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Réfer. : AL0023
Auteur : Tollius Jacobus.
Titre : Le Chemin du Ciel Chymique.
S/titre : Traduction du "Manuductio at Caelum Chemicum.

Editeur : Waesbergios Janss. Amsterdam.
Date éd. : 1688 .


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3
pict

L E C H E M I N
D U C I E L
C H Y M I Q U E.

Par Jacques TOL, nouvellement traduit en Français
pict IEN des gens m'accuseront
de témérité
& de présomption,
lorsqu'ils verront
que j'ose entreprendre
d'instruire ici de très
savants Hommes dans l'art Chimique,
en leur enseignant des choses
* ij
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4 Le Chemin du Ciel
qu'ils ont ignorées jusqu'à présent,
ou leur faisant remarquer celles
qu'ils ont mal entendues: moi,
dis-je, qui suis bien éloigné de la
parfaite connaissance de cet art.
Mais il m'importe peu quel jugement
l'on fasse de moi, pourvu
que je puisse être utile au Public.
Si les Savants trouvent ici quelque
chose qui ne soit pas de leur goût,
la sincérité avec laquelle j'écris doit
bien moins m'attirer indignation,
que me servir d'excuse auprès
d'eux.
Et certes, soit que l'erreur m'ait aveuglé comme beaucoup d'autres,
ou qu'un travail plus certain m'ait
conduit à la vérité, il est toujours
très assuré que bien des gens
auront cet avantage, qu'à l'avenir
ils se retireront & des dépenses inutiles,
qu'ils font par des travaux infructueux,
& de la perte du temps
qui leur doit être si précieux & si
cher.
La méthode que je me suis proposé pour faire un Ouvrage si excellent
& si beau, est toute différente

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Chymique 5
de celle que les autres ont suivie.
Dans ce chemin si glissant & qui
conduit tant de personnes au précipice,
j'ai pour guide le savant Paracelse,
& le fameux Basile Valentin,
encore mille fois plus docte &
plus instructif que lui.
J'avais déjà résolu de disposer des vaisseaux; j'avais commencé la préparation
du Mercure, suivant la doctrine
de Philalèthe, par plusieurs
lotions & triturations; je dissolvais
& purgeais des Métaux avec des
Vinaigres & des Eaux fortes, lorsque
par un bonheur inopiné, il me
tomba entre les mains un Livre intitulé:
Le Cabinet Hermétique. Je
lus ce Livre avec une avidité extraordinaire,
sans y rien comprendre
: mais après avoir reconnu que
Paracelse ne s'était point ressouvenu
des choses que l'on avait confiées à sa
bonne foi, j'ai commencé d'examiner
avec plus d'exactitude la nature
des Métaux, & de la conférer avec
les expériences que les autres en avaient
déjà fait. Enfin l'esprit plus
éclairé qu'auparavant, je m'aperçus
* iij
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6 Le Chemin du Ciel
que personne ne suivait le vrai
chemin, & que tout le monde perdait
son temps & son argent: Je
résolus de prendre une route toute
différente, & de suivre celle que cet
Adepte avait inutilement recommandée
à notre Paracelse. Laissant
donc à part tous les sentiments différents,
je me suis proposé cette règle
certaine avec laquelle je puisse
heureusement parvenir à la fin de ma
carrière.

Que la Pierre des Philosophes doit être faite en trois ou quatre
jours.
Que la dépense ne doit point excéder la somme de trois ou
quatre florins.
Et qu'enfin un seul creuset ou vaisseau de terre suffit.

Et j'estime qu'il faut rejeter toutes les propositions qui ne s'accorderont
pas avec ces trois Aphorismes.
Prévenu de la sorte, Basile

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Chymique 7
Valentin m'a été d'un grand secours,
car après avoir fait représenter un
creuset dans ses premières clefs, il
ordonne de continuer par cette voie,
& de laisser là tous autres vaisseaux,
le feu de lampe, de fient de Cheval,
de cendre, de sable & de flammes;
& d'appliquer son esprit aux plus
profonds mystères de l'Art.
Après quelques légères épreuves, je me suis trouvé plus éclairé qu'auparavant,
& j'ai commencé de voir
plus que je n'espérais. Oui, j'ai
vu, mais par un travail & une application
d'esprit toute extraordinaire;
j'ai vu, dis-je, des choses
que jamais, je pense, personne n'a
vu, même en dormant & en songe.
J'en ai expliqué quelques choses
dans mon traité intitulé: Des Evénements
imprévus & fortuits, que je
répéterai ici succinctement; & même
j'y en ajouterai beaucoup d'autres,
pour donner quelque lumière aux
Curieux.
J'ai dit que c'était un Ouvrage de trois ou quatre jours; mais s'il faut
parler plus exactement, il y en a un
* iiij
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8 Le Chemin du Ciel
qui n'est que de trois heures, car
l'Ouvrage est double & partagé en
deux, comme celui que l'on appelle,
La Pierre des Philosophes. Et c'est en
effet une grande erreur & fort fréquente
parmi les Chimistes, de
dire que la Pierre Philosophale n'est
telle que quand elle est absolument
parfaite; c'est-à-dire, quand avec
le ferment de la Lune ou du Soleil,
elle est préparée pour la multiplication.
Car il y en a une autre qui est
imparfaite, que Basile appelle, Tout
en tout, & dont il donne la méthode
dans ses dix premières clefs, dans
la onzième le moyen de l'augmenter,
& dans la douzième son entière
multiplication. Je l'appelle imparfaite,
si on la compare avec l'autre
qui est très parfaite de soi et de sa
nature: ce que je prouverais facilement
par les autorités de Bernard
Trévisan, & des autres Adeptes qui
en ont écrit.
Ce premier Ouvrage est donc appelé, L'Oeuvre des trois heures, & de
trois jours aussi, mais de trois jours

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Chymique 9
Philosophiques, comme je dirai
dans la suite.
Le second Ouvrage est achevé dans l'espace de trois ou quatre
jours naturels; & ce trésor immense
qui est recherché par les hommes
avares avec tant de travaux & de
dépenses, peut être acquis en ce
peu de temps, soit au blanc, soit
au rouge : car la différence du ferment
ou, si vous voulez, l'addition
du soufre de l'Or ou de l'Argent à
notre première Pierre, achève &
perfectionne la seconde.
Pour ce qui regarde le temps, ce qu'en a dit Paracelse est très véritable.
Les Philosophes, dit-il, s'entendent
bien quand ils parlent des
temps ». Tout le monde se trouve ici
extrêmement embarrassé, & comme
au milieu des ténèbres. Faisons nos
efforts pour les dissiper, & pour
découvrir des choses qui semblent
être enfoncées dans des abîmes impénétrables.
L'année des Philosophes n'est autre chose que le tour que fait le
Soleil Philosophique, quand par le

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10 Le Chemin du Ciel
Zodiaque il parcourt la Terre.
Le Mois Philosophique, est celui de la Lune.
La Semaine, celui des sept Planètes. Et le Jour, celui de la lumière & des ténèbres.
Le Monde, est la matière même. Le Zodiaque qui contient les douze Signes Célestes, représente
les douze Travaux de l'Hercule Philosophique,
que j'ai montré dans
mon Traité des Evénements imprévus,
être le Soleil: c'est-à-dire, l'acide,
dont le cours achève l'An Philosophique,
pendant que la matière est
en fusion dans le vaisseau.
La Lune est l'alcali, dont le cours pénètre toute la matière fondue, &
se joignant avec son frère le Soleil,
elle achève le Mois synodique.
La semaine est expliquée par Basile Valentin dans ses dix premières
clefs, excepté qu'il ne parle
point du Mercure que Philalèthe a
ajouté de son chef & de son autorité.
La première clef nous désigne
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Chymique 11
Saturne, l'Eau & la Terre; la deuxième,
Jupiter, l'air & le Feu;
la troisième, Mars; la quatrième,
la Lune; la cinquième, Vénus; la
sixième, le Soleil très parfait; &
l'union intime des quatre Eléments.
Notre Roi, dit-il, dans sa première
clef passe par six maisons différentes,
& se repose dans la septième. Lors
donc que la matière est fondue dans
le vaisseau peu à peu par la force de
son esprit, elle se purge entièrement;
c'est de là qu'elle devient son propre
vinaigre, de la même manière
que les Métaux ont coutume d'être
formés dans les Mines: car d'abord
l'Esprit Mercuriel sa coagule, se resserre
& s'endurcit en Saturne. Ce
qui fait dire ailleurs à notre Auteur:
Il n'y a que le Saturne qui fixe le
Mercure. Le Saturne étant purgé
par une autre circulation, devient
Jupiter: de celui-là se fait Mars,
ensuite la Lune, puis Vénus, &
enfin le Soleil; c'est à dire, l'oeuvre
parfait.
Par ce même circuit le Jour des Philosophes se fait voir: car ce

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12 Le Chemin du Ciel
qui est écrit de la création du grand
Monde, les ténèbres étaient sur la
Terre, est expliqué bien au long
dans mon Traité dont j'ai déjà parlé
ci-dessus, comme aussi cet endroit
où il est dit: La Lumière fut faite le
premier Jour. Il faut faire voir la vérité
par quelque expérience.
Broyez de l'Antimoine dans un mortier philosophique, & le criblez;
c'est-à-dire, faites fondre
l'Antimoine dans un creuset, en
remuant & frappant le creuset, le
régule tombera au fond; & si vous
travaillez comme il faut, votre régule
se trouvera étoilé dès la première
fusion. Ainsi d'abord vous
aurez la lumière après les ténèbres,
& une lumière céleste, si par le
moyen du petit Commentaire suivant
que je vous donne, & qui vous
ouvrira le Ciel Chimique, vous pouvez
comprendre ce que c'est que le
Ciel; car ce Ciel étendu colore les
campagnes de pourpre, & l'on y
reconnaît les Astres & le Soleil.
Mais bien loin d'être déjà au Midi, à peine le jour commence-

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Chymique 13
t'il de paraître; car notre Hercule
espère qu'après que les ténèbres
dans lesquelles il est comme enseveli,
seront dissipées, il jouira de
cette éclatante lumière du Midi.
C'est là que les Poètes l'ont appelé,
leur Cahos; car c'est dans
l'Antimoine que toutes choses étant
premièrement confuses, se séparent
& se divisent par la seule fusion:
en telle sorte que vous croiriez facilement
qu'Ovide aurait pris de là
le sujet de ses Métamorphoses.
L'on voit aussi très clairement que l'on ne peut pas se servir d'un vaisseau
de verre pour la préparation de
la matière, mais d'un creuset ou
d'un vaisseau de terre qui résiste au
feu; & que le feu doit être égal,
non pas comme celui de lampe,
mais comme celui qui se trouve joint
au Mercure, lequel se parfait & s'achève
par un mouvement égal &
continuel. Et quant aux autres feux,
il faut les interpréter d'une autre
manière que le vulgaire a coutume
de faire.
Ainsi l'on commencera de comprendre
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14 Le Chemin du Ciel
ce que c'est que la Circulation,
la Sublimation, la Trituration,
la Digestion, & toutes les autres
Opérations Chimiques; combien
elles sont différentes de celles du
vulgaire, & avec quelle facilité &
en bien peu de temps elles peuvent
être exécutées. L'on entendra aussi
le sens de l'Enigme de Hermès,
quand il commande de faire que les
choses supérieures deviennent inférieures,
& les inférieures supérieures:
de même, ce que c'est que le Vent
porte dans son ventre & dont le Soleil
est le père & la Lune la mère.
Et vous n'ignorerez plus quelle est
cette Eau sèche qui ne mouille point
les mains.
Et vous enfin qui que vous soyez, & qui doutez encore de ce que je
vous dis, fondez seulement de l'Antimoine,
& appliquez-vous à voir
exactement ce qui se passe; vous y
verrez toutes ces choses, vous y
verrez les Colombes de Philalèthe,
vous y entendrez le Chant des Cygnes
de Basile, & vous y verrez cette
Mer des Philosophes, que j'ai expliqué

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Chymique 15
plus au long dans mon Traité
des Evénements fortuits & imprévus.
Il faut présentement vous parler de la dépense qu'il convient faire:
Pour moi qui préférerais la connaissance
de la Pierre Philosophale,
sans esprit d'en profiter, à cette
même Pierre tingeante à l'infini, je
ne prétends pas souffrir les reproches
secrets de ceux qui me voudraient
croire capable de profiter
des travaux d'autrui. C'est pourquoi,
puisque la divine Bonté m'a
formé, de sorte que je suis content
du peu de bien que j'ai, je ressens
une joie bien plus parfaite &
plus grande, quand dans l'entière
sincérité de ma confiance je montre
aux autres comme avec le doigt, le
chemin de s'enrichir.
Faites fondre, comme j'ai dit, de l'Antimoine, & en faites un régule
étoilé, sans y mêler de Mars,
car notre Roi entre seul & sans satellites
dans la Fontaine, alors vous
aurez toutes choses; j'ai beaucoup
dit, vous aurez tout, & rien.
Pour vous faire voir que le Mars
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16 Le Chemin du Ciel
ne doit point entrer dans la composition
du régule, voici une expérience
qui vous en convaincra. Faites
fondre du régule d'Antimoine
& de Mars, jetez-y la moitié de
son poids de Lune, & quand toutes
ces choses seront bien fondues, versez
le tout dans de l'Eau-forte;
alors vous verrez une poudre noire
que se précipitera au fond, telle
que Becker a trouvé dans sa Minière
sablonneuse : Et cette poudre,
quelqu'industrie que vous ayez,
& quelque artifice dont vous vous
serviez, ne peut se fondre en or,
parce que c'est du Mars tout pur.
Ceux-là donc se trompent grossièrement,
qui croient qu'en la composition
du régule, il n'y entre que
l'Esprit sulphureux de Mars. J'en ai
fait l'épreuve avec de l'Or très pur.
Je mis dans une coupelle vingt
grains d'Or, lorsqu'ils furent fondus
j'y jetais peu à peu du régule
de Mars, & je retirais trente grains
d'Or; & ainsi mon Or était augmenté
du tiers, après avoir résisté
à l'épreuve du feu. Mais je trouvai
mon
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Chymique 17
mon Or frangible, à cause des parties
de Mars qui s'y étaient jointes;
& par une méthode secrète j'en séparai
mon Or très pur au même
poids que j'avais mis.
Mais pour revenir à la dépense qu'il faut faire, en est-ce une si
grande que de prendre une livre d'Antimoine,
une demi-livre de Tartre
& de Sel nitre, & de faire fondre
tout cela dans un creuset; & l'ayant
purgé jusqu'à ce que l'étoile paraisse,
y joindre une partie d'Or ou
d'Argent.
Que si quelqu'un s'imagine demeurer dans l'erreur, parce que je
ne lui enseigne pas le peu qui reste
pour parvenir à la Pierre Philosophale,
& sans quoi à la vérité tout
ce que j'ai dit est inutile, qu'il
songe qu'on enseigne jamais toutes
choses à la fois dans un même
temps; un jour viendra auquel je
découvrirai le mystère entier, & je
ferai connaître qu'il n'y a point
d'autre voie véritable que la nôtre,
& qui se fasse ni plus promptement, ni à moins de frais. Et pour donner
**
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18 Le Chemin du Ciel
quelque satisfaction à l'empressement
qu'on pourrait avoir, j'ajouterai
une expérience qui lui facilitera
le moyen de porter son esprit
à la recherche plus profonde de cet
Art.
Faites un régule de Mars, & d'Or ou d'Argent; prenez une partie de
l'un & de l'autre, & mettez celle
d'Or sur une pièce d'Argent, & celle
d'Argent sur une pièce de Cuivre;
faites rougir ces pièces-là sur une
tuile, l'Antimoine s'exhalera; vous
trouverez ensuite votre pièce d'Argent
teinte & pénétrée d'une très
haute couleur rouge, & celle de
Cuivre aussi teinte & pénétrée de
couleur d'Argent. Que si vous placiez
sur une tuile une pièce d'Argent,
sur laquelle soit le régule d'Or,
& que vous mettiez une autre pièce
d'Argent un peu au-dessus, en sorte
qu'elle la couvre sans la toucher, ni
qu'il tombe de la cendre dessus, la
pièce d'Argent qui sera la plus haute
deviendra de couleur d'Or, par le
moyen du régule solaire, qui dans
sa fusion emporte l'Or, & le volatilise.

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Chymique 19
Par ce moyen l'on peut avoir
un Or potable bien plus parfait que
le vulgaire: ce que l'on peut appeler
le véritable Or potable des Philosophes.
J'ai fait voir à mes Amis deux de ces pièces d'Argent & de Cuivre,
que j'avais très belles & très parfaites;
& m'en allant en Italie, passant
à Berlin, j'en fis présent au Sérénissime
Electeur Frédéric Guillaume
mon souverain Seigneur, qui
était très curieux des choses rares.
Je passe plus outre, & je dirai une chose qui n'est pas moins remarquable.
J'ai fait fondre du
Plomb, & y ai jeté une partie de
régule solaire; j'ai vu, non sans
admiration, que ce Plomb ne se
réduisait point en scories, quoi que
je l'aie tenu longtemps au feu; au
contraire, il me paraissait comme
purgé de ses impuretés, & en quelque
manière changé ou transmué.
Ce régule bien préparé contient donc le véritable Or potable des Philosophes,
qui est avidement bu, non
pas par des hommes comme nous,
** ij
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20 Le Chemin du Ciel
mais par l'Homme Chimique, &
par les Animaux; & son Mercure
intimement joint à l'Or & à l'Argent,
donne l'Amalgame Philosophique.
On peut encore observer un autre mystère dans la préparation,
c'est le Beurre d'Antimoine Philosophique.
La comparaison que fait
Basile Valentin dans son Char
Triomphal de l'Antimoine, se peut
justement rapporter ici, quand il
dit que la Pierre des Philosophes
se fait de la même manière que nos
Villageois font avec du Lait le
Beurre & le Fromage : Notre Vache,
c'est l'Antimoine, dont le lait, qui
est le régule, étant agité, donne le
beurre, qui n'est autre chose que le
soufre rouge; & ce soufre est un
vrai beurre d'Antimoine. Pour le
reste, chacun le peut facilement expliquer.
Mais quelqu'un me pourra dire que Basile Valentin veut que l'on
prenne le Vitriol pour faire la Pierre,
& non pas l'Antimoine. Mais que
pensez-vous (comme il demande

@

Chymique 21
lui-même) que se soit que le Vitriol,
sinon un Soufre? Et l'Antimoine,
sinon le Mercure? Présentement
l'on conçoit bien ce que c'est
que l'Antimoine & le Vitriol des
Philosophes; & c'est là un secret
des plus importants: que si vous
l'ignorez, tout votre travail devient
inutile. Il y a encore beaucoup
d'autres choses, mais l'entrée
est difficile; je vous aiderai autant
qu'il me sera possible, & comme fît
autrefois le Soleil dans la Fable,
nous avertirons notre Phaéton de
craindre & de trembler toujours jusqu'à
la fin de sa carrière, afin donc
de jouir un jour des fruits des Hespérides;
je commencerai par le
principe.
L'Antimoine très pur est la première matière qui est si ardemment
désirée, & recherchée avec tant de
soins de beaucoup de gens; c'est-à-
dire, que dans l'Antimoine il y a
cette humidité aérienne, merveilleusement
mêlée de chaleur, dont
j'ai parlé au commencement &
plusieurs fois ailleurs dans mes
** iij
@

22 Le Chemin du Ciel
Evénements imprévus. Cette matière
est disposée & gouvernée par les
rayons du Soleil & de la Lune des
Philosophes dans leur Mer, & est
conjointe avec la chaleur sèche de
leur Terre.
Voilà ce qui produit notre matière féconde, notre Homme Chimique,
dont j'ai promis d'expliquer
les maladies, & de lui rendre
sa parfaite santé, par le moyen des
remèdes que Basile Valentin m'a indiqués
dans son Char Triomphal
de l'Antimoine, si Dieu m'accorde
un loisir suffisant.
Vous avez ici l'Oeuf qui contient & renferme le blanc & le
jaune, d'où il doit un jour éclore
un petit Coq, qui par son chant
agréable réveillera du matin les véritables
Amateurs de la Chimie.
Je crois que peu de gens ont manqué d'observer, que parmi les
Hiéroglyphes des Dieux de l'antiquité,
le Coq est particulièrement
consacré à Mercure. Albricus dans
son petit Traité des Images des
Dieux, dit ce peu de mots parlant

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Chymique 23
du Mercure: Il y avait devant lui
un Coq qui lui est particulièrement
dédié ». C'est donc le Coq qui est
le signe & la marque du Mercure,
que les Chimistes vulgaires ont
toujours à la bouche, rarement entre
les mains, & jamais dans la
méditation de leur esprit; & cependant
le Mercure est leur Tout:
mais pendant qu'ils cherchent ce
Tout dans le Mercure vulgaire, ils
n'y trouvent jamais rien.
Le véritable & simple Mercure des Philosophes, est donc celui
duquel j'ai dit ci-devant qu'il est
humide, aérien, chaud, esprit
volatil, l'hermaphrodite d'Ovide,
l'acide, & l'alcali volatil: le Mercure
double joint avec le Soufre &
Sel philosophique, ou avec l'acide
& l'alcali fixe: ce qui se fait lorsqu'ils
se joignent & s'unissent tous
deux en régule, & que les fèces
& ordures en sont rejetées. Mais
il n'est pas encore pur, il faut que
le Roi entre dans son Bain Philosophique,
& qu'il s'y lave; qu'il y
meurt, qu'il s'y vivifie, & qu'étant

@

24 Le Chemin du Ciel
revêtu de son Manteau de
pourpre, il monte sur son Trône.
Accourez donc ici, vous Chimistes Mercuriels, qui me rompez
incessamment les oreilles avec vos
fixations & coagulations du Mercure
vulgaire; apprenez de ce que
je vous ai dit, ce que c'est que le
Mercure philosophique, sa fixation,
sa coagulation, sa précipitation, sa
sublimation, & sa revivification,
mais apprenez auparavant ce que
les Philosophes entendent par mourir.
Vous avez sans doute vu quelquefois des morts ou des mourants;
n'avez-vous pas remarqué que l'esprit
chaud volatil qui avait coutume
de pénétrer tous les membres
du corps, & de les vivifier, étant
une fois éteint, le sang se resserre
& se coagule dans le cadavre: De
même la mort, suivant les Philosophes,
n'est autre chose que la
coagulation & fixation de la matière
volatile.
Quoi, le régule, n'est-il pas volatil? Fixez-le, & il sera mort.
Mais
@

Chymique 25
Mais un cadavre est-il en état d'entrer
dans une nouvelle habitation ?
& ne demeure-t-il pas dans son
sépulcre en paix & en repos éternel,
comme j'ai lu plusieurs fois
sur les Inscriptions des vieux Tombeaux,
jusqu'à ce que par une Puissance
divine il ressuscite? De même
rien de fixe n'entre dans les autres
corps métalliques. Rendez la vie à
ces corps; c'est-à-dire, de fixe qu'il
était devenu, faites qu'il devienne
volatil tout de nouveau; alors il
entrera facilement. Il y a (dit le
Poète) une chaleur & un esprit
vital dans le corps qui nous abandonne
à la mort.
Enfin, de quelle couleur sont les Corps morts ? Suivant les poètes,
la mort est violette, ou plutôt
noire; Et la vie n'est-ce pas une
blancheur comme la lumière? Vous
savez donc ce que c'est que les
Philosophes veulent dire par noircir
& par blanchir. Mais quoi, y a-t-il
quelqu'un qui ignore ce que c'est
que le parement blanc des Anges?
& les Enfants qui ont à peine l'usage
***
@

26 Le Chemin du Ciel
de la raison, les connaissent bien
quand ils les voient peints avec des
ailes. Que s'ils ont des ailes, ces
Esprits sont donc volatils.
Allez, & vous retirez présentement, vous qui cherchez avec une
application extrême vos diverses
couleurs dans vos vaisseaux de verre.
Vous qui me fatiguez les oreilles
avec votre noir Corbeau, vous êtes
aussi fous que cet Homme de
l'antiquité, qui avait coutume d'applaudir
au Théâtre, quoiqu'il fût
seul, parce qu'il s'imaginait toujours
avoir devant les yeux quelque
spectacle nouveau. De même
en faites-vous, lorsque versant des
larmes de joie, vous vous imaginez
voir dans vos vaisseaux votre
blanche Colombe, votre Aigle jaune,
& votre Faisan rouge. Allez,
vous dis-je, & vous retirez loin de
moi, si vous cherchez la Pierre
Philosophale dans une chose fixe;
car elle ne pénétrera pas plus les
corps métalliques, que ferait le
corps d'un homme du monde les
murailles les plus solides.

@

Chymique 27
Nous lisons dans l'Ecriture sainte que l'Ange ouvrit les portes de la
prison quand il en voulut tirer saint
Pierre; mais il ne lui fut pas nécessaire
de les ouvrir pour y rentrer.
Nous lisons aussi que Jésus-Christ
entra dans l'Assemblée des Apôtres
les portes du lieu étant fermées;
mais ce fut après la Résurrection
glorieuse. Apprenez donc par ces
exemples, ce que le raisonnement n'a
pu jusqu'à présent vous persuader.
Voulez-vous quelque chose de
plus?
Pourquoi, je vous prie, enveloppez-vous votre poudre dans de
la Cire, quand vous voulez faire
projection ? pourquoi faites-vous
chauffer votre Mercure, ou fondre
votre Plomb, avant d'y jeter
votre poudre ? pourquoi donnez-
vous un bon feu de suppression à
votre creuset, pendant que le feu
est fort doux par le bas ? Et pourquoi
enfin continuez-vous avec un
soufflet d'entretenir ce feu assez fort
pendant une demie-heure, si ce
n'est afin que votre matière volatile
*** ij
@

28 Le Chemin du Ciel
pénètre promptement le Mercure ou
le Saturne, & ne s'envole pas avant
la transmutation ?
Voilà ce que j'avais à vous dire des Couleurs, afin qu'à l'avenir
vous quittiez vos travaux inutiles;
à quoi j'ajouterai un mot touchant
l'odeur.
La Terre est noire, l'Eau est blanche; l'Air, plus il approche du Soleil,
& plus il jaunit; l'éther est
tout à fait rouge. La mort de même
(comme il est dit) est noire,
la Vie est pleine de lumière: plus
la lumière est pure, plus elle approche
de la nature Angélique, & les
Anges sont de purs Esprits de feu.
Maintenant l'odeur d'un mort ou
d'un cadavre, n'est-elle pas fâcheuse
& désagréable à l'odorat ?
Ainsi l'odeur puante chez les Philosophes
dénote la fixation. au contraire,
l'odeur agréable marque la
volatilité, parce qu'elle approche de
la vie & de la chaleur.
Plutarque rapporte en certain endroit, que l'odeur qui sortait des
habits d'Alexandre le Grand lorsqu'il

@

Chymique 29
avait fait quelque exercice
violent, était fort agréable. Ainsi
plus l'air est pur & chaud dans un
pays, & plus les herbes qui y croissent
sont odoriférantes. L'Arabie
heureuse nous en fournit des preuves
certaines: l'art imite tellement
la nature, que les excréments les
plus puants du corps humain deviennent
un très agréable parfum,
par une simple digestion & par le
secours d'un feu proportionné.
Qu'est-ce que la Civette ? Nous
avons donc besoin du secours du
feu. Basile & les autres Adeptes
ont plusieurs sortes de feux: car il
y a un feu céleste, & un feu terrestre;
celui-ci est de l'esprit volatil, celui-là
du corps fixe; l'un du Soleil
supérieur, l'autre du Soleil inférieur,
comme parle Sendivogius, &
comme dit Cicéron, tel est celui
qui se trouve renfermé dans le
corps des Animaux, & qu'on appelle
feu vital & salutaire, lequel
conserve toutes choses, les nourrit,
augmente, soutien, & les rend capables
de sentiment. Mais ce que
*** iij
@

30 Le Chemin du Ciel
sans doute vous admirerez, c'est
qu'il y a un feu froid, aussi bien
qu'un feu chaud. Ce feu froid est
mercuriel, volatil & féminin. Le
feu chaud est sulfureux, fixe &
mâle. Il y a encore d'autres feux
que ceux-là, ce sont ceux qui sont
cachés dans la matière, que les
Chimistes vulgaires croient être
externes; & c'est ce qui les trompe.
Basile en discourt bien au
long.
Il y a aussi des feux externes, entre lesquels il y a le feu du jugement
dernier; c'est-à-dire, le feu de
l'épreuve qui se fait par le Saturne
à la coupelle: c'est pour cela que
Basile l'appelle, Le Souverain Juge,
comme il est au Ciel la Planète le
plus éloigné & le plus élevé sur nos
têtes.
Il y a encore le feu d'Etna ou infernal, dont je vous parlerai ailleurs,
de crainte de vous fatiguer
par une trop longue lecture: Et
pour vous rafraîchir un peu, je
vous offre du Vinaigre, mais du
Vinaigre distillé très aigre, avec

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Chymique 31
lequel vous pourrez (quand bon
vous semblera) préparer la teinture
du Corail; c'est-à-dire l'acide ou
le soufre fixe; ou bien vous préparerez
les Perles, c'est-à-dire l'alcali,
& vous boirez pour vous fortifier
du Vin ou Esprit de Vin antimonial.
Si vous préférez à tout
cela à la Médecine universelle, vous
pourrez la prendre avec le Baume
philosophique; il n'y a point d'autre
liqueur alcaest, dissolvant toutes
choses sans perte ni diminution
de ses forces: c'est l'Alcaest de Paracelse,
tout esprit, Eau Céleste, &
notre Eau forte, &c.
Sur la fin de l'automne nous boirons du Nectar & de l'Ambroisie
renfermé dans le Ciel Chimique,
mais philosophiquement, &
dont à peine on a jeté les premiers
fondements. Qui que vous soyez
qui lisez ceci, je souhaite que vous
en profitiez, en vous disant adieu.

A AMSTERDAM, Le jour suivant les Calendes de Septembre
de l'année 1688.


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