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Réfer. : AL0803E
Auteur : Glauber Iean Rudolphe.
Titre : Traité dela Médecine Universelle.
S/titre : ou le vrai Or Potable.

Editeur : Thomas Iolly. Paris.
Date éd. : 1659 .


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T R A I T T E D E L A M E D E C I N E V N I V E R S E L L E, O U L E V R A Y O R P O T A B L E. C'est à dire, vne exacte description de la vraye Medecine vniuerselle, & de l'admirable vertu qu'elle exerce sur les vegetaux, animaux & mineraux.
Pour seruir de clair flambeau au monde aueu- gle, luy ensignant le moyen de discerner le mensonge d'auec la verité; & de secourir les pauures malades abandonnez.
PAR IEAN RVDOLPHE GLAVBER.
Et mise en François par le Sr DV TEIL,
pict
A P A R I S,
Chez T H O M A S I O L L Y, Libraire Iuré, ruë S. Iacques, au coin de la ruë de la Par- cheminerie, aux Armes d'Hollande. --------------------------------- M. D C. L I X.
AVEC PRIVILEGE DV ROY.
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P R E F A C E A U L E C T E U R.
pict MI Lecteur, je t'avertis,
que cette traduction touchant la Médecine universelle, ou Or potable, devait être ajoutée au Livre intitulé, La Continuation des Miracle du Monde; &
que l'Imprimeur ne l'a pu faire à cause
du peu de temps & de certains empêchements;
même de la foire de Francfort;
de sorte qu'il n'a pu mettre en lumière
que ces trois Livres, dont le premier
enseigne aux Laboureurs & aux
Vignerons, d'engraisser leurs terres
sans fumier: Le second enseigne aux
Marchands de faire profiter sûrement
leur argent dans leurs maisons sans usure,
& sans incommodité de leur prochain:
Le troisième enseigne aux fidèles
Médecins, la façon d'avoir aisément
A ij
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Au Lecteur.
& à peu de frais des médicaments, par le
moyen desquels, à la façon du Samaritain,
ils puissent remédier aux maladies.
Il a mis au jour ces trois procédés. Pour le quatrième que j'ai dédié aux
personnes de qualité, pour conserver &
recouvrer la santé; il ne l'a pu faire
pour les raisons susdites. J'ai cru que
j'obligerais le public en le lui donnant;
que si je ne m'étends pas assez sur cet
usage de cette Médecine universelle, on
le trouvera plus au long dans le Livre,
que Dieu aidant, je mettrai en lumière
au premier jour sur ce sujet.

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pict

A U X P E R S O N N E S de qualité, qui désirent vivre longuement en santé.
La Médecine universelle, ou le vrai Or potable.
pict PRES avoir décrit trois
excellents procédés dans la Continuation du miracle du Monde, & facilité le moyen à beaucoup de personnes de gagner leur subsistance; j'ai voulu faire un présent aux personnes de qualité
pour se maintenir heureusement dans une parfaite
santé, & pour la recouvrer aussi, en cas
qu'ils l'eussent perdue. Car il importe aux hommes
élevés en autorité & puissance, de jouir
d'une parfaite santé, afin de pouvoir mieux agir
& commander à ceux qui en dépendent, pour
défendre les gens de bien, & punir les méchants.
Or il est constant qu'après la grâce divine, la
sagesse consiste dans le bon tempérament, qui
vient de la bonne disposition du coeur & du cerveau.
A iij
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Au Lecteur.
Il n'est donc pas possible que les affaires
soient bien gouvernées sans santé.
Or le bon état des royaumes & des Républiques, consistant en la prudence & en la conduite
des Ministres & des Magistrats, il est nécessaire
de travailler à ce que ces personnes se portent
bien, afin qu'elles soient propres à l'administration.
C'est ce qui m'a obligé à donner au public
cette Médecine universelle, la santé est absolument
nécessaire à la félicité de l'homme, sans
elle tous les trésors & toutes les richesses sont
inutiles; & celui là seul est heureux qui possède
la santé & les richesses; la maladie & la
pauvreté étant pires que la mort.
Nous voyons souvent que de bons Magistrats & Gouverneurs, sont emportés par de petites
maladies, & qu'ils eussent long-temps gouverné
leurs sujets, s'ils eussent eu de bons remèdes pour
les secourir.
Mais il y a beaucoup de gens qui sont de cette humeur, qu'ils préfèrent les richesses à la santé,
& la santé au salut éternel. D'où vient qu'ils y
en a quelques-uns lesquels recherchant les bons
médicaments passent leur vie en sûreté jusqu'à
ce que la mort les saisit. Lors ils connaissent que
la santé est un don incomparable de Dieu, &
que la maladie est la peine du péché. Mais il arrive
souvent qu'on s'avise trop tard de songer

@

Au Lecteur.
au rétablissement de la santé, & qu'on est contraint
de céder à la mort.
Il est donc raisonnable que les jeunes gens dans la fleur le leur age songent à la maladie,
& à la vieillesse, & qu'il recherchent les remèdes
que Dieu a ordonnés, pour adoucir les douleurs,
& pour chasser les maladies. De même
qu'un oiseau enfermé dans la cage, peut aisément
être gardé; mais s'il est une fois échappé,
il ne peut être recouvert qu'avec peine; ainsi la
santé peut aisément être conservée, mais étant
une fois perdue, elle ne peut être recouvrée que
difficilement: on s'avise trop tard d'épargner
quand on est venu au fond. Il ne faut pourtant
pas perdre courage, mais s'adresser à Dieu &
lui demander pardon, puis user légitimement des
moyens que sa divine libéralité nous a fournis.
Car si on prie bien Dieu, & qu'on se serve de
bons remèdes, il est impossible que la maladie ne
cède à leur puissance. Sans le secours divin il est
certain que toutes nos actions sont impuissantes,
& qu'elles ne réussissent jamais: rien ne se fait
sans la permission divine, soit bien ou mal; aux
gens de bien toutes choses sont bonnes, quoi que
les ignorants ne le croient pas ainsi: & au contraire
aux méchants toutes choses sont méchantes,
quoi que ce ne soit pas le sentiment du monde
aveugle. La fortune & la prospérité mondaine
A iiij
@

Au Lecteur.
n'est que fumée, il n'y a que la vertu & la
piété de solide: tout le reste est vain & caduque.
Il n'y a donc personne, riche ou pauvre, grand ou
petit, qui doive avoir plus de soin d'autre chose
que de la vertu & de da santé. Le Vieil & Nouveau
testament enseignent à servir Dieu sans
fallace & sans hypocrisie; & ce petit Livre enseigne
à conserver la santé, & à la recouvrer
quand on l'a perdue.


pict
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9
pict
L A M E D E C I N E U N I V E R S E L L E, O U V R A I O R P O T A B L E,

pict E remède qui est honoré du
titre de Médecine universelle doit être tel, qu'il exerce sa vertu sur les trois règnes des végétaux, animaux & minéraux, & qu'il les puisse secourir dans leurs besoins, s'il n'a pas cette vertu il
ne mérite pas le nom de Médecine universelle.
C'est pourquoi traitant de cette Médecine universelle, je suis obligé de montrer qu'elle
mérite ce nom, & qu'elle en possède les propriétés.
Et il n'est pas seulement nécessaire qu'elle
exerce ces vertus sur les trois règnes en général
mais encore en particulier, sans addition d'aucune
chose étrangère, & que sans beaucoup de
peine, ni de dépense, elle puisse secourir le pauvre
& le riche également. Ceux-là donc se trompent

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10 La Médecine universelle.
lourdement qui s'imaginent que cette Médecine
universelle doit être tirée d'ici, & de là
en certaines régions, avec grand peine & grand
dépense. Cette opinion est tout-a-fait éloignée
de celle des véritables Philosophes, lesquels
avouent que la matière de cette médecine, se
trouve en tous lieux, & qu'elle peut secourir
toute sorte de gens. Mais le monde qui fait l'en
tendu par son orgueil, & dans les ténèbres, ne
peut se persuader qu'il y ait rien de bon dans les
choses viles & abjectes; & laissant les marguerites
qui sont devant leurs yeux, s'attachent à
des écorces. C'est pourquoi les véritables Philosophes
ont raison de dire, que personne n'en
ferait état, si on l'appelait par son propre
nom. Ce qui est cause qu'ils l'ont enveloppée
sous tant d'énigmes, & n'ont pas voulu que leurs
écrits aient été pris au pied de la lettre. Sendivogius
dit qu'il a souvent révélé l'art mot à mot
à quelques uns, qui néanmoins sont incrédules,
& présomptueux, ne pouvant pas s'imaginer
qu'une chose si précieuse soit cachée dans un
sujet si méprisable. Il ajoute même que l'art
& la matière universelle peuvent plutôt être
touchées que comprises par l'entendement. Et
moi j'assure que cet art est connu de tout le
monde, & qu'il n'y a personne qui n'en use: Je
dis bien plus, qu'un enfant nouveau né ne peut
pas vivre sans cette matière universelle. Dans
beaucoup de mes écrits, j'ai déjà montré que
le nitre se trouvait non seulement dans les végétaux,
animaux & minéraux, mais même dans
les éléments, & que par conséquent on le peut

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La Médecine universelle. 11
justement appeler Médecine universelle. Car
sans les éléments personne ne peut vivre. Le croira
qui voudra. Voila quant à la matière universelle.
Pour la préparation je l'ai montrée en plusieurs de mes traités, particulièrement dans le
Miracle du Monde, & autres qui appartiennent
à cet Ouvrage; c'est pourquoi je n'en dirai pas
autre chose.
Ici néanmoins j'ajouterai qu'encore que j'ai préparé cette médecine universelle diverses
fois, je confesse qu'elle n'a pas toujours répondu
à mes souhaits, & que jamais je ne l'ai
conduite jusques à sa dernière fixation & perfection;
pour ce que le temps, l'occasion, & autres
choses m'ont manqué. Or je veux consacrer à
l'éternelle mémoire de la postérité les progrès
que j'y ai faits, qui sont tels qu'en trois jours je
la puis achever; mon dessein ne tendant à autre
chose qu'à la gloire du Tour-puissant, & au soulagement
d'une infinité de malades par un secours
très-présent & très-efficace, & n'ayant
pas voulu ensevelir avec moi un talent que Dieu
m'a donné.
Que personne ne s'imagine d'attraper de moi cette préparation par de belles paroles &
par des promesses de montagnes d'or, afin de
s'en servir par après à vivre dans la volupté &
dans l'orgueil. Je veux qu'il sache qu'il n'est
pas en ma puissance de révéler ce don de Dieu à
tout le monde, & que j'aimerais mieux mourir
que de le prostituer en le communiquant aux
impies. Et quoi que j'appelle cette médecine

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12 La Médecine universelle.
universelle, il ne faut pas pour cela que l'on s'imagine
qu'elle serve à la transmutation des métaux
imparfaits en or, & que par son moyen on
puisse amasser de grands trésors, comme les
Philosophes attribuent à leur médecine universelle.
Car je ne sais point une telle médecine, ni
ne songe à la savoir, rendant grâces à Dieu seul
de cette médecine que je tiens de sa bonté pour secourir
les pauvres malades. J'avoue même ingénument
qu'elle n'a encore servi de rien pour
l'amélioration des métaux, & que pour moi je
me contente de trouver ma subsistance pour le
vivre & le vêtement. Je ne souhaite point l'abondance
des richesses, & je ne demande à Dieu
que te n'être pas accablé de pauvreté, ni aussi
trop rempli, de peur que l'orgueil ne m'emporte,
& que je ne vienne à dire: Qui est le Seigneur?
& quand même je croirais pouvoir tirer
un grand profit de cette médecine dans les
choses métalliques, néanmoins je n'en ferais
rien, & n'emploierais pas aux biens temporels:
ce don de Dieu pour en priver les pauvres malades,
en faveur desquels il m'a été donné.
Il pourrait bien arriver peut-être que par la diligence des studieux ma médecine fut poussée
à ce point, que d'exercer la puissance sur les bas
métaux, en les perfectionnant & corrigeant avec
utilité; mais Dieu s'est réservé cela, & c'est de
lui que devons attendre sa grâce avec patience.
Cependant il nous est permis d'user de cette excellente
médecine, laquelle montre évidemment
la grandeur de l'art, fermant la bouche aux
ignorants Farnériens, & brisant leurs dents médisantes.

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La Médecine universelle. 13
Toutefois quelqu'un de ces ignorants pourrait jeter son venin, & demander par quel droit
je puis donner le nom d'universelle à ma Médecine;
vu que je confesse qu'elle n'est capable
de m'apporter aucun profit des métaux, & qu'elle
remédie seulement aux maladies, & que les
Philosophes assurent que la médecine universelle
a la vertu de transmuer les métaux en or,
avec une grande utilité. A cela je répons que
j'ai déjà déclaré que je n'ai pas eu tout ce qu'il
me fallait pour faire la fixation. Mais qui peut
savoir ce que le temps nous apportera avec
l'aide de Dieu? On ne reprochera pas à un enfant
qui ne vient que de naître, de n'avoir assez
d'esprit ou de jugement, pour entreprendre
quelque chose de grand. Il faut attendre qu'il
soit devenu homme, & qu'il ait la taille & la force
convenable, pour engendrer. Ma médecine
est tout-à-fait semblable à cet enfant; de sorte
que si on la cultive philosophiquement, il n'y a
point de doute qu'elle ne parvienne à une juste
perfection; les choses qu'elle fait déjà, montrent
assez qu'on en peut attendre avec le temps d'autres
plus considérables.
Or comme un bon père ne souhaite rien si ardemment, sinon que ses enfants deviennent
grands pendant qu'il est en vie, qu'ils se marient
heureusement, & qu'ils conservent le nom &
la race par des successeurs dont il puisse recevoir
beaucoup de joie, & toutefois n'a point de
certitude de vivre assez long-temps pour jouir
de ce bon-heur, tellement qu'il doit se confier à
Dieu & attendre patiemment ses ordres; comme

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14 La Médecine universelle.
fit Moyse auquel il montra la terre promise,
mais ne lui donna pas assez de vie pour jouir
de sa possession: Pareillement Dieu m'a montré
la terre, promise, mais il n'y a que lui qui
sache si je suis digne d'y parvenir pour jouir des
fruits agréables qu'elle porte. Il est vrai que sa
bonté miséricordieuse m'a donné en ma vieillesse
un enfant philosophique dont je reçois
beaucoup de contentement: mais je ne sais pas
si j'aurai assez de vie pour le voir en son age
viril. De même donc qu'un vieillard ayant reçu
de la divine bonté, un héritier pour la propagation
de son nom, est ravi d'aise, quoi qu'il
ne soit pas assuré de vivre assez pour le voir en
virilité; je suis aussi ravi d'aise voyant ce mien
nouvel enfant philosophique; quoi que peut-
être ma vie ne dure pas assez pour le voir en sa
perfection. Je ne doute pourtant en nulle façon
que Dieu ne lui suscite d'autres pères nourriciers
pour l'élever & le conduire jusqu'à la force
virile pour la gloire de Dieu, & le soulagement
d'une infinité de malades.
Quant au moyen de l'obtenir en sa perfection, je l'ai découvert ça & là, dans mes écrits
où l'occasion a été la plus commode, De sorte
que j'estime qu'il serait superflu d'en traiter ici
plus au long.

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La Médecine universelle. 15
De la nature, forme, propriétés & vertus, de mon vrai Or Potable.
Q Uant à la forme de cet enfant nouveau né, j'avertis le Lecteur gracieux, qu'il n'a pas d'éclat, & qu'il est simple à voir, mais qu'il contient
toutes les couleurs du monde cachées en
soi, & plus il vieillit, plus sont agréables les
couleurs qu'il montre. Le feu lui fournit d'aliment,
le revêt de diverses couleurs, & le rend
fort superbe & puissant; tellement qu'on le peut
justement appeler son père. Comme il est né
de la terre, il l'aime aussi, & s'en sert pour sa
nourriture, jusqu'à ce qu'étant parvenu à la
maturité de l'âge il devienne semblable à son
père, abandonne sa mère, & comme un maître
qu'il commande sur ses possessions héréditaires
étant encore dans son enfance, il ne montre
rien que d'enfantin; mais bien-tôt il fera connaître
quel homme il sera un jour.
Puis donc qu'un enfant nouvellement né est doué de si grande vertu, que ne ferait-il pas s'il
avait atteint la maturité de l'âge? Il faut voir &
entendre ses opérations sur les végétaux, animaux,
& minéraux. Parlons premièrement des
végétaux.

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16 La Médecine universelle.
Comment il faut faire l'épreuve pour connaître
si cet Or Potable, ou eau de vie des Philosophes, est la souveraine Médecine des végétaux.
P Ersonne n'ignore que les végétaux dont le propre est de naître & de multiplier, ne doivent aussi être nourris. Or leur nourriture
n'est autre chose qu'un sel soufré, soit qu'il tire
sa naissance des végétaux, animaux ou minéraux,
car il n'importe aux végétaux pourvu
qu'on leur donne de la nourriture pour croître
& multiplier, Le laboureur engraisse sa terre de
fumier, afin que la semence qui est jetée sur
cette terre, en puisse tirer le sel, & le convertir
en son aliment, & par ce moyen croître & augmenter.
Il n'a point de connaissance d'autre
moyen d'engraisser les champs que celui-là.
Mais le véritable Physicien se sert d'autres excréments, & même des minéraux pour engraisser
les terres, dont j'ai parlé ailleurs,
amplement dans mon Miracle du Monde. Vu
donc que mon Or Potable est aussi un sel de
soufre, mais beaucoup plus puissant & plus
efficace, que celui qui est caché dans le sien du
bétail, puis qu'il avance merveilleusement bien
l'accroissement & la multiplication de tous les
végétaux, j'ai crû qu'il était à propos de mettre
ici son usage dans l'amélioration des végétaux
pour montrer que mon or potable en est
la souveraine médecine, laquelle ne fait que
commencer
@

La Médecine universelle. 17
commencer dans le fient du bétail, & en suite
exerce ses vertus dans l'opération universelle,
car si les fumiers des chevaux, des vaches & des
brebis apportaient aussi bien du remède aux
hommes & aux métaux, comme ils font aux végétaux,
ils devraient aussi être appelés universels
par cette raison. Mais d'autant qu'ils n'apportent
remède qu'aux végétaux, & non aux
minéraux, ni aux animaux, avec lesquels ils
n'ont aucune affinité, on les met justement au
nombre des médecines particulières qui ne sont
propres qu'aux végétaux. Toutefois le sel tiré
de ces fumiers, & converti en salpêtre, ce qui
est aisé, se laisse transmuer en médecine universelle;
mais avant cette transmutation il ne passe
pas l'ordre des transmutations particulières.
Mais ce mien Or potable mérite le nom de Médecine
universelle; vu qu'il est propre, non seulement
aux végétaux, mais aux animaux & minéraux.
Ce qui sera parfaitement bien montré
comme s'ensuit.
Fais-toi faire certains vaisseaux de bonne & forte terre, lesquels étant cuits deviennent pierreux.
Les meilleures terres entr'autres sont celle
de Cologne, de Sibourg, Valdenhourg & semblables,
fort serrées & ne prenant point d'eau.
Si tu n'as pas de cette sorte de terre, tu peux faire
tes vaisseaux de verre. Car la terre poreuse, quoi
que induite de verre plombé, n'est nullement
propre à cela.
C'est pourquoi il est absolument nécessaire d'avoir de bons vaisseaux, & qu'il prenne garde
à cet avertissement sur toutes choses. Le vaisseau
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18 La Médecine universelle.
doit avoir un empan de longueur ou profondeur,
& autant de largeur; que le fond soit
percé de quelques trous, comme sont les pots
destinés à conserver des fleurs. Les vaisseaux
ainsi préparés, & rempli jusqu'au bord du sable
clair & maigre, il y faut jeter de trois ou quatre
semences des herbes, qu'on a envie de semer,
afin que si l'une venait à manquer, les autres
puissent pousser. Les semences étant mises
dans le sable comme nous avons dit, & arrosées
de notre eau universelle, il faut exposer les
vaisseaux au Soleil & à l'air, afin que les semences
puissent pousser & croître; ce qu'elles feront
en peu de jours aussi bien de ce sable que des autres
terres, pourvu qu'elles ne soient pas trop
vieilles, ou gâtées. Or si-tôt qu'elles se seront
élevées de la longueur d'un doigt, il en faut laisser
deux ou trois des plus grandes, & des plus
fortes, & arracher les autres, de peur que l'une
n'empêche de croître l'autre, & qu'elle n'ait
pas l'espace requis dans le pot de terre.
Ce même vaisseau plein de terre & de semences doit être mis dans une autre pot fait
de pareille sorte terre bien cuite, afin que si par
hasard l'eau médicinale venait à pénétrer au
travers du sable, elle ne se perde pas, mais qu'étant
reçue elle soit remise dans le pot plein de
sable. Sur tout il faut bien prendre garde que cette
eau médicinale ne soit emportée par la pluie,
laquelle ôterait aux herbes leur nourriture. Le
sable ne doit pas être par trop humecté; mais il
le doit être toujours un peu, de crainte que s'il
était entièrement sec, ou trop humide, tout le

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La Médecine universelle. 19
travail ne se gâte par l'excès ou par le défaut du
tempérament. Si on observe dûment toutes
les choses ordonnées, l'herbe étant née & crue
en peu de temps portera des fleurs & des fruits
plus prompts & meilleurs, que si elle était sortie
d'une autre terre engraissée de fumier. Les
couleurs en deviendront plus belles, l'odeur en
sera plus forte, & les forces plus grandes, que
ces herbes conserveront long-temps comme
étant moins corruptibles que les autres. Après
que toute l'humeur qu'on y a premièrement versée
aura été entièrement consumée par l'air & par
le Soleil; il faut derechef verser sur le sable d'autre
eau de pluie, dans laquelle ait dissout un peu
d'or potable; afin qu'on fournisse d'aliment à
l'herbe tant qu'elle croîtra. Si le sable n'est arrosé
que de l'eau de pluie seule il n'en sortira
rien, ce qui a été connu de tout le monde.
Pareillement toute sorte d'herbes & de plantes, peuvent être rendues propres à germer & à
croître au milieu de l'Hiver, par le moyen de
cette médecine universelle, pourvu que les racines
soient arrosées de cette liqueur ainsi dissoute.
Les fleurs & les fruits étant plutôt crûs
& beaucoup plus excellents que par le moyen du
fumier ordinaire. La Médecine universelle a
donc cette efficace de soi-même; mais elle en
aura une plus grande si on y ajoute un certain
ferment métallique par le moyen duquel les herbes
ont plus de vertu; Si on leur ajoute un ferment
d'or; les herbes n'auront pas seulement les
vertus de l'or; mais leurs feuilles seront marquées
comme de petites taches d'or, qui seront
B ij
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20 La Médecine universelle.
très agréables à voir. Si le ferment est d'argent
les herbes en auront les vertus, & seront bigarrées
de petites marques d'argent. Par ce moyen
les herbes soulageront merveilleusement le
coeur & le cerveau, leur communiquant les vertus
des dits ferments, savoir d'or & d'argent. Si
les personnes puissantes prenaient soin d'élever
& de cultiver de elles herbes dans leurs jardins,
il est assuré qu'ils en recevraient de grandes
commodités pour leur santé. Car sans parler de leur
admirable beauté qui réjouit la vue, & de leurs
vertus particulières, elles ont cet avantage qu'on
s'en peut servir au lieu de mon or potable, dont
quelques personnes de qualité pourraient avoir
conçu quelque horreur, à la persuasion de leurs
Médecins ignorants, lesquels sont si stupides
qu'ils condamnent les vertus de ces remèdes illustres,
& tâchent par leur médisance d'en détourner
leurs maîtres. S'ils usaient donc de ces
herbes au lieu de mon or potable, ils seraient
exempts d'inquiétude, & par le moyen de ces
végétaux jouiraient de la merveilleuse efficace
de l'or potable pour la conservation & recouvrement
de leur santé.
Non seulement avec l'aide des végétaux, mais encore des animaux le susdit or potable peut
être mis en usage très-utilement pour le soulagement
du genre humain; Ce qui s'exécutera en
la manière suivante. Il faut nourrir quelque
temps des poules d'avoine, orge, froment ou
autre grain macéré dans la liqueur de cette médecine
universelle; étant ainsi nourris elles convertiront
en leur substance, ces vertus médicinales,

@

La Médecine universelle. 21
& la chair en sera beaucoup meilleure
que celle des autres. Si on a soin d'en amasser la
fiente & de la mener avec le sable pour y semer
des herbes, elles en deviennent meilleures, d'autant
qu'elles s'approprient & convertissent en
leur suc, les restes de la liqueur que les poules
n'avaient pas consumées, & converties
en leur substance; De sorte qu'il ne se perd rien
de cette liqueur; mais tout y est grandement utile.
En vérité cette transplantation de la médecine
universelle, en végétaux, minéraux & animaux,
est tout-à-fait admirable, & les personnes
de qualité les plus délicates, s'en peuvent
servir en toute sûreté: car voyant que cette
médecine loin de nuire aux herbes & aux poules
au poulets, leur communique plus d'efficace,
ils croiront sans doute qu'elle doit être aussi profitable
aux hommes les plus délicats. Si cette
médecine est douée d'une si grande vertu, qu'elle
est capable de transmuer dans l'espace de quelques
heures un minéral vénéneux tel que le mercure,
comme nous verrons bien-tôt; certes il
faut qu'elle fait tout-à-fait exempte de venin;
vu que la malignité d'une chose ne corrige
point celle de l'autre, mais plutôt la gâte & la
rend pire. D'où l'on voit aussi clair que le jour
que cet or potable, loin de participer de quelque
malignité, est vue très-salutaire médecine
pour toutes choses. S'il se trouve quelqu'un qui
n'en veuille rien croire, ou qui ne le puisse pas
comprendre, je ne saurais pas lui donner d'autre
lumière, ayant proposé ceci avec sincérité,
S'il y a quelque chose de mieux, qu'il le débite

@

22 La Médecine universelle.
sans mépriser ce qu'il n'entend pas, afin de ne
pas prostituer sa renommée, avec l'imposteur
Farnel, & de s'exposer à la risée publique. Je
suis bien aise que les autres sachent plus que
moi, & je n'ai point de honte d'apprendre
quelque chose d'autrui: mais j'estime être
semblable à Farnel le menteur, un ignorant lequel
censure mes écrits par envie, sans pouvoir
rien mettre au jour qui vaille mieux. Je ne crois
pas que les compagnons de son ignorance veuillent
désormais facilement montrer leurs oreilles
d'âne, d'autant que leur porte-enseigne a
été si mal mené, qu'il commence à s'abstenir de
telles folles & malicieuses entreprises.
Si ce n'est que peut-être il sortit des ténèbres quelque nouveau Farnel ou Erostrate, lequel
veuille s'acquérir de la réputation par ses crimes;
mais j'espère qu'il aura la même récompense
que les autres, à savoir la honte & le malheur.
Ils doivent être comparés à ce ver qui a
tant de pieds dont j'ai fait mention dans la seconde
partie de ma Pharmacopée Spagyrique.
Ce ver ne vit pas comme les autres de terre, ou d'herbes, mais il cherche les autres vers gras
dans la terre, il s'attache à eux en les mordant,
& par le trou qu'il leur fait il suce toute leur
graisse, & dont il devient si gras qu'à peine peut-
il ramper, quoi qu'il ait quantité de pieds. Au
printemps on le voit fort maigre; l'Esté il s'engraisse
du suc qu'il tire des autres vers sans pied,
& ne sort jamais de-dessous la terre, si ce n'est
que quelqu'un de ces vers sans pied ait la force
de le sortir, & de lui faire voir le jour afin de se

@

La Médecine universelle. 23
dépêtrer de lui & de sa morsure. Car quoi que
ce ver qui n'a point de pied soit dix fois plus
grand que l'autre; celui-ci néanmoins lui est si
fortement attaché par sa morsure, que jamais il
ne le quitte, sinon quand il est attiré sur terre.
Car d'abord qu'il paraît au jour, & qu'il voit
quelqu'un, il lâche le vert, & se remet sous terre,
où il cherche un autre vert pour le tourmenter,
& lui sucer le sang. Le premier étant délivré
& presque partagé de la morsure, se recache sous
la terre, & se remet par sa propre force. J'ai
souvent remarqué de mes propres yeux le combat
de ces insectes, & ayant pris ce ver cruel &
méchant je l'ai écrasé. Mais j'ai dit, jamais
cette sorte de vermine ne voit la lumière, s'ils ne
sont tirés par les vers auxquels ils s'attachent en
les mordant.
Si donc cette vermine à plusieurs pieds se nourrissait de terre comme les autres, & laissât
en paix les vers qui n'ont point de pied, jamais
elle ne serait connue, & personne n'en ferait
mention. Mais blessant les vers par sa morsure
elle manifeste la malice, & s'acquiert une fort
mauvaise réputation. On lui donne le nom de
sangsue, qui serait très-convenable à Farnel
car comme ce ver avide de sang sans avoir été
attaqué par l'autre, le tourmente sous terre jusqu'à
ce qu'il le contraigne de sortir au jour: De
même Farnel m'a provoqué. S'il se fut contenté
de subsister honnêtement, il ne m'aurait pas
sucé le sang par sa morsure venimeuse, & je
n'aurais pas été contraint de le produire au jour
avec ses méchantes actions. Qui aurait jamais
B iiij
@

24 La Médecine universelle.
connu Farnel s'il ne m'avait attaqué par une
horrible perfidie, s'il ne m'avait chargé de mille
calomnies, s'il ne m'avait ôté de la tranquillité
où j'étais pour me jeter dans l'inquiétude, &
me faire un dommage très-considérable? Comme
donc ce ver qui suce le sang fait voir sa
cruauté; comme aussi la propriété des autres
vers innocents se manifeste: de même les noires
actions de Farnel montrent sa malice extraordinaire.
Qui aurait jamais pensé que le ver eut
un suc si salutaire, s'il n'avait su qu'ayant été
blessé par l'autre; il a la propriété de se remettre
par son propre suc? Si Farnel n'eut pas témoigné
d'en vouloir à ma personne & à mes biens, &
s'il m'eut laissé en repos, sa malice & sa bonté
n'auraient pas été connues de tout le monde;
Personne n'eut su que c'était un perfide, un
voleur, un assassin. Et d'ailleurs personne ne
m'eût demandé tant & de si rares secrets que
Farnel m'a contraint de révéler par ses calomnies.
Ainsi il n'y a rien au monde de si méchant
& de si pervers qui ne serve à quelque bien. Si le
ver dont nous avons souvent parlé, n'attaquait
pas l'autre ver innocent, il ne ferait pas en sorte
que la nature d'icelui qui est très-salutaire. Farnel
m'a attaqué & m'a injurié: il m'a donné occasion
de lui répondre & de me descendre, donc
beaucoup de secrets ont été mis en lumière. Jamais
je n'eusse manifesté la connaissance que
j'ai des choses naturelles, je me serais tenu caché
comme le ver, si Farnel qui est une vraie
sangsue, ne m'eût ôté de mon repos par sa
morsure venimeuse. Que personne ne prenne

@

La Médecine universelle. 25
en mauvaise part cette comparaison qui est
convenable à mon propos; & je ne doute point
que plusieurs ne s'étonnent que je parle si clairement
de choses si importantes. Il a fallu que je
me sois manifesté, autrement le peuple grossier
& ignorant, se serait imaginé que Farnel eut
été victorieux, au lieu qu'il s'est taché d'une
infamie éternelle. Tellement qu'un chacun connaîtra
sa malice & sa perfidie abominable qui
l'ont porté à se moquer de mes écrits, & qu'au
contraire j'ai travaillé pour mon prochain. Je
n'ai pas voulu passer ces choses sous silence, &
j'ai cru les devoir découvrir à tout le monde.
Quant à mon Or potable, j'espère qu'il servira de médecine à beaucoup de gens de bien,
qu'il me donnera beaucoup de force, & qu'il
servira de poison à tous mes ennemis & diaboliques
Farnériens. Car de même que la Cigogne
tue les crapauds, serpents & autres insectes,
venimeux; ainsi cette médecine détruira tellement
la race des Farnériens qu'il n'en restera pas
un seul vestige.
Or afin que personne ne s'étonne ou ne juge absurde de ce que j'écris que mon Or potable
donne une nature d'or aux herbes naissantes,
je trouve à propos de le confirmer par de véritables
Histoires. On lit dans les Chroniques
d'Hongrie & de Transylvanie que la terre de ces
régions ayant par tout dans les montagnes une
nature d'or, dont les Mineurs ont tiré une grande
quantité depuis mille ans en ça, lequel a été
fondu & monnayé, il s'y est souvent trouvé des
vignes, desquelles non seulement les feuilles,

@

26 La Médecine universelle.
mais les raisins étaient comme si on les avait
dorés.
Ce n'est point un conte de vieille, mais une chose très-véritable, au rapport de plusieurs personnes
qui demeurent en ces pays là. Il y a plus
de six ans qu'habitant dans la Franconie il m'arriva
qu'une vigne aux racines de laquelle j'avais
mis de l'or réduit en son premier être, porta
des pépins dorés. Ce que j'ai raconté plus au
long dans le traité de la Consolation des Navigants.
Dernièrement un Gentil-homme d'Hongrie,
m'assura que proche de Cremmis ville des
montagnes d'Hongrie, un villageois trouva un
morceau d'or corporel plus long qu'une aulne,
lequel était né d'une pierre & était alentour
d'icelle, Et ce Gentil-homme m'en donna un
petit morceau par curiosité. Mais quand ces histoires
ne seraient pas véritables, comme elles
sont, néanmoins ce que j'ai attribué à mon or
potable, est la pure vérité.
Je ne puis donner d'autre raison touchant ces feuilles & ces raisins dorés, sinon qu'en ces régions
la terre est imprégnée de vapeurs d'or ou
du premier être de l'or & n'étant pas encore
endurci & coagulé, & que cette pluie d'or
étant mêlée avec la pluie s'insinue & pénètre
dans les racines de la vigne, desquelles elle monte
dans les branches & dans les raisins, où elle
se rend visible.
Il en arrive de même à mon or potable, lequel étant semblable à quelque or spirituel, s'il
est dissout par de l'eau commune de pluie, &
mêlé avec elle; comme le sable où l'on seme des

@

La Médecine universelle. 27
végétaux, s'il est humecté de cette liqueur, il est
attiré par les végétaux lesquels tirent leur nourriture
du sable, & en étant attiré il les rend participantes
de la nature de l'or; ce qui se voit par
expérience.
De ce peu que je viens de dire chacun pourra aisément comprendre que mon or potable est
la souveraine médecine des végétaux; qu'il soit
aussi celle des minéraux nous le montrerons en
peu de preuves, mais qui sont claires & évidentes.

De l'usage de mon Or Potable en la correction
des minéraux.
Q Uant à l'amélioration des minéraux, mon or potable est tel qu'il donne des marques très-assurées de la possibilité, à ceux qui recherchent
la transmutation des métaux par la
voie seiche & par la voie humide.
Premièrement il faut savoir, que ledit or potable étant conduit à la perfection qui m'est
connue, est semblable à l'eau claire & nette,
qu'il pique la langue d'une saveur chaude &
ignée, & qu'il exhale une odeur sulfureuse,
mais agréable.
Quelqu'un dira qu'une eau claire de cette sorte ne peut pas avoir beaucoup de force, &
demandera pourquoi on l'appelle or potable,
vu qu'il devrait plutôt être rouge ou jaune?
Je réponds que la rougeur ne se voit pas étant
cachée dans la blancheur durant sa tendre jeunesse,
mais qu'elle se manifeste avec lui parvenant

@

28 La Médecine universelle.
à un plus grand age par le moyen du feu,
qu'elle fait voir sa beauté avec plus de force, &
d'efficace car voici comme parlent les Philosophes.
Si vous ne blanchissez pas notre or, vous ne le
pourrez pas rougir, & en autre lieu, si quelqu'un
sait détruire l'or, lequel ne soit plus or, celui-là sera
parvenu à un grand secret; & derechef ailleurs,
Notre or n'est pas un or vulgaire, mais un or en puissance,
& non en forme. Toute la troupe des Philosophes
est pleine de telles paroles, par où l'on
démontre exactement que le vrai or potable ne
doit pas être rouge à la vue d'abord, mais qu'il
en mérite le nom, pourvu que cette force &
efficace rouge soit cachée dans son principe intérieur.
Car si la blancheur ne couvrait pas la
rougeur, jamais il ne deviendrait rouge. Mon
or potable étant coagulé & réduit en stabilité
par le feu, se change en pierre de couleur de feu,
& ne rend pas l'or corporel dans la fonte, sinon
qu'on lui ajoute un corps métallique, il se retire
en or spirituel & philosophique, afin qu'il
devienne corporel.
Mon or potable est un lait virginal, lequel est coagulé par une petite chaleur. Estant coagulé
il passe en sang de dragon, lequel étant coagulé
doit faire une constante salamandre. Je ne
l'ai vraiment jamais encore préparée, ni n'en
ai trouvé l'occasion; mais me contentant de
mon lait virginal comme d'une très-bonne médecine
universelle, j'attends avec patience ce
que la bonté divine m'accordera pour l'avenir.
Pour montrer donc que mon or potable est
@

La Médecine universelle. 29
aussi le remède des minéraux, qu'il les corrige
& les perfectionne en or, je mettrai ici quelques
façons de l'exécuter, tant par la voie sèche,
que par la voie humide.

La manière d'éprouver par la voie humide, si mon Or Potable est le vrai or volatil philosophique.
P Rends de mon or potable une once. Souviens toi que le verre doit être rond dans le fond, soit que ce soit une parcelle de
quelque petit matras ou fiole, afin que le mercure
se puisse assembler en un globe au fond,
puis mets dans le sable le verre avec l'or potable
& le vif-argent jusques à la hauteur de la liqueur,
fais-le chauffer l'espace d'une heure, tant
que le phlegme étant exhalé l'or potable se réduise
en sel blanc. Cela fait jette derechef sur
ce sel blanc autant d'eau de pluie, qu'il a perdu
en cuisant; ou bien rempli le verre d'eau de pluie
jusques où il était plein d'or potable, afin que
se reposant un peu sur ce sel, ce sel étant dissout
elle se convertisse en cet or potable; ayant les
mêmes couleur, saveur & autres qualités & vertus
qu'il avait auparavant. L'or potable étant
versé, le mercure se trouve dur & fixe dans le
fond comme de bon or, de la même grandeur
qu'il a été mis dans le verre. Remarque bien
que si par erreur le vif-argent n'a pas été assez
teint, ni conduit au degré qu'il faut, & qu'il
soit devenu aucunement noir, il le faut ôter du

@

30 La Médecine universelle.
verre, le mettre dans un petit creuset, & le bien
faire rougir au charbon, afin qu'il reçoive la
couleur convenable de l'or, répondant au meilleur
or des Ducats, lequel sera constant dans
les examens. Quant à cet or potable qu'on a
employé pour la coagulation du mercure, il
peut être souvent employé au même usage,
avec cette précaution toutefois, qu'il faut toujours
prendre moins de vif argent la seconde
fois que la première; d'autant que l'or potable
ayant été mis en usage par ces travaux successifs
perd peu à peu sa force & sa vigueur.
Cette manière de coaguler le mercure peut être pratiquée aussi dans la coagulation des autres
minéraux & métaux, pourvu qu'ils soient
réduits en feuilles très-déliées, car étant trop
épais ils ne peuvent pas entièrement être digérés
par l'or potable en si peu de temps pour atteindre
un juste degré de perfection; mais ils demeurent
crus au dedans, & c'est à quoi il faut
bien prendre garde. Si ce travail est dûment
exécuté, les métaux sont transmués en vrai or,
selon la grandeur, la figure & la forme qu'ils auront
été mis, l'un toutefois plutôt & plus commodément
que l'autre, selon qu'il a plus d'affinité
avec l'or: N. B. si le métal n'étant pas bien
traité, était encore noir quand on l'a ôté de
l'or potable, il le faut bien rougir au feu, afin
qu'il prenne la couleur d'or. Celui qui doutera,
le doit mettre dans le plomb & le purger par la
coupelle, afin qu'il soit certain d'avoir de bon
or, & qu'il soit délivré de tout scrupule. Car le
saturne & l'antimoine n'ôteront rien à un tel

@

La Médecine universelle. 31
or, ce que l'examen fera voir clairement.

La manière de faire l'épreuve par la voie sèche,
comment les métaux imparfaits sont transmués par mon Or Potable.
P Renez une once de mon or potable ou lait virginal, & l'ayant mis dans un vaisseau de verre, & dans du sable chaud, fais-en évaporer
toute l'humidité, tant qu'il reste demie once de
sel blanc. Mets ce sel dans un creuset avec 3j ou
3. (I3) d'argent mis en lame, ou de cuivre, ou de
fer: Pour l'étain & le plomb, ils n'ont pas besoin
d'être mis en lame. Mets-le creuset avec
le sel & le métal dans les charbons: Le sel étant
promptement fondu comme de la cire, pénétrera
bien tôt tout le métal, & le changera en or,
ce qui se fait en un quart ou pour le plus en demie
heure. Le sel étant versé hors du creuset, on
y trouve la lame de métal, avec la même figure
& quantité qu'elle avait quand elle y a été mise,
& entièrement changée en pur or. L'étain &
le plomb comme étant de facile fonte sont fondus
en grains qui ont la nature du pur or. Si le
creuset est trop échauffé par l'excessive véhémence
du feu, il se peut faire aussi, que l'argent, le
cuivre, & le fer s'en aillent en grains; ce que je
n'ai pas voulu céder aux studieux & amateurs de
l'Art.
Voila les deux façons d'examiner mon or potable par la voie sèche & par la voie humide,
desquelles si tu te sais bien acquitter, tu ne seras
point trompé dans ton dessein. Or je n'assure
pas que cette transmutation soit lucrative,

@

32 La Médecine universelle.
& j'ai ci-devant avoué que je ne révélais tout
ceci que pour montrer la possibilité de l'art:
Car quoi que cet or soit véritable & qu'il souffre
tous les examens accoutumés, néanmoins
il n'apporte aucune utilité, d'autant que l'or potable
avant qu'il acquière ce degré de vertu susdite,
coûte plus que ne vaut l'or qui a été fait
par son moyen.
Et même quand cela apporterait quelque utilité, celui-là toutefois serait mal qui emploierait
une médecine si royale pour avoir si
peu d'or, puis qu'on en peut avoir d'ailleurs, &
ce serait un péché honteux de consumer un remède
si excellent pour un peu d'argent qu'on en
tirerait; aussi ne l'ai je pas enseigné à ce dessein,
afin qu'on s'en serve à faire de l'or, mais pour
faire connaître visiblement à tout le monde
qu'il se rencontre encore aujourd'hui des hommes,
auxquels Dieu a donné l'industrie de préparer
d'excellents médicaments. Je ne porte point
envie aux autres, s'ils apprennent quelque chose
de mes écrits, & s'ils trouvent occasion de
pousser l'ouvrage: Mais je ne veux pas que l'impie
s'imagine qu'il a trouvé ici un moyen d'exercer
sa méchanceté. Dieu sait bien ce qu'il
doit faire en cette rencontre, & non pas à notre
fantaisie. Pour la vérité que j'écris, je suis en
pouvoir d'en faire la démonstration à toute heure,
à quoi je m'arrête.
Je puis bien conjecturer aisément que mes écrits seront censurés par divers jugements; mais
je ne le puis empêcher, ni ne m'en soucie, ayant
cette consolation d'avoir écrit la vérité, & de la
pouvoir
@

La Médecine universelle. 33
pouvoir descendre en présence de tout le monde.
Je sais bien aussi qu'on me pourra objecter que
mon or potable n'est qu'une simple solution de
l'or commun, laquelle étant jointe aux autres
métaux rend l'or qui a été précipité par les dits
métaux, & qui retourne en son premier corps;
de sorte que ce n'est pas un vrai or potable, ni
cette transmutation une véritable transmutation
de l'or. Pour réfuter cette objection, je demande,
si l'or corporel commun peut être dissout
sans quelque corrosif? Car ce mien or potable
n'a point de corrosion, & c'est une eau ignée
tout à fait contraire aux corrosifs, vu que ce
n'est autre chose que du nitre fixe, ou du sel sulfureux,
avec lesquels l'or commun n'a aucune familiarité,
& ils n'ont point assez de force pour
le dissoudre. Si même il se pouvait faire que le
corps de l'or commun fut dissout par ces sels fixes,
& que mon or potable fut dissout dans une
telle locution, il faudrait nécessairement que
cette solution d'or prit une couleur jaune ou rouge.
Mais il n'en est pas de même de mon or potable,
vu qu'il est si clair & net qu'il passe l'eau
de fontaine en splendeur & transparence. Joint
que la solution de l'or corporel teint les ongles,
les mains & les cheveux de couleur noire, ce que
ne fait pas mon or potable, & partant il mérite
le nom d'or philosophique. Car tous les Philosophes
qui ont été les véritables possesseurs de
la médecine universelle confessent en termes
express: Que ni leur or; ni la solution d'icelui,
ne teignent les mains d'aucune couleur. Et c'est
par cette marque qu'ils distinguent l'or vulgaire
C
@

34 La Médecine universelle.
d'avec l'or philosophique. De là il s'ensuit nécessairement
que mon or potable a été préparé
avec l'or philosophique, puis qu'il ne teint les
mains d'aucune couleur.
Or je veux bien que la solution de l'or vulgaire n'ait pas été faite par le moyen de quelque
menstrue corrosif, comme la mienne ne l'est
pas; Toutefois dans la digestion elle ne teindrait
pas & ne transmuerait pas les métaux imparfaits
& le vif-argent du commun; mais, à la façon
de toutes les autres solutions, elle couvrirait
seulement la superficie d'iceux de la couleur de
l'or précipité; telle que se peut préparer une poudre
avec l'or commun, dont j'ai décrit la manière.
Lors que l'argent en est couvert, il est aussi bien
doré, que s'il l'avait été avec du vif argent commun
& avec de l'or: Il n'y a donc que la superficie
qui est dorée, mais l'argent ne se change
point & demeure en son premier état. Ainsi l'or
étant dissout dans l'esprit de sel dore la superficie
de quelque fer que ce soit avec l'assistance du
vitriol de Venus; mais le fer retient sa nature &
sa propriété. Si on verse abondamment de l'eau
dans cette solution, & qu'on y mette de l'étain,
du plomb, du fer ou du bismuth, l'or étant précipité
par une eau corrosive a accoutumé de
s'attacher au métal comme à une éponge poreuse.
Et aussi-tôt que vous remuez l'eau, l'or
précipité qui ressemble à du limon trouble &
grossier se disperse dans l'eau, & le métal qui a
été mis reste comme il était auparavant sans
aucune transmutation.
Il est constant que si le corps entier des métaux
@

La Médecine universelle. 35
imparfaits prenait la teinture par le
moyen de la solution de l'or commun, ce qui est
impossible, certainement si on frottait la superficie
des métaux & principalement de la Lune,
de cette solution, l'extérieur en paraîtrait doré;
ce que ne fait point mon or potable; mais si on
en frotte de l'argent, Il le varie d'autant de couleurs
qu'il en paraît dans la queue d'un Paon;
tellement qu'on ne les peut effacer qu'avec difficulté;
ce qui est une preuve indubitable de l'excellence
de mon or potable, qui est le vrai or
des Philosophes.
Si on me faisait d'autres objections je les pourrais aisément détruire; mais je ne crois
point qu'il y ait personne si téméraire qui se
veuille opposer à des choses généralement approuvées,
à moins que de pouvoir apporter
quelque chose de mieux. Que s'il se trouve quelqu'un
qui apporte quelque chose de mieux, il
aura aussi connaissance de ce que je dis, & ne le
méprisera pas. L'ignorant ne fait aucun discernement
des bonnes choses. Témoin Farnel dont
nous avons parlé jusqu'à nous dégoutter; Quiconque
doutera de ceci qu'il en fasse l'expérience;
que s'il refuse de la faire, qu'il s'abstienne de
porter jugement de ceci, de peur d'être soumis
aux jugements des autres qui le déclareront un
vrai sot & ignorant. C'est assez pour les sages
les fols ne profitent jamais de la doctrine.
Que les ignorants donc disputent & jugent mal tant qu'ils voudront de mon or potable, je
leur répète toujours cette même chanson: si
vous avez quelque chose de meilleur, produisez
C ij
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36 La Médecine universelle.
le, & le soumettez aux examens requis, sinon
taisez vous, & ne méprisez pas ce que votre
entendement grossier ne saurait comprendre.

De l'usage de mon Or Potable en la Médecine.

Q Uel besoin est-il que je publie les admirables vertus de mon or potable dans la médecine? Je ne pense qu'il soit nécessaire d'en
composer un grand volume: car cela nuit plutôt
que cela ne profite. Et l'on a une telle maladie
d'écrire, qu'on attribue quelquefois à un méchant
vin brûlé les vertus qu'à peine attribuerait
on à l'or potable. Il est fort assuré, que par
fois dans une chose vile & abjecte, il y a plus de
vertu cachée que dans les choses les plus précieuses;
mais comme chacun ne sait pas discerner
le vrai d'avec le faux, & qu'il est contraint
d'ajouter foi à ce qu'il entend dire, il est impossible
qu'il ne se trompe souvent, & qu'il ne
prenne le bien pour le mal; à quoi l'examen sert
de remède, pour la recherche de la vérité.
Si je voulais décrire soigneusement les forces de mon or potable, il me faudrait composer un
grand volume, ce que je ne dois pas faire en ce lieu
mais bien-tôt je mettrai en lumière un Livre
où j'en traiterai, & de plusieurs autres de mes
médicaments, sous le titre de la Pharmacopée de
Glauber: Ici je dirai brièvement l'usage de
mon or potable.
Puis donc que mon or potable, comme je l'ai souvent répété, est un feu concentré, réduit
en forme liquide; & que toute son essence est

@

La Médecine universelle. 37
semblable à un feu tendre, pénétrant & sans
flamme, chacun peut aisément conjecturer à
quoi il est propre dans la médecine.
De tous les éléments le plus pur, le plus subtil, le plus pénétrant & le plus efficace est le feu, c'est ce que tout le monde avoue. Car la force du
feu, qui est la chaleur, pénètre les corps les plus
épais comme sont les métaux & le verre; Il n'y a
rien qui lui puisse fermer le passage, l'eau, la
terre, l'air, sont facilement repoussés. Dieu tout
puissant est comparé au feu, de qui toutes choses
reçoivent l'esprit & la vie, sans qui rien ne
peut vivre ni se mouvoir; toutes choses étant
dures, mortes & froides sans lui, comme il se
voit par les corps des hommes & des autres animaux,
lesquels pendant qu'ils sont en vie sont
toujours chauds, & quand ils sont morts, ils
sont plus froids que la glace.
Pendant que cette étincelle de vie est entretenue par les aliments convenables, elle dure en
sa vigueur dans les animaux; mais aussi-tôt
qu'elle commence à manquer de nourriture, elle
fait comme une lampe qui s'éteint à faute d'huile.
Puis donc que la vie de l'homme n'étant
qu'un vrai feu se soutient par le boire & par le
manger, comme la lampe, laquelle sans l'huile
& sans l'air qui est nécessaire à l'entretien du
feu & de la vie, ne peut conserver sa lumière;
quelqu'un pourrait demander pourquoi les
hommes sont si aisément attaqués de maladies,
vu qu'ils ne manquent pas de bonne nourriture?
Je réponds à cela, que les humeurs grossières,
crues, tenaces, bouchent les passages aux
C iij
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38 La Médecine universelle.
esprits & à la chaleur de vie, tellement que cette
pourriture lui manquant il faut qu'elle en soit
dépouillée. Pour nous servir toujours de la
comparaison de la lampe allumée, on voit que
la mèche ou lumignon étant environné des fèces
d'une huile impure, ne reçoit rien qui la
puisse faire brûler; au contraire il est cause qu'elle
se meurt quoi qu'il y ait assez d'huile. Ainsi
quoi qu'on mette au pied d'un vieil arbre beaucoup
de fumier, la végétation n'est pas perpétuelle;
mais enfin toutes choses meurent. Les
humeurs crues; grossières, & tenaces qui se mêlent
dans les racines & leur ôtent le passage de la
nourriture, sont cause de la mort aux plantes,
comme aux hommes & aux lampes, en la manière
susdite.
Dieu a voulu donner un tel ordre à toutes choses qu'ayant leurs causes naturelles, elles rendissent
toutes à leur fin, & courussent à leur destruction,
afin qu'il n'y eut rien de stable & de
constant que l'éternité.
L'eau la plus claire passant par des canaux par des conduits de bois les remplit de limon
par succession de temps, les rétrécit, &
se bouche elle même le passage. C'est ce que
fait l'eau claire & froide des fontaines. Pour la
chaude elle va bien encore plus vite, comme il
se voit aux bains sulfureux, où il faut très-souvent
ouvrir & nettoyer les canaux & aqueducs,
afin que l'eau puisse librement couler: mais cela
arrive encore plus vite en ces eaux chaudes, lesquelles
venant à se refroidir laissent des fèces
dans les vaisseaux & les bouchent. Il en arrive

@

La Médecine universelle. 39
le même dans les vaisseaux ouverts, lors qu'une
eau claire est souvent échauffée, & autant de fois
refroidie car enfin aux parties intérieures du
vaisseau s'attache un limon tenace, lequel par
longueur de temps se convertit en une dure
pierre, Si l'eau de fontaine la plus claire & transparente
fait ce que nous venons de dire, que pensez
vous que doivent faire celle qui est trouble,
grossière & limoneuse de sa nature? C'est par
cette raison que non seulement les vins nouveaux
envoient au fond du tonneau leurs fèces, & attachent
leur tartre aux côtés, mais encore les vins
vieux en font de même, quoi que non pas en si
grande quantité.
Aussi lors que les hommes boivent des liqueurs troubles, il arrive nécessairement que
leurs parties internes étant remplies des fèces
leur ôtent la nourriture de la vie, comme l'huile
grossière ôté celle de la lumière à la lampe.
Car tout ce que les hommes mangent & boivent
tous les jours, bouche enfin par succession de
temps les passages des viscères & privent le feu
vital de sa nourriture. Plutôt donc cette nourriture
de vie est-elle ôtée, & plutôt s'éteint la
lumière ou feu vital, & plutôt s'aproche & se
rend maîtresse la mort froide & ténébreuse. Ce
qui a donné lieu aux vieux proverbes: Mange choses
cuites, boit choses claires, & dis la vérité pour vivre
longuement. Quelqu'un dira; j'éviterai donc les
boissons troubles, je ne mangerai rien qui ne
soit bien cuit & bien apprêté, afin de jouir heureusement
d'une longue vie. Cela va fort bien,
vu que pour la conservation de la santé, il n'y a
C iiij
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40 La Médecine universelle.
rien de meilleur que de vivre sobrement, & d'éviter
les viandes & boissons crues & grossières:
mais il ne s'ensuit pas pour cela qu'on ne soit enfin
sujet aux maladies & à la mort. Car il n'y a
point de viande si bien cuite, ni de boisson si
claire, qui n'apporte avec soi ses fèces cachées,
dont par longueur de temps les vaisseaux intérieurs
ne soient remplis & bouchés, d'ou viennent
les maladies, comme nous avons montré
par l'exemple de l'eau de fontaine la plus claire
& la plus nette. De même les arbres qui sont au
sommet des montagnes les plus hautes, quoi
qu'ils se nourrissent d'eau de pluie très-claire
sont néanmoins contrains de mourir; la nourriture
leur étant ôtée par ce que les passages des
racines sont bouchés.
Je ne veux pas dire qu'un chêne ou autre arbre sauvage qui n'est nourri que de l'eau de
pluie & des feuilles, qui tombent tous les ans
ne dure plus long temps, qu'un arbre fruitier
lequel dans les vergers est cultivé avec grand
soin. Car on sait que souvent un chêne dure
jusques à mille ans, là où un arbre bien cultivé à
peine durera-il cent ans. Ce qui doit être attribué
à la différence de nourriture. Les cerfs vivants
dans les forêts & les corbeaux dans l'air,
peuvent vivre au delà de cent ans; mais s'ils sont
privés, quoi que parfaitement bien nourris, ils
ne passeront pas cinquante ans. Il est très-constant
& manifeste que si les hommes ne vivaient
que de pain & d'eau, ils allongeraient leur vie
de beaucoup d'années, au lieu de vivre délicatement;
personne néanmoins ne s'en soucie, &

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La Médecine universelle. 41
l'on aime mieux vivre délicieusement, ce qui
charge la nature, cause des obstructions dans les
entrailles; & par conséquent les maladies. Un
arbre qui est trop engraissé de fumier, attire une
humeur qui bouche les racines, les empêche
d'envoyer de la nourriture au tronc & aux branches,
ce qui cause la mort. Mais direz-vous que
faut il donc faire? Si les obstructions causent les
maladies, n'y a il point de remède pour les prévenir
ou pour les ôter? Je dis que l'un & l'autre
sont possibles, qu'on les peut prévenir, & les
ôter entièrement, par des remèdes amis de la
nature, & contraires aux choses qui engendrent
les obstructions. Car les humeurs froides, impures
& tenaces, doivent être atténués, incisées,
& ouvertes par des remèdes chauds, pénétrants,
& ignées, ce que l'expérience nous a enseigné il
y a très-long temps. Les plus assurés & les plus
efficaces de tous ces remèdes sont l'esprit volatil
de sel commun, ou de vitriol qui ne soit pas corrosif;
l'esprit volatil de tartre cru; l'esprit d'urine
& de sel armoniac, & autres semblables
esprits ignées qui sont très-propres à chasser ces
obstructions.
Or d'autant qu'ordinairement ces esprits volatils n'attaquent & ne résolvent que les obstructions
récentes & qui ne sont pas encore confirmées,
mais ils n'ont pas assez de force pour vaincre &
chasser celles qui sont invétérées, lesquelles désirent
des médicaments qui leur ressemblent &
qui soient fixes. C'est de quoi tous les experts
médecins tombent d'accord, & toute la finesse
de la Médecine consiste à pouvoir chasser non

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42 La Médecine universelle.
seulement les nouvelles, mais les vieilles obstructions.
Les herbes & choses semblables n'en
peuvent point venir à bout vu que personne
n'en peut être guéri. Car après que le malade
s'est long-temps servi de remèdes palliatifs,
après avoir avalé beaucoup de potions, la mort
vient enfin l'enlever, laquelle il eût néanmoins
évité par quelque bon remède. Comment se
pourrait il faire qu'une médecine froide, grossière,
crue, & mal préparée, pût emporter des
humeurs froides, grossières, & les put avoir
échauffées, incisées & ramollies? Ce serait la
même chose que si quelqu'un voulait faire fondre
un morceau de glace avec un autre morceau
de la même glace, au lieu de se servir de quelque
chose de chaud. C'est pourquoi pour
échauffer, exténuer & emporter ces froides &
tenaces obstructions, il faut user de quelque médicament
ignée, vif & pénétrant, & bannir les
sirops, conserves & juleps comme choses froides,
mortes & aqueuses.
Je ne puis considérer sans étonnement que les hommes fassent si peu d'état de la vie par une
pure ignorance. Mais cet aveuglement se trouve
sur tout en ces pauvres idiots qui sont obligés
de croire tout ce qu'ils entendent dire, & s'abandonnent
entièrement au temps & au hasard.
A quoi Dieu peut-être remédiera un jour par bonté.
Nous concluons donc, & nous arrêtons que la principale cause de la mort sont les humeurs
grossières, visqueuses, lesquelles occupent peu
à peu les viscères, les bouchent, & ôtent sa

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La Médecine universelle. 43
nourriture à l'humide radical, & enfin après
avoir débilité le feu vital, l'éteignent entièrement.
Pour les ôter & les dissiper, il n'y a point d'autre remède que de tenir ouverts & nets, les
passages & conduits des viscères internes, ou
de les ouvrir s'ils sont déjà bouchés.
C'est à quoi est propre mon or potable, & il n'y a point de médecine qui le puisse mieux
faire. Car c'est une essence subtile ignée & pénétrante
de sa nature, échauffant les choses froides,
atténuant les grossières, incisant les visqueuses,
consumant & desséchant toutes les
humeurs; de sorte qu'étant mises en usage elle
empêche & prévient toute sorte d'obstructions,
ramollit & incise celles qui sont déjà
formées. Joint qu'elle surpasse tous les autres
remèdes à fortifier l'esprit vital, & à le conserver
en son entier; & par conséquent digne d'être
estimée & appelée le centre concentré de tous
les médicaments. Car toutes les vertus qui sont
éparses dans les végétaux, animaux, & minéraux,
se trouvent concentrées en cette médecine
& lui acquièrent justement le titre de Médecine
universelle, laquelle ne surpasse pas seulement
les autres en promptitude d'opération
quant à la guérison du corps humain, mais encore
quant à la correction & amélioration des végétaux
& des minéraux.
Que si elle n'avait ces excellentes vertus que pour les maladies des hommes, & qu'elle ne fit
rien sur les végétaux & minéraux? elle ne pourrait
pas mériter le nom, de Médecine universelle,

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44 La Médecine universelle.
& ne serait mise qu'au rang des remèdes particuliers,
comme n'étant capable que de remédier
aux maladies des animaux seulement.
Il est vrai que les Philosophes attribuent à
leur Médecine universelle la guérison de toutes
les maladies du genre humain, & la correction
des métaux imparfaits, & même la
puissance de les transmuer en or parfait; mais
quand aux végétaux, ils n'en disent mot. Je ne
sais pas pourquoi, & je ne crois pas nécessaire
d'en déclarer la cause, vu qu'il me suffit de dire
que la mienne passe plus outre, & qu'elle fait
le même effet sur les végétaux.
Je veux toutefois qu'un chacun prenne bien le sens de mes paroles, & qu'il ne m'estime pas
si simple, que je fasse comparaison de mon or
potable, avec la grande pierre des Philosophes,
laquelle convertit en pur or une grande quantité
de métaux imparfaits, par le moyen de la projection.
Car je n'attribue pas de si grandes vertus
à ma médecine; Je ne voudrais pas pourtant
assurer, qu'avec le temps il ne s'en puisse
tirer quelque chose de mieux. Je n'ai pas encore
atteint jusques là, & peut être n'y parviendrai-je
jamais. Cela n'est pas en ma puissance,
mais en celle de Dieu qui le peut accorder à qui
bon lui semble. Cependant je rends grâces au
Père céleste pour ce grand don que je tiens de
lui, moi qui suis indigne de ce royal enfant
qu'il m'a donné. Or je ne sais pas si ce même
Père divin voudra étendre sa grâce sur moi, afin
de conduire cet enfant jusqu'à l'âge viril, & lui
mettre la couronne d'honneur & de gloire. Cela

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La Médecine universelle. 45
dépend de lui qui peut tout donner & tout ôter
selon sa volonté.
Tout ce que j'ai mis ici par écrit est conforme à la pure vérité, & n'a d'autre fin que la gloire
& l'honneur de Dieu, avec la manifestation
de ses oeuvres admirables. Puis en suite la santé
des hommes, afin que le talent que Dieu m'a
confié produise des fruits convenables, & soit
employé à l'avantage de mon prochain.
Or les Philosophes attribuent à leur médecine la puissance de faire de toute sorte de pierres
à feu des pierres précieuses de toutes couleurs
ressemblant aux naturelles. Quelqu'un en
demandera autant de mon or potable; auquel je
réponds derechef; que mon or potable est encore
imparfait & dans son enfance, lequel étant
parvenu à la perfection par le moyen du feu,
sera peut-être un jour capable de faire le même
effet. Dans l'état où il est à présent par mon
industrie, dans un creuset couvert en trois heures
de temps il se change en une pierre transparente
rouge comme sang, & semblable à un rubis,
duquel si l'on en jette un petit morceau dans
du verre fondu, il le rend vert, jaune, bleu, ou
noir, selon qu'il est jeté en plus grande ou
moindre quantité, ou qu'il est plus long-temps
conservé dans le flux. Que si il fait cela n'étant
pas encore fixe ni mûr, on peut aisément conjecturer,
ce qu'il fera lors qu'il sera porté à une
parfaite constance dans le feu.
Au reste il teint de diverses couleurs en peu d'heures quelques espèces de cailloux blancs
dans le feu, & change même le soufre en très-

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46 La Médecine universelle.
bon or, c'est une vérité, laquelle me ravit en
admiration sur tout ce que j'ai jamais ouï dire
Et je crois être à propos de déclarer comment cela est venu à ma connaissance. J'avais mis sur
le sable quelques onces de mon or potable, lesquelles
étaient dans de la porcelaine, afin que le
phlegme étant évaporé, je le pusse réduire en
sel. La chaleur du feu s'étant trop augmentée
en mon absence, une bonne partie de la liqueur
sortit de la porcelaine par ébullition, & se répandit
dans le sable. M'approchant pour voir ce qui
était, je trouvai que la liqueur répandue s'était
cachée dans le sable chaud. Ayant ôté le
sable qui s'était assemblé en un corps avec l'or
potable, & l'ayant mis dans un verre, j'y versai
de l'eau de pluie, & je mis le verre sur le sable
chaud. Je versai par après avec un entonnoir,
l'eau qui avait attiré le sel; & par ce moyen filtrant
la liqueur qui était imprégnée du sel,
qui sans changer de couleur ni de saveur, était
passée claire transparente, je la séparai du sable.
Or je fus bien surpris d'étonnement quand je
vis que ce sable, lequel était blanc auparavant,
était devenu comme ronge, pour ce que l'or
potable teignait même le sable. L'ayant mis à
l'examen dans la coupelle, il me rendit de l'or
tout pur, ce qui me surprit encore davantage; car
c'est vue transmutation merveilleuse, dont je
n'ai jamais ouï parler. Cela me persuade qu'un
morceau de cristal pourrait être digéré dans
cet or potable en pierre précieuse, quoi que je
n'en aie jamais fait l'essai, que je ferai néanmoins,
si Dieu me conserve la vie.

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