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Réfer. : AL0918
Auteur : Anonyme.
Titre : Le Tombeau de la Pauvreté.
S/titre : dans lequel il est traité...

Editeur : L. D'Houry. Paris.
Date éd. : 1681 .


@

L E T O M B E A U D E L A P A U V R E T E'.
Dans lequel il est traité clairement
de la transmutation des Métaux, & du moyen qu'on doit tenir pour y parvenir.
Par un PHILOSOPHE I N C O N N U.
SECONDE EDITION, Revue & augmentée de la Clef,
ou Explication des mots obscurs.

Avec un Songe Philosophique
sur le sujet de l'Art. pict A P A R I S. Chez L. D'HOURY, sur le Quai
des Augustins, à l'Image saint Jean
----------------------------
M. DC. LXXXI. Avec Approbation & Permission.

@

pict

Aux Curieux.
Vous, qui recherchez les miracles,
Que nous vante l'Antiquité, Venez consulter les Oracles
Du Tombeau de la Pauvreté. D. V.
@

pict

A MADAME
M A D A M E D ****
pict ADAME,

L'inclination particulière que j'ai eu dès mon bas
âge d'entendre parler des
à ij
@

EPITRE
belles choses, s'augmentant de
plus en plus avec le temps, me
poussa à faire des voyages dans
les pays les plus éloignés, pour
satisfaire mon esprit dans la recherche
des Sciences, les plus
curieuses, auxquelles je me suis
attaché avec d'autant plus d'opiniâtreté,
qu'elles me paraissaient
impossibles, ayant voulu
voir pour cet effet tous ceux
qui pour avoir des Sciences extraordinaires,
me semblaient
être infiniment élevés au-
dessus du Commun; En quoi
je n'ai pas été si malheureux,
que je ne me sois entretenu avec
plusieurs grands personnages
de toute sorte de Nation,
du dessein qui me poussait de

@

EPITRE.
rechercher l'honneur de leur
conversation, pour me détromper
de ma curiosité, ou pour
m'y confirmer davantage;
dont ayant reçue la satisfaction
que je m'étais proposé
par mille belles expériences sur
toute sorte de sciences; je me
suis enfin résolu de mettre fin
à tant de fatigues que j'ai
souffertes pendant vingt-quatre
années de voyage, en admirant
continuellement la
Grandeur & la Bonté de
Dieu, d'avoir rendu l'Esprit
de l'homme capable de tant
de belles choses, incroyables
aux Ignorants, & si agréables
à ceux qui ont des Lumières
particulières. La transmutation
à iij
@

EPITRE
des métaux, dont mon principal
but à présent est de traiter,
& que tant de personnes
combattent, pour n'avoir jamais
été assez heureux d'en
voir les effets, a été une des
curiosités à laquelle je me suis
adonné depuis quelques années
avec le plus d'empressement,
ne me pouvant persuader
(quand bien les effets ne s'en
seraient pas démontrés auprès
de plusieurs grands Princes
de l'Europe) que tant de
grands personnages eussent
voulu mettre leur réputation
en compromis, de parler d'une
chose qui n'aurait eu pour
tout fondement qu'un raisonnement
inutile, pour pousser

@

EPITRE
les hommes dans des peines &
des embarras, par leurs discours
chimériques. Or comme
j'ai connu beaucoup de personnes
de toutes conditions qui
s'adonnaient à de semblables
recherches sans aucun fondement,
j'ai cru que je ne leur
profiterais pas peu de leur donner
ce petit discours, par lequel
ils connaîtront facilement
leur erreur, on se confirmeront
davantage en leur dessein; &
quoi que mon but n'eût été
que d'en faire tirer quelques
exemplaires seulement, pour
les distribuer à mes amis particuliers,
j'ai cru que je ne
pouvais faire un plus grand
bien aux Curieux, que de leur
à iij
@

EPITRE.
en faire part; Or M AD
A M E, comme cet ouvrage
ne peut lui-même s'acquérir
de l'Estime, puisque son
Auteur même ne se fait pas
connaître j'ai pris la liberté
de mettre sur son frontispice
Votre Illustre nom de * * * *
afin que par les brillants
qui l'environnent, il y imprime
aussi la grâce & les attraits
nécessaires, pour se faire
approuver sans peine, &
lire sans désagrément. La
claire & pénétrante vivacité
de votre Esprit, qui vous
fait pénétrer dans les plus obscures
sciences, de triompher
dans les plus beaux arts, fera
son lustre & sa valeur, si

@

EPITRE.
vous en faites un jugement
aussi favorable, que je l'attends
judicieux; & s'il est
assez heureux que d'être reçu
de vos mains, il y rencontrera
le même avantage que celui
que reçoivent les métaux imparfaits
par la poudre de projection,
qui par sa vertu aussi
surprenante qu'elle est précieuse
transmue la faible qualité
de ces métaux, en celle du
plus riche & du plus parfait
ouvrage de la Nature; Car
tout ce qui s'approche de vous,
M A D A M E, doit être précieux,
puisque tout ce qui
s'y rencontre, y est inestimable;
& quand ce petit traité sera
tombé entre vos mains, je puis

@

EPITRE.
dire qu'il y rencontrera sa perfection
par le rejaillissement
de celle qui sort de toutes vos
actions, & son Auteur sa
gloire, s'il peut obtenir la permission
de se dire avec tous les
respects imaginables.


M A D A M E

Votre très humble & très obéissant Serviteur N. N.
Patron Général de la Société des Philosophes Errants.

@

pict

A U  L E C T E U R.
pict MI  L E C T E U R
J'avais résolu de ne point rendre ce petit Traité commun, puisque je n'en voulais
donner la communication
qu'à quelques Amis
particuliers: Mais l'aveuglement
que j'ai remarqué
en plusieurs, qui consommaient
le plus liquide de
leurs biens, à la recherche
de cette Pierre Philosophale,
dont on parle tant,
m'a obligé de leur faire

@

AU LECTEUR.
part de ce petit discours,
qui leur servira de fanal
pour éviter les écueils, où
sans doute ils feraient naufrage,
se laissant emporter
inconsidérément aux
vagues d'une vaine Espérance,
& d'un désir immodéré
de devenir riches;
Et pour dire la vérité, je
ne crois pas qu'il y ait rien
de plus ridicule, que telle
sorte de gens, qui ayant
ouï parler du magistère
des Sages, ou lu dans quelques
livres les grands effets
que l'on lui attribue, (dont
le moindre est de faire de
l'Or & de l'Argent en quantité
infinie,) se laissent

@

AU LECTEUR.
(suivant l'inclination naturelle
que les hommes ont
d'être riches) si facilement
persuader à cette passion,
qu'ils quittent toutes choses,
pour s'attacher à la
conquête de la toison d'or,
s'imaginant que pour y arriver,
il n'y a qu'à bâtir
des fourneaux, à brûler du
charbon, & à casser des
verres, & se flattent de ce
faux raisonnement, que s'il
est vrai que d'autres y
soient parvenus, ils y pourront
aussi parvenir. Dans
cette imagination ils tentent
toute sorte de voies,
& se servent de tous les
moyens, dont ils se peuvent

@

AU LECTEUR.
aviser, pour découvrir
un si grand secret? Les
uns par la lecture, les autres
par le travail; D'autres
qui croient être plus fins
tâchent de l'escroquer,
(de ceux qui croient le
savoir) par des souplesses,
des subtilités, & des artifices,
(j'en connais plus de
ceux-là, que des autres)
& après par une perfidie
inouïe, déclament contre
ceux dont ils publiaient auparavant
les louanges, pour
ne se pas témoigner leurs
obligés: Il n'y en a que
trop de la sorte dans le monde,
sur tout un certain personnage,
qui par une vanité

@

AU LECTEUR.
de persuader qu'il savait
quelque chose au-dessus du
commun, s'est voulu titrer
du nom de faiseur de toutes
choses, & qui dans le fond
ne savait rien, dont un
certain Philosophe par un
effet de bonté toute particulière
(le croyant plus
sincère, qu'il ne s'est depuis
montré) lui donna le
moyen de se relever de la
mauvaise réputation qu'il
s'était acquise par l'administration
de ses Remèdes violents,
& vomitifs, & s'acquérir
une gloire avec profit,
par les effets surprenants
des Remèdes qu'il donna
de la part de son Philosophe,

@

AU LECTEUR.
dont ayant eu puis
après la connaissance, pour
ne se pas témoigner son obligé
& s'en acquérir toute
la gloire, dans la croyance
qu'il ne le reverrait jamais,
voulait faire entendre que
par ses spéculations (quoi
que Docteur sans lettres) il
était parvenu à la connaissance
de si grands secrets.
Et d'autres enfin, désespérant
de la pouvoir acquérir
par aucun de ces moyens,
ont recours au crime, en la
voulant avoir par force, ou
attentant finalement à la vie
de ceux qu'ils en croient
être possesseurs, quoi que
le plus souvent ils ne le
soient
@

AU LECTEUR.
soient que par imagination;
dont après avoir attrapé
quelque papier à demi usé,
ils ont une joie indicible, &
croient déjà nager dans
l'Or & l'Argent; mais par
malheur pour eux, ou ce
papier est en Chiffres, qui
leurs sont inconnus, & dont
jaloux au dernier point ils
n'en veulent confier le déchiffrement
à personne, de
peur que le déchiffreur n'en
apprenne le secret, & n'en
devienne plutôt riche
qu'eux; Ou bien si ce papier
est écrit en lettres intelligibles,
le sens en sera
obscur, Ou bien il s'y trouvera
quelque autre difficulté,
é
@

AU LECTEUR.
qui diminuant leur joie
augmente le regret qu'ils
ont de leur procédé si injuste,
qui leur bourrelle d'autant
plus la conscience,
qu'ils songent au crime
qu'ils ont commis; Enfin
ce qui est fâcheux pour
tous ces personnages, c'est
qu'après avoir par toute
sorte de voies amassé une
infinité de récipés Chimiques
qu'ils gardent avec
autant de soin, & qu'ils
feuillettent, & manient tous
les jours avec autant de plaisir,
qu'un Riche avare conterait
& tournerait ces ducats;
ils se trouvent puis après
dans l'impuissance de

@

AU LECTEUR.
les mettre en exécution, soit
par faute de commodité,
soit par faute d'argent, qui
est le plus ordinaire défaut
de telle sorte de gens; pour
à quoi remédier, ils ont recours
à la bourse d'autrui après
avoir vidé la leur; &
pour obliger ceux qu'ils
croient l'avoir garnie, à
leur en faire part d'autant
plus librement, ils ne leur
promettent pas moins que
de les rendre plus riches
que des Rois, eux qui sont
plus pauvres que les derniers
gueux de l'Hôpital; &
pour mieux se rendre maîtres
encore de ces Esprits
crédules, après leur avoir
c
@

AU LECTEUR.
vanté trois ou quatre de
leurs procédés, dont l'un
seulement serait capable de
les mettre à leur aise, &
qu'ils appellent infaillibles,
après le récit toujours de
quelque histoire, qui ne
manque jamais en semblables
rencontres; Ils protestent
avec des serments même,
qu'après ceux-là ils feront
bien paraître autre
chose, chatouillant ainsi les
oreilles de ces pauvres marchands
Fourniers, & leur
remplissant le coeur d'espérances
si fortes, qu'ils s'imaginent
être déjà des Crésus,
ne prenant pas garde
que ces espérances trompeuses

@

AU LECTEUR.
les vont au contraire
précipiter dans un Etat
aussi déplorable, que celui
de ces marchands de fumée,
s'ils ne s'en désabusent de
bonne heure, avec un regret
immortel, qui leur restera
d'un attachement,
d'où, au lieu du bien & du
contentement qu'ils s'en
promettaient, il ne leur revient
que de la misère, &
de la confusion, & me sauront
peut-être bon gré de
leur avoir fait voir clairement
dans ce petit Traité le
chemin qu'ils doivent tenir,
pour s'empêcher d'être
trompé. Voilà le principal
but, Ami Lecteur que je me
é iij
@

AU LECTEUR.
suis proposé en mettant ce
livre au jour, que la Charité
Chrétienne m'a inspiré,
laquelle nous oblige
d'avertir notre prochain
de son malheur, & de l'en
détourner autant qu'il
nous est possible; C'est ici
où ils verront les moyens
de se désabuser de toutes
les fausses propositions
qu'on leur fera, pour travailler
sur un sujet duquel
ils ne recevront que de la
satisfaction, si le bon Dieu
leur fait la grâce d'y réussir,
les exhortant de tout
mon coeur de ne rien commencer
à la volée. Dieu
veuille conduire en ce travail

@

AU LECTEUR.
ceux qu'il en jugera
dignes pour son honneur,
& pour sa gloire. A Dieu.

pict
@

pict

APPROBATION.
N Ous avons lu, & diligemment
examiné le petit livre
qui se dit, Le tombeau de la Pauvreté,
& n'avons rien reconnu
qui soit capable d'empêcher
qu'il ne soit imprimé; En foi
de quoi nous avons signé le présent
Certificat, à Paris ce dernier
Octobre 1672. Signé,
L E V I G N O N, D E C A E N,
P U Y L O N, Doyen de la Faculté de Médecine.
----------------------------

PERMISSION.
V U l'Approbation, permis
d'imprimer. Fait ce huitième Novembre 1672.
Signé, DE LA REYNIE.
@

pict

S O N G E PHILOSOPHIQUE,

Qui découvre aux Enfants de la Science le véritable
secret de l'Art.

I L y a deux jours qu'en sommeillant, je crus voir Vénus entre les bras de Mars,
Vulcain malheureusement
pour eux les surprit, lors
même qu'ils étaient au fort
de leurs caresses; & pour se
venger de cet affront, il leur
perça à tous deux le sein d'un
grand coup de poignard. Le
sang aussitôt sortit de leurs
§
@

Songe Philosophique.
veines, & s'alla rendre dans
la mer qu'il teignit de sa couleur.
Neptune étonné d'un
si prompt changement, &
pour en savoir la cause, partit
à l'instant; & comme il
parcourait le rivage, il jeta
sa vue à l'endroit où étaient
restés Mars & Vénus,
qu'il vît étendus morts sur
l'arène encore toute ensanglantée.
Ce triste spectacle
le toucha sensiblement, mais
se voyant dans l'impuissance
d'y pouvoir remédier, il lança
brusquement de colère
son Trident dans la mer, en
la présence même de Vulcain.
Ce coup ainsi lancé
avec tant de précipitation &

@

Songe Philosophique.
de force, émut tellement
les ondes de la mer, qu'elle
écuma de toutes parts; &
afin de marquer davantage
son trouble, elle remplit l'air
de vapeurs malignes qui l'infectèrent
par leur puanteur,
& qui formèrent ensuite un
nuage épais si déplaisant que
Jupiter en fut indigné. Vulcain
s'en aperçut, & de
peur que Jupiter ne l'accusât
d'avoir causé ce désordre, il
se retira finement auprès de
Mercure, & le pria, s'il était
possible d'apaiser au plus tôt
cet orage. Mercure officieux
s'éleva aussitôt sans répugnance
dans l'air, & passant
à travers de ce nuage commença
§ ij
@

Songe Philosophique.
peu à peu à le dissiper:
la mer devint aussi plus calme,
& de sanguinolente
qu'elle était, elle parut sous
un beau voile blanc aussi claire
que la plus belle & la plus
pure eau de roche. Alors
Saturne qui ne faisait que
d'arriver, s'adressa incontinent
à Mercure, & lui dit
amiablement, qu'à la vérité,
il avait beaucoup fait d'avoir
ainsi purifié l'air, mais qu'il
le suppliait de vouloir en sa
faveur, détourner de dessus
la mer ce beau voile blanc qui
la cachait, afin que par ce
moyen tout le monde qui
était là assemblé pût la voir
sans empêchement, & même

@

Songe Philosophique.
s'y baigner si bon leur
semblait. Mercure fit ce coup
d'état avec toute l'adresse &
le bon succès que Saturne en
espérait. Cependant Cérès
que la crainte de ne voir jamais
plus de fruits sur la terre
avait saisie, ne témoigna
pas y prendre beaucoup de
part; C'est pourquoi Mercure
essaya de la consoler, &
pour y parvenir, lui montra
dans la mer une infinité
de fleurs qu'un doux Zéphyr
y avait semées, & l'assura que
nonobstant cela, il en restait
encore suffisamment sur les
arbres pour qu'ils portassent
des fruits en abondance. Cérès
toute persuadée qu'elle
§ iij
@

Songe Philosophique.
était de la bonne amitié de
Mercure, aussi bien que de sa
sincérité, n'ajouta pas pourtant
d'abord beaucoup de
foi à ses paroles, & parce
qu'elle savait qu'il se plaisait
à faire des messages, elle
le supplia qu'à son occasion,
& pour mettre fin au chagrin
qui la tourmentait, il alla
donc en cueillir lui-même
des plus beaux & des meilleurs,
pour être présentés
dans un festin, qu'elle avait
résolu de faire aux Dieux &
aux Déesses. Mercure aussitôt
prit sa verge Caducée &
se mit en chemin; mais son
voyage quoi que long n'eut
pas eu tout le succès que

@

Songe Philosophique.
Cérès en attendait si Apollon
ne l'eût secondé dans son
entreprise. A leur retour Cérès
prit du fruit, & commençant
par Diane elle en présenta
à tous les Dieux &
Déesses, elle en mit enfin
dans la bouche de Mars & de
Vénus, qui à l'instant ressuscitèrent.
La surprise que
j'en eu m'éveilla en sursaut,
& de peur d'oublier un Songe
si mystérieux, je me levai aussitôt
pour le mettre par écrit,
& en faire part aux Curieux.

pict
@

pict

L A C L E F, OU LE DECHIFFREMENT des mots obscurs qui se rencontrent
dans ce Livre.

P Age 31. ligne 4 songra netigieluk eude sirkigli, lisez par la filtration après la résolution en vinaigre distillé.
Pag 62. lig. 15 Ciogh almise cicekinde, ôtez bunleri cicek, lis. enflée en
fleurs, ôtez ces fleurs.
Ibid. lig. dern. cicekinde, lis. en fleurs. Pag 63. lig. 1. bunleri cicek, lis. ces fleurs.
Pag 65 lig. 2. kireos chonus ros olurfah ciok inge nige deghmemelik, lis. la
chaux ou poudre soit fort ténue, fort
déliée & comme impalpable;
Ibid. lig. 10 aquel elaf psonitu psansi eser arenita beta fleso spartiesu onez fisel
battachenra fluined bad clavitrec, datul
efelut sigonitifono, imalisa delme pured
spoludren peto acenidrep; lis. est que ladite
poudre demeure discontinuée, &
qu'au
@


qu'au feu d'ignition les parties ne s'entretiennent
l'une à l'autre, mais demeurent
poudre & cendre; car par ce moyen
on connaît &c.
Pag. 66 lig. 7. Tos olursah bir altun parlamasisus, lis. que ladite poudre soit
sans aucune lueur métallique.
Ibid. lig. 11. bir altun parlamasi, lis. quelque couleur.
Ibid. lig. 15. Tos budeghisc-mek artuk irengh, lis. que ladite poudre ne change
plus de couleur, mais qu'elle soit &
demeure en une même couleur, car &c.
Pag 67. lig. 1. deghisc-melik irengh, du changement de couleur.
Pag. 68 lig. 3. la dil olursah sckugi, lis. la langue soit piquante.
Ibid. lig. 13. iciun fiikiesi, lis. par le vinaigre distillé.
Pag. 73. lig. 10. dur netigielk dahi, temislemek, dur kurut mak, dur mubasceret
& mek, lis. & le résoudre derechef,
filtrer & congeler, & réitérer.
Ibid lig. 16. dur netigielk inde szeitun jaghi par le B. M. songra Guieusc-
eklighilhe kurut mak dur dahi netigielk
au B M. daimmalighile., lis. & à part
soi le résolviez en huile par le B M. puis
§§
@


au fourneau dessicatoire, le desséchiez
doucement, & derechef le dissolviez au
B. M. réitérant jusques &c.
Pag 83. lig. 5 szibak, lis. mercure vulgaire. Ibid. encore szibak, lis. mercure vulgaire. Pag. 85 lig. 8. karisc-durmak avec fzibak temissik, lis. amalgamer avec mercure
vulgaire lavé & purgé, & faire passer
par le linge épais.
Pag. 87. lig. 4, szibak bellielmisc, lis. Mercure vulgaire purgé & le mettez
dessécher dans le fond d'un alambic avec
sa chape; étant sec, broyez-le derechef
sur le marbre, & vous verrez que votre
mercure aura &c.
Pag. 158 lig. 9. oniki ghiahige kacz kiregz, lis. douze fois autant que de chaux.
Ibid. lig 12 flas mositrie adur guisnabigrre solit dukiatmelik lis. que la moitié
du vinaigre distillé soit consommée.

F A U T E S.
P Age 35. lig. 8. lis. fixe. Ibid, lig. 16. lis. Sol. Page 55. li. 6 lis. l'Autorité. Page 74. lig. 13. lis. Sel. Pag 157, lig. 12.
Nitre lisez Vitriol.

@

pict

L E T O M B E A U D E L A P A U V R E T E'. Première Partie. D E L A T R A N S M U T A T I O N
D E S M E T A U X. ----------------------------

CHAPITRE PREMIER. Qu'en tout changement de corps
en autre nature, la matière & la cause efficiente sont nécessaires.
pict N traitant naturellement
des changements naturels, il est très certain
A
@

2 Le Tombeau
que de rien on ne peut
faire quelque chose, mais
il faut nécessairement qu'il
y ait quelque matière ou
sujet qui précède; Dieu
seul au commencement
par sa toute puissance, fit
de rien toute chose, comme
il mettrait tout en rien
par sa même toute puissance,
si sa volonté y était,
mais après qu'il eût
créé le monde, & ce qui
y est, il a voulu que ce
qui est, fût sujet à un perpétuel
changement : Et ce
qui est, comprend tous les
corps naturels, & c'est ce
que j'appelle la matière;
Or nous voyons que tout

@

de la Pauvreté 3
corps a sa forme substantielle
naturelle, & participe
des quatre qualités
premières, & qu'outre
ce, il a sa consistance qui
est aux qualités secondes;
Cette forme est celle par
laquelle le Corps a son
nom & essence, & de cette
forme se distinguent &
discernent les Esprits des
corps naturels les uns des
autres par les qualités, tellement
que l'un s'appelle
de tempérament chaud,
l'autre froid, l'autre humide,
l'autre sec, l'autre
tempéré des unes & des
autres qualités premières,
qui sont chaud, froid, sec
A ij
@

4 Le Tombeau
& humide; de même la
consistance ne baille pas la
forme, car il faut distinguer
l'un de l'autre par les
qualités secondes, qui sont
plusieurs, comme dur ou
mol, rare ou spongieux,
pesant ou léger, aride ou
visqueux, & plusieurs autres
qualités secondes,
qu'Aristote appelle affections
corporelles. Or ces
corps n'ont point leurs formes,
leurs tempéraments,
& leurs consistances d'eux
mêmes, il a fallu qu'il y
ait eu quelque chose qui
les leur ait baillées; semblablement
les mêmes
corps naturels ne peuvent

@

de la Pauvreté 5
perdre leurs formes, leurs
tempéraments, & leurs consistances
premières, sinon
par quelque cause efficiente,
car la cause efficiente
est celle qui meut
la matière pour lui ôter
sa première forme, tempérament,
& consistance,
& lui en faire acquérir
d'autres toutes nouvelles;
C'est pourquoi je dis
qu'en tout changement,
il faut une matière, & un
corps préjacent, & une
cause efficiente qui fasse ce
changement; & non seulement
ès corps naturels,
mais aussi aux artificiels,
auxquels la figure étant
A iij
@

6 Le Tombeau
changée, il y faut une
matière & une cause efficiente;
car un Serrurier ne
saurait faire une serrure
sans fer, ni le fer ne pourrait
de soi-même devenir
serrure, & changer sa première
figure sans le Serrurier:
parce que le fer est
la matière propre, de laquelle
la serrure est faite,
& l'esprit & l'entendement
du Serrurier, est la cause
efficiente qui meut le fer,
& lui baille la figure de
serrure; Il en est ainsi en
toute autre chose artificielle.

pict
@

de la Pauvreté 7
----------------------------

CHAPITRE II.
Quelle est la matière qui doit
être transformée en Sol, à l'aide de l'art.
L A matière donc est celle de laquelle se fait quelque corps naturel
sujet à être dépouillé
de sa première forme,
& en acquérir une autre.
Cette matière est éloignée,
ou prochaine; L'éloignée,
est celle qui doit
changer de plusieurs formes
avant que de venir à
ce que l'on désire: Celle
A iiij
@

8 Le Tombeau
qui est prochaine, est celle
qui avec petit changement
prend incontinent sa forme:
La matière dont l'or
se fait artificiellement, n'est
pas celle dont l'or est fait
en la minière de la terre,
car il est impossible; mais
la matière prochaine en cet
art est le Mercure vulgaire,
& celui qui est aux
métaux, Lune, Jupiter,
Saturne, Vénus, & Mars;
car l'or (quant à la matière)
n'est autre chose que
Mercure pur, & cuit jusqu'au
dernier degré de
coction métallique; & le
Mercure vulgaire n'est autre
chose qu'un Or pur

@

de la Pauvreté 9
cru, & indigeste; & les
métaux aussi, quant à leur
matière, ne sont que Mercure
impur, un peu plus
digéré que le Mercure vulgaire,
mais non pas tant
que l'or; C'est pourquoi
afin que le Mercure vulgaire
devienne Or, il ne
lui reste que d'être cuit;
& afin que les métaux imparfaits
soient convertis
en or, il est nécessaire
qu'ils soient dépouillés
de leurs impuretés, &
substance étrangère de la
nature de Mercure, & que
leur Mercure qui restera
soit achevé de cuire.

@

10 Le Tombeau
----------------------------

CHAPITRE III.
De la Cause efficiente en
cet art.
L A Cause efficiente en cet art, est celle qui a la vertu & puissance de
digérer & teindre le Mercure
vulgaire en Sol, &
qui a aussi la vertu & puissance,
de nettoyer & purger
les autres métaux de
leurs impuretés; en sorte
qu'il n'y reste que la substance
pure de leur Mercure,
& mêmes de les teindre
& digérer. C'est pourquoi

@

de la Pauvreté 11
Geber en son livre
de summa perfectionis, dit
à ce propos, que toute
chose que ce soit, qui peut
nettoyer le métal intérieurement,
le rendre à
égalité, & le citriner intérieurement
de toute espèce
de métal, il fait de
l'Or; & pour moi quant
à ce qui regarde la Lune,
d'autant qu'elle est fort pure,
& fort digeste, & approchant
de la nature de
l'Or, j'ai souvent par cimentation
de sels, & autres
choses qui purgent &
digèrent, tiré & extrait du
Sol de la Lune. Quant aux
autres métaux, je crois

@

12 Le Tombeau
que difficilement cela se
puisse faire; mais encore
aux cimentations de la Lune,
les frais & dépens surmontent
le profit à cause
du déchet, & du travail
qu'il y faut. Il y en a qui
ont dit qu'il fallait tirer les
Mercures des métaux, &
les cuire avec chaux de Sol,
& en ce faisant ont dit que
ce qui causait cette extraction
était en partie la
cause efficiente, & la chaux
de Sol en partie aussi ladite
cause efficiente avec
l'aide du feu; sur quoi je
crois que si les Mercures
des métaux peuvent être
extraits, qu'ils seraient bien

@

de la Pauvreté 13
plutôt cuits par la chaux
de Sol, que le Mercure
vulgaire à cause de sa grande
frigidité, humidité, &
indigestion; & que cette
voie particulière est véritable,
mais l'artifice d'extraire
les dits Mercures est
très difficile & laborieux.
Entre plusieurs de ceux
qui se vantent d'en savoir
l'extraction, je n'en vois
pas un qui en vienne à
bout: or il y a une autre
cause efficiente, que les
plus ingénieux ont recherché,
à l'exemple des sels
qui purgent & digèrent,
qu'ils ont appelle leur Pierre,
leur Poudre aurifique,

@

14 Le Tombeau
leur Soufre, & plusieurs
autres noms, car en un
moment par projection sur
le Mercure vulgaire elle le
digère & teint en vrai Sol;
& quant aux métaux imparfaits,
elle les purge, digère
& teint en un moment.
Cette Pierre ou
Poudre aurifique, est par
moi appelée Sel d'Or;
car comme le Sel se fond,
& résout dans toutes les
liqueurs où il est mis, cette
Pierre, ou Poudre fait
aussi le semblable; & comme
le Sel purge, digère,
& dessèche par sa grande
vertu dessiccative l'humide
superflu de toutes choses:

@

de la Pauvreté 15
de même notre Sel
purge, dessèche, & dissipe
l'impureté des métaux, avec
l'aide du feu; de manière
qu'il ne reste que le
pur Mercure d'iceux, lequel
par même moyen il
digère & réduit à sa qualité:
comme aussi en consommant
l'humide superflu
du Mercure vulgaire
il l'arrête & le fixe; & comme
tout corps qui se liquéfie
en eau, la teint de sa
couleur, comme le Safran:
de même notre
sel teint le Mercure vulgaire
& celui des métaux
de sa couleur. Et comme
toute chose qui est cuite,

@

16 Le Tombeau
est ferme & solide; de
même tout Mercure tant
vulgaire que des métaux,
décuit dans notre Sel
philosophique est ferme &
solide; Et il semble que
le vrai nom d'Alchimie
démontre que cette science
consiste en la faction
d'un Sel fusible, car (?)
en grec, signifie Sel, &
chymia, fusion; comme si
tout ne consistait que de
faire du Sel fusible; Le
Sel aurifique donc pour
conclusion, est celui qui
informe la matière, qui
est le Mercure vulgaire ou
celui des corps imparfaits
en vrai Sol.
C H A P.
@

de la Pauvreté 17
----------------------------

CHAPITRE IV.
De quelle matière doit être
tiré notre sel aurifique.
L A nature n'a pas fait ce Sel aurifique, c'est pourquoi il est nécessaire
que l'art aide à la nature,
pour l'extraire des choses,
auxquelles il est naturellement:
Plusieurs qui ont
écrit en cette science, en
disent diverses choses, &
sont en contention sur ce
sujet, mais je ne m'amuserai
pas à déduire ici
leurs opinions; Quant à
B
@

18 Le Tombeau
moi selon la plus commune
opinion, & qui est la
plus vraisemblable, je
tiens qu'il doit être extrait
de l'Or; car s'il faut
faire comparaison des choses
animées, aux inanimées,
l'homme engendre
un homme; & un cheval,
un cheval; & universellement
tous corps engendrent
leur semblable, &
toute semence engendre
le semblable à celui duquel
elle est procédée:
Davantage comme l'Or
n'est qu'un Mercure plus
cuit & digéré que le vulgaire
& celui des autres
métaux; De même notre

@

de la Pauvreté 19
Sel ou Lapis n'est autre
chose sinon qu'il est plus
cuit que l'Or; L'art commence
où la nature a fini;
c'est-à-dire que le but de
la nature est l'Or, car il
est l'extrémité des métaux
& en lui commence l'art
pour engendrer les teintures
qui sont en notre
Sel: De plus en la procréation
de toutes choses
(comme j'ai dit ci-devant)
l'un agit, & sert de
cause efficiente, l'autre
pâtit & endure, & est
comme la matière; Et en
la génération des métaux
qui consistent d'humide &
du sec, propre à la nature
B ij
@

20 Le Tombeau
métallique, le Mercure
est l'humide, qui souffre &
endure d'être congelé, &
est froid & humide; & le
sec terrestre, est celui qui
agit & congèle l'humide;
Tous les Philosophes de
cet art l'appellent Soufre,
lequel Soufre
n'est qu'une fluence terrestre
échauffée qui est
comme feu. Or le Mercure
de tous métaux, &
le vulgaire sont tout semblables,
& ne sont différents
qu'en qualités, &
accidents; c'est-à-dire que
les uns sont plus ou moins
cuits que les autres, &
sont la matière commune

@

de la Pauvreté 21
de tous les métaux, comme
j'ai dit ci-dessus:
Mais leurs terrestréités ou
Soufre qui les ont congelé,
sont différents en espèce
les uns des autres;
Ceci se connaît par expérience
en la résolution
d'iceux; car j'ai calciné
du plomb, & en ai tiré
le Sel auquel le terrestre
était demeuré, & l'ayant
pressé du feu, ce Sel est
retourné en Saturne comme
il était auparavant.
Mais si de ce Sel le terrestre
eut été ôté & extrait,
& que le Mercure
seulement eût apparu,
alors (comme j'ai reconnu)

@

22 Le Tombeau
ce Mercure eut été
comme tous les autres
Mercures: Je ne veux pas
nier pourtant, que pour
faire ou extraire le Sel du
Sol, les Mercures vulgaires
ou des autres métaux
n'y puissent servir, mais
celui dont la plus grande
force & vertu procède,
comme la cause efficiente,
est le sol, qui est comme
le mâle; & le Mercure
comme la femelle.

pict
@

de la Pauvreté 23
----------------------------

CHAPITRE V.
Quelles propriétés & qualités,
doit avoir notre Sel aurifique.
N Otre Sel aurifique est de deux sortes, à cause de deux effets qu'il
produit, l'un desquels est
moindre, & l'autre plus
grand.
Celui qui est moindre, a seulement la force &
vertu de digérer le Mercure,
ou celui des corps
imparfaits (après qu'il est
extrait) & la Lune, comme

@

24 Le Tombeau
aussi de teindre les dits
Mercures en vrai Sol;
mais il n'a pas la force &
vertu de séparer l'impur
des quatre métaux imparfaits,
& ce qui n'est pas
du naturel de leurs Mercure;
Or ce Sel est appelé
par Geber la médecine
du second ordre, mais le
second Sel & plus excellent
est appellé par ledit
Geber la médecine du tiers
ordre, d'autant que ce
Sel par sa seule projection
sépare des corps imparfaits,
tout ce qui n'est pas
de leur nature, & ce qui
reste après ladite séparation,
ce Sel le digère &
teint
@

de la Pauvreté 25
teint par même moyen, ce
que ne fait pas le premier
Sel, qui seulement digère
& teint sans aucune séparation: Pour transformer
donc la Lune par projection
ou le Mercure tant vulgaire
qu'extrait des métaux,
il n'est pas nécessaire d'avoir
le second & excellent
Sel, mais seulement le premier;
car au Mercure vulgaire
ou extrait des corps
imparfaits, il n'y a rien d'étrange,
car tout est Mercure,
comme aussi la Lune
est quasi toute Mercure, &
s'il y a en elle quelque impureté,
elle est facilement
ôtée par son simple amalgame
C
@

26 Le Tombeau
qui passera par le
gros linge, & qui sera exactement
lavé, & après cela
ladite Lune n'a plus affaire
que d'être digérée & teinte;
ce que fera le premier
Sel susdit, fusible par sa
projection? Et quoi que
ces deux sortes de Sel fassent
des effets plus ou moins
grands, toutefois la matière,
de laquelle l'un &
l'autre sont extraits, est
toujours une même matière,
c'est-à-dire Sol, comme
il a été dit: Et la seule différence
est en la plus grande
ou moindre préparation,
comme sera dit ci-après;
mais quoi qu'il en soit, les

@

de la Pauvreté 27
propriétés, & qualités de
l'un & de l'autre, sont telles
que s'ensuivent.
Premièrement la teinture que baillera ce Sel, doit
être de nature d'or, & cela
procède de la propriété
qui est au Sol, & cette propriété
procède de la forme
& essence de l'or, non de
sa matière considérée au
respect de son Esprit, ni
de son tempérament ou
qualités premières, ou des
secondes, de sorte qu'il se
pourrait tirer un Sel de Venus,
ou de Mars, qui serait
plus rouge que le Sel de
Sol, & qui baillerait teinture
rouge citrine, mais
C ij
@

28 Le Tombeau
telle couleur est sophistique,
qui ne demeure jamais
aux épreuves, par
tant il n'y a point d'autre
teinture que celle qui se
tire du Sol, & tous les Philosophes
le disent ainsi, &
la vérité est telle, & nul
artifice ne peut faire cette
teinture.
Les autres qualités de notre Sel s'acquièrent par
artifice qui sont, savoir
que ce Sel en second lieu
doit être fusible, de fusion
aussi soudaine que cire, parce
que de la fusion, la mixtion
se fait, autrement elle
ne se ferait pas; Or cette
fusion s'acquiert en l'or

@

de la Pauvreté 29
quand il est fait Sel, parce
que tout Sel baille fusion.
La 3. qualité est que cette fusion soit aussi déliée &
subtile comme l'eau, afin
qu'elle pénètre; & cette ténuité
& subtilité s'augmente
par les réitérations de dissolution,
comme sera dit
ci-après.
La 4. & une des principales est que ce Sel, soit de
qualité chaude & sèche, &
de vertu ignée, afin de faire
consumer l'humidité
des Mercures, & consolider
& arrêter leur fluxibilité,
& digérer & fixer leur
crudité, comme aussi celle
de la Lune; Cette qualité
C iij
@

30 Le Tombeau
n'est pas au Sol, & partant
par sa mixtion il ne les change,
ni altère, ni les transmue
comme fait son Sel,
joint que l'une des règles
de sa mixtion, est que ce qui
agit comme ce Sel, soit de
qualité contraire à ce qui
endure ou pâtit, comme
les métaux; parce que par
cette contrariété, il se fait
un tempérament, dont résulte
une nouvelle espèce
& forme substantielle, car
cette pureté du Sel s'augmente
par la décoction continuelle,
car toute chose
décuite est plus chaude que
la terre.
La 5. qualité, est la pureté
@

de la Pauvreté 31
& transparence de notre
Sel, afin qu'il pénètre
mieux, & cela s'acquiert
songra netigieluk eude firkigli,
comme sera dit ci-
après.
La 6. est la fixation de notre Sel qui ne doit aucunement
s'évaporer, mais
doit demeurer ferme, &
stable, & fixe dans le feu
sans s'évaporer.
Geber ajoute la 7. qualité à savoir qu'il y aie
affinité & similitude d'espèce
entre ledit Sel & le
Mercure, mais ayant déjà
dit que ce Sel est extrait
de l'Or, l'effet y est, car
& le Sol & le Mercure,
C iiij
@

32 Le Tombeau
ne sont qu'une même chose.
Les Mercures vulgaires
ou des corps imparfaits
sont le commencement,
le Sol en est le milieu,
& notre Sel ou lapis
est l'extrémité, c'est-à-dire
que notre Sel n'est que
Mercure plus cuit, que celui
du Sol, & celui du Sol
plus cuit que celui des métaux
imparfaits, & celui
des métaux imparfaits plus
cuit que celui qui est vulgaire.

pict
@

de la Pauvreté 33
----------------------------

CHAPITRE VI.
Des diverses façons de faire
notre Sel, ou Lapis des Philosophes.
P Arce que j'ai dit qu'il y a deux sortes de Sels, je parlerai de la première,
puis de la seconde.
Quant à la première, quelques-uns, comme Geber,
prennent l'Or & le calcinent,
& après en tirent
le Sel, sur lequel ils subliment
& fixent du Mercure
sublimé, jusques à ce qu'il
s'en fasse une fusion fort

@

34 Le Tombeau
déliée & fixe, & en font
projection sur le Mercure
vulgaire, & extrait des
quatre métaux imparfaits,
ou bien en font projection
sur la Lune préalablement
purgée; Les autres, comme
Raymond Lulle, calcinent
le Sol par eau minérale,
végétale & animale,
ou mixte; & après la calcination
distillent les derniers
esprits des mêmes
eaux dont ils ont fait la calcination;
Ils appellent cette
seconde, Esprits des Mercures,
qu'ils distillent jusques
à ce qu'ils demeurent
avec ledit Sol ainsi calciné,
& disent que ladite chaux

@

de la Pauvreté 35
est résolue par ces seconds
esprits, & enfin distillent
le tout au feu dessicatoire
qu'ils appellent Athanor,
& puis le résolvent au bain
Marie, jusques à ce que le
tout demeure en huile épaisse
& fixe, & après prennent
une once de Mercure
vulgaire ou extrait des métaux,
& le cuisent en un
matras de verre par huit
jours, puis fondent la poudre
rouge qui s'y trouve,
& est toute convertie en
Sol, ou bien ils subliment
sept portions de Mercure
bien sublimé sur une once
de cette huile, jusques à ce
que le tout soit fixe, puis en

@

36 Le Tombeau
font projection sur cent
poids de Lune, & sur autant
de Mercure vulgaire,
ou extrait des quatre métaux
imparfaits.
Les autres prennent de la chaux de Sol, sur laquelle
ils mettent une once de
Mercure extrait, & le cuisent
& fixent jusques à ce
que tout soit en poudre rouge,
dont ils font une minière,
car ils amalgament une
once de Mercure vulgaire
ou de celui des métaux avec
ladite poudre ou ferment,
& cuisent le tout
pendant dix ou douze jours,
jusques à ce que le tout devienne
en poudre rouge, &

@

de la Pauvreté 37
multiplient cette matière
jusques à l'infini, en mettant
toujours de nouveau
Mercure en poids égal du
ferment, & quand ils veulent
en profiter, ils fondent
une partie de ladite minière
en Sol, & gardent le reste
pour la minière & ferment,
Quant au second Sel, qui est le grand Lapis, & la
médecine du tiers ordre, il
se fait aussi diversement;
Quelques anciens Philosophes
l'ont fait ainsi; Ils ont
pris de l'or, & l'ont calciné,
car ceux qui ne l'ont
point calciné se sont abusés,
& n'ont rien fait, parce
que le but de ce Lapis

@

38 Le Tombeau
comme j'ai déjà dit, est
d'être de nature de Sel; or
plus l'Or approche de la nature
de Sel, plus il est propre
& disposé à être Sel,
Or le Sol calciné, comme
je dirai ci-après, est plus
proche de la nature de Sel,
que celui qui n'est point
calciné, partant il est nécessaire
qu'il soit premièrement
calciné; Encore ceux
qui veulent mieux faire, le
rendent en nature de Sel
après la calcination; Ils ont
donc pris le Sol réduit en
chaux, ou en nature de Sel,
& en ont amalgamé une
once, avec quatre onces de
Mercure extrait du Jupiter,

@

de la Pauvreté 39
du Saturne, ou du régule
de stibium; Le Mercure
vulgaire n'y est pas propre,
car il est trop froid & volatil,
& ne se fixerait jamais
après ladite dissolution; Les
Mercures extraits de Sol,
Lune, Mars, ou Vénus
sont trop chauds, & ne dissolvent
pas ladite chaux ou
Sel de Sol; Or la conjonction
étant faite de ladite
chaux ou Sel avec le Mercure
de Jupiter, Saturne,
ou régule par ledit amalgame,
ils mettent tout dans
un oeuf Philosophique, &
le cuisent par trois degrés
du feu, qui servent pour les
trois couleurs, noir, blanc,

@

40 Le Tombeau
& rouge, jusques à ce que
tout devienne en poudre
impalpable.
Les autres, comme Raymond Lulle, calcinent l'or
par leurs eaux minérales,
végétales & animales mixtes,
& puis distillent toute
l'humidité qu'ils tournent
en eau & huile, & subliment
ce qui demeure au
fond, qu'ils appellent soufre,
puis résolvent ce
soufre avec les eaux distillées,
& les circulent jusques
à ce que tout soit fixe
au fond comme une Pierre;
qu'ils résolvent au bain Marie,
& la dessèchent au feu
d'Athanor, réitérant sa dissolution
solution
@

de la Pauvreté 41
& dessiccation, jusques
à ce que tout soit devenu
en huile épaisse, par
laquelle & avec laquelle ils
transforment tous les corps
imparfaits, & le Mercure
vulgaire par projection; &
pour l'augmentation prennent
seulement du Mercure
sublimé, & en font projection,
comme il est dit ci-
dessus.
Les autres réduisent le Sol en Sel, & le résolvent,
filtrent, & congèlent par
plusieurs fois, puis par
grand artifice subliment
cette terre par mixtion du
Mercure sublimé, & réitèrent
la sublimation jusques
D
@

42 Le Tombeau
à ce que le Sel ou terre soit
sublimée, puis par les réitérées
sublimations fixent
le sublimé, & pour l'augmentation
en force, vertu,
& qualité, ils commencent
à résoudre ce lapis, le faire
volatil, & le fixer, & réitèrent
ces opérations plusieurs
fois, puis font projection
sur tous les corps imparfaits,
sans autre préparation,
& sur le Mercure
vulgaire.

pict
@

de la Pauvreté 43
----------------------------

CHAPITRE VII.
Mon avis sur tout ce que
dessus, & ce qui est plus expédient pour le commencement.
J E ne doute point que toutes ces opérations ne puissent être vraies, mais
elles sont fort longues, laborieuses
& difficiles à pratiquer,
& de grands frais
avant qu'on en puisse venir
à bout; Celui qui veut travailler
en cet art, doit rechercher
chose véritable
qui soit courte & de peu de
D ij
@

44 Le Tombeau
travail, facile à exécuter &
de peu de frais; Et quoi
que l'effet réussisse à peu
de profit, toutefois il sera
plus certain que de se mettre
à plus grand hasard de
tant de voies périlleuses,
auxquelles peut-être on ne
trouvera rien; On se doit
donc contenter pour le
commencement, d'apprendre
à réduire le Sol en nature
de Sel fusible: Car sans
doute il transformera la
Lune en Sol par projection,
& le Mercure par décoction,
soit vulgaire ou celui
des métaux imparfaits,
car le Sel commun fait fusible
par fréquentes calcinations

@

de la Pauvreté 45
& dissolutions, a
bien cette vertu & puissance
d'arrêter & congeler le
Mercure vulgaire en métal
par décoction, ce qui
se fait à cause de la grande
siccité & ténuité qui consomme,
en pénétrant l'humidité
indéfinie du dit Mercure,
ce que j'ai vu &
connu par expérience. Que
si cela se fait par le Sel commun,
il y a bien plus grande
raison qu'il se fera par
le Sel du Sol, à cause de la
similitude d'essence qu'il a
avec le Mercure, d'autant
qu'ils sont issus d'une même
racine, & que le Sol
n'est que Mercure décuit

@

46 Le Tombeau
& le Mercure vulgaire est
Sol cru, toutefois le Sel
du Sol ne s'extrait pas si facilement
qu'on pense, à
cause de la grande difficulté
& industrie qu'il y a à le
calciner, car il est impossible
de le réduire en Sel,
sans le bien & dûment
calciner; c'est pourquoi
je parlerai ici de sa calcination,
& des causes &
moyens d'icelle.

----------------------------

CHAPITRE VIII.
De la calcination en général.

L A calcination, selon la définition de Geber,
@

de la Pauvreté 47
est une réduction par le feu
d'un corps ferme & solide
en poudre ténue par la privation
de son humidité,
qui tenait les parties fermes
& solides: Donc
l'humidité d'un corps est
le sujet ou la matière sur laquelle
le feu agit, & le feu
est la cause efficiente de la
privation de cette humidité,
car par ses qualités
chaude & sèche, il consomme
cette humidité. Et
d'autant que le naturel de
toute humidité, est de lier,
assembler, conglutiner, &
sceller les parties qui étaient
arides & discontinues,
il s'ensuit donc, que

@

48 Le Tombeau
cette humidité étant ôtée,
le corps viendra en
cendres, & poudre.
Or il est dit, que cette calcination est faite par le
feu, à la différence de la
seule trituration ou broiement,
par lequel les parties
du corps sujettes à briser,
& à être triturées, peuvent
bien être mises par
cette trituration en très
petites parties, mais l'humidité
pour cela n'en est
pas ôtée ou altérée: Il est
bien vrai, que telle trituration,
comme je dirai ci-
après sert de beaucoup, &
est nécessaire pour parvenir
à ladite calcination, car le
feu
@

de la Pauvreté 49
feu atteint bien mieux les
petites parties, que les solides.
De plus, la privation
de l'humide s'entend en
deux sortes; l'une, quand
tout l'humide, qui faisait
partie de la substance du
corps, en est séparé, comme
alors qu'il est brisé, &
réduit en cendres: & en
cette sorte de calcination,
tout accidents fusibles &
visibles périssent, car en
la cendre, il ne se reconnaît,
ni remarque aucun
accident ou qualité de bois.
L'autre & seconde sorte de privation d'humidité
s'entend, quand l'humide
radical ne périt point, mais
E
@

50 Le Tombeau
au contraire est animé; &
seulement la qualité humide
est altérée par la siccité du
feu, & l'humidité convertie
en siccité, & en cette sorte
de calcination, tous les accidents
sensuels ne périssent
pas. Car les métaux calcinés,
retournent par forte
imprécision de feu, en leurs
corps, comme auparavant;
& davantage j'ai connu
par expérience, que des cendres
de Jupiter tournées en
Sel, il en a été extrait du
Mercure par le Mercure
vulgaire, comme il sera dit
ci-après; Et la fluxibilité
des métaux qui sont fondus,
ou du Mercure extrait, est

@

de la Pauvreté 51
une qualité & accident
sensuel, qui ne se perd point
par ladite calcination, toutefois
en la parfaite & accomplie
calcination, la
chaux & cendre ne doit
plus retourner en Mercure,
comme sera dit ci-après.

----------------------------

CHAPITRE IX.
Que le seul feu ne pourrait
calciner l'Or, s'il n'était aidé par le Mercure vulgaire.
L 'Or a une humidité si glutineuse, & visqueuse, si fort unie avec sa siccité
terrestre pure, qu'il serait
E ij
@

52 Le Tombeau
impossible par le seul
feu de la pouvoir altérer,
car de résoudre, & séparer
ladite humidité d'avec sa
siccité, pour la vitrifier, il
est impossible, ni par le seul
feu, ni par les autres drogues,
à cause de ladite
union & force de sa mixtion;
ce qui peut bien avenir
aux autres métaux pressés
de feu continuel, qui les
vitrifie, parce que leurs humidités
ne sont pas si visqueuses,
ni si fort mêlées
& unies à leurs siccités. C'est
pourquoi j'ai dit, que le
Sol ne peut être altéré par
le seul feu, & ai parlé seulement
d'altération, parce

@

de la Pauvreté 53
que par icelle seulement la
dite calcination (pour faire
notre Sel d'Or) doit être
faite, & non par séparation
du dit humide radical, autrement
il serait impossible.
Or d'autant que le Sol demeurant
en son corps, ne
pourrait être calciné par le
seul feu, il a été nécessaire
d'inventer un moyen pour
le rendre en menues parties,
avant de l'exposer au feu
pour le calciner, car le feu
agit bien mieux sur un
corps qui est divisé en parties
très subtiles, que sur celui
qui est ferme & solide;
& cette division en menues
parties, n'est pas la calcination,
E iij
@

54 Le Tombeau
mais une préparation,
& disposition pour
plus facilement venir à la
dite calcination, & sans laquelle
préparation ladite
calcination serait impossible;
pour cet effet les uns
ont dissout le Sol par eau
régale, les autres par eau
de Sel Armoniac, & la séparation
étant faite de la
dite eau de Sel Armoniac,
ils ont calciné par le feu la
poudre du Sol qui restait;
Mais pour moi, j'ai cru
qu'il n'y a rien qui le puisse
mieux diviser en très petites
parties que le Mercure;
car il n'y corrompt rien,
& sans lui cette division

@

de la Pauvreté 55
& réduction en menues
parties ne peut être faite
commodément; ce que j'ai
connu par expérience, &
la raison y est apparente,
& est confirmée par l'Autorité
des plus fameux Philosophes
qui ont écrit en cet
art. C'est donc par le Mercure
que nous entendons
atténuer les parties de l'Or
premièrement, pour puis
après le calciner par le seul
feu.

pict
@

56 Le Tombeau
----------------------------

CHAPITRE X.
Pour atténuer & subtiliser le
Sol par le moyen du Mercure, & le rendre en état d'être sublimé comme il faut.
P Renez Sol raffiné dont vous ferez amalgame, avec Mercure vulgaire,
puis y ajoutez du nouveau
Mercure douze fois autant,
triturez ledit amalgame
dans un mortier par un
long espace de temps, y ajoutant
de bon vinaigre distillé
pour le bien laver, puis
le passez par un linge fort

@

de la Pauvreté 57
serré, & continuez d'y remettre
de nouveau Mercure,
tant que tout le Sol
soit passé comme en Mercure
pour mieux atténuer
& subtiliser les parties du
Sol.
Alors prenez tous vos Mercures, que mettrez dans
un alambic avec sa chape,
sur cendres chaudes pendant
vingt-quatre heures a
feu doux, afin que le Sol
se purifie avec le Mercure,
puis versez le tout en une
peau de chamois, & en exprimez
le Mercure, & il
demeurera un globe dedans
le cuir, qui contiendra tout
votre corps, & trois fois

@

58 Le Tombeau
autant de Mercure; mais si
au sortir de l'expression par
le linge, vous venez à exprimer
le tout par le cuir,
sans le recuire, comme dessus,
il y aurait danger qu'il
passât du corps du Sol avec
le Mercure.
Prenez ce globe qui sera demeuré au cuir par expression,
& le mettez dans
un fond d'alambic avec sa
chape, sur le fourneau de
cendres, à feu doux par
deux ou trois heures, jusques
à ce que le globe soit
sec, ôtez-le du fourneau,
& s'il est monté quelque
partie du Mercure, faites
le descendre avec une plume

@

de la Pauvreté 59
après qu'il fera sec; ce
que vous trouverez en masse,
vous le mettrez en poudre
très subtile, remettez
cette poudre à cuire doucement
comme dessus, c'est-
à-dire avec son Mercure
extrait, puis l'ôtez, & triturez;
réitérez ces opérations
tant de fois que la poudre
soit très subtile, &
qu'elle ne se tourne plus en
masse; mettez cette poudre
dedans le même fond d'alambic
avec sa chape, &
distillez à fort feu tout le
Mercure, puis ôtez ce qui
sera au fond, & si vous le
trouvez en masse qui tienne,
résolvez-le avec le Mercure
qui en est sorti, & triturez,

@

60 Le Tombeau
& distillez, réitérant
ces opérations jusques à ce
que votre matière ne tienne
plus en masse, mais soit
en poudre subtile; Voilà le
commencement de la subtilisation,
& division du Sol
en menues parties, sans laquelle
on ne parviendrait
jamais à la calcination du
Sol.
Alors prenez cette poudre, & la triturez sur le
marbre bien subtilement,
& non dedans le mortier,
puis faites la passer par une
étamine, la plus pressée
qu'il sera possible, & ce qui
ne passera pas, vous le triturerez
derechef, & continuerez

@

de la Pauvreté 61
jusques à ce qu'elle
passe toute, & lors vous
aurez une poudre très subtile,
préparée & disposée
à être calcinée par le
feu.

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CHAPITRE XI.
De la Calcination du Sol, &
des signes par lesquels on connaît, s'il est parfaitement calciné.
A Près que le Sol a été ainsi divisé par le Mercure, & que ledit Mercure
en est extrait par la force
du feu, il faut faire calciner

@

62 Le Tombeau
la poudre qui reste, par le
seul feu, afin d'altérer son
humidité, & la tourner en
siccité, car les qualités contraires
agissent à l'encontre
l'une de l'autre; Vous
mettrez donc votre poudre
ainsi préparée, dans une
boîte de terre, ou de verre,
au feu de calcination
propre, par deux jours; au
bout desquels vous ôterez
la boîte, & l'ouvrirez, &
si vous trouvez qu'elle soit
Ciogh almisc cicekinde,
ôtez bunleri cicek, avec
une plume, & les conservez,
réitérez cette calcination,
jusques à ce que
tout soit cicekinde, puis

@

de la Pauvreté 63
recalcinez bunleri cicek,
jusques à ce qu'ayez vu les
signes suivants, par lesquels
on connaît la perfection
de la calcination, sans laquelle
on ne pourrait parvenir
à faire notre Sel Philosophique;
car comme on
ne pourrait calciner le Sol
par le feu, s'il n'était réduit
en menues parties, & disposé
à recevoir la force, &
effets de la chaleur du feu:
Ainsi si la calcination n'est
entièrement achevée, &
rendue disposée à la résolution,
cette résolution ne se
fera pas. C'est pourquoi
Geber dit très bien, que
toutes choses bien & dûment

@

64 Le Tombeau
calcinées, approchent
la nature des Sels, &
& leur nature est de se résoudre
en eau; toutefois la
seule subtilité, & ténuité
des parties, n'est pas la cause
de la résolution en eau
mais il y a des signes, qui
montrent, & font connaître
la perfection de la
calcination; Ces signes ici
sont visibles, & doivent
bien être remarqués, car
ce n'est pas peu de chose,
ni de petite importance,
que de savoir bien calciner
le Sol, vu que c'est la
clef, & le plus grand secret
de tout l'art.
Le premier signe visible donc
@

de la Pauvreté 65
donc de ladite calcination
parfaite, est que kiregs
chonus tos olursah ciok
inge nige deghmemelik;
car comme j'ai dit, les parties
très subtiles se liquéfient
plus aisément dans les
liqueurs qui les dissolvent,
que celles qui sont grosses.
Le second est, aquel elaf psonitu psansi eser arenira
beta fleso spartiesu onez
fifel batrachenta fluined
bad clauitrec, datul eselut
sigonitisono, imalisa delme
pured spoludren peto
acenidrep; car par cela l'on
connaît que l'humidité a
été altérée, & a été vaincue
par la chaleur & siccité

@

66 Le Tombeau
du feu; autrement ce serait
signe que ladite humidité
ne serait entièrement altérée
ni vaincue par le feu,
& partant il la faudrait laisser
plus long temps au feu.
Le 3. est, que Tos olursah bir altun parlamasisus,
quand on la regardera au
Soleil luisant, & si elle a
encore bir altun parlamasi,
c'est signe, que son humidité
n'est pas entièrement
altérée.
Le 4. est, que Tos bu deghisc-mek artuk irengh,
mais qu'elle demeure en un
même irengh, car l'humidité
indéfinie n'étant entièrement
altérée, est cause

@

de la Pauvreté 67
deghifc-melik irengh, mais
depuis qu'elle est entièrement
finie, elle ne change
jamais.
Le 5. est, que ladite poudre ne se diminue plus par
le feu, quelque longueur
de temps qu'on l'y laisse,
car c'est aussi un signe, que
ladite humidité est tout à
fait altérée & vaincue.
Le 6 est, que ladite poudre ne puisse plus tourner
en corps métallique, car
c'est aussi un signe, que toute
l'humidité, qui était
cause de sa fusion, a été
entièrement tournée en siccité.
Le 7. & le plus assuré, F ij
@

68 Le Tombeau
très certain, & nécessaire
signe, est que la poudre mise
sur la dil olursah sokugi,
car lors l'on se peut assurer,
que facilement elle se
convertira en Sel; car sans
ce signe dernier, on ne
pourrait assurer que toute
l'humidité de la poudre fut
vraiment, & entièrement
altérée & vaincue, car encore
bien qu'elle se put
résoudre en liqueur, iciun
firkiesi, elle ne laisserait
pas d'avoir l'humidité mercurielle,
parce que j'ai connu
par expérience, que
l'on le résout en Mercure
coulant, par le moyen du
Mercure vulgaire. En un

@

de la Pauvreté 69
mot, il faut que le Sol soit
si bien calciné, qu'il soit
tout tourné en nature de
Sel, & s'il n'a les sept signes
ci-dessus, vous serez contraint
de continuer la calcination,
jusques à ce qu'on
les ait vus: Le Lapis des
Philosophes, que l'on fait
par la mode des Anciens,
n'est aussi qu'un Sel, & est
une poudre rouge, comme
celle-ci: Mais il faut plus
de temps à la faire, à cause
des préparations de leur
Mercure double, & de la
cuite, qui requiert au
moins un an, avant qu'elle
soit en sa perfection.

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