et les sages voyant des
effets en toutes choses, parviennent à en
scruter les causes occultes.
Nous voyons ainsi les corps célestes exer-
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40 TRAITE
cer une action marquée sur les éléments et
par la seule vertu de la matière d'un seul
élément, puisque de la matière de l'eau, par
exemple, ils peuvent extraire les modalités
aériforme et igniforme.
Tout principe naturel d'activité produit, dans sa durée d'action, une multiplication
de lui-même, comme le feu communiqué au
bois, extrait de ce bois une plus grande
quantité de feu.
Nous parlerons donc ici des agents les plus importants qui existent dans la nature.
Les corps supercélestes se présentent tou- jours à nos yeux, revêtus de la forme maté-
rielle d'un élément, mais ne participent pas
de la matière de cet élément, et ces sphères
sont d'une essence beaucoup plus simple et
subtile, que les apparences concrétisées
d'elles-mêmes, que nous apercevons seu-
lement. (1) Et Rogerius a fort bien exposé
ceci: Tout principe d'activité, dit-il, exerce
son action par sa propre similitude, cette

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DE LA PIERRE PHILOSOPHALE 41
dernière se transformant en même temps en
principe passif récepteur, mais sans différer
spécifiquement du principe actif qui l'a en-
gendrée; par exemple l'étoupe étant placée
près du feu, sans le toucher cependant, celui-
ci multipliera son espèce (2) comme tout autre
principe d'action, et cette espèce sera multi-
pliée et recueillie dans l'étoupe, autant par
l'action naturelle et continue du feu que par
l'aptitude de passivité que possède l'étoupe,
puis se vivifiera jusqu'à l'accomplissement
complet de l'acte du feu. Par quoi il est
manifeste que la similitude du feu n'est pas
différente du feu lui-même, in specie. Mais
certains principes possèdent une action spé-
cifique intensive, de telle sorte qu'ils peuvent
la corroborer par leur propre similitude en
se multipliant et se reformant sans cesse
dans toutes choses; tel le feu. D'autres, au
contraire, ne peuvent pas multiplier leur
espèce par similitude et transmuer chaque
chose en eux-mêmes: tel l'homme.

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42 TRAITE
En effet, l'homme ne peut pas agir par la multiplication de sa similitude comme il agit
par son acte propre, parce que la complexité
de son être l'oblige toujours à accomplir
une pluralité d'actions. C'est pourquoi,
comme le prouve Rogerius au livre de
Influentiis, si l'homme pouvait, au con-
traire, produire une action puissante au
moyen de sa similitude comme le feu, il est
sans aucun doute, que son espèce serait
véritablement un homme, d'où l'on ne pour-
rait inférer que la similitude multipliée de
l'homme ne serait pas complètement un
homme, étant placée alors au-dessus de l'es-
pèce.
Par conséquent, lorsque les corps super- célestes exercent leur action sur un élé-
ment, ils agissent par leur similitude et,
de plus, produisent quelque chose de sem-
blable à eux et presque de la même espèce.
Donc, puisqu'ils produisent l'élément de
l'élément et la chose élémentée de la chose

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DE LA PIERRE PHILOSOPHALE 43
élémentaire, il s'ensuit nécessairement qu'ils
participent eux-mêmes de la nature de l'élé-
ment Et, afin de mieux comprendre ceci, il
faut observer que le soleil produit du feu
des corps saturés d'eau urinaire et des corps
cristallins sphériques.
Tu dois savoir, en outre, que tout prin- cipe d'activité, selon qu'il est prouvé au
livre de Influentiis, multiplie sa similitude
suivant une ligne perpendiculaire droite et
forte, ce que l'on voit évidemment dans
l'exemple pris de l'étoupe et du feu, qui se
joignent d'abord en un point pris sur une
ligne perpendiculaire idéale; ce que l'on voit
également, lorsque l'urine ou le cristal sont
exposés au soleil et reçoivent l'influence des
rayons solaires qui sont leur similitude. Si
l'on opère par l'intermédiaire d'un miroir,
lorsque le rayon du soleil sera projeté per-
pendiculairement, on le verra traverser
entièrement l'eau ou le corps transparent
sans s'y briser à cause de l'extrême coeffi-

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44 TRAITE
cient de puissance de son action: si, au con-
traire, il est projeté en une ligne droite non
perpendiculaire il se brisera à la surface du
corps, et un nouveau rayon se formera
dans une direction oblique; le point de jonc-
tion de ces deux rayons se trouvant pris sur la
ligne perpendiculaire idéale. Et c'est le point
de l'énergie maxima de la chaleur solaire
car si l'on y place de l'étoupe ou tout autre
corps combustible, il s'enflammera immé-
diatement.
Il résulte donc de tout ceci que, lorsque la similitude du soleil (c'est-à-dire les rayons
du soleil) est corroborée par l'action conti-
nue du soleil même, elle engendre le feu. Le
soleil possède ainsi le principe et les pro-
priétés du feu, comme on le prouve par les
miroirs ardents.
On construit cette sorte de miroirs, d'acier parfaitement poli, de telle forme ou dispo-
sition que, réunissant le faisceau des rayons
solaires, ils le projettent suivant une ligne

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DE LA PIERRE PHILOSOPHALE 45
unique d'une grande force incandescente;
on place le miroir près des villes, des cités ou
de tout autre lieu, lesquels ne tardent pas à
s'embraser, ainsi que le dit Athan, au livre
des Miroirs ardents.
Il est manifeste que le soleil et les autres corps supercélestes ne participent en aucune
manière de la matière de l'Elémental et
par conséquent sont exempts de corrupti-
bilité, de légèreté et de pesanteur.
Ici il faut opérer une distinction entre les éléments: certains sont simples et infini-
ment purs, n'ayant pas la vertu transmu-
tative nécessaire pour évoluer jusque dans
un autre plan de modalisation, parce que la
matière dont ils sont formés se trouvant dé-
limitée par la plus parfaite forme qui lui
puisse convenir, ils n'en désirent pas d'autre;
et de ces éléments sont formés probablement
les corps supercélestes. Car nous plaçons
réellement l'eau (3) au-dessus du firmament
et du cristallin. De même nous pouvons en

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46 TRAITE
dire autant des autres éléments, et c'est de
ces éléments que sont composés les corps
supercélestes, par la puissance divine ou par
les intelligences dans lesquelles elle s'est
ministérialisée. Par ces éléments ne peuvent
être engendrées ni pesanteur, ni légèreté,
parce que ce sont des accidents qui n'appar-
tiennent qu'aux terres grossières et lourdes.
Toutefois ils produisent le phénomène de la
coloration parce que les diversités dans la
lumière sont dues à un fluide de la série
impondérable. Ces corps supercélestes pa-
raissent en effet de couleur dorée et de plus
scintillent comme s'ils étaient frappés eux-
mêmes d'un rayon de lumière, de même
qu'un bouclier doré scintille et projette son
éclat lorsqu'il est frappé par les rayons du
soleil. Les astrologues attribuent donc à ces
éléments la cause de la scintillation et de la
couleur dorée des étoiles, comme l'ont suffi-
samment prouvé Isaac et Rogerius dans le
livre de Sensu, et puisqu'elles sont engen-

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DE LA PIERRE PHILOSOPHALE 47
drées de certaines qualités des éléments il
s'ensuit qu'il est dans la nature élémentale
de les posséder.
Mais comme ces éléments sont, de leur nature d'une infinie pureté et jamais mé-
langés d'aucune substance inférieure, il
s'ensuit obligatoirement que dans les corps
célestes ils doivent se trouver corporalisés
et proportionnalisés de telle sorte qu'ils ne
peuvent se séparer les uns des autres. Et
ceci ne devra nullement étonner car en coo-
pérant à la nature par les procédés de l'ar-
tiste, j'ai séparé moi-même les quatre élé-
ments de plusieurs corps inférieurs, de façon
à les obtenir chacun séparément, soit l'eau,
le feu ou la terre; j'ai purifié autant qu'il
m'a été possible chacun de ces éléments
l'un après l'autre par une opération secrète
et ceci accompli, je les ai conjoints ensemble
et j'ai obtenu une chose admirable (quaedam
admirabilis res) qui n'était soumise à au-
cun des éléments inférieurs, (4) car en la lais-

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48 TRAITE
sant aussi longtemps que possible dans le
feu elle n'était pas consumée et n'éprouvait
aucun changement. (5) Ne soyons donc pas
étonnés si les corps célestes sont d'une na-
ture incorruptible, puisqu'ils sont composés
entièrement d'éléments, et il est sans aucun
doute que la substance que j'avais obtenue
participait beaucoup de la nature de ces
corps. C'est pourquoi Hermogènes, qui fut
trois fois grand (triplex fuit) en philosophie
s'exprime ainsi: Ce fut pour moi une grande
joie à nulle autre pareille de parvenir à la
perfection de mon oeuvre et de voir la quinte
essence sans aucun mélange de la matière
des éléments inférieurs.
Une partie de feu possède plus d'énergie potentielle que cent parties d'air et par con-
séquent une partie de feu peut aisément
dompter mille parties de terre. Nous igno-
rons suivant quelles proportions pondé-
rales absolues s'opère la mixtion de ces
éléments; toutefois par la pratique de notre

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DE LA PIERRE PHILOSOPHALE 49
art nous avons observé que lorsque les
quatre éléments sont extraits des corps et
purifiés chacun séparément, il faut pour
opérer leur conjonction prendre par poids
égaux l'air, l'eau et la terre, tandis que l'on
n'ajoute que la seizième partie de feu. Cette
composition est véritablement formée
de tous les éléments quoique pourtant les
propriétés du feu dominent encore sur celles
des autres. Car en en projetant une partie
sur mille de mercure on peut remarquer
qu'il se coagule et devient rouge. Ce par
quoi il est évident qu'une telle composition
est d'une essence approchante de celle des
corps célestes puisque dans la transmutation
elle se comporte à la manière du principe
actif le plus énergique. (6)

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50 TRAITE

CHAPITRE II
DES CORPS INFERIEURS: DE LA NATURE ET DES PROPRIETES DES MINERAUX ET PREMIEREMENT DES PIERRES
Nous allons traiter maintenant des corps inférieurs. Mais comme ceux-ci se divisent
en minéraux plantes et animaux, nous
commencerons par étudier la nature et les
propriétés des minéraux. Les minéraux se
divisent en pierres et en métaux. Ces der-
niers sont formés d'après les mêmes lois et
suivant les mêmes rapports quantitatifs que
les autres créatures, excepté que leur consti-
tution particulière résulte d'un plus grand
nombre d'opérations et de transmutations
que celle des éléments ou des corps supercéles-

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DE LA PIERRE PHILOSOPHALE 51
tes, car la composition de leur matière est
pluriforme.
La matière qui compose les pierres est donc d'une nature très inférieure, grossière
et impure et possédant plus ou moins de
terrestréité suivant le degré de pureté de la
pierre. Comme le dit Aristote dans son livre
des Météores (que certains attribuent à
Avicenne), la pierre n'est pas formée de
terre pure; c'est plutôt une terre aqueuse (7)
ainsi que nous voyons certaines pierres se
former dans les fleuves, et le sel s'extraire par
évaporation de l'eau salée. Cette eau possé-
dant beaucoup de terrestréité, elle se coa-
gule sous forme pétrifiée, par la chaleur du
soleil ou du feu.
La matière dont se compose les pierres est donc une eau grossière; le principe actif: la
chaleur ou le froid qui coagulent l'eau et en
extraient l'essence lapidiforme. (8) Cette cons-
titution des pierres est prouvée par l'exem-
ple des animaux et des plantes qui ressen-

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52 TRAITE
tent les propriétés des pierres et en produi-
sent eux-mêmes, ce qui mérite d'être
considéré avec la plus grande attention.
Certaines de ces pierres se trouvent en effet coagulées dans les animaux, par l'effet
de la chaleur, et quelquefois possèdent des
propriétés plus énergiques que celles qui ne
proviennent pas des animaux et se sont for-
mées suivant la voie ordinaire. D'autres
pierres sont formées par la nature elle-
même, activée par la vertu d'autres miné-
raux. Car, dit Aristote, on obtient par le
mélange de deux eaux différentes, l'eau
appelée Lait de la Vierge (9) et que l'on
coagule elle-même en pierre. Pour cela,
dit-il, on mélange de la litharge dissoute
dans le vinaigre avec une dissolution de sel
alkali et quoique ces deux liquides soient
fort clairs, si on opère leur conjonction, ils
ne laissent pas de former immédiatement
une eau épaisse et blanche comme du lait. (10)
Imbibés de cette eau, les corps qu'on voudra

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DE LA PIERRE PHILOSOPHALE 53
transformer en pierres, se coaguleront
immédiatement. En effet, si la chaux d'ar-
gent ou un autre corps semblable est arrosé
de cette eau et traité ensuite chimiquement
par un feu doux, il se coagulera. Le lait de
la Vierge possède donc véritablement la pro-
priété de transformer les chaux en pierres.
Nous voyons également dans le sang, les
oeufs, le cerveau ou par les cheveux et au-
tres parties des animaux, se former des
pierres, (11) d'une efficacité et d'une vertu admi-
rables. Si l'on prend par exemple, du sang
humain, et qu'on le laisse putréfier dans
le fumier chaud, puis qu'on le place dans
l'alambic, il distillera une eau blanche sem-
blable à du lait. On augmente ensuite le feu
et il distillera une sorte d'huile. Enfin, on
rectifie le résidu (faeces) qui reste dans
l'alambic et on le rend blanc comme neige.
On le mélange avec l'huile qu'on verse
dessus et il se forme alors une pierre limpide
et rouge, d'une efficacité et d'une vertu

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54 TRAITE
admirables, qui arrête (stringit) le flux du
sang et qui guérit de nombreuses infir-
mités. (12) Nous en avons également extrait
une des plantes par la méthode suivante:
Nous brûlons des plantes dans le fourneau
de calcination, ensuite nous convertissons
cette chaux en eau, nous la distillons et coa-
gulons; elle se transforme alors en une
pierre douée de vertus plus ou moins gran-
des, suivant les vertus des plantes employées
et leur diversité. Certains produisent des
pierres artificielles, lesquelles, à l'examen
le plus minutieux paraissent semblables en
tous points aux pierres naturelles, car
on fait des hyacinthes artificielles qui ne
diffèrent pas des hyacinthes naturelles, (13) ainsi
que des saphirs, par un procédé identique.
On dit que la matière de toutes les pierres précieuses est le cristal qui est une eau
n'ayant que très peu de terrestréité, et coa-
gulée sous l'action d'un froid extrême. (14)
On pulvérise du cristal sur du marbre; on

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DE LA PIERRE PHILOSOPHALE 55
l'imbibe d'eaux fortes et de dissolvants éner-
giques, en recommençant plusieurs fois, le
desséchant et le pulvérisant de nouveau pour
l'humecter encore avec les dissolvants, jus-
qu'à ce que le mélange ne forme plus qu'un
corps bien homogène; on le place ensuite
dans le fumier chaud où il se convertit au
bout d'un certain temps en eau; on distille
celle-ci qui se clarifie et se volatilise en
partie. On prend ensuite un autre liquide
rouge, fait de vitriol rouge calciné et d'urine
d'enfants. (15) On mélange et on distille de
la même manière un grand nombre de fois
ces deux liqueurs, suivant les poids et les
proportions nécessaires; on les met dans le
fumier afin qu'elles se mélangent plus intime-
ment et ensuite on les coagule chimiquement
(in Kymia) par un feu lent, ce qui forme
ainsi une pierre semblable en tout à l'Hya-
cinthe. Quand on veut faire un saphir, la
seconde liqueur se forme d'urine et d'azur
au lieu de vitriol rouge, et ainsi des autres

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56 TRAITE
selon la diversité des couleurs, l'eau em-
ployée devant être naturellement de la même
nature que la pierre qu'on veut produire. Le
principe actif est donc la chaleur ou le froid,
et soit que la chaleur soit douce ou que le
froid soit très intense, ce sont eux qui ex-
traient de la matière la forme de la pierre
qui n'était qu'en puissance et comme ense-
velie (sepultam) au fond de l'eau. On peut
distinguer dans les pierres comme dans
toutes choses trois attributs, savoir: la subs-
tance, la vertu et l'action. Nous pouvons ju-
ger de leurs vertus par les actions occultes
et très efficaces qu'elles produisent, comme
nous jugeons des actions de la nature et des
corps supercélestes.
Il n'est donc pas douteux qu'elles possèdent certaines des propriétés et vertus occultes des
corps supercélestes, et qu'elles participent
de leur substance; ce qui ne veut pas dire
qu'elles soient composées de la substance
même des étoiles, mais bien qu'elles pos-

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DE LA PIERRE PHILOSOPHALE 57
sèdent les vertus sublimées des quatre élé-
ments, puisque certaines pierres participent
un peu de la complexion des étoiles ou corps
supercélestes, comme j'en ai touché quelques
mots au traité de ces corps. Ayant isolé de
quelques corps, les quatre éléments, je les
purifiai et ainsi purifiés je les combinai; je
recueillis alors une pierre d'une efficacité et
d'une nature si admirables que les quatre
éléments, grossiers et inférieurs de notre
sphère, n'avaient aucune action sur elle. (16)
C'est en parlant de cette opération qu'Her- mogènes (le Père, comme l'appelle Aristote,
qui fut trois fois grand en philosophie, et
qui connaît toutes les sciences aussi bien
dans leur essence que dans leurs applica-
tions), c'est en parlant, dis-je, de cette opé-
ration qu'il s'écrie: Ce fut pour moi le plus
grand bonheur possible que de voir la quinte
essence, (17) dépourvue des qualités inférieures
des éléments.
Il apparaît donc, évidemment, que cer-
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58 TRAITE
taines pierres participent un peu de la quinte
essence, ce qui est certain et manifeste par
les opérations de notre art.

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DE LA PIERRE PHILOSOPHALE 59


CHAPITRE III
DE LA CONSTITUTION ET DE L'ESSENCE DES METAUX
Les métaux sont formés par la nature, chacun suivant la constitution de la Planète
qui lui correspond et c'est ainsi que l'artiste
doit opérer. Il existe donc sept métaux qui
participent chacun d'une planète, savoir:
l'Or qui vient du Soleil et qui en porte le
nom; l'Argent, de la Lune; le Fer, de Mars;
le Vif-Argent, de Mercure; l'Etain, de Jupiter;
le Plomb, de Saturne; le Cuivre et l'Airain,
de Vénus. Ces métaux prennent, d'ailleurs,
le nom de leur planète. (18)

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60 TRAITE
De la Matière essentielle des Métaux.
La première matière de tous les métaux est le Mercure. (19) Dans les uns, il se trouve
congelé faiblement, et dans les autres forte-
ment. (20) C'est pourquoi on peut établir une
classification des métaux basée sur le degré
d'action de leur planète correspondante, sur
la perfection de leur soufre, sur le degré de
congélation du mercure et de terrestréité
qu'ils possèdent, ce qui leur assigne une
place par rapport aux autres métaux.
Ainsi le plomb n'est autre chose que du mercure terrestre, c'est-à-dire participant de
la terre, faiblement congelé et mêlé d'un
soufre subtil et peu abondant; et comme
l'action de sa planète =Mp est faible et éloignée
il se trouve en infériorité par rapport à l'étain,
le cuivre, le fer, l'argent et l'or. (21)
L'Etain est du vif argent subtil, peu coa- gulé mêlé d'un soufre grossier et impur;

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DE LA PIERRE PHILOSOPHALE 61
c'est pourquoi il est sous la domination du
cuivre, du fer, de l'argent et de l'or.
Le Fer (22) est formé d'un Mercure grossier et terrestréiforme et d'un soufre terrestre et
très impur, mais l'action de sa planète le
coagule fortement, c'est pourquoi on ne
trouve au-dessus de lui que le Cuivre, l'ar-
gent et l'or. Le cuivre est formé d'un soufre
puissant et d'un mercure assez grossier.
L'Argent est formé de soufre blanc, clair, subtil, non brûlant et d'un mercure subtile-
ment coagulé, limpide et clair, sous l'action
de la planète la Lune; c'est pourquoi il n'est
que sous la domination de l'or.
L'Or, véritablement le plus parfait de tous les métaux, est composé d'un soufre rouge,
clair, subtil, non brûlant, et d'un mercure
subtil et clair, (23) fortement mis en action par
le Soleil. C'est pourquoi il ne peut être
brûlé par le soufre, ce qui est possible pour
tous les autres métaux.
Il est donc évident qu'on peut faire de l'or
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62 TRAITE
de tous ces métaux, et que de tous, excepté
de l'or, on peut faire de l'argent. On peut
s'en convaincre par l'exemple des mines d'or
et d'argent desquelles on extrait d'autres
métaux mêlés avec des marcassites d'or et
d'argent. Et nul doute que ces métaux se
seraient transformés eux-mêmes en or et en
argent, s'ils étaient restés dans la mine le
temps nécessaire pour que l'action de la na-
ture eût pu se manifester.
Quant à savoir si l'on peut faire artificiel- lement de l'or avec les autres métaux en dé-
truisant les formes de leur substance et de
quelle manière on opère, nous en parlerons
dans le traité de esse et essentia rerum sen-
sibilium. (24) Mais ici nous l'admettons comme
vérité démontrée.

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DE LA PIERRE PHILOSOPHALE 63

CHAPITRE IV
DE LA TRANSMUTATION DES METAUX ET PREMIEREMENT DE CELLE QUI S'ACCOMPLIT PAR ARTIFICE
La transmutation des métaux peut s'ac- complir artificiellement par le changement
de l'essence d'un métal en l'essence d'un
autre car, ce qui est en puissance peut, évi-
demment, se réduire en acte comme dit
Aristote ou Avicenne: les alchimistes savent
que les espèces ne peuvent jamais être trans-
muées véritablement, mais seulement lors-
qu'on a opéré la réduction en la matière
première. » Or, cette matière première de
tous les métaux approche beaucoup de l'aveu
de tous, de la nature du mercure. Mais

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64 TRAITE
quoique cette réduction soit en grande partie
l'ouvrage de la nature, il n'en est pas moins
utile de l'aider par le moyen de l'art; or,
ceci est difficile, et c'est dans cette opération
qu'on fait un grand nombre de fautes et que
la plupart dissipent en vain leur jeunesse et
leurs forces et séduisent les rois et les grands
par de vaines promesses qu'ils ne peuvent
pas tenir, ne sachant discerner les livres
erronés, les impertinences, ni les opérations
fausses écrites par les ignorants, puis finale-
ment n'obtiennent qu'un résultat complète-
ment nul. Ayant donc considéré que les
rois après des opérations minutieuses n'a-
vaient pas pu arriver à la perfection, je
crus que cette science était fausse. Je relus
les livres d'Aristote ou Avicenne, de secretis
secretorum où je trouvai la vérité tellement
voilée sous des énigmes qu'ils paraissaient
vides de sens; je lus les livres de leurs con-
tradicteurs et j'y trouvai des folies sembla-
bles. Enfin je considérai les principes de la

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DE LA PIERRE PHILOSOPHALE 65
NATURE, et je vis en eux la VOIE DE LA VE-
RITE. J'observai en effet que le mercure pé-
nétrait et traversait les autres métaux, car
si l'on teint du cuivre avec de l'argent vif
mélangé avec autant de sang et d'argile, ce
cuivre sera pénétré intérieurement et exté-
rieurement et deviendra blanc, quoique
cette couleur ne soit pas durable. (25) On sait
déjà que l'argent vif se mixtionne avec des
corps et les pénètre. Je considérai donc que
si ce mercure était retenu il ne pourrait
plus s'échapper et que si je pouvais trouver
un moyen de fixer la disposition de ses mo-
lécules avec les corps, il s'ensuivrait que le
cuivre et les autres corps mélangés avec lui
ne seraient plus brûlés par ceux qui, les
brûlant ordinairement, n'ont aucune action
sur le mercure. Car ce cuivre serait alors
semblable au mercure et en posséderait les
mêmes qualités.
Je sublimai donc une quantité de mercure assez grande pour que la fixation de ses
5
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66 TRAITE
dispositions internes ne soit pas altérée,
c'est-à-dire pour qu'il ne se subtilise pas au
feu; ainsi sublimé, je le fis dissoudre dans
l'eau afin d'en opérer la réduction en matière
première, j'imbibai largement avec cette
eau de la chaux d'argent et de l'arsenic su-
blimé et fixé; puis je fis dissoudre le tout
dans du fumier chaud de cheval; je congelai
la dissolution et j'obtins une pierre claire
comme du cristal ayant la propriété de di-
viser, de rompre les particules des corps, de
les pénétrer et de s'y fixer fortement de
telle sorte qu'un peu de cette substance pro-
jetée sur une grande quantité de cuivre la
transformait immédiatement en un argent si
pur, qu'il était impossible d'en trouver de
meilleur. Je voulus éprouver si je pouvais
également convertir en or notre soufre rouge;
j'en fis bouillir dans l'eau forte sur un feu
lent; cette eau étant devenue rouge, je la
distillai à l'alambic et j'obtins comme résultat
au fond de la cucurbite le soufre rouge pur

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DE LA PIERRE PHILOSOPHALE 67
que je congelai avec la pierre blanche susdite
afin de la rendre également rouge. J'en pro-
jetai une partie sur une quantité de cuivre
et j'obtins de l'or très pur.
Quant au procédé occulte que j'emploie, je ne l'indique que dans ses lignes générales et
ne le place pas ici afin que nul ne commence
à oeuvrer à moins qu'il ne connaisse parfai-
tement les modes de sublimation, de distil-
lation et de congélation et qu'il soit expert dans
la forme des vases et des fourneaux et dans
la quantité et la qualité du feu.
J'ai opéré aussi au moyen de l'arsenic et j'ai obtenu de très bon argent mais non de
la plus parfaite pureté; j'ai obtenu égale-
ment le même résultat par l'Orpiment su-
blimé, mais cette méthode est appelée la
transmutation d'un métal en un autre.

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68 TRAITE

CHAPITRE V
DE LA NATURE ET DE LA PRODUCTION D'UN NOUVEAU SOLEIL ET D'UNE NOUVELLE LUNE PAR LA VERTU DU SOUFRE EXTRAIT DE LA PIERRE MINERALE.
Il existe toutefois un mode plus parfait de transmutation qui consiste dans le change-
ment du mercure en or ou en argent, par le
moyen du soufre rouge ou blanc, clair,
simple, non brûlant, comme l'enseigne
Aristote, in secretis secretorum en une mé-
thode très vague et très confuse, car ceci est
LE SECRET DES SAGES (Absconditum
sapientibus); il dit donc à Alexandre:
La divine Providence te conseille de cacher
ton dessein et d'accomplir le mystère que je
t'exposerai obscurément, en nommant quel-

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DE LA PIERRE PHILOSOPHALE 69
ques-unes des choses dont peut s'extraire ce
principe vraiment puissant et noble. (26)
Ces livres ne sont pas publiés pour le vul- gaire mais pour les initiés (propter profectos).
Si quelqu'un, présumant de ses forces, commençait l'oeuvre, je l'exhorte de ne le
point faire, à moins qu'il ne soit très expert
et habile dans la connaissance des principes
naturels, et qu'il sache employer avec dis-
cernement les modes de distillation, de
dissolution, de congélation et surtout les
diverses sortes et degrés de feu. (27)
D'ailleurs, l'homme qui veut réaliser l'oeuvre par avarice n'y parviendra pas,
mais seulement celui qui travaille avec sa-
gesse et discernement.
La pierre minérale de laquelle on se sert pour produire cet effet est précisément le
soufre blanc ou rouge clair, qui ne brûle pas
et que l'on obtient par la séparation, la dé-
puration et la conjonction des quatre élé-
ments. (28)

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70 TRAITE
Enumération des Oeuvres minérales
Prends donc, au nom de Dieu, une livre de ce soufre; triture-le fortement sur du
marbre et imbibe-le avec une livre et demie
d'huile d'olive très pure dont se servent les
philosophes; réduis le tout en une pâte
que tu mettras dans un poêlon (sartagine
physica) et que feras dissoudre ainsi au feu.
Lorsque tu verras monter une écume rouge,
tu retireras la matière du feu et laisseras
descendre l'écume sans cesser de remuer
avec une spatule de fer, puis tu mettras de
nouveau sur le feu et tu réitéreras cette opé-
ration jusqu'à ce que tu obtiennes la consis-
tance du miel. Remets ensuite la matière
sur le marbre où elle se congèlera aussitôt
comme de la chair ou comme du foie cuit;
tu la couperas ensuite en plusieurs morceaux
de la grandeur et de la forme de l'ongle,
et avec un poids égal de quintessence

@

DE LA PIERRE PHILOSOPHALE 71
d'huile de tartre, tu les remettras au feu
pendant deux heures environ.
Enferme ensuite l'oeuvre dans une am- phore de verre bien lutée avec le lut de
sapience (29) que tu laisseras sur le feu lent
pendant trois jours et trois nuits. Tu mettras
ensuite l'amphore et la médecine dans l'eau
froide pendant trois autres jours; puis tu
couperas de nouveau l'oeuvre en morceaux
de la grandeur de ton ongle et tu la mettras
dans une cucurbite de verre au-dessus de
l'alambic. Tu distilleras ainsi une eau
blanche semblable à du lait, qui est le véri-
table lait de la vierge; lorsque cette eau sera
distillée, tu augmenteras le feu et transva-
seras dans une autre amphore. Prends donc
maintenant de l'air qui soit semblable à l'air
le plus pur et le plus parfait, parce que c'est
celui-là qui contient du feu. Calcine dans le
four de calcination cette terre noire qui reste
dans le fond de la cucurbite, jusqu'à ce
qu'elle devienne blanche comme neige;

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72 TRAITE
remets la dans l'eau distillée sept fois, afin
qu'une lame de cuivre embrasé, éteinte par
trois fois, devienne parfaitement blanche.
Qu'il en soit fait de même pour l'eau que
pour l'air; à la troisième distillation, tu
trouveras l'huile et toute la teinture sem-
blable à du feu au fond de la cucurbite. Tu
recommenceras alors une seconde et une
troisième fois, et tu recueilleras l'huile;
ensuite tu prendras le feu qui est au fond
de la cucurbite et qui est semblable à du
sang noir et mou; tu le garderas pour le
distiller et l'éprouver avec la lame de cuivre,
comme tu as fait pour l'eau; et voici main-
tenant que tu possèdes la manière de séparer
les quatre éléments. Mais le moyen de les
unir (modum conjungendi) est ignoré de
tous.
Prends donc la terre et triture la sur une table de verre ou de marbre très propre;
imbibe la d'un poids égal d'eau jusqu'à ce
qu'elle forme une pâte; place la dans un

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DE LA PIERRE PHILOSOPHALE 73
alambic et distille la avec son feu; imbibe
de nouveau ce qui te restera dans le fond de
la cucurbite avec l'eau que tu auras distillée
jusqu'à ce que celle-là soit complètement
absorbée.
Ensuite imbibe la d'une égale quantité d'air en te servant de celui-ci comme tu t'es
servi de l'eau, et tu obtiendras une pierre
cristallisée, laquelle projetée en petite quan-
tité sur beaucoup de mercure, convertit
celui-ci en vrai argent, et ceci est la vertu
du soufre blanc non brûlant, formé de trois
éléments: la terre, l'eau et l'air. Si, mainte-
nant tu prends une dix-septième partie du feu
et que tu la mélanges avec les trois éléments
ci-dessus, en les distillant et les imbibant
comme on l'a dit, tu obtiendras une pierre
rouge, claire, simple, non brûlante, dont une
petite partie projetée sur beaucoup de mer-
cure sera convertie en or obryzum très pur. (30)
Ceci est la méthode pour parfaire la pierre minérale.

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74 TRAITE


CHAPITRE VI
DE LA PIERRE NATURELLE ANIMALE ET VEGETALE
Il existe une autre pierre, laquelle, selon Aristote, est une pierre et n'est pas une
pierre. Elle est à la fois minérale, végétale
et animale; elle se trouve en tous les lieux,
en tous les hommes (31) et c'est elle que tu dois
putréfier dans le fumier et placer après cette
putréfaction dans une cucurbite sur l'alam-
bic; tu en extrairas les éléments de la ma-
nière susdite, tu opéreras leur conjonction et
tu obtiendras une pierre qui n'aura pas moins
d'efficacité et de vertu Et ne sois pas étonné
que j'aie dit de la putréfier dans le fumier
chaud de cheval comme le doit faire l'artiste,

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DE LA PIERRE PHILOSOPHALE 75
car, si le pain de froment y est placé, après
neuf jours il sera transformé en vraie chair
mêlée avec du sang. (32) C'est pour cette raison,
je crois, que Dieu a voulu choisir le pain de
froment préférablement à toute autre matière,
parce qu'il est plus particulièrement la nour-
riture du corps que toute autre substance et
qu'on peut facilement en extraire les quatre
éléments et en faire une oeuvre excellente. (33)
De tout ce que nous avons dit, il ressort que tout corps composé peut être réduit en
minéral et cela, non seulement par la nature
mais par l'art. Béni soit Dieu qui donna aux
hommes un tel pouvoir, puisque, imitateur
de la nature, il peut transmuer les espèces
naturelles, ce que la nature indolente n'ac-
complit qu'au bout d'un temps immense.
Voici les autres méthodes de transmutation
des métaux que l'on trouve dans les livres
des Roses, d'Archelaüs, dans le septième
livre des Préceptes et dans beaucoup
d'autres traités d'Alchimie.

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76 TRAITE

CHAPITRE VII
DE LA MANIERE D'OPERER PAR L'ESPRIT
Il existe un mode d'opération par l'esprit et il est à propos de savoir qu'il existe
quatre sortes d'esprits, appelés ainsi parce
qu'ils se volatilisent au feu, et qui participent
de la nature des quatre éléments, savoir: le
Soufre, qui possède la nature du Feu, le Sel
ammoniac, le Mercure qui possède les pro-
priétés de l'Eau et qui est encore appelé ser-
viteur fugitif (servus fugitivus) et l'Orpiment
ou Arsenic qui possède l'esprit de la
Terre. (34) Quelques-uns ont opéré au moyen
d'un de ces esprits, en le sublimant et le con-
vertissant en eau, en le distillant et le con-
gélant; puis, l'ayant projeté sur du cuivre ont
opéré la transmutation. Un autre s'est servi de

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DE LA PIERRE PHILOSOPHALE 77
deux de ces esprits; un autre de trois, un autre
enfin, de tous les quatre; et voici sa méthode:
Après avoir sublimé chacun de ces éléments
séparément, un grand nombre fois jusqu'à
ce qu'ils soient fixés, et les avoir distillés
puis dissous dans l'eau forte et imbibés de
dissolvants énergiques, on réunit toutes ces
eaux; on les distille et on les congèle de nou-
veau toutes ensemble et on obtient une pierre
blanche comme du cristal qui, projetée en
petite quantité sur un métal quelconque le
change en véritable Lune. On dit générale-
ment que cette pierre est composée des
quatre éléments à un très haut degré d'épu-
ration. D'autres croient qu'on la compose
d'un esprit uni avec les corps; mais je ne
crois pas que cette méthode soit véritable et
je la crois ignorée de tous, quoiqu'Avicenne
en touche quelques mots dans son Epître.
Je l'éprouverai lorsque j'aurai le temps et le lieu nécessaires.

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78 TRAITE

CHAPITRE VIII
DE LA PREPARATION DES FERMENTS DE SATURNE ET AUTRES METAUX
Prends donc deux parties de Saturne (plomb) si tu veux accomplir l'Oeuvre du
Soleil, ou bien deux parties de Jupiter (étain)
pour l'Oeuvre de la Lune. Ajoute une troi-
sième partie de mercure afin de former un
amalgame qui sera une sorte de pierre très
fragile que tu broieras avec soin sur le
marbre en l'imbibant de vinaigre très aigre
et d'eau tenant en dissolution du set com-
mun le mieux préparé, en imbibant et dessé-
chant tour à tour jusqu'à ce que la substance
ait absorbé son maximum d'eau; alors im-
bibe ce lingot avec de l'eau d'alun afin d'ob-

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DE LA PIERRE PHILOSOPHALE 79
tenir une pâte molle que tu feras dissoudre
dans l'eau. Tu distilleras ensuite cette dis-
solution trois ou quatre fois, tu la congè-
leras et tu obtiendras une pierre qui con-
vertit Jupiter en Lune. (35)

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80 TRAITE

CHAPITRE XI
DU PROCEDE DE REDUCTION DE JUPITER, AUTREMENT DIT, DE L'OEUVRE DU SOLEIL
Pour l'Oeuvre du Soleil, prends du vitriol bien épuré, rouge et bien calciné, et dissous-
le dans l'urine des enfants. Tu distilles le
tout et tu renouvelles cela autant de fois
qu'il sera nécessaire pour obtenir une eau
très rouge. Alors tu mélangeras cette eau
avec l'eau susdite avant la congélation; tu
placeras ces deux corps dans le fumier pen-
dant quelques jours afin qu'ils s'incor-
porent mieux, et tu les distilleras et congè-
leras ensemble. Tu obtiendras alors une
pierre rouge semblable à l'Hyacinthe dont
une partie projetée sur sept parties de Mer-

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DE LA PIERRE PHILOSOPHALE 81
cure ou de Saturne bien épuré se changera
en or obryzum. (36)
On trouve dans les autres livres une mul- titude d'autres opérations confuses et en
nombre infini, qui ne peuvent qu'induire les
hommes en erreur et desquelles il est su-
perflu de parler. Ce n'est pas par cupidité
que j'ai traité de la science, mais afin de
constater les effets admirables de la nature
et de rechercher leurs causes, non seulement
générales mais spéciales et immédiates, non
seulement accidentelles mais essentielles;
j'en ai traité longuement ainsi que de la sé-
paration des éléments des corps.
Cette oeuvre est véritablement vraie et parfaite, mais elle demande tant de travail,
et je souffre tant de l'imperfection de mon
corps, que je ne la tenterai nullement, à
moins de nécessité pressante. Ce que j'ai dit
ici des minéraux suffit amplement.

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TRAITE SUR L'ART DE L'ALCHIMIE
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TRAITE DE SAINT THOMAS D'AQUIN sur L'ART DE L'ALCHIMIE Dédié au frère Reinaldus.
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CHAPITRE PREMIER
A tes prières assidues, mon très cher frère, je me propose de te décrire en ce bref traité
divisé en huit chapitres, certaines règles
simples et efficaces pour nos opérations, ainsi
que le secret des véritables teintures; mais
auparavant je t'adresse trois recommanda-
tions.
Premièrement: ne prête pas beaucoup d'attention aux paroles des Philosophes mo-
dernes ou anciens qui ont traité de cette

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86 TRAITE
science, parce que l'Alchimie consiste entiè-
rement dans la capacité de l'entendement et
dans la démonstration expérimentale. (37) Les
philosophes voulant cacher la vérité des
sciences ont parlé presque toujours figura-
tivement.
Deuxièmement: n'apprécie jamais ni n'es- time la pluralité des choses ni les composi-
tions formées de substances hétérogènes, (38)
car la nature ne produit rien que par les
semblables, et quoique le cheval et l'âne
produisent le mulet, ce n'en est pas moins une
génération imparfaite, comme celle qui peut
se produire par hasard exceptionnellement
avec plusieurs substances.
Troisièmement: ne sois pas indiscret, mais surveille tes paroles, et comme un fils
prudent, ne jette pas les perles aux pour-
ceaux.
Conserve toujours présente à ton esprit la fin pour laquelle tu as entrepris l'oeuvre.
Tiens pour certain que si tu gardes cons-

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SUR L'ART DE L'ALCHIMIE 87
tamment devant tes yeux ces règles qui me
furent données par Albert-le-Grand, tu
n'auras rien à quémander aux Rois et aux
grands, mais, au contraire, les Rois et les
grands te couvriront d'honneurs. (39) Tu seras
admiré de tous, en servant par cet art les
Rois et les Prélats, car non seulement tu
subviendras à leurs besoins mais encore tu
subviendras à ceux de tous les indigents, et
ce que tu donneras ainsi vaudra dans l'éter-
nité autant qu'une prière. Que ces règles
soient donc gardées au fonds de ton coeur
sous un triple sceau inviolable, car dans mon
autre livre, donné au vulgaire, j'ai parlé en
philosophe, tandis qu'ici, confiant en ta dis-
crétion, j'ai révélé les secrets les plus ca-
chés.

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88 TRAITE

CHAPITRE II
DE L'OPERATION
Comme l'enseigne Avicenne dans son épître au roi Assa, nous cherchons à obtenir une
substance véritable au moyen de plusieurs
intimement fixées, laquelle substance étant
placée dans le feu, l'entretienne et l'alimente,
et qui soit en outre pénétrative et ingressive,
qui teigne le mercure et les autres corps;
teinture très véritable, ayant le poids requis
et surpassant par son excellence tous les tré-
sors du monde.
Pour faire cette substance, comme le dit Avicenne, il faut avoir de la patience, du
temps et les instruments nécessaires.
De la patience, parce que selon Geber, la précipitation est l'oeuvre du diable; aussi

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SUR L'ART DE L'ALCHIMIE 89
celui qui n'a pas de patience doit suspendre
tout travail.
Du temps, parce que dans toute action na- turelle résultant de notre art, le moyen et le
temps sont rigoureusement déterminés. (40)
Des instruments, nécessaires non pas en grand nombre comme on le verra dans la
suite, puisque notre oeuvre s'accomplit au
moyen d'une chose, d'un vase, d'une seule
voie et d'une seule opération (in una re,
uno vase, una via et una operatione) comme
l'enseigne Hermès.
Il est permis de former la médecine de plusieurs principes agglomérés; toutefois, il
n'est besoin que d'une matière et d'aucune
chose étrangère, sinon du ferment blanc ou
rouge.
Toute l'oeuvre est purement naturelle; il suffit d'observer les diverses couleurs suivant
le temps où elles apparaissent.
Le premier jour, il faut se lever de grand matin et de voir si la vigne est en fleurs et

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90 TRAITE
se transforme en tête de corbeau; puis, elle
passe par diverses couleurs entre lesquelles
il faut remarquer le blanc intense parce
que c'est celle-là que nous attendons et qui
révèle notre roi, c'est-à-dire l'élixir ou la
poudre simple, qui a autant de noms qu'il y
a de choses au monde.
Mais pour terminer en peu de mots, notre matière ou magnésie est l'argent vif préparé
avec l'urine d'enfants de douze ans, dès
qu'elle vient d'être émise, et n'ayant jamais
servi au grand oeuvre; on l'appelle, pour le
vulgaire, Terre d'Espagne ou Antimoine,
mais remarque bien que je ne désigne pas
par là le mercure commun dont se servent
quelques sophistes et qui ne donne qu'un
résultat médiocre, malgré les grandes dé-
penses qu'il occasionne, et s'il te plaisait de
travailler avec lui, tu parviendrais incontes-
tablement à la vérité, mais après une inter-
minable coction et digestion. (41) Suis donc
plutôt le bienheureux Albert le Grand, mon

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SUR L'ART DE L'ALCHIMIE 91
maître, et travaille avec le vif argent mi-
néral, car en lui seul est le secret de
l'oeuvre. Puis, tu opéreras la conjonction
des deux teintures, blanche et rouge, prove-
nant des deux métaux parfaits qui, seuls,
donnent une teinture parfaite; le mercure ne
communique cette teinture qu'après l'avoir
reçue; c'est pourquoi en les mêlant toutes
deux, elle se mélangeront mieux avec lui et
le pénétrerons plus intimement.

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92 TRAITE

CHAPITRE III
DE LA COMPOSITION DU MERCURE ET DE SA SEPARATION
Et quoique notre oeuvre s'achève au moyen de notre mercure seul, il a besoin
néanmoins du ferment rouge ou blanc; il se
mêle alors facilement avec le Soleil et la
Lune, car ces deux corps participent beau-
coup de sa nature et sont aussi plus parfaits
que les autres. La raison est que les corps
sont plus parfaits, suivant qu'ils contien-
nent plus de mercure. Ainsi le Soleil
et la Lune, en contenant plus que les
autres, se mêlent au rouge et au blanc et
se fixent (42) dans le feu, parce que c'est le mer-
cure seul qui parfait l'oeuvre; en lui, nous

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SUR L'ART DE L'ALCHIMIE 93
trouvons tout ce qui nous manque pour notre
oeuvre, sans que nous ayons besoin d'y rien
ajouter.
Le Soleil et la Lune ne lui sont pas étran- gers, parce qu'ils sont réduits dès le com-
mencement de l'oeuvre, en leur matière pre-
mière, c'est-à dire en mercure; ils tiennent
donc de lui leur origine. Certains s'efforcent
de parachever l'oeuvre au moyen du seul
mercure ou de la simple magnésie, les lavant
dans le vinaigre très aigre, les cuisant dans
l'huile, les sublimant, les brûlant, calcinant,
distillant; extrayant leur quintessence, les
mettant à leur torture par les éléments et une
infinité d'autres supplices (martyrizationi-
bus) croyant que leur opération leur sera très
profitable; et finalement, ils n'en tirent
qu'un résultat modique.
Mais crois-moi, mon fils, tout notre mys- tère consiste seulement dans le régime et la
distribution du feu (43) et dans la direction in-
telligente de l'oeuvre.

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94 TRAITE
Nous n'avons que peu de chose à faire,
c'est la vertu du feu bien dirigé qui opère sur
notre oeuvre, (44) sans que nous ayons grand
travail, ni grande dépense, car je suppose
que lorsque notre pierre était dans son état
premier, c'est-a-dire Eau première, ou Lait
de la Vierge, ou Queue de dragon on l'ait
dissoute, elle se calcine alors, se sublime,
se distille, se réduit, se lave, se congèle
elle-même (45) et par la vertu du feu bien pro-
portionné s'achève seule dans un vase uni-
que sans aucune autre opération manuelle.
Sache donc, mon fils comment les philoso-
phes ont parlé figurativement des opérations
manuelles et afin que tu sois assuré de la
purgation de notre mercure, je t'en ensei-
gnerai la simple préparation. Pends donc du
mercure minéral ou Terre d'Espagne ou
Antimoine ou Terre noire, ce qui est la
même chose et qui n'ait été employé aupara-
vant à aucune autre oeuvre. Prends en vingt-
cinq livres ou un peu plus et fais les passer

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SUR L'ART DE L'ALCHIMIE 95
par un drap de lin un peu épais, et ceci est
le véritable lavage (lotio vera). Regarde bien
après l'opération s'il ne reste dans le drap
aucune ordure ou scorie, car alors le mer-
cure ne pourrait être employé à notre oeuvre.
Si rien n'apparaît, tu peux le juger excel-
lent. (46) Remarque bien qu'il n'est besoin de
rien ajouter à ce mercure et que l'oeuvre
peut être ainsi achevée.

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96 TRAITE

CHAPITRE IV
DE LA MANIERE DE FAIRE L'AMALGAME
Puisque notre oeuvre s'accomplit par le seul mercure sans l'addition d'aucune
autre matière étrangère, je traiterai briève-
ment de la manière de faire l'amalgame.
Car ceci est très mal compris de beaucoup
de philosophes qui croient que l'oeuvre peut
s'accomplir par le seul mercure sans être
pourtant uni à sa soeur ou sa compagne
(compar ejus). (47) Je te dis donc avec as- surance que tu dois travailler avec le mer-
cure uni à son compagnon, sans ajouter
aucune matière étrangère au mercure, et
sache que l'Or et, l'Argent ne sont pas étran-
gers au mercure, mais au contraire partici-
pent plus de sa nature que tous les autres

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SUR L'ART DE L'ALCHIMIE 97
corps. C'est pourquoi, réduits en leur pre-
mière nature, on les appelle soeurs ou
compagnes du mercure, car de leur com-
position et de leur fixation, résulte le lait
de la Vierge. Si tu comprends clairement
ceci et si tu n'ajoutes rien d'étranger au
mercure, tu obtiendras la réalisation de tes
voeux.

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98 TRAITE

CHAPITRE V
DE LA COMPOSITION DU SOLEIL ET DU MERCURE

Prends le soleil commun bien épuré, c'est- à-dire chauffé au feu, ce qui donne le fer-
ment rouge; prends en deux onces et coupe
le en petits morceaux avec les pinces; ajoute
quatorze onces de mercure que tu exposeras
au feu dans une tuile creuse, puis dissous
l'or en le remuant avec une baguette de
bois. Lorsqu'il sera bien dissous et mêlé,
place le tout dans l'eau claire et dans une
écuelle de verre ou de pierre, lave le et
nettoie-le jusqu'à ce que la noirceur s'en
aille de l'eau, alors si tu y prends garde, tu
entendras la voix de l'oiseau (vox turturis)
dans notre terre. Et lorsqu'elle sera bien pu-
rifiée, place l'amalgame dans un morceau de

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SUR L'ART DE L'ALCHIMIE 99
cuir bien lié à sa partie supérieure en forme
de sac, puis tu presseras fortement pour qu'il
passe au travers. Lorsque deux onces auront
été ainsi pressées, les quatorze qui restent
dans le cuir sont aptes à être employées à
notre opération. Prends bien garde de n'en
extraire que deux onces ni plus ni moins.
S'il y en avait plus, retranches-en; s'il y en
avait moins, ajoute. Et ces deux onces ainsi
exprimées, et qui sont appelées lait de la
Vierge, tu les réserveras pour la seconde
opération.
Transvase maintenant la matière dans un vase de verre et mets ce vase dans le four-
neau décrit ci-dessus. Puis ayant allumé une
lampe au-dessous, chauffe ainsi avec ardeur
nuit et jour sans jamais éteindre. (48) Que la flamme soit entièrement enfermée et envi-
ronne l'athanor qui sera bien fixé sur le
fourneau et bien luté avec le lut de sa-
pience.
Si, après un mois ou deux tu as observé les
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100 TRAITE
fleurs éclatantes et les couleurs principales
de l'oeuvre, c'est-a-dire la noire, la blanche,
la citrine et la rouge, alors sans aucune
autre opération de tes mains, par la direction
du seul feu, ce qui était manifeste sera
et ce qui était caché sera manifeste. C'est
pourquoi notre matière parvient d'elle-même
à l'élixir parfait, se convertissant en une
poudre très subtile appelée terre morte ou
homme mort dans le sépulcre ou magnésie
sèche; cet esprit est caché dans le sépulcre,
et l'âme en est presque séparée. Lorsque
vingt-six semaines se sont écoulées depuis
le commencement de l'oeuvre, alors ce qui
était grossier deviendra subtil, ce qui était
rude deviendra mou, ce qui était doux de-
viendra amer et par la vertu occulte du feu
la conversion des principes sera achevée.
Lorsque tes poudres seront complètement
sèches et que tu auras achevé ces opérations,
tu essaieras la transmutation du mercure;
ensuite je t'enseignerai les deux autres

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SUR L'ART DE L'ALCHIMIE 101
opérations parce qu'une partie de notre
oeuvre ne peut encore transmuer que sept
parties de mercure bien épuré.

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102 TRAITE

CHAPITRE VI
DE L'AMALGAME AU BLANC
On suit la même méthode pour obtenir le ferment blanc ou ferment de la Lune. On
mélange ce ferment blanc avec sept parties
de mercure bien épuré comme on a fait pour
le rouge. Car dans l'oeuvre au blanc il
n'entre aucune autre matière que le blanc
et dans l'oeuvre au rouge aucune autre que
le rouge; de même notre eau devenant
rouge ou blanche suivant le ferment ajouté
et le temps employé à l'oeuvre, on peut tein-
dre le mercure au blanc comme on l'a fait
pour le rouge.
Remarquons en outre que l'argent en feuilles est plus utile ici que l'argent en lingot

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SUR L'ART DE L'ALCHIMIE 103
(argentum massale) par ce qu'il se lie plus fa-
cilement au mercure et se doit amalgamer
avec le mercure froid et non pas chaud. Ici,
beaucoup ont erré en dissolvant leur amal-
game dans l'eau forte pour l'épurer tandis
que s'ils examinaient quelle est la nature et
la composition de l'eau forte, ils reconnaî-
traient qu'elle ne peut que la détruire. D'au-
tres, voulant travailler avec l'or ou l'argent
selon les règles de ce livre, errent en disant
que le soleil n'a pas d'humidité, et le font
dissoudre dans l'eau corrosive, puis le lais-
sent digérer dans un vaisseau de verre bien
fermé pendant quelques mois; mais il vaut
mieux au contraire que la quintessence soit
extraite par la vertu du feu subtil, dans un
vase de circulation appelé à cause de cela
Pellican. (49)
Le Soleil minéral ainsi que la Lune sont mêlés de tant d'immondices que leur purifi-
cation est nécessaire et n'est pas une oeuvre
de femmes ni un jeu d'enfants; au contraire

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104 TRAITE
la dissolution, la calcination et les autres
opérations pour le parachèvement du grand
oeuvre sont un travail d'hommes robustes. (50)

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SUR L'ART DE L'ALCHIMIE 105

CHAPITRE VII
DE LA SECONDE ET DE LA TROISIEME OPÉRATION

Cette première partie achevée, procédons à l'accomplissement de la seconde.
Il faut ajouter sept parties de mercure au corps obtenu dans notre première oeuvre et
appelé Queue de dragon ou Lait de la Vierge.
Fais passer le tout à travers le cuir et re- tiens-en sept parties; lave et mets le tout
dans le vase de fer, puis dans le fourneau
comme tu as fait la première fois et tu y
emploieras le même temps ou à peu près,
jusqu'à ce que la poudre soit de nouveau
formée. Tu la recueilleras et tu la trouveras
beaucoup plus fine et subtile que la première
parce qu'elle est plus digérée. Une partie en
teint sept fois sept en Elixir. Procède alors

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106 TRAITE
à la troisième opération comme tu as fait
pour la première et pour la seconde; ajoute
au poids de la poudre obtenue dans la se-
conde opération sept parties de mercure
épuré et mets-le dans le cuir de telle sorte
qu'il en reste sept parties du tout, comme
ci-dessus. Fais cuire le tout de nouveau,
réduis en poudre très subtile, laquelle pro-
jetée sur le mercure en teindra sept fois qua-
rante-neuf parties, ce qui fait trois cent qua-
rante-trois parties. La raison en est que plus
notre médecine est digérée, plus elle devient
subtile; plus elle est subtile, plus elle est
pénétrative; et plus elle est pénétrative, plus
elle transmue de matière. Pour finir, re-
marque bien que si l'on n'a pas de mercure
minéral, on peut indifféremment travailler
avec le mercure commun; quoique ce der-
nier n'ait pas la même valeur, il donne
néanmoins un bon profit.

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SUR L'ART DE L'ALCHIMIE 107

CHAPITRE VIII
DE LA MANIERE DE TRAVAILLER LA MATIERE OU MERCURE
Passons maintenant à la teinture du mer- cure. Prends une coupelle d'orfèvre et en-
duis en un peu l'intérieur avec de la graisse
et places-y notre médecine suivant la pro-
portion requise, le tout sur feu lent, et
lorsque le mercure commence à fumer, pro-
jette la médecine enfermée dans de la cire
propre ou dans du papier (papyrus) et prends
un gros charbon embrasé et spécialement
préparé pour cet usage que tu mettras sur
le fond du creuset; puis donne un feu vio-
lent, et lorsque tout sera liquéfié, tu projet-
teras dans un tube enduit de graisse et tu
auras de l'or ou de l'argent très fins suivant

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108 TRAITE
le ferment que tu auras ajouté. Si tu veux
multiplier la médecine, opère avec le fumier
de cheval suivant le moyen que je t'ai déjà en-
seigné oralement comme tu le sais, et que je
ne veux pas écrire, parce que c'est un péché
de révéler ce secret aux hommes du siècle
qui recherchent la science plutôt par vanité
que dans le but du bien et pour l'hommage
dû à Dieu, auquel gloire et honneur soient
dans les siècles des siècles. Amen ! Remar-
que bien que j'ai toujours vu accomplir par
le Bienheureux Albert le Grand cet oeuvre
que je viens de décrire en style vulgaire, au
moyen de la terre Hispanique ou Antimoine,
mais je te conseille de n'entreprendre que le
petit Magistère que je t'ai brièvement décrit,
dans lequel il n'y a nulle erreur et qui s'ac-
complit avec peu de dépense, peu de travail,
et en peu de temps; alors tu arriveras à la fin
désirée. Mais, mon très cher frère n'en-
treprends pas le Grand Magistère, parce que
pour ton salut et pour le devoir de la Prédi-

@

SUR L'ART DE L'ALCHIMIE 109
cation du Christ, tu dois plutôt attendre les
richesses éternelles que les biens terrestres
et temporels.
Ici finit le Traité de Saint-Thomas sur la multiplication alchimique, dédié à son frère
et ami, le Frère Reinaldus pour le Thesau-
rus secretissimus.

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NOTES INEDITES DE GRILLOT DE GIVRY supprimés dans l'édition 1898
1 Pour la compréhension de ce paragraphe: Voy: La Lumière d'Egypte. 2e partie, Ch. Il « Les
étoiles et les planètes sont les instruments ma-
gnétiques des sept principes créateurs, etc. ».
2 Species: Il faut prendre ce mot dans le sens de figure, forme, apparence, comme on dit les
espèces du pain et du vin, par opposition à sub-
stance.
3 Ou plutôt la sphère aqueuse. Pour l'intel- ligence de ce passage étudier le système de Ptolé-
mée. Les deux cristallins, placés après le ciel des
étoiles fixes, précèdent le premier mobile et l'Em-
pyrée.
4 ... par cet agent universel, la nature fait une matière extraite des quatre Eléments, et de trois
principes universels, mêlez avec la plus juste pro-
portion pour l'oeuvre de la Sagesse, et cette extrac-
tion naturelle a été appelée mercure universel
ou mercure de Vie. (Le grand éclaircissement de
la pierre philosophale pour la transmutation de
tous les métaux, par NICOLAS FLAMEL, Amster-
dam, 1782, chap. 9).
5 Voy. JEROME CARDAN, De Subtilitate, Liber VII, au paragraphe, gemmae quae ignibus resistunt.
6 Malgré les lacunes évidentes du texte on peut s'apercevoir que ce chapitre représente symboli-

@

114 NOTES
quement la Solution, qui de l'aveu de tous les
alchimistes est la clef de l'Oeuvre. On doit se
souvenir pour l'étudier avec fruit que le fameux
syntagme des quatre Eléments, si décrié aujour-
d'hui ne signifie pas que l'eau, la terre, l'air et le
feu sont des corps simples, comme le croyait la
chimie des XVIIe et XVIIIe siècles, mais il re-
présente les quatre stases extrêmes de la modalité
de la matière: solide, liquide, aëriforme et igni-
forme qui ne sont elles-mêmes que des accidents
destinés à marquer le degré plus ou moins infé-
rieur de négativité dans la polarisation de la
substance, et aussi le coefficient de puissance vi-
bratoire qui anime leurs molécules constitutives
et détermine ces stases. C'est ce que symbolise
le sacré quaternaire de PYTHAGORE. (Cf. DIOGENE
LAERCE, lib. VIII; PORPHYRE: Vit. Pythag. PLU-
TARCHUS: De placitis philosophorum, lib. IV,
Cap. 3) et de cette belle sentence de THEODOSE
inintelligible pour les modernes: « De quatre
deviens cinq, c'est-à-dire de l'intelligence des qua-
tre éléments dont est formé le monde, illumine
tes cinq sens pour leur donner l'intelligence (Sen-
tences de Théodose, § 57). Ainsi le mot « eau »
que SAINT THOMAS emploie fréquemment dans ce
chapitre est synonyme dans son sens inférieur de
« liquide en général ». L'adepte généralise donc
presque toujours; lorsqu'il commande: Prends la
terre, distille l'eau, il désigne le solide, le liquide
en général, il évolue ainsi dans un plan métaphy-
sique où les obstacles accidentels s'effacent et où
il perçoit clairement les grandes lignes (di)rectrices
du processus invariable qui suivent les transfor-

@

INEDITES 115
mations de la matière; il enseigne alors la réaction
en général, le noumène, c'est-à-dire ce qui s'ac-
complit quels que soient les liquides, les gaz, les
solides mis en présence; quant aux phénomènes ce
sont les diversités qui se produiront dans la pra-
tique lorsque l'on particulisera les substances.
Pour l'alchimiste, il n'existe qu'une réaction, type
unique sur laquelle sont calculées toutes les autres
avec de simples modifications accidentelles, il con-
naît donc ainsi la norme absolue des transforma-
tions de la matière, c'est-à-dire le secret de ces
mystérieuses forces d'affinité et de cohésion que
la chimie avoue ne pas connaître. La science mo-
derne au contraire ne voit que d'après le phéno-
mène, et c'est le phénomène qui lui obscurcit et
rétrécit son horizon de perceptivité: les modi-
fications de proportions, de poids, de durée, de
couleur qui se trouvent entre deux réactions l'ab-
sorbent essentiellement et l'aveuglent; elle n'ob-
serve que la variété, là où l'alchimiste remonte
jusqu'à l'unité, elle restera analytique sans jamais
devenir synthétique. Or, la synthèse c'est la voie
de l'Absolu.
7 La matière première des minéraux, dit ALBERT LE GRAND, est un humide onctueux, subtil et for-
tement incorporé dans une matière terrestre.
(De Mineral. Lib. 3, cap. 11) (Note du Tr.)
8 La siccité est un effet du froid comme de la chaleur, dit PERNETY. (Fab. Egypt. Tome I, De
l'Eau).
9 Lac Virginis. La pierre philosophale parvenue à la couleur blanche. Remarquons bien ici, que
SAINT THOMAS D'AQUIN a déjà commencé à l'insu

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116 NOTES
du lecteur la description des opérations de la
pierre. Comparez cette méthode d'exposé avec
celle dont se sert ROGER BACON dans son Speculum
Alchemiae. Cap. VIII et suivants. Le lac virginis
s'obtient sans la participation immédiate de l'opé-
rateur. Après les quatre opérations qui conduisent
à la tête de corbeau entre la Fermentation et la
Fixation, on voit apparaître cette couleur blanche,
appelée par d'autres auteurs: aibathest, eau bénite,
essence blanche, hermaphrodite, Eve, soufre blanc,
etc.
10 Litharge, nom de la pierre au rouge Sel alkali, nom de la pierre au blanc. Vinaigre, le mercure
dissolvant des Philosophes. SAINT THOMAS vient
de décrire la Fermentation du premier magistère.
Exotériquement, la litharge (ou lytharge, suivant
SAINT THOMAS) (du grec λιθος ἄργυρος) c'est le
plomb qui se trouve dans les scories de l'argent
quand on l'affine. On le nomme protoxyde de
plomb, PbO. La réaction donnée par la litharge,
le vinaigre et le sel ammoniac produit un acétate
monochloré de plomb dont la formule reste pro-
blématique.
11 Les plus célèbres de ces pierres sont les
bézoards (voy. à ce sujet, BONTIUS, SEBA, KEM-
PLER, GARCIAS, CLUSIUS, BUFFON, RUMPHIUS,
MONARD, HERNANDES, CARDAN, ALDROVANDE, et
aussi ANDRE LACUNA, AMATUS LUSITANUS et les
voyages de TAVERNIER). On n'a jamais su de
quels animaux provenaient les bézoards. RABBI
MOSES prétend qu'ils se forment dans l'angle des
yeux des gazelles. GALIEN les mentionne comme
spécifique contre le venin. Au XVIIe siècle, ils

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INEDITES 117
entraient dans la composition de tous les cordiaux
et quelquefois de la thériaque. Les Perles sont au
nombre de ces concrétions animales. AMMIEN
MARCELLIN Lib. XXIII, cap. VI), enseigne que
les perles se forment par le mélange de la rosée
dans des huîtres qui s'entr'ouvraient pour s'ac-
coupler avec l'humidité de la nuit. SOLIN (Poly-
histor, LIV), croit aussi qu'elle sont conçues de la
rosée.
Mentionnons la chlorite, pierre verte qui se trouve dans les intestins des hochequeues, la che-
lonia, qui était l'oeil solidifié d'une tortue des Indes
(voy. PLINE, passim), la pierre appelée Dracontas,
qui se tire du cerveau du dragon (SOLIN, Poly-
histor, XXI). La chelidoine qui se trouve dans le
nid des hirondelles, la chelonite, dans les cra-
pauds (PLINE). Enfin, ajoutons que l'urine du
Lynx se solidifie en pierres précieuses (SOLIN,
Polyhistor, II).
Voyez aussi dans les vers iambiques de MANUEL PHILA le paragraphe περι της μεγαλης στρουθου
et aussi De remediis contra fascinationes.
12 Les vertus magiques des pierres sont innom- brables. « On tient que l'hyacinthe calme la mer
et préserve du tonnerre celui qui la porte », dit
ROBERT DE BERQUEN (Les Merveilles des Indes
occidentales et orientales, ou nouveau traité des
pierres précieuses par ROBERT DE BERQUEN, mar-
chand orphèvre à Paris, 1669, chap. 5). Suivant
JEROME CARDAN, elle préserve du tonnerre et
facilite le sommeil (De subtilitate, Lib. 7, de Lapi-
dibus). L'agate, pierre remarquable, egregius lapis,
qu'on trouvait au pied de l'Etna, avait de nom-

@

118 NOTES
breuses propriétés (PRISCIANUS, Periegesis). La
Smaragdoprase ou « sperme d'esmeraugde », com-
me l'appelle RABELAIS (Pantagr., Liv. IV, ch. I),
n'est pas moins salutaire: « L'on dict qu'estant
portée, elle empesche l'yvrongnerie » (BOETIUS DE
BOOT, Le Parfaict Joaillier, Lyon, 1649, Liv. II,
ch. XXXIV). « Les perles corrigent le laict des
femmes et le font venir » (Id., Liv. II, ch.
XXXVIII). La topaze refrène l'ardeur de la lasci-
veté, dit l'auteur anonyme du livre Horto di Sa-
nità (Lib. V). L'émeraude, dit encore BOETIUS
« par la commune opinion des hommes est creüe
conserver la chasteté et trahir l'adultère à cause
qu'elle ne peut pas souffrir les actes illégitimes
de Vénus (Parf. Joaill., Liv. II, ch. III). TOLL,
médecin de Leyde, dans ses annotations sur BOE-
TIUS (Edit. 1644, pag. 255), ajoute: « l'on dict
que les plus belles esmeraudes se rompent en la
défloration des vierges. » CARDAN enseigne que,
placée sous la langue, elle fait connaître l'avenir
et préserve du venin, et frangi vero smaragdum in
coitu (De subt., Lib. 7). « Le saphir porté par
une personne impure, intempérante et adonnée aux
choses de Vénus se salit et perd son éclat... si on
renferme une araigne dans une petite phiole et
qu'à la bouche on mette un saphir, elle mourra
bientôt (BOET. DE BOOT, Liv. II, ch. XLIII).
Selon ALBERT LE GRAND (passim) et CARDAN (loco cit.), le saphir guérit les clous et les anthrax.
Selon MARBODE, (De Gemmarum lapidumque pre-
tiosorum formis, naturis atque viribus opusculum),
il guérit des ulcères, mais « Porter se volt mut
chiastement. » Le saphir préserve de la morsure

@

INEDITES 119
du scorpion, dit l'admirable CLEANDRE ARNOBE (Il
tesoro delle gioie, trattato maraviglioso intorno
alle vertuti e proprietà più rare di tutte le gioie,
Vinetia, 1602, cap. V, dei Saffiri). Le diamant
peut faire reconnaître la fidélité des femmes et
est réputé contre les ensorcellements et le venin,
quoiqu'on ait écrit qu'il est vénéneux lui-même.
SCALIGER et ARNOBE rapportent qu'il préserve des
incubes et des succubes. « Le diamant se mouille
en présence du venin, dit BOETIUS: il nourrit et
fomente l'amour des mariez ». (Par. Joail., Liv. II,
ch. VII).
Le sang de bouc amollit le diamant (THEOPHY- LACTES; BERQUEN, ch. II et CL. ARNOBE, Tesoro,
capo VI). La turquoise se ternit dans l'acte vé-
nérien (BERQUEN, ch. XI); elle préserve des chutes
de cheval, des empoisonnements, adversus vene-
ficia et lymphaticos (CARDAN, De subt., Lib. VII).
Mentionnons l'apsyctos de PLINE, pierre précieuse
qui, chauffée, conserve sa chaleur pendant sept
jours. L'aetite appelée aussi pierre d'aigle est fort
remarquable, mais n'a rien de commun avec l'aetite
moderne, trioxyde de fer. Zoroastre plaçait cette
pierre au-dessus de toutes les autres (SOLIN, Po-
lyhistor. XXXVIII). DIOSCORIDES (Oeuvres médi-
cales), prétend qu'on s'en sert pour découvrir les
voleurs. Voy. aussi le P. LEBRUN, (Hist. critique
des pratiques superstit. Paris, 1752 tome I, p. 219).
On mêlait la poudre d'aetite dans un pain que l'on
faisait manger aux accusés: le voleur ne pouvait
l'avaler (Voy. à ce sujet le vieil historien BELON,
le glossaire de LINDENBROK, in leges antiquas et
le concile d'Auxerre (année 586), collect. du P.

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120 NOTES
LABBE, Tome V) « La pierre aetites, dit encore le
P. DE CASTAIGNE, nous est enseignée des Aigles,
qui fait enfanter les femmes sans douleur » (Le
Paradis Terrestre, 1661, page 7). Enfin la plus
parfaite de toutes, l'escarboucle dont les proprié-
tés ont été connues de toute antiquité « De sa
clarté la noit resplent », dit l'évêque MARBODE
dans son livre des Gemmes. D'après un auteur
anonyme cité par BERQUEN, Hildegarde, femme de
Théodric de Hollande, possédait un chrysoprase
qui éclairait la nuit une chapelle. Il faut ajouter
que certaines pierres possèdent cette propriété;
ainsi le diamant frotté avec du drap dans l'obscu-
rité devient lumineux (BUFFON, Hist. minér., art.
Diamant). HERODOTE dit avoir vu dans le temple
de Tyr en Phénicie une colonne de jaspe vert pur,
qui jetait un vif éclat pendant la nuit (Lib. II.
XLIV). Quant aux propriétés mystiques de l'Escar-
boucle, CAMILLE LEONARD dans son Speculum La-
pidum, nous apprend qu'elle assainit l'air, refrène
la luxure, apaise les querelles entre amis et ac-
croît la propriété. « Enfin, d'après CLEANDRE AR-
NOBE (Tesoro. Dei rubini carbonchi, etc., cap. III),
« elle symbolise la FACE DE DIEU. »
13 Pour ces procédés, consulter BOETIUS DE BOOT, JEROME CARDAN qui indique (Lib. 7) un
procédé de transmutation du saphir en escar-
boucle, et BENVENUTO CELLINI (Trattato dell'ore-
ficeria. Capitolo I). Tous ces procédés étaient in-
terdits aux orfèvres, par ordonnances royales:
« Nul ne peut teindre amatistes, ne quelconque
pierres faulses, par quoy elle se doive montrer aul-
tre qu'elle n'est de sa nature », dit l'article IV de

@

INEDITES 121
« l'ordonnance du roy Philippes de Valois, en sa
maison de Saint-Ouen, confirmée du depuis par
le roy Jean, son successeur, contenant les pre-
miers statuts, ordonnances, et privilèges accordez
aux marchands orphèvres, du mois d'Aouts 1345. »
(Voy. Recueil des Ordonnances de LAMBERT
ROULLAND, Paris, 1688).
14 CLAUDIEN regarde le diamant et le cristal comme une eau mystérieusement solidifiée (Eidyl-
la, de crystallo et seq.) Sur la concordance des
pierres avec les couleurs des éléments, voy. BEN
VENUTO CELLINI, Oreficeria, cap. I.
15 Vitriol rouge un des noms de la pierre rouge. Urine d'enfants, la pierre au blanc. SAINT THO-
MAS commente ici la description des élixirs de
l'oeuvre, l'élixir rouge et l'élixir blanc. L'ordre des
opérations est entièrement interverti, à dessein.
16 Cf. ARISTOTE, Elément. (OCELLUS LUCANUS, De Natura Universi. Pars physica, cap. 2, tex. I. V.
Elementorum numerus, et JEROME CARDAN, De
subtil., Lib. de Elementis.
17 Quinta essentia, dit PARACELSE (De vita lon- ga, cap. II), nihil aliud est quam bonitas naturae
ita ut tota natura in spagiricam mixturam et tem-
peramentum abeat, in qua nihil corruptible, nihil-
que contrarium fit invenibile.
« La quinte essence, dit PERNETY (Fab. Egypt., 1786, t. I, p. 195), est une extraction de la plus
spiritueuse et radicale substance de la matière:
elle se fait par la séparation des éléments qui se
terminent en une céleste et incorruptible essence
dégagée de toutes les hétérogénéités ». ARISTOTE
la nomme une substance très pure... HERACLITE

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122 NOTES
l'appelle une essence céleste, qui prend le nom du
lieu où elle tire son origine, PARACELSE la dit,
l'être de notre ciel centrique; PLINE, une essence
corporelle séparée néanmoins de toute matérialité
et dégagée du commerce de la matière ».
18 L'éléphant blanc est bien appuyé sur SEPT membres; il a le sommet de la tête ornée d'OR; il
a un étendard d'OR, il est couvert de parures d'OR
enveloppé d'un réseau d'OR, il est doué de puis-
sances surnaturelles; il va au travers des cieux
ET CONNAIT BIEN LA LOI DES TRANSFORMATIONS.
(Rgya Tch'er rol pa Lalitavistara. Chap. III. Un
des neuf dharmas, 2e volume de la 5e section du
Bkah hgyour, dans les livres sacrés du Thibet).
19 Mercurius est fons et origo omnium metal- lorum... (Oeuvre philosophique de Jehan Saunier.
Chapitre IX).
20 GEBER dans la Somme de la perfection (Bibl. phil., chim., t. 1, p. 379) exprime une idée sem-
blable: « J'ai ci-devant fait voir clairement, dit-il,
que les corps ou métaux qui avaient beaucoup
d'argent-vif étoient les plus parfaits... et il est
certain, par conséquent, que les corps qui reçoi-
vent et boivent plus avidemment l'argent-vif s'ap-
prochent le plus de la perfection, etc. »
Ailleurs, Liv. II, Partie I, chap. 10, il ajoute: « C'est donc l'argent-vif et le soufre fixe qui don-
nent la dureté aux métaux, et ce qui fait leur mol-
lesse, ce sont les deux causes opposées à celles-là,
c'est-à-dire l'Argent vif volatil et le soufre com-
bustible. »
21 Voici la nature des planètes: Saturne tient de la terre: sec et froid; Jupiter, de l'air: humide

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INEDITES 123
et chaud; Mars tient du feu: chaud et sec; Vénus,
de l'eau: froide et humide: le Soleil et la Lune
sont des principes d'universalité (N. d. Tr.).
22 SAINT THOMAS omet le cuivre dans son énu- mération parce que le mystère de ~ ne doit pas être
révélé.
23 « Fils de philosophes, dit Hermès, il y a sept corps ou métaux, entre lesquels l'or tient le pre-
mier rang comme estant le plus parfait de tous...
l'Eau ne l'altère ny ne le change... il contient
aussi tous les métaux en perfection, c'est luy qui
les vivifie parce que c'est luy qui est le ferment
de l'élixir et sans lui l'élixir ne peut estre parfait. »
(Les sept chapitres d'Hermès Trismegiste. Chap.
VII, § 1, 2, 3).
« L'or est un corps parfaict, dit JEHAN DE MEUNG, engendré d'un argent vif, pur, fixe, clair,
rouge, et d'un soulphre net, fixe, rouge, non brus-
lant et aucune faute n'a en luy. » (Le miroir d'Al-
quimie de Jean de Mehun, philosophe très excel-
lent. Paris, 1612. Chap. II).
« L'argent aussi est un corps quasi parfaict, féminin. » (Id. ibid., chap. III).
24 Ce traité est aujourd'hui perdu, ou bien n'a pas été réalisé par le Maître; nous n'avons pu
trouver aucun document témoignant de son exis-
tence.
25 L'argent vif s'attache facilement à Saturne, à Jupiter et au Soleil; plus difficilement à la Lune
et plus difficilement encore à Vénus qu'à la Lune.
(GEBER, Somme de Perfection).
26 Voyez dans les Douze Clefs de la Philosophie de FRERE BASILE VALENTIN, Paris, 1650, le sceau

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124 NOTES
hermétique que nous ne pouvons reproduire ici
(planche de la septième clef) et surtout la planche
explicative de le clef IX, qui est le plus effrayant
pentacle que nous connaissions et qui symbolise
le grand secret de l'Oeuvre.
27 Il y a cinq feux, dit ZOROASTRE: le feu Voh freiami qui se trouve dans le corps des hommes
et des animaux; le feu Orouazescht, dans les ar-
bres, le feu Vazecht dans les montagnes, le feu
Speenescht, dans le monde, feu ordinaire qui
pourvoit aux besoins des hommes et le feu Bere-
zesengh, qui se tient devant Ormuzd (ZEND AVE-
STA, Boun Dehesch, ch. XVII).
Ceci doit être de la plus grande utilité dans la découverte du feu philosophique: néanmoins, c'est
encore le point qui offrira le plus de difficulté
à l'alchimiste pratiquant. ARTEPHIUS (Bibl. de
phil. chim.) en parle ainsi: « Notre feu est miné-
ral, il est égal, il est continuel, il ne s'évapore
point, s'il n'est trop fortement excité; il participe
du soufre; il est pris d'autre chose que de la ma-
tière; il détruit tout; il dissout, congèle et calcine;
il y a de l'artifice à le trouver et à le faire; il ne
coûte rien, ou du moins fort peu. De plus, il est
humide, vaporeux, digérant, altérant, pénétrant,
subtil, aérien, non violent, incomburant, ou qui
ne brûle point, environnant, contenant et unique...
Ce feu humide suffit en toute l'oeuvre, au commen-
cement, au milieu et à la fin, parce que tout
l'art consiste en ce feu. Il y a encore un feu na-
turel, un feu contre nature et un feu innaturel
et qui ne brûle point; enfin, pour complément, il
y a un feu chaud, sec, humide, froid. Pensez bien

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INEDITES 125
à ce que je viens de vous dire et travaillez droite-
ment, sans vous servir d'aucune matière étrangère. »
Le manuscrit n. 3012 de la Bibliothèque de l'Arsenal, qui renferme plusieurs traités du TRE-
VISAN, du Petit Paysan, avec Le Triomphe her-
métique et les Six principales clefs de la philoso-
phie secrète, sous le titre: Les apparences de vé-
rités et vraye pratique de l'Alchymie, le tout tirés
d'un livre manuscrit par moy Garchaole Lenfelt,
marchant orfèvre de paris, étudient en la philoso-
phie hermétique et naturelle, 1756. On lit: page
82, 2e clef: « Celui qui sçait sublimer la pierre
philosophiquement mérite à juste titre le nom de
philosophe, puisqu'il connaît le feu des sages
qui est l'unique instrument qui puisse opérer cette
sublimation. Aucun philosophe n'a jamais ouverte-
ment révélé ce feu secret, et ce puissant agent qui
opère toutes les merveilles de l'art; celuy qui ne
le comprendra pas et qui ne sçaura pas le distin-
guer aux caractères avec lesquels j'ai taché de le
dépeindre, doit s'arrêter ici et prier Dieu qu'il
l'éclaire, car la connaissance de ce grand secret
est plutôt un don du ciel qu'une lumière acquise
par la force du raisonnement. »
Ce feu est si important qu'on en a écrit un traité spécial: Arte del fuoco per la pietra filoso-
fica, imprimé en italien à Genève. Consulter aussi
le magnifique chapitre: Des Feux, dans l'oeuvre
du Prestre Vicot, Arsenal, ms. n. 2516, troisième
partie de ce manuscrit, liv. II, § 188 à 195 et
aussi le n. 3005, le Guide charitable qui tend la
main aux curieux de l'Alchimie par l'auteur du

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126 NOTES
Thesaurus medico-chimicus (Lubeck, 1638), chap.
XVI, p. 60: Des différentes manières de faire le
feu philosophique. Et enfin le ms. 5020, sans nom
d'auteur, ayant appartenu à M. Hellot, orné de
curieux dessins à la plume, pag. 38; Pratique du
feu, etc.
28 Le Fils a demandé à Hermès: « Les soufres qui conviennent à notre Oeuvre sont-ils célestes ou
terrestres? Et Hermès respondit: « Il y en a de
célestes et il y en a aussi qui sont terrestres ». (Les
sept chapitres d'Hermès Trismégiste, chap. II, 7.).
29 Le vase philosophique dans lequel s'accom- plit l'Oeuvre est encore un grand mystère: dans
la plupart des manuscrits sa figure manque à la
place qu'on lui a réservée; suivant PHILALETE,
c'est un aludel, non de verre, mais de terre; il est
le réceptacle des teintures et doit contenir (la
première année des Chaldéens) vingt-quatre plei-
nes mesures de Florence, ni plus ni moins (Bibl.
phil. chim.). ROGER BACON (Epistola de secretis
operibus artis, cap. IX) l'appelle une pyramide.
« L'oeuf, dit le Guide charitable, déjà cité ms.
n. 3005, doit être d'un bon verre de Lorraine, fait
en oval ou en rond, clair et épais...; il doit avoir
le long col de huit à neuf poulces; il faut qu'il
puisse contenir quatre onces d'eau distillée » (page
57).
JEAN SAUNIER, après avoir dit qu'on peut le construire de plusieurs matières, ajoute: « Partant,
je te conseille que les vaisseaux soient d'arain, à
fin qu'on puisse estre hors de danger. »
Le premier desdits vaisseaux sera scellé juste- ment au fourneau et à ce fourneau y aura quatre

@

INEDITES 127
tuyaux par en haut en croix...; le second entre
un peu dans la bouche de l'autre environ de
quatre doigts de profond... et faut que le premier
vaisseau qui est scellé au fourneau ait un col de
canard, c'est-à-dire un entonnoir, et qu'il y ait
quatre doigts d'espace entre l'eau et le vaisseau
qui a le cul pertuisé. » (Oeuvre philosophique,
chap. XVI).
Suivant FLAMEL (le Livre des fig. hieroglyph., ch. VII, c'est « un vaisseau de terre appelé par
les philosophes le triple vaisseau, car dans iceluy
y a au milieu un estage et sur iceluy une escuelle
pleine de cendres tièdes, dans lesquelles est assis
l'oeuf philosophic qui est un matras de verre...
Le vaisseau triple, les envieux l'ont appelé Atha-
nor, Crible, Fumier, Bain-Marie, Fournaise, Sphè-
re, Lyon vert, Prison, Sépulcre, Urinal, Phiole,
Cucurbite. » D'ESPAGNET s'exprime autrement:
« Pour dire la vérité, on n'a besoin que d'un seul
vase pour perfectionner les deux soufres, il en faut
un second pour l'élixir... Le premier sera de ver-
re... Le second sera formé de deux hémisphères
creux de chène dans lesquels on placera l'oeuf. »
(Arcan. Herm. Philosophiae opus, Can. 112 et
seq.) En réalité, il n'y a qu'un vase, l'oeuf philo-
sophique. Les dépurations préliminaires se font
dans des matras ordinaires. On peut se servir avec
succès du matras à mercure, autrefois appelé enfer
de Boyle et, pour la conjonction du premier oeu-
vre, de la cornue appelée les deux frères. On la
soude à la lampe après y avoir introduit la ma-
tière.
30 Obrisum, obrysum, ou obryzon, du grec
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128 NOTES
ὀβρυζον, vieux terme qui désigne l'or affiné qui
a éprouvé le plus haut degré de feu. L'évêque
FORTUNAT dit:
Omnes obryso ornati super astra coruscant (VIII, 5, 275).
31 Cet agent universel des oeuvres de la nature, c'est l'od des Hébreux et du chevalier de REICHEN-
BACH, c'est la lumière astrale des martinistes (ELI-
PHAS LEVI, Hist. de la Magie, 19). Cette substance
est ce qu'HERMES TRISMEGISTE appelle le grand
Thelesma. Lorsqu'elle produit la splendeur elle se
nomme la lumière (ELIPHAS LEVI, Clefs des
Grands Mystères, 117), suivant ALBERT POISSON,
c'est le Spiritus ou portion de vie que l'adepte
projette sur la matière pour l'animer. Voyez aussi
le dessin symbolique de LEONARD DE VINCI sur la
pierre philosophale. « Qu'on se rappelle bien, dit
GEBER dans La Somme de Perfection (Liv. 1. Par-
tie 1, ch. III) que le plus grand empêchement au
grand Oeuvre vient de l'impuissance naturelle de
l'artiste ou de ses organes, qui sont faibles ou cor-
rompus, ou elle vient de son esprit qui ne peut
agir librement. » Voir aussi le présent traité, ch.
IX, dernier alinéa.
La projection de la lumière astrale sur l'Oeuvre philosophique est un des grands mystères de l'al-
chimie.
32 L'homonculus, que l'illustre disciple d'ALBERT LE GRAND ne pouvait manquer de connaître.
33 Ce paragraphe, l'un des plus importants et des plus décisifs de l'ouvrage, demanderait une
longue explication, mais nous ne pouvons encore
lever le voile du grand mystère qu'il recouvre. Ce

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INEDITES 129
mystère s'accomplit tous les jours en nous et dans
la Société. Dans le plan minéral il a été accompli
le jour de Pâques 1895, par un juif de Bagdad.
34 Tous les alchimistes ne préconisent pas cette méthode et nous-mêmes ne la conseillerons pas.
Voici ce qu'en dit (GROSPARMY (L'Oeuvre ou
traité premier de Nicolas Grosparmy de Norman-
die. Ms, Arsen., n. 2516, pag. 28): « Les Igno-
rans croyant la sublimation estre faite par véhé-
mence et feu commun d'aucun des quatre maté-
riaux sous lesquels l'art est figuré, c'est à sçavoir:
vif argent, semblablement au genre commun, et
de souffre et de sel armoniac et d'orpin, lesquels
fuyent au coupeau du vaisseau quand ils sentent
l'aspreté du feu et puis disent que leur matière est
bien sublimée. » Saint Thomas lui-même semble
partager cette opinion à la fin du chapitre.
35 C'est le petit magistère (N. du Tr.). 36 C'est le grand magistère (N. du Tr.). 37 C'est là le langage de tous les alchimistes. « Celuy qui transmua le premier, dit VALOIS, n'a-
voit aucun livre, mais suivoit nature, regardant
comment et avec quoy elle travaille » (Les Cinq
livres de Nicolas Valois, compagnon du seigneur
Grosparmy, ms. bibl. Arsen, n. 2, 5, 16, page 174).
38 Les alchimistes s'accordent unanimement sur ce point.
« Car Hermès dit de ceste science: Alquimie est science corporelle, d'un et par un simplement com-
posée, conioignant ensemble, les choses plus pré-
cieuses par connoissance et effect, et transmue-
ment en un genre meilleur, par une mesme et
semblable commixtion naturelle. » (Le Miroir d'Al-

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130 NOTES
quimie de JEHAN DE MEHUN. Paris, 1612, chap. I).
« Bref, sçache que pas un animal ne peut esten-
dre son espèce et engendrer son semblable, s'il ne
le fait par le moyen de choses semblables et d'une
mesme nature, voyla pourquoy je ne veux point
que tu mettes peine à chercher nostre Pierre autre
part, ni d'austre costé que dans la semence de sa
propre nature de laquelle la nature l'a première-
ment produite... songe en toy-mesme à quelle fin
et usage tu veux faire la Pierre, alors tu sçauras
qu'elle ne s'extraict que de racine métallique. (Les
douze Clefs de FRERE BASILE VALENTIN, religieux
de l'ordre de Sainct Benoist, traictant de la Vraye
médecine métallique. Paris, 1650, liv. I, Avant-
Propos).
On connaît le célèbre paragraphe de BERNARD LE TREVISAN: « Laissez aluns, vitriols, sels et tous
attramens, borax, etc. ».
39 Les rois n'ont pas toujours récompensé les al- chimistes suivant leurs mérites; RICHARD L'AN-
GLAIS déposa son secret entre les mains du roi
d'Angleterre, qui le fit mourir dans la tour de
Londres. Edouard d'Angleterre ne tint pas ses
promesses à RAYMOND LULLE. JACQUES COEUR,
quoique ayant livré son secret à Charles VI, n'eut
que la mort pour récompense. Voyez l'Ouverture
de l'Ecole de Philosophie Transmutatoire, par
DAVID DE PLANIS-CAMPY. Paris, 1633, in 8°.
40 On n'a pas prêté suffisamment d'attention à la concordance astrologique du temps nécessaire
au grand oeuvre et c'est ce qui a rendu nuls les
efforts de beaucoup d'alchimistes modernes: « Les
temps de la pierre sont précisés par l'Eau Philoso-

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INEDITES 131
phique et Astronomique », dit D'ESPAGNET (Arcan.
Herm.). Le premier oeuvre au blanc doit être
terminé dans la maison de la Lune; le second dans
la seconde maison de Mercure; le premier oeuvre
au rouge, dans la seconde maison de Vénus; et le
second ou le dernier au rouge, dans la maison
d'exaltation de Jupiter. »
Le jour de Pâques est le jour par excellence pour parachever l'Oeuvre à cause de l'analogie
avec la fête de la résurrection du Sauveur, que
l'Eglise célèbre en ce jour. Car l'artiste peut pro-
fiter pour son oeuvre de l'immense somme d'éner-
gie potentielle qui a été émise dans l'univers entier
pendant le Carême et surtout pendant la Semaine
Sainte. Les forces qui sont projetées par la masse
des fidèles dans le désir de la résurrection du
Messie après la nuit du tombeau, se centralisent
et forment un courant fluidique intense. L'alchi-
miste qui attend aussi la résurrection du Roi phi-
losophique qui est dans l'athanor détournera ce
courant, s'en emparera et le dirigera sur son
oeuvre. RABBI SCHELOMOH a opérée la transmuta-
tion le jour de Pâques 1550 (voy. Opuscule très
excellent de la vraye philosophie, par D. ZACHARIE,
Lyon, 1612).
Toutefois NICOLAS FLAMEL accomplit l'Oeuvre le lundi 17 janvier 1582, vers midi et la même
année le 25 avril, à cinq heures du soir. (Le liv.
des fig. hiéroglyph., Avant-Propos) et JEAN SAU-
NIER, le 7 mai 1432 (Le Grand Miracle de la Na-
ture métallique, page 10).
41 C'est ce procédé qu'ont suivi les chimistes Gromberg et Gayot, quand le duc d'Orléans les a

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132 NOTES
fait travailler au Palais-Royal pour essayer de re-
trouver par la chimie moderne le secret de la
pierre philosophale; ils disent « avoir trouvé des
indices de possibilité, mais après un travail long
et ennuyeux durant près de quatre ans. » (Voy.
Note manuscrite sur la couverture du ms. n. 3.021
de l'Arsenal qui contient les Douze portes, de
RIPLEY)
On peut à la vérité se servir des chlorures mercurique et mercureux, vulgairement appelés
sublimé corrosif et calomel, au lieu du véritable
soufre philosophique, mais le résultat est moindre.
42 Aditya (le soleil), est vraiment la vie; la lune est la matière. » (Prasna Upanishad. Prasna
I, § 5.).
43 Voy. le Rig Veda (Premier Ashtaka, Premier Adhyaya, Anuvaka I, Sukta I.) « I. Je glorifie
Agni (le feu), le grand-prêtre du sacrifice, le devin,
l'officiant, celui qui présente l'offrande aux dieux
et ce qui est possesseur d'une grande richesse.
II. Puisse cet Agni, que doivent célébrer les sages
tant anciens que modernes, conduire ici les dieux.
III. C'est par le moyen d'Agni que celui qui
adore obtient cette abondance qui s'accroît cha-
que jour, qui est la source de la renommée et qui
fait multiplier la race humaine. IV. Agni, le sa-
crifice qui s'effectue sans obstacles et que tu pro-
tèges de tous côtés, parvient aisément jusqu'aux
dieux. »
44 « Les sept rivières pures qui coulent du ciel sont dirigées par toi, ô Agni ». (Rig-Veda. Ashtaka
I, Adhyaya V, Anuvaka IX, Sukta VIII, § 8.).
45 Comme on le voit, la dissolution préalable est
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INEDITES 133
d'une nécessité absolue, ainsi qu'il est dit au
chapitre IX du Grand éclaircissement de la pierre
philosophale, de Nicolas FLAMEL. Or, comme
par la succession des temps, certains secrets se
révèlent à point nommé, nous pouvons soulever
un peu ici le voile mystérieux du magistère. Sui-
vant ALBERT POISSON, on doit faire cristalliser
le chlorure aurique au bain-marie. Mais il vaudrait
mieux accomplir l'opération que saint Thomas a
décrite au chapitre VIII du premier traité, et qui
est la réduction immédiate du chlorure aurique
par le chlorure stanneux, et qui donne un précipité
pourpre que l'on appelle encore pourpre de Cas-
sius, mais qui était connu bien avant ce chimiste.
H2O + Au2O (Sn O2)3. Nous avons encore obtenu
le beau précipité d'or métallique par l'acide oxa-
lique ou d'autres précipités encore par les acides
phosphoreux, sulfureux, hydrophosphoreux, et
surtout par le phosphore. Mais il est un procédé
qui donne un résultat extraordinaire qui consiste
à remplacer le chlorure aurique par le fluorure
aurique qu'on obtiendra avec une eau régale beau-
coup plus puissante que l'eau régale ordinaire, et
composée d'acide fluorhydrique et d'acide nitri-
que. Mais l'expérience offre de grands dangers à
cause de la corrosivité de l'acide fluorhydrique.
Comme il est nécessaire de dissoudre l'or et que
les traités enseignent généralement que l'eau ré-
gale possède cette propriété, il ne sera pas superflu
d'indiquer ici que la simple dissolution de gaz
chlore à l'état naissant produit cet effet; que l'a-
cide iodique mélangé avec l'acide nitrique en ex-
cès, dissout également l'or. Nous avons expéri-

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134 NOTES
menté également l'acide paratartrique additionné
d'acide acétique, procédé enseigné par le vicomte
de Lapasse, puis un mélange d'acide sulfurique
et d'acide acétique chauffés. De plus, l'alcool dis-
sout l'or par un procédé secret. (Voir Manusc. de
la Bibl. du Vatican, n. 4095, fol. 9). Et aussi de
CASTAIGNE, Le Paradis Terrestre, 1661, page 32.).
Nous avons expérimenté plusieurs fois ce procédé
absolument exact. Enfin, les sucs gastriques ex-
traits récemment du corps de l'homme ou des
animaux dissolvent l'or et tous les métaux (Expé-
rience de Sèvres.).
GUYTON DE MORVEAU a fait, en outre, une ob- servation de la plus haute importance et bien
oubliée: « L'or, dit-il, (Eléments de chymie, tome
II, p. 85) est aussi calciné et réduit en chaux
pourpre, par une forte décharge électrique... Mais
la même décharge revivifie l'or en chaux, comme
elle réduit la chaux de plomb. »

46 Ainsinc porroit des métaus faire qui bien en sauroit à chief traire
Et tolir as ors lor ordure
Et metre-les en forme pure

(JEHAN DE MEUNG, Roman de la Rose, vers 17049)

47 Etudiez ici les propriétés du mélange d'or et d'argent nommé électre. (Cf. Pausanias, Lib. Elida.
Cap. XII).
48 Un vieil auteur anonyme décrit ainsi naïve- ment cette opération: « L'artiste met la matière
dans un matras, et ayant bien bousché le vaisseau,
il donne feu lent par trente jours et nuits, et deux

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INEDITES 135
fois la sepmaine il faict ténèbre en bas avec une
patte de lièvre. » (Ms. Arsen. n. 18: bis. Tome I,
p. 67).
49 Voy. premier traité de Saint Thomas, chapi- tre V, note 29. Qu'on se souvienne que la pre-
mière sorte de feu doit être administrée cli-
baniquement, la seconde géométriquement, suivant
FLAMEL et ARTEPHIUS.
50 Suivant D'ESPAGNET, (opus cit. can. 42), c'est un travail d'Hercule. Voir à ce sujet RUPESCISSA,
PIC DE LA MIRANDOLE, ISAAC, GUY DE MONTANOR
et NORTHON dans leurs oeuvres alchimiques, MAIER,
(Arcana arcanissima). ALBERT le GRAND (De Al-
chymia) et RAYMOND LULLE (Theoricâ Testam).

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TABLE DES MATIERES -------

INTRODUCTION . . . . . . . . . . . . . . 7
TRAITE DE LA PIERRE PHILOSOPHALE . . . . 39
TRAITE SUR L'ART DE L'ALCHIMIE . . . . . 85
NOTES INEDITES . . . . . . . . . . . . . 113
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