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Réfer. : AL1708A
Auteur : Albert Poisson.
Titre : Théorie et symboles des alchimistes.
S/titre : Le Grand-Oeuvre.

Editeur : Chacornac. Paris.
Date éd. : 1891 .



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COLLECTION D'OUVRAGES RELATIFS aux S C I E N C E S H E R M E T I Q U E S --------------------------------------------------------
ALBERT POISSON T H E O R I E S & S Y M B O L E S
DES ALCHIMISTES LE GRAND-OEUVRE
Suivi d'un essai sur la bibliographie alchimique du XIXe siècle
OUVRAGE ORNE DE 15 PLANCHES, REPRESENTANT 42 FIGURES

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BIBLIOTHEQUE CHACORNAC 11, Quai Saint-Michel, PARIS 1891
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DE LA MEME COLLECTION : --------- L'OR ET LA TRANSMUTATION DES METAUX Par T. TIFFEREAU L'Alchimiste du XIXe siècle Précédé de: Paracelse et l'Alchimie au XVIe siècle
Par M. FRANCK, de l'Institut 1 vol. in-8. Reliure ancienne . . . . . . . 5 fr. --------- A BRULER Conte astral, par Jules LERMINA Préface de PAPUS, directeur de l'Initiation 1 vol. in-8. Reliure ancienne . . . . . . . 3 fr. --------- CINQ TRAITES D'ALCHIMIE DES PLUS GRANDS PHILOSOPHES PARACELSE, ALBERT LE GRAND, ROGER BACON, R. LULLE, ARNAULD DE VILLENEUVE Traduits du Latin en Français Par Albert POISSON 1 vol. in-8. Relié. Figures . . . . . . . . 5 fr. --------- EN PREPARATION A. POISSON Histoire générale de l'Alchimie depuis ses origines jusqu'à notre
temps
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INTRODUCTION

I
L'Alchimie est la science la plus nébuleuse que nous ait léguée le Moyen-Age. La Scolastique avec son argumentation
infiniment subtile, la Théologie avec sa
phraséologie ambiguë, l'Astrologie si vaste et si compliquée,
ne sont que jeux d'enfants, comparées à l'Alchimie.
Ouvrez un de ces vénérables traités hermétiques du quinzième ou du seizième siècle et lisez! Si vous n'avez
fait des études spéciales sur le sujet, si vous n'êtes déjà
initiés à la terminologie alchimique, si enfin vous n'avez
une certaine connaissance de la chimie inorganique, vous
fermerez bientôt le volume déçus et découragés.
Quelques-uns diront que ces allégories sont vides de sens, que ces symboles mystérieux sont des figures faites
à plaisir. Il est facile de dédaigner une chose que l'on
entend pas, mais ils sont peu nombreux ceux que la résistance
irrite et qui aiment la lutte. Ceux-là sont les
élus de la science, ils ont la persévérance qui est la première

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VI PREFACE --------------------------------------------------------

vertu du savant. Qu'un problème se présente à
eux, ils travailleront sans relâche à en trouver la solution:
l'illustre chimiste Dumas partant d'un fait, mit
dix ans pour découvrir la loi des substitutions!
Les traités hermétiques sont obscurs, il est vrai, mais sous cette obscurité se cache la lumière. Une fois la théorie
alchimique connue, possédant la clef des principaux
symboles, vous pourrez hardiment entreprendre la lecture
de Raymond Lulle, Paracelse, Bernard le Trévisan,
Flamel, Roger Bacon, Philalèthe. Ce qui vous paraissait
vide de sens, vous le trouverez logique, ces symboles
qui vous étonnaient, vous les lirez comme Mariette lisait
les hiéroglyphes, vous éprouverez un grand plaisir à
déchiffrer vous-même, à épeler pour ainsi dire cette langue
inconnue, à marcher pas à pas, mais sûrement vers
la lumière.


II
Comme bien d'autres sciences, l'alchimie est née dans l'antique Egypte. A l'origine la connaissance en était
réservée aux prêtres et aux initiés qui n'opéraient qu'avec
le plus grand mystère dans le silence des sanctuaires.
Vint la conquête romaine, les secrets isiaques passèrent
aux néo-platoniciens et aux gnostiques. C'est de cette époque

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PREFACE VII --------------------------------------------------------

(IIe et IIIe siècle de l'ère chrétienne) que date véritablement
l'Alchimie. C'est alors que furent écrits les
premiers traités alchimiques. Quelques-uns nous sont parvenus
sous les noms d'Ostanès, Pélage, le pseudo-Démocrite,
Synésius, Zosime, Hermès, l'Anonyme chrétien,
Cléopâtre. Ces traités ou l'art de faire de l'or se trouve à
côté de recettes métallurgiques et économiques ont été
étudiés et mis au jour par M. Berthelot dans son « Introduction
à l'étude de la Chimie » et surtout dans sa
« Collection des alchimistes grecs. » L'on peut constater
que dès lors l'Alchimie est constituée de toutes pièces,
ses théories traverseront les âges sans changer, jusqu'à
notre grand Lavoisier.
Puis les Barbares envahissent l'Europe, les sciences, les arts, les lettres sont morts en Occident. C'est en Orient
que nous les retrouvons entre les mains des Arabes. Leurs
chimistes, observateurs patients et opérateurs habiles,
accrurent le domaine de la science et la débarrassèrent de
ses éléments étrangers, magie, cabale et mysticisme. Le
plus célèbre d'entre eux est Geber, qui parle le premier de
l'acide azotique et de l'eau régale. Qu'il nous suffise de
citer à côté de lui quelques noms: Avicenne, Rhasès,
Alphidius, Calid, Morien, Avenzoar.
Avec les Arabes finissent les débuts de l'Alchimie, elle va désormais marcher à grands pas vers son apogée.
Dans l'Europe, débarrassé des terreurs de l'An Mil,
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VIII PREFACE --------------------------------------------------------

il y eut comme une sorte de Renaissance (Que l'on nous
pardonne cet anachronisme qui rend bien la chose). Les
Croisades avaient permis à l'Occident d'acquérir gloire et
science. Ce que les Croisés rapportèrent de plus précieux,
ce furent les oeuvres d'Aristote et les traités des alchimistes
Arabes.
La Philosophie prit un nouvel essor et l'alchimie compta en Europe ses premiers grands maîtres: Alain
de Lille, Albert-le-Grand, Roger Bacon, Saint-Thomas
d'Aquin, Raymond Lulle! La voie était désormais largement
ouverte, non seulement à l'Alchimie mais à toutes les
sciences de l'observation: Roger Bacon et Albert-le-
Grand n'avaient-ils pas substitué l'expérience à l'autorité
des anciens?
Les Alchimistes se multiplient surtout à la fin du XIVe et du XVe siècle, en Angleterre, Georges Riplée, Norton,
Bartholomée, en France, Bernard le Trévisan, le
célèbre Nicolas Flamel, en Allemagne Eck de Sultzbach,
Ulsted, Tritheim, Basile Valentin, Isaac le Hollandais.


III
Avec Basile Valentin nous entrons dans une ère nouvelle, l'Alchimie tend au mysticisme, elle s'allie de nouveau,

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PREFACE IX --------------------------------------------------------

comme dans son enfance avec la cabale et la magie,
en même temps la chimie proprement dite apparaît et peu
à peu se sépare de sa mère.
Le représentant le plus illustre de l'Alchimie au XVIe siècle est Paracelse. Jamais réformateur ne fut plus violent,
jamais homme n'eut d'amis aussi enthousiastes et
d'ennemis aussi acharnés. Un volume entier ne suffirait
pas à énumérer les oeuvres de ses disciples et les pamphlets
de ses détracteurs. Les plus connus des paracelsistes furent
Thurneysser, Croll, Dorn, Roch-le-Baillif, Bernard
Penot, Quercetanus et surtout Libavius. Les autres alchimistes
de cette époque n'appartenant à aucune école sont
le fameux Denys Zachaire, Blaise de Vigenère, Barnauld,
Grosparmy, Vicot, Gaston Claves ou Dulco,
Kelley, Sendivogius ou le Cosmopolite. On peut mettre
à côté d'eux Jean-Baptiste Porta, l'auteur bien connu de
la « Magie naturelle » et de la « Physionomie humaine
».
Au XVIIe siècle l'Alchimie est dans tout son éclat, des adeptes sillonnent l'Europe, démontrant la vérité de la
science d'Hermès par des transmutations réellement étonnantes.
Véritables apôtres, vivant pauvrement, se cachant
sous une misérable apparence, ils vont par les grandes
villes, ne s'adressent qu'aux savants; leur unique désir est
de démontrer la vérité de l'Alchimie par des faits. C'est
ainsi que Van Helmont, Bérigard de Pise, Crosset de la

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X PREFACE --------------------------------------------------------

Haumerie, Helvétius furent convertis à l'Alchimie. Le
résultat fut atteint, la soif de l'or s'empara du monde
entier, tous les couvents ont un laboratoire, les princes et
les rois en compagnie d'Alchimistes à gage travaillent au
grand-oeuvre, les médecins surtout et les pharmaciens
s'adonnent à l'hermétisme. En même temps paraît la
fameuse société des Rose-croix sur laquelle on ne sait
encore aujourd'hui rien de bien certain.
Les traités d'alchimie qui ont vu le jour au XVIIe siècle sont innombrables, mais il n'y a pas de grand
nom à citer, sauf Philalèthe, le président d'Espagnet et
Michel Mayer. Au second rang nous trouvons: Chartier,
Nuysement, Colleson, d'Atremont, Salmon, Hélias,
Barchusen, Planiscampi, Saint Romain, etc.


IV
Au XVIIIe siècle l'Alchimie est en pleine décadence, la chimie a progressé au contraire, elle s'est constituée en
science, les découvertes se succèdent, les faits s'entassent.
L'Alchimie a bien encore des partisans, mais ils se cachent
déjà pour travailler, on les regarde comme des
insensés. Il n'y a plus d'adeptes, on se contente de réimprimer
des traités anciens, ou de produire au jour des
compilations sans valeur aucune. Peu de noms à citer:

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PREFACE XI --------------------------------------------------------

Pernety, Respour, Lenglet Dufresnoy; auteur de l'histoire
de la philosophie hermétique, Libois, Saint-Germain.
L'histoire de l'Alchimie au XVIIIe siècle finit
avec deux charlatans, Cagliostro et Etteila.
Dans notre siècle l'Alchimie semble morte, ce n'est plus qu'une science curieuse, intéressante à connaître pour
l'histoire de la chimie. D'alchimistes attachés à l'antique
doctrine, nous n'en trouvons que deux Cyliani et
Cambriel. Quant à Tiffereau et à Louis Lucas c'est sur
la chimie moderne qu'ils s'appuient pour arriver aux
mêmes conclusions que les alchimistes proprement dits,
car chose curieuse, les dernières découvertes de la
science tendent à démontrer l'unité de la matière et par
conséquent la possibilité de la transmutation. Il est vrai
que Pythagore avait déjà dit positivement que la terre
tourne autour du soleil, et après deux mille ans d'erreur
Copernic rétablit cette vieille vérité!


V
Quelques mots maintenant sur ce livre. On s'est efforcé de le rendre aussi clair que possible, mais toutes choses
s'y enchaînant rigoureusement comme en une démonstration,
il est nécessaire de le lire avec attention et méthode.
Les gravures ont été reproduites par des procédés

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XII PREFACE --------------------------------------------------------

photolypiques, elles ne laissent donc rien à désirer pour
l'exactitude. Les nombreuses citations qui étaient indispensables
pour appuyer ce que nous avançons ont été
traduites fidèlement ou si elles étaient en vieux français
reproduites avec leur orthographe.
On trouvera à la fin du volume un dictionnaire résumant la signification des symboles hermétiques les plus
communs, une liste des auteurs cités dans ce volume et
un essai sur la bibliographie alchimique de notre siècle,
enfin une table analytique très détaillée.
Cet ouvrage continue une série d'études sur l'Alchimie, série que nous avons commencée par la publication
des Cinq traités d'Alchimie. Nous nous proposons de
livrer successivement: l'histoire de l'Alchimie depuis
l'antiquité jusqu'à nos jours, puis une étude sur les
laboratoires alchimiques, les instruments et les opérations
chimiques des Philosophes hermétiques.

A. POISSON.
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T H E O R I E S & S Y M B O L E S
DES ALCHIMISTES LE GRAND-OEUVRE --------------------------------------------------------

PREMIERE PARTIE -------
LES THEORIES -----
CHAPITRE I
DEFINITION DE L'ALCHIMIE. -- L'ALCHIMIE VULGAIRE ET
LA PHILOSOPHIE HERMETIQUE. -- SOUFFLEURS ET ADEPTES. -- LES BUTS DE L'ALCHIMIE: LE GRAND-OEUVRE L'HOMUNCULUS, L'ALKAEST, LA PALINGENESIE, LE SPIRITUS MUNDI, LA QUINTESSENCE, L'OR POTABLE.
Qu'est-ce que l'Alchimie? pour nous ce n'est guère qu'une science naturelle, mère de la Chimie. Mais les
Alchimistes eux-mêmes, comment définissaient-ils leur

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2 THEORIES ET SYMBOLES --------------------------------------------------------

science. « L'Alchimie, dit Paracelse, est une science qui
apprend à changer les métaux d'une espèce en une autre
espèce. » (Le ciel des philosophes). C'est la définition
qu'en donnent la plupart des alchimistes, ainsi Denys
Zachaire, dans son « Opuscule de la philosophie naturelle
des métaux, » dit: « C'est une partie de Philosophie naturelle,
laquelle démontre la façon de parfaire les métaux
sur terre, imitant la Nature en ses opérations, au plus
près que lui est possible », Roger Bacon, esprit exact,
donne une définition plus précise: « L'Alchimie est la
science qui enseigne à préparer une certaine médecine ou
élixir, lequel étant projeté sur les métaux imparfaits leur
communique la perfection dans le moment même de la
projection ». (Miroir d'Alchimie.) De même « l'Argyropée
et la Chrysopée est l'art qui enseigne à donner à la
matière prochaine de l'or et de l'argent, la forme de ces
métaux « (G. Claves: Apologia Chrisopoeiae et Argyropoeiae).
Au XVIIIe siècle où la chimie brillait dans tout
son éclat, il fallut différencier les deux sciences, et voici
comment en parle dom Pernety: « La chimie vulgaire
est l'art de détruire les composés que la nature a formés,
et la chimie hermétique est l'art de travailler avec la
nature pour les perfectionner ». (Fables grecques et
égyptiennes).

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LES THEORIES 3 --------------------------------------------------------

Mais tous ces alchimistes n'ont envisagé que la haute Alchimie; il y avait en effet deux espèces d'alchimistes:
les souffleurs, gens dépourvus de théorie, travaillant à
l'aventure, ils cherchaient il est vrai la pierre philosophale,
mais empiriquement, entre temps, ils faisaient de
la chimie industrielle, fabriquant des savons, de fausses
pierres précieuses, des acides, des alliages, des couleurs;
ce sont eux qui donnèrent naissance aux chimistes;
ce sont eux qui vendaient pour de l'argent le secret
de faire de l'or, charlatans et filous, ils faisaient de la
fausse monnaie, plus d'un souffleur fut pendu au gibet
doré, supplice réservé à cette sorte d'imposteurs; les
philosophes hermétiques au contraire, dédaignant ces
travaux qu'ils flagellaient du nom de sophistications,
s'adonnaient à la recherche de la pierre philosophale
non par avarice mais pour l'amour de la science. Ils
avaient des théories spéciales qui ne leur permettaient
pas de s'écarter de certaines limites dans leurs recherches.
Ainsi, dans la préparation de la pierre philosophale, ils ne travaillaient que sur les métaux et généralement
sur les métaux précieux, tandis que les souffleurs faisaient
défiler dans leurs cornues les produits hétéroclites
du règne végétal, animal et minéral. Aussi les

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4 THEORIES ET SYMBOLES --------------------------------------------------------

Philosophes persévèrent-ils dans la voie qu'ils se sont
tracée, leurs doctrines traversent intactes des siècles,
tandis que les souffleurs abandonnent peu à peu des
recherches coûteuses et très longues pour s'occuper
de choses prosaïques mais d'un bon rapport, peu à
peu la Chimie se constitue en science et se sépare de
l'Alchimie.
On ne peut mieux résumer la question qu'en citant un passage de la Physica subterranea, de Beccher.
« Les faux alchimistes ne cherchent qu'à faire de l'or, les vrais philosophes ne désirent que la science, les premiers
ne font que teintures, sophistications, inepties, les
autres s'enquièrent des principes des choses ».
Nous allons maintenant examiner les problèmes que les alchimistes se proposaient de résoudre. Le premier
et le principal consistait dans la préparation d'un composé,
nommé élixir, magistère, médecine, pierre philosophique
ou philosophale, doué de la propriété de transmuer
les métaux ordinaires en or ou en argent. On reconnaissait
deux élixirs, un blanc transmuant les métaux en
argent et un rouge les transmuant en or. Les alchimistes
grecs connaissaient cette distinction en deux élixirs, le
premier blanchissait les métaux, λευκωσις, le second les
jaunissait, ξανθωσις, (voir Berthelot: Origines de l'alchimie).

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LES THEORIES 5 --------------------------------------------------------

La pierre philosophale n'eut d'abord qu'un simple
pouvoir transmutatoire sur les métaux, mais plus tard les
philosophes hermétiques lui reconnurent une foule d'autres
propriétés: produire des pierres précieuses, du diamant,
guérir toutes les maladies, prolonger la vie humaine
au-delà des limites ordinaires, donner à celui qui la
possède la science infuse et le pouvoir de commander
aux puissances célestes, etc. On trouvera ce point, plus
développé dans la seconde partie de cet ouvrage.
Les premiers alchimistes n'avaient pour but que la transmutation des métaux, mais plus tard ils se proposèrent
plusieurs autres problèmes. Dans leur orgueil, ils
crurent pouvoir s'égaler à Dieu et créer de toutes
pièces des êtres animés. Déjà, suivant la légende, Albert
le Grand avait construit un automate en bois, un androïde
auquel il avait donné la vie par des conjurations
puissantes. Paracelse alla plus loin et prétendit créer un
être vivant en chair et en os, l'homunculus. On trouve
dans son traité: De natura rerum (Paracelsi opera omnia
medico chimico chirurgica, tome II) la manière de procéder.
Dans un récipient on place différents produits animaux
que nous ne nommerons pas et pour cause; les
influences favorables des planètes et une douce chaleur
sont nécessaires pour la réussite de l'opération. Bientôt

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6 THEORIES ET SYMBOLES --------------------------------------------------------

une légère vapeur s'élève dans le récipient, elle prend
peu à peu la forme humaine, la petite créature s'agite,
elle parle, l'homunculus est né! Paracelse indique très
sérieusement le parti que l'on en peut tirer et la façon
de le nourrir.
Les alchimistes cherchaient encore l'alkaëst ou dissolvant universel. Ce liquide devait dissoudre tous les
corps qu'on y plongerait. Les uns crurent le voir dans
la potasse caustique, d'autres dans l'eau régale, Glauber
dans son sel admirable (sulfate de soude). Ils n'avaient
oublié qu'un point, c'est que l'alkaëst dissolvant tout,
aurait attaqué le vase qui le contenait. Mais comme il
n'y a d'hypothèse si fausse qui ne fasse découvrir quelque
vérité, en cherchant l'alkaëst les alchimistes trouvèrent
plusieurs corps nouveaux.
La Palingénésie, peut comme conception, être rapprochée de l'homunculus. Ce mot signifie résurrection,
c'était en effet une opération par laquelle on reconstituait
un arbuste, une fleur, avec ses seules cendres. Kircher
dans son Mundus subterraneus a indiqué la façon
de faire renaître une fleur de ses cendres.
Les alchimistes essayèrent aussi de recueillir le Spiritus mundi, l'esprit du monde. Cette substance répandue
dans l'air, saturée des influences planétaires possédait

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LES THEORIES 7 --------------------------------------------------------

une foule de propriétés merveilleuses, notamment
de dissoudre l'or. Ils la cherchaient dans la rosée, dans
le flos coeli ou nostoc, sorte de cryptogame, qui apparaît
après les grandes pluies: « La pluie de l'équinoxe me
sert d'instrument pour faire sortir de la terre le flos coeli
ou la manne universelle que je vais cueillir pour la faire
corrompre, afin d'en séparer miraculeusement une eau
qui est la vraie fontaine de Jouvence qui dissout l'or
radicalement » (de Respour: Rares expériences sur l'esprit
minéral).
Le problème de la Quintessence était plus rationnel, il s'agissait d'extraire de chaque corps les parties les
plus actives: le résultat immédiat fut le perfectionnement
des procédés distillatoires.
Enfin les alchimistes cherchaient l'or potable. Suivant eux, l'or étant un corps parfait, devait être un remède
énergique et communiquant à l'organisme une résistance
considérable à toute espèce de maladies. Les uns se
servaient d'une solution de chlorure d'or ainsi qu'on
peut le voir par le passage suivant: « Si on verse abondamment
de l'eau dans cette solution et qu'on y mette
de l'étain, du plomb, du fer ou du bismuth, l'or étant
précipité, a accoutumé de s'attacher au métal. Et aussitôt
que vous remuerez l'eau, l'or précipité qui ressemble

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8 THEORIES ET SYMBOLES --------------------------------------------------------

à un limon trouble se rassemble dans l'eau », (Glauber:
La médecine universelle).
Mais généralement les empiriques vendaient fort cher sous le nom d'or potable, tout liquide offrant une belle
couleur jaune, notamment la solution de perchlorure de
fer.
Comme on le voit, les Alchimistes ne manquaient pas de sujets pour exercer leur patience; mais le plus grand
nombre délaissant les problèmes secondaires ne poursuivaient
que la réalisation du grand-oeuvre. La plupart
des traités hermétiques ne parlent que de la pierre philosophale,
aussi n'examinerons-nous que ce seul point,
sans plus nous occuper des problèmes de second ordre,
qui au reste n'apparaissent que fort tard dans l'histoire
de l'Alchimie, et qui furent soumis à une foule de variations,
chacun modifiant le problème ou lui donnant une
solution différente.

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LES THEORIES 9 --------------------------------------------------------

CHAPITRE II
LES THEORIES ALCHIMIQUES. -- UNITE DE LA MATIERE. --
LES TROIS PRINCIPES: SOUFRE, MERCURE, SEL OU ARSENIC. -- THEORIE D'ARTEPHIUS. -- LES QUATRE ELEMENTS.
L'on a souvent répété que les alchimistes travaillaient en aveugles, c'est une grave erreur, ils avaient des théories
très rationnelles qui émises par les philosophes grecs
du second siècle de l'ère chrétienne, se sont maintenues
à peu près sans altération jusqu'au XVIIIe siècle.
A la base de la théorie hermétique, on trouve une grande loi: l'Unité de la Matière. La Matière est une,
mais elle peut prendre diverses formes et sous ces formes
nouvelles se combiner à elle-même et produire de
nouveaux corps en nombre indéfini. Cette matière première
était encore appelée semence, chaos, substance
universelle. Sans entrer dans plus de détails, Basile Valentin
pose en principe l'unité de la matière. « Toutes
choses viennent d'une même semence, elles ont toutes
été à l'origine enfantées par la même mère » (Char de
triomphe de l'antimoine). Sendivogius, plus connu sous

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10 THEORIES ET SYMBOLES --------------------------------------------------------

le nom de Cosmopolite, est plus explicite dans ses « Lettres
» « Les chrétiens, dit-il, veulent que Dieu ait
d'abord créé une certaine matière première... et que
de cette matière par voie de séparation, ayant été tirés
des corps simples, qui ayant ensuite été mêlés les uns
avec les autres, par voie de composition servirent à faire
ce que nous voyons... Il y a eu dans la création une
espèce de subordination, si bien que les êtres les plus
simples ont servi de principes pour la composition des
suivants et ceux-ci des autres. » Il résume enfin tout ce
qu'il vient de dire dans ces deux propositions « Savoir:
1° la production d'une matière première que rien
n'a précédé; 2° La division de cette matière en éléments
et enfin moyennant ces éléments la fabrique et la composition
des Mixtes » (Lettre XIme). Il entend par Mixte
toute espèce de corps composé.
D'Espagnet complète Sendivogius, en établissant l'indestructibilité de la matière, il ajoute qu'elle ne peut
que changer de forme. « .... Tout ce qui porte le
caractère de l'être ou de la substance ne peut plus le
quitter et par les lois de la nature, il ne lui est pas permis
de passer au non-être. C'est pourquoi Trismégiste
dit fort à propos, dans le Pimander que rien ne meurt
dans le monde, mais que toutes choses passent et changent

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LES THEORIES 11 --------------------------------------------------------

» (Enchiridion physicae restitutae). Naturellement
il admet l'existence d'une matière première. « Les Philosophes
ont cru, dit-il, qu'il y avait une certaine matière
première, antérieure aux éléments. » Cette hypothèse
ajoute-t-il se trouve déjà dans Aristote. Il examine
ensuite les qualités que les métaphysiciens ont attribuées
à la matière. Barlet nous renseigne sur ce point: « La
substance universelle est toute tout intérieurement sans
distinction de genre ou de sexe, c'est-à-dire grosse,
féconde et empreinte de toutes choses sensibles à l'advenir
» (Barlet: La théotechnie ergocosmique). Ce qui
revient à dire que la matière première ne contient aucun
corps en action et les représente tous en puissance.
Généralement l'on admettait que la matière première est
liquide, c'est une eau qui à l'origine du monde était le
chaos. « C'était la matière première contenant toutes
les formes en puissance... Ce corps uniforme était
aquatique et appelé par les Grecs ὔλη, dénotant par le
même mot l'eau et la matière ». (Lettre philosophique).
Plus loin il est dit que ce fut le feu qui joua le rôle
de mâle par rapport à la matière femelle, ainsi prirent
naissance tous les corps qui composent l'univers.
Comme on le voit l'hypothèse de la matière première
était la base même de l'Alchimie, partant de ce principe,

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12 THEORIES ET SYMBOLES --------------------------------------------------------

il était rationnel d'admettre la transmutation des métaux.
La matière se différenciait d'abord en soufre et en
mercure, et ces deux principes s'unissant en diverses
proportions formaient tous les corps. « Tout se compose
de matières sulfureuses et mercurielles » dit l'Anonyme
chrétien, alchimiste grec.
Plus tard on ajouta un troisième principe le sel ou arsenic, mais sans lui donner autant d'importance qu'au
soufre et au mercure. Ces trois principes ne désignaient
en aucune façon des corps vulgaires. Ils représentaient
certaines qualités de la matière, ainsi le soufre dans un
métal, figure la couleur, la combustibilité, la propriété
d'attaquer les autres métaux, la dureté, au contraire le
mercure représente l'éclat, la volatilité, la fusibilité, la
malléabilité. Quant au sel c'était simplement un moyen
d'union entre le soufre et le mercure, comme l'esprit
vital entre le corps et l'âme.
Le sel, fut introduit comme principe ternaire, surtout par Basile Valentin, Khunrath, Paracelse, en un mot
par les alchimistes mystiques. Avant eux Roger Bacon
en avait bien parlé, mais incidemment sans lui attribuer
de qualités spéciales, sans s'en occuper beaucoup, au
contraire Paracelse s'emporte contre ses prédécesseurs
qui ne connaissaient pas le sel. « Ils ont cru, que le Mercure

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LES THEORIES 13 --------------------------------------------------------

et le Soufre étaient des principes de tous les métaux,
et ils n'ont pas mentionné même en songe le troisième
principe » (Le Trésor des trésors). Mais le sel est
fort peu important et même après Paracelse, nombre
d'alchimistes le passèrent sous silence.
Le Soufre, le Mercure et le Sel ne sont donc que des abstractions, commodes pour désigner un ensemble de
propriétés, un métal était-il jaune ou rouge, difficilement
fusible, on disait que le Soufre abondait en lui. Mais il
ne faut pas oublier que le Soufre, le Mercure et le Sel
dérivaient de la Matière première: « O merveille, le
Soufre, le Mercure et le Sel me font voir trois substances
en une seule matière » (Lumière sortant par soi-même
des Ténèbres: Marc-Antonio).
Eliminer dans un corps certaines propriétés, c'était séparer le Soufre ou le Mercure, par exemple rendre un
métal infusible en le transformant en chaux ou oxyde,
c'était avoir volatilisé son Mercure et extrait son Soufre.
Autre exemple, le Mercure ordinaire contient des métaux
étrangers qui restent dans la cornue quand on le distille,
cette partie fixe était considérée comme le Soufre du
Mercure vulgaire par les alchimistes; transformant le vif-
argent ou mercure en bichlorure, ils obtenaient ainsi un
corps complètement volatil et croyaient avoir extrait par

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14 THEORIES ET SYMBOLES --------------------------------------------------------

cette opération le Mercure-principe du Mercure-métal.
Nous ne pouvons quitter la question des trois principes sans mentionner la théorie d'Artéphius, alchimiste du
XIe siècle. Pour lui le Soufre représente dans les métaux
les propriétés visibles, le Mercure, les propriétés occultes
ou latentes. Dans tout corps il faut distinguer les
propriétés visibles: couleur, éclat, étendue, c'est le Soufre
qui représente cela; puis les propriétés occultes qui
ne se révèlent que par l'intervention d'une force extérieure:
fusibilité, malléabilité, volatilité etc., propriétés
dues au Mercure. Cette explication diffère peu de celle
donnée ci-dessus.
A côté du Soufre, du Mercure et du Sel, les alchimistes admettaient quatre éléments théoriques, la Terre,
l'Eau, l'Air et le Feu; ces mots étaient pris dans un sens
absolument différent du sens vulgaire. Dans la théorie
alchimique les quatre éléments pas plus que les trois
principes, ne représentent des corps particuliers, ce sont
de simples états de la matière, des modalités. L'Eau est
synonyme de liquide, la Terre c'est l'état solide, l'air
l'état gazeux, le Feu un état gazeux très subtil, tel que
celui d'un gaz dilaté par la chaleur. Les quatre éléments
représentent donc les états sous lesquels la matière se
présente à nous, on pouvait par suite dire logiquement

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LES THEORIES 15 --------------------------------------------------------

que les éléments composent tout l'Univers. Pour un
alchimiste tout liquide est une Eau, tout solide est Terre
en dernière analyse, toute vapeur est Air. C'est pour cela
que l'on trouve dans les anciens traités de physique que
l'eau ordinaire chauffée se change en Air. Ceci ne veut
pas dire que l'eau se transforme dans le mélange respirable
qui constitue l'atmosphère, mais bien que l'eau,
d'abord liquide se change en un fluide aériforme, en un
gaz comme on l'a dit plus tard.
Les Eléments représentaient non seulement des états physiques, mais par extension des qualités.
« Tout ce qui était de qualité chaude a été appelé par les anciens: feu; ce qui était sec et solide, terre; ce qui
était humide et fluide, eau; froid et subtil, air ». (Epître
d'Alexandre).
L'Eau se transformant en vapeur ainsi que tous les liquides quand on les chauffe, d'autre part les corps solides
étant généralement combustibles, des Philosophes
Hermétiques avaient cru devoir réduire le nombre des
Eléments à deux visibles, la Terre et l'Eau, renfermant
en eux les éléments invisibles, le Feu et l'Air. La terre
contient en soi le Feu, et l'Eau renferme l'air à l'état invisible.
Qu'une cause extérieure vienne à agir, le feu et l'air
se manifesteront. Rapprochons ceci de la théorie d'Artéphius

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16 THEORIES ET SYMBOLES --------------------------------------------------------

mentionnée plus haut, la Terre correspondra au
Soufre, l'Eau au Mercure et réciproquement. En somme
les quatre éléments avec le Soufre et le Mercure représentaient
à peu près les mêmes modifications de la matière
première, destinées à composer le reste des corps.
Seulement le Soufre et le Mercure représentant des
qualités métalliques étaient plus spécialement réservés aux
Métaux et aux minéraux tandis que les quatre Eléments
s'appliquaient au règne végétal et animal. Quand un alchimiste
distillait un bois et obtenait un résidu fixe, une essence
ou huile, et des produits inflammables, il disait avoir
décomposé ce bois en Terre, Eau et Feu. Plus tard aux
quatre Eléments on en surajouta un cinquième, la Quintessence:
« L'on peut nommer les parties les plus solides
terre, les plus humides eau, les plus déliées et spirituelles
air, la chaleur naturelle, feu de la nature; et
les autres occultes et essentielles s'appellent fort à propos
des natures célestes et astrales ou Quintessence. »
(D'Espagnet: Enchiridion physicae restitutae.) Cette
quintessence correspondrait au Sel. L'on voit combien
les théories des alchimistes étaient cohérentes. Alors
qu'un Souffleur se perdait dans ce dédale, trois principes
quatre éléments, une Matière universelle, un Philosophe
conciliait facilement ces différences apparentes. Et

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LES THEORIES 17 --------------------------------------------------------

maintenant l'on comprendra comment il faut entendre
ces paroles du moine Hélias. « C'est avec les quatre
éléments que tout ce qui est en ce monde a été créé par
la toute-puissance de Dieu » (Hélias: Miroir d'Alchimie).
Ces théories existaient dès l'origine de l'Alchimie. Chez les Grecs l'alchimiste Synésius dans son Commentaire
sur le livre de Démocrite nous fait remarquer que
dans l'opération alchimique l'artiste ne crée rien, il modifie
la Matière, il change sa Forme. L'Anonyme Chrétien
que nous avons cité appartient à la même époque. Quant
aux quatre éléments ils étaient connus depuis longtemps.
Zosime donne à leur ensemble le nom de Tétrasomie ou
les Quatre Corps.
Voici sous forme de tableau le résumé de la Théorie alchimique générale.

----------------/-----Soufre-------/ Terre (visible, état solide).
----------------|*principe fixe----/ Feu---(occulte, état subtil).
Matière pre-----|*-----------------/ Quintessence, état comparable à
mière, unique---<------Sel--------<---------------l'éther des physi-
indestructible.-|*-----------------/--------------ciens.
----------------|*---Mercure-------/ Eau (visible, état liquide).
----------------/-principe volatil-/ Air (occulte, état gazeux).

------- 3
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18 THEORIES ET SYMBOLES --------------------------------------------------------

CHAPITRE III
LES SEPT METAUX. -- LEUR COMPOSITION. -- LEUR
GENESE. -- LE FEU CENTRAL. -- CYCLE DE FORMATION. -- INFLUENCES PLANETAIRES.
Les alchimistes travaillant surtout sur les Métaux, on comprend qu'ils se sont beaucoup étendus sur la genèse
et la composition des métaux. Ils en reconnaissaient sept
auxquels ils attribuaient le nom et le signe des sept planètes:
Or ou Soleil , Argent ou Lune , Mercure ,
Plomb ou Saturne , Etain ou Jupiter , Fer ou Mars ,
Cuivre ou Vénus . Ils les divisaient en métaux parfaits,
inaltérables, qui étaient l'or et l'argent et en métaux imparfaits,
se changeant en chaux, (oxydes) au feu ou à
l'air, facilement attaquables par les acides. « L'élément
feu corrompt les métaux imparfaits et les détruit. Ces
métaux sont au nombre de cinq . Les métaux
parfaits sont inaltérables dans le feu » (Paracelse: Le
Ciel des philosophes).
Voyons quelle est l'application de la théorie hermétique
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LES THEORIES 19 --------------------------------------------------------

aux métaux. D'abord les métaux doivent tous dériver
d'une même source: la Matière première. Les philosophes
hermétiques sont au reste unanimes sur ce
point. « Les métaux sont tous semblables dans leur
essence, ils ne diffèrent que par leur forme » (Albert le
Grand: De Alchimia). « Il n'y a qu'une seule matière première
des métaux, elle revêt différentes formes selon le
degré de cuisson, selon la force plus ou moins puissante
d'un certain agent naturel » (Arnauld de Villeneuve: Le
Chemin du chemin). Soit dit en passant la théorie est
absolument applicable aux minéraux. « Il n'y a qu'une
matière pour tous les métaux et les minéraux » (Basile
Valentin) et enfin: « La nature des pierres est la même
que celle des autres choses » (Le Cosmopolite).
Le passage d'Albert le Grand est on ne peut plus explicite: la matière une pour tout ce qui existe, dirait-on
aujourd'hui, se différencie d'elle-même par la forme,
c'est-à-dire que les atomes identiques entre eux, affectent
en se groupant diverses formes géométriques et de
là vient la différenciation entre les corps. En chimie,
l'allotropie justifie parfaitement cette manière de voir.
Il s'ensuit que le Soufre et le Mercure, principes secondaires (par opposition à la Matière, principe premier)
ne représentent qu'un ensemble de qualités: « Et ainsi

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20 THEORIES ET SYMBOLES --------------------------------------------------------

tu peux voir clairement que le Soufre n'est pas une chose
à part hors de la substance du Mercure, et que ce n'est
pas Soufre vulgaire. Car si ainsi était, la Matière des
métaux ne serait point d'une nature homogène, ce qui
est contre le dire des philosophes » (Bernard le Trévisan:
Livre de la Philosophie naturelle des métaux). Dans
le même ouvrage, Bernard le Trévisan revient sur ce
sujet important: « Le Soufre n'est point une chose qui
soit divisée du vif-argent, ne séparée; mais est seulement
cette chaleur et sécheresse qui ne domine point à
la froideur et humidité du Mercure, lequel Soufre après
digéré, domine les deux autres qualités, c'est-à-dire,
froideur et moiteur et y imprime ses vertus. Et par ces
divers degrés de décoctions se font les diversités des
métaux » (Idem). Le Soufre, de nature chaude, est actif,
le Mercure de nature froide est passif: « Je dis: il y
a deux natures, l'une active, l'autre passive. Mon maître
me demanda quelles sont ces deux natures? Et je répondis:
l'une est de la nature du chaud, l'autre du froid.
Quelle est la nature du chaud? Le chaud est actif et le
froid passif » (Artéphius: Clavis majoris sapientiae).
Le Soufre ou le Mercure peuvent dominer dans la composition des métaux, en un mot certaines qualités
peuvent l'emporter sur d'autres. Quant au Sel, nous

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LES THEORIES 21 --------------------------------------------------------

avons déjà expliqué que ce principe inconnu aux premiers
alchimistes, n'eut même plus tard qu'une importance
restreinte malgré les Paracelsistes. Le Sel ou
Arsenic n'était que le lien qui unit les deux autres principes:
« Le Soufre, le Mercure et l'Arsenic sont les
principes composants des métaux. Le Soufre en est
le principe actif, le Mercure, le principe passif, l'Arsenic
est le lien qui les unit » (Roger Bacon: Breve breviarium
de dono dei.) Roger Bacon attachait lui-même si
peu d'importance au Sel, que dans un autre de ses ouvrages
il n'en fait pas mention comme principe composant.
« Notez, dit-il, que les principes des métaux sont le
Mercure et le Soufre. Ces deux principes ont donné
naissance à tous les métaux et à tous les minéraux dont
il existe pourtant un grand nombre d'espèces différentes
» (Miroir d'Alchimie).
Donc on peut dire que tous les métaux sont composés de Soufre et de Mercure, tous deux réductibles à la
matière première.

« Car tous métaux de Soufre sont Formés et Vif-Argent qu'ils ont Ce sont deux spermes des métaux. »
(NICOLAS FLAMEL: Sommaire). 3..
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22 THEORIES ET SYMBOLES --------------------------------------------------------

Le Soufre est le père (principe actif) des métaux, disaient encore les Alchimistes, et le Mercure (principe
passif) est leur mère.

« Mercurius est Vif-Argent Qui a tout le gouvernement Des sept métaux, car c'est leur mère. »
(JEHAN DE LA FONTAINE: Fontaine des amoureux de science.
Nous ne nous occuperons que du Soufre et du Mercure et de leur rôle dans la Genèse des métaux. Ces
deux principes existent séparés dans le sein de la terre.
Le Soufre sous forme d'un corps solide, fixe, onctueux,
le Mercure sous forme de vapeur. « Le Soufre est la
graisse de la terre, épaissie dans les Mines par une
cuisson modérée, jusqu'à ce qu'elle durcisse, alors elle
constitue le Soufre » (Albert le Grand: De Alchimia.)
Attirés sans cesse l'un vers l'autre, les deux principes
se combinent en diverses proportions pour former
métaux et minéraux. Mais il y a encore d'autres circonstances
qui modifient l'affinité des deux principes: le
degré de cuisson, la pureté, les accidents divers. Les
Alchimistes admettaient en effet l'existence d'un feu
situé dans les entrailles de la terre, le mélange de Soufre

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LES THEORIES 23 --------------------------------------------------------

et de Mercure plus ou moins cuit et digéré, variait
par suite de propriétés: « On a observé que la nature
des métaux, telle que nous la connaissons, est d'être
engendrée par le Soufre et le Mercure. La différence
seule de cuisson et de digestion produit la variété
dans l'espèce métallique » (Albert le Grand: le Composé
des composés). Pour ce qui est de la pureté, nous
citerons le passage suivant: « Selon la pureté ou l'impureté
des principes composants, Soufre et Mercure,
il se produit des métaux parfaits ou imparfaits » (Roger
Bacon: Miroir d'Alchimie). Ceci nous amène à dire
que les métaux imparfaits naissent les premiers, ainsi
le fer se transforme en cuivre; puis se perfectionnant
le cuivre se change en plomb, ce dernier à son tour
devient étain, mercure, puis argent et enfin Or. Les
métaux parcourent une sorte de cycle: « Nous avons
en effet démontré clairement dans notre Traité des minéraux,
que la génération des métaux est circulaire; on
passe facilement de l'un à l'autre suivant un cercle.
Les métaux voisins ont des propriétés semblables; c'est
pour cela que l'argent se change facilement en or »
(Albert le Grand: le Composé des composés). Glauber
va plus loin, il émet l'opinion singulière que les métaux
une fois arrivés à l'état d'or, parcourent le cycle en

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24 THEORIES ET SYMBOLES --------------------------------------------------------

sens inverse, devenant de plus en plus imparfaits jusqu'au
fer, pour remonter ensuite en perfection et ainsi
de suite indéfiniment. « Par la vertu et par la force des
Eléments, il s'engendre tous les jours de nouveaux
métaux et les vieux tout au contraire se corrompent en
même temps » (Glauber: l'Oeuvre minéral). Le mot
Elément est pris dans le sens de Force minéralisante.
L'Or qui est la perfection est donc le but constant de la nature; outre un degré insuffisant de cuisson ou l'impureté
du Soufre et du Mercure, divers accidents peuvent
entraver son action. « Je dis de plus que la Nature
a pour but et s'efforce sans cesse d'atteindre la perfection,
l'or. Mais par suite d'accidents qui entravent sa marche,
naissent les variétés métalliques » (Roger Bacon: Miroir
d'Alchimie). Un de ces accidents c'est que la minière
où se développent les métaux vienne à être ouverte.
« Par exemple si une Mine était éventrée, l'on y pourrait
trouver des métaux non encore achevez, et parce
que l'ouverture de la mine interromprait l'action de la
nature, ces métaux resteraient imparfaits et ne s'accompliraient
jamais, et toute la semence métallique contenue
en cette mine perdrait sa force et sa vertu » (Texte d'Alchimie).
Nous ne pouvons terminer ce chapitre sans parler
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LES THEORIES 25 --------------------------------------------------------

des influences planétaires qui intervenaient dans la genèse
métallique. Au moyen-âge on admettait une relation
absolue entre tout ce qui avait lieu sur la terre et les
Planètes. « Rien ne se produit, en la terre et en l'eau,
qui n'y soit semé du ciel. Le rapport permanent entre
ces deux grands corps pourrait être figuré par une pyramide
dont le sommet appuie sur le Soleil et la base sur
la Terre » (Blaise de Vigenère: Traité du feu et du sel).
De même « Sachez donc, ô mon fils et le plus cher de
mes enfants, que le Soleil, la Lune, et les étoiles jettent
perpétuellement leurs influences dans le centre de la
terre » (Valois: Oeuvres manuscrites). L'on a déjà vu plus
haut que les sept métaux étaient consacrés aux sept
planètes qui leur donnaient naissance. On confondait
planètes et métaux sous le même nom et le même signe.
Ces théories remontent à l'origine même de l'Alchimie.
Proclus, philosophe néo-platonicien du Vme siècle de
notre ère, dans son Commentaire sur le Timée de Platon
expose que « l'or naturel, l'argent et chacun des métaux
comme des autres substances, sont engendrés dans
la terre sous l'influence des divinités célestes et de leurs
effluves. Le Soleil produit l'or, la Lune l'argent, Saturne
le plomb et Mars le fer » (Voir Berthelot: Introduction
à l'étude de la chimie). On peut même remonter plus

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26 THEORIES ET SYMBOLES --------------------------------------------------------

haut, chez les Perses les métaux étaient aussi consacrés
aux planètes, mais ils ne correspondaient pas aux mêmes
astres qu'au moyen âge, ainsi l'étain était consacré à
Vénus et le fer à Mercure.
Les Alchimistes reconnaissaient donc unanimement l'action des planètes sur les métaux, Paracelse va plus
loin et spécifie cette action. Selon lui chaque métal doit
sa naissance à la planète dont il porte le nom, les six
autres planètes unies chacune à deux constellations zodiacales
lui donnent diverses qualités. Ainsi « La Lune
doit à sa dureté et sa sonorité agréable. Elle doit
à et sa résistance à la fusion et sa malléabilité.
Enfin et lui donnent sa densité et un corps homogène,
etc. » (Paracelse: le Ciel des philosophes).
En résumé, métaux et minéraux, formés à la base, de la Matière première sont composés de Soufre et de Mercure.
Le degré de cuisson, la pureté variable des composants,
divers accidents, les influences planétaires causent
les différences qui séparent les métaux les uns des
autres.

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LES THEORIES 27 --------------------------------------------------------

CHAPITRE IV
L'ALCHIMIE MYSTIQUE. -- THEORIES FANTAISISTES. -- LA
CABALE ALCHIMIQUE. -- TRIPLE ADAPTATION DE LA THEORIE HERMETIQUE. -- LE SANCTUAIRE.
L'Alchimie chez les Grecs était, en raison même de son origine, mêlée à la magie et à la théurgie. Plus tard,
grâce aux philosophes arabes, cette science s'épura et
ce n'est qu'au XVe et au XVIe siècles qu'elle s'allia de nouveau
aux sciences occultes proprement dites.
Dès lors un grand nombre d'alchimistes demandèrent à la Cabale, à la Magie; à l'Astrologie, la clef du Grand-
Oeuvre. Paracelse n'admettait parmi ses disciples que
des gens versés dans l'astrologie, comme il l'affirme lui-
même: « Mais il me faut revenir à mon sujet pour satisfaire
mes disciples que je favorise volontiers quand ils
sont pourvus des lumières naturelles, quand ils connaissent
l'Astrologie et surtout quand ils sont habiles dans
la Philosophie qui nous apprend à connaître la matière
de tout » (Paracelse: Le Trésor des trésors).
Alors que ses prédécesseurs ou contemporains, Calid, Valois, Blaise de Vigenère admettaient simplement l'action

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28 THEORIES ET SYMBOLES --------------------------------------------------------

des astres dans la génération des métaux, Paracelse
allait plus loin et prétendait calculer quand et comment les
planètes influaient sur les métaux. Suivant cette doctrine,
quelques alchimistes alliaient intimement l'astrologie à
l'hermétisme et ils ne commençaient jamais une opération
sans s'être assurés auparavant que les planètes
étaient favorables.
C'est encore à Paracelse que l'on doit d'avoir introduit des données cabalistiques dans l'Alchimie. Il a condensé
ses doctrines occultes dans son Traité de Philosophie
occulte et dans ses Archidoxes magiques.
Ceci nous amène à parler de la Cabale. Cette science consiste à décomposer les mots, à additionner la valeur
numérique des lettres et à en tirer selon des règles spéciales
toutes les déductions possibles. Ainsi le nombre
de l'or en hébreu est 209, c'est l'ornement du règne
minéral, il correspond à Jéhovah dans le monde des
esprits.
Hoeffer dans son Histoire de la chimie, a consacré quelques pages à la cabale appliquée aux métaux. L'Alchimie,
science d'observation, ne pouvait profiter en rien
de son alliance à la Cabale, science purement spéculative.
L'adjonction d'éléments étrangers ne devait que la rendre
plus obscure, aussi Paracelse eut-il tort sur ce point.

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LES THEORIES 29 --------------------------------------------------------

Avant lui B. Valentin avait fait quelques essais dans le
même sens, il décompose le mot Azoth de la façon suivante
« Azoth, commencement et fin, car il est A et O,
présent en tout lieu. Les philosophes m'ont orné du
nom d'Azoth, les latins A et Z, les Grecs α et ω, les hébreux
ח א aleph et thau, tous lesquels signifient et font
Azoth » (L'Azoth des philosophes.)
Après Paracelse on ne trouve guère que deux auteurs ayant traité spécialement de Cabale alchimique. Ce sont
Panthée, prêtre vénitien et Jean Dee, alchimiste et mathématicien
anglais. Panthée a écrit deux traités, l'un
est l'Ars et Theoria transmutationis metallicae, et l'autre:
Voarchadumia. On y trouve que le nombre de la génération
est 544, celui de la putréfaction 772, que le mercure
l'or et l'argent correspondent aux lettres hébraïques,
seth, he, vau, et autres rêveries semblables. Jean Dee
dans son traité: la Monade hiéroglyphique, a essayé
de constituer une cabale particulière à l'aide des symboles
alchimiques. Ainsi pour lui le symbole du mercure
représente la Lune , le Soleil et les quatre
éléments . De plus le signe du Soleil représente la
monade figurée par le point autour duquel le cercle symbolise
le Monde. Ce curieux traité se trouve imprimé
dans le second volume du Theatrum chimicum.

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30 THEORIES ET SYMBOLES --------------------------------------------------------

Ces alchimistes et quelques autres tels que Khunrath Mayer, Blaise de Vigenère introduisirent dans la Science
une interprétation nouvelle de la théorie alchimique. Alors
que les sciences exactes et naturelles procèdent par induction
et déduction, les sciences occultes procèdent par
analogie; ils appliquèrent la méthode de l'analogie à l'alchimie.
Ainsi ils disaient: il y a trois mondes, le matériel
l'humain, le divin. Dans le monde humain, nous avons le
Soufre, le Mercure et le Sel, principes de toutes choses
et une Matière; dans le monde humain ou microcosme: le
corps, l'esprit et l'âme réunis en l'homme, dans le monde
divin trois personnes en un seul Dieu. « Ainsi est Trinité en
unité, et unité en Trinité, car là sont corps, esprit et âme.
Là est aussi Soufre, Mercure, Arsenic » (Bernard le
Trévisan: la Parole délaissée). Le Grand-Oeuvre a par
suite un triple but dans le monde matériel: la transmutation
des métaux pour les faire arriver à l'or, à la perfection;
dans le microcosme, le perfectionnement de l'homme
moral; dans le monde divin la contemplation de la
Divinité dans sa splendeur. D'après la seconde acception,
l'homme est l'Athanor philosophique où s'accomplit l'élaboration
des vertus, c'est dans ce sens selon les mystiques
qu'il faut entendre ces paroles: « Car l'Oeuvre est avec
vous et chez vous, de sorte que le trouvant en vous-même,

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LES THEORIES 31 --------------------------------------------------------

où il est continuellement, vous l'avez aussi toujours,
quelque part que vous soyez, sur terre et sur mer » (Hermès:
les Sept chapitres).
Les Alchimistes mystiques entendaient par Soufre, Mercure et Sel, la Matière, le Mouvement et la Force:
Le Mercure, principe passif et femelle, c'est la matière;
le Soufre principe actif et mâle, c'est la force, qui façonne
la matière et lui donne toute espèce de formes par le
moyen du mouvement qui est le Sel.
Le Sel, c'est le moyen terme, c'est le résultat de l'application de la force à la matière, symboliquement c'est
le nouvel être qui prend naissance par l'union du mâle
et de la femelle. Cette haute théorie ne semble pas en
contradiction avec la science actuelle. La chimie ne
répugne pas à l'hypothèse d'une Matière unique, hypothèse
admise depuis longtemps par la métaphysique
comme indispensable à l'explication du Monde. Le
savant anglais Crookes appelle cette Matière unique le
Protyle; dans sa théorie nos corps simples actuels ne
sont que des polymères du protyle. D'autre part il est
très juste que la Matière n'agit, n'a de propriétés particulières
que lorsqu'elle est en mouvement, tout mouvement
suppose chaleur; par suite à 273 degrés au-dessous
de zéro, au zéro calorique absolu les propriétés chimiques

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32 THEORIES ET SYMBOLES --------------------------------------------------------

sont nulles, l'acide sulfurique est sans action sur
la potasse caustique; enfin l'unité de la Force s'impose
aussi aux physiciens. Quel est le savant qui fait aujourd'hui
une différence entre la cause du magnétisme, de la
chaleur, de l'électricité, de la lumière, du son; les fluides
n'existent plus, ils sont remplacés par des forces
réductibles les unes aux autres, ce qui différencie la
Force d'elle-même à nos yeux, c'est le nombre de vibrations
qu'elle imprime à tel ou tel corps et encore n'y a-
t-il pas de limite absolue, un corps vibrant ou en
mouvement ce qui est la même chose, produit d'abord
un son; que les vibrations deviennent plus nombreuses
le corps s'échauffe sensiblement et bientôt il se produit
des phénomènes lumineux. Où finit le Son, où commencent
la Chaleur et la Lumière? Il n'y a pas d'intervalle.
Natura non facit saltus. Il faut ajouter que les alchimistes n'avaient qu'entrevu cette haute théorie, l'état des sciences à leur
époque ne leur permettait pas de lui donner le développement
que nous lui avons donné. Pour eux, comme nous
l'avons démontré, la Matière était unique en principe;
ils l'appelaient Matière première ou Hyle; ils reconnaissaient
aussi une force universelle. Baudoin l'appelle

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LES THEORIES 33 --------------------------------------------------------

Magnétisme universel, Souffle Magnétique, pour les
mystiques la Force, c'est le Souffle de Dieu, principe
premier de la vie, du mouvement. Paracelse l'appelle
Archée. L'Archée, c'est la force, toujours active qui
en s'appliquant à la matière la met en mouvement, lui
donne une forme. Les termes Ares et Clissus ont dans
Paracelse à peu près le même sens.
Quant au mouvement, ils l'assimilaient au feu, qui est en effet l'image la plus parfaite de la matière actionnée
par la force.
Telle était la haute théorie alchimique que peu d'adeptes ont possédée; que l'on ne s'étonne pas de cette
admirable Synthèse; le raisonnement avait suffi ici aux
alchimistes comme il suffit jadis à Pythagore, à Démocrite
et à Platon pour s'élever à la conception des plus
hautes vérités.
Les alchimistes représentaient cette théorie par un triangle, symbole de l'équilibre absolu, au premier angle
le signe du Soufre, symbole de la Force; au second le
signe du Mercure, la Matière; au troisième le signe du
Sel, le Mouvement.
Pour terminer, voici le tableau analogique de la triple adaptation de la théorie alchimique.

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34 THEORIES ET SYMBOLES --------------------------------------------------------

--------------------------------------- ---Soufre-----Mâle-----Force----Cause - --------------------------------------- --Mercure---Femelle---Matière---Sujet - --------------------------------------- ----Sel-----Enfant---Mouvement--Effet-- ---------------------------------------
Et pour résumer toute la théorie: la Matière, une dans son essence, se différencie d'elle-même par la
Forme, effet du Mouvement que lui communique la
Force.

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DEUXIEME PARTIE
LES SYMBOLES
CHAPITRE PREMIER
POURQUOI LES TRAITES D'ALCHIMIE SONT OBSCURS. --
MOYENS EMPLOYES PAR LES ALCHIMISTES POUR CELER LE GRAND-OEUVRE. -- SIGNES. -- SYMBOLES. -- NOMS MYTHOLOGIQUES. -- MOTS ETRANGERS. -- ANAGRAMMES. -- FABLES. -- ENIGMES. -- ALLEGORIES. -- CRYPTOGRAPHIE.
Les traités hermétiques sont obscurs pour le lecteur, d'abord parce que les théories alchimiques ne sont généralement
pas connues, ensuite et surtout parce que des
philosophes les ont rendus obscurs volontairement. Les
Maîtres, regardaient l'alchimie comme la plus précieuse
des sciences. « L'Alchimie est l'art des arts, c'est la science
par excellence! » s'écrie emphatiquement Calid dans le

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36 THEORIES ET SYMBOLES --------------------------------------------------------

Livre des trois paroles. Une telle science ne devait selon
eux, n'être connue que du petit nombre. Faut-il les blâmer
d'avoir voulu réserver exclusivement pour eux la
science? Ceci nous semble aujourd'hui excessif, mais
dans l'antiquité qu'étaient-ce que les mystères, sinon la
transmission sous le sceau du serment, de quelques
secrets naturels, de quelques points peu connus de haute
philosophie. Au moyen-age les corporations de métiers
avaient des secrets pratiques qu'aucun membre ne se
serait avisé de divulguer. La préparation de certaines
couleurs constituait un héritage précieux que les
grands peintres ne léguaient qu'à leurs disciples les plus
chéris. Les savants n'hésitaient pas à vendre la solution
de problèmes embarrassants.
Les Philosophes hermétiques s'ils cachaient la science, ne la vendaient pas cependant; quand ils rencontraient
un homme digne d'être initié, ils le mettaient dans le droit
chemin sans jamais lui révéler tout. Il fallait que le disciple
travaillât à son tour pour trouver ce qui lui manquait.
C'est de cette façon qu'ils ont procédé dans leurs écrits,
I'un indique la matière du grand-oeuvre, l'autre le degré
du feu, celui-ci les couleurs qui apparaissent pendant les
opérations, celui-là le dispositif de l'Athanor ou fourneau
philosophique; mais il n'y a aucun exemple connu de

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LES SYMBOLES 37 --------------------------------------------------------

traité hermétique, parlant ouvertement à la fois de toutes
les parties du Grand-Oeuvre. Les alchimistes auraient
cru en agissant ainsi s'exposer aux châtiments célestes,
selon eux le révélateur aurait été frappé de mort subite.
« Je ne représenterai point, dit Flamel en parlant du livre
d'Abraham le Juif, ce qui était écrit en beau et très
intelligible latin en tous les autres feuillets écrits, car
Dieu me punirait » (Explication des Figures de Nicolas
Flamel).
Quant à ce qu'on a dit, que les Alchimistes écrivaient d'une façon obscure et symbolique pour se préserver des
accusations que des théologiens trop zélés auraient pu
porter contre eux, cela nous semble absolument faux,
attendu que rien ne prêtait plus le flanc à l'accusation de
magie, que les symboles et figures étranges qui encombrent
leurs traités. Roger Bacon, Albert le Grand, Arnauld
de Villeneuve, n'ont pas échappé à l'accusation
de magie. Et cependant les alchimistes étaient fort pieux,
on trouve à chaque instant dans leurs écrits des invocations
à Dieu, ils partageaient leur temps entre l'étude,
le travail et la prière. Quelques-uns prétendaient avoir
reçu de Dieu lui-même le secret de la Pierre des Philosophes!
Avant d'expliquer les symboles relatifs à chacune des 4.
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38 THEORIES ET SYMBOLES --------------------------------------------------------

parties du Grand-Oeuvre, nous allons indiquer d'une
manière générale quels étaient les moyens employés par
les Alchimistes pour dérober aux profanes la science de
la Pierre bénite.
Et d'abord viennent les signes. Ils sont nés avec l'Alchimie. Ce sont les Grecs qui les employèrent les premiers.
Tenant eux-mêmes leur science de l'Egypte, on
voit que les signes alchimiques tirent leur origine directe
des hiéroglyphes. Le signe de l'eau employé par les alchimistes
n'est autre chose que l'hiéroglyphe de l'eau, et
ainsi de quelques autres, tels que les signes de l'Or et de
l'Argent (Voir Hoeffer: Histoire de la chimie, tome 1, et
Berthelot: Origines de l'Alchimie). Les signes alchimiques
sont très nombreux dans certains traités (ainsi
celui de Khunrath intitulé: Confessis de chao physico
chimicorum), où ils remplacent tous les noms de matières
chimiques et d'opérations, aussi importe-t-il de les connaître.
Dans cette intention, nous avons fait reproduire
les principaux signes alchimiques dans la planche ci-
jointe.
Les Symboles étaient aussi fortement employés, c'est ainsi que des oiseaux s'élevant figuraient la sublimation ou
un dégagement de vapeurs, que des oiseaux tombant à
terre figuraient au contraire la précipitation. Le Phénix

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LES SYMBOLES 39 --------------------------------------------------------

pict
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40 THEORIES ET SYMBOLES --------------------------------------------------------

était le symbole de la Pierre parfaite, capable de transmuer
les métaux en or et en argent. Le corbeau symbolisait
la couleur noire que prend d'abord la Matière du
grand-oeuvre quand on la chauffe. Un livre hermétique
singulier: le Liber Mutus ou Livre sans parole, ne contient
en effet pas une ligne de texte, il se compose simplement
d'une suite de gravures symbolisant la marche
à suivre pour accomplir le Grand-Oeuvre.
Les Noms mythologiques étaient en grand honneur dans la nomenclature alchimique, Mars désigne le fer,
Vénus le cuivre, Apollon l'or. Diane, Hécate ou la
Lune l'argent, Saturne le plomb; la Toison d'Or c'est la
Pierre philosophale et Bacchus la matière de la pierre.
C'est encore là une tradition gréco-égyptienne; au moyen-
âge, on se servit seulement ou à peu près des noms mythologiques
des métaux, mais à partir de la fin du
XVIe siècle, leur usage prit une telle extension que le
bénédictin Dom Joseph Pernety dut écrire deux gros
volumes (Fables grecques et égyptiennes dévoilées) pour
expliquer leur sens et leur origine.
Aux noms mythologiques vinrent se joindre un grand nombre de mots étrangers, hébreux, grecs, arabes. En
raison même de l'origine de l'alchimie, on doit forcément
y trouver des mots grecs, en voici quelques-uns: hylé,

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LES SYMBOLES 41 --------------------------------------------------------

matière première; hypoclaptique, vase à séparer les
huiles essentielles; hydreloeum, émulsion d'huile et d'eau,
etc. Les mots arabes sont de beaucoup les plus nombreux,
quelques-uns tels que: élixir, alcool, alcali, borax,
sont venus jusqu'à nous; d'autre tombés dans l'oubli
se retrouvent dans les traités hermétiques tels: alcani,
étain, alafar; matras; alcahal, vinaigre; almizadir, airain
vert; zimax, vitriol vert, etc., etc. Quant aux noms hébreux,
on ne les rencontre guère que dans les traités des Alchimistes
cabalistes. Nous renvoyons pour tous ces mots
au Dictionnaire mytho-hermétique de Pernety et au
Lexicon chimicum de Johnson.
On comprend que déjà cette glossologie spéciale devait suffire souvent à écarter les profanes, mais les
Alchimistes usaient encore d'autres moyens pour celer le
Grand-Oeuvre.
Ainsi très souvent ils employaient l'Anagramme. A la fin du « Songe Verd », on trouve plusieurs anagrammes,
voici l'explication de deux d'entre eux: Seganissegède
signifie: Génie des sages, et Tripsarecopsem: esprit,
corps, âme.
Ils procédaient encore par énigmes. En voici une facile à résoudre. « Tout le monde connaît la pierre, et
je l'affirme par le Dieu vivant, tous peuvent avoir cette

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