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Réfer. : AL1904F
Auteur : Anonyme.
Titre : Traité d'un Philosophe inconnu.
S/titre : sur l'Oeuvre Hermétique. B. d. Ph. C. T-IV.

Editeur : André Charles Cailleau.
Date éd. : 1754 .


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461
pict

T R A I T E'
D'UN PHILOSOPHE INCONNU,
sur l'Oeuvre Hermétique;
Revu & élucidé par le Disciple Sophisée,
sous les auspices des Coherméites, Philovites & Chrisophiles.
T Ous les Philosophes ont écrit fort obscurément; & quoique les Modernes doivent avoir écrit plus clairement que les
Anciens, puisqu'ils n'ont fait, ou que dire
les mêmes choses en d'autres termes, ce
qui les doit rendre plus connues, ou expliquer
ce qui leur a paru plus obscur dans les
Anciens, ou enfin dire ce que les autres
avaient celé; cependant on trouve encore
tant d'obscurités dans les Livres de ces écrivains
énigmatiques, qu'il y a moins de sujet
de s'étonner que personne n'en pénètre
le vrai sens, que de ce que quelqu'un l'a pu
faire. Néanmoins la vérité & l'erreur ont
leurs caractères qui les distinguent, & quelque
confondus qu'ils puissent être, un esprit
attentif est capable de les débrouiller. On ne
voit que pour faire cela, on puisse se servir
d'un moyen, plus commode & plus général,
que de la voie analytique, ou plutôt, c'est
Q q iij
@

462 Traité
la seule voie par laquelle nous devons espérer
de résoudre une infinité de questions
embrouillées, & dans lesquelles, comme dans
cette Philosophie, la vérité est cachée sous mille
autres choses inconnues, sous un amas de
paroles inutiles, & quelquefois même sous
des contradictions apparentes.
Tous ceux qui ont quelque connaissance de l'Analyse, savent le secours que l'on en
peut tirer pour la découverte de ces vérités.
L'usage de cette méthode est extrêmement
vaste, & elle conduit à la connaissance des
vérités par différentes voies; mais quoiqu'on
puisse bien assurer, sans se tromper,
que les Philosophes des siècles précédents
l'aient ignorée, quelques-uns d'entre eux,
comme Arnauld, le Trévisan & Zachaire nous
ont cependant laissés comme des essais de
cette recherche, qui imitent en quelque
chose une des manières de la voie analytique.
Ils nous assurent qu'il faut expliquer
les Philosophes par l'oeuvre ou le procédé,
& le procédé par les Philosophes; qu'il faut
faire une telle conciliation de tous les Passages,
que non seulement on accorde un Philosophe
avec lui-même, mais encore avec
tous les autres, que l'on ne voit plus rien
d'obscur dans leurs Ecrits; que toutes leurs
équivoques soient levées, & leurs énigmes
expliquées. Mais avec cette précaution, que
le système qu'on se formera sur leurs Ecrits

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d'un Philosophe Inconnu. 463
s'accorde avec les opérations ordinaires de
la Nature.
Lorsqu'on a découvert cela, on peut probablement assurer qu'on a découvert leur
secret. Car si on regarde tous ces Auteurs
comme l'on fait une lettre chiffrée, on
pourrait vraisemblablement assurer qu'un
alphabet qu'on aurait trouvé serait le véritable
dont on se serait servi pour chiffrer
cette lettre, si avec cet alphabet on n'omettait
pas un mot de cette lettre sans le
lire, & donner un sens raisonnable à toute
la lettre; de même on pourra penser qu'un
système qu'on se sera formé sur quelques
Passages des Philosophes, sera celui dont ils
auront voulu parler, si par ce système on
explique les Philosophes. Mais si avec l'alphabet
de cette lettre chiffrée, l'on n'en pouvait
lire que quelques mots, ou que la lettre
ne fit pas un sens raisonnable, il y aurait
grand sujet de penser que cet Alphabet ne
serait pas le véritable, ou comme on appelle
ne serait pas la clef; de même aussi
on pourrait bien se former un système, comme
plusieurs font tous les jours, par lequel
on expliquera quantité de Passages de quelques
Philosophes, mais cela n'est pas suffisant,
il les faut expliquer tous, au moins
ceux qui paraissent essentiels, & qui se trouvent
dans les véritables Philosophes.
Il ne faut que faire l'application de cette règle à toutes les opinions qu'on propose,
Q q iiij
@

464 Traité
pur en faire voir le peu de solidité; mais
parce que dans cette recherche par la voie
analytique, il est permis de faire des suppositions
comme véritables, quoiqu'après on
puisse les rejeter ou les changer, alors
la suite du raisonnement en démontre ou la
fausseté ou la vérité. Nous supposerons donc
le procédé que vous demandez comme véritable
dans l'essence, & ensuite nous essayerons
d'en prouver chaque partie par l'autorité
des Philosophes; & puis de descendre
au détail du même procédé, supposé que
nous n'y trouvions pas de contradiction dans
l'examen que nous en ferons. Mais comme
pour concilier seulement les Philosophes sur
ce procédé, il faudrait plus de loisir que je
n'en ai, de même que pour faire voir la
manière de faire cette recherche par la voie
dont je me sers, je me contenterai de vous
exposer simplement, comme je crois que la
chose va, & de l'affermir de quelques autorités;
voici l'une des manières de faire la
Pierre.
Prenez une partie d'Or vulgaire, amalgamez-le avec trois parties de Mercure philosophique;
mettez-le danS un matras dont
les deux tiers soient vides, & les mettez
au bain de cendre avec un feu modéré, &
environ en six mois de temps le tout se coagulera
en une poudre rouge-brun. Premièrement
l'Or se dissoudra & volatilisera, puis
commençant à se coaguler, toute la dissolution

@

d'un Philosophe Inconnu. 465
deviendra noire, & peu à peu elle blanchira,
& enfin elle rougira; alors le second
Oeuvre est fait, mais on n'a pas encore la
Pierre, on a l'Or ou le Soufre des Philosophes.
Il faut donc prendre cet Or, le mêler avec du Mercure philosophique, selon la
proportion de neuf à un, ou de dix à un,
ou de sept à deux, comme on voudra, l'enfermer
dans le matras, & le mettre sur les
cendres à un feu très doux, & en dix mois
le tout se coagulera en une poudre rouge
impalpable, qui est la Pierre. Premièrement
l'Or des Philosophes se dissoudra, & toute
la composition deviendra noire au bout de
quarante jours ou environ, & parfaitement
blanche après cinq mois, & cuisant toujours
elle rougira comme du sang, & alors la
Pierre est faite, que l'on peut fermenter &
multiplier en vertu & en quantité.
Voilà tout le mystère, ou proprement il n'y en a point, car tout le mystère est dans
la composition du Mercure philosophique;
il faut donc maintenant prouver par l'autorité
chaque partie de ce procédé.
Mais auparavant, il faut remarquer que la Pierre ne se fait pas immédiatement de l'Or
philosophique & du Mercure. Le premier
oeuvre, ou la première opération sert à faire
l'Or philosophique, que l'on appelle encore
soufre philosophique; le second oeuvre, ou
la seconde opération sert à faire la Pierre

@

466 Traité
avec cet Or philosophique, e le vulgaire.
Ces deux opérations paraissent à peu près semblables, cependant elles sont bien différentes,
car elles se font avec différents degrés
de feu; les trois couleurs essentielles
de la Pierre paraissent dans ces deux Oeuvres,
qui sont le noir, le blanc & le rouge,
néanmoins dans le second Oeuvre ces couleurs
sont parfaites, c'est-à-dire un noir très
noir, un blanc très blanc, & un rouge très
rouge; au lieu que dans le premier Oeuvre
c'est seulement un noir commencé, un blanc
sale, & un rouge obscur.
Voilà la manière que les Philosophes enseignent de faire leur Pierre, & quoique ce
ne soit pas là un secret, ils ont pourtant
embrouillé & mêlé ces deux opérations, &
n'ont pas voulu distinctement marquer les
régimes de l'un & de l'autre.
Mais il y a encore une autre voie extrêmement secrète, & dont les Philosophes
n'ont parlé qu'avec bien de la retenue laquelle
se peut faire avec le seul Mercure des
Philosophes, sans y ajouter de l'Or vulgaire.
Il y a en celle-là deux opérations comme
dans l'autre; la première est pour faire le
Soufre ou l'Or des Philosophes, & la seconde
pour faire leur Pierre; car comme
j'ai dit, la Pierre ne se fait immédiatement
que de l'Or philosophique & du Mercure
mêlés ensemble. La première opération, qui
est pour faire le Soufre philosophique, se

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d'un Philosophe Inconnu. 467
fait avec le seul Mercure philosophique,
sans y ajouter aucune chose, ce qui se fait
en seize mois philosophiques; & la seconde
opération, qui est avec cet Or ou Soufre,
& l'Or vulgaire, d'en faire la Pierre, elle
se fait en dix mois ou environ, comme
nous avons dit ci-devant.
Ce procédé avec le seul Mercure est le plus rare, le plus excellent & le plus court.
Celui avec l'Or vulgaire est plus long, plus
pénible & moins excellent; ces deux procédés
pour le temps ne différent point dans
le second Oeuvre, pour les signes qui s'y
voient également, mais ils sont extrêmement
différents dans le premier Oeuvre. A
l'égard de l'excellence, l'on peut en réitérant
toute son opération, rendre la Pierre
produite par l'Or vulgaire, aussi excellente
que celle produite du seul Mercure; ce qui
se fait en prenant la Pierre & la mêlant
avec trois ou quatre parties de Mercure philosophique,
& la faisant cuire à petit & lent
feu, & en trois mois ou environ elle sera
parfaite, passant dans l'espace de ce temps
par toutes les couleurs comme au premier &
second Oeuvre: & c'est là ce qu'on appelle
la multiplication que l'on peut réitérer tant
de fois qu'on voudra, & à chaque multiplication
la Pierre s'augmente de dix, à la seconde
de cent, à la troisième de mille, &c.
Outre que les dernières multiplications se

@

468 Traité
font toujours en moins de temps que les premières.
Il y a encore la fermentation de la Pierre, qui se fait avant que de la multiplier, & qui
se réitère aussi si on veut, elle peut être faite
en diverses manières, en voici une. On prend
quatre parties d'Or vulgaire, une partie de
la Pierre; on fait fondre ces deux en une
masse friable, dont il faut prendre une partie
& trois parties de Mercure Philosophique,
& cuire le tout pendant le temps nécessaire,
pour coaguler la Pierre en une poudre
rouge, propre alors à faire projection sur
tous les Métaux; cette coction ne durera
que deux mois.
Si on ne veut faire que de l'Argent, il ne faut pas faire rougir l'Elixir par la coction,
mais quand on voit sa matière blanche,
il la faut alors tirer du feu & la fermenter
avec de l'Argent.
Tous les Philosophes ont assez clairement parlé de ces opérations, mais ils ont merveilleusement
enveloppé de figures leur Mercure,
qui est la clef de l'Oeuvre; & pour
commencer à donner les preuves de ce petit
système, & l'examiner par la règle même
que je me suis prescrite, je dirai que
les Philosophes nous ont décrit leur Mercure,
en sorte que nous pouvons jurer qu'il
est à peu près pour la forme extérieure comme
le Mercure vulgaire; ainsi il faut rejeter

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d'un Philosophe Inconnu. 469
d'abord toutes les eaux transparentes,
les rosées de Mai, les esprits acides, &c.
Notre eau ne mouille point les mains, c'est ce que dit le Cosmopolite, Chap. x,
Epilogue, parabole, &c.
Elle ne mouille & ne s'attache qu'à ce qui est de sa nature, cela ne convient qu'au
Mercure selon le même.
Dans la différence que le Cosmopolite * fait du Mercure philosophique d'avec le Mercure
vulgaire, il ne les distingue point par des
qualités sensibles & apparentes comme de
la pesanteur, de la diaphanéité, de la blancheur
& autres, mais il s'arrête seulement
à les distinguer par certaines qualités intérieures
& insensibles, ce qu'assurément il
n'aurait pas fait si le Mercure philosophique,
ne ressemblait au Mercure vulgaire; quoique
cette preuve soit négative, elle ne laisse
pas d'être concluante; il ne faut que lire le
Passage cité de Philalèthe Chap. II. le Mercure
des Philosophes ressemble à du métal
fondu dans le feu; donc il est semblable au
Mercure vulgaire.
Le Mercure philosophique * garde & conserve toutes les proportions & les forme du
Mercure.
Le sujet matériel * de la Pierre est l'Or vulgaire
* Chap. IV. des trois principes. * Philalèthe, Ch. X. * Philalèthe, Ch. XIII. & XVII.
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470 Traité
& le Mercure coulant. Dans le Chapitre
XV & XVIII de Philalèthe, on peut
voir que ce Mercure doit être semblable extérieurement
au Mercure vulgaire, puisqu'on
peut comme le Mercure vulgaire l'amalgamer
avec l'Or; qu'on peut laver cet
amalgame, qu'on peut même sublimer &
revivifier ce Mercure comme le vulgaire. Je
m'imagine que cela suffit sans en chercher
des preuves ailleurs, comme je le pourrais
faire, mais si ce Mercure est semblable au
vulgaire extérieurement, il est bien différent
intérieurement: on en peut voir les différences
dans le Cosmopolite Chap. VI. des
trois principes, & dans Artéphius, qui appelle
inique le Mercure vulgaire.
Si je m'arrêtais à prouver tout, il me faudrait plus de temps que je n'ai résolu d'y
en employer, il m'ennuie même déjà d'en
tant écrire, & peut-être me suis-je arrêté
sur des choses qui ne le méritent pas. Je
choisirai seulement quelques endroits que
je crois qui sont les plus difficiles à entendre,
& s'il me reste du loisir j'achèverai
d'autoriser les autres, qui peut-être n'en
ont pas besoin, comme par exemple que ce
soit l'Or & le Mercure qui soient les principes
de la Pierre, & autres semblables.
J'ai dit que la Pierre se faisait par deux diverses voies, l'une avec le Mercure seul,
qui est la voie la plus excellente & la plus
courte; & qu'elle se faisait encore avec l'Or

@

d'un Philosophe Inconnu. 471
& le Mercure philosophique, & que cette
voie est plus longue & moins excellente;
que la différence qui se trouve en ces deux
voies est dans leur première opération, c'est-
à-dire dans la production du Soufre ou de
l'Or philosophique avec lequel on fait immédiatement
la Pierre en le mêlant avec le
Mercure: voici sur quelles autorités je
me fonde, pour faire voir que la Pierre, ou
le soufre ou Or philosophique se produit
du seul Mercure. Geber Livre II. chap. 9.
Philalèthe Chap. 19. disent: Si vous pouvez
le faire avec du Mercure seul, vous
feriez une belle découverte du très grand Oeuvre,
& un ouvrage plus admirable que celui
que produit la Nature.
Geber Livre Il. Chap. 24. de la Médecine, qui coagule le vif-Argent, dit parlant
de cette Médecine (qui est ce soufre
philosophique) on le tire tant des corps que
du vif-Argent même, parce qu'on les trouve
de même nature, mais on le tire plus difficilement
des corps, & plus facilement du
vif-Argent; de quelqu'espèce que soit la
Médecine, tant dans les corps que dans la
substance du Mercure même, vous ferez une
découverte.
Geber Livre I, Chap. 52, dit: La Médecine qui coagule le vif-Argent, peut être
tirée des corps métalliques, mais on la tire
plus facilement & prochainement du vif-
Argent seul. Le même Chapitre 54. dit:
L'humidité cérative se trouve plus facilement,

@

472 Traité
mieux & plus prochainement dans le
Mercure que dans les autres. Le même Geber
Livre II. Chap. XXIV, dit: La Médecine
qui coagule le Mercure y est renfermée
&c. c'est le régime, &c.
Arisleus en la tourbe dit, que Gabertin, ou l'Or des Philosophes, est de même matière
substantielle que Beia, ou que le Mercure.
Cosmopolite au Dialogue du soufre dit: le Soufre des philosophes est très parfait
en l'Or & en l'Argent, mais il est très facile
en l'Argent-vif.
Cosmopolite, au Chapitre 5. des trois principes, dit l'Art n'est qu'une conjonction
de l'humide radical des Métaux & du
feu, c'est-à-dire d'une femelle & d'un mâle,
lequel cette femelle a engendré; car le
Mercure Philosophe a un soufre; c'est l'Or
philosophique, qui est d'autant meilleur,
parce que la Nature l'a digéré, & on peut
tout faire du Mercure seul; il a une vertu
si efficace qu'il suffit & pour toi & pour
lui, c'est-à-dire que tu n'as besoin que de
lui seul sans addition, tu pourras parfaire
toutes choses du Mercure; Hermès dit: dans
le Mercure est tout ce que cherchent les Sages.
Au Traité du Sel Chap. 2 il dit, le Mercure philosophique est un Or en puissance,
& peut être digéré en Or philosophique ou
en rougeur, & il se coagule ainsi; & si cet
Or est de nouveau dissous par un nouveau
menstrue,
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d'un Philosophe Inconnu. 473
menstrue, il s'en fera la pierre, &c. Il
n'est pas de besoin donc de réduire le corps
parfait, parce que nous ne trouverions que
le même sperme que la Nature nous offre,
& auquel elle a donné une forme de métal,
mais elle l'a laissé cru & imparfait, mais
nous le pouvons cuire & digérer, & le
mener à maturité.
Philalèthe Chap. 18. dit: notre Mercure donne de l'Or de lui-même, qui est le principe
de nos secrets.
Philalèthe Chap. 18. & 19. dit, on trouve notre Soleil dans le Soleil & la Lune
vulgaire, mais il y a plus de peine à trouver
dans l'Or vulgaire la matière la plus prochaine
de la Pierre, qu'à faire la Pierre. L'Or
vulgaire est la matière prochaine de la Pierre,
l'Or philosophique en est la matière la
plus prochaine.
L'Or vulgaire mêlé avec notre Mercure, & cuit, se convertira tout en notre Soleil,
mais ce n'est pas encore la Pierre; mais si cet
Or est cuit une seconde fois avec notre
Mercure, il donnera la Pierre, cela est clair.
Notre Or est de notre Mercure, & il est aussi dans l'Or vulgaire.
Enfin pour connaître que le Mercure seul peut donner l'Or philosophique en peu de
temps, & pour voir aussi que le Mercure &
l'Or vulgaire mêlés donnent ce même Or
philosophique, mais avec plus de peine; &
pour voir encore que cet Or n'est pas la
Tome IV. R r
@

474 Traité
Pierre, mais qu'il n'en est qu'un des principes
immédiats avec le Mercure, il ne faut
que lire Philalèthe aux Chapitres X, XI,
XVIII, XIX & XX; car il faudrait tout
copier tant il y parle expressément, & lire
aussi le Traité du Sel Chap. 2. &c.
Et pour connaître encore que l'Or vulgaire doit avec le Mercure se convertir en
Or ou soufre philosophique, & que ce
soufre étant dans la seconde opération mêlé
avec notre Mercure, donnera la Pierre,
ce qui fait les deux opérations, je vais en
rapporter quelques autorités.
Premièrement Philalèthe, Chap. XIX. & XX, dit que ces deux Oeuvres ont une
représentation emblématique l'une de l'autre,
savoir que dans la première du seul
Mercure, qui est pour faire dans la seconde
l'Or philosophique avec l'Or vulgaire, on
voit une noirceur, une blancheur & une
rougeur; mais que dans la seconde Oeuvre
on voit une noirceur parfaite, une blancheur
parfaite, & une rougeur parfaite.
Le Cosmopolite Chap. XI, dit que le feu du second Oeuvre, n'est pas tel que celui du
premier.
Pour le temps de ces deux oeuvres, Philalèthe les marque aux Chapitres XVIII, XIX,
& XXXI. le Cosmopolite au Chap. X. en sa
Parabole. Le Traité du Sel au Chap. VI,
que je ne rapporte point, parce qu'il me
faudrait trop écrire; D'Espagnet, Canon

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d'un Philosophe Inconnu. 475
137. dit que le premier Oeuvre pour le
rouge est fait dans la seconde maison de
Mercure; & que le second Oeuvre se fait
dans la seconde maison de Jupiter; ce qui
convient pour les temps avec ceux ci-dessus:
& parce qu'il faut savoir quelques principes
d'Astrologie pour expliquer cela, je dirai
que les Astronomes commencent leur
année par le signe du Bélier, c'est-à-dire
quand le Soleil y entre, qui est environ le
21 Mars. La seconde maison de Mercure est
la Vierge, qui comprend le mois de Septembre
ou environ, quand le Soleil y est;
la seconde maison de Jupiter c'est les Poissons,
qui comprend une partie de Février,
lorsque le Soleil est dans ce Signe; commençant
donc par Mars, le premier Oeuvre
doit durer six mois, c'est-à-dire finir en
Septembre.
Ces deux Oeuvres se voient absolument requis dans ce dernier Auteur.
Canon 121. La pratique de notre Pierre se parfait par deux opérations; la première en
créant le soufre, l'autre en faisant l'Elixir.
Canon 123. Que ceux qui s'appliquent à la Philosophie, sachent que du premier Souffre
on en peut tirer un second & le multiplier.
Le soufre se multiplie de la même
matière, dont il est engendré, en ajoutant une
petite portion du premier.
Canon, 124. Car l'Elixir composé d'une eau métallique, ou du Mercure, de ce second
soufre & ferment. R r ij
@

476 Traité
Mais quand on ajoute le ferment, la Pierre est faire, si on ajoute le ferment à
ce second soufre; on ajoute le ferment à
la Pierre, donc ce second soufre est la Pierre
produite par le second soufre: or suivant
cet Auteur, ce premier soufre a été fait du
Mercure, & de l'Or vulgaire; il restait à faire
voir que le ferment ne se doit ajouter
que quand la Pierre est faite; ce qu'on pourra
voir au Traité du Sel, chap. 8. Philalèthe
chap. 19, & 31 Cosmopolite au Traité du
soufre, pour faire voir encore par le Cosmopolite
la nécessité & ressemblance des deux
opérations, en travaillant avec le Mercure
conjoint avec l'Or vulgaire, & passant
sur ce que Morien en dit qui est assez remarquable,
nous considérerons quelques
passages de ce Philosophe, que l'on verra
être la même chose exprimée diversement.
Chap. 9. dit, * il y a un métal qui est un acier philosophique, qui se joint avec le vulgaire;
l'Acier conçoit & engendre un fils plus
clair que son père; puis si la semence de ce fils
qui vient de naître est mise en sa matrice, elle
la purge, & la rend mille fois plus propre à
porter de très bons fruits. Voilà un abrégé
du premier & second Oeuvre, ce qui va encore
mieux paraître par la conformité des
autres passages suivants.
Chap. 10. dit, il faut que les pores du corps s'ouvrent en notre eau, que la semence
soit poussée dehors cuite & digeste;

* Le Cosmopolite.
@

d'un Philosophe Inconnu. 477
& puis qu'elle soit mise en sa matrice; le
corps c'est l'Or, notre eau ne mouille point
les mains & est liquide; la matrice c'est notre
Lune, & non l'Argent vulgaire, & ainsi
est engendré l'Enfant de la seconde génération; voilà encore les deux procédés; ce qui
est assez désigné par cet Enfant de la seconde
génération, car il y en doit avoir un de
la première, qui est l'Or des Philosophes, qui
est la semence cuite de cet Enfant de la première
génération, qui est plus claire que son
père.
Chap. II. La terre se doit résoudre en une eau qui est le Mercure des Philosophes,
& cette eau résout le Soleil & la Lune, en
sorte qu'il n'en demeure que la dixième
partie avec une partie, & on appelle cela
humide radical des métaux: puis prends de
l'eau de notre terre, qui soit claire, & dans
cette eau mets-y cet humide radical métallique,
& gouverne tout par un feu non tel
qu'en la première opération, alors tu verras
toutes les vraies couleurs &c. Je t'ai tout
révélé au premier & second Oeuvre.
En l'Epilogue il dit dissous l'Air congelé, ou cuit-le de manière qu'il devienne eau.
Dans cet Air tu dissoudras la dixième partie
d'Or, scelle cela, & cuits jusqu'à ce que l'Air
se change en poudre, qui est l'Or Philosophique;
puis après ayant le Sel du monde, les
diverses couleurs apparaîtront.

* Cosmopolite.
@

478 Traité
Les diverses couleurs n'apparaissent ainsi que j'ai dit, que dans le second Oeuvre. Le
Sel du monde, ou le Sel simplement est le
nom que donne le Cosmopolite au Mercure
des Philosophes; cela se peut prouver par
le chap. 3. 10. & à la fin de l'Epilogue. Philalèthe
aussi l'appelle Sel chap. I. Le Traité
du Sel ne l'appelle jamais presque autrement.
La Parabole dit, l'Arbre Solaire, c'est l'Or vulgaire; le fruit de l'Arbre Solaire, c'est
l'Or Philosophique, que l'on doit mettre
dans notre Mercure, d'où se doit former
sa Pierre. Ce qui le peut prouver par ce qui
est dit à la fin de cette Parabole. Une seule
chose mêlée avec une eau philosophique,
&c. ou par cette chose il entend l'Or philosophique,
comme on peut faire voir qu'est
expliqué ce passage au Traité du Sel chap. 6.
Ce serait trop entreprendre que de vouloir prouver tout, faites-moi seulement savoir
ce que vous trouverez ici à redire, & je
tâcherai de vous satisfaire, de même qu'à
vous expliquer tous les passages que vous
désirerez dans le sens que je les entends;
mais pour répondre en peu de mots à ce que
vous dites, savoir si (comme estiment
quelques-uns) le Salpêtre, l'Antimoine &
le Fer peuvent être la première matière des
Philosophes, je vous dirai que je ne crois
pas que cette opinion puisse raisonnablement
se soutenir, soit qu'on prenne séparément

@

d'un Philosophe Inconnu. 479
ces trois matières, soit conjointement. Premièrement
à l'égard du Salpêtre, il n'y a pas
d'apparence, en ce que ce n'est pas une chose
minérale; or tous les Philosophes tombent
d'accord que la minière d'où ils tirent leur
Mercure est une chose minérale. Secondement
ces mêmes Auteurs disent que le sujet
des Philosophes est le même que celui dont la
Nature se sert pour former l'Or & l'Argent,
& les autres Métaux dans les mines, comme
assurent, le Trévisan, Zachaire, le Traité
du Sel, le Cosmopolite &c. Or jamais aucun
Philosophe n'a dit que les métaux fussent
formés de Sel nitre, à moins que de prendre
ce mot en un sens figuré. En troisième
lieu l'eau que l'on peut faire du Sel nitre,
est comme l'eau commune, & l'eau des Philosophes
ne mouille point. En quatrième
lieu, le Traité du Sel au Dialogue qui est à
la fin, traite de vision cette opinion, &
traite de ridicule un Alchimiste qui se persuadait
que ce Sel était le sujet des Philosophes.
Quant à ce que vous dites que l'Antimoine & le Fer sont la matière du Mercure, &
du soufre des Philosophes, j'aurais souhaité
deux choses; l'une que vous vous fussiez
plus expliqué, savoir si vous entendez que
l'Antimoine soit la matière d'où on doit
extraire le Mercure des Philosophes, & le
Fer, celle où l'on doive extraire leur Soufre
pour le mêler avec ce Mercure; ou si vous

@

480 Traité
estimez que l'Antimoine avec le Fer doivent
ensemble composer la minière, d'où avec
artifice on doive extraire ce Mercure philosophique.
L'autre chose que j'aurais souhaitée,
est que vous m'eussiez voulu citer quelques
principales autorités, sur lesquelles
vous vous fondez; car en tous ces cas il me
semble qu'il ne me serait pas difficile de les
expliquer en leur vrai sens, & montrer ce
qui peut être la cause que toutes ces suppositions
ne s'accordent, ni avec la nature,
ni avec les Philosophes. Au lieu que dans
l'état où je suis, il faut deviner votre supposition,
& la preuve que vous en avez.
Le nombre des Métaux n'est pas le même chez tous les Auteurs; cela dépend de
la définition que l'on voudra donner au
métal; ainsi ce n'est plus qu'une question
de nom. Chez Geber il n'y a que six métaux:
il n'y comprend pas le Mercure; Paracelse
& Glaubert en comptent neuf ou
dix, ils comprennent le Mercure, l'Antimoine
& le Bismuth; mais sans nous embarrasser
dans cette chicane nous pouvons
assurer que Richard Anglais dont il est tant
fait mention dans le grand Rosaire, que
les Minéraux tels que l'Antimoine, le Zinc,
le Bismuth & les autres Métaux sont composés
des mêmes principes, savoir de Souffre,
& de Mercure; c'est aussi ce qu'assurent
le Trévisan & Zachaire.
Mais les Philosophes nous assurent encore que
@

d'un Philosophe Inconnu. 481
que leur sujet est celui dont la Nature se
sert pour la production des Métaux vulgaires;
& par conséquent ce ne peut être un
métal, ni une chose composée de ces principes,
& altérée en une forme métallique. De
sorte que le sujet des Philosophes doit être
la chose dont l'Antimoine même a été formé,
& qui est encore plus crue que ce minéral,
& plus proche du principe de la Nature.
Il n'y a pas de raison, pour laquelle on voulût que le mercure de l'Antimoine fût
plutôt le Mercure philosophique, que le
Mercure du plomb ou de l'étain. Car quand
le Mercure pourrait être tiré de l'Antimoine,
ce que je n'accorderais pas volontiers,
quoiqu'on fasse bien des histoires pour le
prouver, il ne différerait que très peu du
Mercure du plomb; & selon Geber & tous
les Philosophes, le Mercure de l'étain serait
encore plus fort Aussi le Traité du Sel au
chap. 2. faisant une énumération des diverses
teintures particulières que l'on peut
faire, à l'imitation de la Pierre des Philosophes,
qui est la racine de ces teintures, dit,
que la teinture de l'Antimoine, du Fer, du
Soleil, de la Lune, du Vitriol, du Mercure,
du Vénus, &c. ne teignent point universellement
comme fait la Pierre des Philosophes,
qui est le principe par lequel on tire
toutes ces autres teintures particulières;
que cette Pierre des Philosophes est la première
Tome IV. S s
@

482 Traité
de toutes: qu'il faut s'appliquer à
ce premier sujet métallique. Ce qu'il emprunte
de Basile Valentin, & ce qui est conforme
à ce que dit le Cosmopolite sur la fin
du sixième chap. des trois Principes, qu'après
qu'on a l'arbre qui est l'Oeuvre universel, on
peut faire venir les rameaux qui sont ces
teintures particulières. Philalèthe chap. 13.
& 17. désigne assez que ce n'est point un
Mercure Extrait des Métaux & Minéraux,
& ce qu'il dit en ces deux chap. suffit à faire
voir que le Mercure des Philosophes est le
Mercure non vulgaire, qu'il faut animer, ou
lui donner un certain Soufre métallique qu'il
n'a pas; & que leur Soufre c'est l'Or sans
équivoque, comme j'ai dit ci-dessus, & auquel
a été marié le mercure philosophique.
Laissez tous Minéraux, & laissez tous Métaux seuls, Trévisan pag. 117. Zachaire confirme
cette opinion en plusieurs endroits.

Suite du précédent Traité.
Ce que vous demandez à présent de moi, après que vous m'avez un peu plus particulièrement
exposé votre sentiment, ne m'embarrasse
pas moins que quand je l'ignorais
davantage. Car vous m'en dites peu; je ne
saurais encore apercevoir sur quels passages
plus formels, & sur quelles autorités vous
fondez vos conjectures; il s'agit de savoir
quel est le sujet, ou quels sont les sujets (si
on veut) dont les Philosophes composent
leur Oeuvre, pour éviter les équivoques, il

@

d'un Philosophe Inconnu. 483
faut un peu s'expliquer; l'Oeuvre des Philosophes
est de faire la Pierre avec le Mercure
seul, ou avec le Mercure & l'Or vulgaire;
on fait par l'une ou l'autre de ces deux voies,
premièrement l'Or des Philosophes: puis de
cet Or avec le Mercure, on en compose la
Pierre dont on trouve le procédé dans Raimond
Lulle, Arnauld de Villeneuve &c. & il est
indubitable que les principes immédiats de la
Pierre sont le Mercure des Philosophes, &
l'Or des mêmes Philosophes; il est encore
très clair ce me semble, chez tous les Auteurs,
que l'Or des Philosophes est produit de
l'Or vulgaire & du Mercure mêlés ensemble,
j'en ai rapporté assez d'autorités, il n'est pas
besoin de les répéter; & cet Or philosophique
peut être aussi produit du Mercure philosophique
tout seul, comme l'assurent Geber
le Cosmopolite, Philalèthe, &c. pour cela
doit passer sans contestation, & il me serait
très facile de le prouver par les autorités.
Mais la principale difficulté dans l'Oeuvre
Philosophique, est d'avoir le Mercure, ou
cette liqueur dont parle le Cosmopolite,
qui dissout l'Or comme l'eau chaude fond
la glace; & trouver cette liqueur, est tout
l'Oeuvre, dit Philalèthe chap. 17.
Mais parce que ce Mercure selon Geber, Philalèthe & le Cosmopolite, ne se trouve
pas sur la terre, il faut selon eux le faire;
non pas en le créant, mais en le tirant des
choses où il est enfermé; ce Mercure a donc
S sij
@

484 Traité
une minière, soit que le philosophe la doive
composer, soit que la Nature lui offre
toute prête, d'où l'industrie de l'Artiste doit
le tirer, en l'extrayant du corps minéral.
Mais comme tous les Livres des Philosophes sont pleins de £recettes énigmatiques,
& qu'ils déclarent ailleurs assez clairement
tout le procédé, on a raison de
croire que toutes ces £recettes ne regardent que
la composition du Mercure des Philosophes.
Ainsi le Cosmopolite au chap. II. l'enseigne
en ces termes que j'écris, parce qu'il n'y
a que deux mots. Rx de notre terre par onze
degrés onze grains, de notre Or un grain,
de notre Lune deux grains; mettez tout cela
dans notre feu, & il s'en fera une liqueur
sèche. Premièrement la terre se résoudra
en une eau, qui est le Mercure des Philosophes,
& voilà tout ce qu'il en dit, qu'il répète
à la fin de ce chap. sous une énigme,
disant, cela se fera, si tu donnes à dévorer à
notre vieillard l'Or & l'Argent, afin qu'il les
consume, &c.
Philalèthe au chap. 7, l'enseigne de même, Rx de notre Dragon igné qui recèle
en soi l'Acier mystérieux, quatre parties, de
notre Aimant neuf parties: mêlez cela par un
feu brûlant, &c Geber en cent endroits cache
sous des procédés sophistiques toute la
composition du Mercure, & le procédé de
l'Oeuvre, comme il en avertit. On a donc
quelque raison de penser qu'il faut plusieurs
matières pour composer cette minière, je

@

d'un Philosophe Inconnu. 485
ne cherche pas si ces matières entrent essentiellement
dans la composition du Mercure,
ou si elles ne servent qu'à sa purification,
je les envisage seulement comme absolument
requises pour faire ce Mercure Philosophique.
Mais je trouve dans d'Espagnet, Canon 46. que le mercure a un soufre, qui a été
multiplié par artifice; Canon 30. que le
mercure doit être imprégné d'un soufre invisible,
pour devenir mercure philosophique;
& au Canon 51. chap. 11. Philalèthe,
que ce n'est pas assez d'ôter au mercure toutes
ses impuretés, mais qu'il lui faut ajouter
un soufre naturel qu'il n'a point, &
dont il n'a que le ferment. Et au Canon 58.
qu'il faut que la Vierge mercurielle ailée soit
imprégnée de la semence invisible du premier
mâle.
Je trouve encore dans le Cosmopolite chap. 6. des trois principes, que le mercure
est une quintessence créée du soufre &
du mercure, que le mercure se tire du soufre
& du mercure conjoints. Enfin je trouve
en Philalèthe au chap. 11. qu'il faut introduire
un soufre dans le mercure, qui le
rend philosophique; au chap. 10. que dans
notre mercure il y a un soufre actuel &
actif, qui par la préparation y a été ajouté.
Au chap. 2. qu'en notre eau il y a un feu du
feu du soufre, & une autre matière. Au chap.
14. que cette addition du véritable soufre
S siij
@

486 Traité
se fait par degrés, selon le nombre des aigles
ou des sublimations philosophiques; au chap.
17. que notre eau se compose, & que notre
mercure se doit animer d'un soufre qui
se trouve en une matière vile, non pas en
elle-même, mais aux yeux du vulgaire, outre
une infinité d'autorités que je pourrais
rapporter. Je suis porté à croire qu'il faut
pour composer la matière du mercure mêler
plusieurs choses, dont la principale chose
qui s'y trouve, est un mercure & un soufre.
Tout cela étant donc entendu, je dis que
le fer commun n'est point le sujet, d'où l'on
doit tirer le soufre ou l'or philosophique,
qui se doit mêler avec le mercure philosophique,
pour faire la Pierre immédiatement; &
qu'il n'est point non plus le sujet qui fournit
au mercure le soufre invisible & intérieur,
dont il a besoin pour devenir mercure philosophique;
ou ce qui est la même chose
qu'il n'entre point en la composition de la
minière des Philosophes; & j'ajoute que l'antimoine
n'est pas non plus la matière d'où
le mercure philosophique s'extrait; car il se
tire d'un minéral quasi métallique, impératif
à tous minéraux, métaux, végétaux, & animaux.
Comme il semble que l'on ne va qu'à tâtons en l'étude de cette Science, on y
reçoit aussi toutes sortes de preuves; elle
n'est pas du nombre de celles qui se démontrent
métaphysiquement, elle n'établit pas
les principes pour en tirer des conclusions

@

d'un Philosophe Inconnu. 487
par ordre, il faut deviner tout cela, mais
quoiqu'il y ait à deviner, on ne doit rien
supposer qu'on trouve chez quelqu'Auteur;
or je ne pense pas, qu'il y en ait un seul
qui ait parlé du fer & de l'antimoine pour
les principes matériels de l'Oeuvre; je sais
que cette preuve est négative, & qu'on n'a
pas droit d'en rien conclure en rigueur,
mais si on se donne la peine de l'examiner,
elle ne laissera pas d'avoir quelque poids,
en considérant que les Philosophes n'ont
écrit que pour enseigner leur Science. Il y
aurait aussi quelque sujet de s'étonner que
les Philosophes n'eussent pas écrit plus clairement
de ces deux matières; il est vrai
qu'ils tiennent leur Science secrète, mais
elle n'aurait pas couru de risque, parce que
je ne crois pas, nonobstant tout ce qu'on
dit, qu'on puisse tirer ni soufre du fer;
ni mercure de l'antimoine; & je peux assurer
que la Pierre est plus aisé à faire que
cela, après les Auteurs qui en ont parlé.
Ils nous disent enfin que qui connaît la matière, peut aisément venir à bout de tout
le reste; & ils nous avertissent que ce premier
travail, qui est de produire le mercure,
est si simple & si aisé & si naturel, que c'est
pour cela qu'ils en parlent avec tant de retenue,
parce qu'ils n'en pourraient rien dire
qui ne le fît connaître: d'où vient que le
Cosmopolite prend pour devise: La simplicité
est le sceau de la Vérité, & qu'il dit
Ss iiij
@

488 Traité
partout que la Pierre est très facile. Les travaux
d'une infinité de personnes qui se tuent
dans ces extractions de soufre & de mercure,
tant de l'antimoine que du fer, & des
autres métaux & minéraux, & qui n'y ont
jamais pu réussir, sembleraient justifier que
ce n'est pas une chose si facile, si un enfant
de l'Art s'arrêtait à toutes leurs opérations
sophistiques.
Mais laissons ces conjectures & vraisemblances, auxquelles les pâles Chimistes, au
mépris de l'art hermétique, ont donné lieu,
par leur opiniâtreté à contredire la Nature,
dont les opérations sont si simples; &
voyons si dans les Auteurs approuvés, &
qui ont le caractère de Philosophes, nous
pourrions rencontrer quelque chose qui exclue
de leur Oeuvre le fer & l'antimoine.
Premièrement le fer ne peut fournir l'Or philosophique, ou le soufre des Sages, qui
est une des matières immédiates, dont avec
le mercure philosophique on compose la
Pierre: je le prouve par la seule autorité
de Philalèthe & de Flamel en son Poème,
philosophique, & par la Fontaine des Amoureux
de philosophie. Flamel en son Poème,
& la Fontaine des Philosophes disent, que
plusieurs cherchent ce soufre dans les minéraux
&c, dans le Saturne, Jupiter & Mars
inutilement & il ajoute ensuite:

Mais moi je l'ai trouvé Au Soleil, & l'ai labouré.
@

d'un Philosophe Inconnu. 489
Philalèthe au chap. 19. dit en termes exprès, que le Soleil philosophique se tire du
Mercure seul, & plus facilement & plus
promptement que de l'Or vulgaire; ainsi,
dit-il, notre Soleil est la matière très proche
de notre Pierre, l'Or vulgaire en est la matière
prochaine, parce qu'on en tire notre
Soleil par l'aide de notre Mercure, & les autres
métaux & minéraux en sont une matière
étrangère, où l'on peut dire que les métaux
contiennent notre Soleil, en tant que
d'iceux on peut tirer l'Or vulgaire. Voilà ce
que dit Philalèthe; mais on pourrait assurer
qu'il y aurait plus de peine à faire, que le fer
devint Or, qu'à tirer de l'Or le soufre philosophique,
parce que selon que le disent les
Philosophes, & particulièrement Geber &
Zachaire, il n'y a point de métal qui ait
moins de disposition pour la perfection ou
la conversion en Or, qu'en a le fer. Je m'imagine
que cette preuve est positive & suffisante,
mais elle se confirme encore par le
sentiment universel des Philosophes, qui demandent
l'Or pour leur ouvrage; Philalèthe
y est formel au chap. 13. 10. 11. 14. 15.
16. &c. & il le répète en une infinité d'endroits;
le Cosmopolite, chap. 10. & à la fin
du chap. 16. du Traité du Soufre; D'Espagnet
Canon 18. 19. 20. 24. 28. 29. &c. &
tous ces Philosophes veulent prouver par raisons,
que c'est l'Or vulgaire qui donne l'Or
des Philosophes; mais cet Or vulgaire doit

@

490 Traité
auparavant avoir bu l'eau de la Fontaine de
Jouvence, & s'y être noyé, car il se convertit
en elle & elle en lui.
Geber à la fin de l'Investigation, quoiqu'ailleurs assez obscur, en parle fort
nettement. Je crois que cela suffit pour faire
voir que l'Or des Philosophes ne se tire
point du fer; & on en demeurera convaincu,
si on prend la peine d'examiner les
lieux que je cite, & si on veut faire quelque
réflexion sur ce que dit Philalèthe dans
le passage du dix-neuvième Chapitre que je
viens de citer; car on en doit conclure
qu'avant qu'on pût extraire ce soufre philosophique
du fer, il faudrait que ce fer
devînt Or.
Il semble aussi que la raison s'accorde avec cela, car les Métaux sont doués d'une
semence, comme votre ami l'a fort bien remarqué;
& on prétend qu'ils ont été compris
dans cette générale bénédiction que le
Créateur donna aux créatures, (Croissez &
multipliez)? La semence qu'ils ont, c'est une
eau & selon le Cosmopolite, c'est un Mercure;
& cette semence doit être double,
il faut qu'il y en ait du mâle & de la femelle;
la semence masculine est le soufre, &
la féminine c'est le Mercure; l'une sans
l'autre ne peut de rien servir, telle est donc
la pureté de la semence, telle sera la pureté
du métal. Mais puisqu'il se présente
occasion de parler de la génération des Métaux,

@

d'un Philosophe Inconnu. 491
pour faire comprendre le raisonnement
que je prétends en tirer, je m'en vais
l'expliquer, comme ont fait quelques Philosophes,
& je n'établirai ce système que
sur l'autorité de Geber, du Cosmopolite,
Trévisan, Zachaire & Arnaud, sans rapporter
leurs autorités; comme ces Philosophes
vivaient en des siècles, où l'on avait grande
vénération pour Aristote, ils ont raisonné
suivant les principes de sa Physique.
Le Trévisan, Zachaire & Arnaud le citent à tout moment; pour Geber il n'en parle pas,
mais l'on voit assez qu'il suit ses sentiments,
& qu'il eût même cru faire une faute considérable
contre la raison que de s'en éloigner:
lui qui était Arabe, a suivi en cela le
sentiment des plus habiles de sa Nation, *
qui ont pris bien de la peine à commenter
ce Philosophe, ce qui montre l'estime qu'ils
faisaient de sa doctrine: il ne faut que voir
les louanges exorbitantes, & contre le bon
sens, que lui donnent tous les Arabes, particulièrement
Averroès & Avicenne; on peut
donc dire avec ces Philosophes, que les quatre
Eléments produisent vers le centre de la
terre une certaine liqueur, qui est le Mercure
& la semence féminine; & que ces mêmes
Eléments produisent aussi une autre substance
sèche, qui est le soufre; dans la première
dominent l'eau & l'air, dans la seconde

* Il est bon d'observer que ce Pays est celui du monde le plus fréquenté par les vrais Philosophes.

@

492 Traité
dominent la terre & le feu. D'autres
ont expliqué cela autrement & prétendent
que le Mercure est fait seulement d'eau
de terre, & le soufre d'air & de feu, &
d'autres ont dit que le Mercure est d'air &
d'eau & le soufre de terre & de feu. Mais
quoi qu'il en soi; il y a toujours deux matières,
deux semences, une masculine & une
féminine; & comme les Philosophes semblent
se contredire sur ces principes, il est
difficile à un inquisiteur de la Science &
qui n'est pas encore bien assuré de rien statuer
de certain; cependant il ne doit pas
balancer à les suivre, parce qu'ils s'accordent
tous dans les effets des principes qu'ils
supposent diversement. Le sentiment plus
général qu'ils ont sur la formation des Métaux
est que le Mercure contient tout ce
qui est nécessaire pour produire un métal;
il est comme un oeuf d'une poule qui n'avait
pas souffert le coq, ou encore comme
un oeuf parfait & qui contiendrait la semence
du coq, mais qui ne donnera jamais de
mouvement à ma matière de l'oeuf, si cette
semence intérieure n'est excitée par un Agent
extérieur. De même, disent Zachaire & le
Trévisan, la nature après avoir fait le Mercure
lui joint un soufre qui est son Agent,
& qui n'entre pas essentiellement dans la
composition du Métal, mais cet Agent en
est peu à peu séparé par la seule coction, &
moins il reste de cet Agent, plus le Métal

@

d'un Philosophe Inconnu. 493
est parfait. Le Mercure est donc à l'égard du
Métal comme la matière, & la vertu du
soufre en est comme la forme. Quand la
nature a joint ces deux, elle ne fait que les
cuire, & par cette cuisson le soufre se sépare,
& la vertu agit sur ce Mercure, &
reste en lui; or si ce soufre est entièrement
séparé, le Métal sera très parfait, & ce sera
de l'Or qui n'est qu'un pur feu dans le Mercure;
ce qui se voit en ce que l'Or s'imbibe
plus facilement de Mercure que tout autre
Métal, parce que ce n'est qu'un Argent-
vif cuit par son propre soufre. Les autres
Métaux participent donc plus de ce soufre,
qu'ils peuvent moins s'imbiber d'Argent-vif.
Il est donc évident que ce qui fait la perfection
dans les Métaux est le Mercure, &
ce qui cause leur imperfection est le mélange
de ce soufre terrestre.
Cela est tant rebattu par Geber & Arnaud, qu'il n'en faut point douter, si on ne veut renoncer
à leur doctrine. Je me suis insensiblement
engagé plus avant que je ne voulais;
j'abandonne donc la poursuite de cette explication,
parce que cela me mènerait trop loin,
& je conclurai que si le fer, comme il est
véritable, abonde en un soufre impur, livide,
terrestre, fixe & non fusible (qui sont les
qualités que lui attribue Geber au Chap. 8.
du Livre second) il est absolument inutile de
le prendre pour l'Or des Philosophes, puisqu'il
causerait plutôt de l'imperfection que

@

494 Traité
de la perfection, & l'on ne peut pas dire
qu'on peut de ce soufre en séparer l'impureté,
après que Geber assure que cela est
impossible aux Chap. 9. 14. Livre 2. où il
en donne la raison.
Mais si la Pierre n'est autre chose que l'Or extrêmement digeste, comme nous en assurent
le Cosmopolite, Chap. 10. au traité du
Sel, Chap. 2. 8. le Trévisan & Zachaire,
pourquoi ne pas prendre de l'Or pour tâcher
de le cuire plus que la nature n'a fait, &
lui rendre la vie qu'il avait perdu par l'extraction
de sa mine & le martyr du feu, &
ainsi lui donner plus de perfection? Car les
autres Métaux, & le fer moins qu'aucun,
n'ont pas tant de coction que l'Or. Il faudrait
donc en prenant le fer, ou si vous
voulez son soufre, qu'on le fit passer par le
degré de coction ou métallisation qui répond
à l'Or, avant qu'il pût devenir la Pierre,
qui est encore plus parfaite que l'Or, ce
qui est un travail d'Hercule; & d'ailleurs superflus,
dès qu'on peut avoir de l'Or vulgaire
sans cela.
Puisque les Métaux ont leur semence en laquelle ils se multiplient, il semble que la
semence de l'Or doit donner de l'Or, qui
est l'intention des Philosophes. Mais, dira-
t-on, cette semence se trouve dans les autres
Métaux; cela est vrai, mais elle n'y est
pas si pure, les Métaux sont infectés de lèpre
ou de mauvais soufres. Le Traité du Sel

@

d'un Philosophe Inconnu. 495
dit, il n'y a que l'Or qui soit pur. Or pour
suivre notre comparaison, une semence impure
provenant d'un corps impur, n'engendrera
qu'un fruit impur, & si l'on dit qu'il
est possible de purifier cette semence, & de
la tirer (ce que toutefois les Philosophes
nient) ne vaudrait-il pas mieux prendre cette
semence dans l'Or, où il n'y a pas d'impureté,
que d'avoir la peine de la purifier,
après l'avoir extraite d'un corps imparfait.
Si le Fer n'est pas l'Or des Philosophes, ni le sujet d'où ils le doivent extraire pour le
conjoindre avec leur Mercure, & en faire
immédiatement leur Pierre, il n'est pas aussi
le sujet qui donne au Mercure le soufre
qu'il n'a point, ou qu'il paraît ne pas avoir,
afin qu'il devienne le Mercure des Philosophes;
mais il me semble que je n'ai pas de
besoin de prouver cela, parce que vous supposez
que le Mercure extrait de l'Antimoine,
soit celui qui dissout radicalement tous les
Métaux, ce qui ne convient qu'au Mercure
des Philosophes.
Mais les Philosophes assurent qu'on peut faire l'oeuvre entier du seul Mercure sans
aucune addition, & que c'est même la voie
la plus courte, la plus facile & la plus excellente,
mais non pas encore la Pierre transmutatoire.
Il ne faudra donc point y mêler
ni le Fer ni l'Or, quoiqu'on puisse y
mêler l'Or, pour le rendre transmutatoire,
quand on ne sait pas encore le mystère de
tirer notre Or, & de notre Mercure, comme

@

496 Traité
parle Philalèthe, Chap. 19. Si on peut tout
faire du Mercure, il contient donc dans ses
entrailles son propre soufre: c'est en effet
ce dont universellement tous les Philosophes
nous assurent, & c'est pour ce sujet
qu'ils l'appellent Androgyne, comme qui
dirait qu'il est la semence & masculine &
féminine; ils l'appellent aussi Hermaphrodite,
ce qui a donné lieu à bien des gens qui
philosophent sur les mots, de travailler sur le
Mercure & sur le Vénus, que ce terme signifie.
Peut-être pourrais-je m'être trompé ci- devant dans tous ces raisonnements, & je
viens de m'apercevoir que faute de faire
un peu de réflexion, j'allais me tromper encore
plus grossièrement. Je demeure d'accord
que si non seulement de l'Antimoine,
mais de quelque Métal que ce soit, on pouvait
extraire un Mercure pur, ce serait un
Mercure des Philosophes, supposé qu'il fût
imprégné de la vertu du soufre; parce que
tous les Métaux sont fondés de ce Mercure;
les Philosophes nous avertissent bien que
nous devons prendre une matière dont sont
formés les Métaux, mais ils ne disent pas
qu'il faut tirer cette matière des Métaux;
au contraire, ils le défendent, comme je vais
le faire voir après quelques expositions.
Nous devons considérer le Mercure & le soufre, comme la semence masculine &
féminine, comme la matière & la forme.
Mais par le Mercure & par le soufre, je
n'entends
@

d'un Philosophe Inconnu. 497
n'entends pas les vulgaires, mais les deux
principes des Métaux; car le Mercure vulgaire
est fait de ces deux, ces principes étant
séparés contiennent chacun deux Eléments,
& sont la première & vraie matière métallique,
dont l'un sans l'autre ne produira jamais
un métal; témoins le Cosmopolite,
Chap. 3. Geber, Chap. 25. Livre premier,
le Trévisan, Zachaire, Flamel.
Ces deux principes sont la première matière, qui est inutile à l'Artiste selon le Cosmopolite,
Chap. 4. 7. 12. Et la raison pour laquelle
ces deux principes nous sont inutiles,
c'est que nous ignorons non seulement la
proportion du mélange de ces deux principes,
mais nous en ignorons aussi la manière
du mélange; & quand nous les aurions tous
deux dans leur entière pureté, ils nous seraient
inutiles pour cette raison. Il n'y a que
la nature qui puisse faire ce mélange, & le
faire dans la proportion qu'il faut pour produire
un Métal; le Cosmopolite nous en
assure, Chap. 4. 6. 12. &c. Geber, Chap. 9.
10. 11. Livre premier; & Zachaire dit que la
Nature fait cette composition d'une manière
indicible.
Lorsque la Nature a mêlé ces deux semences, c'est alors la seconde matière, ou la
matière prochaine des Métaux, c'est la semence
métallique: & comme de chacune
de ces deux matières séparées, elle en a pu
produire autre chose qu'un métal, quand
Tome IV. T t
@

498 Traité
elle les à mêlées & altérées en certaine substance
terrestre, elle n'en fait jamais qu'un
métal. C'est là ce que le Philosophe doit
prendre, & c'est de ce sujet terrestre qu'il
doit tirer son Mercure, disent le Cosmopolite,
Ch. 4. où il est formel, Ch. 3. 6. 12. Geber,
Chap. 26. Livre premier. Le Trévisan, partie
2. 3. Zachaire, pag. 203. de l'édition de
Paris 1672, où il appelle cette matière Mercure
animé, traité du Sel, Chap. 2. 8.
La Nature, agissant sur cette matière, par la seule coction en fait tous les Métaux &
Métallions par ordre. Le premier degré d'altération
est le plomb, le second l'Etain, &c.
Mais s'il y a une trop grande quantité de
terrestréité, elle n'en produit que des Marcassites
& Métallines, comme du Zinc ou
du Bismuth, qui sont de l'Etain imparfait, de
l'Antimoine qui est un Plomb impur, suivant
Zachaire, le Trévisan, le Cosmopolite. Si nous
voulons donc faire la semence métallique,
ou pour parler plus proprement, si nous
voulons l'extraire, il nous faut connaître ce
sujet qui la contient, & lequel si on avait
laissé dans la terre, & qu'il y eût assez de
chaleur en ce lieu, serait devenu un métal,
selon la pureté du lieu où elle s'est trouvée.
Mais pour cela il ne faut pas imiter les vulgaires
Opérateurs, qui prennent les corps
Métalliques, soit Or, soit Mercure, soit
Plomb &c. Qui veut faire quelque chose
de bon, doit prendre la semence, & non

@

d'un Philosophe Inconnu. 499
pas les corps entiers, dit le Cosmopolite, ch. 6.
1. La première matière est le Mercure, & le soufre à part, selon le même, chap. 3.
2. La seconde, c'est la semence Métallique, ou le Mercure philosophique, dont s'engendrent
les Métaux, chap. 4. 6. & 7.
3. La troisième matière, c'est le Métal, en l'Epilogue.
La première matière, c'est-à-dire, ces deux principes sont inutiles; la seconde matière
qui est la semence, ou les principes
joints par la Nature, est la seule utile; la
troisième, qui est le corps produit par cette
semence, est inutile.
Que la première matière soit inutile, cela a été prouvé; que la seconde soit utile, cela
paraît par les ch. 4. 6. 7. 8. 10. 12. & que
sa troisième soit inutile, cela paraît encore par
l'Epilogue: si tu travailles, dit-il, en la troisième
matière tu n'en feras rien, & ceux-là
y travaillent, qui laissant notre matière, s'amusent
à travailler sur les herbes, pierres &
minières, tous êtres déterminés & inanimés,
& par conséquent incapables de donner
la vie.
Et au chap. 6. ceux qui travaillent sur le Mercure, & sur les autres Métaux, prennent
les corps au lieu de la semence, lesquels
sont la troisième matière qui est inutile.
Au traité du Sel, chap. 2. il faut que vous ayez une semence d'un sujet de même nature
que celui que vous voulez produire. Il
T tij
@

500 Traité
faut donc prendre l'unique Mercure métallique
en forme du Sperme cru & non mûr,
qui est Hermaphrodite, qui ressemble à une
pierre, à cause de sa puissance à passer en
acte, & qui comme telle ne peut broyer, &
dont la forme extérieure est un soufre
puant, qui est le premier sujet métallique
que la nature a laissé cru & imparfait. Et
chap. 8. il faut tirer le Mercure du même
sujet, dont sont produits les corps Métalliques
vulgaires que nous voyons.
Zachaire dit, la matière dont nous nous servons, n'est qu'une seule, semblable à celle
dont la Nature se sert sous terre en la production
des Métaux; tant s'en faut donc
que toutes les matières que nous pourrions
prendre & mêler, fussent métalliques ou
non, soient la matière de notre science.
Les Philosophes ne disent autre chose, ne répètent rien tant que cela; si l'on doit
donc prendre la matière d'où se forment les
Métaux, il ne faut pas prendre l'Antimoine,
ni le Mercure ni le Fer; mais il faut
prendre une matière dont le Fer, le Mercure
vulgaire, l'Antimoine ont été formés,
aussi bien que les autres Métaux. Dès que
la Nature a joint & uni les deux principes
métalliques, il ne s'en fait pas un Antimoine;
l'Antimoine est une production même
de ces deux principes altérés & cuits par la
Nature: de même dès que la poule a fait
son oeuf qui contient, comme le Mercure

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d'un Philosophe Inconnu. 501
des Philosophes, un principe actif & passif,
qui renferme en lui les deux semences, la
matière & la forme; dès qu'elle a fait, dis-
je, cet oeuf, ce n'est pas un poulet en acte,
mais en vertu. La comparaison du poulet
au métal, & de l'oeuf à la matière des Philosophes,
n'est pas nouvelle, Hermès l'a faite
le premier, & assure que l'on trouve une
grande analogie entre l'oeuf & l'oeuvre; Flamel
l'a fait aussi; & il y en a des Livres entiers;
ainsi l'Antimoine & les Métaux produits
du sujet des Philosophes sont comme
autant de poulets produits d'un ou de plusieurs
oeufs. S'il était possible qu'un poulet
pût naître d'un oeuf qui contiendrait de
l'impureté, il serait impur, infirme & languissant.
De même, quand le sujet Philosophique
contient de l'impureté, ou qu'il se
rencontre dans un lieu impur, comme l'Antimoine
& le Plomb, le Bismuth, &c. selon
la qualité ou le degré d'impureté. Mais si un
oeuf est bien conditionné, il produit un poulet
parfait, de même que notre matière
étant pure produit un métal parfait; car, dit
le Cosmopolite, un méchant Corbeau pond
un mauvais oeuf.
Si on voulait donc faire encore un poulet parfait, on ne prendrait pas un peu de ces
poulets impurs à demi formés dans l'oeuf;
mais on prendrait un oeuf bien conditionné,
on en ôterait, s'il était possible, le superflu,
& ce qui en naîtrait serait parfait. Il en va

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502 Traité
de même en l'oeuvre philosophique; on veut
faire éclore ce poulet philosophique d'Hermogènes,
il ne le faut pas prendre déjà formé
& impur, parce que ces impuretés ne
peuvent plus s'ôter, c'est-à-dire, qu'il ne
faut pas prendre aucun métal ni métalline
dont les impuretés ne se peuvent séparer,
comme le dit Geber; il ne faut pas prendre
non plus aucun métal si pur qu'il puisse
être; parce qu'il a des impuretés, selon le
Cosmopolite, chap. 3. Mais il faut prendre
cet oeuf philosophique, cette semence métallique
qui est dans un certain sujet terrestre,
& qui n'a pas encore été altéré en aucune
espèce métallique; c'est-à-dire, non
spécifié ni déterminé: nous en séparerons
les impuretés par la préparation, & nous
cuirons & ferons ainsi éclore ce poulet parfait.
Je répète donc qu'il faut prendre une matière laquelle étant une fois conçue, ne peut
jamais changer de forme selon le Cosmopolite,
chap. 4. De même que l'oeuf ne peut jamais
devenir que poulet.
Or l'Antimoine que nous prendrions, a déjà la forme métallique; mais quoi que le
sujet que les Philosophes doivent prendre
ne change pas de forme, c'est-à-dire, selon
le Cosmopolite, qu'il soit déterminé à devenir
un métal, il ne s'ensuit pas qu'il doive
être métal, quand on le prend.
Je crois que l'on peut aisément penser que
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d'un Philosophe Inconnu. 503
du premier mélange que la nature fait des
principes, quoiqu'elle agisse dessus pour les
mêler per minima, & les déterminer à devenir
un métal, il ne s'en fait pas immédiatement
de l'Antimoine; de même comme
j'ai dit, que dès que le coq & la poule s'étaient
accouplés, & qu'elle avait pondu son
oeuf, il ne s'en faisait pas un poulet, mais
seulement un oeuf, l'on peut donc inférer
que le sujet philosophique est quelque chose
plus cru que l'Antimoine, que c'est le sujet
d'où l'Antimoine & les Métaux sont formés.
Je pense que cela est suffisant, mais voici encore d'autres autorités; car je n'ai cité
que quelques Auteurs du premier Volume
de la Bibliothèque Alchimique, & Geber,
d'Espagnet, le Cosmopolite, Lulle & Arnaud
qui n'y sont pas; je n'ai rien rapporté de
ceux du second Volume qui ne comprend
qu'Artéphius, & la somme de Geber; parce
que le Traducteur a misérablement tronqué
& estropié ce dernier Auteur, on le
méconnaît dans cette Traduction; de sorte
que, comme il en a changé l'ordre, il ne s'y
faut pas arrêter pour trouver les lieux que
je cite, mais seulement sur l'édition Latine.
Je reprends donc la suite de ces autorités.
Le Cosmopolite, chap. 3. dit, il y en a qui prennent le corps pour leur matière,
c'est-à-dire, pour leur semence; les autres
n'en prennent qu'une partie; tous ceux-là

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504 Traité
sont dans l'erreur, de même que ceux qui
essayent de réduire le grain ou le corps en
semence, & qui s'amusent à de vaines dissolutions
de Métaux, s'efforçant de leur mélange
d'en créer un nouveau.
Tiens pour assuré qu'il ne faut pas chercher ce point où cette semence dans les Métaux
vulgaires, parce qu'il n'y est pas, &
qu'ils sont morts.
Le Cosmopolite, chap. 6. dit le Mercure vulgaire, aussi bien que les autres Métaux,
ont leur semence comme les animaux; le
corps de l'animal est comparé au mercure
ou à quelqu'autre métal. Qui voudrait donc
engendrer un autre homme, il ne faudrait pas
prendre un homme; de même qui veut engendrer
l'homme métallique, il ne doit pas
prendre le corps du mercure ou d'autre métal;
moins encore ne pourrait-on de leur différent
mélange en produire un, ni après les
avoir dissous & divisés en parties; car cette
division & dissolution les tue.
Le Cosmopolite en sa Préface, dit que toutes les extractions d'âme ou de soufre
des métaux n'est qu'une vaine persuasion &
une pure fantaisie; Geber dit de même,
chap. 21. Livre premier.
Le Cosmopolite, chap. 11. de la Nature, & ch. 6. du soufre dit, il faut à l'imitation
de la Nature cuire la première matière des
Philosophes ou leur Mercure. Or si ce Mercure
se tirait de l'Antimoine, il faudrait
donc
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d'un Philosophe Inconnu. 505
donc que la nature pour produire les métaux
pris ce mercure de l'Antimoine, parce
qu'elle ne les produit qu'avec ce mercure;
Je ne crois pas que personne doute que l'Antimoine
soit lui-même composé de ce même
mercure. Le Cosmopolite, chap. 6. du Souffre
dit, le mercure des Philosophes est en
tout sujet, mais il est en l'un plus proche
qu'en l'autre, & la vie de l'homme ne serait
pas assez longue pour l'extraire; il n'y a
qu'un seul Etre au monde où on le trouve
aisément: puisque cela est, je m'étonne
que vous n'ayez pas dit que ce mercure se
doit extraire de l'étain; car ce mercure y est
plus pur que dans l'Antimoine, & en plus
grande abondance, selon Geber, puisqu'après
le Soleil & la Lune, il n'y en a point
de plus parfait, ni qui contienne tant de
Mercure que l'Etain; je dirais de même que
je m'étonne que vous n'ayez pris le Cuivre
au lieu du Fer; car le cuivre est plus parfait,
selon Geber, & son soufre est plus pur que
celui du fer, & il en abonde aussi bien
que le fer, & en a davantage de bon que
n'en a le fer. Pour la facilité ou difficulté de
l'extraction du Mercure de l'Antimoine ou
de l'Etain, & du soufre du fer & du Cuivre,
je pense que n'en ayant expérience ni de
l'un ni de l'autre, il valait autant prendre
Jupiter ou Vénus qui sont plus purs,
que de choisir Mars ou l'Antimoine, qui ont
tant d'impureté; mais comme on ne trouve,
Tome IV. V v
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506 Traité
selon le Cosmopolite, qu'une seule matière
au monde en quoi consiste l'Art, & de laquelle
on puise avoir ce qui est nécessaire,
on ne peut pas dire que la Pierre ou Mercure
qui en est le principe, se peut extraire
de tous les Métaux, il en faut déterminer
un, ou une autre matière minérale.
Pour montrer que les Métaux imparfaits & autres métallions, soit qu'on les prenne
entièrement, soit qu'on ait l'adresse de les
séparer en diverses substances, qui est d'en
extraire leur Mercure & leur soufre, ne
peuvent de rien servir, il faudrait copier
tout le Chap. 14. du 2. Livre de la somme
de Geber. J'aime mieux que vous ayez le
plaisir de le lire, c'est le 13. de la nouvelle
édition Françoise, lisez encore le Chap. 9.
du même Livre, qui est le 8. de la nouvelle;
sur la fin Philalèthe, chap. 17. plusieurs se
tourmentent pour tirer le Mercure de l'Or,
le Mercure de la Lune, mais c'est peine
perdue.
Trévisan, page 117. dernière édition, laissez tous Métaux.
Zachaire, page 169. même édition, parlant de ceux qui sont dans l'erreur, y compte
ceux qui convertissent les Métaux ou Minéraux
en Mercure coulant, ou en Argent-
vif; ce serait assez pour prouver que l'on ne
doit pas faire cela de l'Antimoine.
Vous ajouterez, s'il vous plaît, à cela ce que je vous en avais écrit la première fois;

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d'un Philosophe Inconnu. 507
mais comme je ne me persuade pas que je
vous satisfasse plutôt cette fois que l'autre;
faites-moi la grâce de me marquer ce que
vous trouvez à reprendre; bien loin de me
chagriner, vous m'obligerez sensiblement, &
je ne crois pas qu'on me puisse plus obliger
que de me désabuser & me faire voir que je
me trompe. Mais je vous avoue franchement
ici que je ne crois pas qu'on le puisse
faire; car j'ai dit tout ce que j'ai pu, pour
me détromper moi-même: j'ai feint cent
fois que tous mes principes étaient faux, je
les ai examinés par ordre, plus les dernières
fois que lorsque je les ai reçus. Et enfin
plus je tâchais de me désabuser, plus je
voyais clair dans ce que je cherchais; & en
effet à celui qui connaît ce que le Cosmopolite
en son Epilogue appelle le point de la
Magnésie, toutes les difficultés sont levées,
tous les nuages se dissipent, & toutes ces
choses lui sont claires & manifestes. Que si
vous avez quelques expériences, ou quelques
raisons, ou quelques autorités pour fonder
votre opinion, & que vous me les vouliez
dire, j'essayerai de les détruire, ou d'expliquer
par les Philosophes mêmes que vous
me citerez, les passages que vous croirez faire
parler en faveur de votre opinion.
Il faut que l'Art commence où la nature finit les corps métalliques parfaits, dit le Cosmopolite,
chap. 4. C'est lorsqu'on prend
l'Or ou l'Argent pour les mêler avec le Mercure
V vij
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