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Réfer. : AL2700A
Auteur : Zecaire Denis.
Titre : Opuscule tres-eccelent.
S/titre : de la vraye philosophie maturelle des metaulx.

Editeur : MSS BnF fr. 1089.
Date éd. : 1560 .


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D. Zecaire

Opuscule tres-eccelent de la vraye philosophie naturelle des metaulx
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OPUSCULE CONTENANT LE VRAI EPILOGUE DES PRINCIPAULX AUTHEURS QUI ONT ESCRIPT EN LA PHILOSOPHIE NATURELLE POUR L'AUGMENTATION DES METAULX. AVEC DIVERS ADVERTISSEMENTS POUR SE RETIRER DES FOLLES DESPENCES QU'ON Y FAIT ORDINAIREMENT COMPOSE PAR M. D. ZECAIRE PHILOSOPHE GUIENOYS 1560
AUQUEL EST ADJOUSTE LA GLORIEUSE MARGUERITE D' ARNAULT DE VILLENEUFVE MISE EN FRANÇAIS PAR J. CERASIUS CONDOMOIS AVEC LE
COMPENDIUM DE SES ESTUDES EN LATIN.
DIEU POUR GUIDON
Plura inventa sunt qua: aliquando restituta ne author vivens inter germanos ab omnibus agnosceretur

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Plusieurs choses inventees par l'autheur lors voyageur entre les germains ont eté cellees de peur d'estre congneu, lesquelles quelquesfois seront restituees.
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(Fol. 1v)

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Huictain declairant le vray nom de la Science Ceulx qui en Caldee ont esté bien aprins M'ont appelé, O lecteur, la lumiere D'augmentation, et entre les divins Ouvrages m'ont tousjours renommée. Faulcement donc, le commun populaire M'a d'alchimie cy devant donné nom, Veu que je fais des metaulx la lumiere Partout reluire, et augmenter leur nom. Enigme envoyé par l'autheur à ses (amys) de Bordelois Troys demy tours ont porté ma grandeur, Troys demy tours ont senty ma faveur, Troys demy tours ma grandeur font renaistre, Troys demy tours ma faveur font congnoistre, Vous souviendra. (Ceulx qui ceste devise cognoistront, Pour asseuré mon vray nom cognoistront. Patient va à biens.) Quis modos et tempora mea noverit tui Castrum auxilio domus ignis per arietem ad- voti compos et nestoreos omnes videbit. ministrati semper manens inexpugnabile.

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Qui mes methodes et temps cognoistra Chasteau inexpugnable par le moyen sera capable de mon dessein et par- de la maison du feu gouverné par le viendra à comprendre de l'oeuvre. mouton.
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(Fol. 2r)

Au lecteur debonnaire Salut en Jesus Christ
Combien que tous ceulx qui ont escript en ceste divine oeuvre justement et à bon droict appellee philosophie naturelle, ayant expressement defendu la profanation et
divulguement d'icelle, si est ce amy lecteur, qu'ayant leu et releu par diverses et
continuelles lectures les libvres des philosophes naturelz, et pensé ordinairement à
l'interpretation des contradictions, figures, comparaisons, equivoques et divers enigmes
qui apparoissent en nombre infiny en leurs libvres, je n'ay voulu celler et cacher la
resolution qu'en ay peu faire apres avoir longuement travaillé aux sophistications et
mauldictes receptes, ou pour parler plus proprement deceptes, esquelles j'ay esté ung
temps plus enfermé et enveloppé qu'oncques Dedalus ne fut en son labirinthe. Mais enfin,
par continuelle lecture des bons autheurs et approuvez en la Science, j'ay dict avec Geber
en sa Somme, retournans en nous mesmes et considerans la vray voye et façon de
laquelle nature use soubz terre à la procreation des metaulx, avons congneu la vraye et
parfaicte matiere laquelle nature a preparee pour les parfaire sur terre ainsi que l'experience,
graces au seigneur Dieu qui m'a faict tant de faveur et graces par son cher filz et nostre
redempteur Jesus Christ, m'a puis apres certifié comme je diray plus amplement en la
premiere partie de mon present opuscule, où je declaireray la façon par laquelle je suis
parvenu à la vray congnoissance de ceste divine oeuvre. Car en la seconde je monstreray de quelz autheurs

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(Fol. 2v)

j'ay usé en mon estude, redigeant leurs auctoritez en bon ordre et vraye methode, afin
de mieulx congnoistre la proprieté et explication des termes de la Science. Et en la
tierce et derniere partie, je declaireray la practique de telle sorte qu'elle sera cachee
aux ignorans et monstree comme au doigt aux vrays enfants de la Science, pour lesquelz
je me suis grandement peiné à mectre et rediger le tout en meilleur ordre qui m'a esté
possible, ne voulant point immiter en cela plusieurs qui nous ont precedez, lesquels ont
esté (tant) envieux du bien public et amateurs de la particularite, qu'ilz n'ont voulu
declairer leur matiere que soubz diverses et variables allegories, non pas seulement
monstrer leurs libvres, comme j'en ay congneu ung de mon temps qui tenoit tant chers
et cachez des papiers qu'il avoit recouvertz d'un gentilhomme venitien que luy mesme
ne les osoit regarder à demy, se faisant acroyre que nostre grand oeuvre debvoit ung
jour sortir de là sans soy tourmenter d'avantaige que la garder bien dans ung coffre
bien fermé. Mais telle maniere de gens doibvent scavoir que cest oeuvre tant divine ne
nous est poinct donnee par cas fortuit, ainsi que disent les philosophes quant ils
repreignent ceux qui travaillent à credit comme font presque tous les operateurs du
jourd'hui. Desquelz je ne doubte poinct que ne soye aigrement reprins et taxé pour avoir
publié mon present opuscule, disant que je fais une grande folie de publier ainsi mon
oeuvre mesmes en langaige vulgaire, actendu qu'il n'y a science qui soit aujourd'huy
tant haye du commun populaire que ceste cy. Mais pour leur respondre, je veulx
premierement qu'ilz scachent s'ilz ne l'ont encores congneu, que ceste divine philosophie
n'est poinct en la puissance des hommes. Moins ne peult estre congneue

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(Fol. 3r)

par leurs libvres si nostre bon Dieu ne l'inspire en noz coeurs par son Sainct Esprit ou
par l'organe de quelque homme vivant, comme je prouveray bien amplement à
la seconde partie de mon opuscule ; tant s'en fault donc que je la publie par ce mien
petit traicté. Et quant à ce que je l'ay mise en langaige vulgaire, qu'ilz scaichent que je
n'ay riens faict en cecy de nouveau, mais plutost immité noz autheurs anciens, lesquelz
ont tous escript en leur langue, combien que depuis ayent esté traduictz en autres langues,
comme Hamec philosophe hebreu en langaige hebraique, Thebot , Haly philosophes
caldeen en leur langue caldee ; Homere, Democrite , (Theophrastus et tant d'aultres) philosophes grecs en leur langue grecque ; Abu Haly , Geber, (Avicenne) philosophes
arabes en leur langue arabique ; Rasis, Morienus, Raimondus (et plusieurs aultres
philosophes latins en la langue latine) afin que leurs successeurs congneussent ceste
divine science avoir esté baillee aux gens de leur nation. Si donc j'ay immité tous ces
autheurs et plusieurs autres en leurs escripts, ce n'est pas de merveilles si les ensuye
en leur façon d'escrire ; afin mesmement que ceulx qui sont aujourd'huy vivans et qui
nous suyvrons apres, congnoissent que nostre benoist Dieu a voulu par sa saincte et
divine misericorde de gratifier en cela nostre bon pais de Guyenne, comme il a faict
d'autres fois les autres nations, au temps mesmement que le tout estoit troublé en icelle
par la mutinerie et revoltement des Bordelois qui avoient tué leur lieutenant de roy ,
ensemble pour la grande peste qui survint bien tost apres cela. Et quant à ce qu'ilz disent
que nostre Science est haye du commun populaire, ce n'est pas elle. Car la verité estant
premierement congneue a esté tousjours aymee. Ains, ce sont leurs tromperies et faulces
sophistications, comme je declaireray plus amplement en la premiere partie. Mais, diront
ilz, puisque je n'exprime bien clairement toutes les choses requises à la composition de
nostre divin oeuvre

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(Fol. 3v)

afin que tous ceulx qui verront mon present opuscule y puissent traveiller asseurement,
quel proffict en raporteront les lisans ? Je deys grant et double proffict. Premierement,
qui est aujourd'huy l'homme qui scauroit exprimer ny declairer le grand bien qu'on
despend ordinairement en la France à la poursuitte de ses mauldictes sophistications ?
Desquelles, si c'est le bon plaisir de Dieu qu'ilz en soient retirez, mectant fin à tant de
folles despences par la lecture de mon opuscule, ne seroit ce pas en raporter ung grand
proffict ? Sans compter le second, que les bons et fidelles lecteurs en raporteront en
rengeant leur estude selon la vraye methode que j'en ay baillé en la seconde partie. Et si
Dieu leur faict tant de graces qu'ilz en puissent faire telle resolution que je diray cy apres,
la tierce ne leur sera pas inutile pour avoir entree et grant acces à ceste divine practique.
Je deis divine pour ce qu'elle est telle que l'entendement des hommes ne l'a peult
comprendre de soy, feussent ilz les plus grandz philosophes qui furent jamais, comme
donne assez à entendre Geber quand il taxe ceulx qui veullent travailler en considerant
seulement les causes naturelles et la seule operation de nature : En cela, dit il, faillent les
operateurs du jourd'huy pour ce qu'ilz pensent ensuyvre nature, laquelle nostre art ne
peult immiter du tout. Cessent donc, desormais, telz et semblables calumniateurs,
lesquelz je veulx advertir qu'ilz ne se peinent poinct à la lecture de mon present opuscule.
Car ce n'est poinct pour eulx que je l'ay composé, mais pour les enfans benevoles, dociles
et amateurs de nostre Science ; lesquelz je supplie tres humblement qu'avant se prendre à
travailler, ilz ayent resolu en leur entendement toutes et chacunes operations necessaires à
la composition de nostre divin oeuvre, et icelles adaptees tellement aux sentences,
contradictions, enigmes et equivoques qu'on trouve aux libvres des philosophes

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(Fol 4r)

qu'ilz ny trouvent aucune contradiction ny varieté quelconque.
Car c'est le vray moyen pour congnoistre la verité et principalement en ceste divine philosophie, comme trop mieulx a escript Rasis, disant celluy qui sera paresseux à lire
noz libvres ne sera jamais prompt à preparer les matieres . Car l'un libvre declaire l'autre
et ce que default en l'un est adjousté en l'autre ; pour ce qu'il ne se fault jamais attendre
(et ce par jugement divin) de trouver tout l'accomplissement de nostre divin oeuvre
escript et declairé par ordre, ainsi que a tres bien escript Aristote au roy Alexandre,
respondant à sa priere : Il n'est pas licite, dit il, demander chose qui ne soit permis
l'octroyer. Comment donc penses tu que j'escrive au long en papier ce que les coeurs des
hommes ne pouroient porter s'il estoit redigé par escript , donnant assez à entendre par
le refus qu'il faisoit au roy son maistre, qu'il est defendu par l'ordonnance divine de
publier nostre Science en termes telz qu'ilz soient entenduz du commun. Parquoy j'adjure
par la presente tous ceulx qui par le moyen de mon present opuscule, parviendront à la
vraye congnoissance de cest divin oeuvre, qu'ilz la manyent tellement que les pauvres en
soient nourriz, les oppressez relevez d'affaires, les enuyez soulaigez, pour l'amour de
nostre bon Dieu qui leur aura communiqué ung si grant bien, duquel je les prie encores
un coup recongnoistre le tout et comme venant de luy, en user selon ses sainctz
commandements. Ce faisant, il fera qu'ilz prospereront en leurs affaires ; comme du
contraire, il permettra que le tout soit à leur confusion. Je te supplie donc, amy fidele,
qu'en lisant noz libvres, tu ayes tousjours ce bon Dieu en ton entendement, pour ce que
tout bien descend de luy, et sans l'aide duquel il n'y a rien de parfaict en ce bas monde.
Tant s'en fault qu'on puisse parvenir à la congnoissance de ce grant et admirable bien
si son sainct Esprit ne nous est baillé pour guyde

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(Fol. 4v)

comme de vray il le sera si l'avarice ne te mene, et que tu sois vray zelateur de Jesus
Christ. Auquel soit louange et gloire es siecles des siecles. Ainsi soit il.

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(Fol. 5r)


LA PREMIERE PARTIE. En laquelle l'autheur declaire la facon par laquelle il est parvenu à la congnoissance
de cest divin oeuvre.

Hermes justement appellé Trismegiste qui est communement interpreté troys fois grand , autheur et premier prophete des philosophes naturelz, apres avoir veu par
experience la certitude et verité de ceste divine philosophie, a tres bien et à bon droict
laissé par escript que n'eust esté la crainte qu'il avoit du jugement universelle, que le
souverain Dieu doibt faire de toutes (creatures) raisonnables es derniers jours à la
consummation du monde, qu'il n'eust jamais laissé riens par escript de ceste divine
science, tant il l'a estimee (et à juste occasion) grande et admirable. En ceste opinion
ont esté tous les autheurs principaux qui l'ont ensuivy. Qui est la cause qu'ilz ont tous
escript leurs libvres de telle sorte, comme dict Geber en sa Somme, qu'ilz concluent
tousjours à deux parties, afin de faire faillir les ignorans et declairer dessoubz ceste
variete d'opinions, leur intention principale aux enfans de la Science. Lesquelz il
convient errer du commencement afin, disent ilz, que l'ayant acquise avec grand peine
et travail de corps et d'entendement, ilz la tiennent plus chere et plus secrette. Ce que
de vray est une grande occasion pour ne la publier poinct, pour ce qu'il y fault une
peine indicible à l'acquerir, sans (compter) les frais et despenses qui sont fort grandes
avant povoir parvenir à la parfaicte congnoissance de cest divin oeuvre ; je parle de
ceulx qui n'ont autre maistre que les libvres, attendant l'inspiration de nostre bon Dieu,
comme j'ay esté l'espace de dix ans.
Car premierement pour compter le vray ordre du temps et la façon comment je y suis parvenu, estant eagé de vingt ans ou environ, apres avoir esté instruict par la
sollicitude et diligence de mes parens, aux principes de grammaire en nostre maison,
je fus envoyé par iceulx à

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(Fol. 5v)

Bordeaux, pour ouyr les artz au college, pour ce qu'il y avoit ordinairement des maistres
fort scavans. Où je fus troys ans estudiant presque tousjours en la philosophie. En
laquelle je profitay tellement, par la grace de Dieu et sollicitude d'un mien maistre
particulier que mes parens m'avoient baillé, qu'il sembla bon à touts mes amys et
parens, pour ce que pendant ce temps j'avois perdu pere et mere qui me delaisserent
tout seul, que je fusse envoyé à Thoulouse, soubz la charge de mon dict maistre,
pour estudier aux loix. Mais je ne partits pas de Bordeaux que je ne prinse acoinctance
avecques d'autres (escoliers) qui avoient divers libvres de receptes ramassees de
plusieurs, lesquelz me furent familiers pour ce que mon maistre s'entremesloit d'y
travailler. Je ne fus pas si paresseux que je laissasse une seule (feuille) à doubler de
tous les libvres que je pouvois recouvrer. De sorte qu'avant d'aller à Thoulouse, j'en
avois ung libvre bien grant et gros de l'epesseur de troys doigtz, où j'avois escript plus
de projections ung poix sur dix, ung autre sur vingtz, sur trente, avec force tierceletz et
medicines pour le rouge, l'un à dix huit karatz, l'autre à vingtz, l'autre à or d'escu,
l'autre à or de ducat, d'autre pour en faire de plus haulte couleur que jamais n'en fut.
Les ungs debvoient soustenir les fontes, les autres la touche, les autres tous jugemens,
et d'autres infinies sortes, de mesme pour le blanc, si bien que l'un debvoit venir à dix
deniers, l'autre à unze, l'autre à argent de teston, l'autre blanc de feu, l'autre à la
touche. De sorte qu'il me sembloit, si j'avois une fois le moyen de practiquer la moindre
des dictes receptes, que je serois le plus heureux homme du monde. Et principalement de
tainctures que j'avois recouvertes les unes portoient le tiltre d'estre l'oeuvre de la Royne
de Navarre, les autres du feu Cardinal de Loraine, les autres du Cardinal de Tournon

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(Fol. 6r)

et d'autres infiniz noms, afin, comme j'ay congneu depuis, qu'on y adjoustast plus de
foy, comme de vray je faisoit pour lors. Car incontinent que je fus à Thoulouse, je
me prins à dresser (des) petitz fours, estant advoué du tout (par) mon maistre. Puis
des petitz je devins aux grandz, si bien que j'en avoys une chambre toute entournee,
les ungs pour distiller, d'autres pour sublimer, d'autres pour calciner, d'autres pour
faire dissouldre dans le baing marie, d'autres pour fondre. De sorte que pour mon
entree, je despendis en ung an deux cens escuz qu'on nous avoit baillez pour nous
entretenir deux ans aux estudes, tant à dresser des fours que à achapter du charbon,
diverses et infinies drogues, divers vaisseaux de veoire desquelz j'en (achaptois) pour
six escuz à la fois, sans compter les deux (onces) d'or qui se perdoient à practiquer
l'une (des) receptes, deux et troys marcs d'or à l'autre. Ou bien si parfois s'en
recouvroit, que soit bien peu, il estoit aigre (et) noircy tellement de force de meslanges
que les dictes receptes commandoient y mectre, qu'il estoit presque du tout inutile.
Si bien que à la fin de l'annee, mes deux cens escuz s'en allerent en fumee. Et mon
maistre mourut d'une fiebvre quarte continue qui luy print l'esté de force de soufler
et de boire chault, pour ce qu'il ne partoit gueres de la chambre pour la grande enuye
qu'il avoit de faire quelque chose de bon, où il ne faisoit gueres moins de chault que
dedans l'arsenac de Venise en la fonte des artilleries. La mort duquel me fut grandement
ennuyeuse, car mes prochains parens refusoient me bailler argent plus que ne m'en
failloit pour m'entretenir aux estudes ; et moy ne desirois autre chose que avoir le moyen
pour continuer. Ce qui me contraignyt aller vers ma maison pour me sortir de la charge
de mes curateurs, afin d'avoir le maniement de tous mes biens paternelz, lesquels
j'arrentis pour troys ans (à) quatre cens escuz pour avoir le moyen de mectre sur une
recepte entre autre, qu'un Italien (m')avoit baillee à Thoulouse et asseuré

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(Fol. 6v)

en avoir veu l'experience. Lequel je retins avec moy pour veoir la fin de sa recepte pour
laquelle practiquer il me fallut achapter deux marcs d'or et ung marc d'argent, lesquelz
estans fonduz ensemble nous feismes dissouldre avec eau forte, puis les calcinasmes
par evaporation, nous essayans à les dissouldre avec d'autres diverses (eauës par
diverses) distillations par tant de fois que deux mois passerent avant que nostre pouldre
fust preste pour en faire projection ; de laquelle nous en usasmes comme mandoit la
dicte recepte, mais ce fut en vain. Car tout l'augment que j'en receuz, ce fut à la façon
de la livre diminuante. Car de tout l'or et l'argent que je y avois mys, n'en recouvris
qu'un marc et demy sans compter les autres fraiz qui ne furent petitz ; si bien que mes
quatre cens escuz revindrent à deux cens trente, desquelz j'en baillis à mon Italien
vingt, pour aller trouver l'autheur de la dicte recepte qu'il disoit estre à Milan, afin
de nous radresser. Par ainsy je fus à Thoulouse tout l'hiver, actendant son retour.
Mais je y serois encores si je l'eusse voulu actendre, car je ne le veis oncques depuis.
Cependant, l'esté vint accompagné d'une grande pestillence qui nous feit abandonner
Thoulouse. Et pour ne laisser des compagnons que je congnoissois, m'en allay à
(Cahors) où je fus six moys, durant lesquelz je n'oubliay pas à continuer mon
entreprinse. Et m'accompaignis d'un bon vieil homme qu'on appelloit communement
le philosophe, auquel je monstrois mes brouillatz, luy demandant conseil et advis pour
veoir quelles receptes luy sembloient estre les plus aparentes, luy mesmement qui avoit
manié tant de simples en sa vie ; lequel m'en marqua dix ou douze qui estoient à son
advis les meilleures. Lesquelles je commençay à practiquer incontinant que fus retourné à

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(Fol. 7r)

Thoulouse pres la feste de Toussainctz, apres que le danger de la peste fut passé et
cessé. Si bien que tout l'hiver passa tandis que je practiquois les dictes receptes,
desquelles j'en raportis tel et semblable fruit que des premieres, de sorte que pres la
feste de la sainct Jehan je trouvay mes quatre cens escuz augmentez et devenuz à cent
soixante dix, non que pour cela je cessasse de poursuyvre tousjours mon entreprinse. Et
pour mieulx la pouvoir continuer je m'associé avec ung abbé pres de Thoulouse qui
disoit avoir le double d'une recepte pour faire nostre grant oeuvre, qu'un sien amy qui
suyvoit le Cardinal d'Armignac, luy avoit envoyé de Rome, laquelle il tenoit toute
asseuree. Mais il failloit deux cens escuz pour la faire, desquelz j'en fournys les cens
et luy l'autre moictié, et commanceasmes à dresser les nouveaulx fourneaux, tous
de diverse façon, pour y travailler. Et pour ce qu'il falloit avoir d'une eau de vie fort
souveraine pour dissouldre ung marc d'or, nous achaptasmes pour la bien faire une fort
bonne piece de vin de Gaillac, duquel nous tirasmes nostre eau avec un pellican bien
grant, de sorte que dans ung mois nous eusmes de l'eau passee par diverses fois, plus
que n'en avions besoing ; puis nous fallut avoir divers vaisseaux de veoire pour la
purifier et subtilier d'avantaige. De laquelle nous en mismes quatre marcs dedans deux
grandes cornues de veoire bien espesses, où estoit le marc de l'or que nous avions
premierement calciné par (ung) moys, à grand force de feu de flambe. Et dressasmes
ces deux cornues l'une dans l'autre, lesquelles estans bien lutteee nous mismes sur
deux fours rondz et grandz, et achaptasmes pour trente escuz de charbon (tout) à
un coup pour entretenir le feu au dessoubz des dictes cornues ung an entier, durant lequel
nous essayame tousjours quelque petite recepte, desquelles nous raportasmes autant
de proffict comme de la grande oeuvre, laquelle nous eussions gardé jusques à present
si eussions voulu

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(Fol. 7v)

attendre qu'elle se fust congellee au millieu du coul des cornues, comme promectoit
la recepte, et non sans cause car toutes congelations sont precedees des dissolutions.
Et nous ne (travaillasmes) poinct en la matiere deue, pour ce que ce n'est pas l'eau qui
dissoult nostre or, comme de vray l'experience nous le monstre. Car nous trouvasmes
tout l'or en pouldre comme l'y avyons mys, fors qu'elle estoit quelque peu plus desliee.
De laquelle nous feismes projection sur de l'argent vif chauffé, en ensuyvant sa recepte,
mais ce fut en vain. Si nous en fusmes marryz, je le vous laisse à penser, mesmement
Monsieur l'abbé qui avoit desja publié à ses moines (fort bons secrettaires publics)
qu'il ne restoit que à faire fondre une belle fontaine de plomb qu'ilz avoient en leur
cloistre pour la convertir en or, incontinant que nostre besongne seroit faicte et
achevee. Mais ce fut pour une autre fois (qu'il) la feit fondre pour avoir le moyen de
faire travailler, en vain, ung Alement qui passa à son abbaye quand j'estois à Paris.
Combien que pour cela il ne cessast de vouloir continuer son entreprinse, et me
conseilla que je debvois me mectre au debvoir pour recouvrer troys ou quatre cens
escuz et qu'il en fourniroit autant pour m'en aller demourer à Paris (ville aujourd'huy
la plus frequentee de divers operateurs en ceste science que autre qui soit en toute
l'Europe) et là m'accointer avec tant de façon de gens, pour travailler avec eulx que
je rencontrasse quelque chose de bon pour (le) departir entre nous deulx comme fidelles
freres. Et ainsi l'arrestasmes, de sorte que f'arrentis derechef tout mon bien et m'en
allay à Paris avec huict cens escuz en la bourse, deliberé de n'en partir que tout cela
je n'eusse despendu ou que je n'eusse trouvé quelque chose de bon. Mais ce ne fut pas
sans encourir la malegrace de tous mes parens et amys qui ne tachoient qu'à me faire

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(Fol. 8r)

conseiller de nostre ville pour ce qu'ilz avoient opinion que je fusse grand legiste. Si
est ce que nonobstant leur priere (apres leur avoir fait acroire que j'allois à la court
pour en achapter ung (estat)) je partis de ma maison le lendemain de Noel et arrivay
à Paris troys jours apres les Roys, où je fus ung mois durant presque incongneu
de tous. Mais apres que j'euz commancé à frequenter les artisans comme orphevres,
fondeurs, vitriers, faiseurs de fourneaux et divers autres, je m'accointis tellement de
plusieurs qu'il ne fut pas un moys passé que je n'eusse congnoissance à plus de cent
operateurs. Les ungs travailloient aux taintures des metaux par projection, les autres
par cimentation, les autres par dissolution, les autres par conjonction de l'essence (comme
ilz disoient) de l'esmerie, les autres par longues decoctions, les autres travailloient à
l'extraction des mercures des metaux, les autres à la fixation d'iceulx. De sorte qu'il
ne passoit jour mesmement les festes et dimanches, que ne nous assemblassions ou
au logis de quelqu'un et fort souvent au mien, ou à Nostre Dame la Grand, qui est
l'eglise la plus frequenté(e) de Paris pour parlementer des besongnes qui s'estoient
passees aux jours precedans. Les ungs disoient : si nous avions le moyen pour y
recommancer nous ferions quelque chose de bon ; les autres : si nostre vaisseau eust
tenu, nous estions dedans ; les autres : si nous eussions eu nostre vaisseau de cuyvre
bien rond et bien fermé, nous avions fixé le mercure avec la lune. Tellement qu'il n'y
en avoit pas ung qui fist rien de bon et qui ne fust accompaigné d'excuses. Combien
que pour cela je ne me hastasse gueres à leur presenter argent, scaichant desja et
congnoissant tres bien les grandes despences que j'avois faictes auparavant à credit
et sur l'asseurance d'autruy. Toutesfois, durant l'esté il vint ung Grec qu'on estimoit
fort scavant homme, lequel s'adressa à ung tresorier que je congnoissois, luy
promettant faire de fort belles besongnes. Laquelle

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(Fol. 8v)

congnoissance fut cause que je commanceay à foncer comme luy pour arrester (ainsi
qu'il disoit) le mercure du cinabre. Et pour ce qu'il avoit besoing d'argent fin en limaille,
nous en achaptasmes troys marcs et les feismes limer ; duquel il en faisoit de petit(z)
doux avec une paste artificielle et les mesloit avec le cinabre pulverisé, puis les faisoit
decuyre dans ung vaisseau de terre bien couvert pour certain temps. Et quant ilz estoient
bien secz, il les faisoit fondre ou les passoit par la coupelle, tellement que nous trouvions
trois marcs et quelque peu d'avantaige d'argent fin qu'il disoit estre sorty du cinabre ; et
que ceulx que nous y avyons mys d'argent fin s'estoient voliez en fumee. Si s'estoit
proffict, Dieu le scait, et moy aussi qui y despendis des escuz plus de trente. Toutesfois,
il asseuroit tousjours qu'il y avoit du gain. De sorte qu'avant Noel suyvant, cela fut tant
congneu en Paris, qu'il n'estoit pas filz de bonne mere s'entremeslant de travailler en la
science, c'est à dire aux sophistications, qui ne scavoit ou avoit entendu parler des
cloudz du cinabre, comme ung autre temps apres, fut parlé des pommes de cuyvre pour
fixer la dedans le mercure avec la lune. Tandis que ces jeunesses passoient, ung
gentilhomme estranger arriva, grandement expert aux sophistications, si bien qu'il en
faisoit proffict ordinairement et vendoit sa besongne aux orfevres, avec lequel je
m'accompagny le plus tost qu'il me fut possible, mais ce ne fut pas sans despendre, afin
qu'il ne me pensast poinct soufreteux. Toutesfois, je demouray pres d'un an en sa
compagnie avant qu'il me voulsist declairer rien. Enfin, il me monstra son secret qu'il
estimoit fort grand, combien que de vray il ne fust rien de proffict. Cependant, j'advertis
mon abbé de tout ce que j'avois peu faire, mesme luy envoyay le double de la practique
du dict gentilhomme. Il me rescripvit qu'il ne tint poinct à faulte d'argent que je ne demourasses

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(Fol. 9r)

encores ung an à Paris, attendu que j'avois trouvé ung tel commancement, lequel il
estimoit fort grant contre mon opinion, pour ce que j'avois resolu en moy de n'user
jamais de matiere qui ne demourast tousjours telle comme aparoissoit au commancement,
ayant desja tres bien congneu qu'il ne se failloit tant peiner pour estre mechant et
s'enrichir au dommaige d'autruy.
Parquoy continuant tousjours mon entreprinse, je y demouray ung an, frequentant les ungs puis les autres de quoy l'on avoit opinion qu'(ilz) eussent quelque chose de
bon ; et deux ans que je y avois demouré auparavant furent troys ans. Or, j'avois
despendu la plus grant part de l'argent que j'avois, quand je receuz les nouvelles de
mon abbé, qui me mandoit que incontinant apres avoir veu sa lettre, je l'allasse trouver.
Ce que je feis, pour ce que ne le voulois desdire en rien comme nous avions juré et
promis ensemble. Quant je fuz arrivé, je trouvay des lettres que le Roy de Navarre (qui
estoit grandement curieux en toutes choses de bon esprit) luy avoit escript, qu'il feist
de sorte, s'il avoit jamais deliberé faire rien pour luy, que je allasse à Pau en Bearn
pour luy aprendre le secret que j'avois aprins du dict gentilhomme et d'autres qu'on
luy avoit raportez que je scavois, car il me feroit fort bon traictement et me
recompenseroit de troys ou quatre mil escuz. Ce mot de quatre mil escuz chatouilla
tellement les oreilles de l'abbé, que se faisant acroyre qu'il les avoit desja en sa bourse,
il n'eust jamais cessé que ne fusse party pour aller à Pau, où j'arrivay au moys de May
et demouray sans travailler environ six sepmaines, pour ce qu'il fallut trouver les simples
ailleurs. Mais quant j'euz achevé, j'en receuz telle recompense que je m'actendois. Car
encores que le roi eust bon vouloir de me faire du bien,

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(Fol. 10v)

je me tays du bon traittement que je receuz en son pays, si feis bien de l'amitié bonne
et grande que je congneuz d'aucuns gentilzhommes de sa court en mon endroit, mais
bien peu en nombre, si est ce qu'estant destourné par des plus grandz de sa court,
mesmes de ceulx qui avoient esté cause de ma venue en icelle, il me renvoya avec ung
grand mercy. Et que j'advisasse, s'il y avoit riens en ses terres qui fust en sa puissance
me donner comme confisque ou autre chose semblable, qu'il la me donneroit voluntiers.
Ceste reponce me fut tant ennuyeuse que sans m'actendre à ses belles promesses pour
en avoir esté nourry d'autres fois à mes despens, je m'en retournay vers l'abbé. Mais
pour ce que j'avois ouy parler d'un docteur religieux qui estoit estimé (et à bon droict)
fort scavant en la philosophie naturelle, je passay le veoir en m'en revenant. Lequel me
destourna grandement de toutes ces sophistications et apres qu'il congneu que j'avois
estudié en la philosophie et faict les actes de maistre en icelle à Bordeaux ainsi que je
luy deis, il me dist d'un fort bon zele qu'il me plaignoit grandement de ce que n'avois
recouvré de bons libvres des philosophes antiens qu'on peult recouvrir ordinairement,
avant qu'eusse despendu tant de temps et tant d'argent à credit en ses mauldictes et
malheureuses sophistications. Je luy parlay de la besongne que j'avois faicte, mais il me
sceut tres bien dire ce que c'estoit et que ne soustenoit poinct beaucoup d'essays. Si me
destournay tellement de toutes ces sophistications pour m'occuper à la lecture des
libvres des anciens et scavans philosophes, afin de pouvoir congnoistre leur vraye matiere
en laquelle seule gist toute la perfection de la science, que je m'en allay trouver mon abbé
pour luy rendre compte des huict cens escuz qu'avions mys ensemble, et luy communiquer
la moictié de la recompense que j'avois eue du Roy de Navarre. Estant donc

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(Fol. 10r)

arrivay vers luy je luy comptay le tout, de quoy il fut grandement marry. Et encores plus
de ce que je ne voulois continuer l'entreprinse encommancee avec luy, pour ce qu'il
avoit opinion que je fusse bon operateur. Toutesfois, ces prieres ne peurrent tant en
mon endroict que je n'ensuyvisse le conseil du bon docteur, pour les grandes et aparentes
raisons qu'il avoit adduictes quant je parlay à luy. Et luy ayant rendu compte de tous
les fraiz que j'avois faictz, il nous resta quatre vingtz dix escuz à chacun. Et le
lendemain apres, nous departismes. Je m'en allay en ma maison deliberé d'aller à
Paris, et ne bougeay là d'un logis que je n'eusse faict quelque resolution par la lecture de
divers livres des philosophes naturelz pour travailler à nostre grand oeuvre, ayant
donné congé à toutes ces sophistications. Parquoy, apres que j'euz recouvré argent
d'avantaige de mes arrentiers, je m'en allay à Paris où j'arrivay le lendemain de la
Toussainctz en l'annee 1546. Et là j'achaptay pour dix escuz de libvres en la
philosophie tant des anciens que des modernes. Une partie desquelz estoient imprimez
et les autres escriptz de main comme la Tourbe des philosophes, Le Bon Trevisan,
La Complainte de Nature et autres divers traictez qui n'ont jamais esté imprimez. Et
ayant loué une petite chambre aux faulxbourgs Sainct Martial, fus là ung an durant,
avec ung petit garçon qui me servoit, sans frequenter personne, estudiant jour et nuict
en ces autheurs. Si bien que au bout d'un moys je faisois une resolution, puis une autre,
puis l'augmentois, puis la changeois presque de tout, en actendant que je en feisse une
où n'y eust poinct de varieté ny contradiction aux sentences des libvres des philosophes.
Toutesfois je passay toute l'annee et une partie de l'autre sans pouvoir gaingner cela sur mon
estude, que je peusse faire aucune entiere et parfaicte resolution. Estant en ceste perplexité,

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(Fol. 10v)

je me tournay mectre à frequenter ceulx que je scavois qui travailloient à cest divin
oeuvre. Car je ne hantois plus tous les autres operateurs que je avois congneuz
auparavant, travaillant à ces mauldictes sophistications. Mais si j'avois contrarieté en
mon entendement, sortant de l'estude elle estoit augmentee en considerant les diverses
et variables façons de quoy ilz travailloient. Car si l'un travailloit avec l'or seul, l'autre
avec l'or et mercure ensemble, l'autre y mesloit du plomb qu'il appelloit sonnant pour
ce que l'avoit passé par la cornue avec de l'argent vif, l'autre convertissoit aucuns metaulx
en argent vif avec diversité de simples par sublimations, l'autre travailloit avec ung
atrement noir artificiel qu'il disoit estre la vraye matiere de laquelle Rammond Lulle
usa pour la composition de ceste grande oeuvre. Si l'un travailloit (en ung alembicq,
l'autre travailloit) en plusieurs autres et divers vaisseaux de veoire, l'autre d'airain,
l'autre de cuyvre, l'autre de plomb, l'autre d'argent, et les autres en vaisseau d'or. Puis
l'un faisoit sa decoction au feu faict de gros charbon, l'autre de boys, l'autre de raisin,
l'autre à la chaleur du soleil et d'autres au bain marie. De sorte que leur varieté
d'operations avec les contradictions que je voyois aux libvres m'avoient presque causé
ung desespoir. Lorsque inspiré de Dieu par son Sainct Esprit, je commanceois à
reveoir d'une fort grande diligence les oeuvres (de) Ramond (Lulle) et principalement
son Testament et Codicile, lesquelz je adaptois tellement avec une espitre qu'il
escripvit en son temps au Roy Robert et à ung brouillart que j'avois recouvré du dict
docteur, auquel il estoit inutile, que j'en feis une resolution en tout contraire à toutes
les operations que j'avois veues auparavant, mais telle que je ne lisois rien en tous les
libvres qui ne s'adaptat fort bien à mon opinion ; mesmement la resolution que Arnault

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(Fol. 11r)

de Villeneufve a faicte au fonds de son grand Rosaire, qui fut maistre de Rammond
(Lulle) en ceste science. Tellement que je demourois environ ung an apres sans faire
autre chose que lire et penser jour et nuict à ma resolution, en actendant que le terme
de l'acensement que j'avois faict de mon bien fust passé pour m'en aller travailler chez
moy, où j'arrivay au commancement de Quaresme, deliberé de practiquer ma dicte
resolution, pendant lequel je feis provision de tout ce que j'avois besoing et dressay ung
four pour travailler. Si bien que le landemain de Pasques, je commanceay, mais ce ne
fut pas sans avoir divers empeschemens, desquelz (j'en tays les principaux), de mes
prochains voisins, parens et amys. L'un me disoit : Que vouliez vous faire ? N'avez
vous pas assez despendu à ces follyes ? L'autre m'asseuroit que si je continuois
d'achapter tant de menu charbon, qu'on soupsonneroit de moy que je faisois de la faulce
monnaye, comme ilz avoient desja ouy parler. Puys (venoit) ung autre me disant que
tout le monde, mesmes les plus grandz de nostre ville, trouvoit fort estrange que je ne
faisois profession de la robe longue, actendu que j'estois licencié es loix, pour parvenir
à quelque estat honnorable en la dicte ville. Les autres qui m'estoient de plus pres, me
tansoient ordinairement, disans pourquoy je ne mectois fin à ces folles despences et
qu'il me vauldroit myeulx espargner l'argent pour paier mes creanciers ou pour achapter
quelque office, me menassant qu'ilz feroient venir la justice en ma maison pour me
rompre le coust. D'avantaige, disoient ilz, si vous ne voulez riens faire pour nous, ayez
esgard à vous mesmes ; considerez que estant jeune de trente ans ou environ, vous en
ressemblés avoir cinquante, tant se commance vostre barbe à mesler qui vous presente

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(Fol. 11v)

tout envyeilly de la peine qu'avez enduree à la poursuitte de voz jeunes follyes ; et mil
autres semblables advertissements desquelz ilz me importunoient ordinairement. Si ces
propos m'estoient ennuyeulx, je le vous laisse à penser, actendu mesmement que je
veoys tousjours mon oeuvre continuer de mieulx en mieulx ; à la conduite de laquelle
j'estois tousjours attentif, nonobstant telz et semblables empeschemens qui me survenoient
ordinairement; et principalement les dangers de la peste qui fut (si) grand en l'esté qu'il n'y
avoit marché ny practique qui ne fust rompue. De sorte qu'il ne passat jour que je ne
(regardasse) d'une fort grande diligence (l'apparition) des troys couleurs que les philosophes
ont escript debvoir aparoistre avant la vraye perfection de nostre divin oeuvre. Lesquelles
graces au seigneur Dieu je veis l'une apres l'autre. Si bien que le propre jour de Pasques j'en veis la vraye et parfaicte experience sur de l'argent vif eschauffé dedans ung creuset,
lequel y convertit en fin or devant mes yeulx en moins d'une heure par le moyen d'un peu
de ceste divine pouldre. Si j'en fut bien aise, Dieu le scait, si ne m'en vantis je pas pour
cela. Mais apres avoir rendu graces à Dieu, nostre bon Dieu qui m'avoit faict tant de
biens, de faveur et de graces par son sainct filz et nostre redempteur Jesus Christ, et l'avoir
prié comme je fais ordinairement qu'il m'illuminast par son Sainct Esprit pour en pouvoir
user à son honneur et louenge, je m'enallay le lendemain pour trouver l'abbé à son abbaye,
pour satisfaire à la foy et promesse que nous avions faict ensemble. Mais je trouvay qu'il
estoit mort six moys auparavant, de quoy je fus grandement mary. Si fus je bien de la mort
du bon docteur (dont fuz averty) en passant pres de son convent. Parquoy m'en allay à
Geneve pour attendre là, ung mien amy et prochaing parent, ainsi qu'avions arresté
ensemble à mon partement. Lequel j'avois laissé à ma maison avec procure et

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(Fol. 12r)

charge expresse pour vendre tous et chacuns mes biens paternelz que j'avois. Desquelz
il paya mes creanciers et le reste distribua secrettement à ceulx qui en avoient besoing,
afin que mes parens et autres sentissent quelque fruict du grant bien que Dieu m'avoit
donné, sans que personne s'en print garde. Mais au contraire, ilz pensoient que moy
comme desesperé et ayant honte des despences que j'avois faict, vendisse mon bien pour
me retirer ailleurs, ainsi que m'a dist ce mien amy, lequel me vint trouver à Geneve le
premier jour du moys de juillet. Et de là nous en allasmes à Lausane, ayant deliberé
voyager et passer le reste de mes jours en plus renommees villes d'Allemagne avec fort
petit train. Et pour cause où j'ay esté nommé d'autre nom que le mien, mesmes ay faict
des digressions en ceste premiere partie de mon opuscule, qui seront descouvertes à
l'advenir, afin que ne fusse congneu par ceulx qui veiront et lyront icelluy, pendant ma
vie, en nostre pays de France. Lequel j'en ay voulu gratifier, non pas pour estre (aucteur)
de tant de folles despences qu'on y faict ordinairement à la poursuitte de ceste science
qu'on estime communement sophistique parce qu'on ne veoid rien en icelle que
sophistication, d'aultant que peu de gens travaillent à la vraye et divine perfection, mais
plustost pour les en divertir et les remectre au vray chemyn au plus qu'il m'est possible.
Parquoy pour conclusion de ma premiere partie, je supplie tres humblement tous ceulx qui lyront mon present opuscule, qu'il leur souvienne de ce que le bon poete nous a laissé
par escript, scavoir : Ceulx là estre bien heureulx qui sont faictz saiges aux despens et
dangers d'aultruy. Afin que voyant le discours comment je suis parvenu à la perfection


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(Fol. 12v)

de ceste divine oeuvre, ilz aprengnent à cesser de despendre soubz l'adveu des vaines
(et) sophistiques deceptes, pensant y parvenir par icelles. Car comme je les ay desja une
fois advertis en mon espitre liminaire, ce n'est poinct par cas fortuit qu'on y parvient,
mais par long et continuel estude des bons autheurs, quand c'est le bon plaisir de nostre
Seigneur nous assister par son Sainct Esprit ; car à grand peine jamais ceulx qui l'ont
ainsi congneu la publient ; lequel je supplie tres humblement qu'il luy plaise me donner
la grace pour en bien user, comme je fais aussi d'assister à tous les bons fidelles qui
feront lecture de mon present opuscule, afin qu'ilz en puissent rapporter quelque proffict
pour en user en son honneur et à la louange de nostre redempteur Jesus Christ, auquel
soit honneur et gloire aux siecles des siecles.

Fin de la premiere partie.
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(Fol. 13r)



LA SECONDE PARTIE Espitre que l'autheur a escript au M. R. D. docteur en theologie :
Monsieur pour ce que suyvant vostre bon conseil qu'il vous pleut me donner quand je passay par vostre convent, j'ay consommé tout mon temps à la lecture des libvres
des sophistes. Estant à Paris tousjours depuis, je suis passé en m'en retournant ceans
pensant vous y trouver, mais ma fortune qui m'a esté jusques à present enuyeuse n'a
poinct voulu que j'eusse ce bien de pouvoir conferer avec vous le proffict que je pense
avoir faict par la resolution que j'ay peu faire de la lecture des oeuvres des philosophes.
Et pour ce que je n'ay peu le vous dire de bouche, je vous ay voulu laisser le sommaire
d'icelle par la presente. Afin que si Dieu vous a faict la grace d'en avoir peu resouldre
mieulx, qu'il vous plaise le corriger. A la charge que si le bon Dieu ne me faict tant de
faveur et grace que j'en rapporte tel proffict par la certaine experience comme je
m'actends, qu'il ne vous sera rien esconduit. Ma resolution est donc telle que nostre
divine oeuvre est faicte d'une seule matiere que les philosophes ont appellé l'argent vif
animé pour ce qu'il est congellé par son propre coagule, laquelle est parfaicte par nostre
decoction dans ung seul four avec ung seul vaisseau, pour parfaire tous les metaulx
imparfaictz par la grande et exhuberante perfection qu'elle a acquise par nostre art. Je
vous supplie donc, qu'il vous plaise m'en advertir en m'escripvant les raisons par
lesquelles vous la pensez telle. Car je me suis deliberé commancer à la practiquer au
premier jour à nostre maison, où je m'attens vous presenter cest este d'aussi bon coeur,
comme je prie nostre bon Dieu vous mainctenir

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(Fol. 13v)

en sa grace, me recommandant bien humblement à la vostre. Escript en vostre convent
le dimanche devant Quaresme prenant , par vostre bon et tousjours amy M. D. Zecaire.

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(Fol. 14r)


LA SECONDE PARTIE
En laquelle l'autheur demonstre la vraye methode pour faire la lecture des libvres des
philosophes naturelz :
Aristote au premier libvre de sa Phisique nous a tres bien aprins qu'il ne fault poinct disputer contre ceulx qui nyent les principes de la science, mais contre ceulx qui
les confessent. Lesquels se proposent divers argumens qu'ilz ne peuvent souldre par
leur ignorance, et par ainsi demourent tousjours en doubte. C'est donc pour eulx en
ensuyvant nostre bon maistre, que je me travaille, et non pour les autres. Car comme
dict le mesme autheur, disputer avec telle maniere de gens c'est disputer des couleurs
avec les aveugles naiz, lesquels pour ce qu'ilz n'ont poinct le moyen, scavoir la veue,
pour en juger, ne pouroient estre persuadez qu'il y eust diversité de couleurs.
Parquoy, afin que les bons fideles et enfans debonnaires puissent rapporter quelque proffict de mon opuscule, trouvans en icelluy soulagement et repos d'esprit, je me suis
peiné le plus qu'il m'a esté possible et d'aultant que le subject de nostre divine science le
permet, à rediger ceste seconde partie en vraye methode, afin d'eviter la grande variete
et confusion qui se presente ordinairement en la lecture des philosophes. Ce qui m'a
faict user du mesme ordre qu'ay tenu en mon estude, procedant par divisions comme
s'ensuyt.
Premierement, je monstreray avec l'ayde de Dieu, par quelz nostre science a esté inventee, et de quelz autheurs nous avons usé en la compilation de mon opuscule,
declairant la raison pourquoy ilz ont escript tant couvertement ; puis nous prouverons
la verité d'icelle par divers argumens, respondant aux plus aparens qu'on a de coustume
faire pour prouver le contraire, pour ce

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(Fol. 14v)

que le lecteur diligent pourra colliger des autres membres de nostre division toutes et
chacunes solutions de tous autres argumens qu'on pouroit faire au contraire. Et
mesmement du tiers membre et du quatrieme. Tiercement nous prouverons en quoy
nostre science est naturelle et comment elle est appellee divine en parlant des operations
principales, où nous declairerons l'erreur des operateurs du jourd'huy. Ce faict, nous
declarerons la façon comment la nature besongne soubz terre à la procreation des
metaulx, monstrant en quoy l'art peult ensuyvre nature en ses operations. Puis nous
declairerons la vraye matiere qui est requise pour parfaire les metaulx sur terre.
Declairant en fin, les principaux termes de nostre science, où nous accorderons les
sentences plus necessaires des philosophes et qui aparoissent plus contraires en faisant
la lecture de ces libvres. De sorte que les vrays amateurs de nostre science en pouront
rapporter quelque fois ung grant proffit, et noz envieulx et detracteurs ordinaires en
raporteront leur grande confusion temoignee par mon present opuscule. Lequel j'ay
voulu confirmer par les auctoritez des plus scavans et antiens philosophes et (bons)
autheurs, afin qu'ilz ne pregnent pour excuse que c'est ung autheur nouveau qui a
entreprint d'eclairer leur impieté et continuelles deceptions.
Pour bien donc declairer ceulx qui ont esté les premiers inventeurs de nostre science, nous fault ramentevoir la doctrine que l'apostre sainct Jacques nous a laissé
par escript en sa canonique, c'est que tout don qui est bon et tout bien qui est parfaict
nous est donné d'en hault, descendant du Pere des lumieres qui est le Dieu

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(Fol. 15r)

eternel. Ce que je ne veulx prendre et adapter à nostre propos en termes generaulx et
telz qu'on les peult adapter à toutes les choses crees. Mais singulierement, je deis que
nostre science est tant divine et tant supernaturelle, j'entends en la seconde operation
comme il sera plus amplement declairé au tiers membre de nostre division, qu'il est et
a esté tousjours impossible et sera à l'advenir à tous les hommes de la congnoistre et
descouvrir de soy mesmes, feussent ilz les plus grandz et experts philosophes que
jamais furent au monde. Car toutes les raisons et experiences naturelles nous defaillent
en cela. De sorte qu'il a esté justement escript par les autheurs antiens que c'est le secret
des secretz, lequel nostre bon Dieu a reservé et donné à ceulx qui le craignent et
honnore(nt), comme dict nostre grand prophete Hermes : je ne tiens ceste science, d'autre
que par l'inspiration de Dieu ; ce (que) confirme Alphidius, disant : scachez, mon filz,
que le bon Dieu a reservé ceste science pour les posterieurs d'Adam, et principalement
pour les pauvres et raisonnables. Geber a affermé le mesme en sa Somme, disant :
nostre science est en la puissance de Dieu. Lequel, pour estre tout juste et bening l'a
baillé à ceulx qui luy plaist. Tant s'en fault donc qu'elle soit (en la puissance des
hommes en tant qu'elle est) supernaturelle, moins inventee par eulx, mais quant à ce
qu'elle est naturelle, c'est à dire en ce que en ses premieres operations elle ensuit
nature, il y a diverses opinions pour veoir qui en a esté le premier inventeur, les ungs
disent que c'est Adam, les autres Scalpius, les autres disent qu'Henoc l'a congneue le
premier ; lequel d'aucuns ont voulu dire qu'est Hermes Trismegiste, que les Grecs ont
tant loué, mesmes luy ont attribué l'invention de

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(Fol. 15v)

toutes leurs sciences (occultes et secretes). De ma part, je m'accorderois voluntiers à
la derniere opinion, pour ce qu'il est assez notoire que Hermes estoit fort grand
philosophe, comme ses oeuvres nous tesmoignent, et que pour estre tel il a enquis
diligemment les causes des experiences es choses naturelles, par la congnoissance
desquelles il a congneu la vraye matiere de laquelle nature use aux concaves de la
terre à la procreation des metaulx. Ce qui fait acroire cela, c'est que tous ceulx
qui l'ont ensuivy, sont venuz par ce moyen à la vraye congnoissance de ceste divine
oeuvre, comme sont Pithagoras, (Platon), Socrates, Zeno, Haly, Senior, Rasis, Geber,
Morienus, Bonus, Arnaldus de Villanova, Raymundus Lulius et plusieurs autres qui
seroient long(s) à racompter. Desquelz, mesmes les plus principaux, nous avons
compilé et assemblé nostre present opuscule. Mais c'est avec peine, leurs libvres en
pouroient tesmoigner. Car ilz les ont escriptz de telle sorte, ayans la craincte de Dieu
tousjours devant les yeulx, qu'il n'est presque possible parvenir à la congnoissance
de ceste divine oeuvre par la lecture de leurs libvres. Comme dict Geber en sa
Somme : ne fault poinct, dict il, que le filz de la science desespere et se defye de
la congnoissance de cest divin oeuvre, car en saichant et pensant ordinairement aux
causes des composez naturelz, il y parviendra. Mais celluy qui s'attend (la trouver)
par noz libvres, il sera bien tard quand il y parviendra, pour ce, dict il en un autre
lieu, qu'ilz ont escript la vraye practique (pour) eulx mesmes, meslant parmy la façon
de enquerir

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(Fol. 16r)

les causes pour venir à la parfaicte congnoissance d'icelle. Ce qui luy a faict (mectre)
en sa dicte Somme les principales operations et choses requises à nostre divine
oeuvre en divers et variables chappitres, pour ce, dict il, que s'il l'avoit mise par reng
et distincte, elle seroit congneue en ung jour de tous, voyre en une heure tant elle est
noble et admirable. Cela mesme a dict Alphidius, escripvant que les philosophes qui
nous ont precedez ont caché leur principale intention sur divers enigmes et innumerables
equivoques, afin que par la publication de leur doctrine, le monde ne fust ruyné comme
de vray il seroit. Car tout exercice de labouraige et cultures des terres, tout trafique,
brief tout ce qui est necessaire à la conservation de la vie humaine seroit perdu, pour
ce que personne ne s'en vouldroit entremectre, ayant en sa puissance ung si grand bien
que cestuy. Parquoy Hermes, s'excusant au commancement de son livre, dict : mes
enfans, ne pensez poinct que les philosophes ayent caché ce grant secret pour envye qu'ilz
portent aux gens scavans et bien instruictz, mais pour la cacher aux ignorans et malicieulx.
Car comme dict Rosins, par ce moyen l'ignorant seroit faict egal au scavant et les
malicieux et meschans en useroient à leur dommaige et ruine de tout le peuple. Semblables
excuses a faict Geber en sa Somme au chappitre de l'administration de la medecine
solaire, disant qu'il ne fault poinct que les enfans de doctrine s'esmerveillent s'ilz ont parlé
couvertement en Hermes, car ce n'est pas pour eulx, mais pour cacher leur secret aux
ignorans dessoubz tant de varietez et confusion d'operation, et ce pendant entrainer et
acheminer par

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(Fol. 16v)

icelles les enfans de la science à la congnoissance d'icelle pour ce que, ainsi qu'il
escript en ung autre lieu, ils n'ont poinct escript la science inventee sinon pour eulx
mesmes, mais ont baillé les moyens pour la congnoistre. C'est donc la raison pourquoy
tous les libvres des philosophes sont plains de grandes difficultez, je deis grande (pour
ce qu'elles sont presque innumerables. Car il (n')est possible de veoir au monde plus
difficile) que (de) trouver une contrarieté si grande entre tant d'autheurs renommez et
scavans, mesmes dans ung autheur seul y trouver contradiction en sa doctrine ; comme
tesmoignent assez les escriptz de Rasius quant il dict au Livre des lumieres : j'ay
assez monstré en mes libvres le vray ferment qui est requis pour les multiplications des
taintures des metaulx. Lequel j'ay affermé en ung autre lieu n'estre poinct le vray levain,
en delaissant la vraye congnoisance à celluy qui aura le jugement bon et subtil pour le
congnoistre. D'aultre part si l'un escript que nostre vraye matiere est de vil pris et de
neant, trouvee par les fumiers comme dict Zeno en la Tourbe des philosophes,
incontinant en ce mesme libvre Barseus dict : ce que vous cerchez n'est poinct de peu
de pris ; l'autre dira qu'elle est grandement precieuse et ne se peult trouver qu'avec
grandz fraiz et à dommaige. Si l'un a aprins à preparer nostre matiere en divers
vaisseaux et par diverses operations, comme a faict Geber en sa Somme, il y en a
ung autre qui asseurera qu'on n'a besoing que d'un seul vaisseau pour parfaire nostre
divin oeuvre, comme dict Rasis, Lilium, Alphidius et plusieurs autres. Puys, quant
l'on aura leu en ung libvre qu'il fault demourer neuf moys à la procreation et faction
de nostre divin oeuvre comme a escript Rasis, l'on trouvera dans ung autre qu'il

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(Fol. 17r)

y fault ung an, comme dict Rosinus et Plato. Et puis l'on trouve tous les libvres
d'iceulx tant variables et barbares, j'entends en aparence, et mal declairez qu'il est
impossible aux hommes, comme dict Ramond Lule, descouvrir la verité d'entre tant
de diverses opinions, si le bon Dieu ne nous inspire par son Sainct Esprit ou ne nous
la revele par quelque personne vivante. Qui est la cause que nous ne voyons jamais
personne qui l'ayt faicte ny n'en scavons rien jusques apres leur mort, pour ce que
l'ayant acquise avec une si grande peine, je croys fermement qu'ilz la celleroient à
eulx mêmes s'il leur estoit possible, tant s'en fault qu'ilz la communicassent à ung
autre. Parquoy, en ensuyvant les raisons cy dessus amenees, ne fault jamais trouver
estrange avec le commun populaire, si l'on ne veoid personne qui ayt faicte ceste
divine oeuvre. Ainsy, plus tost s'esmerveiller avec les scavans comme il y en y a
aucun qui soit parvenu à la vraye congnoissance d' icelle.
Mais poursuyvant nostre ordre encommancé, il fault declairer le second membre de nostre division, scavoir que nostre science est certaine et veritable. Toutesfois,
avant commencer, il fault que je contante les oreilles delicates des calumniateurs,
lesquelz, pour estre coustumiers à reprendre les labeurs d'autruy pour ce que les
leurs ne congnoissent poinct la lumiere, diront ilz que j'ay mal retenu la doctrine
d'Aristote, qui escript au 7e de sa Phisique que la definition est la vray forme du
subjet defini. Et par ainsi, puisque j'ay (entreprys) traicter la declaration

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(Fol. 17v)

et vraye methode de ceste science communement appellee alchimie, je debvois
commancer par la definition pour mieulx declairer la proprieté des termes d'icelle.
Mais je renvoiray voluntiers telz calumniateurs aux autheurs qui nous ont precedez,
lesquelz s'estant mys au debvoir d'en bailler certaine diffinition, ont esté contrainctz
confesser qu'il est impossible d'en donner, comme tesmoignent les escriptz de
Morienus, Lilium et de plusieurs autres. Parquoy ilz en ont assigné en leurs libvres,
diverses et variables descriptions par lesquelles ilz monstrent les effectz de nostre
science, pour ce qu'elle n'avoit poinct de principes familiers comme toutes les autres
sciences. De ma part, j'en diray ce qu'il m'en semble.
C'est donc une partie de philosophie naturelle, laquelle demonstre la façon de parfaire les metaux sur terre, immitant nature en ses operations au plus pres qu'il luy
est possible. Laquelle science nous disons estre certaine pour beaucoup de raisons.
Premierement, il est tout resolu entre tous les philosophes qu'il n'y a rien plus certain
que la verité, comme dict Aristote, apert là où il n'y a poinct de contradiction. (Or)
est il ainsi que tous les philosophes qui ont escript en ceste divine philosophie les
ungs apres les autres, les ungs escripvent en hebreu et les autres en grec, les autres
en latin et en autres diverses langues, se sont tellemen entenduz et accordez ensemble,
encores qu'ilz ayent escript soubz divers equivoques et figures pour les raisons cy
dessus amenees, que l'on jugeroit à bon droict qu'ilz ont escript leurs libvres en mesme

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(Fol. 18r)

langaige par une mesme bouche et en ung mesme temps, combien qu'ils ayent escript
les ungs cent ans, les autres deux cens voire mil ans apres les autres. Comme dict Senior, les philosophes, dict il, semblent qu'ilz ayent escript diverses choses soubz
divers noms et similitudes, combien que de vray ilz (n')entendent tous qu'une mesme
chose. Rasis, au Livre des Lumieres afferme le mesme, disant que soubz diverses
sentences qui nous semblent contraires du commancement, les philosophes n'ont jamais
entendu que une chose mesme. Desquelz nous avons ung autre tesmoignage grandement
evident, car ceulx mesmes qui ont escript aux autres sciences des libvres grandement
scavans et approuvez en ont escript en cestuy, affirmant icelle estre fort veritable. Et
quant bien nous n'aurions autre probation que la sentence du Philosophe qui dict au
second des Ethiques que ce qui est faict bien se faict par un moyen, cela serait
assez suffisant pour nous asseurer de la verité de nostre science. Car tous ceulx qui
ont (escript d')icelle s'accordent en cela qu'il n'y a qu'une seule voye pour parfaire
nostre divine oeuvre, comme dict Geber en sa Somme : nostre science, dict il,
n'est poinct parfaicte par diverses choses mais par une seule, en laquelle nous n'adjoustons
ny diminuons aucune chose fors les choses superflues que nous en separons en ceste
operation. Cela mesme tesmoigne Lilium, quant il escript que toute nostre maistrise
est parfaicte par une seule (chose, par un seul) regime et par ung seul moyen. Autant en
ont escript tous les autres philosophes, encores qu'ils aparoissent divers en leurs
sentences. D'avantaige nous tenons pour plus que certain nostre science estre tres
veritable par l'experience tres certaine qu'en avons veu, qui est la principale asseurance
quant à nous, comme dict Rasius et Senior. Mais pour la
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(Fol. 18v)

demonstrer telle au plus pres qu'il nous sera possible à ceulx qui en peuvent justement
doubter, il nous fault accorder avec tous les philosophes que nostre science est
comprinse soubz la partie de la philosophie naturelle, qu'ilz ont appellee assez
proprement operative, la conjoignant en cela avec la medecine. Or est il ainsi que la
medecine ne nous peult monstrer la verité et certitude de sa doctrine que par experience.
Qu'il soit vray, quant nous lisons en ses libvres que toute colere est evacuee par la
rubarbe, nous n'en pouvons croyre rien plus avant de certain que ce que l'experience nous
en monstre. Laquelle nous asseure que la dicte colere est guerie par l'aplication du dict
(simple). Ainsi nous dirons à nostre propos, parlant par similitudes pour ce que nostre
divine oeuvre ne peult recevoir aucune vraye comparaison, que si l'experience nous
monstre que la fumee de plomb (ou) la fumee des attramenz congellent l'argent vif, cela
nous peult asseurer, j'entends nous induire à croire, qu'il est faisable preparer une
medecine grandement parfaicte et semblable au naturel et qualitez des metaux, par
laquelle nous puissions arrester l'argent vif et parfaire les autres metaux imparfaictz par
sa projection, actendu mesmement que les composez mineraux imparfaictz congellent
l'argent vif et le reduisent à leur naturel, par plus forte raison donc, les parfaictz par
nostre art et deuement preparez par l'ayde d'icelluy, le congellent et reduisent
semblablement à eulx tous autres metaulx imparfaictz par sa grande et exhuberante
decoction qu'ilz ont acquise par l'administration de nostre art. Et pour contanter plus
avant les gens curieulx

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(Fol. 19r)

d'aujourd'huy, nous adduirons quelques autres argumens pour mieulx les induire à
croyre la verité de nostre science. Or est il certain que tout ce que faict la mesme
operation d'un composé est du tout semblable à luy, comme dict Aristote au 4e libvre
des Metheores, quant il declaire que tout ce qui se faict l'operation d'un oeil est
oeil. Puisque doncques que nostre or, c'est à dire celluy que nous faisons pour monstrer
nostre divine oeuvre, est du tout semblable à l'or mineral, et que toute la doubte est
aujourd'huy en cela pour veoir si l'or que nous faisons est parfaict, il me semble avoir
assez monstré, en ensuyvant l'auctorité des philosophes, que nostre science est tres
certaine. Mais diront ilz il est vray que c'est assez prouvé pour ceulx qui en ont une
experience, et non pour les autres, pour lesquelz, afin (qu'ilz n'ayent) aucun doubte,
j'ameneray les raisons suyvantes. Aristote au 4e libvre des Metheores au chappitre
des digestions, dict que toutes choses qui sont ordonnees pour estre parfaictes,
lesquelles par faulte de digestion sont demourees telles, peuvent estre parfaictes par
continuelle digestion. (Or) est il ainsi que tous les metaulx imparfaictz sont demourez
telz par faulte de digestion. Car ilz ont esté faictz pour estre convertiz finalement en or,
et par ainsi pour estre parfaictz ainsi que l'experience nous tesmoigne, comme nous
declairerons (cy) apres en declairant le quart membre de nostre division. Ilz pouront
donc estre parfaictz par continuelle decoction, laquelle nature faict aux concaves de
la terre et nostre (art les parfaict sur terre par la projection de nostre) divine oeuvre,
comme nous declairerons plus avant, au penultieme membre de nostre division.
D'avantaige, si les quatre elemens qui sont contraires en aucunes qualitez (sont convertiz)

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(Fol. 19v)

l'un en l'autre comme dict Aristote au 2e libvre des Generations, par plus forte
raison, les metaux qui sont tous d'une mesme matiere et par ainsi non contraires en
qualitez, se convertiront l'un en l'autre. Qui est la raison pourquoy Hermes a appellé
leur operation circulaire, mais ung peu improprement comme luy mesme le tesmoigne,
pour ce que les metaux ne sont poinct procreez par nature purs et parfaictz pour revenir
imparfaictz, et que de l'or fust faict plomb et de l'argent estaing et ainsi les autres, mais
pour estre faictz parfaictz par ordre et par continuelle decoction, jusques à ce qu'ilz
soient parfaictz et par consequent faictz or, comme l'experience nous monstre
evidamment. Et par ainsi, leur generation n'est poinct du tout (airide). combien qu'elle
le soit en partie. Ces raisons et autres semblables que je laisse pour le present, pour ce
que mon petit opuscule ne pouroit comprendre tout le discours qu'on pouroit faire sur
ce propos, seroient suffisantes pour demonstrer la verité et certitude de nostre science,
n'estoient les argumens qu'on a accoustumé de faire au contraire, qui troublent tellement
les entendemens des bons enfans de doctrine, qu'ilz sont tousjours en doubte, croyans
tantost en l'un puis l'autre, si bien qu'ilz n'ont jamais repos en leur esprit. Mais afin
que desormais ilz puissent croire nostre science estre tres veritable, je leur veulx aprendre
la vraye solution des plus viollens et plus aparens argumens qu'on a accoustumé de faire
au contraire, par laquelle ilz congnoistront que leur argument et tous autres semblables
n'ont rien qu'une seule aparence de verité. Ils sont tous coustumiers faire un argument
qu'ilz fondent sur l'auctorité du Philosophe au 4e des Metheores, laquelle a esté
premierement d'Avicenne, comme dict Albert le Grand : en vain, dict il, se travaillent
les operateurs du jourd'huy

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(Fol. 20r)

pour parfaire les metaux. Car ilz n'y parviendront jamais si premierement (ilz ne les
reduysent en leur premiere matiere. Or est il ainsi que nous ne les y reduysont) poinct,
par consequent ne faisons rien que sophistication, comme escript le mesme (Albert),
disans : tous ceulx qui colorent les metaux par diverses façons de simples en diverses
couleurs sont vrayment gens trompeurs et decepveurs si ne les reduisent en leur
premiere matiere De ma part, je scay bien que beaucoup de gens scavans ont entreprins
la solution de cest argument, pour ce que c'est le plus apparent qu'on face, de sorte que
les ungs disent qu'encores qu'en la projection de nostre divine oeuvre sur les metaux
imparfaictz (nous) ne les reduis(ons) poinct en leur premiere matiere, si est ce que à
la composition d'icelle nous l'avons reduicte en soulphre et en argent vif, qui sont la
vraye matiere des metaux, comme nous declairerons au- quatrieme membre de nostre
division. Et que pour la grande perfection qu'elle a acquise en sa decoction, elle est
suffisante pour parfaire tous les metaux imparfaictz en or par sa projection, sans les
reduire particulierement en leur premiere matiere. Telle a esté l'opinion d'Arnault de
Villeneufve en son Grand Rosaire, lequel Raymond Lulle a ensuivy en son
Testament. Mais, sauf l'honneur et reverence de ces deux scavans personnaiges,
il me semble que c'est parler contre toute l'opinion des philosophes. Car, puisqu'ilz
accordent qu'il fault reduire les metaux en leur premiere matiere, ce qui se faict par
mouvemens et corruption, comme dict Aristote, ilz veulent faire entendre que par la
seule fonte et projection de nostre divine oeuvre sur les metaulx, ilz sont corrompuz,
et demys de leur premiere forme, qui est une chose indigne de tous les philosophes.
D'aultres ont admené diverses et variables solutions, comme l'on peult veoir en leurs
libvres. Quant à moy, j'en diray ce qu'il m'en semble. Il est trop vray que si nous voulions

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(Fol. 20v)

faire des metaux de nouveau, ou bien si nous voulions faire d'iceulx terres, pierres ou
autres choses totalement differentes des metaux, il les fauldroit reduire en leur premiere
matiere par les moyens cy dessus declairez. Mais puisque toute nostre intention n'est
autre que de parfaire les metaux imparfaictz en or sans les transmuer en nouvelle matiere
differente de leur propre nature, mais plustost les purger et nettoier par la projection
de nostre divine oeuvre afin qu'ilz soient parfaictz par la grande et exhuberante perfection
d'icelle, il n'est de besoing les reduire en leur premiere matiere. Car il est trop notoire que
ce sont deux choses grandement differentes (parfaire) l'imparfait et le faire de nouveau.
Autrement il s'ensuyvroit qu'il fauldroit remectre toutes choses demy cuictes en leur
premiere forme pour les achever de cuyre, chose indigne de tous les philosophes. Quant
à d'autres argumens qu'on est coustumé de faire, je m'en taye pour le present pour ce
qu'on trouve la solution d'iceulx dans les libvres des bons autheurs, et puis le lecteur
diligent et estudiant en poura inventer la plus grande part, tant par ce que nous avons
dict que par ce que nous declairerons cy apres, actendu mesmement qu'il me semble
avoir declairé les plus difficiles et malaisez à souldre qu'on ayt acoustumé de faire.
Toutesfois, je ne veulx pas oublier en cecy l'auctorite d'Avicenne, lequel parlant de la
contradiction que Aristote a faict en sa jeunesse à l'opinion de tous les philosophes
anciens, dict : je n'ay poinct d'excuse legitime pour ce que j'ay congneu l'intention de
ceulx qui nyent nostre science et de ceulx qui l'affirme estre vraye ; les premiers
comme Aristote et plusieurs autres usent de raisons qui ont

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(Fol. 21r)

quelque peu d' aparence mais non poinct veritables ; les autres en ont faict (d'autres)
mais grandement esloignees de celles qu'on a acoustumé de veoir aux autres sciences,
voulant dire par cela que nostre science ne peu estre prouvee par certaines demonstrations
comme toutes les autres, pour ce qu'elle procede d'autre façon, toute contraire aux autres,
en cellant et cacheant la proprieté de ses termes au lieu que les autres s'efforcent les
declairer. Parquoy en continuant l'ordre de ma division, je declaireray le tiers membre
d'icelle, monstrant quelles operations sont necessaires à la faction de nostre divin
oeuvre, declairant premierement comment nostre science est naturelle et pourquoy
elle est appellee divine. En quoy l'on congnoistra les grandes et lourdes faultes des
operateurs du jourd'huy.
Pour bien donc entendre en quoy nostre science est naturelle, il nous fault scavoir ce que Aristote enseigna des operations de nature, lequel a tres bien monstré qu'elle
besongne soubz terre en la procreation des metaux, de quatre qualitez ou pour parler
communement des quatre elemens appellez feu, air, eau et terre ; desquelz les deux
contiennent les deux autres, scavoir la terre contient le feu et l'eaue contient l'air.
Et pour ce que nostre matiere est faicte d'eau et de terre, comme nous dirons plus
amplement dans le penultieme membre de nostre division, elle est dicte justement
naturelle pour ce qu'en sa composition ilz y entrent les quatre elements. Mais les
deux sont cachez aux yeulx corporelz, scavoir le feu et l'air, lesquelz fault comprendre
des yeulx de l'entendement comme dict Raymond Lulle en son Codicile :
(considerez) bien, dict il, en toy mesmes, la nature et proprieté de l'huile que les
sophistiqueurs ont appellee air pour ce qu'ilz disent qu'elle abonde plus en sa propre qualité, car ton oeil ne te monstrera poinct la difference

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(Fol. 21v)

et proprieté d'icelle monstrant assez par cela que tous les quatre elemens ne sont poinct
evidens en nostre divine oeuvre comme plusieurs ont faulcement estimé, ainsi que nous
dirons en declairant les termes de nostre science. D'avantaige, icelle est dicte naturelle
pour ce qu'en sa premiere operation elle imite nature au plus pres qui luy est possible.
Car (elle) ne la pouroit imiter du tout, comme dict Geber en sa Somme ; qu'il soit
vray, les operations des philosophes naturelz qui nous ont precedez nous en asseurent.
Lesquelz, apres avoir diligemment congneu, comme dict Ramond Lulle en son Espitre
au roi Robert (et Albert) le Grand en son Traicte des simples mineraulx, que la
façon dequoy nature besongne soubz terre à la procreation des metaulx n'est autres
que par decoction continuelle de la vraye matiere d'iceulx, laquelle decoction separe
le munde de l'immunde, le pur de l'impur ou imparfaict, par evaporations continuelles
qui sont causes de la chaleur de la terre mineralle eschauffee en partie par (la) chaleur
du soleil. Car il ne faict poinct tout seul l'entiere et parfaicte decoction) ainsi que a tres
bien declaré le Bon Trevisan comme-mesmes l'experience nous monstre ordinairement
aux mines où il se trouve diversité de metaulx et de matieres, les unes grossieres, les
autres subtiles et pures qui sont voluntiers eslevees au plus chault. Nostre science donc,
imitant en cela nature, procede au commancement en sa premiere operation par
sublimations, pour purifier tres bien nostre matiere pour ce qu'il nous est impossible
la preparer autrement, comme dict Geber en sa Somme et Rasis au Libvre des
Lumieres, quant il dict : le commancement de nostre besongne c'est sublimer,
parquoy elle est dicte à bon droict naturelle. Ce qui a faict escrire à ceulx qui nous
ont precedez, que nostre

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