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Réfer. : AL0302A
Auteur : Brouaut I.
Titre : Traité de l'Eau de Vie.
S/titre : ou Anatomie Théorique et pratique du Vin.

Editeur : Iacques de Senlecque. Paris.
Date éd. : 1646 .


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T R A I T E'
D E L' E A U D E V I E O V ANATOMIE THEORIQUE E T P R A T I Q V E DV VIN.
DIVISE' EN TROIS LIVRES.
Composez autrefois par feu Me I. Brouaut MEDECIN.
Dedié à Mr DE LA C H A M B R E, Conseiller & Medecin du
Roy, & Ordinaire de Monseigneur le CHANCELIER.

pict
A P A R I S, Chez IACQUES DE SENLECQUE, en l'Hotel de Bauieres,
proche la porte de saint Marcel: OU A V P A L A I S, CHEZ IEAN HENAVLT, dans la salle Dauphine à l'Ange Gardien.
------------------------------ M. D C. XLVI. A V E C P R I V I L E G E D V R O Y.
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pict

A M O N S I E U R.
M O N S I E U R
D E L A C H A M B R E,
CONSEILLER ET MEDECIN D U R O I. Et Ordinaire de Monseigneur le CHANCELIER.
pict O N S I E U R,

Il y a déjà long-temps que les devoirs de notre commune amitié me demandent, ce que je rends

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E P I S T R E.
aujourd'hui publiquement à votre mérite: Et
comme je ne pouvais ignorer que vous avez toujours
été des premiers dans l'estime des plus
Grands hommes du Monde, je ne devais pas
non plus souffrir que vous demeurassiez des derniers
à recevoir les hommages de mon Esprit.
Dieu nous commande par la bouche du Sage, d'honorer généralement tous les hommes de votre
Profession, parce qu'ils sont en quelque façon
nos Dieux Tutélaires; & que le Très-Haut leur
a commis ici bas la conservation du plus parfait
de ses Ouvrages.
Mais quand je ne me laisserais pas toucher à cette raison qui en regarde de beaucoup d'autres avec vous; j'ai d'ailleurs de si puissants motifs de vous
honorer en votre particulier, que je puis dire,
que les Ordonnances du Ciel sont superflues,
où mon inclination m'a toujours attiré: & certes,
ce n'est pas tant un nouveau Présent que je
vous fais en vous donnant ce Livre, qu'une confirmation
publique du don que je vous ai fait autrefois
de moi-même.
Votre amitié sans doute, est trop sincère & trop généreuse pour être récompensée d'une autre
monnaie;
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E P I S T R E.
monnaie; Et quand le bon-heur qu'elle me fais
goûter ne m'empêcherait pas de dissimuler avec
vous, vos Livres m'apprennent tous les jours, que
vous avez une trop parfaite connaissance de ce qui
se passe au dedans de nous mêmes, pour oser entreprendre
de ne vous donner que des compliments.
Vous pouvez donc connaître, Monsieur, que ce témoignage de mon estime & de mon affection
est accompagné de la principale qualité qui le peut
rendre recommandable, je veux dire de la sincérité
de mon coeur; Et je l'ose assurer d'autant plus hardiment,
qu'il répond à toutes les marques que
vous nous avez données de l'Amour d'Inclination.
Mais aussi je vois bien, qu'en vous payant une dette si légitime j'en retire tout l'avantage: Car si
l'amitié suppose la connaissance de la personne
qu'on aime, il me suffit d'avoir su connaître en
vous ces excellentes & rares qualités qui font
l'admiration des plus Illustres Personnages de ce
temps, pour m'acquérir quelque partie de leur gloire,
sans avoir d'autre part à leur mérite, que celle
de vous honorer comme eux.
Je pourrais même sur ce point leur disputer les premiers rangs, puisque je me sent attaché à tous
ë
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E P I S T R E.
ce qui vous regarde par une connaissance plus particulière,
& par une plus étroite Amitié que tous
les autres.
En effet tous les autres ont bien sujet d'admirer l'éclat de cette Lumière que vous nous avez fait
paraître dans le Traité que vous en avez donné
au Public.
Ils ont vu dans celui du Débordement du Nil, l'éclaircissement de leurs doutes.
Vous les avez menés à la connaissance de l'économie intérieure de l'homme par vos Conjectures
sur la Digestion: Et vous leur avez communiqué
tous les Trésors du Corps & de l'Ame dans
les Caractères dont vous avez marqué les Passions.
Mais je trouve de plus que vous nous avez
donné dans ces Ouvrages une Bibliotheque générale
de la Nature, un Miroir parlant de l'homme
extérieur & intérieur: Et pour le dire en un mot,
que vous nous avez fait un présent de nous mêmes
à nous mêmes.
Que si les Anciens mettaient au revers de la Médaille d'Aristote, la Déesse Phusis toute voilée,
parce que la Nature lui avait été inconnue en
ce qu'elle a de plus remarquable, ne dois-je pas dire
que vous lui avez, ôté ce voile pour nous découvrir

@

E P I S T R E.
au naturel toute la beauté de son visage, nous
ayant enseigné dans vos Ecrits, les véritables
causes de ce qu'il y a de plus merveilleux & de
plus caché dans le Petit & dans le Grand Monde?
Ceux qui ont entrepris devant vous les mêmes choses que vous, n'en ont remporté à mon avis
d'autre avantage que celui d'avoir beaucoup osé:
Et ils ont imité ces Peuples qui cheminent si
long-temps autour de la Montagne du Seir sans
pouvoir jamais entrer dans la Terre de Promission.
Combien de personnes se sont perdues dans le Nil où vous avez nagé de si bonne grâce? Et ne
semble-t-il pas que votre esprit se promenant sur les
Eaux de ce grand Fleuve, leur ait communiqué
une nouvelle fécondité, pour produire sur nous les
mêmes effets que sur les Terres de l'Egypte par
l'abondance des richesses que vous nous avez données,
dans le discours des causes de son Débordement?
Mais vous n'avez pas témoigné moins de force sur l'Elément du Feu que sur celui de l'Eau;
Et sans le secours de cette fenêtre qu'un Philosophe
désirait au corps de l'homme, vous avez porté
votre vue jusques à la source de ce Feu secret qui

@

E P I S T R E.
entretient notre Vie, et que par sa modération ou
par son excès fais nos bons ou nos mauvais jours.
Il n'y a que votre Modestie qui ait assujettis vos Ouvrages à quelque défaut lors qu'elle vous a fait
prendre le nom de Conjectures sur la Digestion
pour Titre de ce Traité, dans lequel vous avez
donné une entière certitude à des vérités qui nous
étaient auparavant inconnues, quoi qu'elles logeassent
dans notre sein.
Et certes ce n'est pas merveille que vous ayez parlé des choses mêmes les plus obscures avec une
si merveilleuse clarté; puisque Celui qui anime
tous les hommes de son souffle vous a inspiré ces
éclatantes & Nouvelles pensées de la Lumière
dont les rayons ont été les Avant-coureurs de ces
rares Chef-d'oeuvres que nous avons vu depuis
partie de vos mains.
Aussi de vrai ces excellents Caractères des Passions que vous nous avez donnés les derniers
font voir une particulière impression du doigt de
Dieu sur votre esprit, Et nous pouvons dire d'eux
fort justement ce que Platon a dit autrefois de la
Poésie, que ce n'est pas une Science humaine, mais
plutôt une Révélation divine.
Qu'on ne me parle donc plus des Temples ni des Autels
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E P I S T R E.
Autels que l'Antiquité bâtit autrefois aux Passions,
vous leur en avez consacré dans vos Livres
de plus magnifiques & de plus durables qu'elles
n'eurent jamais: Et ceux qui auront dessein de se
rendre savants en cette si Admirable & si utile
Science de la connaissance d'autrui & de soi-même,
peuvent librement en apprendre tous les
moyens en venant rendre hommage à ces beaux
Portraits que vous y avez exposés à notre vue.
C'est en ce Lieu rempli de tant de Miracles, où ce que le Soleil n'avait encore peu découvrir, est rendu
visible par la force de vos Caractères: Et le
coeur de l'homme ce Prothée industrieux qui se sert
d'Abîme à soi même lors qu'il entreprend de
cacher, paraît à cette heure si naïvement sur le visage,
qu'il ne peut plus déguiser l'Intelligence naturelle
qui est entre-eux.
C'est là où l'Amour & la Haine, la Douleur & la Joie; la Douceur & la cruauté, la Hardiesse
& la Crainte; Et pour abréger, c'est là où
toutes les Passions sont peintes au naturel: Et quoi
que les violentes y soient mêlées indifféremment
parmi les douces, elles y sont néanmoins plus obligeantes
que dangereuses; Et vous les avez toutes
accordées en ce point, que par l'Eloquence que
ï
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E P I S T R E.
vous leur avez donnée, elles nous portent également
à la recherche du Bien & à la fuite du Mal.
Voila, Monsieur, le privilège particulier que vous avez sur les autres de guérir aussi puissamment
les Passions de l'Ame par vos Discours, que
les infirmités du corps par les Remèdes que vous
ordonnez avec tant de prudence.
Que si la lecture des Histoires de Tite-Live & de Quinte-Curse a eu la force de rendre à de
grands Princes la santé que les Médecins ne leur
pouvaient donner; ne peut-on pas du moins espérer
de la connaissance de ce dernier Ouvrage des succès
aussi favorables pour toute sorte d'indispositions?
Voyez donc, Monsieur, s'il vous plaît l'intérêt que nous avons à l'achèvement de ce Tableau
des Passions, qui sans doute demeurerait imparfait
si vous même n'y mettiez la dernière Main:
Aussi de vrai les louanges que vous en recevez,
de toutes parts, comme une juste récompense de ce
que vous avez commencé, vous font encore autant
d'obligations, pour vous acquitter envers le
Public de ce qui vous reste à faire.
Mais quelque grand que soit cet Ouvrage, il faut néanmoins qu'il cède à celui auquel vous

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E P I S T R E.
travaillez tous les jours si heureusement: Et personne
ne désire de voir la fin d'un Travail, dont
le Sujet serait immortel si les voeux des Gens de
bien étaient exaucés.
C'est, Monsieur, ce précieux Ouvrage de la Santé de Monseigneur le CHANCELIER dont la
continuation devrait tenir de l'immortalité de ses
actions, puis qu'elle conserve la Fortune d'un
Million de personnes.
Ainsi vous ne devez pas tant être considéré comme le Medecin d'un Illustre Particulier, que
comme le Medecin du Public: Et toute la France
doit avouer que vous êtes après Dieu le Conservateur
de cet Homme incomparable, qu'elle reconnaît
pour le souverain Protecteur de ses Lois,
& pour le Père commun des Savants & des
Misérables.
Continuez donc, Monsieur, de veiller à la conservation de celui dont les veilles continuelles regardent
la tranquillité de l'Etat: Et si les opérations
de l'Ame suivent le tempérament du Corps,
n'avez vous pas l'honneur de contribuer en quelque
façon à la gloire de ce grand Ministre, qui
dispense avec tant d'égalité la Justice à tous le
Monde?

@

E P I S T R E.
Quant à moi, Monsieur, je m'estimerai très heureux si en vous offrant ce Livre de L'Eau de
Vie, je vous puis donner occasion d'en tirer
quelque secret pour prolonger les jours du Premier
Officier de la Couronne, qui les abrège par les travaux
continuels où l'engage le Zèle qu'il a pour le
service de Dieu & du Roi.
Mais comme votre profonde Science, & vos soins vous le rendent inutile pour ce sujet, c'est assez
pour ma satisfaction que vous ne dédaigniez
pas le Présent que je vous en fais, vu qu'un
Grand Roi reçut agréablement un peu d'Eau
qui lui fût offerte.
L'affection aussi de laquelle je l'Accompagne, mérite de vous cette favorable réception que je
m'en promets: Et vous ne douterez pas qu'elle ne
soit toute pure, puisque les Caractères que vous
avez donnez aux mouvements de l'Ame vous
faisant discerner si facilement l'Ami d'avec le
Flatteur, vous pourront aussi faire connaître avec
certitude si je suis véritablement,

M O N S I E U R,

Votre très-humble, très-obéissant & très-affectionné serviteur, I. BALESDENS.
@

pict

E P I T R E D E Mr C H A R T I E R
L E F I L S, CONSEILLER, ET MEDECIN ORDINAIRE servant le Roi, Docteur Régent en la Faculté de Médecine de Paris. Sur le sujet du T R A I T E' DE L'E A U-D E-V I E.

A M O N S I E U R Mr B A L E S D E N S AVOCAT EN LA COUR DE PARLEMENT ET AU CONSEIL d'Etat & Privé du Roi.
pict O N S I E U R,
Vous méritez beaucoup du public, de ce que vos emplois & les occupations assidues qui vous engagent entièrement à la J U R I S P R U D E N C E, vous ont permis de faire une charité si nécessaire à la S A N T E' des hommes, comme est le T R A I T E' des avantageux effets
a
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& utilité de L'Eau DE V I E: c'est un présent digne
de votre libéralité, de distribuer ainsi les curieuses recherches
d'un savant Auteur, & d'augmenter en cette
élection le fameux renom de l'un des plus célèbres M E D E-
C I N S de son temps.
Les Doctes se doivent cet échange, puisque les S C I E N- C E S sont tellement enchaînées, qu'elles s'étudient les unes
pour les autres: La M E D E C I N E peut proposer les plus rares Tableaux de la P O L I T I Q U E, & les peintures
vivantes de tous les E S T A T S, lors qu'elle exerce un M E-
D E C I N sur les Méditations de son objet; lui faisant
connaître par démonstration; la M O N A R C H I E en la Région
première où le C E R V E A U domine; l'A R I S T O C R A-
T I E enfermée en la Région moyenne, où le P O U M O N
& le C O E U R commandent; & la Région basse servir de
R E P U B L I Q U E où les sujets de cet Etat sont gouvernés
par les divers L O B E S du F O I E. C'est un Crayon
& un Echantillon d'une véritable police en laquelle les
Lois se trouvent inviolables, & ne pouvoir être enfreintes
sans la perte générale de ces trois E S T A T S, desquels
l'homme emprunte l'établissement de sa V I E: les nerfs,
les artères, & les veines servent de correspondances à ces trois
puissances souveraines: les E S P R I T S enfermés dans
ces vaisseaux sont les C O U R I E R S qui portent la nouvelle
ou de la S A N T E' ou des Maladies qui affligent incessamment
le C O R P S, pour la Réparation duquel le
S A N G est le Trésor, l'Arsenal, & le Magasin auxquels
se trouve ce qui est nécessaire à rétablir touts les dégâts
causés par les E L E M E N T S qui le composent; à restituer
les forces suffisantes pour garantir ces E S T A T S de
la Rébellion des sujets, de la corruption & usurpation
des parties.
Aussi l'Art de guérir peut exposer à la Jurisprudence
@

& beaucoup plus Solide que la première, qui sert de
Matière au F E U & de propre nourriture à la flamme
en cette considération ils lui ont donné le nom de S O U F R E,
étant cette substance plus homogène & plus épurée
de toutes les substances grasses, & plus prompte à recevoir
les impressions du F E U, sans laquelle le F E U se rendrait incapable
d'être l'objet de nos sens; puisque le S O U F R E
est un F E U revêtu d'une M A T I E R E Terrestre pour entrer
en notre connaissance.
Il faut avouer que l' E A U-DE-V I E est un second principe, en ce qu'elle s'enflamme aisément, & prend & conçoit
incontinent le F E U: ce n'est donc plus une E A U que de nom,
& un FEU en puissance; l'humeur vineuse ou S U C V IN E U X que remarque Aristote être au V I N; avoir les effets
le l'H U I L E; Anathymiase ou vapeur vineuse qui est
la cause que toute sorte de V I N s'enflamme; un S O U F R E
aussi bien qu'un M E R C U R E; ou pour mieux dire une alliance
de ces deux principes unis par la puissance Divine:
ce que ces Philosophes ont doctement remarqué par ce nom
d'E A U-DE-V I E, Epithète admirable! d'autant que le F E U
semble animer toutes choses, & mêmes Hyppocrate établit
la V I E dans la Chaleur qui est la marque & le signe
particulier du F E U; en effet aussitôt que les vivants sont
privés de cette qualité, on les croit avoir abandonné la
V I E: & la différence de l'E A U & du S O U F R E est visible
en ce que l'un haït le F E U comme l'autre y est affectionné:
l'E A U-DE-V I E n'ayant aucune partie ennemie du
F E U ne pourrait pas être appelée E A U, si ce n'était l'union
de ces principes qui montre que le F E U ou plutôt le S O U-
F R E étant aqueux & Mercuriel obtient une pénétration
plus puissante, & une vertu plus efficace, en ce qu'il pénètre
comme un M E R C U R E; & agit comme Matière ignée;
& porte en cette façon les effets & du F E U & de l'E A U,

@

C O R P S, puisque c'est un mélange élégant & du F E U &
de L'E A U si artistement composé, que l'on peut espérer par
cette industrie d'avoir en main tout ce qui est de plus précieux
& plus admirable en la Nature, pour faire paraître
un élément sensible & favoriser la S A N T E des hommes.
C E T T E première proposition est assez bien éclaircie par démonstration chez les C H E M I S T E S (je dis les savants
& non pas ces Prométhées qui se font attacher au Caucase
après avoir abusé du F E U) lesquels ne reconnaissent aucun
E L E M E N T qui ne soit tributaire aux sens & dans leur
Approbation, lequel ils tirent des C O R P S qui se résolvent,
& le font passer pour P R I N C I P E (le sens n'en pouvant remarquer
de plus petits) non pas qu'ils ignorent la P R I V A-
T I O N, la M A T I E R E, & la F O R M E, être des principes conçus
par l'esprit que les sens seul ne goûtent pas comme choses
qui surpassent leur portée; n'y qu'ils doutent de ces C O R P S
simples appelez Eléments, véritables homogènes qui ne
se résolvent jamais en d'autres éléments, & desquels la
P H Y S I Q U E enseigne tous les M I X T E S être composés; n'étant
ces corps simples de la visée des sens, s'ils ne s'allient
d'objets plus grossiers & plus sensibles pour être aperçus.
De façon que le C H E M I S T E voulant des principes & des éléments plus palpables s'en est fait de T R O I S sortes,
semblables à ces T R O I S E S S E N C E S ou substances que G A L I E N remarque en la dissolution du L A I T, lesquelles
sont tellement détrempées & mêlées dans la composition de
ce M I X T E qu'elles rendent le lait tempéré: & ce qui est admirable!
Alors qu'elles sont désunies par un des plus simples
degrés du F E U, elles sont toutes trois de qualités dissemblables,
& en consistances différentes entre elles; jusques à
être opposées & contraires en vertus & en effets.
Ce sont ces substances dites des Grecs ἀνομοιομερήις de parties dissemblables, nommées d'Aristote & de
plusieurs
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plusieurs en suite ἑτερογενεις de différents genres, que nos
Philosophes appellent substances impures alors qu'elles
sont enfermées dans un M I X T E: mais hors la composition;
elles sont pures, homogènes, & de parties semblables;
comme sont le P E T I T L A I T, le B E U R R E, & le F R O- M A G E, desquels je me servirai pour exemple, afin de donner
plus de clarté à ces commencements ou Eléments C H I-
M I Q U E S.
Le P R E M I E R est V O L A T I L; c'est à dire une E S S E N C E légère, d'élévation facile au mouvement du Feu, laquelle
se détache aisément du M I X T E duquel elle fait partie composante
appelée M E R C U R E: d'autant que ce principe
est de consistance fluide, mouvante, aisément cédante au
F E U, & au rencontre des autres corps plus solide; lequel
n'étant pas capable de se borner soi-même, emprunte
la figure de tous les corps qui lui font résistance.
L'E A U-DE-V I E explique excellemment par ce nom d'E A U, & premier principe des C H E M I S T E S: vu qu'elle
est une E S S E N C E volatile, de facile transport vers
les voûtes d'un Alambic; l'E S S E N C E humide de T R I SM
E G I S T E, qui circule & porte un E S P R I T pénétrant
propre à tirer les S E C R E T S des M I X T E S; l'humeur
plus subtile du V I N; véhicule de son Esprit, comme
au Lait l'E S S E N C E humide qui soutient les Esprits de
ce Mixte, laquelle Alcoolisée est un Mercure détaché
de la plus grande partie de son Flegme & de toute autre
impureté, qui pourrait à bon droit être considéré pour la
plus parfaite Image du M E R C U R E des Philosophes,
& être le premier dissolvant de la C H E M I E.
Pour S E C O N D P R I N C I P E ils ont établi le S O U- F R E ou principe Moyen, comme est l'E S S E N C E grasse
au lait nommée communément B E U R R E, en partie
V O L A T I L E, en partie F I X E, substance plus épaisse
ë
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& beaucoup plus solide que la première, qui sert de
Matière au F E U & de propre nourriture à la flamme
en cette considération ils lui ont donné le nom de S O U F R E,
étant cette substance plus homogène & la plus épurée
de toutes les substances grasses, & plus prompte à recevoir
les impressions du F E U, sans laquelle le F E U se rendrait incapable
d'être l'objet de nos sens; puisque le S O U F R E
est un F E U revêtu d'une M A T I E R E Terrestre pour entrer
en notre connaissance.
Il faut avouer que l'E A U-DE-V I E est un second principe, en ce quelle s'enflamme aisément, & prend & conçoit
incontinent le F E U: ce n'est donc plus une EAU que de nom,
& un F E U en puissance; l'humeur vineuse ou S U C V IN E U X que remarque Aristote être au V I N; avoir les effets
de l'H U I L E; Anthymiase ou vapeur vineuse qui est
la cause que toute sorte de V I N s'enflamme; un S O U F R E
aussi bien qu'un M E R C U R E; ou pour mieux dire une alliance
de ces deux principes unis par la puissance Divine:
ce que les Philosophes ont doctement remarqué par ce nom
d'E A U-DE-V I E, Epithète admirable! d'autant que le F E U
semble animer toutes choses, & même Hyppocrate établit
la V I E dans la Chaleur qui est la marque & le signe
particulier du F E U; en effet aussitôt que les vivants sont
privés de cette qualité, on les croit avoir abandonné la
V I E: & la différence de l'E A U & du S O U F R E est visible
en ce que l'un haït le F E U comme l'autre y est affectionnée:
l'E A U-DE-V I E n'ayant aucune partie ennemie du
F E U ne pourrait pas être appelée E A U, si ce n'était l'union
de ces principes qui montrent que le F E U ou plutôt le S O U-
F R E, étant aqueux & Mercuriel obtient une pénétration
plus puissante, & une vertu plus efficace, en ce qu'il pénètre
comme un M E R C U R E; & agit comme Matière ignée;
& porte en cette façon les effets & du F E U & de l'E A U,

@

& par ainsi il entre en la composition de tous les Mixtes,
LE T R O I S I E S M E principe des choses créées, est une E S S E N C E grossière & semblable au F R O M A G E;
partie terrestre, Base ou fondement, sur lequel tous les M IX
T E S se forment & sont composés; principe de coagulation
& de fixation; substance qui de son propre mouvement
ne s'élève jamais, laquelle se borne aisément & se balance
de son propre poids, qu'ils ont nommé SEL étant la
vertu de ce principe excellente pour arrêter, & attacher
tout ce qui se veut éloigner des sens.
Quand je considère l'E A U-DE-V I E, & que j'admire l'Alliance du F E U & de l'E A U (ces deux contraires ne
pouvant subsister ensemble s'ils ne rencontrent un moyen
unissant qui les puisse Arrêter) ce raisonnement me force de
conjecturer qu'il y a un T I E R S en l'E A U-DE-V I E qui
assemble les deux autres: & comme il doit être fixe pour
faire résistance & au F E U, & à l'E A U; il faut que ce
soit un S E L, lequel donne consistance; allie & fixe les
deux autres, puisque tout SEL est le véritable Amalgame
& du FEU, & de l'E A U.
C'E S T à bon droit ce T A R T R E le grand Alcali des Anciens, qui tierce nos deux principes, & à l'imitation
du S E L Armeniac rend ce puissant D I S S O L V A N T
le sujet des T E I N T U R E S: ce que l'on peut observer dans
les Auteurs curieux; quand ils appellent l'E A U-DE-V I E,
Menstrual du végétable, acué de son S E L Armeniac:
M E N S T R U A L ou D I S S O L V A N T; c'est à dire ce qui
sert à séparer les parties d'un Mixte: du végétable; qui
signifie la V I G N E: acué de son S E L; je l'interprète de
l'E A U-DE-V I E extraite & rendue plus propre aux T E I N-
T U R E S par le secours de son S E L.
E N F I N être composé du F E U, & de l'E A U, & de dire que le Mercure le soufre & le S E L, entrent en la
ë ij
@

composition des M I X T E S, c'est déclarer la même chose
par diverses phrases: & l'E A U-DE-V I E en sa dissolution
montre être établie par ces Trois E S S E N C E S ou
Eléments sensibles, qui disparaissent quand on les veut séparer
de leur S E L, & s'absentent des limites des S E N S pour
être seulement compris par l'Esprit: tellement que l'E A U-
DE-V I E à cause de son Mercure; est pénétrante, dissolvante,
& subtiliante les parties des Mixtes: comme S E L; elle
est la Base & le soutien des T E I N T U R E S, coagulations
& des fixations: en qualité de S O U F R E; elle sépare
tous Hétérogènes, assemble les homogènes, & purifie
les corps impurs, chasse la corruption, & les infirmités
des corps imparfaits: comme E A U; elle circule les substances
séparées, & ce premier dissolvant arrose avec un
E S P R I T subtil ces E S S E N C E S extraites des Corps mêlés.
DE S O R T E Q U E l'on peut considérer en cette liaison d'Eléments, un T E R N A I R E accompli; un homogène
sensible, si bien assorti & si merveilleusement uni, qu'il faut
le croire être un choix fait exprès pour Symbole & véritable
hiéroglyphique de la D I V I N I T E; ce n'est pas que
ce même Ternaire ne se reconnaisse dans l'Anatomie de
tous les C O R P S M I X T E S & qu'il ne paraisse en iceux le C A R A C T E R E de son Architecte: Mêmes en ces trois
E S T A T S enfermés dans le Corps de l'homme, l'ordre, la
symétrie, & ornement de chaque partie, témoigne hautement
la bonté, la sagesse, & la puissance de cet admirable
ouvrier, qui a mis le C E R V E A U le M O N A R Q U E du Corps,
la partie Métropolitaine de l'humide, & le siège de notre
premier principe. Le Mercure que nos Anciens ont dépeint
avec des ailes à la Tête, aux bras, & aux pieds, démontre
évidemment cette vérité; puisque ces ailes sont la marque de
la vitesse, subtilité, & promptitude que les M O N A R Q U E S désirent
pour l'exécution de leurs commandements, choisissant
pour
@

pour cet effet les M I N I S T R E S de leur E S T A T, agissants,
subtils, pénétrants, & vigilants: tout ainsi qu'en cette Monarchie
dès le même temps que le C E R V E A U envoie un esprit
par les nerfs, vers les mains & les pieds; cet agent ou Ministre de
cet E T A T pénètre en un moment à travers ces substances nerveuses,
& passe subtilement jusques aux parties les plus éloignées
pour faire exécuter les volontés de son Maître; c'est sans
doute sous ces divers messages que la Mythologie enveloppe
cette subtilité Mercuriale, quand notre M E R C U R E y
est connu pour le Messager des Dieux, & l'interprète des
Rois.
Mais avec combien d'allégresses de bonds & de sauts le C O E U R & les P O U M O N S témoignent t-ils les effets de notre
second principe, & la sagesse de ce divin artiste qui a placé
ce C O E U R au milieu du Corps pour conserver la V I E aux
parties: les artères par leur batteries le manifestent l'Arsenal
de la V I E d'où ces parties tirent les forces pour se munir & se
pourvoir contre les ennemis de cet E S T A T: c'est par ces conduis
que le S O U F R E, vital se distribue, & que la Mythologie
trouve au ventricule gauche du C O E U R la force de
Vulcan.
Les L O B E S du F O I E peuvent être dits le Magasin du S E L, puisque les veines enferment le S A N G qui marque par sa
saveur ce principe; joint aussi que cette République enfermée
au bas ventre est le soutien des autres E S T A T S, comme
le S E L est la Base de nos principes ce sont les Nymphes dorées
que la Fable veut être assistantes à la forge de Vulcan
pour le soutien des travaux de ce grand Artiste, non
seulement à cause que la veine est compagne & l'appui
de l'artère & du nerf, avec lesquelles elle est jointe, & comme
unie par Anastomoses & membranes: mais aussi d'autant
que Chem qui signifie chez les Arabes le F E U dans son repos,
qui est l'Agent de cette F O R G E conduit par les artères,
é
@

est soutenu des veines & défendue par les nerfs: de sorte que
ces trois canaux ou vaisseaux contiennent les trois principes
desquels est composée cette E A U-DE-V I E l'entretien de
la S A N T E des hommes & le soutien de ces E S T A T S. Voilà
ce T E R N A I R E qui fait paraître l'homme composé à l'image
& ressemblance de la Divine Majesté qui a fait élection
par excellence de cet animal politique d'entre tous les
vivants; de même qu'il a fait choix de la V I G N E sur toutes
les plantes; ainsi que le R O I Manasses publié dans l'oraison
& actions de grâce qu'il rend à Dieu pour ce sujet: P L A N
ennobli par le plus grand Prince de l'Univers à raison de son
E A U-DE-V I E! E S S E N C E de ce P L A N divin qui se déclare
L'A M E de la V I G N E, & la plus vigoureuse partie, qui
animant ce bois, le rend capable de donner la V I E aux végétaux,
aussi bien qu'aux minéraux. & animaux.
A ce propos je me souviens de la dispute de Ioatas contre Abimelech; cette Prosopopée (Monsieur) vous doit être
agréable, en ce que vous savez extrêmement bien découvrir
sous les paraboles & les feintes, les V E R I T E S qui peuvent
y être enfermées. Tous les bois (ce dit Ioatas) voulurent
faire élection à un R O I, & parlèrent, à la V I G N E pour
l'établir leur souverain; où après lui avoir expliqué leur dessein,
la supplièrent de les vouloir régir & commander: la
V I G N E leur répondit, Q U O I! vous imaginez vous que je
veuille ou que je puisse laisser mon V I N qui réjouit D I E U
& les H O M M E S, pour me voir élevée au dessus de tous vous
autres? cette allusion nous donne à connaître la noblesse de
cette P L A N T E, non pas à raison de sa figure, ni d'aucune
politesse qu'elle aie: mais à cause de la vertu de son S U C
qui réjouit D I E U & les H O M M E S, pour cette excellente considération
elle est à préférer aux couronnes de la T E R R E: V I-
G N E qui signifie la maison d'Israël , & le peuple de J E S U S;
C H R I S T, lequel est le principal & le plus délicieux G E R-

@

M E de cette souche, qui a épandu un SUC merveilleux par
les plaies de son C O R P S tout D I V I N: S A N G admirable &
miraculeux de ce R A I S I N! E A U-DE-V I E pour notre S A L U T!
qui publie tous les jours sur nos A U T E L S notre rachat, notre
liberté & notre V I E, par l'Arrêt qui fut prononcé en la
Genèse. Lavabit in V I N O stolam suam & in S A N G U I N E U V AE pallium suum. C'est la divine E S S E N C E ou la véritable
E A U-DE-V I E, qui est le D I S S O L V A N T des AMES & des
C O R P S: elle purifie tout ce qui est d'impur & change
& transmue l'impuissant en état de pouvoir, de perfection
& de gloire.
Et certes la corruption du C O R P S des H O M M E S ne peut être détruite que par le S A N G du Lion de la tribu de Judas
(je dits avec le respect que je dois & l'unique Monarque
de tous les R O I S) comme l'imperfection & la Lèpre des
M E T A U X est réputée des Philosophes ne pouvoir être guérie
ni défaite sinon par le S A N G du Lion Rouge, puisqu'en
icelui l'O R de ces Philosophes se revêtit d'une V I E plus glorieuse
alors qu'il semble l'avoir tout à fait abandonné, jusques
à tirer de son C O R P S par le moyen de ce D I S S O L V A N T,
comme un autre P H E N I X, un S A N G ou plutôt un S U C tout
de pourpre, or potable exquis E L I X I R admirable! &
précieux pour ôter les infirmités des M E T A U X aussi bien
que des H O M M E S, & les garantir de toutes les M A L A D I E S
qui les tourmentent!
C'est à cette dernière proposition que je désire arrêter la postérité, & lui faire confesser les obligations qu'elle vous
doit avoir, favorisée un tel secours. Je souhaiterais encore
en ce siècle G A L I E N, afin qu'il peut extraire par le pouvoir
de cette E S S E N C E les qualités contraires que possèdent
les M I X T E S en leur Composition, semblables à celles qu'il a
remarqué séparé au lait par la Chaleur, & particulièrement
détacher une de leurs Vertus laquelle il aurait
é ij
@

choisi pour s'opposer aux violences de quelque mal;
a corriger un merveilleux déboire qui succède après les
purgatifs pris en breuvage: & de cette façon avoir en
main les pures & simples puissances des R E M E D E S; &
par ce moyen détourner le soulèvement de l'estomac;
les Nausées, & les troubles que causent la mauvaise
couleur, Odeur, & le déboire d'un P U R G A T I F ordinaire;
duquel la simple pensée rend un M A L A D E toute une
nuit inquiet & sans repos; & confirmer la sentence d'H Y P-
P O C R A T E sur la nécessité d'empêcher ces accidents fâcheux
lesquels accompagnent les Médicaments communément en
visage.
Ce sont des M Y S T E R E S que l'on ne peut assez reconnaître, & des S E C R E T S merveilleux que possèdent après une
longue étude les savants en la C H E M I E. Sur quoi je vous
entretiendrait plus longtemps (M O N S I E U R) si je ne me souvenais
que vos emplois vous occupent, & crainte de vous être
ennuyeux je finirai vous souhaitant qu'après avoir fait présent
au public de cette E A U-DE-V I E, que je prouve être le
plus admirable & plus précieux mélange des principes
Hippocratiques; son usage, & ses Vertus restaurantes
vous puissent conserver durant une longue suite d'années,
par l'entretien de la paix & florissante prospérité de ces
trois E S T A T S & puissances Souveraines protectrices de
la S A N T E' des mortels: vous assurant aussi que de ma
part je continuerai d'éprouver les divers effets de cette universelle
E S S E N C E-DE-V I E, afin que dans les occasions je
vous puisse témoigner, avec combien d'affection je suis & désire
être.

M O N S I E U R,
Votre très-humble serviteur. I. C. ce 7 Septembre 1644.
@

pict

A U T R E E P I T R E D' A P P R O B A T I O N, Par un des plus doctes & curieux de ce temps,
sur le sujet du TRAITE' DE L'EAU-D E-VIE
A M O N S I E U R, M O N S I E U R B A L E S D E N S, AVOCAT EN LA COUR DE Parlement, & au Conseil d'Etat & Privé du Roi.
pict O N S I E U R,
Vous avez trouvé l'Invention d'être utile, & au C O R P S & à l'A M E, & d'obliger les Vivants & les Morts par cette merveilleuse Q U I N-T E S S E N-
C E que vous avez tiré des Fables, & par l'A N A T O M I E D U V I N, que charitablement vous exposez au jour.
C E S belles maximes qui semblent expliquer AE S O P E, mais ê
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2 II. E P I S T R E

qui sont véritablement toutes vôtres, obligent les vivants pour
la Règle des moeurs; & ce Philosophe bossu est sans doute ravi
d'avoir si bonne grâce; de voir ses pensées plus belles qu'il ne les
avait conçu; & de sortir plus sage de vos mains, qu'il ne fût
en toute sa V I E.
Vous êtes encore plus favorable à ce grand Medecin, de qui l'E A U-DE-V I E était morte, si son beau Livre n'avait eu
le bonheur de tomber en votre propre possession: car sans doute
quelque envieux l'aurait enseveli dans son cabinet, & privé son
Auteur de l'honneur qui est du à sa mémoire; & le public du
bien qu'il en peut retirer pour la santé du corps: Mais vous êtes
plus équitable, & rendant Justice à cet Auteur; vous suivez
son dessein, & donnez au Monde cet excellent ouvrage qui seul,
peut enseigner le vrai Remède à guérir toutes les maladies
qui surviennent à l'homme.
D A N S ces bienfaits que le Monde doit reconnaître par les louanges que méritent vos soins; J'admire les rapports qui se
trouvent entre l'origine de vos doctes Maximes politiques &
morales, & celle de l'excellente & utile E A U-DE-V I E: je ne
dit pas pour la ressemblance extérieure de la V I G N E à Æ S O P E,
(l'un aussi mal fait & de mauvaise grâce pour un homme, que
l'autre est tortue-bossue, & mal agréable pour une plante)
j'entends parler des Fables, de l'obscurité desquelles vous avez
tiré ce précieux E L I X I R, capable de guérir tous les défauts
de l'A M E: & vous dirai que l'E A U-DE-V I E doit son
Invention aux Fables & fictions Hermétiques sur le
grand V I N des Philosophes, duquel la savante C H I-
M I E compose son grand Oeuvre, qui est l'universelle
M E D E C I N E des corps.
M E R C U R E Trismégiste en parle disant que la V I G N E des Sages se tire en trois choses, & que son V I N se parfait
à la fin de Trente. Les Isiaques premiers Auteurs de l'occulte
Philosophie s'abstenaient du V I N commun, à cause de

@

D'A P P R O B A T I O N S 3
sa ressemblance à la liqueur Chimique, & Calasirés chez Heliodore
boit de l'E A U à la santé de Theagente, par respect &
cérémonie de Religion qu'il rendait au V I N, à cause qu'il était
grand Prêtre du Temple de Memphis, qui était dédié à la
Déesse Isis.
M A I S les Grecs au contraire par honneur, qu'ils désiraient au V I N, sous la teinte des mystères de Bacchus, ont caché
tout le secret du grand E S P R I T DE V I E; ils le tirent de Jupiter ou de l'Aether pour marque de sa subtilité, dans la
cuisse duquel il est nourri d'un aliment conforme à sa substance.
Cette précieuse liqueur est la même que le N E C T A R que
Ganimède verse à la table des Dieux au C I E L DES P H IL O S O P H E S; & c'est encore cette E A U-DE-V I E & précieuse
que Jupiter déguisé en mouton montra au bon P E R E L I B E R: Hercule qui est fils de Jupiter aussi bien que Bacchus, n'aime
pas moins le V I N; car le tonneau qu'il perce en la grotte de
Chiron l'oblige au Combat contre tous les Centaures, & il
n'en peut jouir qu'après une entière victoire.
R A I M O N D L U L L E l'Incomparable Philosophe Hermétique, qui connaissait ce V I N, le laisse en testament aux
Disciples de l'A R T, par l'entière description de tout l'Oeuvre
Physique, décrivant ses opérations dessus le V I N commun: Isaac
Hollandais en son oeuvre végétal fait le même, & plusieurs
autres à son imitation décrivent tirer du V I N, ce précieux E S-
P R I T dont ils se servent pour ranimer les végétaux, minéraux
& animaux. B A S I L E V A L E N T I N savait bien ce S E C R E T, quand il dit, Qu'un Oiseau *viste & méridional arrache le
coeur d'un grand Animal d'Orient: Et c'est cet Oiseau, ou cet
E S P R I T qui lave & qui nettoie ce C O R P S de toutes ses taches,
qui est le moyen de rejoindre l'A M E, & que les Philosophes disent
être medium conjungendi tincturas, & qui donne tant
de perfections à ce C O R P S, qu'il le rend capable de chasser toutes
les imperfections de son Genre, & de guérir toutes les maladies
des Animaux végétaux ou Minéraux.

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4 II. E P I S T R E

C'E S T avec grand raison que les Philosophes ont appelé cet Esprit E A U-DE-V I E, puisque c'est par cette E A U que se
font toutes les secrètes opérations du grand Oeuvre Chimique,
& que le précieux E L I X I R en reçoit la V I E & la végétation.
L'A P P A R E N C E que donnent les discours des Philosophes, qu'ils ont fait leur A Z O T H dessus le V I N commun, & heureusement
persuadé les plus subtils esprits, puisque les engageant à travailler
sur le V I N, comme sur la vraie Matière Hermétique, ils
y ont découvert cette Q U I N T-E S S E N C E ou cette E A U-
DE-V I E, qui possède des vertus qui sont presque sans
nombre, & qui outre celles qui lui sont naturelles, a de plus cette
qualité d'extraire & d'arracher des mixtes ce qu'ils ont
de plus excellent, pour le donner plus agréablement en
aliment & en Remède. C'est ce que votre Auteur enseigne
doctement, faisant voir encore que sa belle E A U-DE-V I E
est unique, & comme en tous les végétaux. Mais je ne lui ferais
pas de tort d'ajouter que sa substance est encore la V I E des
genres & Animal & Minéral.
Ce précieux E S P R I T-DE-V I E: qui a sa substance purement aérienne, peut ce me semble par allégories, recevoir
une partie des hautes louanges, de celui dont parle Moyse,
quand il dit, Spiritus Domini ferebatur super aquas, avec
lequel la Terre n'ayant pas encore eu de commerce; il est dit pour
cette raison, Terra autem erat inanis & vacua, mais depuis
le mélange des Eléments, cet A I R, ou cet E S P R I T est l'Agent
Généralissime, sans lequel aucune chose n'est produite,
n'a V I E, & ne peut subsister; c'est lui qui reçoit les influences
des Corps célestes, & qui les communique aux
corps simples & composés; ce qui dans toutes les Générations
préside à l'H A R M O N I E; qui subtilise, élève,
& distribue les autres Eléments en la composition: Il
sert de véhicule à l'E A U pour l'approcher des C I E U X,
d'où descendant empreinte de lui-même, elle en est
plus
@

D'A P P R O B A T I O N S 5
plus subtile pour pénétrer la Terre; c'est lui qui l'introduit
dans sa grosse substance, & lui aidant à détremper
la portion plus subtile; il se fait la première mixtion, qui
est la nourriture de tous les V E G E T A U X, & le commencement
de tous les M I N E R A U X; dans la P L A N T E il élève, digère,
& rectifie l'aliment, & en forme, & des fleurs & des
fruits, dans lesquels même il passe pour les mener à
leur perfection: ce même E S P R I T humide est bien plus
agissant dedans les A N I M A U X; c'est lui qui s'introduit au
plus profond de tous les aliments, & qui se joignant à
son semblable qu'il rencontre dans tous, l'attire & le retire
de la grosse substance avec le plus pur du mélange, &
après l'avoir passé par les préparations,le porte & distribue
par toutes les parties du corps de l'Animal, dans lequel
il tâche de réparer par ce moyen, ce que la C H AL
E U R N A T U R E L L E a dissipé de cet esprit de V I E, ou H U- M I D E R A D I C A L E. Les actions de cette précieuse E A U se rendent très-sensibles dans ces deux genres par ses ordinaires effets. M A I S qui croirait jamais qu'un E S P R I T si subtil prit la charge de travailler sous Terre au Règne minéral, & de s'appesantir
même, & s'enfermer dans la lourde substance des
M E T A U X: c'est pourtant lui qui est la Cause de toutes
les Concrétions Minérales, parce que cet E S P R I T se rendant
complice de l'inclination terrestre, la rend par son mélange
plus active à l'épaississement; car sa subtilité pénétrant
jusques au Centre des autres E L E M E N T S, les introduit;
les mène par leurs plus menues parties: & enfin les
coagule selon l'intention spécifique; & quelque Amour
qu'il aie pour la liberté, il obéit à la N A T U R E, &
s'enferme au plus profond de la substance Métallique.
La couleur éclatante de l'OR montre assez, que son lustre î
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6 II. E P I S T R E

provient de cet E S P R I T, & l'extension admirable de ce
parfait métal, est une marque que cet E S P R I T a fait tous ses
efforts pour le rendre homogène: Mais il n'a pas tant renoncé
à son inclination, qu'il ne soit encore dans l'O R
susceptible du F E U, quoique son humeur soit forcé, d'agir du
haut en bas, & d'obéir à l'inclination terrestre, parce qu'en
l'O R elle domine: car s'il ni avait qu'un épaississement simple
comme dans le salpêtre; par l'approche du F E U il monterait
impétueusement & reprendrait sa première consistance, & ce
serait plutôt par suite que par inflammation.
E N l'O R & au salpêtre il tient les deux extrémités; au premier il est tout à fait fixe, & l'Art l'en peut retirer: & au
second il est trop cru & trop volage, & n'a contracté rien de
Noble pour le service de la Nature Animale; c'est pourquoi il
s'enfuit, tout honteux de n'avoir rien de bon.
Il y a bien d'autres corps Minéraux, où il est plus utile, & où l'Art le peut prendre, mais avec grande peine: car il est si caché
qu'il faut de grands efforts pour le développer des choses qui le
couvrent: toutefois après avoir souffert toutes les violences & les
rigueurs du F E U, par un agent contraire; il en sort si subtil & si
beau, que c'est de toutes les substances celle qui conçoit plus promptement
le F E U: il ne sort pas tout seul, car il emporte avec soi
ce que M E R C U R E T R I S M E G I S T E dit, Le Vent la porté en son ventre, qui est le plus grand & le plus précieux effet de cet
admirable E S P R I T, lequel n'étais ainsi caché & opiniâtré que
pour marquer son prix & sa grande excellence.
C'E S T ainsi que la belle E A U-DE-V I E de votre Auteur se trouve U N I V E R S E L L E dans tous les genres de la Nature,
& qu'elle en peut être utilement tirée pour la santé des hommes;
Mais il faut que ce soit par un Menstrue qui sois U N I V E R-
S E L, ainsi qu'enseigne votre Auteur, & qui ait la Nature de
cet E S P R I T-DE-V I E.
LE plus propre est sans doute celui qui se tire du V I N,
@

D'A P P R O B A T I O N S 7
comme étant de toutes les substances celle qui abonde le plus en
cet E S P R I T, & dont l'usage ordinaire nous fait voir combien
il est ami de l'homme: c'est cette aimable liqueur, dont le bon
P E R E N O E' se servit le premier pour Remède à la tristesse que lui causait les ruines de Déluge, & pour suppléer au défaut
des aliments que la Terre a depuis produit moins nourrissants.
C E T T E belle Q U I N-T E S S E N C E que votre Auteur enseigne, tiendra encore lieu d'un R E M E D E U N I V E R S E L, si on pratique bien la savante Méthode qu'il décrit, avec laquelle
on peut facilement extraire toutes les bonnes qualités que
contiennent les C O R P S: pour bien pratiquer ses enseignements avec
utilité, il ne faut pas être Philosophe vulgaire, il faut être
éclairé le l'E C O L E DU F E U, à savoir bien ce qu'on cherche, avec les signes de la vraie connaissance; il faut savoir
bien joindre l'A G E N T au P A T I E N T, & prendre
garde de ne rien altérer par le mélange des ESPRITS d'intention
contraire; Connaître la Nature du V I N; la M A T I ER
E; la F I G U R E des Vaisseaux; & la Règle du F E U qui
sont tous nécessaires pour la perfection du grand E S P R I T-
DE-V I E: Mais certes, si on le prend de la Main d'un ignorant
artiste, on n'y trouvera pas les effets attendus; & ce n'est pas
d'un métier gagne-pain que la belle E A U-DE-V I E doit
être maniée: que si les Avares distillateurs prennent la peine de
lire votre Livre; ils y apprendront la Méthode de bien faire,
d'avoir plus d'E A U-DE-V I E, & de la préparer meilleure
qu'ils ne font.
V O T R E Auteur en pouvait bien enseigner davantage, y ayant grande apparence qu'il n'ignorait pas le grand
secours qu'on peut tirer du V I N, & hors duquel il ne faut
point chercher de meilleure Médecine: son Anatomie
étant bien faite selon l'intention des Sages, & les parties de sa
divisions purgées de ce que Trismégiste appelle, Fumée, Noirceur,

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8 II. E P I S T R E

& Mort, qui est séparer le pur & l'impur, il se trouverait
un E S P R I T, une H U I L E & un S E L, dont le Mariage ferait
plus de Merveilles que cette P A N A C E E, tant chantée
des Anciens.
Il faudrait Chercher de S E L dedans les fèces, & que la Calcination en fut Philosophique; & l'extraction de même;
ce Magistère n'est pas pour le vulgaire & les communs Chimiques
ne le connaissent pas; non plus que l'excellence du V I N n'est
bien divulguée: votre Auteur donne assez de lumière, pour y
découvrir tout ce qui est nécessaire à ceux qui le liront avec l'attention
qu'il mérite, & sans doute il donnera le désir à ceux qui
savent l'Art de se servir du F E U de mettre en pratique les
choses qu'il enseigne.
C O M M E toutes choses sont sujettes à la corruption, il semble que le V I N n'en doit pas être exempt, & que le V I N-A I G R E
serait en hasard de n'être plus utile qu'à faire des Ragoûts,
& que cet E S P R I T que j'ai dit être dans toutes choses ne se trouverait
pas dans celle-ci; Il est vrai qu'il y est en moindre quantité,
& que ses qualités sont beaucoup différentes de celui qui se tire
V I N, c'est néanmoins une même substance, & qui sans
changer de Nature, change de qualité; Dedans le V I N il est
comme en la superficie, dont il se sépare avec facilité: mais au
V I N-A I G R E il a un mélange plus fort, & sa subtilité
ayant pénétré jusques au plus profond de sa substance, &
se mêlant avec la Terre qu'il y trouve, il y contracte une
qualité froide & corrosive, qui est cause qu'il ne connaît
plus les couleurs, les huiles & les autres E S S E N C E S où il se mêlait
étant E S P R I T-DE-V I N, & n'ayant quasi plus l'inclination
de l'A I R: il n'est plus inflammable, quoi qu'il ne laisse pas
d'être fort subtil & léger; cet E S P R I T acéteux ayant eu
grand commerce avec la Terre retient son inclination; &
même en la distillation il ne monte qu'après que tout le
flegme est distillé, & toujours le plus fort est le dernier
qui
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D'A P P R O B A T I O N S 9
qui abandonne les fèces; au contraire du V I N, qui donne ses E S-
P R I T S les premiers, comme de substance aérienne & légère, &
qui n'a pas encore ressenti les efforts du mélange.
C E S grandes différences n'empêchent pas que le V I N-A I G R E ne soit grandement utile en M E D E C I N E; & ce n'est pas sans sujet que
Galien souhaite de savoir la division de ses substances, &
de voir l'Anatomie entière du V I N-A I G R E; son désir aurait été
beaucoup plus violent, s'il avait su combien il est utile, & sur tout
pour retirer du genre Minéral ces admirables S E L S, V I T R I O L S,
& T E I N T U R E S, dans quoi la Nature a enfermé les plus efficaces
Remèdes pour tous les maux de l'homme, destinant cet
E S P R I T pour suppléer à la faiblesse de l'E S P R I T-DU-V I N, & afin
que si l'un tire les meilleures substances du genre végétal & animal:
l'autre aille fouiller dedans les Minéraux, & en retire ce
qu'ils ont d'excellent pour le secours des animaux.
SI le vrai Magistère du V I N n'est pas encore passé chez le vulgaire, celui du V I N-A I G R E n'y est pas mieux connu: Il a quatre
substances, qui sont toutes extrêmement utiles, le F L E G M E est ce
qu'on tire le premier; l'E S P R I T vient le second, après vient
l'H U I L E, & au fonds il reste une Terre, qui contient en soi un S E L
si admirable, que l'E S P R I T en étant armé, avec un peu de l'Odeur
de son H U I L E, il n'y a point de portes Métalliques qu'il
n'ouvre; point de Pierres qu'il ne pénètre; & point de Minéral
qui ne soit contraint de relâcher tout ce qu'il a de précieux.
ET cet E S P R I T U N I V E R S E L que j'ai dit être dans toutes les substances, sentant l'approche de l'E S P R I T du V I N-A I G R E, se
joint à lui par amour, & se séparant de la Masse grossière, emporte
avec soi tout ce qu'il y a de plus délicat & subtil, pour l'exhiber
à l'usage de l'homme, & l'obliger à rendre grâces à D I E U
d'avoir créé un E S P R I T si précieux, si officieux & utile: & qui dans
toutes choses étant une même substance, opère néanmoins
des effets différents.
M A I S combien est obligé le Monde à vous remercier, M O N- S I E U R, du beau présent que vous lui faites, puisque dans cet excellent
Livre de l'A N A T O M I E-DU-V I N, on peut trouver de quoi
ô
@

10 II. E P I S T R E

conserver la santé, & prolonger la V I E. Le choix que vous en
avez fait, suffit pour dire qu'il est bon, & que les meilleure esprits
auront beaucoup de satisfaction à le lire: si mon Approbation
pouvait ajouter une recommandation plus forte; je confesse que
votre Auteur a écrit sur le sujet de l'E A U-DE-V I E en homme
très savant & plein d'expérience, & que sans doute la pratique
de ce qu'il enseigne, donnera les effets de ce qu'il promet. Je
souhaite de tout mon coeur qu'il soit reçu comme il mérite, & que
vous en receviez l'honneur qui vous est du. C'est

M O N S I E U R.
Votre très-humble & obéis- Ce 7. SEPT-embre 1644. sant serviteur, I. D. B.
-----------------------------------------------
CLARISSIMO VIRO, ET DE LITTERIS BENE MERITO I. BALESDENO, IN SENATV Parisiensi, & Regiâ Aduocato.
I. Bapt. Poisson Regius apud Andes, in subsidijs Gallicanis
Aduocatus, & Procurator Régius. S. P. D.
pict E N S E O, (mi B A L E S D E N E) quod
ex me sciscitaris, de Breuotij Opusculo, non tam esse petitionem aut expectationem tuam, quam mihi seniori & amico fideli honorem delatum: Nam quomodo dubitares, an tradere debeas hominum utilitati, Rationem prorogandi hujusce
V I T AE Curriculi? Cum jam ipso numine suggerente, lucem
dederis pluribus piorum authorum libris ab omnibus
exoptatis, quibus docemur veram & absolutam Immortalitatem
adipisci? Nec tamen est, quod tanti fiat haec Aeternitatis
portiuncula, Tempus nempe quo nunc utimur, nisi ut his

@

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