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La Médecine universelle. 47
Après le susdit essai je conjecturai que le sable où j'avais semé des herbes, & que j'avais
arrosé de mon or potable, n'avait pas entièrement
communiqué aux herbes les vertus & les
qualité de l'or, mais qu'il en avait retenu la
principale partie pour sa correction, & qu'il n'en
avait donné aux herbes que la moindre. Cette
conjecture ne me trompa pas; car me servant de
l'occasion je trouvai la chose véritable. C'est
pourquoi dorénavant je ne me suis plus servi
de sable pour donner aux herbes les vertus & les
propriétés de l'or, mais en sa place je me suis
servi des raclures de bois, dans lesquelles j'ai
commencé à semer des herbes. Car le bois n'a
pas la même force que le sable, pour tirer également
l'essence de l'or potable. Ainsi donc un
bois pourri, où les raclures du bois seront plus
propres à cette sorte de production, que le sable
même, lequel s'attire les principales vertus de
l'or potable, s'en sert pour se corriger, & laisse le
peu qui en reste aux végétaux, faisant à l'ordinaire
des hommes, dont chacun est le plus proche à
soi même. Si je n'eusse pris garde à cela par hasard,
le sable m'eût ôté beaucoup de profit,
n'eut laissé que fort peu aux végétaux, & eut pris
le meilleur pour soi.
Il ne faut pas taire ici une chose digne d'être sue; c'est que les herbes qui naissent par le secours
de mon or potable sont toujours plus
fortes & plus grandes, que les herbes communes,
& les surpassent en couleur, saveur, odeur, & autres
vertus. La raison est, d'autant que la susdite
Médecine universelle, n'est qu'un feu, lequel

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48 La Médecine universelle.
communique sa vigueur ignée aux végétaux, &
aux minéraux. Car c'est une chose assez connue
que plus les régions sont chaudes, plus sont efficaces
les herbes qu'elles produisent. Les herbes
qui naissent dans les régions les plus humides de
la Flandre, ne sont pas comparables en odeur,
ni en saveur, ni en force à celles qui croissent
dans la haute Allemagne dont le sol est plus
chaud & plus sec. La haute Allemagne ne produit
pas des herbes de si grande vertu, que la
France dont l'air est plus chaud & plus sec que
celui de l'Allemagne; où à peine le romarin
peut-il être exempt des injures de l'Hiver; &
dans les déserts de la France, il croît en telle
abondance qu'il devient grand comme un arbre,
& met à l'abri de la pluie, ceux qui se mettent
dessous. On porte en Allemagne, en Flandre, &
autres pays d'excellent miel de Marseille, où les
Abeilles le forment du suc des fleurs de romarin,
pour en faire de bon vin miellé, ou les confitures
de fruits & de fleurs. Pour le miel que les
Abeilles ramassent dans les prairies humides &
marécageuses de Hollande, & de Frise, il n'a
presque point d'odeur, mais il surpasse en bonté
celui qu'elles composent des fleurs des arbres
sauvages & de celles qui se trouvent dans
les déserts.
Ce qui montre clairement que les vertus des herbes sont bien différentes, & que ceux-là
se trompent bien, lesquels mettant indifféremment
toutes les herbes de l'Europe en même
catégorie, attribuent les mêmes vertus aux
herbes des pays Septentrionaux, comme Danemark,
nemark,
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La Médecine universelle. 49
Norvège; Suède & Pologne, que les
anciens Médecins ont attribué aux leurs. Les
nouveaux Galénistes en font autant, lesquels assurent
que les herbes humides dans ces froides
régions égalent en vertu celles dont les anciens
Médecins ont fait mention. Or l'expérience
fait voir les abus qu'ils commettent dans l'usage
de leurs herbes.
Avicenne, Averroës, Aeginete, dont Galien a été le compilateur, n'ont pas été Allemands,
Suédois, ni Polonais, ayant été habitants de ces
chaudes régions, dans lesquelles le sel étant
échauffé jour & nuit des rayons du Soleil, &
doué des propriétés de l'or, communique une
merveilleuse vertu aux herbes. C'est donc une
erreur grossière, que d'attribuer les mêmes
qualités aux herbes de nos froides régions. Or
par le moyen de l'art, il se peut faire que les herbes
des pays les plus froids aient les mêmes
vertus que ces Arabes attribuent aux leurs. Tous
les Philosophes disent que l'art commence, où
la nature finit. Et sur tout Hermès qui en est
comme le père, dit clairement en sa Table Emeraudine:
C'est une vérité très-certaine, ce qui est supérieur,
est comme ce qui est inférieur, & au rebours
pour exécuter les miracles d'une seule chose.
Quoi que ces paroles se puissent expliquer diversement; toutefois leur sens général ne regarde
que le Soleil supérieur & inférieur, qui engendre
& perfectionne toutes choses. Nous ne
pouvons en aucune manière attirer à nous le
Soleil supérieur, & moins lui commander de
rendre nos terres susceptibles de la chaleur de
D
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50 La Médecine universelle.
ses rayons, & de remplir les herbes qu'elles produisent
des mêmes vertus, que possèdent celles
d'Arabie. Il ne nous connaît point, mais il continue
sa course ordinaire & fait la fonction que
Dieu lui a ordonnée. Si nous voulons corriger
les dons de la nature, il faut s'adresser à l'art qui
en est l'imitateur, & savoir s'il nous voudra
prêter son assistance. Ce qu'il fera aisément,
c'est à dire, que la terre d'Europe produise des
herbes aussi efficaces, que celle d'Arabie, &
même à peu de frais; de sorte qu'il n'est pas besoin
d'y employer mon or potable qui coûte
davantage. Car l'eau sulfureuse salée & fluide,
fera le même effet, vu que dans le sel & dans
le soufre, se trouvent les rayons solaires pleinement
concentrés & coagulés. C'est notre Soleil
terrestre, par la vertu duquel toutes choses sont
animées, que si nous savions l'appliquer dûment
aux végétaux, nous ferions avec le secours
de l'art la même chose que fait le Soleil supérieur
& naturel dans les herbes. Celui qui n'entend
pas ces paroles ne doit pas être mis au rang
des Philosophes, il suit des Docteurs aveugles,
& entraîne avec soi dans les ténèbres du précipice.
Le Soleil qui fait sa course dans le Ciel, ne
peut être rendu ni plus grand, ni plus petit.
Pour le Soleil inférieur, nous le tenons entre nos
mains, & nous le pouvons accommoder aux
herbes, selon notre fantaisie.
D'où vient que l'art surpasse la nature, si nous en savons bien user. Mais cette dissertation
s'étend plus avant que je ne pensais, & sa longueur
m'avertit de m'arrêter. Les longues oreilles

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La Médecine universelle. 51
d'un âne ne deviennent pas plus courtes par
un long discours, & un Ethiopien ne devient pas
plus blanc pour être incessamment lavé.
Toutefois afin que chacun voie que je n'ai déclaré que la vérité, & que je l'explique encore
plus clairement, il faut encore découvrir d'autres
choses pour en faire l'essai si on veut. Coagule
mon or potable en sel rouge, & en jette
3. 4. 5. 6. 8. ou 12. grains, plus ou moins sur demie
once de verre de cristal fondu dans un
creuset, afin de fondre ce qui sera sur la superficie;
cela étant fait, le verre attirera bien-tôt une
teinture, & se couvrira d'une couleur de jacinthe
si belle, qu'elle ne cédera en rien à la couleur naturelle du dit jacinthe. N. B. si on presse la
fusion par un feu plus long, le verre se teindra
de couleur d'or, verte, bleue, & enfin noire, si
on le laisse trop long-temps dans le feu. Celui
qui voudra faire un rubis, qu'il mêle dans un
creuset net & couvert de l'or potable coagulé
seul sans addition d'aucune chose, qu'il le laisse
dans la fusion l'espace de quelques heures, & il
aura un verre de couleur de sang, lequel sera si
beau, qu'à le voir seulement il sera capable de
remettre & réjouir un homme accablé d'affaires
& de soucis.
Chacun peut aisément conjecturer en quel état se trouve celui lequel après plusieurs travaux,
& après avoir attendu la bénédiction de
Dieu, voit enfin la possibilité de la chose qu'il
a recherchée avec tant de soin. Moyse fut ravi
de voir seulement la Terre promise, quoi qu'il
n'y entra pas. Quelle fut la joie de ce saint vieil-
D ij
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52 La Médecine universelle.
lard Simon, lors qu'étant entre dans le Temple
par une inspiration divine, il prie le petit Jésus
entre les bras, & dit: Seigneur, laisser maintenant
aller votre serviteur en paix, d'autant que mes yeux ont
vu mon Sauveur. Je crois que personne ne se scandalisera
de cette comparaison. Car mon enfant
c'est la boue. Or comme l'enfant Jésus n'étant
pas encore en age de pouvoir parler, prêcher,
ni de faire des miracles, était néanmoins semblable
aux autres enfants quant à l'extérieur, &
personne ne savait ce qu'il devait un jour devenir,
jusqu'à ce qu'étant parvenu à l'age viril
il fit de grands miracles; & ce par la raison que
l'essence divine étant cachée en lui de toute
éternité, se manifestera par succession de temps.
Aussi personne ne sait-il quelles couleurs &
quelle figure doit avoir la plante qui est à naître
de quelque semence; enfin en naissant elle
manifeste ce qu'elle cachait en elle-même.
De même le véritable premier être de l'or caché dans mon or potable, n'est pas visible aux
yeux, & moins encore ce que l'art en peut faire,
avant qu'il ait acquis sa fixation par le moyen
du feu. Il faut donc attendre patiemment que
cet enfant soit crû, & qu'étant parvenu à l'âge
viril, il fasse des actions viriles. Qui est-ce qui
croirait que toute l'essence d'un oiseau avec les
plumes, & tout ce qui lui appartient, fut cachée
dans un oeuf, si la chose n'était connue de tout
le monde? Si on boit trop grande quantité de
moût, il nuit à l'estomac, & excite la colique;
mais quand il est changé en vin fort & clair, il
fortifie l'estomac, & produit les forces qu'il tenait

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La Médecine universelle. 53
cachées auparavant. Celui qui connaît la
semence végétable, l'oeuf animal, & le premier
être minéral, celui-là sait que de la semence doit
naître l'herbe, de l'oeuf l'oiseau, & du premier
être des minéraux, la médecine universelle. Or
celui qui n'est pas capable de ce raisonnement,
& qui méprise la semence, l'oeuf & le premier
être des minéraux, qui sont le sel, & le soufre,
celui-là sans y penser rejette aussi l'herbe qui
est cachée, l'oiseau, & la médecine universelle.
C'est pourquoi personne ne doit mépriser ce
qu'il n'entend pas. Afin de donner l'intelligence
de l'affaire, je dis que le premier être de l'or cache
la médecine universelle, laquelle le temps,
l'art & la nature, produisent en lumière réellement.
Par ainsi on ne doit pas se moquer de mon
or potable, pour être encore dans son enfance,
& ressembler à de l'eau salée commune; mais au
contraire on doit s'imaginer qu'étant semblable
au blanc d'oeuf, il contient dans son intérieur
le jaune qui produira un jour un bel oiseau.
C'est assez parlé de la nature & des propriétés de mon or potable; Bien-tôt je ferai imprimer
l'usage d'icelui entre mes principaux remèdes.
Cependant quiconque s'en voudra servir, il le
pourra faire en toute sûreté, vu qu'il ne fait
aucun effet qui ne profite au corps humain, en
fortifiant l'humide radical, dont la vie de l'homme
est entretenue, comme nous avons montré
en l'exemple de la lampe. Mais il en faut user
avec précaution; car comme c'est un feu tout
pur, on le doit employer avec mesure. Au commencement
D iij
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54 La Médecine universelle.
il en faut donner au malade une ou
deux gouttes, dans du vin, de la bière, au autre
boisson, & sur tout très-utilement dans l'esprit
de vin: le jour ensuivant, il faudra ajouter une
gouttelette, & une autre les jours d'après, tant
qu'elle purge par les urines & par les sueurs, &
quelquefois aussi légèrement par les selles.
Cette opération étant faite, il faut diminuer
aussi les doses tous les jours, tant que la maladie
étant emportée, on ne veuille plus user du remède.
Toutes choses étant dûment faites, on
verra qu'il n'y a point de mal qui ne soit chassé
& comme consumé par cette médecine, comme
le bois l'est par le feu ardent; de sorte que
tout est réduit en rien, à la réserve du sel fixe.
Car comme nous avons montré ci-devant, toutes les maladies tirent leur origine des humeurs,
auxquelles rien ne peut remédier plus commodément
& sûrement, que cet or potable qui
les ouvre, incise, consume & chasse, de même
que le Soleil consume & fait évaporer l'eau dans
un vaisseau. Tellement qu'elle guérit & prévient
la lèpre, la vérole, la fièvre quarte, & autres,
le scorbut, l'épilepsie, l'apoplexie, la mélancolie
hypocondriaque, le calcul des reins &
de la vessie, la goutte, & toutes les maladies de
la matrice tant connues qu'inconnues, & même
aussi la peste. Il n'y a que le phlegme excessif qui
s'en va en pourriture. Ainsi on voit qu'une personne
sanguine d'un tempérament un peu sec
se porte mieux qu'un phlegmatique. Le sucre
étant sec dure beaucoup d'années, s'il est humecté
il devient aigre & moisi quoi qu'on y

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La Médecine universelle. 55
mette du sel pour le conserver.
L'humidité superflue ouvre donc la porte à la mort, pour attaquer la vie; & au contraire
une sécheresse chaude & tempérée, conserve
toutes choses en bon état, & empêche la corruption.
Quoi qu'une maison soit belle & magnifique,
le toit étant entrouvert & fendu il
reçoit la pluie de tous côtés qui le corrompt &
le pourrit; que si on ferme les trous par des
quels la pluie est entrée, & qu'on en ouvre d'autres
par lesquels l'air chaud puise entrer pour
dessécher l'humidité, la maison pourra être
conservée. Les hommes qui vivent dans des
lieux humides & marécageux, & dont le boire
le manger sont aqueux, ne sont pas ordinairement
de bon tempérament, étant tourmenté de
fluxions & de scorbut. Au contraire ceux qui
habitent les montagnes & lieux élevés, jouissent
d'un air plus pur & plus sec, se nourrissent de
viandes plus propres à la santé, ne savent que
c'est de ces maladies qui proviennent d'humidité,
sont robustes & ont la chair dure & épaisse. Cette
différence ne s'aperçoit pas seulement aux
hommes; mais encore en toutes les autres choses.
Car non seulement le pain, la chair, le fruit
& autres aliments, se moisissent & corrompent
beaucoup plutôt dans les lieux humides; mais
aussi les métaux mêmes, fer, cuivre, étain, &
autres semblables n'évitent pas la corruption de
l'air humide, & sont couverts de rouille, ce qui
ne leur arrive pas si aisément dans l'air sec.
Voila ce que j'ai voulu brièvement dire de mon or potable, j'en dirai davantage dans l'usage
D iiij
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56 La Médecine universelle.

de mes principaux médicaments, qui suivra
bien tôt ce traité.
Quoi que j'aie souvent fait mention çà & là dans mes écrits de la préparation de mon or
potable clairement, & à la façon des Philosophes
sans aucun récipé, comme dans le Miracle
du monde, dans l'explication, & dans la continuation
d'icelui; Toutefois pour satisfaire pleinement
tout le monde, j'avertis un chacun de ne
se pas imaginer que le sujet doive être tiré des
pays étrangers avec grande dépense: Car la matière
de mon or potable s'offre en tous lieux
gratuitement, aussi bien au pauvre qu'au riche;
& peut être menée à la perfection en trois
jours: J'entends parler de cette perfection que
peut requérir son enfance, à savoir pour être,
lait virginal, ou eau claire, universelle &
médicinale, que j'appelle or potable, dans lequel
est caché le précieux sang de Dragon, pour
être transmué en certain temps limité en une
constante Salamandre ce que je n'ai pas encore
obtenu. Et partant j'en demeure là, ne faisant
point de doute que mon or potable ne puisse venir
au bout de sa constance & fixation par la
voie sèche & par la voie humide.
Au reste je ne nie point qu'il ne puisse être fait de toutes les choses du monde; mais plus aisément
& plus promptement d'un sujet que de
l'autre. L'enfant le plus pauvre qui vienne au
monde, jouit nécessairement de ce sujet, sans
lequel il ne saurait respirer. C'est pourquoi
quelques anciens Philosophes ont écrit, qu'Adam
& Eue, avaient la même matière dans le

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La Médecine universelle. 57
Paradis, quoi qu'ils n'aient pas été vêtus, s'étant
couvert de feuilles les parties honteuses,
après qu'ils connurent leur nudité. Car ce fut
hors du Paradis, que Dieu leur fit des habits.
Le vieux Hermite Morienus discourant du sujet universel avec le Roi Calid, lequel lui en
demandait l'explication, lui répondit: Toi-même,
ô Roi, tu as ce sujet en ta puissance. Ayant achevé
l'oeuvre, il écrivit ces mots sur un vaisseau qui
contenait la pierre: Qui porte tout avec soi n'a
besoin du secours d'autrui: par lesquels il donne
à connaître qu'il pouvait en tous lieux derechef
recouvrer la matière universelle, & qu'il
n'avoir besoin de personne pour cela. Marie Prophétesse
soeur de Moyse, appelle l'oeuvre de trois
heures; un autre l'oeuvre Philosophique de sept
jours. Et moi Glauber novice, disciple d'Hermès, assure en vérité, que mon or potable dont
il s'agit, peut être fait en trois heures, & même
des sujets qui se trouvent partout, & dont tout
le monde se sert, & ne peut se passer dans la vie.
C'est la pure vérité sans être enveloppée des nuages
des similitudes ou paroles obscures. Et afin
que personne ne doute du sens littéral de cet
écrit, j'assure pour la troisième fois que l'or
potable peut être fait de toute sorte de végétable,
animal, ou minéral, mais plutôt de l'un
que de l'autre. Car quoi que chacun le puisse faire
de toute pièce de bois, de pain, de chair, d'herbe,
de feuille, toutefois il est plus facile de le faire
du sel qui est le centre concentré de tous les végétaux
& animaux, ce que je laisse comme une
vérité infaillible. Or je veux que chacun sache

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58 La Médecine universelle.
que je ne parle ici d'autre sel que de celui qui se
trouve en toutes choses.
Et afin que l'on comprenne mieux le sens de mes paroles, j'ajouterai un brief discours,
mais fondamental. Ce n'est pas assez pour celui
qui est curieux de l'art, & qui a un ardent désir
de réussir, de lire tel ou tel Philosophe, pour se
persuader en suite à entendre clairement la doctrine
qui lui a été enseignée; mais il doit soigneusement
examiner quelle est la nature
l'origine de ce qu'il cherche, & par quelle voie
il la peut trouver. Car si nous recherchons exactement
les choses, & que nous allions jusques
au fond, nous trouverons que Dieu a été seul
jusques au terme qu'il prit plaisir de créer les
choses visibles pour sa gloire. Il ne prononça
que soit fait, ce qui donna naissance aux éléments,
dont est sorti tout ce que nous voyons,
sans lesquels la nature ne peut subsister. Que si
on veut faire quelque chose de meilleur & de
plus pur, que la nature, il faut avoir recours à
l'art, lequel surpasse & va plus loin , & commencer
par où elle a fini. Car lors on en vient
jusqu'à la quinte-essence, laquelle surpassant la
nature d'un degré, ne saurait passer plus outre.
Que si on voulait encore avoir quelque chose de
plus parfait que la quinte-essence, il faudrait
avoir procédé par quelque autre voie, vu que
l'art ne passe pas au delà de la quinte-essence.
Ainsi il faut nécessairement revenir au centre,
d'où les éléments ont tiré leur origine. Ce centre
est ce divin fiat, ou sel universel hermaphrodite,
participant des deux natures, lequel

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La Médecine universelle. 59
étant un vrai premier mobile contient en soi
deux contraires cachés, & ces contraires agissant
l'un contre l'autre réciproquement, engendrent
les trois principes des trois règnes, végétaux,
animaux, minéraux, les nourrissent & multiplient
par les quatre éléments; voila le cours ordinaire
de la nature. Mais l'art va beaucoup plus
avant, il réduit la circonférence au centre, & ne
permet pas à ce centre ou premier mobile, que
ces deux contraires agissant l'un contre l'autre, le
patient soit vaincu par l'agent, & qu'il passe par
les trois règnes susdits, comme par ses circonférences;
il surmonte & apaise ce premier mobile,
afin qu'il ne divise pas ses forces, & qu'il ne
les étende pas trop dans un grand circuit, mais
qu'il les absorbe & engloutisse en quelque sorte
en lui-même. De même comme le dragon
s'emporte la queue venimeuse par la morsure,
& s'en nourrit, lors qu'il n'a pas d'autre aliment,
& par ce moyen il devient une souveraine
médecine. C'est pourquoi Hermès a dit très-
sagement: notre dragon, ne meurt que par F.
& S. Il faut qu'un feu vainque l'autre, & le transmue
en une plus noble essence. Tel feu est mon
secret Alkaest ou véritable or potable, par le
moyen duquel il se peut faire des merveilles.
L'eau est claire & transparente, dans laquelle
est caché le feu, la couleur & la forme. Or ce
feu interne se manifeste aisément, & devient visible
par un double feu, sec & humide. La voie
sèche s'exécute par le feu & par la chaleur des
charbons communs de bois. Pour la voie humide,
il se faut servir d'esprit de vin bien rectifié,

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60 La Médecine universelle.
& délivré de tout son phlegme.
Prends une once de feu sec & concentré, mets là sur trois onces de feu humide ou esprit de vin,
lequel boira le sec en peu de temps. L'un &
l'autre étant digéré l'espace de quelques heures
dans une fiole à long col par une chaleur
convenable, prendra la couleur de sang, & manifestera
ses vertus concentrées. Car tout ce qui
était retiré au dedans, sort & se rend visible &
perceptible aux sens extérieurs. Ainsi le petit
enfant qui était revêtu d'une couleur blanche,
devient éloquent, fort, & prudent comme un
homme fait, & le lait virginal se change en un
sang de dragon très efficace. C'est la véritable
eau de vie, & le véritable vin de santé, duquel
si on prend journellement quelques gouttes elles
conservent & allongent la vie: Plusieurs honnêtes
gens ont vu chez moi, l'admirable &
prompte vertu de ce remède.
S'il se trouve quelque malade qui ne puisse point avoir de soulagement par les remèdes
communs des Galénistes, & qu'il veuille avoir
recours à mon or potable, je lui en donnerai
charitablement autant qu'il en faut pour guérir:
Et ce d'autant plus volontiers, afin qu'en ces
derniers siècles où le monde est entièrement
perverti, les merveilles de la divine providence
soient connues, & que la bouche soit fermée
aux ennemis de cet art noble & excellent, qui
méprisent & accusent les Philosophes de mensonge
par une pure envie & ignorance.
Je ne doute nullement qu'il s'en trouvera plusieurs qui suivront mes traces pour composer

@

La Médecine universelle. 61
le vrai or potable, & tâcheront de le porter à
une plus haute perfection par succession de
temps, auxquels je n'envie point un heureux
succès; si Dieu leur daigne accorder un si grand
don. Personne ne tirera de moi autre chose que
ce que j'ai dit çà & là dans mes écrits touchant
cet or potable. Que chacun se contente de trouver
chez moi la médecine préparée. Ce que de
cent un n'offrirait pas, s'il en était possesseur. J'ai
déjà assez amplement déclaré la cause qui m'a
poussé à la divulguer, & à l'offrir aux malades
pour leur consolation & rétablissement.
Pour conclusion je proteste derechef que tout ce que j'en ai dit est véritable. Que personne
ne soit si téméraire que de s'en moquer comme
d'une chose vaine & impossible.
Chacun est libre d'en faire l'épreuve. Tant que je vivrai on trouvera chez-moi cette médecine
préparée. Voire même j'en montrerai à l'oeil
l'usage aux amis pour la correction des végétaux,
animaux & minéraux, afin que les merveilles
de Dieu & la possibilité de l'art soient
mises en évidence.

F I N.
@

pict

A V I S A U L E C T E U R.

A FIN que le Lecteur comprenne mieux le sens de cet opuscule, j'ai cru être à propos d'en faire ici une brève récapitulation.
Toute l'affaire consiste à savoir comment cette
médecine est aisément préparée des végétaux,
animaux & minéraux qui se trouvent par tout,
& que pour cette raison elle est appelée universelle,
parce qu'elle remédie aux maladies &
aux défauts de ces trois règnes. Car tous les
végétaux croissent mieux & plus promptement
par le secours de cette médecine, & acquièrent
une odeur & saveur beaucoup plus agréable que
ceux qui sont aidés par le fumier ordinaire des
bêtes. Pareillement la fécondité est augmentée
dans les animaux tant mâles que femelles,
l'humide radical est fortifié, & toutes les obstructions
du corps sont ouvertes, & emportées.
Dans le règne des minéraux c'est un remède
très efficace qui corrige les métaux imparfaits,
il transmue le mercure vif en très-bon or, les
pierres à feu, les cristaux & verres cristallins
en beaux rubis & jacinthes, semblables aux naturels
en couleur, non en dureté.
Toutes ces vertus lui ont acquis le nom de Médecine universelle; ce que je n'ai pas voulu
celer aux curieux de l'art, & admirateurs de la
divine bonté.

F I N.
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Début de l'ouvrage Texte précédent Texte suivant Fin de l'ouvrage Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
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