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Réfer. : AL0400
Auteur : L. P. François Cambriel.
Titre : Cours de philosophie hermétique.
S/titre : ou d'Alchime en dix-neuf leçons.

Editeur : Imprimerie de Lacour et Maistrasse. Paris.
Date éd. : 1843 .
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COURS
DE PHILOSOPHIE HERMETIQUE
o u
D'A L C H I M I E
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-----------*O*----------- IMPRIMERIE DE LACOUR ET MAISTRASSE RUE S.-HYACINTHE-S,-MICHEL, 33.
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COURS
DE PHILOSOPHIE HERMETIQUE
o u
D'A L C H I M I E
en dix-neuf leçons,
Traitant de la théorie et de la pratique de cette science, ainsi que de
plusieurs autres opérations indispensables, pour parvenir à trouver et à faire la Pierre Philosophale, ou transmutations métalliques, lesquelles ont été cachées jusqu'à ce jour dans tous les écrits des philosophes-hermétiques,
SUIVIES DES EXPLICATION DE QUELQUES ARTICLES

DES CINQ PREMIERS CHAPITRES DE LA GENESE,

par Moïse; et de trois additions PROUVANT TROIS VIES EN L'HOMME, ANIMAL PARFAIT,
Ouvrage nouveau, curieux, et très nécessaire pour éclairer tous ceux qui
désirent pénétrer dans cette science occulte, et qui travaillent à l'acquérir;

OU CHEMIN OUVERT
A CELUI QUI VEUT FAIRE UNE GROSSE FORTUNE,
Par L.-P.-François CAMBRIEL,
De Saint-Paul de Fenouillet, département des Pyrénées Orientales; Né à la Tour de
France, le 8 novembre 1764; et ancien fabricant de draps, à Limoux, département de l'Aude;
Dominus memor fuit nostri; Et bene dixit nobis.
Ouvrage fini en janvier 1829, et du règne de Charles X,
roi de France, le cinquième.
Première Edition.
PARIS.
IMPRIMERIE DE LACOUR ET MAISTRASSE, rue Saint-Hyacinthe-Saint-Michel, 33. ---*O*--- 1843
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pict

L'auteur n'a pas cru devoir faire précéder d'une préface, ce Traité et Cours
d'alchimie, ni devoir dire les raisons qui
l'ont obligé à le rendre public.
Il n'a pas cru non plus devoir le dédier à personne; ne désirant pas, comme
nombre d'auteurs, se faire prôner ni
appuyer par le crédit de quelque grand
personnage.
A qui pourrait-il dédier cette clé d'alchimie, pour donner une marque
de sa reconnaissance? A un homme!...
il n'en a trouvé aucun qui ne fût incrédule,

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-- 6 --
dur, inhumain, fourbe et flatteur:
tous n'ont cherché qu'à le surprendre,
pour lui enlever le secret des secrets.
Il n'a toujours trouvé que des hommes peu portés à l'aider ou à lui être utiles,
pour finir son travail alchimique: il n'a
donc aucune marque de reconnaissance
à donner à personne.
Pour remplir justement et complètement ce devoir sacré de reconnaissance,
il doit dédier à Dieu, auteur de tout
don, ce présent trésor de philosophie
hermétique: science qu'il ne tient que
de lui seul.
Les envieux, après avoir lu cet ouvrage, se mettront en colère; parce qu'ils
n'auront pas pu parvenir eux-mêmes à
ce degré de bonheur, et ils croiront ne
pouvoir pas mieux se venger de leurs
infructueuses recherches qu'en invectivant
la créature favorisée et en faisant

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-- 7 --
passer la science hermétique pour fausse;
ils se dessécheront de rage! ils mourront!...
Et l'alchimie restera.
Mais le philosophe reconnaissant, qui a toujours mis sa confiance en Dieu, et
qui ne l'a obtenue qu'à force de persévérance
et de prières, l'en remerciera
et le bénira tous les jours de sa vie, de
ce qu'il a bien voulu lui donner une
aussi grande marque de son amour. De
l'avoir sorti de l'état d'humiliation, de
misère et de privations dans lequel il
était resté grand nombre d'années, et
de l'avoir fait triompher de tous ses
ennemis, ainsi que de tous les hommes
orgueilleux et parents incrédules qui
l'avaient complètement méprisé, abandonné
!
Si quelque amateur d'alchimie, après avoir attentivement lu les dix-neuf leçons
suivantes, en formant le cours

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-- 8 --
complet, le reconnaît pour un... (comme
il pourra en juger par la théorie et la
pratique que son ouvrage renferme) et
désire lui parler, qu'il veuille s'adresser
à l'imprimeur du présent, qui lui donnera
son adresse, ou à M. Rivet, rue Judas,
n° 8, Montagne-Sainte-Geneviève.

-*:*-
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ABREGE DU GRAND OEUVRE.
----*O*----
Celui qui, par un travail un peu long et fatigant, pourra parvenir à extraire des métaux,
leur terre rouge feuillée: et saura, par
un moyen naturel (connu aux seuls philosophes
hermétiques), la joindre à l'eau mercurielle
purifiée, pour la rendre toute, terre fluidificante;
et que pour finir et compléter son
oeuvre, il pourra, par le moyen du feu, et par
sa vertu, congeler et rendre en pierre ces
deux eaux réunies: celui-là peut se vanter d'avoir
fait une grande découverte; d'avoir trouvé
une chose très précieuse, et d'une plus grande
valeur que tout l'or du monde, et que toute

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-- 10 --
autre chose: puisqu'il aura trouvé la médecine
universelle (principe de tout ce qui a vie)
avec laquelle il peut se tenir toujours en bonne
santé, et prolonger ses jours de beaucoup.
----- Les moyens de parvenir à obtenir cette précieuse découverte sont complètement montrés
et expliqués dans les dix-neuf leçons suivantes:
il faudra donc les lire, et les relire souvent,
et avec beaucoup d'attention.

--*O*--
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PREMIERE LEÇON.
-*:*-
En juin 1819, Louis-Paul-François Cambriel fit insérer, dans les Petites Affiches, un
avis, semblable à celui qui est à la fin du présent
traité, intitulé (Offre d'un grand bénéfice),
et il en reçut, en réponse la lettre dont
copie est ci-après:
Signée, E. B. K.
Paris, le 19 juin 1819.
« Monsieur,
» Une personne qui a quelques notions de chimie, ayant pris connaissance:

» 1° De l'avis inséré sous le n° 8056 des Petites Affiches du 18 courant, offre de faire la
somme demandée; mais elle y met pour condition,
que le bénéfice proposé, ne soit que du
remboursement du principal prêté: plus une
somme égale au principal: le tout à obtenir
dans deux ans;

» 2° Que l'auteur de la découverte énonce,
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-- 12 --
dans une lettre qu'il adressera à Mr E. B. K.,
chez le limonadier du café des Arts, n° 9, rue
du Coq-Saint-Honoré; l'objet précis de sa découverte,
ainsi que les principes chimiques sur
lesquels elle repose;

» 3° Le prêteur s'engage dès à présent, et il est prêt à mettre sous la meilleure forme ledit
engagement, pour la sûreté de l'auteur de
la découverte, et à ne pas faire maintenant, ni à
l'avenir, et sous aucun prétexte, aucune révélation,
aucun emploi de ladite découverte.

» Si sous ces clauses, l'auteur veut répondre à la personne susdite, il peut adresser sa lettre
comme ci-dessus: et si après les premières
ouvertures, les auteur et prêteur conviennent
entre eux des susdites propositions; ils
pourront se mettre en communication personnelle
et intime.

» J'ai l'honneur de vous saluer, » E. B. K. »
Copie de la lettre de Louis-Paul-François Cambriel à Mr E. B. K., qu'il a crû être un
philosophe hermétique, en réponse à la sienne
du 19, et par laquelle, il veut lui prouver,

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-- 13 --
qu'il est dans le cas de remplir l'offre qu'il a
faite par les Petites Affiches.

Paris, le 24 juin 1819.
« Monsieur,
» Je m'empresse de répondre à la lettre que m'a fait l'honneur de m'écrire Mr E. B. K., et
je tâcherai (quoique n'ayant jamais appris la
chimie dans les écoles) de lui prouver la possibilité
de la transmutation métallique, tant
discréditée.

» Je crois que (si j'ai bien pris le sens de sa lettre) c'est tout ce qu'il exige de moi; du
moins quant à présent, sauf à remplir à notre
première vue toutes les autres conditions
qu'il pourrait désirer.

» L'objet et la découverte même, est comme je le dis ci-dessus, la pierre philosophale, à
laquelle je suis parvenu, avec l'aide de Dieu,
le secours d'un ami, et par un travail pénible
et continué pendant vingt-sept ans (1).


(1) Je commençai mes recherches alchimiques la même année que le général Buonaparte revint d'Egypte, et détruisit le Directoire
qui avait pris pour principe d'appauvrir et d'affaiblir la France, et
d'humilier les Français que ce grand homme, avant son départ pour

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-- 14 --
» Il s'agit de faire par un travail de vingt- quatre mois, une poudre rouge comme le coquelicot
ou poudre de projection qui, comme
la fleur à cailler le lait, opère sur le mercure


l'Egypte, avait laissés couverts de gloire. -- Après trois ans passés
environ, ce grand homme étant arrivé à Paris par miracle, fit cesser
le mal, toutes nos défaites, et rejeta avec usure, sur tous nos ennemis
coalisés, les humiliations dont ils nous avaient abreuvés pendant
son absence. -- Il fut nommé premier consul, monta une forte armée,
et redonna à la France, que le malheureux Directoire avait
réduite à deux doigts de sa perte, sa première gloire, et comme nation
le premier rang. -- Il traversa le mont Saint-Bernard avec la
forte armée qu'il avait rassemblée au camp de Dijon, attaqua et détruisit
l'armée autrichienne à la bataille de Marengo. -- Victorieux
comme il l'avait toujours été, treize ou quatorze places fortes d'Italie
lui furent remises, et nous, Français, nous fumes pour la deuxième
fois maîtres de ce beau pays. -- Après cette grande victoire, je me
rendis pour la deuxième fois à Paris pour y continuer mon ouvrage
alchimique, et j'y restai assez longtemps pour être témoin du grand
amour et confiance que les Français avaient pour ce grand général,
dont la majeure partie la portèrent jusqu'à le proclamer empereur
des Français, titre dont il s'était rendu digne. -- Je fus présent à
son couronnement, à son mariage avec Marie-Louise d'Autriche,
j'y étais aussi pendant que ce général (valeureux comme il n'y en a
jamais eu) a remporté nombre de victoires sur les armées de Prusse,
d'Autriche et de Russie, et mis les Français à un si haut point de
gloire, que la France, qui avait été vendue, trahie par le Directoire,
fut si agrandie par lui-même que ses limites allaient depuis Naples,
Trieste, Venise, Rome, Gènes, jusques et y compris la Hollande, et à

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vulgaire chauffé dans un creuset, le même effet
que la fleur à cailler fait sur le lait: et dans
une heure, une pincée de cette poudre rouge
comme une prise de tabac mise dans ledit creuset


un tel point de prospérité et de gloire, que toutes les nations désiraient
d'être nos alliées et nos amies, et souhaitaient faire partie de
ce vaste empire. -- Triomphante et richissime, la France n'avait
été portée à ce haut point de triomphe que par le courage, le talent
et l'amour que ce grand général portait aux Français, et auquel
ils devaient leurs richesses, et qu'une trop forte ingratitude envers
lui nous prouve combien le Français est léger et peu reconnaissant.
-- Il avait comblé de fortune la ville de Paris, et quand les ennemis
coalisés se sont présentés sous ces murs, c'est cette même
ville qui l'a abandonné. -- Il n'a été trahi en France que par ceux
qu'il avait trop comblés de biens, et par les Anglais chez lesquels
il s'était rendu, et ce par l'abus des lois établies dans ce pays, qu'ils
n'auraient jamais transgressées et desquelles le plus pauvre matelot
anglais aurait joui, furent méconnues par cette nation en faveur de
l'homme qui s'était mis avec trop de confiance entre leurs mains, et
que par suite de cet abus fut déporté à l'île de Sainte-Hélène, où il y
fut continuellement maltraité par le gouverneur Udson Low, et dans
laquelle il a fini ses jours! -- Mon désir à moi est que Dieu le récompense
de tout le bien qu'il nous a fait, ainsi que de celui qu'il avait
l'intention de nous faire. -- Amen.

La veuve du marquis Duchilau, ancien amiral de France, m'a raconté plusieurs fois l'anecdote suivante:
» Lorsque l'empereur Napoléon se rendait en Angleterre, accompagné de plusieurs de ses généraux, il crut prudent de les laisser
pendant 48 heures, et de se rendre, sans leur faire part de son dessein,

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-- 16 --
(dans lequel on aura mis quatre livres de
mercure), le caillera ou le fixera et le réduira
en or le plus fin à vingt-quatre carats et plus,
ce qui paraîtra extraordinaire, même impossible,
quoique naturel et très vrai.


avec un seul d'eux dans une campagne où s'était retiré le marquis
Duchilau, ancien amiral de France.
Ce dernier fit quelque difficulté de le recevoir, à cause des Bourbons auxquels il tenait beaucoup; mais, voyant que Napoléon persistait
à vouloir lui parler, il y consentit.
Etant ensemble, l'Empereur lui dit: Honnête amiral, la confiance que j'ai en vous m'a fortement porté, avant de me rendre en
Angleterre, à venir vous consulter pour savoir de vous, qui avez
combattu pendant nombre d'années cette nation et qui la connaissez
parfaitement, si je dois me mettre ou non entre leurs mains, et si
on me fera jouir de l'avantage de leurs lois, notamment de celle de
l'habeas corpus? c'est ce que je désire savoir; j'ai laissé mes amis
pour venir vous consulter sur ce que je dois faire: parlez-moi franchement.
-- En homme franc, lui dit l'amiral, je vous dirais que
vous ne devez pas vous rendre chez des gens qui abuseront de
votre confiance. Vous êtes leur ennemi, ne comptez pas sur leur générosité;
renoncez à votre projet, tel est mon conseil: je ne saurais
vous en donner un meilleur. -- Que ferai-je donc! où dois-je me
rendre, dites-le-moi? -- Il faut vous rendre à Bordeaux. Je vais
vous donner une lettre pour un capitaine de vaisseau; c'est un
homme qui me doit la vie; sans moi, il aurait été pendu. Changez
de costume et rendez-vous promptement chez lui. Je le charge de
vous conduire en pleine mer et de vous mettre dans le premier vaisseau
que sans doute il trouvera; lequel vous transportera en Amérique,

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-- 17 --
» Pour faire cette poudre rouge de projection, il faut (ce qui paraîtra impossible à tout
homme, quand il jugera de l'alchimie comme
en juge le commun des hommes) parvenir à
force de travail à mollifier et à rendre en eau,
par une solution naturelle, une pierre, qui,
quoique composée de deux, même de trois,
n'est toujours qu'une, et laquelle par une destruction
réitérée: lavages, sublimations, mêmes
distillations, donne le soufre rouge ou
corps fixe, coagule essentiel (ou le livret d'or
du Trévisan, philosophe hermétique) qui se réduit
en eau par ladite solution. -- Ce qui nous
donne l'eau double, l'eau animée, le rébis


vous seulement. C'est un homme discret, vous n'avez rien à
craindre; il fera tout pour moi, en reconnaissance du service que
je lui ai rendu: c'est le seul moyen de vous mettre à l'abri des Anglais,
qui ne suivront aucune loi en votre faveur.
Napoléon reçut avec plaisir ce conseil et quitta l'amiral, très décidé à le suivre. S'il l'avait suivi, que de désagréments il se fût
épargné. Sans doute, ceux qui l'accompagnaient crurent trop à la
générosité anglaise et le portèrent à s'en aller à Londres, comptant
toujours sur l'entière exécution de leurs lois. »
Français crédules et confiants, fiez-vous à cette nation! comptez sur la générosité anglaise!... C'est à Sainte-Hélène qu'on vous en
donnera des preuves! c'est dans cette île que le gouverneur en a fait
complètement jouir l'empereur Napoléon.
1*
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-- 18 --
des philosophes hermétiques, enfin le mercure
philosophal.
» Mais on ne peut parvenir à acquérir cette eau divine qu'en mettant le corps fixe dans sa
propre terre ou molle montagne, dont parle
Sendivogius autre philosophe hermétique (bien
préparée par un long et pénible travail), et
après avoir beaucoup souffert par le feu des
cuisines. -- Alors seulement on est parvenu à
faire remonter l'eau vers sa source et à faire
rentrer l'enfant dans le ventre de sa mère.
» La fable nous apprend que Vulcain, surprit dans son filet Mars et Vénus en adultère.
-- Si le philosophe hermétique ne fait pas
comme Vulcain, et s'il ne l'emploie pas dans
son opération, jamais il ne parviendra à obtenir
la pierre des philosophes, dont il ne saurait
se passer.
» Il fut donc qu'il tende son filet, et qu'il sache profiter du seul moment propice pour
surprendre et attraper les adultères, parce
qu'il doit savoir qu'il n'y a qu'une heure pour
cela, laquelle passée il ne faut pas en attendre
une autre à sa place (dit Zachaire, autre philosophe
hermétique de France) Alors on n'attrape

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-- 19 --
plus rien, et les amoureux se détruisent
et s'évaporent.
» Quand une fois l'eau animée est faite, et qu'elle a acquis sa perfection par l'union des
éléments principiants, et le pouvoir de revenir
en terre par la vertu qu'elle a acquise, produite
aussi de l'union qui s'est opérée naturellement
des éléments principiés, contenus et cachés
dans les natures, et par l'alliance du feu
naturel avec le feu innaturel, laquelle alliance
nous a procuré l'eau tant désirée, renfermant
en elle un troisième feu, nommé feu
de contre nature, portant avec lui tous les
principes de la vie, acquise et manifestée par
l'effet de la fermentation; enfin l'eau double
et la réunion première des eaux supérieures
avec les eaux inférieures contenues dans les
métaux. -- Et comme tout dans ce monde manifeste
ses qualités par l'odeur qui s'en exhale,
que la rue et la rose répandent une odeur différente,
que l'ail et l'oignon répandent une
odeur très forte, de même notre eau répand
aussi une odeur très forte qui annonce sa perfection
et sa fin, ce qui nous réjouit. Et c'est
alors et à ces signes que nous sommes convaincus

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-- 20 --
que cette eau parfaite nous donnera
dans l'espace de neuf mois l'enfant tant désiré
qui viendra avec des joues très vermeilles, et
qui chassera dans une heure la lèpre des métaux
(après qu'il aura pris un peu de force) en
les rendant semblables à lui et éclatants comme
lui.
» C'est là la véritable poudre de projection, qui, à sa sortie rendra des services bien plus
grands en guérissant les créatures malades, et
leur rendant la vigueur de la jeunesse C'est là
le véritable ennemi de toutes les maladies dont
l'homme se trouve attaqué, soit par celles produites
par sa mauvaise manière de vivre, soit
par celles qu'il apporte en naissant ou originelles,
lesquelles ne nous viennent ainsi qu'aux métaux
qu'à cause de la première désobéissance. Ce
qui ne serait pas, si notre première mère, Eve,
s'était contentée de ne manger que du fruit de
l'arbre de vie, au lieu de manger et de s'unir
à celui qui devait la conduire à la mort.
» Cet arbre de vie qui porte de si bon fruit, n'est produit que de cet arbre double, nommé
l'arbre de la science et d'alliance, du bien
et du mal ou composé de deux, l'un bon, l'autre

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-- 21 --
mauvais; l'un fixe, l'autre fuyant; l'un
dur, l'autre cassant; l'un blanc, l'autre rouge;
l'un mâle, l'autre femelle; enfin matière et
forme. -- Et tout cela cependant ne fait qu'un,
et n'est produit que d'un; mais en lui sont les
deux natures, les trois principes, les quatre
qualités, et contient aussi en lui le principe
universel, cet esprit divin dont le Tout-Puissant
s'est servi pour former et créer toutes choses,
qui, lors de la séparation du premier cahos
dont il faisait partie, et d'après l'ordre et
volonté du Tout-Puissant se mouvait sur les
eaux inférieures, et ne demandait qu'à exécuter
et à remplir la bénédiction et volonté du
Créateur: croître et multiplier.
» Mais avant que d'obtenir ce cher enfant, il faut que notre oeuvre passe par toutes les
couleurs, que la putréfaction fasse paraître la
noire (marque certaine de la réussite), et que
la blanche, la verte, la jaune et la rouge se
succèdent, et que dans l'intervalle de l'apparition
de toutes ces couleurs, et avant la deuxième
et dernière réunion des eaux supérieures des
métaux avec les eaux inférieures (qui avant
étaient séparées par le firmament des philosophes

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-- 22 --
hermétiques), la rosée de mai vienne humecter
notre embryon et le disposer à cette
parfaite réunion, d'où résultera la médecine
universelle ou panacée et la poudre de projection.
» Voilà, mon cher monsieur, ce qu'un philosophe hermétique peut écrire de sa science
pour répondre à l'honneur de votre lettre.
» J'y ajouterai cependant que, si on ne sait pas unir les corps parfaits par le nombre mystérieux
des philosophes (1) l'ouvrage ira fort
mal, et il y aura ou trop, ou trop peu de sécheresse,
et le mariage (pour former cette union)
n'étant pas fait selon les règles de la nature, le
produit ne remplira jamais les désirs du philosophe
labourant, il y sera donc pour la perte
de son argent, de sa peine et de son temps.
» Si ce que j'ai dit est un peu trop obscur, et qu'on ne puisse pas bien se fixer pour commencer,
qu'on fasse le dur mol et le mol dur.
» Ou bien: qu'on prenne la terre fixe ou l'or mâle, et qu'on lui fasse des ailes pour la réduire
en eau volatile; puis, que par un long


(1) Ce nombre n'est qu'un assemblage de V à C et V.
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-- 23 --
temps on parvienne à fixer cette eau volatile,
et à la rendre en terre comme nous l'enseigne
notre père Hermès (à quoi on parviendra en
lui administrant une chaleur au même degré
qu'est celle de l'homme).
» Ou bien, qu'après une longue coction on parvienne à lui couper les ailes et à l'empêcher
de voler, alors on verra la fin de son ouvrage,
et il ne faudra qu'en augmenter la quantité
et la vertu, à quoi on parviendra en la remettant
plusieurs fois dans la même terre d'où
elle a pris naissance.
» Les désirs du philosophe labourant seront alors accomplis, puisqu'il possédera tout.
» Et si Dieu, très bon et très grand, donne à l'homme (comme j'en suis convaincu par
moi-même) (1) une aussi grande marque de


(1) Jamais je ne serais parvenu à trouver les opérations nécessaires et indispensables pour faire la pierre philosophale, et me
procurer la médecine universelle (moi qui ne connaissais rien en
chimie). Si Dieu, qui dans tous les temps de ma vie, m'a donné
des marques de son amour, ne m'avait inspiré en trois différentes
fois, et à quatre années de distance d'une inspiration à l'autre, la
manière de bien faire l'opération alchimique que j'ignorais, et que je
n'aurais jamais pu trouver de moi-même, si une voix forte (qui toujours
était précédée d'un fort coup de vent à mon oreille droite), et

@

-- 24 --
son amour, qu'il l'en remercie toujours, qu'il
lui en rende de continuelles actions de grâce,
et qu'il tâche de s'en rendre toujours digne par
une bonne conduite, en tendant une main secourable


que pour la première fois j'ai fort bien entendue, étant dans mon lit
à sept heures du matin (réfléchissant sur mon ouvrage que je ne pouvais
continuer) ne m'était venue redresser en me disant: Il faut s'y
prendre de telle manière. Je suivais l'inspiration, et l'opération que
j'ignorais se faisait parfaitement bien.
Cette inspiration qui fut la première, ne me vint qu'après avoir été consulter les trois plus grands chimistes de Paris, qui ne purent
me donner le moyen que je leur demandais. -- Cela m'arriva dans
la maison de madame la veuve Brocard, rue des Boucheries-Saint-*
Germain à Paris.
La deuxième inspiration, fut précédée comme la première, par un fort coup de vent à mon oreille droite: ce fut en plein midi, et
dans le fond d'une diligence, entre Lyon et Paris, ou je me rendais
pour y continuer mon ouvrage alchimique. -- Je fus averti de
cette manière: Tu te trompes, les livres hermétiques disent comme
cela.
Et la troisième inspiration, qui fut plutôt une vision, vint m'éclairer quatre ans après dans la maison de madame la veuve Maçon,
rue Mazarine, n° 60, au jeu de paume. -- L'opération et la perfection
du travail que je faisais se présenta devant mes yeux, et mon
odorat, par l'odeur forte qui s'en exhalait, me prouva (comme il est
dit dans Nicolas Flamel de Paris) qu'elle était bonne et bien faite, et
me donna la conviction que j'étais parvenu à la fin de la première
partie de mon ouvrage alchimique ou de la pierre du premier ordre,

@

-- 25 --
à tous ceux qui en auront besoin et
qui le mériteront. -- Loué soit Dieu tout puissant
qui n'abandonne jamais celui qui met sa
confiance en lui.

ce qui me réjouit beaucoup. J'ai donc raison de dire, que je suis convaincu
par moi-même de l'amour que Dieu accorde à ses créatures.
Pour convaincre ceux qui me liront, que je n'écris aucun mensonge dans ce présent Traité d'alchimie, je joindrai à la note ci-dessus
une autre grande marque d'amour que Dieu a eu la bonté de
m'accorder pendant mon enfance, de laquelle je n'ai parlé à personne,
et que je crois être obligé de faire connaître à mes semblables.
-----------* Tableau fidèle des perfections de Dieu, créateur de l'univers, et principe premier de mouvement, par conséquent de la vie, de tout
ce qui a été créé, mis à la vue des hommes par sa créature.
Louis-Paul-François CAMBRIEL.
Plusieurs de ceux qui liront ce tableau, pourront et croiront avoir le droit de dire que ce tableau n'est pas fidèle comme je le dis.
Comment ledit Cambriel a-t-il pu supposer et se convaincre de la vérité des perfections du Tout-Puissant? A-t-il été au ciel? Quelque
esprit céleste l'a-t-il instruit? Cela ne paraît pas possible.
Je répondrai à ces observations que je dis la vérité, mais que je ne veux pas dire comment je l'ai apprise cette vérité.
A une époque de ma vie, Dieu qui m'a toujours donné des marques de son amour, a voulu que je fisse le tableau fidèle de ses perfections
corporelles quant à la vue, mais spirituelles quant à lui.
Il a voulu que j'en fusse convaincu moi-même, pour pouvoir convaincre 2
@

-- 26 --
» Si par ma présente réponse (quoique très embrouillée et très claire en même temps) j'ai
pu satisfaire la personne qui a eu la bonté de
m'écrire, qu'elle veuille me répondre et me


ceux qui me liront, que Dieu est comme l'homme, comme
sa créature.
Nous sommes donc, comme il est dit dans les Ecritures-Saintes, créés à l'image et à la ressemblance de Dieu, et nous devons nous en
glorifier, et ne pas en douter par trois raisons: la première, parce
que l'enfant ressemble toujours en tout à son père; la deuxième,
parce que nous avons été créés immortels comme lui; et la troisième,
parce que notre corps est plus parfait dans son intérieur que dans
son extérieur, et que nous avons eu en nous un corps immortel, lequel
n'est devenu mortel que par la première désobéissance, une âme
immortelle, faisant partie de la divinité même, et un esprit terrestre,
alliant l'âme céleste au corps terrestre formant la créature, et
unissant par sa médiocrité le haut avec le bas, le céleste avec le terrestre.
DIEU EST d'une taille et corpulence comme pourrait être l'homme le plus parfait, ayant six pieds six pouces de taille, proportionné
dans toutes les parties qui le composent, mais toujours en plus de
perfections que l'homme le plus parfait que je lui compare.
Il est majestueux, sa peau est de la couleur de la flamme d'une bougie; ses pieds, ses genoux, ses cuisses, ses mollets sont si parfaits,
que quoique j'en dise, je serai toujours en dessous pour en pouvoir
représenter la perfection.
Les ongles de ses pieds sont d'une beauté incomparable, le plus bel ivoire ne peut pas leur être comparé.
Les mollets de ses jambes sont si beaux, si parfaits, et comme il
@

-- 27 --
donner son adresse, ainsi que le jour et l'heure
auxquels je pourrai avoir une conférence philosophique
avec elle; par ce moyen, il me sera
facile d'aplanir les doutes qui pourraient rester


est tout esprit, je voyais à travers comme à travers le cristal le plus
clair.
Mais ce qu'il y a de plus beau dans toute cette beauté de perfections réunies, c'est l'arrangement des muscles qui le forment. Ils sont
arrangés comme des petites poires, de trois en trois, deux haut et un
bas ou au milieu des deux premiers, et dans chaque muscle on ne
voit qu'un mouvement continuel de rayons de lumière gazeux, qui se
croisant dans tous les sens et sans se séparer, montant et descendant,
forment et font apparaître un million de perfections dans l'intérieur
de chaque muscle.
De cette manière, que le Tout-Puissant, d'après mon idée, mon jugement, d'après ce que j'ai vu, est tout mouvement, sans cependant
se bouger, tout perfections, tout vie.
Il est principe de mouvement, par conséquent principe de la vie de tout ce qui a été créé, et de tout ce qu'il voudra créer encore. Telle
est mon idée sur les perfections de Dieu, et on ne pourra se faire
un tableau plus fidèle, plus vrai de ce que j'avance, qu'en examinant les
perfections intérieures de sa créature, de ses enfants.

D'après le tableau fidèle des perfections de Dieu, nous ajouterons trois mouvements.
Le premier mouvement est Dieu même, créateur de l'univers. Il est le principe premier de la chaleur, et la chaleur le principe de
la vie de tout.
Le deuxième est le mouvement élémentaire. Il est multipliant, et
@

-- 28 --
(que je n'ai pu éclaircir par la présente), et
parvenir à fixer son opinion sur celui qui a
l'honneur d'être son très humble serviteur,

» Louis CAMBRIEL. »

aidé par les rayons solaires ou troisième mouvement, il met en fermentation
toutes les semences des trois règnes, et ne se manifeste
que par leurs productions et croissance; il participe et dépend du
premier, il sera tant que le monde durera.
Le troisième mouvement est le mouvement des rayons du soleil, aidant et fortifiant toute créature affaiblie par la vieillesse.

Le premier mouvement est éternel comme Dieu, son principe. Les deux autres en dépendant ne seront que tout autant que le Créateur tout puissant le voudra. Ce qui fixera la fin des temps et le
commencement de l'éternité.

Le froid, produit du repos, est l'opposé des deux derniers mouvements; il est le principe de la mort, et la démontre partout où il
domine.

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+@
+@

pict

@

DEUXIEME LEÇON.
-*:*-
Passant un jour devant l'église Notre-Dame de Paris, j'examinai avec beaucoup d'attention
les belles sculptures dont les trois portes sont
ornées, et je vis à l'une de ces trois portes un
hiéroglyphe des plus beaux, duquel je ne m'étais
jamais aperçu, et pendant plusieurs jours
de suite j'allai le consulter pour pouvoir donner
le détail de tout ce qu'il représentait, à
quoi je parvins. -- Par ce qui suit, le lecteur
s'en convaincra, et mieux encore en se transportant
de lui-même sur les lieux.

A l'une des trois grandes portes d'entrée de l'église Notre-Dame, cathédrale de Paris, et
sur celle qui est du côté de l'Hôtel-Dieu, se
trouve sculpté sur une grosse pierre au milieu
de ladite porte d'entrée, et en face du Parvis,
l'hiéroglyphe ci-dessus, représentant le plus
clairement possible (pour ceux qui savent expliquer
les hiéroglyphes) tout le travail, et le
produit ou le résultat de la pierre philosophale.

@

-- 30 --
-- Cet hiéroglyphe y a été sculpté lors
de l'érection de cette très belle église, fondée
par Guillaume, évêque de Paris, et que je vais
expliquer le mieux qu'il me sera possible pour
me rendre utile, et aider les amateurs de la
philosophie hermétique, et me faire connaître
à mes semblables.

--------

I.
Au bas de ce hiéroglyphe, qui est sculpté sur un long et gros carré de pierre, se trouve
au côté gauche de l'Hôtel-Dieu, deux
petits ronds pleins et saillants, représentant les
natures métalliques brutes ou sortant de la
mine (qu'il faudra préparer par plusieurs fusions
et des aidants salins).

II.
Du côté opposé sont aussi les deux mêmes ronds ou natures, mais travaillées ou dégagées
des crasses qu'elles apportent des mines,
lesquelles ont servies à leur création.

@

-- 31 --
III.
Et en face du côté du Parvis, sont aussi les deux mêmes ronds ou natures, mais perfectionnées
ou totalement dégagées de leurs crasses
par le moyen des précédentes fusions.
Les premières représentent les corps métalliques qu'il faut prendre pour commencer le
travail hermétique.
Les deuxièmes travaillées, nous manifestent leur vertu intérieure, et se rapportent à
cet homme qui est dans une caisse, lequel étant
entouré et couvert de flammes de feu, prend
naissance dans le feu.
Et les troisièmes perfectionnées ou totalement dégagées de leurs crasses, se rapportent
au dragon babylonien ou mercure philosophal,
dans lequel se trouvent réunies toutes les vertus
des natures métalliques.
Ce dragon est en face du Parvis et au-dessus de cet homme qui est entoure et couvert de
flammes de feu, et le bout de queue de ce
dragon tient à cet homme, pour désigner qu'il
sort de lui et qu'il en est produit, et ses deux
serres embrassent l'athanor pour désigner qu'il

@

-- 32 --
y est ou qu'il doit y être mis en digestion, et
sa tête se termine et se trouve dessous les pieds
de l'évêque.
Il ne faut pas croire que ce soit un cadavre dans une bière, si c'était ainsi il serait couché
à plat, au lieu que celui-ci est presque
droit et est entouré et couvert de flammes de
feu (1).
Je dirai donc que de cet homme qui a pris naissance dans le feu, et par le travail des aigles
volantes représentés par plusieurs fleurs
formées de quatre feuilles jointes dont est entouré
le bas de sa caisse, et... est produit le
dragon babylonien dont parle Nicolas Flamel,
philosophe hermétique de la ville de Paris; ou
le mercure philosophal.
Ce mercure philosophal est mis dans un oeuf de verre et cet oeuf est mis en digestion ou en
longue coction dans l'athanor, ou fourneau terminé


(1) Il faut que je fasse observer à tous ceux qui voudront pénétrer dans ce qui est caché en cet homme, que sur la caisse dans laquelle
il est entouré et couvert de flammes de feu, sont sculptés en
long les quatre éléments, et au côté droit ou derrière la même caisse
sont sculptées aussi en long les natures qui les contiennent. -- Il
est donc produit de ces deux natures qui contiennent les quatre
éléments.

@

-- 33 --
en rond ou voûte, sur laquelle voûte sont
placés les pieds de l'évêque, et dessous lesquels
(comme je l'ai dit) se trouve la tête du dragon
(1). -- De ce mercure il résulte la vie représentée
par l'évêque qui est au-dessus dudit
dragon.
Et pour prouver que c'est réellement cela, je dirai que si c'était un évêque (et non une
ressemblance ou démonstration de la vie), on
l'aurait placé de manière que ses pieds fussent
posés à plat et sur un terrain plat, et non sur
la voûte ou dôme qui couvre l'athanor. -- Il
est donc représenté comme sortant de l'athanor
ou fourneau de lampe, dans lequel le mercure
philosophal a été mis en digestion.
Cet évêque porte un doigt à sa bouche, pour dire à ceux qui le voient et qui viennent prendre
connaissance de ce qu'il représente... Si
vous reconnaissez et devinez ce que je représente


(1) Autour de cet athanor (qui est porté sur quatre colonnes et ou est cramponné le dragon babylonien) se trouve sculpté en long
les deux natures, et dessous les trois principes, et devant la quintessence
des quatre éléments, et le mercure philosophal (représentés
par ce dragon qui les contient), lequel par leur union en a été
produit.

@

-- 34 --
par ce hiéroglyphe, taisez-vous!... N'en
dites rien! -- Il a donc représenté tout ce qui
était nécessaire, ainsi que toutes les opérations
manuelles pour pouvoir parvenir à faire la pierre
philosophale; mais il n'a rien représenté de ce
qui regarde la multiplication de cette divine
pierre. -- Comme lui je me tairai, je n'en dirai
rien.
Je dirai seulement que le résultat de l'ouvrage de l'alchimie est la vie même, et que cette
vie est représentée (comme il est dit ci-dessus)
par l'évêque qui est placé sur la voûte de l'athanor.
La pierre philosophale (qui n'est aujourd'hui regardée que comme une folie aux yeux d'un
trop grand nombre d'hommes) ne peut se faire
que par la réunion du sang (ou des esprits métalliques)
contenu dans les natures. Pour l'obtenir,
il faudra (comme il est dit par Nicolas
Flamel) égorger, assassiner plusieurs innocents
(1), pour tirer d'eux, et le pousser de puissance
en acte, ce sang vital dont nous avons besoin,
lequel nous devons mettre (après qu'il


(1) Je parle des métaux ayant vie.
@

-- 35 --
aura été séparé et bien dépuré de ses parties
charnelles ou terrestres) dans des bouteilles à
long col, pour parvenir à obtenir de lui la panacée
et la poudre de projection que nous désirons,
laquelle nous ne pourrons posséder qu'après
avoir égorgé plusieurs innocents.

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@

TROISIEME LEÇON.
-*:*-
M. de Gabriac, sous-préfet du Vigan, département du Gard, étant à Paris, allait chaque
soir à la société de M. le ministre, le
comte de Cases. Là se trouvaient réunis plusieurs
solliciteurs de places, et en attendant
de les obtenir, ils s'entretenaient toujours de
la pierre philosophale et des moyens de grossir
leur fortune; goût que le besoin fait naître
chez tous les hommes. Il me fit part de
leur conversation, et me dit: Il n'y a que vous
qui puissiez me dire les preuves que je dois
fournir pour me défendre, et pour prouver à
l'un, l'existence de la pierre philosophale; à
l'autre, qui n'en doute pas, ce que c'est que la
transmutation métallique; l'or potable, et
autres termes qui nous embrouillent, et qui
portent le plus grand nombre de cette société
à douter de la vérité de cette science. -- Puisque
la vérité n'est qu'une, et qu'en lisant les
livres hermétiques, on y voit que les philosophes

@

-- 37 --
traitant de cette science, se servent de
plusieurs noms au lieu de ne se servir que
d'un seul pour exprimer la même chose. --
C'est ce qui fait qu'on s'égare en causant de
cette science, et qu'on finit par en douter. --
Quant à moi, j'y crois fermement par tout ce
que vous m'avez dit dans le temps. -- Je
lui répondis tout ce que je vous dirais pour
convaincre ces Messieurs de la vérité de la
pierre philosophale; vous l'oublieriez: je
vais vous écrire une lettre avec laquelle vous
vous défendrez, et vous en prouverez la réalité,
ainsi que les grandes vertus qu'elle a en
elle. -- Ce que je fis de suite.

--------
A M. de Gabriac, sous-préfet du Vigan, département
du Gard, présentement à Paris.
Paris, le 2 février 1820. « Monsieur,
» Vous trouverez ci-bas les termes techniques dont les philosophes hermétiques de tous
les pays se sont servis, et qu'ils ont généralement
reconnus entre eux pour désigner (quoique
en des langues différentes) le travail hermétique
et son produit, dit généralement
pierre philosophale, ou pierre occulte: et

@

-- 38 --
autant que mes connaissances dans cette
science me l'ont pu permettre. Qui sont:
1° Pierre philosophale, ou pierre occulte; 2° Médecine des trois règnes, ou médecine universelle;
3° Transmutation métallique; 4° Or potable, ou panacée.
PREMIER ETAT.
Par le mot pierre philosophale, ou pierre occulte: ces mêmes chimistes, dans tous leurs
ouvrages traitant de cette science, ont entendu
désigner les matières et les opérations que
nécessite la chimie hermétique, dont le but
est d'obtenir, par un travail long et fatigant,
une poudre rouge (dans laquelle réside la
vertu de fixer le mercure), ou un or exalté:
comme serait l'eau-de-vie réduite et poussée
aux trois-six; eu égard au vin, son principe
ou véhicule.

DEUXIEME ETAT.
Cette poudre rouge a plusieurs noms et propriétés, et dans le deuxième état parfait
(qui est toujours, ainsi que nous l'avons dit,
un or exalté), prend celui de médecine des

@

-- 39 --
trois règnes, ou de médecine universelle: et
est généralement reconnue ainsi par tous les
philosophes hermétiques.

TROISIEME ETAT ET PREMIER EMPLOI.
Quand le commun des hommes parle de la pierre philosophale, on entend parler de la
transmutation métallique, ou de l'élévation
des métaux ordinaires en or parfait. -- Les
philosophes hermétiques ne désignent cette
opération, ou premier emploi, que par le mot
transmutation métallique. -- Et c'est toujours
cette même poudre rouge (qui alors
prend le nom de poudre de projection, ou de
médecine des métaux) qui est le principe et
le ferment de la transmutation métallique,
laquelle conserve toujours le nom de médecine
des trois règnes, ou de médecine universelle.
-- Cette opération ne demande qu'une
heure.

QUATRIEME ETAT ET DEUXIEME EMPLOI.
Dans le deuxième emploi elle prend le nom d'or potable et de panacée, ou de médecine

@

-- 40 --
universelle des animaux et des végétaux. -- Et
c'est toujours cette même poudre rouge (à un
degré connu aux seuls philosophes hermétiques),
qu'on délaye dans un demi-verre d'eau,
ou autre véhicule, et qu'on donne au malade
(ou qu'on verse sur la racine de la plante),
par la vertu de laquelle on parvient à le guérir
de quelque maladie qu'il se trouve attaqué:
ce qui paraît impossible quoique très vrai.
Dans ce quatrième état et deuxième emploi, le malade est guéri dans un jour ou un mois,
suivant la gravité de la maladie.
Cette divine panacée fait encore plus: elle met l'homme âgé décrépit, qui en use pendant
un temps connu aux seuls philosophes,
dans un état de santé et de force complètes;
elle lui rend sa jeunesse et sa fraîcheur, et
elle le rétablit dans un état parfait: c'est-à-
dire dégagé de tout germe de maladies.
Dans ce quatrième et même état, employée sur le végétal, certaines plantes poussent dans
vingt-quatre heures, feuilles, fleurs et fruits
en parfaite maturité: ce qui doit être regardé
comme un miracle de la nature.

@

-- 41 --
Donc les mots:
1° Pierre philosophale, ou pierre occulte;
2° Médecine des trois règnes, ou médecine universelle;

3° Transmutation métallique;
4° Or potable, ou panacée: sont les mêmes et désignent le travail et le produit du magistère
des philosophes hermétiques, ou du
grand oeuvre: la chose même et ses vertus.
Il n'est donc pas étonnant que les hommes qui ignorent le travail de l'alchimie confondent
les mots dont les adeptes se servent et
se serviront toujours pour désigner la pierre
philosophale et sa vertu dans le règne où
elle est employée. -- Cela ne peut être exactement
expliqué et désigné que par les vrais
philosophes hermétiques. -- Toute autre personne
(quoique très savante dans les autres
sciences) ne peut que s'égarer dans celle-ci,
de laquelle les philosophes hermétiques n'ont
écrit et parlé que par des énigmes, et d'une manière
toujours très obscure. -- Voilà, mon cher
2*
@

-- 42 --
monsieur et ami, ce que je puis vous dire pour
éclaircir et bien appliquer à chaque état et
emploi de la pierre philosophale ses noms
propres (ainsi que les vertus de la médecine
universelle) confondus généralement par tous
les hommes.
Je vous salue,
L. CAMBRIEL.
--------
@


QUATRIEME LEÇON.
De la fermentation métallique, de ses besoins, et des
grands avantages qu'elle produit.
-*:*-
Sans la fermentation, la semence des métaux n'acquerrait pas la vertu de se multiplier:
elle est donc indispensable. -- C'est elle
qui, dans le règne végétal, développe et manifeste
la vertu vitale et végétative: sans cette
vertu aucun des deux règnes végétal et animal
ne pourrait ni naître, ni se multiplier. --
Le règne minéral n'y parvient que par l'aide
et le secours de l'artiste, dont il ne peut se
passer, n'ayant pas de mouvement visible.
Il faut donc que l'artiste, labourant à l'oeuvre
d'alchimie, ne manque pas à la fermentation,
et ne croie pas pouvoir s'en passer. -- Il doit
se convaincre que tout sperme, toute semence,
de quelque règne qu'ils soient, ne peuvent
produire leurs semblables, et pousser leur
germe qu'à l'aide de la putréfaction qui met la
semence à même de pouvoir le développer. --

@

-- 44 --
Il faut que l'artiste examine le grain de blé et
des légumes, qui quoique mis dans la terre,
qui est leur matrice, leur mère: s'ils ne s'y
gonflent et ne s'y pourrissent pas, jamais leur
germe vital ne poussera, ne se manifestera
pour produire leurs semblables et les multiplier.
Un homme savant feu l'abbé Sausse,
chapelain de Louis XVIII, roi de France, dont
je fis la connaissance, travaillait depuis plus
de 30 années à la pierre philosophale: il était
comme le plus grand nombre des chercheurs
qui se figurent toujours avoir réussi ou espèrent
d'y parvenir. Cet abbé était parvenu à
rassembler beaucoup de rayons du soleil céleste,
ayant la couleur et sécheresse de la
forme métallique. Surpris d'une pareille ressemblance
avec le livret d'or du Trévisan;
je ne pus m'empêcher de lui témoigner
mon étonnement de sa découverte; le reconnaissant
pour le plus avancé de tous ceux qui
travaillaient à découvrir la pierre philosophale,
et celui qui s'en était le plus approché:
de quoi il fut très satisfait.
En homme vrai, je ne pus m'empêcher de lui dire: Mon cher abbé, c'est parce que vous

@

-- 45 --
avez trouvé cela, que vous ne parviendrez pas
à finir la pierre philosophale. -- Et pourquoi
non, me répondit-il, si comme vous le dites,
j'ai déjà les rayons solaires, qui sont la forme
et le mâle, sans lesquels on ne peut féconder
la matière féminine pour parvenir à faire la
pierre philosophale. -- Je lui dis, vous vous
trompez: -- Et pour vous convaincre, mon
cher abbé, que vous êtes dans l'erreur, faites
bien attention à ce que je vais vous dire. --
La pierre philosophale ne peut se faire sans le
mâle et la femelle métallique (et des aidants)
qui en sont les deux natures. -- Mais il faut,
comme au règne animal, que ces deux natures
opèrent conjointement, et unissent leurs feux
dans la même seconde pour produire l'enfant
aurifique qui doit sortir d'elles; et que de l'union
de leurs semences, il résulte un troisième
produit que nous nommerons humide radical;
après qu'il aura été nettoyé de ses impuretés
et qu'il aura acquis par la fermentation
la vertu désirée, sans laquelle la semence
masculine et la matière féminine restent froides
et engourdies, et ne peuvent manifester
la vie qui est en elles; ni cette vertu multiplicative

@

-- 46 --
qui n'est visible aux philosophes
hermétiques que par les yeux de l'esprit, de
l'imagination.
Ce que je vous dis, mon cher abbé, vous contrarie; mais je me suis fait un devoir de
dire la vérité, et je ferai toujours de même.
Pour vous donner une preuve de ce que je vous dis, et de la sincérité de mes observations
je vais vous en faire un tableau plus facile.
Supposons qu'un homme se fut mis dans l'esprit de pouvoir parvenir à engendrer son
semblable, en s'y prenant autrement que l'on
ne doit s'y prendre naturellement, et que
pour y parvenir il fut allé à Versailles chercher
et se procurer de la semence masculine,
laquelle il aurait bien reçue et mise dans une
bouteille. -- Et que pour se procurer la matière
ou semence féminine, il fut allé la chercher
à Fontainebleau. -- Et qu'ayant porté à
Paris et dans son logement, les semences des
deux natures, il se fut figuré en obtenir un
enfant par leur réunion seule sans cette vertu
indispensable, essentielle pour l'engendrement,
qui ne peut, comme nous l'avons déjà

@

-- 47 --
dit, y être introduite que par la fermentation,
laquelle ne se manifeste qu'après l'union des
deux semences mises dans la même seconde,
dans la matrice de leur règne (1).
C'est donc la fermentation qui ajoute à cette confection ou compost; cette vertu générative
et multiplicative qui ne peut y être ajoutée
que de cette seule manière. -- Alors seulement
cette réunion des deux semences se
nomme première matière.
Convaincu par mon observation qu'il était dans l'erreur, et qu'il était bien loin d'avoir
ce qu'il désirait; il me pria, me supplia de lui
dire et lui donner le moyen de pouvoir parvenir
à bien faire cette réunion, pour obtenir
cette vertu que l'on ne peut avoir autrement.
Je lui répondis que j'étais venu pour le voir,
que je ne lui demandais aucun de ses secrets,
et que je ne pouvais pas lui donner le mien.


(1) On reconnaît la fermentation bonne et véritable dans le règne métallique, par l'odeur forte qui s'en exhale. Et dans le
règne animal, elle se manifeste chez les femmes nouvellement fécondées,
par une envie de cracher, et quelquefois de vomir continuelles;
par des faiblesses et des maux d'estomac, occasionnés par
les vapeurs qui s'élèvent dans leur matrice; enfin, par une indifférence
totale d'elles-mêmes et de tout goût précédent.

@

-- 48 --
Ce qui le désola et le dégoûta pendant plusieurs
mois du travail alchimique.
Je lui dis; cependant, travaillez toujours, ne vous écartez jamais du règne métallique,
suivez la nature qui, toute puissante qu'elle
est, ne peut rien faire, rien produire dans aucun
des trois règnes sans la vertu fermentative
qui est un des moyens dont elle se sert:
lequel, dans le règne animal seulement (après
avoir donné aux natures l'existence, la vie
temporelle, la seule que la nature leur donne),
(2) les facilite, les aide, et les met à même de


(2) L'homme a deux vies en lui: la première, terrestre et végétative (de laquelle je traite), par conséquent sujette à périr: elle
lui vient de ses père et mère.
La deuxième, céleste, divine; par conséquent éternelle, comme son auteur.
La première finit un jour par la séparation des mêmes éléments qui l'ont produite; ce que je nomme mort corporelle, ou cessation
de vie visible.
La deuxième, que l'auteur de toutes choses envoie à la créature après qu'elle a été conçue et formée dans la matrice humaine, par
la vertu de la semence masculine, est immortelle. Elle part de ce
foyer de lumière pour venir s'unir à ce corps nouvellement formé;
et pour le faire participer à la gloire céleste, comme créature formée
à l'image et à la ressemblance de Dieu; et pour nous faire des
petits Dieux, sans cependant que cette séparation de lumière et don

@

-- 49 --
pouvoir d'elles-mêmes parvenir à se multiplier.
Ce qui n'arrive pas de même aux autres
deux règnes, puisqu'ils ont besoin d'être
aidés par l'homme. C'est donc la fermentation


de Dieu diminue en rien sa puissance, sa vertu, sa perfection.
Elle est comme une bougie allumée qui ne perd jamais de sa clarté,
quoiqu'elle donne et communique sa lumière à un million d'autres
bougies; qui comme la première, peuvent la communiquer, la
multiplier à l'infini. Telle est l'idée que j'ai pu me faire de la Divinité,
laquelle étant toute lumière n'en perd jamais une étincelle,
quelques dons qu'elle en fasse.
La première vie de l'homme est un esprit terrestre, la deuxième vie est un esprit céleste. Toutes les deux constituent par leur réunion
un corps animal parfait. Et quoique le corps de l'homme soit
animé célestement, il est condamné à finir. Cependant le corps matériel
de l'homme ne laisse pas que de garder toujours en lui une
petite partie de cette immortalité que Dieu accorda à la nature humaine
lors de la création; et que nous n'avons perdue que par la
première désobéissance; laquelle petite partie d'immortalité se
montre (quand le corps de l'animal parfait ou imparfait est mis
dans la terre), par la production que tout corps mort manifeste à
par l'effet de la corruption, soit en vers qui ont vie, soit en herbes,
dont d'autres animaux se nourrissent, ce qui a donné naissance à
la métempsycose. L'une ne peut être sans l'autre dans le corps
d'un animal parfait. L'immortelle ne quitte le corps de l'animal parfait
et ne se sépare pas de loi tant que celui-ci garde en lui une
petite partie de cette vie terrestre, végétative ou première vie, qui
est le résultat et production du deuxième degré de la fermentation
ou de la putréfaction des semences qui la contenait; et un esprit produit
3
@

-- 50 --
seule qui la procure cette vertu, et qui facilite
à la forme métallique renfermée dans les métaux
(après qu'elle en est extraite et mise dans
sa propre terre ou matrice), le moyen de manifester
le pouvoir que Dieu lui a donné de
féconder la matière féminine, de la faire croître
et de la faire multiplier. Mais il faut distinguer
le degré de cette fermentation, et
pour ne pas s'en écarter dans le travail, il
faudra bien réfléchir sur ses trois différents
degrés; lesquels sont très bien expliqués dans
le 3e volume des Fables égyptiennes et grecques
dévoilées, par Pernety.
La note ci-dessus me fait naître le désir de voir rendre par le gouvernement une ordonnance
qui défendit expressément d'enterrer
personne sans que la putréfaction du corps se
fut manifestée. Alors on serait bien convaincu


par les éléments, lequel sert de milieu entre le corps matériel
humain, et l'âme divine qui lui, donne la perfection. C'est donc cet
autre esprit terrestre (que l'on nomme, dans tout animal imparfait,
instinct), qui unit le corps matériel, périssable, avec
l'âme divine, éternelle: le haut avec le bas, le céleste avec le terrestre,
ce qui ne se voit que dans le règne animal, et en l'homme
seulement. Les autres animaux n'ayant que la vie négative, et esprit
terrestre, ou instinct, sont privés de cet avantage.

@

-- 51 --
que les éléments terre et eau qui constituaient
le corps, se sont séparés de ceux air et feu
qui l'animaient, et qu'il n'y a plus en lui de vie
terrestre, végétative, laquelle servait de lien
et unissait le corps matériel périssable avec
l'âme immortelle, divine, ainsi qu'il a été dit
ci-dessus.
Par cette précaution l'homme ne serait pas exposé à être enterré vivant: ce qui arrive
quelquefois à ceux qui meurent subitement
par quelque attaque d'apoplexie ou autre.
On a vu des hommes qu'on a exhumés vivre encore plusieurs années en bonne santé,
ainsi que d'autres qui, ayant été enterrés vivants,
ont été trouvés s'étant rongé et mangé
les poings.
Il y a 80 ans que dans un hôpital de village, un malade qu'on crut trépassé et sur lequel on
avait jeté le drap, fut visité six heures après
par une dame charitable qui lui jetait de l'eau
bénite dessus: celui-ci lui dit: qu'elle bonne
âme vous envoie ici pour me rendre à la vie!...
Ce qui étonna beaucoup la dame charitable.
Une autre résurrection ou empêchement de mourir moins ancienne est arrivée au sieur

@

-- 52 --
Candy, lyonnais, lors de son premier voyage
à Paris, il était âgé alors de 18 ans, et avait
une danseuse de l'Opéra pour maîtresse: une
maladie le prend, il devint si mal que les assistants
le voient mort. -- Sa bonne amie, désolée
de sa perte, va trouver M. Leriche, maréchal-ferrant
et philosophe hermétique, rue
du Faubourg-Saint-Antoine, près l'Abbaye,
qu'elle savait avoir fait revenir d'autres personnes
à la vie; le sollicite, le prie de venir
donner ses soins, ses secours à son ami décédé;
il le lui promet et se rend de suite à la maison
du mort. Etant au moment de monter
l'escalier, une personne qui le descendait lui
dit: M. Leriche, il est inutile de monter, il
est mort depuis six heures. -- Puisque je suis
ici, répondit M. Leriche, je vais monter; ce
qu'il fit: vit le cadavre, le toucha et le trouva
froid dans toutes les parties de son corps, sauf
au creux de l'estomac où il trouva encore un
peu de chaleur: alors il dit, il y a encore de
l'espoir. -- Vite, il fait faire un grand feu, prépare
le tout, donne ses soins, chauffe le corps
et l'oint en entier de la médecine universelle
dissoute dans de l'esprit de vin, et une heure

@

-- 53 --
et demi après avoir opéré de même, présente
un miroir à la bouche du prétendu mort, lequel
fut couvert et taché de son haleine et
souffle: ce qui lui fit dire, il vivra. -- Fait
chauffer le lit, et quand le malade eut donné
une plus forte marque de retour à la vie, il l'y
fit mettre dedans. -- Continue à lui administrer
intérieurement un peu de la médecine
universelle qu'il lui fit avaler, et l'homme
qu'on eût enterré dix-huit heures après fut
rétabli en vie. Depuis il se porte bien, et aucune
maladie sérieuse ne l'a atteint. Il a 84 ans,
et il habite pour la deuxième fois Paris depuis
40 ans. Son corps sans doute fortifié par
la médecine universelle, fut mis et se tient
encore dans un état de santé parfaite (1). On
peut se convaincre de la vérité de ce que j'avance
en se transportant place du Chevalier-


(1) Le corps du sieur Candi, par la grande vertu de la médecine universelle, fut si fortement dépuré de tout germe de maladies,
et tellement fortifié, que dans les deux voyages qu'il fit en Turquie
et en Egypte, quelques années après, il y fut atteint deux fois de
la peste (ayant été mis avec des pestiférés), et qu'il en fut guéri
sans prendre aucun remède. Il a encore tous ses cheveux noirs,
quoique âgé de quatre-vingt-quatre ans.

@

-- 54 --
du-Guet, n° 6, ou ledit ressuscité demeure. --
On le trouvera exerçant le métier de mécanicien,
et on saura du sieur Candy lui-même
la vérité; il se fera un plaisir de la raconter,
il y ajoutera même des choses très curieuses
et relatives à ma narration concernant M. Leriche,
maréchal-ferrant et philosophe hermétique,
ainsi que le motif qui causa la mort du
fils de ce dernier.
Si le corps du sieur Candy eût été sans une petite partie de cette vie terrestre, végétative,
la vie céleste n'y eût pu rester, et la médecine
universelle qui lui fut administrée par le philosophe
n'eût rien opéré: parce qu'il est de
principe fondamental que la vie n'opère que
sur la vie en l'augmentant, et jamais sur un
corps mort, par conséquent privé de cet esprit
terrestre, élémentaire, ou première vie.

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CINQUIEME LEÇON.
Des principes visibles nécessaires pour l'oeuvre, de la
destruction desquels on compose un des cahos.
-*:*-
PREMIER CHAPITRE
I. Le sel, le soufre et le mercure métalliques. -- Ils doivent être purifiés par eux-*
mêmes.

II. Le mâle, la femelle, et le sel nitre fondant et dépurant. -- Lisez avec sagesse.

III. La pierre des philosophes ou leur composé. Fondement de la pierre philosophale. --
Détruisez, dépurez et unissez, alors vous
aurez la pierre des philosophes.

IV. Le cahos humide, ou tous les éléments seront confondus. -- Desséchez-le; faites-*
les sortir par ordre, et faites-en une nouvelle
pierre.

La matière première de la pierre philosophale ne s'obtient que par l'union des esprits
contenus dans les corps métalliques: je veux

@

-- 56 --
dire que la perfection de la chose qui pourra
parfaire toutes choses vient de l'union et de
la purification des esprits contenus dans les
productions laissées imparfaites par la nature.
-- C'est donc dans les corps parfaits que tu
trouveras, si tu sais ouvrir les métaux, cette
semence première contenant l'esprit universel
de la pierre philosophale. -- Que Vulcain
soit de la partie, il te sera utile; mais
cependant méfie-t-en, car il pourrait abuser
de ta confiance si tu la lui accordais entièrement;
sois donc très réservé avec lui.

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DEUXIEME CHAPITRE

Des trois manières d'opérer, nécessaires pour parvenir à parfaire
l'oeuvre hermétique.
On parviendra à finir cette divine oeuvre, en suivant exactement les trois manières suivantes
d'opérer:

La première consiste à réduire une pierre, ou l'or philosophique, en eau: parce que dans
toute génération les semences de tous les trois
Règnes, ne représentent qu'humidité et tiennent

@

-- 57 --
plus de l'élément de l'eau, que des trois
autres;

La deuxième consiste à parfaitement dépurer le produit des matières, principe; de
toute saleté;

Et la troisième consiste à faire la coction du mercure philosophal dans un vaisseau rond
à long col, hermétiquement fermé, par élixation
et assation.

Quand les métaux philosophiques, le soleil et la lune, seront réduits en eau mercurielle
et qu'on aura bien nettoyé cette eau de toutes
fèces, on la mettra en digestion dans un athanor
et on y administrera le feu convenable,
en se conformant à la troisième manière
d'opérer. -- Tout consiste donc à réduire les
métaux philosophiques en eau, et puis, par
une longue digestion, à réduire cette eau en
pierre, d'où elle a pris son origine: voilà
sa fin.

@

-- 58 --
TROISIEME CHAPITRE.
D'où il faut partir pour commencer le travail d'alchimie.

La meilleure manière de procéder, pour arriver avec moins de difficulté à trouver la
pierre philosophale, c'est de partir d'un principe
connu, pour pouvoir arriver à l'inconnu
que nous cherchons: qui est la médecine
universelle et la poudre de projection; et ce
sera toujours en vain qu'on travaillera pour y
arriver, si l'on part d'un principe inconnu.
Il faudra donc partir d'un bon chemin, qui est le principe connu, pour pouvoir arriver
au but inconnu auquel on désire parvenir.
-- Le bon chemin n'est guère suivi. Plusieurs
de ceux qui travaillent à la pierre philosophale
se figurent qu'ils y arriveront sans connaître
les principes nécessaires, ou les deux
serpents hermétiques qui seuls contiennent et
sont la base de la semence première des
métaux. -- Le connu, sont le mâle et la femelle
métalliques; l'inconnu, c'est la médecine
universelle et la poudre de projection.
-- Et c'est où veulent arriver les chercheurs,
sans prendre aucune peine: à quoi ils ne parviendront

@

-- 59 --
jamais, tant qu'ils ne partiront
pas du principe connu qui est le seul moyen
pour pouvoir arriver à l'inconnu, qui est
l'ouvrage fini.

--------
QUATRIEME CHAPITRE.
Des deux voies: sèche et humide.
Quand les philosophes hermétiques parlent de deux voies, pour faire l'oeuvre, ils n'entendent
pas qu'il faille en choisir une des
deux, comme font beaucoup d'amateurs qui
se figurent que l'une est plus longue que
l'autre. -- Mais bien, ils montrent que l'ouvrage
doit se commencer par la voie humide,
en réduisant les métaux philosophiques en
eau; et qu'il faut le continuer et le finir par
la voie sèche, en réduisant cette eau (qui est
devenue première semence) en pierre. -- A
quoi on parvient par le moyen du feu extérieur
qui aide et excite le feu intérieur, ou
de contre-nature, et le met à même de réduire
cette eau en pierre, en la desséchant
par sa chaude vertu.
Mon but, en faisant ce Cours d'alchimie,
@

-- 60 --
n'a pas été de mettre les amateurs dans l'erreur;
différent dans ma manière d'écrire, de
celle de mes prédécesseurs, je ne présenterai
pas deux voies, comme ils ont fait, ou bien
deux chemins différents pour arriver au même
résultat: mais bien un seul. -- Et quoique
les philosophes disent qu'il y a deux voies ou
moyens pour y arriver, il ne faut pas cependant
prendre pour vrai tout ce qu'ils disent:
ils ont des raisons pour parler ainsi; ils ne
peuvent ni ne doivent s'expliquer clairement,
parce que la science doit être tenue cachée.
Moi-même je la cache aussi; et quoique cela,
je suis très convaincu que je m'explique trop
clairement: ce qui me fait craindre qu'un
jour mes semblables me feront des reproches
de ce que j'ai écrit.

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CINQUIEME CHAPITRE.
Des opérations nécessaires pour parvenir à bien faire la
séparation, et réunion des principes pour l'oeuvre.
La fusion les mariages, la pulvérisation, la distillation, le pétrissage, la trituration, la
purification, le blanchiment, la sublimation

@

-- 61 --
et la calcination, ainsi que la séparation et
réunion des principes, ne désignent pas toujours
une entière opération de l'oeuvre; mais
bien une partie, et sont indispensables pour
parvenir à la bien finir. -- Donc le vaisseau,
le mâle et la femelle, le corps et l'esprit, la
chose sèche qui doit être ramassée et ce qui
doit la contenir, ne sont pas toujours des
choses séparées : les philosophes hermétiques
savent les unir et les séparer suivant le besoin
du moment. Mais parce que le travail est trop
long en faisant les opérations ci-dessus séparément;
et qu'on pourrait l'abréger de beaucoup
en faisant deux opérations en même
temps, et qu'on pourrait l'abréger encore
davantage en en faisant trois ou quatre par une
seule (à quoi je suis parvenu, après avoir
travaillé long temps pour en trouver le moyen
qui m'a bien réussi). J'invite ceux qui travaillent
et cherchent à découvrir cette belle
science, à trouver ce moyen; et s'ils y parviennent,
alors il leur sera facile de faire
parfaitement le magistère. -- Mais il faut qu'ils
fassent attention que les chaux, métaux, sels,
esprits et soufres, que pendant quatorze ans

@

-- 62 --
j'ai quelquefois préparés et purifiés séparément
(ce qui m'obligeait à me servir de plusieurs
fourneaux en même temps), ne se
séparent et ne s'évaporent pas; je les avertis
de ne faire sous le vase, les contenant, qu'un
feu qui convienne aux différentes matières y
réunies. -- Voilà le seul moyen d'abréger, et
de le bien faire.

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@


SIXIEME LEÇON.

PREMIER CHAPITRE.

Montagne philosophique.
-*:*-
Il est essentiel de la voir ou de se la représenter, et plus encore d'y pouvoir monter.
-- Il faut donc que, pour pouvoir achever
l'ouvrage hermétique (qui est un don de Dieu),
le philosophe parvienne à y faire monter,
promener et sauter ses aigles volants. C'est
sur cette montagne, que les aigles ou oiseaux
hermétiques se dépouilleront de leurs mauvaises
plumes et y acquerront un plumage
tout blanc, un peu doré en dedans. Amenons-
y donc nos oiseaux; faisons-les-y monter par
gradation, et ne permettons pas qu'ils s'éloignent
les uns des autres. Si nous parvenons
à pouvoir leur faire parcourir ladite
montagne jusqu'à son sommet et à les en faire
descendre lentement, nous serons bien près
de la fin de notre ouvrage (puisque alors
seulement ils seront parvenus à blanchir

@

-- 64 --
parfaitement leurs ailes, qui serviront de draps
et de lit dans lequel doivent coucher les époux
hermétiques Apollon et Diane), et notre
bonheur n'en sera que la suite et la fin; c'est
par la patience et à l'aide de Dieu qu'on y
parviendra.

--------
DEUXIEME CHAPITRE.
Des cahos métalliques contenant les principes de l'oeuvre.

Les alchimistes, pour ne pas s'égarer dans le long travail du grand oeuvre, sont obligés
à reconnaître et composer plusieurs cahos, et
à se diriger d'après le nombre. Et c'est presque
toujours de leur destruction, composition et
coction d'un seul que doit sortir leur élixir
(leur médecine); lequel ne peut être parfait
s'il ne réunit en lui les quatre qualités des
éléments, ni nous donner cette médecine divine,
qu'après avoir passé par toutes ses couleurs,
dont chacune marque la dénomination
d'un élément particulier dont il doit être
composé. -- Les premiers se composent de
la destruction des corps ou métaux parfaits,
du soleil et de la lune, qui, dans cette opération,

@

-- 65 --
doivent être détruits séparément, et les
autres, après avoir été réunis en un seul corps.
Les seconds se composent de la parfaite purification des premiers et de leur union
avec leur esprit. -- Les premiers sont ordinairement
secs, chauds. -- Les seconds sont
presque toujours humides. Et c'est de leur
parfaite purification, alliance et réunion des
quatre qualités des éléments, que dépend la
réussite de notre ouvrage hermétique.

--------
TROISIEME CHAPITRE.
Aigles volants de l'oeuvre.
Nous diviserons les aigles volants en plusieurs parties.

Les premiers comme préparatoires,
Les seconds comme essentiels,
Et les troisièmes comme finales: par conséquent indispensables.

Par ce détail nous pourrons parvenir à convaincre les amateurs labourant à l'oeuvre,
comme nous le sommes nous-mêmes, que
l'ouvrage de l'alchimie ne saurait parvenir à
3*
@

-- 66 --
sa perfection sans ces trois manières d'opérer.
-- Elles doivent donc être égales, progressives,
fortes, faibles, longues et lentes. -- Enfin, il
faut que le philosophe hermétique, labourant,
se pénètre bien que la réussite de son ouvrage
alchimique en dépend.

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QUATRIEME CHAPITRE.

Conduite et proportion à garder pendant la pratique.

En employant les matières, on fera bien attention à la quantité, qualité et pureté; et
on suivra par entier, demie, fraction, etc.,
augmentations, additions, lavages, regrattements
des crasses, et on n'emploiera que de
l'eau pure, nette et l'on fera sécher la pâte
blanche au soleil et sur du papier bien blanc
et très propre.
On fera beaucoup d'attention aux détonations que notre matière occasionnera par la
séparation des principes (séparation nécessaire)
que le feu fera faire, et on aura soin
de ne le pousser toujours que jusques à la
fusion, ou bien quelquefois à la parfaite siccité

@

-- 67 --
de la matière restant dans le vase à
l'opération: c'est essentiel. Et on se rendra
compte de la perte, diminution, ou augmentation
de la matière restante par le moyen
des balances dont on ne pourra pas se passer
et qui doivent être toujours en permanence.

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SEPTIEME LEÇON.
PREMIER CHAPITRE.
Des éléments principiants et des éléments principiés.

-*:*-
Les philosophes hermétiques, différents des philosophes de l'école et des chimistes, n'admettent
et ne reconnaissent que quatre éléments:
la terre, l'eau, l'air et le feu; et sont
convaincus que ce sont les éléments principiants.
De ces quatre éléments principiants,
il en résulte les éléments principiés, ou les
trois principes, qui sont: le sel, le soufre et
le mercure. Et de ces trois réunis, le mercure
parfait, ou la première matière des métaux.
De ces trois principes (qu'il nous arrive souvent de toucher avec nos mains), la nature
en forme les deux natures; le mâle et la femelle,
et ces deux derniers, dans quelques
opérations du travail hermétique, manifestent
le sel et le soufre métalliques, dont ils sont
composés; et joints avec le mercure, ils sont
le fondement de notre oeuvre. -- Ils sont donc

@

-- 69 --
seuls suffisants pour procréer leurs semblables,
et pour les multiplier à l'infini, ainsi que Dieu
l'a voulu. Dans ces deux natures, qui contiennent
les principes de notre oeuvre, se trouvent
les qualités et les vertus des quatre éléments
principiants, de même que celles des trois
principes, ou des éléments principiés.
Ces deux natures n'existant plus, ayant changé de forme, ne font plus partie de l'arbre
généalogique hermétique, de même que dans
la Genèse, Caïn et Abel sont mis dans l'oubli,
quoiqu'ils aient été très nécessaires, ayant été
reconnus pour le fondement et la souche de
la postérité humaine. Les nôtres le sont aussi
de la postérité métallique et alchimique...
Quelle injustice de les oublier?

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DEUXIEME CHAPITRE.
Des corps et des esprits nécessaires pour faire l'oeuvre.

Sans les corps métalliques, nous n'aurons jamais l'âme ou les esprits vitaux nécessaires.
C'est donc des corps qu'il faudra les sortir, et
pour les sortir, il faudra les ouvrir: et par

@

-- 70 --
cette opération nous nous convaincrons de la
vérité de la science.
Sans l'extraction des esprits contenus dans les premiers corps, qui en les sortant par l'aide
de Vulcain, en forment quelquefois un nouveau:
l'union essentielle et parfaite desdits
esprits principes, qui y sont cachés, d'avec
ceux qui en sont séparés, ne se ferait jamais,
et la première matière des métaux nous manquerait.
Il faudra donc, pour obtenir cette première matière des métaux, réduire tous les nouveaux
corps en esprits, en eau, et par ce moyen
nous cacherons, à tous ceux qui en sont indignes,
le moyen de trouver et de voir la vérité
de l'alchimie et puis nous corporifierons ces
esprits réunis.
Détruisez, formez, purifiez et unissez. Ce sera donc par l'union des esprits tirés des
corps parfaits, que nous parviendrons à faire
les miracles d'une seule chose, comme nous
l'a montré notre père Hermès.

@

-- 71 --

TROISIEME CHAPITRE.
Des feux en général et des sublimations.
Il y a trois feux intérieurs, et trois feux extérieurs, ou trois manières de les employer
ou de s'en servir, et deux de les unir.
Il y a aussi trois sublimations, ou trois manières de les faire.
Il y a aussi trois manières de diriger les feux.
De leur union et de leur direction et emploi, dépend la réussite de l'ouvrage hermétique.

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@


HUITIEME LEÇON.

PREMIER CHAPITRE.

Traité du sel, premier principe, par ordre de travail.

-*:*-
Le sel, qui est généralement reconnu pour être le premier principe dans notre oeuvre, se
trouve toujours invisible, ou n'est vu que par
les yeux de l'imagination, quoique réel, excepté
que, par un coup de maladroit (et au moment
de sa formation), l'artiste ne le rende visible;
il nous est toujours plus favorable quand il est
invisible. -- Mais ce qu'il y a de difficile à
comprendre, c'est que, de trois principes essentiels,
dont deux sont toujours visibles et
palpables, le sel, ne l'étant pas, et ne devant
pas l'être, puisqu'il n'est produit que de la
destruction corporelle de ses frères, soit mis
au premier rang, joue (quoique se tenant toujours
caché derrière le rideau philosophique,)
le premier rôle, et devienne l'objet indispensable
de notre oeuvre; il le faut ainsi, puisqu'il
est reconnu pour principe fondamental,

@

-- 73 --
dans toutes les opérations philosophiques; que
de deux, il en doit toujours être produit un
troisième, qui devient lui-même premier, et
alors il est dépositaire des vertus de ses père
et mère, pour les représenter au besoin.
Ce sel ne peut être mieux représenté, que comme celui qui pousse sur la terre, et qu'on
voit bien souvent dans les caves quand on y
descend, qui n'est qu'un nitre propre à la fabrication
de la poudre à canon.
N'allez pas croire pour cela que celui dont je traite soit le nitre commun, ni le sel marin,
ni le sel de tartre; celui dont je traite,
quoique végétal, animal et minéral, tient plus
à ce dernier règne, puisqu'il en est la base, et
qu'il est toujours incombustible: avantage que
n'ont pas les autres sels. -- Il faut donc le
trouver incombustible et propre à se réduire
en eau mercurielle, d'où il est tiré; parce qu'il
est aussi de principe fondamental, que pour
parvenir à la transmutation métallique, il faut
que les principes corporels servant à notre
oeuvre, redeviennent ce qu'ils étaient avant;
c'est-à-dire, qu'il faut qu'ils changent de forme
et redeviennent eau.
4
@

-- 74 --
Il faut donc travailler la matière jusqu'à ce que nous en ayons extrait ce sel invisible, qui
n'est qu'un esprit métallique, qu'il faudra dégager
de ses impuretés, pour qu'il conserve
en lui cet amour pour ses frères, et ne puisse
pas devenir ingrat de la vertu qu'il aura de
fixer; avantage qu'il ne tiendra que d'eux. --
Ce ne sera donc que quand il sera réduit en
mercure, qu'il pourra manifester sa vertu.
Alors, de concert avec le soufre et le mercure,
avec lesquels il devra être uni, il pourra être
regardé comme étant en chemin d'acquérir
par la coction, le pouvoir d'exercer sa puissance;
laquelle la poudre de projection dont
il fera partie essentielle, contiendra parfaitement.

--------
DEUXIEME CHAPITRE.
Traité du soufre, deuxième principe: par ordre de travail.

Le soufre a été regardé pour le deuxième principe dans l'ouvrage d'alchimie; ses vertus
sont de donner à la matière liquide, la forme
et la couleur. -- Il est d'un rouge terne, et tacheté
de blanc; il se réduit facilement en poudre,
à cause de sa sécheresse, mais travaillé

@

-- 75 --
jusqu'à plus qu'il ne faut, il redevient métal,
malléable.
Malheureux est l'artiste, quand il le pousse à ce point, qui est la preuve de son ignorance, de
son peu d'expérience et la perte de son temps.
Dans cet état il ne peut nous être utile, ayant
repris la forme corporelle, qui lui a fait perdre
la vertu et l'avantage de pouvoir revenir dans
ses premiers principes. -- Ce sont des esprits
liquides, qu'il nous faut (mais non des corps)
ou des produits les ressemblant et pouvant le
devenir.

--------
TROISIEME CHAPITRE.
Traité du mercure; troisième principe: par ordre de travail.

Le mercure, qui est reconnu pour le troisième principe dans notre oeuvre, pourrait
être mis le premier puisque ce n'est que par
lui que le philosophe hermétique parvient à
ouvrir le métal, et à rendre l'invisible visible,
et que ce n'est aussi que par son moyen,
que l'union des autres deux principes se fait. --
C'est donc lui qui reçoit les autres deux, et
qui les nourrit; c'est lui qui est le vase dans
lequel ils se baignent: il est donc eau; et c'est

@

-- 76 --
dans cette eau que le grain fixe est mis, pour
qu'il s'y putréfie, et qu'il y pousse son germe.

Observation.
Lorsque j'ai traité des trois principes, sel, soufre et mercure, je n'ai pas entendu parler
de ceux dont nos deux natures sont formées
par la nature; mais bien de ceux (quoique les
mêmes) qui dans le cours du travail, (à commencer
du premier mariage, jusques au
deuxième, ou pour mieux dire, jusqu'à l'eau
double) forment la terre feuillée; d'où est
produite la terre des feuilles.

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NEUVIEME LEÇON.
PREMIER CHAPITRE.
Première nature ou feu chaud.
-*:*-
Le mâle a toujours été regardé, par tous les philosophes hermétiques, pour la première
nature sans laquelle la matière froide, ou la
femelle, ne pourrait être fécondée. -- Il faut
donc le choisir sain et vigoureux; il est de
très grand prix quand aucune imperfection
ne diminue pas en lui la quantité de vertu
prolifique, ou d'esprit formateur nécessaire
pour travailler la matière menstruelle minérale
et pour la faire parvenir à la perfection
désirée. -- Il faut ouvrir ce mâle, sans cependant
le tuer (parce que rien de mort ne
peut servir à notre oeuvre), et tirer de lui son
sang ou cette forme et cet esprit, ou feu naturel
chaud duquel nous ne pouvons nous
passer. -- On y parvient facilement, mais non
sans peine. Notre mâle est rude et bien souvent
intraitable; mais nous parvenons à l'adoucir
en lui donnant une femelle belle, jeune

@

-- 78 --
et tendre, à laquelle il se rend. C'est un
amoureux passionné pour le beau sexe; la lui
promettre et la lui donner, c'est le seul moyen
d'adoucir en lui ce qu'il a de rude et de farouche:
il est indomptable sans cela. -- Différent
de l'homme, il est amoureux même
dans l'âge décrépi; et le sperme chaud qui
est en lui ne diminue pas de force ni de vertu,
quelque vieux qu'il soit. On peut donc le
prendre à tout âge, pourvu qu'il soit beau,
bien fait et dégagé de son rude poil. Il faudra
lui donner une femme: parce que rien dans
le monde ne vient d'un mâle sans l'union avec
sa femelle. C'est de cette deuxième nature que
nous allons traiter au chapitre suivant.

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DEUXIEME CHAPITRE.
Seconde nature, ou feu froid et humide.
La femelle a été regardée, par tous les philosophes hermétiques, pour la deuxième
nature (elle contient le feu innaturel froid);
ses qualités sont d'être froide et humide,
quoique chaude par tempérament; ses menstrues
sont très corrosives. -- Il faut la choisir

@

-- 79 --
belle, brillante, peau blanche. -- Quoique
très amoureuse, elle est bien souvent indifférente
et volage. -- Ce défaut, qui est naturellement
trop attaché en elle, ne lui permet
pas bien souvent de s'unir à son époux; elle
le repousse. -- Délicate comme nos petites
maîtresses; pleine de prétentions et d'orgueil,
le mari qu'on veut lui donner ne saurait lui
plaire: mais en l'habillant et le rendant beau,
elle se laisse approcher. -- Et quoique il y ait
entre eux un amour naturel et aimantin, on
ne saurait parvenir à les unir, si Vulcain, qui
est l'entremetteur de nos beaux mariages, ne
se trouvait humilié et son amour-propre blessé
de ne pas réussir à faire ce beau lien; duquel,
comme de celui de Déjodée, il en doit naître
les plus agréables et les plus beaux enfants.
-- Il faut donc qu'il use de finesse, qu'il leur
ménage une, et même plusieurs entrevues; à
quoi il parvient par quelques petits mensonges
pardonnables à celui, qui comme Vulcain, a
d'aussi bonnes intentions. -- Il parvient à unir
nos beaux époux et a soin de ne leur laisser
que ce qu'ils ont de plus beau en vêtements,
et les allie si fortement que de leurs vertus

@

-- 80 --
opposées (froide et chaude), il en fait un produit
qui est de très grand prix, et duquel le
philosophe hermétique et expérimenté sait
tirer le plus grand parti pour l'ouvrage philosophique.
-- Vulcain, quoique boiteux (étant
mal accoutumé en fait de femmes, ayant
épousé Vénus la plus belle), devient un être
à craindre; il pourrait fort bien se rendre
amoureux de l'objet allié et mettre la division
dans notre beau ménage. -- Pour donc prévenir
ce malheur, le philosophe labourant a
soin de ne jamais le laisser seul: soit avec la
femme, soit avec le mari. Cette précaution
n'est pas la précaution inutile, si l'on veut la
paix et si l'on veut être certain que notre
époux puisse se convaincre d'être le père de
l'enfant que sa femme mettra au monde, et
qu'il puisse aussi être assuré que son enfant,
pour lequel il a sacrifié son existence entière,
jouira non d'une vie valétudinaire, mais bien
de la longue, vigoureuse et puissante vie qu'il
lui a donnée et communiquée en le formant.
-- Parce que, comme je l'ai dit ci-dessus, elle
est très volage, et cela lui sied un peu; cela
ranime les soins de son mari; cela lui donne

@

-- 81 --
comme une espèce d'autorité sur lui, qui cependant
doit finir par être cédée en entier au
mari: parce qu'il est de principe fondamental
que la forme doit l'emporter sur la matière, et
c'est même de droit. Et pour que tout cela se
fasse avec ordre et que tout soit bien observé,
et que le produit soit de bon acabit et de
bonne espèce, il faudra avant tout faire laver
nos métaux dans un vinaigre très aigre, ou, à
défaut, dans de l'urine du vieux Saturne ou
bien dans celle d'un jeune enfant; dans laquelle
ils se plairont et se dépouilleront de leur péché
originel, et seront rendus plus propres à devenir
et à se montrer parfaits.

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@


DIXIEME LEÇON.

De la pierre des philosophes et de la pierre philosophale.

-*:*-
Deux pierres, commencement et fin de l'ouvrage philosophique, embrouillent tellement
les amateurs de cette science qu'ils ne savent
pas laquelle des deux est la bonne; ils s'en
forment mille idées. -- Pour ne pas les tromper
dans leurs recherches et en même temps
leur rendre facile le moyen d'y parvenir, je
leur dirai que l'une et l'autre sont nécessaires
et qu'on ne peut pas s'en passer. La première,
qui est la pierre des philosophes, nous trace
le chemin pour arriver à la pierre philosophale,
et ne s'en sépare point; elle est le principe de
l'ouvrage d'alchimie, comme l'autre en est la fin.
J'y ajouterai, pour éclaircir ce que j'en ai écrit ci-dessus et pour aider les amateurs labourant
dans la science hermétique, que la
pierre des philosophes est si nécessaire pour
faire la pierre philosophale, qu'on ne peut s'en
passer et qu'on ne peut y suppléer par autre
chose.

@

-- 83 --
Il faut donc que le philosophe labourant, fasse comme le serrurier qui est obligé de
faire une clé pour ouvrir la serrure qu'il doit
faire en même temps. -- De même le philosophe
labourant doit imiter le serrurier; il
doit commencer par faire une clé pour ouvrir
la serrure hermétique; et cette clé essentielle,
qui n'est autre chose que la pierre des philosophes
du premier ordre, quand elle sera
bien faite, lui servira et le mettra à même de
pouvoir visiter tous les cabinets intérieurs
(cachés aux commençants et amateurs de
l'alchimie), et lui procurera le moyen d'ouvrir
et de fermer à volonté, ou de se représenter
la partie la plus secrète de la philosophie:
et alors il parviendra bien plus
facilement à faire la pierre philosophale, à
laquelle seule il vise.
Il faut donc, je le répète, qu'il fasse comme le serrurier: qu'il commence son ouvrage
alchimique par cette clé, qui, quoique n'étant
faite d'aucun métal (mais bien de l'union
et confusion, ou mélange des quatre qualités
des éléments métalliques), lui devient indispensable
pour y réussir.

@

-- 84 --
Il est vrai qu'il est très difficile de trouver cette clé essentielle, et qu'il n'y a que les
vrais adeptes qui la reconnaissent et la trouvent
bien plus facilement quand ils veulent
s'en servir, que ceux qui en sont les amateurs:
quoique ceux-ci passent souvent leur vie entière
à la chercher par une lecture continuelle
des livres hermétiques. -- Toute autre personne,
quoique possédant de grandes connaissances,
s'y trompera toujours: tant la nature
l'a si fortement cachée dans ses cabinets.
Réfléchissez sur ce que j'ai dit ci-dessus, et n'employez jamais de principes ni de matières
d'un règne étranger à celui que vous voulez
élever et pousser à sa perfection.

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@


ONZIEME LEÇON.
PREMIER CHAPITRE.
De la sublimation et lessive hermétique.
-*:*-
La sublimation, selon Geber, philosophe hermétique, est l'élévation qui se fait par le
feu d'une chose sèche: en sorte qu'elle s'attache
au vaisseau. Comme il n'y a que les
philosophes qui comprennent Geber et qui,
par leurs connaissances, voient ce qu'il a voulu
dire dans ce peu de mots; que d'ailleurs ils
connaissent et ont tenu dans leurs mains la
chose sèche et le vaisseau: ce n'est donc pas
à eux qu'il a caché cette opération de l'alchimie;
mais bien aux commençants.
Pour leur parler avec moins de finesse, je leur dirai que la sublimation est une opération
par laquelle le philosophe (à l'exemple
de la femme qui fait la lessive) nettoie, lave,
purifie, sépare et dégage enfin son linge philosophique
de toutes saletés, hétérogénéités et
ordures, et le dispose par ce travail à recevoir

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-- 86 --
la perfection. -- Sa perfection consiste à le
rendre bien blanc, si le linge est fond blanc:
ou bien à le rendre rouge, si le linge a été
naturellement teint de cette couleur. -- Si le
teinturier (je veux dire le philosophe) a bien
su connaître l'heure et le moment de lui communiquer
et lui unir l'une de ces deux couleurs,
et même toutes les deux en même
temps, le résultat ne peut être que blanc
ou rouge.

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DEUXIEME CHAPITRE.
Des feux intérieurs contenus dans un des derniers cahos.

Nous avons traité dans un chapitre précédent des trois feux; de la manière de les
diriger et de les unir: mais comme nous
n'avons pas tout dit et que nous ne nous
sommes pas assez étendus, nous y ajouterons
le chapitre suivant. Les philosophes hermétiques
reconnaissent trois feux dans leur ouvrage,
lesquels ne sont visibles qu'aux yeux
de l'imagination: par conséquent spirituels.
Le premier est le feu naturel masculin, formateur,
agent. -- Le second est le feu innaturel

@

-- 87 --
féminin, matériel, patient. -- Et le
troisième est le feu de contre-nature, produit
par l'union des deux premiers, toujours disposé
à se putréfier à une chaleur convenable:
par conséquent à procréer l'enfant philosophique.
-- Et l'on peut dire que ces trois feux
sont ensemble contenants et contenus; et qu'ils
ne peuvent être sortis d'autre part que du
soleil et de la lune, pour par leur union, les
soins et travail de l'artiste, former et composer
la pierre des philosophes du premier
ordre, de laquelle ils sont seuls les principes.
Ce troisième feu est le feu philosophique; il
est minéral et pas toujours égal; il est l'âme
de notre pierre philosophale, étant composé,
comme il est dit ci-dessus, des deux feux
joints.

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DOUZIEME LEÇON.
De la terre feuillée et de la terre des feuilles.

La terre des feuilles est tout ce que le philosophe labourant se propose d'obtenir; parce
que cette terre renferme en elle tout ce qu'il
faut pour l'oeuvre, et que le sel, le soufre et le
mercure en sont la base et le fondement, et
que la purification et le dégagement des superfluités
de la terre feuillée s'est opérée par
les aigles volantes de Philalèthe, et les proportions
des principes constituant le mercure
philosophal y ont été observées par le conseil
du Cosmopolite.
Il faut donc aspirer premièrement à posséder la terre feuillée, puisqu'elle contient tout et
que nous pouvons tout avoir par elle, et que
c'est aussi par elle que nous obtenons la terre
des feuilles tant désirée. -- Mais pour y parvenir,
nous avons beaucoup de travail à faire,
de souci et de chagrins à supporter; beaucoup
d'erreurs à réparer, et beaucoup d'opérations
à recommencer avant que de parvenir à la fin.

@

-- 89 --
Aussi, ce n'est pas sans une grande raison que
les philosophes hermétiques ont dit: qu'heureux
et très heureux était celui à qui Dieu
donnait les connaissances nécessaires pour
découvrir le travail et les opérations de la
science hermétique, puisque ce don était une
très grande marque de son amour et que rien
au monde ne pouvait lui être comparé.
Cette terre feuillée ne se trouve pas sur la terre: il faut que le philosophe la rende manifeste
en la créant, ou pour mieux dire en
la sortant de là où elle est. -- Notre père
Hermès nous en donne le moyen, quand il
nous dit que c'est la terre qui a été ramassée.
La nature ne peut pas nous la donner d'elle-
même; il faut que l'homme favorisé de Dieu
y mette les mains, et que ce produit divin soit
le résultat de son travail (avec lequel seul il
parviendra à faire la terre des feuilles). -- Les
métaux et les minéraux, les sels, les soufres
et les mercures y concourent mutuellement
et s'aident de même; l'artiste dépure, dégage,
unit, broie, sépare, distille, pulvérise, amalgame,
pétrit et est dans son ouvrage (qui est
aussi celui de la nature) comme un général
4*
@

-- 90 --
d'armée, plein de zèle et de courage, se portant
partout où sa présence se trouve nécessaire,
soit pour encourager, soit pour changer
les ordres donnés ou pour tout autre travail
que le moment exige.
Vulcain n'y joue pas le plus petit rôle, puisqu'il est trop souvent la cause de la joie
ou du souci de l'artiste; mais en l'amadouant
et se tenant toujours auprès de lui, on en tire
ce qu'on désire; quoiqu'il soit notre ami,
quand nous sommes présents, nous devons le
craindre; il est comme les hommes d'aujourd'hui
qui donnent toujours tort à l'absent et
qui l'abandonnent: il faut donc ne pas le
quitter.
Les vases, et la manière de les placer, contribuent beaucoup à la réussite; et la saison,
quand il faut unir notre mâle avec sa femelle,
n'y contribue pas moins. Tout ce que je dis
doit être observé, ainsi que de prendre bien
soin que nos jeunes époux entrent tout nus
dans leur lit, pour que rien d'impur ne puisse
salir n'y empêcher leur progéniture.
Leur chambre à coucher doit être divisée en quatre parties: dont trois pour les parents

@

-- 91 --
ascendants, et la quatrième pour leur lit qui
doit être composé de terre et d'eau; et les
draps doivent être faits des feuilles d'argent
que les aigles volantes auront portées dans
leur bec, et qui, par leur union, formeront
lesdits draps dans lesquels nos jeunes époux
seront bien enveloppés. Serait-ce une fatalité
pour l'artiste, que d'avoir une femelle pour
premier enfant, au lieu d'un mâle qu'il désire
(1).
Dans l'ouvrage de Dieu notre créateur, le mâle fut avant la femelle, et elle ne fut faite
et créée que d'une partie du mâle; dans le
nôtre, qui est en petit l'image du grand
oeuvre de Dieu, toute la femelle peut se réduire
en mâle si l'on veut.
Dans son grand ouvrage Dieu créa la femme de l'homme; dans le nôtre, qui en est une
petite image, la femme devient homme selon
la volonté de l'artiste. Comme il fut de la
volonté de Dieu de faire la femme de l'homme,
Dieu les créa immortels; notre ouvrage ou


(1) Ici je n'entends parler que de la poudre de projection, que je personnifie, comme devant servir à transmuer les bas métaux en
argent ou en or.

@

-- 92 --
son produit, qui sont les enfants hermétiques,
le sont aussi. Dieu leur ordonna de croître
et de se multiplier; les nôtres croissent et se
multiplient à l'infini, ce qui prouve que notre
ouvrage vient de Dieu et touche d'un bout le
ciel et de l'autre la terre: il est donc terrestre
et céleste. Attachez-vous donc, hommes incrédules,
à posséder un aussi grand trésor;
puisque en le possédant vous n'avez plus rien
à désirer sur la terre. Travaillez, cherchez,
ne vous rebutez pas et ne sortez pas du règne
que vous voulez élever: parce que rien ne
s'amende que dans son semblable et avec lui-
même, jamais avec un autre.
Si vous découvrez une partie de ce que je dis ci-dessus, vous pourrez y parvenir; mais
ce ne sera pas sans beaucoup de peine: si
vous n'êtes pas décidés à en prendre, ne
commencez pas à chercher. Cette science ne
s'acquiert pas sans peine; vous y parviendrez
et l'obtiendrez avec moins de difficultés, si
vous savez le moyen et le lieu où vous pourrez
trouver la terre rouge feuillée, ou bien
d'où il faut la sortir pour par elle en faire la
terre des feuilles: et cette dernière ne saurait

@

-- 93 --
se faire sans la première; quand on l'a, la
disposition seule suffit; et, jointe avec sa mère,
elle vous donnera l'eau double: la bonté de
laquelle vous reconnaîtrez à l'odeur forte qui
s'en exhalera, ainsi qu'à l'amour qu'elle a
pour sa dite mère avec laquelle elle se plaît,
s'unit et se marie naturellement. L'expérience
démontrera, à l'artiste labourant, la vérité de
ce que j'avance.

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TREIZIEME LEÇON.
PREMIER CHAPITRE.
Des semailles des philosophes, et du temps propre
à les faire.
-*:*-
De même que les laboureurs des champs, le philosophe hermétique est obligé de travailler
la terre philosophique pendant cinq
mois, pour la disposer et préparer à recevoir
le grain formateur. -- Cette préparation et
disposition ne peut se faire qu'en amendant
cette terre par un long travail, et en en ôtant
toutes les superfluités qui la rendent hydropique
et vénéneuse. Le temps le plus propre
pour faire ces semailles, est le même que celui
du laboureur des champs, ou tout autre temps
qui nous donnerait une chaleur ou température
égale.

--------
DEUXIEME CHAPITRE.
Solution de la terre philosophique.
La solution est la réduction de la terre des philosophes, en eau. Mais avant de dire la

@

-- 95 --
manière de la faire, examinons ce qui suit.
L'océan élémentaire nourrit le poisson qu'il
tient dans son sein; de même l'océan philosophique,
cette mer des sages, nourrit aussi
le poisson des philosophes. Si tu peux parvenir
jusque-là, la solution te sera aussi facile
à faire, comme il te serait facile de réduire
la glace en eau d'où elle a été formée.
Par cette opération (qui n'est qu'une liquéfaction des corps) les esprits métalliques se
poussent au plus haut degré de perfection:
l'un en donnant et communiquant sa vertu et
ignité; et l'autre en la recevant; et ces esprits
étant homogènes, ils s'amendent tellement par
cette union, qu'ils sont réduits de puissance en
acte, et sont tout à fait dégagés des liens qui
les tenaient garrottés et les empêchaient d'agir.
C'est ici que l'on peut prouver et bien démontrer aux incrédules, combien est grand
le pouvoir que Dieu a donné à l'homme philosophe
hermétique; puisqu'il imite et fait de
même que son père, Dieu tout puissant: Qui
convertit petram in stagna aquarum, et rupem
in fontes aquarum.

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-- 96 --
TROISIEME CHAPITRE.
De la nourriture et des naissances de l'enfant hermétique.

Comme l'enfant animal se nourrit dans le ventre de sa mère de la même matière ou sang
menstruel dont il a été formé, de même aussi
l'enfant métallique se nourrit dans le ventre
du mercure qui est sa mère, sa propre terre:
de ce même mercure qui a servi à sa formation.
Et cet enfant, qui dans sa première naissance
n'est produit que des seuls métaux
parfaits, ne peut être ni ne peut se rendre
visible qu'après avoir ôté à son père (qui est
un vieillard sain et vigoureux) toutes ses forces,
et l'avoir fait succomber, en lui enlevant toute
sa vertu prolifique et s'en être emparé. Aussi,
dans cet engendrement, il faut que le père
(plein d'amour pour son enfant, duquel il fait
toujours partie essentielle) disparaisse; que
sa forme corporelle soit changée en spirituelle,
pour qu'il ne fasse pas partie de l'arbre généalogique
hermétique. -- Il faut enfin qu'il
devienne principe de lui-même; qu'il rentre
dans la matrice minérale, pour s'y nourrir du
même sang menstruel dont il a été formé

@

-- 97 --
(ou bien de ce même sang qui l'a détruit pour
en faire un autre lui-même), et qu'il y croisse
en force et en vertu: ce qui nous préparera
la deuxième naissance de l'enfant métallique
hermétique. Voilà le seul moyen pour parvenir
à posséder cet enfant désiré; lequel se présentera
plein de force, de vertu et avec une joue
toute blanche et l'autre toute rouge, et nous
procurera la fortune, la santé, la jeunesse, une
très longue vie et un bonheur parfait que nul
sur la terre ne pourra nous ravir. Ce que je
dis, ci-dessus, doit convaincre et bien persuader
les amateurs de la science occulte; que
pour parvenir à la fin de l'ouvrage hermétique,
il faut que le philosophe labourant sache
faire deux mariages, et que de ces deux mariages
il ne soit produit que deux naissances
et un seul enfant. S'il sait faire les deux alliances
qui sont indispensables, il pourra avoir
l'enfant hermétique; lequel, comme je l'ai dit,
aura eu deux naissances. Alors seulement, il
sera reconnu par tous les adeptes pour un
véritable disciple d'Hermès.
5
@


QUATORZIEME LEÇON.
PREMIER CHAPITRE.
Chapitre de comparaison.
-*:*-
Notre terre, ou mercure philosophal; pendant et après sa coction, peut être comparée
au globe terrestre créé par Dieu tout-puissant.
-- De la nôtre, comme de celle du créateur,
il s'en élève des vapeurs au commencement
qui, se condensant, forment des nuages
qui obscurcissent et voilent pendant toute leur
durée la clarté solaire qui doit sortir d'elle.
Mais il en sera autrement de ces deux terres
(dont la nôtre n'est qu'un très petit échantillon,
et un abrégé de la première), quand le
créateur voudra mettre fin à ce monde terrestre
et corruptible. -- Alors il la purifiera
et lui rendra sa première beauté et clarté, de
manière que la terre redeviendra diaphane
comme elle était dans son commencement, et
dans la même perfection qu'elle était au sortir
de ses mains, ou avant qu'elle eût été maudite
à cause du premier péché. -- De même

@

-- 99 --
notre terre qui est l'image et l'abrégé de ce
grand monde, quand elle sera parvenue à la
rougeur du coquelicot ou pavot des champs,
qui annoncera sa perfection et la preuve qu'elle
contient en elle la vie, laquelle elle aura le
pouvoir de communiquer à toutes les productions
des trois règnes et de les en faire jouir (en
augmentant en elles leur esprit vital affaibli ou
dissipé, qui seul pouvait les maintenir dans
un état parfait de vie), ne laissera plus élever
aucune vapeur, et il ne se formera plus de nuages
dans notre globe; et toute obscurité cessera,
lorsque par la coction elle sera poussée
à sa perfection, clarté et pureté parfaites (1),
ce qui lui donnera une toute puissance et le
pouvoir de purifier, perfectionner et conserver
les productions des trois règnes de la nature.


(1) Notre oeuvre alchimique qui n'est composée que par des eaux métalliques, lesquelles étant réduites en terre fixe et indestructible,
nous montre le passé et l'avenir, et nous prouve qu'elle est l'image
et la figure de ce que Dieu fera de l'univers à la fin des temps, puisque
alors s'exécutera la promesse que le Tout-Puissant a faite et que
nous attendons, qui est de faire de nouveaux cieux et une nouvelle
terre où la justice fera sa demeure, laquelle n'aura pas de fin.
Ceci est annoncé par saint Pierre dans sa deuxième épître, article 13. chapitre 3.

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-- 100 --
DEUXIEME CHAPITRE.
Différence du premier cahos et ce qu'il contenait (avec
lequel Dieu créa le monde), de celui des philosophes hermétiques.
Le premier, pour être créé, n'eut besoin que de la volonté du Tout-Puissant, qui le composa
de deux contraires: du repos et du
mouvement.
Et le mouvement produisant la chaleur, principe de vie de tout ce qui devait être créé
lors de la séparation de ces deux contraires
formant le premier cahos, manifesta les quatre
éléments contenant la lumière créatrice
non multipliée, ainsi que leurs qualités contraires
(1), desquelles qualités: froideur,


(1) Nous sommes obligés de reconnaître ou à distinguer trois lumières qui n'en forment presque qu'une.
I.
La première est la lumière divine, éternelle, non multipliée, par laquelle tout a été créé.

II.
La deuxième est la lumière élémentaire, engendrante, multipliante, principe de vie de tout mixte.

III.
La troisième est la lumière solaire éclairant le monde, et conservant
@

-- 101 --
chaleur, humidité et sécheresse, chacun était
élémenté; et qui, jusques à la création, n'avaient
été qu'en puissance dans le cahos, furent
en acte.


et nourrissant tout ce qui a été produit par les éléments ou
deuxième lumière. Elle facilite et provoque, ou pour mieux dire,
excite le feu élémentaire intérieur des natures et l'oblige à se multiplier.
-- Cette troisième lumière n'est pas chaude par elle-même,
sa véritable qualité ou vertu n'est que mouvement, puisque ce n'est
que par les rayons que le soleil darde continuellement vers la terre,
qu'il échauffe et conserve la vie à tout.
Il n'a été formé que par l'assemblage des parties éparses de la première lumière divine, qui n'est elle-même (comme je crois l'avoir
prouvé dans le tableau fidèle des perfections du Tout-Puissant) que
mouvement.
De la troisième lumière solaire, ou de ses rayons multipliés ou rassemblés par le moyen d'une lunette, est produit le feu corrosif des
cuisines ou le Vulcain destructeur.
Ce feu corrosif ne peut être que le résultat d'une multiplication des rayons joints de la lumière du soleil, qui alors ont perdu la vertu
douce de conserver et donner la vie, pour prendre le désavantage de
détruire ce que les mêmes rayons de la lumière du soleil ont fait produire
aux éléments. -- Alors on pourrait comparer ce degré de feu
destructeur (pour se rendre moins obscur) au 3/6 ou esprit de vin
rectifié produit lui-même de l'eau-de-vie, eu égard au vin son véhicule
qu'ou boit à pleins verres sans faire de mal, à ce même 3/6 ou
esprit rectifié qu'ou ne peut boire qu'en très petite quantité à cause
de la force corrosive qu'il a acquise par la réunion des particules d'esprit
que le vin contenait. Alors nous serons obligés de distinguer la

@

-- 102 --
Le cahos des philosophes hermétiques est une suite de cette première volonté par laquelle
Dieu accorde à sa créature le moyen
de composer ce cahos. Ce qui ne saurait et ne


lumière principe ou chaleur invisible contenue dans le feu vital élémentaire
que nous ne voyons que par ses effets ou vertus, du feu destructeur
corrosif, qui, à ce degré de multiplication, s'est rendu visible
et palpable.
Et tout cela nous prouvera que le bien et le mal sont toujours réunis, et qu'ils sortent du même principe, du même chaos; que la vie
et la mort occupent le même corps, et ne sont que le résultat du mouvement
et du repos, qui, par le combat de leurs qualités différentes,
conservent ou détruisent tous les mixtes contenant presque toujours
ces deux extrêmes, ces deux ennemis.
Le feu vital élémentaire qui est le véhicule de la lumière première de la vie se trouve partout. Ce qui paraît mort à nos yeux contient
bien souvent la vie, la lumière; elle est emprisonnée dans tous les
corps produits par la nature: les métaux la contiennent, les végétaux
et les animaux de même; mais elle n'agit ou n'opère pas également
dans chaque règne.
Dans le règne minéral, cette lumière ou feu vital s'y trouve garrotté, emprisonné, et y est très abondant et forme sa semence; et
ne se rend manifeste à l'artiste, dans l'ouvrage d'Alchimie, que par
l'union de la forme de ce règne avec sa matière; et n'exerce son
pouvoir, sa vertu, qu'après avoir été dégagé de toutes les impuretés
que la nature y avait mêlées.
Ce même feu et lumière, ou la vie des semences, dans le règne végétal, y est en petite quantité; il ne se manifeste que par la naissance
et croissance des produits de ce règne.

@

-- 103 --
peut se faire sans la réunion des contraires
(du froid et du chaud) en une seule masse
par le nombre mystérieux des alchimistes:
sans cependant que les vertus contenues séparément
dans les corps employés perdent
rien par cette réunion qui, au contraire,
s'augmentent infiniment.
Le premier cahos contenait les quatre éléments destinés à être les principes premiers de
toutes les productions ou mixtes des trois règnes
de la nature, ayant les vertus nécessaires


Et dans le règne animal, ce feu, principe de vie, cette lumière, y est abondant; et comme il y est aussi le principe de la multiplication
de ce règne (comme aux deux autres): Alors, s'il est faible, il
y est gouverné; s'il est fort, il y est gouvernant, à cause de sa grande
force et vertu, en portant l'animal à la jouissance multipliée; et par
là, le poussant à sa propre destruction.
Tout ce que nous avons dit ci-dessus, nous prouve que de la lumière première, ou lumière divine éternelle, rassemblée, et non multipliée,
qui était, et qui est toujours principe premier de mouvement,
fut produit et formé le soleil Céleste, qui n'est lui-même que
mouvement; et que ce n'est que par le mouvement des rayons qu'il
darde vers le globe terrestre, que la chaleur de l'atmosphère est produite;
et cette chaleur produite continuellement par le mouvement,
son principe, fut, est, et sera toujours le principe de tout
mixte, ou de tout ce qui a ou prend vie dans les trois règnes de la
nature. Sans cette chaleur, point d'être vivant: point de produit.

@

-- 104 --
(qu'ils ne tenaient que du mouvement, principe
des premiers principes) (1) pour les conserver
et les multiplier, et par ce moyen,
maintenir et continuer toujours la création.
Le nôtre, ou le cahos des philosophes hermétiques, contient aussi les quatre qualités
des éléments, les mêmes principes, et renferme


(1) Les vertus que les quatre éléments contiennent, et qu'ils communiquent à tous les mixtes, ne peuvent être que les vertus et propriétés
du mouvement, qui fut le premier principe voulu par le
créateur.
Jusques à la création, le repos seul, avait exercé son empire sur tout ce qui avait pu exister; et rien ne pouvait naître, ni croître.
Le mouvement qui fut le principe des premiers principes, changea
tout: entrava et s'opposa à l'empire que Le repos avait exercé, et par
le moyen des quatre éléments, Communiqua la Chaleur; la vie.
Ce qui alors engagea entre lui, et le repos, un combat produit de leurs qualités opposées qui doit durer autant de temps que le monde
créé; l'un ne voulant point céder à l'autre; et devant (pour le
maintien de l'ordre de la nature); se toujours contester, ne jamais
s'accorder, -- et c'est ce combat qui établit le véritable mouvement
perpétuel; si souvent cherché par les hommes; et jamais trouvé
par aucun.
Tout fut donc par la vertu de la chaleur créé vivant. La première faute changea cette première perfection, et assujettit la matière créée
à devoir rentrer dans le repos, ou mort, d'où elle avait été sortie par
la vertu de la chaleur, produite par la force du mouvement: et ce
fut alors, que commença le temps, qui a précédé l'éternité.

@

-- 105 --
aussi en lui tout ce qui est nécessaire
pour la confection de l'ouvrage philosophique:
mais a besoin des mains de l'artiste et
d'un long travail pour pouvoir complètement
purifier les principes métalliques qui l'ont
composé, et par ce moyen parvenir à pouvoir
le dégager des liens qui le tenaient garrotté et
l'empêchaient d'agir: c'est-à-dire pour pouvoir,
par la purification et réunion, le rendre de
puissance en acte, de l'état de repos à celui
de mouvement. Le moyen d'y parvenir est
détaillé dans les chapitres précédents.

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TROISIEME CHAPITRE.
De la vie cachée dans les éléments métalliques composant
les premiers corps parfaits.
Comme les éléments passibles et agents, renfermés dans les corps métalliques servant à
l'oeuvre, ne peuvent être réunis qu'après avoir
été parfaitement dépurés de toutes leurs fèces,
il faudra avant tout les purifier séparément,
et les nettoyer de tout ce qu'ils ont de mauvais
en eux. Alors, n'étant plus garrottés par
les fèces et se trouvant dégagés et libres, il

@

-- 106 --
sera très facile d'en faire la parfaite union
sans laquelle on ne pourrait faire l'oeuvre
hermétique. -- Alors ces éléments purifiés étant
devenus esprits vivants, et aidés par la chaleur
solaire, ou autre, acquièrent le grand avantage
de donner, de continuer, d'augmenter et
de rendre la vie aux corps matériels qui l'ont
perdue: et par la fermentation, celui de la
manifester dans notre mercure et de l'y augmenter
par la putréfaction. Alors nous devons
croire que la fermentation la manifeste, cette
vie, que la putréfaction la produit et l'augmente,
et que la corruption la produit.(*)


(*) Note du traducteur. Les deux derniers mots 'la produit' sont rayés sur le document et 'la detruit' a été ajouté à la
plume sur la ligne du dessous.

@

QUINZIEME LEÇON.
L'Existence de la très sainte Trinité est prouvée et
démontrée réelle par l'alchimie.
-*:*-
Dans les trois traités que j'ai faits séparément de chaque principe principié, et qui sont nécessaires
pour l'oeuvre, je n'ai pu faire de
leur vertu et puissance une grande différence.
Différents en forme, en couleur, ils ne le sont
pas en pouvoir: leur puissance est presque la
même. -- Ils sont tous trois sortis d'une même
racine, et ne s'en séparent pas: aussi, ils ne
peuvent pas agir séparément, et ils ont besoin
d'être réunis pour pouvoir exercer et démontrer
à l'artiste qui les a dépurés, la vertu et le
pouvoir qu'ils tiennent des quatre éléments
métalliques. Dans tous ses ouvrages Dieu s'est
représenté ternaire, par conséquent, tel qu'il
est..., de même aussi que dans toutes les productions
de la nature (laquelle n'est que sa
volonté), et notamment dans l'oeuvre et produit
hermétique qui est la représentation en
petit de l'ouvrage du grand Dieu, où il y est

@

-- 108 --
très fortement reconnu par tous les adeptes.
Le sel, le soufre et le mercure sont trois principes
distincts; et réunis, ils ne forment qu'un
mercure qui contient les vertus de tous trois.
Il doit donc être regardé comme réunissant en
lui la volonté, la puissance et la vertu du soufre
et du sel métalliques: comme Dieu le père
réunit en lui la volonté et la puissance de Dieu
le fils, et de Dieu le Saint-Esprit, qui, quoique
distingués en trois personnes, ne sont jamais
séparés, et ne font toujours qu'un seul Dieu
tout-puissant (1), de même que le sel, le soufre


(1) Il me semble, qu'au lieu de dire trois personnes en Dieu, on eût peut-être mieux dit: les trois perfections divines; les trois qualités
d'un Dieu unique.
Le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont trois essences personnifiées trois choses qui n'en font qu'une; trois perfections en Dieu,
procédant d'un seul et même principe; lesquelles forment la divine
Trinité: parce que de l'une de ces trois viennent les deux autres;
existent par elle; se confondent en elle et ne s'en séparent point:
parce que l'unité en Dieu ne saurait former, en même temps, trois
personnes séparées et lui: mais bien, trois qualités; trois vertus;
trois bienfaits.
Et comme le créateur de toutes choses s'est manifesté ternaire dans tous les mixtes, ou productions des trois règnes de la nature, je n'ai
pu me donner à moi-même une plus forte preuve de l'existence de
la très Sainte-Trinité; qu'en me disant (ainsi que je le vois prouvé

@

-- 109 --
et le mercure, quoique trois principes
quelquefois séparés dans le travail hermétique
ne font qu'un seul mercure par leur réunion.
Ce qui nous assure, nous prouve et nous démontre

dans le travail d'Alchimie) que le mercure parfait est le fondement;
le premier principe visible et la première qualité dans le règne minéral,
lequel contient les deux autres principes, sel et soufre;
lesquels par leur union ne forment qu'un mercure, qui est la racine
à laquelle se rattachent et se trouvent réunies les trois qualités différentes.
Alors, l'on peut comparer le mercure métallique parfait, fondement de ce règne; au Père, comme créateur: le sel métallique ayant
la qualité de fixer; au Fils, comme rédempteur: et le soufre métallique
ayant la vertu colorante, ou de teindre; au Saint-Esprit,
comme sanctificateur. Et tout cela nous prouvera, nous démontrera,
que ces trois qualités, ces trois bienfaits, ces trois perfections, ou
ces trois personnes, toujours réunies en Dieu, sont et forment, la
perfection des perfections divines; et non trois Dieux, opérant, ou
exerçant séparément la toute puissance d'un Dieu unique.
C'est donc lui-même, qui est Dieu le père, Dieu le fils, Dieu le Saint-Esprit.
Dans Saint-Jean l'Evangéliste, on trouve:
CHAPITRE XX. -- Verset 22
Jésus-Christ dit à ses apôtres, après avoir soufflé sur eux: recevez le Saint-Esprit; mes paroles sont esprit et vie, et sont les mêmes
que celles de mon père, qui m'a envoyé.

CHAPITRE X. -- Verset 30
Mon père et moi sommes une même chose.
@

-- 110 --
l'existence de la sainte Trinité, laquelle
se manifeste dans toutes les productions
des trois règnes de la nature par le sel, le soufre
et le mercure que presque tous les mixtes
contiennent et qui en sont les principes constituants.



CHAPITRE XII. -- Verset 45
Qui me voit, voit celui qui m'a envoyé.
CHAPITRE XIV. -- Verset 10, 11, 9, 24
Si je fais les oeuvres de mon père, vous devez croire que le père est en moi, et que je suis dans le père.

CHAPITRE VIII. -- Verset 29
Celui qui m'a envoyé est avec moi, et ne m'a point laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable.

CHAPITRE VIII. -- Verset 16
Si je juge, mon jugement est véritable, parce que je ne suis point seul: mais moi et mon père, qui m'a envoyé.

CHAPITRE XVI. -- Verset 28
Je suis sorti de mon père, et je suis venu dans le monde; maintenant je quitte le monde, et je retourne à mon père.
Alors il est prouvé par ce qui est dit ci-dessus: que le verbe procède du père, et le Saint-Esprit, du verbe: et que le verbe est la
parole du père; et le Saint-Esprit, la parole du père et du fils.

@

SEIZIEME LEÇON.
PREMIER CHAPITRE.
De tout ce dont on a besoin dans le travail.

-*:*-
Dans le travail pour faire la pierre philosophale nous avons toujours des fusions à faire,
des sels à employer pour purifier et fondre les
matières servant à l'ouvrage; des lavages, d'amalgames,
une pâte métallique qu'il faut amener
à sa perfection et blancheur: à quoi nous
parvenons par le moyen de très bon vinaigre
distillé.
Nous n'employons ordinairement que des mercures, et ceux qui peuvent convenir se
vendent. -- On peut se servir de ceux revivifiés
du cinabre, et même aussi de celui
qui pourrait s'extraire de l'antimoine. Nous
nous servons des corps ou des esprits qu'ils
contiennent. -- Nous employons des sels, des
soufres et des mercures, de fourneaux, de mortiers,
de creusets, de linges, de flacons, de
pelles et pincettes, de charbon de bois: on pourrait,

@

-- 112 --
pour épargner, employer celui de pierre:
de beaucoup d'eau élémentaire. L'eau de rosée
ne peut nous servir, il nous suffit de la voir
descendre en pluie, et de la voir remonter en
air: mais il faut que les eaux employées
soient bien filtrées, bien claires et très dépurées.
Nous rejetons les crasses pour rendre
le tout bien net. Nous employons les métaux
qu'il faut toujours choisir purs, sains et vigoureux:
sans ces précautions on perd son
temps et son argent. Et dans toutes les opérations
et cours du travail nous avons besoin
de prendre beaucoup de patience, et de porter
aussi beaucoup d'attention à tout, ainsi
qu'au poids juste des matières qu'on y emploie.
Il faut enfin que la personne labourant au grand
oeuvre, se pénètre bien que l'ouvrage d'alchimie
ne peut se faire que par le moyen du feu,
et que lui-même n'est qu'un feu, et qu'il ne
doit y employer que de charbons, de sels et
de soufres pour faire les fusions et les dépurations
des matières dont il se servira.

@

-- 113 --
DEUXIEME CHAPITRE.
Des mariages des métaux, et de celui de Vénus
avec Vulcain.
Dans quelques leçons de ce présent cours d'alchimie nous parlons des alliances des métaux,
des mélanges, des amalgames et des mariages.
Nous parlons du mariage du fixe avec
le fuyant, du blanc avec le rouge, du faible
avec le fort, de l'or avec l'argent, de l'homme
rouge et de la femme blanche, et de celui
d'Apollon avec Diane: mais nous ne disons
rien du mariage de Vénus avec le boiteux
Vulcain. -- Et quoique tous les mariages ci-
dessus soient nécessaires pour parvenir à parfaitement
faire la pierre philosophale, le mariage
hermétique de Vénus avec Vulcain ne
l'est pas moins, puisque c'est de ce mariage
seul que doit naître un enfant essentiel qu'il
faudra rendre beau et parfait pour qu'il puisse
parvenir, par les grands avantages qu'il aura
acquis, à faire une alliance avec un de ses
parents ascendants, de laquelle naîtra notre
Isaac hermétique, lequel doit se multiplier à
l'infini. -- Pour faire les mariages dont nous
5*
@

-- 114 --
parlons ci-dessus, nous avons uni un mâle avec
sa femelle, et il a été prouvé que la femelle porte
et fournit la matière, et que le mâle forme
cette matière par la vertu qui est en lui: et
ces deux vertus, de la femelle et du mâle,
ne sont qu'un feu, un esprit qui est dans les métaux
et minéraux, et qui en fait partie. --
Donc, quand les amateurs de la science hermétique
voudront travailler à faire ce mariage,
il faut qu'ils se pénètrent bien que Vénus
et Vulcain sont deux feux personnifiés
qu'il faudra extraire des métaux; et on ne se
trompera jamais dans cette opération si l'on
considère la manière dont le règne animal se
multiplie, et comment le père engendre son
enfant. -- Ce qui ne se fait pas par le mélange
de leurs chairs, mais bien par le mélange et
union (dans la même seconde) des deux feux
contraires en qualité que les deux chairs renferment.
-- Il faut donc dans le règne métallique
opérer de la même manière. -- Il ne faut
pas les matières des métaux, mais bien unir
les esprits séparés qu'elles renferment. -- Et
cet esprit, ce feu, que chacune d'elles renferme,
quand, par leur union, il en aura été

@

-- 115 --
formé un troisième; ce dernier, étant devenu
première semence des métaux, sera enclin à
se multiplier. -- Et quoique nous parlions de
Vulcain, nous n'entendons pas qu'il faille, en
faisant ce mariage, y faire entrer aucune matière
inflammable, aucun charbon ardent. --
Il n'y faut employer que cette lumière, ce feu,
cet esprit vital (contenu en puissance dans les
métaux et minéraux, et en acte dans notre
élixir), lequel, par sa vertu, conserve et ranime
toutes les créatures affaiblies par la vieillesse
ou par le froid qui l'accompagne.
Cette lumière, ce feu ou cet esprit que l'on extrait des métaux et minéraux et que l'on
rend manifeste, il faut le ramasser, le rassembler;
et pour se bien conduire dans cette opération,
il faut imiter le créateur qui rassembla
la lumière dispersée pour en former le
soleil céleste; de même, il faut que les philosophes
hermétiques rassemblent cette lumière,
ce feu vital dispersé pour en faire leur soleil
hermétique, lequel, à la fin de la coction
du mercure philosophal, répandra de toutes
parts ses rayons lumineux: ce qui nous marquera
la fin de l'oeuvre.

@

-- 116 --
Avant de commencer il faudra réfléchir sur tous ces différents mariages, et se bien fixer
pour ne pas faire le deuxième le premier, ni
le premier le deuxième; il faudra les faire et
les placer à leur rang, et suivre en cela l'ordre
qu'ont tenu et observé tous les philosophes
hermétiques. -- Ordinairement l'on commence
par celui de Vénus avec Vulcain, et
après (ou de suite si l'on veut) on continue
par celui de Diane avec Apollon; mais comme
ce dernier mariage a en lui quelque chose
d'indécent, à cause de la nudité complète et
nécessaire où doit se trouver Diane: nous ne
dirons pas la manière de le faire. Les philosophes
hermétiques reconnaissent trois Vulcains
nécessaires pour faire la pierre philosophale:
les uns y aident, et les autres en font
partie constituante. -- Le premier, c'est le
Vulcain métallique contenu dans les natures
nécessaires pour l'oeuvre, lequel se trouve
toujours garrotté et emprisonné dans les métaux,
et que nous devons rendre libre pour
qu'il puisse exercer sa puissance. Le deuxième,
c'est le Vulcain élémentaire humide formant
le principal cahos de notre oeuvre, lequel n'est

@

-- 117 --
reconnu par les philosophes hermétiques que
par le feu de contre-nature. Et le troisième,
c'est le Vulcain utile dans toutes les cuisines.
Ces trois feux sont nécessaires pour faire la
pierre philosophale. On ne peut pas s'en passer.
Vénus ne s'est pas mariée avec tous, un seul est son mari, et tous trois, comme parents
et alliés, ont facilité les deux mariages et
les aident à prospérer et à triompher des
ennemis jaloux de leur bonheur futur.
L'un est quelquefois destructeur: les autres, toujours conservateurs de leurs productions.
Et dans tout cela nous voyons que le bon est toujours uni avec le mauvais, qu'ils se suivent
et qu'ils ont besoin d'être ensemble quoique
ayant des qualités différentes, opposées.
-- C'est ici l'union du mal avec le bien, formant,
d'après Moïse, l'arbre de la science,
duquel doit sortir l'arbre de vie, ou la médecine
universelle.

@

-- 118 --
TROISIEME CHAPITRE.
Des changements à faire éprouver aux métaux parfaits.

L'or et l'argent qui sont des corps parfaits ne communiquent aucune vertu aux autres
métaux. -- Les corps imparfaits de ce règne
seulement peuvent s'amender et se multiplier
par l'union des vertus du mâle et de la femelle.
Ce qui n'arrive jamais aux corps parfaits:
ils sont parvenus à leur perfection; ils
ont passé et parcouru, ou ils ont été mis
à l'abri de toutes les imperfections des autres
corps: ils sont arrivés par la juste proportion
des trois principes à leur repos; ils ne peuvent
pas aller plus loin. -- Pour pouvoir les
pousser plus loin, d'or et d'argent ordinaires,
il faudra les rendre or et argent philosophiques.
-- Pour y parvenir on a des grandes
difficultés à vaincre, de grands travaux à faire,
et ce n'est que quand ils sont parvenus à cette
perfection qu'on peut tirer d'eux la semence,
ou première matière métallique qui est la
seule nécessaire pour faire la pierre philosophale.
Cependant il ne faut pas prendre ce
que je dis ci-dessus à la lettre: Les philosophes
sont souvent forcés de ne parler qu'obscurément;
c'est leur devoir.

@


DIX-SEPTIEME LEÇON.
Réunion de la théorie, ainsi que de toutes les opérations
nécessaires pour faire et finir l'oeuvre hermétique. --* En 19 parties.
-*:*-
I.
Le mercure qui est blanc en dehors, est très rouge à son extérieur, il est la matière des
métaux. Ce qui nous le prouve, c'est que par
la fusion, les corps ou métaux ne représentent
dans le creuset qu'un mercure, lequel se congèle
par le froid (1).

II.
Dans les métaux et minéraux, il y a deux feux: l'un se perd par la fusion, l'autre est un
feu qui ne les abandonne jamais; il reste toujours


(1) Le mercure n'est, dans son intérieur, qu'un or rouge fugitif. -- Je me suis convaincu de cela par un travail de vingt-sept ans,
pendant lesquels je l'ai vu, au moins cent fois, tout rouge comme
du sang de boeuf. -- Les philosophes hermétiques ont donc bien
raison de le nommer l'or rouge fugitif. -- Ceux qui ne travaillent pas
à la chimie hermétique, ne pouvant pas se convaincre de la vérité,
n'ont pas tort de croire le contraire.

@

-- 120 --
avec eux, et en fait partie; il les conserve
et les met à l'abri d'être détruits par le
feu des cuisines. Ce feu n'est autre chose que
la vertu que leur communiquent le sel et le soufre,
en fixant leur mercure.

III.
Les métaux ont donc un feu que Vulcain ne peut détruire, et sur lequel il n'a aucun
pouvoir; l'or et les autres métaux ne sont conservés
que par lui; si c'était autrement, les
métaux une fois fondus ne seraient plus propres
à être forgés. Il faut donc que ce feu ou
esprit qui est en eux, les mette à l'abri du feu
destructeur.

IV.
Il est donc prouvé que le feu de fusion ne peut pas détruire la vertu et fixité du mercure
que le métal contient; elle résiste à toute attaque.
Le métal a de plus, en lui, une âme immortelle
qu'il apporte des mines, et qu'il conserve,
la seule nécessaire.

V.
La pierre philosophale ne peut se faire que des seuls métaux ou minéraux; rien d'autre n'y

@

-- 121 --
entre, si ce n'est des aidants: attention. Et il
faut que les métaux servant à la faire, redeviennent
eau mercurielle. Ce qui fait dire aux
philosophes hermétiques, qu'il faut que l'eau
remonte vers sa source, et que l'enfant rentre
dans le ventre de sa mère, qui est le mercure.
Et ce mercure, cette eau, n'est que le produit
du second mariage; et dans ce second mariage
l'eau sert de véhicule à la forme, et par leur
union constituent la première matière, ou semence
des métaux.
C'est donc alors qu'on a enté à l'arbre principe ou mercure, cette branche, qui étant une
même chose, mais non de même qualité,
communique par cette union à l'arbre matière,
la vertu masculine qui lui manquait.

VI.
La science hermétique ne s'explique jamais clairement, tous les philosophes n'en ont écrit
et parlé que par des figures et allégories; certains
en ont caché même les principes, tant
ils ont craint de porter préjudice. S'ils s'étaient
expliqués clairement, ils auraient détruit l'ordre
6
@

-- 122 --
général établi, ils auraient mis le désordre
dans les quatre parties du monde.

VII.
Celui qui a trouvé la clef essentielle de l'oeuvre, ne peut s'égarer dans le travail, et il
est assuré de l'amener à perfection; pourvu
toutefois qu'il connaisse et qu'il se dirige par
l'addition alchimique.

VIII.
La pierre philosophale ne se trouve point par hasard; une fois qu'on l'a faite, on ne peut
jamais oublier les principes dont on s'est servi,
ni les opérations manuelles pour y parvenir.

IX.
Le mercure sert de vase, de matière et de nourriture; le soufre teint, colore et échauffe,
et le sel fixe le tout: et cette opération ne se
fait qu'ensemble, et par leur réunion; ils s'aident
mutuellement. C'est la vertu des trois
principes; laquelle ils ne peuvent exercer que
quand ils sont réduits de puissance en acte: ce
qui n'est que, lorsqu'ils sont revenus en mercure,
leur principe.

@

-- 123 --
X.
Les philosophes hermétiques donnent à leur pierre différents noms, ce qui n'est qu'à cause
des différentes opérations par lesquelles on la
fait passer pour arriver à sa perfection.
On peut se convaincre qu'ils disent vrai, si on considère les différents noms qu'on donne
à l'homme: comme foetus, enfant, petit garçon,
jeune homme, homme à marier, vieux, vieillard,
caduc, etc., et c'est toujours de l'homme
dont on parle: noms avec lesquels la pierre
philosophale et son travail a quelque rapport.

XI.
Toute semence sortie du règne métallique, a âme et vie. Pour avoir cette âme, cette vie
dont on ne peut se passer, il faudra ouvrir
(par le moyen du feu et de sel nitre ou autre)
le métal ou minéral qui la contient: Et en opérant
ainsi, on peut obtenir la preuve, ou le
chemin de la vérité que l'on cherche. Alors
étant parvenus à ce point, il nous sera facile,
en nous laissant diriger par l'étoile solaire qui
se sera présentée, de ne pas nous égarer, et
d'arriver (comme firent les trois mages) au

@

-- 124 --
berceau de notre belle enfant, et d'en pouvoir
tirer ce que nous désirons.

XII.
La pierre philosophale ne se fait et ne peut se faire que de mercure, lui seul suffit; mais
il le faut doubler, ou féconder. Et ces deux
mercures joints, qui sont le fondement de notre
oeuvre, avant leur union, sont nommés
par certains philosophes, les deux fumées
blanches, l'une qui monte et l'autre qui descend;
et ces deux fumées sont un vent, dans
le ventre duquel notre enfant philosophique
prend naissance, pousse son germe, s'en nourrit
et s'y parfait.
Voilà pourquoi tous les philosophes hermétiques s'accordent sur la matière, sur le temps,
sur la matrice, sur les mercures, et sur les
corps servant à notre oeuvre. Toute autre eau
ou tout autre chose d'un règne étranger, ne
saurait être admis pour le travail. On parle
quelquefois de la rosée de mai, et quoique
cette rosée ait une grande vertu et réjouisse le
philosophe quand il la voit descendre, il ne
faut pas pour cela les prendre à la lettre.

@

-- 125 --
XIII.
Par le mariage du roi avec la reine, les métaux sont séparés des matières hétérogènes,
et sont dépurés de leurs soufres impurs. Par
cette opération, le composé se trouve en partie
dépuré de tout alliage mauvais, que la nature
y avait introduit. Cependant ces soufres impurs
étaient nécessaires pour former les matières
servant à notre oeuvre; le mâle et la femelle.
Quand l'enfant animal vient dans le
monde, ne vient-il pas avec beaucoup de saletés?
Ces saletés ont été nécessaires pour le
former dans la matrice de sa mère. Voilà
pourquoi les philosophes hermétiques observent
que la forme ou agent cesse de travailler
la matière passive, quand il a fini de la former
ou qu'il l'a fixée, et qu'il ne cesse son mouvement
et action, que quand il y a infusé sa vertu:
alors il s'en sépare, et ne fait pas partie matérielle
du produit; sa vertu seule y reste. --
Le feu corrosif nous en fournit un exemple,
lequel cesse d'agir quand il a réduit tout en
cendres, et qu'il n'a plus de matière combustible
à travailler.

@

-- 126 --
XIV.
Toute chair née de la terre métallique sera dissoute, et (1) retournera en terre, afin que
le sel terrestre qui est en elle, et qui en fait
partie essentielle, aidé par une chaleur extérieure,
puisse faire produire un nouveau germe
à cette terre nouvelle: car s'il ne se faisait pas
une nouvelle terre, nous ne pourrions pas obtenir
un nouveau germe, sans lequel il ne peut
y avoir une nouvelle et parfaite naissance, ni
multiplication en l'oeuvre d'alchimie.

XV.
Les métaux parfaits ne portent pas toujours avec eux la vertu vitale et multiplicative; ce
qui est parfait par la nature en reste quelquefois
à ce point. Il faut donc laisser les métaux
parfaits pour faire la pierre philosophale, et
ne prendre que ceux qui sont en chemin pour
y arriver, je veux dire, l'or et l'argent philosophiques.



(1) La dissolution de la chair métallique, doit être faite de manière qu'elle conserve son esprit vital; à quoi on parviendra, en la
faisant par elle-même, et par son moyen ou vertu.

@

-- 127 --
XVI.
Tout fut créé parfait par l'auteur de toutes choses. -- L'imperfection n'est que le résultat
de la malédiction que Dieu répandit sur la
terre, et à tout ce qu'elle contient et produit,
à cause du premier péché.

XVII.
La fin que le philosophe hermétique se propose en travaillant à la pierre philosophale,
c'est d'obtenir un produit dans lequel réside
la vertu de fixer et de teindre le mercure des
métaux, et de les pousser jusqu'à la perfection
de l'or fin, ou une médecine pour les guérir,
de même qu'aux animaux et végétaux, des
maladies que la nature n'a pu les dégager ou
les exempter, ainsi que de celles qu'ils acquièrent
par une mauvaise manière de vivre; et
cette guérison ne se fait qu'en augmentant en
eux leur esprit vital, qui alors les fait vivre
sans aucune indisposition.

XVIII.
La terre fluidificante, que le philosophe labourant doit extraire des métaux, quand elle

@

-- 128 --
est dépurée des parties grossières, doit être
jointe à la matière universalissime qui lui servira
de véhicule. Alors par cette opération
deviendra première matière ou première semence
du règne métallique, et contiendra la
forme, l'âme, et sera appelée l'esprit universel
de l'alchimie. Et cette première matière ou
première semence (quoique parfaite) ne pourra
manifester sa vertu, ni produire son germe,
que par le moyen de la putréfaction, laquelle
lui communiquera et y ajoutera la facilité de se
multiplier à l'infini.

XIX.
Par la réunion des trois principes, et par l'action de leurs différentes vertus et qualités,
est produite la première fermentation, laquelle
introduit dans la semence qui en est le résultat,
(alors devenue première semence), le moyen
de parvenir au deuxième degré, qui est la putréfaction;
laquelle lui donne et lui communique
le pouvoir de se développer, de produire
son germe et de manifester la vie qui était cachée
dans les premières natures, servant à sa
confection.

@

DIX-HUITIEME LEÇON.
PREMIER CHAPITRE.
L'homme peut se rendre presque immortel par l'usage de
la médecine universelle; et attendre sur la terre, jusques à l'avènement de Jésus-Christ, qui viendra pour juger les vivants et les morts.
-*:*-
A la quatrième leçon de ce présent Cours d'alchimie et à la deuxième note, j'ai démontré
que l'homme avait deux vies en lui qui le
rendaient parfait et le différenciaient des autres
animaux: l'une terrestre et végétative, et
l'autre céleste et immortelle. -- Ce qui m'a
obligé de rapporter une résurrection ou empêchement
de mourir en la personne du sieur
Candy, mécanicien de la ville de Lyon; et
duquel j'ai donné l'adresse, pour que les incrédules
puissent se convaincre de la vérité
de ce que j'ai avancé.
Mais comme cette résurrection n'a été opérée que par la vertu de la médecine universelle
qui lui fut administrée par M. Leriche,
maréchal-ferrant et philosophe hermétique,

@

-- 130 --
demeurant au faubourg Saint-Antoine, à Paris;
avant que le corps dudit Candy décédé eût
totalement perdu la vie terrestre végétative
ou première vie, laquelle unissait l'âme divine
immortelle avec son corps matériel, dans lequel
cette première vie la retenait encore quoique
décédé. J'ai cru devoir bien réfléchir si, en
continuant d'employer cette même médecine
universelle dans le même corps ressuscité, on
ne pourrait pas le faire vivre bien plus longtemps
encore.
Et après avoir bien examiné tout ce qui peut se faire d'avantageux, par l'emploi, à
temps opportun, de cette divine médecine ou
panacée, je me suis convaincu que l'homme
qui avait été créé à l'image et à la ressemblance
de Dieu, par conséquent parfait et
immortel comme lui, pouvait parvenir par
l'usage de cette médecine universelle (principe
de vie et ennemie de la mort) à conserver
en lui cette immortalité pendant plusieurs
siècles; se tenir toujours en bonne santé, et
aller même jusqu'à l'avènement de Jésus-
Christ, pour être jugé sur la terre avec tous
les vivants et les morts.

@

-- 131 --
Voici comment j'ai pu me convaincre de cette vérité:
« Dieu tout puissant, embrassant le passé, le présent et l'avenir, en créant l'homme à son
image et à sa ressemblance, a voulu le rendre
parfait; et il n'a pu être parfait qu'en le créant
immortel, sans cela l'homme n'eût pas été
distingué, ni différent des autres animaux: ce
qui n'entrait ni dans la volonté ni dans le plan
du Créateur.
» L'homme ayant donc été crée parfait et immortel, n'a perdu ce grand avantage (à
cause du premier péché) que dans sa partie
matérielle le composant; aussi, ce n'est que
dans cette partie seulement qu'il a été condamné
aux souffrances, aux privations et à la
mort. Alors il n'est resté en lui que l'âme divine,
qui soit immortelle; laquelle, comme je l'ai
dit et prouvé à la deuxième note de la quatrième
leçon, ne quitte le corps matériel,
périssable, que quand ce dernier n'a plus en
lui de vie végétative ou première vie: laquelle
fait l'union de l'âme divine avec la matière.
» L'homme avant de subir la mort corporelle à laquelle il a été condamné, peut, par

@

-- 132 --
l'usage de la médecine universelle, éloigner
de lui cette mort et prolonger ses jours en
bonne santé pendant plusieurs siècles; mais
quoi qu'il ait ce grand avantage, il doit finir
un jour; et ce n'est qu'après avoir fini et subi
la condamnation que le premier péché lui a
méritée: qui est la mort corporelle ou séparation
élémentaire, laquelle l'homme (dans
le corps matériel duquel il reste toujours un
peu de chaleur, qui est la fin de son principe
vital ou première vie) ne peut se dispenser
de subir, puisque Dieu l'a voulu ainsi et que
son fils unique, Jésus-Christ, s'y est soumis.
C'est alors seulement que l'homme, qui a payé
le tribut auquel son corps matériel a été condamné,
est remis au même point de perfection
dont il avait été déchu, et se trouve en chemin
et en liberté de pouvoir jouir de cette immortalité
que le Tout-Puissant lui avait donnée
en le créant. -- Il pourra donc alors, étant
revenu à la vie par le même moyen qui fut
employé en faveur du sieur Candy de Lyon,
éloigner la mort et prolonger ses jours bien
plus encore par l'usage de cette divine médecine

@

-- 133 --
universelle prise à propos (1); à quoi il
parviendra par le moyen de la première vie
(qui unit les extrêmes) à laquelle la médecine
universelle communique, donne et continue
le moyen de pouvoir retenir l'âme divine,
immortelle, dans son corps matériel. -- Mais
pour le rendre à la vie après qu'il est mort
et qu'il a subi la séparation élémentaire, on
doit avant opérer et employer la médecine
universelle sur le corps mort, comme a fait
M. Leriche, philosophe hermétique, quand
il a ressuscité le sieur Candy; lequel ayant
subi la mort corporelle, pourrait (s'il avait
de la médecine universelle pour pouvoir en


(1) La vertu de la médecine universelle, que le philosophe hermétique tire des métaux et minéraux, dans lesquels Dieu l'a mise,
est si grande, qu'elle est inappréciable par le pouvoir qu'elle a de
rendre l'homme presque immortel sur terre, en tenant toujours les
éléments qui l'ont constitué dans une égale température, et en fortifiant
et augmentant sa vie terrestre végétative, ou première vie, par le
moyen de laquelle première vie l'union du corps terrestre avec l'âme
céleste est maintenue. Les amateurs de la chimie hermétique qui
cherchent dans les autres deux règnes, cette médecine universelle;
travaillent inutilement; ils s'abusent: et s'ils parviennent à tirer
quelque chose de ces deux règnes, ce ne peut être qu'un produit
que le feu peut détruire. -- L'or et l'argent seuls, étant indestructibles,
peuvent leur donner l'objet désiré.

@

-- 134 --
alimenter son corps) vivre en bonne santé, et
prolonger ses jours jusques à l'avènement de
Jésus-Christ (1).
Si donc les hommes peuvent se rendre presque immortels dans ce monde, qui n'est
qu'un passage pour nous rendre à l'autre, ils
ne doivent pas douter (comme font grand
nombre) que nos corps matériels seront glorifiés
et rendus semblables au corps de Jésus-
Christ, dont nous sommes les membres, et que
nous jouirons éternellement de la gloire de
Dieu notre créateur, et de le voir face à face:
ce qui n'arrivera que quand l'homme aura
entièrement satisfait à la justice divine.
Pour donc bien prouver et bien baser que l'homme peut parvenir à prolonger ses jours,
même après sa mort, il faut le considérer de
deux manières, ou comme ayant été créé deux
fois:


(1) Ce que j'avance ici ne doit étonner personne, puisque il est reconnu par tous les philosophes hermétiques, que la médecine universelle
est ennemie de la mort, étant de même nature et pureté
que l'âme céleste. Ce sont deux soeurs immortelles, sorties du même
principe, et qui ont reçu du Créateur de grands avantages. L'une,
de rendre l'homme parfait; et l'autre, de pouvoir le tenir
toujours sur la terre en bonne santé.

@

-- 135 --
Par la première, il doit être considéré comme sortant des mains de Dieu qui, pour
le rendre parfait, immortel et ressemblant à
lui-même, le créa des plus purs éléments;
l'anima par son souffle; lui unit une âme immortelle,
une étincelle de lui-même et lui
donna pour demeure le paradis terrestre, correspondant
au paradis céleste. Mais l'homme
ne pouvant pas se multiplier lui seul, Dieu lui
donna une femme qu'il sortit de lui-même.
Alors ces deux êtres premiers, sortant de la
même racine, ne furent qu'une même chair
composée de la même matière élémentaire,
et ne formèrent qu'un seul et même corps;
et ce corps, pour remplir le plan du Créateur,
reçut cette bénédiction, cet ordre: « Croissez
et multipliez. » Mais par une fatalité dont il
n'est pas possible à l'homme de se rendre
compte, le premier homme manquant d'expérience
se rendit coupable par le péché:
péché qui fut plutôt le produit de la méchanceté,
que de l'amour; de la bonté et croyance,
que de l'ingratitude.

Par la deuxième, alors s'étant rendu coupable
@

-- 136 --
par le péché, il doit être considéré
comme étant déchu de l'immortalité corporelle
et condamné à la mort, ou séparation
élémentaire; par conséquent à quitter cette
terre frappée de malédiction, et sur laquelle
il devait rester éternellement.
Par la première, le premier homme n'avait pas en lui de vie terrestre végétative ou première
vie, pour unir son corps matériel avec
l'âme céleste; il n'en avait pas besoin, puisque
son corps avait été formé des éléments incorruptibles
et avait été animé par Dieu, par
conséquent parfait et immortel; et que tout
ce qu'il aurait mangé était de même très pur,
comme les principes dont il avait été créé.
Aussi, dans cette première perfection humaine,
on n'aurait pas pu distinguer la matière de la
forme, puisque l'âme ou la vie céleste et
immortelle qui lui avait été donnée par le
Créateur était de même principe et avait la
même pureté que la matière qui avait servi à
la formation de son corps, et à laquelle la vie
céleste qui l'animait avait été et restait unie
sans la nécessité d'un esprit mitoyen.

@

-- 137 --
Par la deuxième, après sa chute l'homme fut maudit, ainsi que sa postérité; et il fut
condamné au travail, aux souffrances, aux
maladies et à la mort corporelle. Et ce ne fut
qu'alors, que son corps matériel déchu fut
distingué et en dessous de l'âme immortelle
que Dieu lui avait donnée; laquelle, à cause
de sa grande et parfaite pureté, ne pouvait
plus rester unie avec un corps dégradé et
souillé par le péché. Mais pour que l'âme
divine, immortelle, put rester unie avec le
corps matériel déchu de sa pureté; et que
l'homme, en se multipliant par l'engendrement,
put conserver la perfection et le pouvoir
de se rendre presque immortel sur la terre par
la vertu de la médecine universelle. L'homme
corporellement reçut une vie nouvelle produite
par la putréfaction des semences contenues
dans les éléments dont il était composé,
mais périssable, que j'ai nommée vie terrestre
végétative, ou première vie (1), par


(1) Cette deuxième vie, que le premier homme reçut de son Créateur après avoir péché, devint première vie terrestre végétative
dans tous ses descendants, et forma en lui une deuxième perfection
humaine. Elle ne lui fut donnée qu'après s'être rendu indigne de
6*
@

-- 138 --
par le moyen de laquelle son corps matériel déchu
put être toujours uni avec l'âme divine immortelle.
Par ce deuxième don, Dieu laissa
en l'homme pécheur par faiblesse, l'immortalité
dont il l'avait revêtu et comblé; sans
laquelle il n'aurait pas été parfait, ni digne
de son Créateur.
Il est donc prouvé que l'homme a deux vies en lui: l'une mortelle et l'autre immortelle,
et qu'il réunit aussi en lui un corps matériel
périssable, une vie terrestre végétative et une
vie céleste immortelle: ce qui le rend parfait.
Tant que la vie terrestre ou première vie, qui n'est qu'une chaleur, un feu élémentaire,
reste dans le corps de l'homme décédé (laquelle
ne l'abandonne que quand son corps
est tout à fait froid dans toutes ses parties),
l'âme divine immortelle en fait encore partie.


la première, qui le rendait parfait et immortel sur la terre; laquelle
formait sa première perfection, et le rendait presque égal à son
Créateur. Les descendants du premier homme, naissant par engendrement
dans le premier péché dont il s'était rendu coupable par faiblesse,
n'ont pu jouir que du deuxième don, et n'ont pu se multiplier
que dans l'imperfection, je veux dire par le moyen de la
putréfaction des semences contenues dans la matière, que le premier
péché avait rendue sujette à la corruption, à la mort.

@

-- 139 --
L'homme peut donc (par le moyen de cette première vie qu'il conserve encore dans son
corps après avoir subi la mort corporelle ou
séparation élémentaire à laquelle il a été condamné)
revenir à la vie, en se servant de la
médecine universelle que Dieu a mise dans
les métaux et minéraux, laquelle a la vertu
de communiquer, d'augmenter et de continuer,
à la vie terrestre végétative ou première vie
(qui n'abandonne le corps matériel, comme
je l'ai dit, que quand il est tout à fait froid
dans toutes ses parties), le pouvoir de retenir
dans ledit corps matériel de l'homme l'âme
divine immortelle: ce qui ne pourrait être,
si la médecine universelle ne tirait pas son
origine des plus purs éléments non sujets à la
corruption (desquels le premier homme fut
composé); ce qui la rend égale à l'âme divine.
Toutes les deux, comme nous l'avons dit, sont
deux soeurs qui sortent de la même source et
de la volonté de la même puissance; et c'est
cette parenté qui donne à la médecine universelle
le moyen de maintenir, continuer et
d'augmenter la vie terrestre végétative ou première
vie aux corps humains qui sont au

@

-- 140 --
moment de la perdre, en alliant et unissant
les extrêmes et en accordant les contraires:
les matières et les esprits les composant.

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DEUXIEME CHAPITRE.
Pour bien opérer, il faut avoir soin, avant le total refroidissement du corps matériel,
d'aider et d'augmenter par la médecine universelle
cette première vie terrestre et chaleur,
ou feu élémentaire qui reste dans le corps de
l'homme; et en lui en administrant à propos
la quantité suffisante, il ne sera pas difficile
d'y parvenir et par là le faire vivre toujours.
Ce qui sera aussi facile à faire, comme il est
facile d'empêcher une lampe ardente de s'éteindre;
à quoi on parvient en lui fournissant
continuellement l'huile suffisante qui lui sert
de nourriture et lui conserve la vie.
Il faut donc, quand l'homme a rendu son dernier souffle et qu'il a subi la mort corporelle
à laquelle il a été condamné, ne pas
attendre que son corps soit totalement froid
pour pouvoir le rappeler à la vie; il faut de
suite l'oindre plusieurs fois et extérieurement

@

-- 141 --
de la médecine universelle dissoute dans de
l'esprit de vin, et lui en donner aussi un peu
intérieurement qu'on dissoudra dans un véhicule
moins fort. Cette opération, pour être
bien faite, doit se faire devant un grand feu
et à l'abri du vent; il faut aussi que le corps
de l'homme, imbibé et oint de médecine dissoute,
se sèche plusieurs fois par le moyen de
la chaleur du feu auprès duquel on le mettra
et l'entourera, et jusqu'à ce qu'il donne une
marque visible de retour à la vie on opérera
de même. Puis on le mettra dans un lit bien
chaud, et quand il aura recouvré complètement
la vie il pourra se conserver toujours
vivant et en bonne santé, en prenant de la
médecine universelle de temps en temps:
par ce moyen il se conservera toujours vivant
et dans un état de santé, de jeunesse et de
force complètes. C'est le moyen que Dieu accorde
à l'homme philosophe hermétique pour
se conserver sur la terre jusqu'à l'avènement
de Jésus-Christ; ce qui est une marque très
grande de son amour pour la créature.

@

-- 142 --
TROISIEME CHAPITRE.
Pour se bien convaincre de la possibilité de pouvoir faire revivre ou ressusciter l'homme
et de le tenir longtemps vivant sur la terre,
il faut bien réfléchir sur la difficulté qu'ont
certains animaux de mourir, et d'autres, quand
ils sont morts, de facilité à revenir à la vie.
Voici des exemples qui viennent à l'appui de mon système:

« Les cigales meurent et reviennent ou se reproduisent de leur graine. Les cigales quand
elles ont cessé de chanter pendant l'été meurent
quelques jours après; leur corps se dessèche
et tombe sur terre en plusieurs morceaux,
lesquels s'y mêlent par le moyen de la
charrue, et ces morceaux sont leur graine de
laquelle elles reprennent vie dans la terre qui
leur sert de matrice. L'hiver passé, elles en
sortent petites et blanches, végètent et noircissent;
et quand elles sont grosses, elles
montent sur les arbres et sur les oliviers,
chantent pendant quinze jours de suite et
meurent quelques jours après.
« Les serpents sont très difficiles à mourir. »
@

-- 143 --
« Les polypes, d'après Réaumur le naturaliste, quoique partagés en plusieurs parties,
vivent également dans toutes les parties ou
morceaux. »
« Les mouches, quoique mortes dans l'eau, reviennent à la vie en les couvrant de sel marin
pilé fin. On a vu sur le port au vin, à Paris,
une grande quantité de mouches qu'on venait
de sortir d'un tonneau plein de vin arrivé
nouvellement d'Espagne, et qu'on avait laissées
sur ledit tonneau reprendre la vie quelques
heures après le moyen de la chaleur du
soleil qui les ressuscita; elles étaient cependant
mortes depuis trois mois au moins. »
« Les crapauds, quoique percés au milieu du ventre, vivent encore plusieurs jours. »
« Au sixième volume du Dictionnaire philosophique de Voltaire, article Polypes,
page 175, on y trouve: Regardez le colimaçon
qui marche un mois, deux mois entiers,
après qu'on lui a coupé la tête; et auquel
ensuite une tête revient garnie de tous les
organes que possédait la première. »
Si donc dans certains insectes, reptiles et autres animaux il y a un double principe de
vie, ce qui les approche de l'immortalité,

@

-- 144 --
nous ne devons pas douter que dans l'homme
créé à l'image et à la ressemblance de Dieu il
y ait aussi un principe d'immortalité bien plus
grande encore, sans lequel, comme je l'ai dit,
la créature humaine ne pourrait être parfaite,
ni ne pourrait se rendre presque immortelle
sur terre. Il en est de la possibilité de l'immortalité
humaine, aux yeux d'un très grand
nombre d'hommes judicieux, comme de beaucoup
d'autres avantages donnes à l'homme;
desquels ils doutent complètement: par la
seule raison que ces avantages n'ont pas été
démontrés en leur présence.
Les hommes, en général, ne croient que ce qu'ils voient, et grand nombre sont très portés
à se persuader qu'il leur est permis de douter
de tout ce qu'ils ne voient pas: c'est une
incrédulité que beaucoup d'hommes s'obstinent
à garder; et quelques grandes connaissances
qu'ils aient, on pourrait leur dire qu'ils n'ont
pas toujours raison de douter de tout. Ils jugeraient
bien plus sainement, s'ils croyaient
que l'homme peut parvenir à tout quand
Dieu, qui l'a créé, le permet. Quid retribuam
domino, pro omnibus quae retribuit mihi!

@

DIX-NEUVIEME LEÇON.
Lettres écrites à deux personnes marquantes et offre faite à
plusieurs de leur faire faire un grand bénéfice.
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PREMIERE LETTRE.
Paris, le 26 août 1823.
A MONSIEUR, A LUI-MEME
« Monsieur,
» Une découverte extraordinaire, à laquelle les hommes en général n'ajoutent aucune
croyance, sur laquelle il a été écrit un
grand nombre de volumes, et au travail et recherche
de laquelle beaucoup de savants, d'hommes
riches se sont trop souvent livrés en vain:
reconnue par les uns, rejetée par les autres, enfin
la pierre philosophale et la médecine universelle.
-- Voilà, monsieur, ma découverte
que je désire finir, et que mon peu de moyens
pécuniaires me met dans le cas de ne pas pouvoir.
» Plusieurs personnes avec qui j'en ai parlé, m'ont promis de fournir l'argent nécessaire;
7
@

-- 146 --
quelques jours de réflexion ou de mauvais conseils
donnés, ont suffi pour ne pas le faire. --
D'autres s'en sont dégoûtés d'après le conseil
des personnes auxquelles ils en avaient fait
part. -- Enfin il en a été de même avec d'autres
qui, ayant de la fortune et de grands noms,
portés par leurs connaissances naturelles à
croire à la possibilité de la transmutation métallique,
non seulement m'ont offert le peu d'argent
qu'il faut, mais bien au-delà; et quoique
cela je n'ai pu rien faire avec eux à cause de
leurs trop hautes prétentions qu'ils portaient
jusqu'à exiger de moi que je leur montrerais
cette divine science; et quelque raison que je
leur aie donnée pour leur prouver que je ne
pouvais, ni ne devais donner à personne une
science que je ne tenais que par inspiration divine,
ils ont toujours persisté à la vouloir.
» Si vous, monsieur, qu'une colossale fortune met dans le cas de ne pas tenir à l'argent,
voulez m'aider par des petites avances, je ne
vous offrirai pas comme aux autres de l'argent,
n'en ayant pas besoin; mais je vous offrirai
quelque chose de plus précieux que tout l'or
du monde; la médecine universelle, la panacée,

@

-- 147 --
tant pour vous que pour vos enfants avec
laquelle vous entretiendrez votre vie et votre
santé, et vivrez cinquante années de plus sans
aucune infirmité par l'usage de cette divine
médecine que je vous offre de bon coeur, et
en reconnaissance de la confiance que vous
m'accorderez, et que le temps vous prouvera
que je mérite.
» Si mon offre vous plaît, répondez-moi, je vous prie et croyez-moi, monsieur, votre très
humble serviteur, » Louis CAMBRIEL. »
« P.S. Je vous préviens, monsieur, que ma démarche et mon offre qui peut paraître insidieuse
à certains hommes, ne vous sera jamais
faite par personne, quelque nombre d'années
que vous puissiez vivre.
» Ceux qui ont le bonheur de posséder cette divine médecine, n'ont besoin de l'argent de
personne. -- Moi seul me trouve (quoique possesseur
d'un aussi grand secret) obligé par mes
besoins à faire cette grande offre, et qu'après
une mûre réflexion, vous ne refuserez pas, je
crois.
» Le dit. »
@

-- 148 --
DEUXIEME LETTRE.
Offre extraordinaire que le soussigné se permet de faire à
S. A. R. monseigneur le prince de Condé.
Je me suis maintes fois consulté avec moi- même, si je devais ou non me découvrir, et
faire une offre extraordinaire sans m'exposer
à des repentirs. -- Après une mûre réflexion
je me suis convaincu qu'en m'adressant à un
prince religieux et naturellement porté à être
utile à ses semblables, je n'aurais qu'à m'en féliciter.
-- Dans cette ferme persuasion, je me
suis décidé à vous écrire la lettre suivante:

« Monseigneur,
» Offrir à Votre Altesse Royale l'avantage de vivre soixante années de plus et en bonne
santé (je veux dire sans être sujet aux maladies
pendant tout ce temps), le faire revenir à
l'âge de trente-six ou de quarante ans, c'était le
moyen de le mettre à même de laisser après
lui des descendants et prolonger sa postérité.
» Voilà, monseigneur, ce que je viens vous proposer, non seulement pour vous personnellement,
mais même pour la personne à laquelle
vous vous intéresseriez le plus.

@

-- 149 --
» Mon offre vous paraîtra peut-être bizarre, folle, donnera lieu au ridicule. mais n'en sera
pas moins franche.
» C'est dans les contes des fées (me direz- vous peut-être) que l'on trouve la fontaine de
Jouvence. -- C'est vrai, mais elle n'y est représentée
que comme une chose fabuleuse et
pas du tout réelle, quoiqu'il soit très véritable
qu'elle existe; et c'est de ce dont je puis vous
assurer, monseigneur, puisque j'ai le bonheur
de posséder la manière de la rendre visible et
de vous en faire jouir. -- C'est la véritable médecine
universelle créée par Dieu, par la vertu
de laquelle toute maladie est guérie, toute vieillesse
est rajeunie: puisque par son moyen et
vertu l'homme redevient jeune et se dégage
de tout germe de maladies en lui rendant sa
fraîcheur, et en le rétablissant dans un état
parfait.
» Vous me ferez observer peut-être, monseigneur, qu'il est rare que l'homme puisse vivre
plus d'un siècle, et que le temps nous prouve
que les hommes en général ne vont pas plus
loin.
» Je répondrai à cette observation, que le
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-- 150 --
temps et l'expérience sont contre moi et contre
mon offre; mais que si nous remontons aux
premiers siècles qui ont suivi la création de
l'homme, nous y verrons que nos premiers pères
ont vécus trois cents, cinq cents et même
jusqu'à huit cents ans.
» L'homme d'aujourd'hui ne pourrait-il pas avoir les mêmes avantages que l'homme d'alors?
Dieu nous aurait-il privé de pouvoir le
bénir longtemps sur cette terre?... Je ne puis
le croire, tout me dit le contraire, et si l'homme
meurt si tôt c'est qu'il n'a pas pu jouir de la médecine
universelle tant discréditée dans ce monde,
ou n'a pas voulu prendre la peine de la chercher.
-- Les moyens de la trouver sont partout,...
deux mille volumes en traitant, et écrits
par des hommes de toutes les nations et en toutes
langues devraient nous convaincre de son
existence. Moïse, le législateur des Juifs, en a
traité dans la Genèse, chapitre de la création,
en la désignant par l'arbre de vie et de celui
de la science du bien et du mal.
» Pourquoi et quelle raison Dieu aurait-il eue pour priver l'homme d'aujourd'hui ce grand
avantage, quand il a béni toute la postérité humaine

@

-- 151 --
en la personne d'Adam et dans les trois
principes servant de base à sa procréation, et
que les trois règnes n'ont été créés que pour lui
seul. -- Il n'est pas dans les principes ni volonté
du Tout-Puissant, après avoir (à cause
du premier péché) puni l'homme par le travail,
les privations et les souffrances, de lui ôter les
avantages qu'il lui avait donnés. -- Il a voulu
seulement que les hommes en général ne les
eussent point pour leur ôter les moyens de
nuire en les employant mal; mais il a voulu
(comme il nous est prouvé par tous les livres
traitant de cette divine science) que quelque
créature les possédât et s'en servit comme font
les philosophes hermétiques pour l'avantage de
quelque autre créature; et c'est de ce dont je
suis convaincu moi-même.
» M'étendre davantage sur ma proposition, et pour la prouver possible, l'appuyer des noms
de ceux qui ont possédé ce grand secret, soit
en France, par Arnaud de Villeneuve, le comte
de Saint-Germain, Zachaire et Flamel de Paris.
-- En Allemagne, par Basile Valentin. --
En Angleterre, par Philalèthe. -- En Italie,
par le Trévisan et par l'auteur des Fables égyptiennes

@

-- 152 --
et grecques dévoilées, par Pernety.
-- En Egypte, par Hermès et nombre d'autres,
ce serait peut-être vous ennuyer. -- Je m'arrêterai
et finirai par vous dire que, si ma proposition
peut vous plaire et que vous veuillez
jouir des avantages qui en résulteront, les dépenses
à faire ne sont presque rien et ne dépasseront
pas 6000 fr. -- Cette somme est plus
que suffisante pour travailler, me loger, et m'entretenir
pendant deux ans, temps suffisant pour
parvenir à la fin. -- Par ce moyen vous me
procurerez l'avantage de faire et de finir la plus
belle science et découverte qui soit au monde,
qui est le produit du grand oeuvre des philosophes
hermétiques.

» Veuillez, monseigneur, m'honorer de votre réponse, en attendant ce grand avantage;

» J'ai l'honneur d'être très parfaitement, de S. A. R. monseigneur le prince de Condé,
» Le très humble et très obéissant serviteur, » Louis CAMBRIEL. »
Paris, le 14 novembre 1825.
@

-- 153 --
TROISIEME CHAPITRE.
L'auteur du présent traité d'alchimie qu'on vient de lire, ne pouvant pas faire par lui-même
les frais que nécessite le travail hermétique
qui demande deux ans de temps environ, a fait
insérer plusieurs fois dans les Petites Affiches
l'avis suivant (Offre d'un grand bénéfice), et
il a eu le désagrément de ne trouver que des
hommes incrédules quoique fortement attachés
aux biens terrestres. Aucun n'a voulu lui
accorder sa confiance; ils ont même douté de la
vérité de la science, et ont méprisé les offres
qui leur ont été faites de les faire participer aux
grandes vertus qu'elle contient. Deux personnes
seulement ont cru la chose possible et lui
ont offert 6 000 fr.; mais il y ont mis cette
dure condition (qu'il n'a pu accepter) qu'il leur
montrerait en entier la chimie hermétique, et
que toutes les opérations s'en feraient devant
eux; ce qu'il n'a pu faire ni ne devait faire.
Ils se sont entêtés à persévérer dans leur demande, c'est ce qui a tout empêché.
Il a offert dans le temps et par lettres les grands avantages de la médecine universelle à
des hommes savants, distingués, enfin à des

@

-- 154 --
grands personnages, même à des millionnaires;
ils y ont ajouté si peu de croyance que
ses offres ne lui ont pas même mérité l'honneur
d'une réponse. De combien d'avantages
ils se sont privés! Ils l'ont sans doute pris pour
un homme exalté, pour un visionnaire!

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OFFRE D'UN GRAND BENEFICE.
Il a été reconnu de tout temps par la majeure partie des hommes que la pierre philosophale
était impossible à trouver; qu'elle n'était
qu'une chimère, une folie, et que tous ceux
qui la cherchaient (quoique sages et prudents) ne
s'étaient toujours attirés d'autre mérite, que celui
d'être classés parmi les fous.
Comme nous sommes convaincus du contraire par une longue expérience, et que nous
sommes parvenus par un travail de vingt-sept
ans à trouver le moyen de pouvoir réduire
tous les métaux ordinaires en or fin, et que nous
nous sommes assurés de la vérité de la transmutation
métallique de cette divine science,
nous ne craignons pas de nous exposer au ridicule
de ceux qui n'auront pas voulu prendre
la peine de se convaincre de sa réalité.

@

-- 155 --
Nous osons donc offrir vingt-cinq mille francs de bénéfice pour chaque mille francs
prêtés, à celui qui voudra nous accorder sa confiance,
et qui voudra nous fournir 6 000 fr.,
somme suffisante pour finir notre découverte,
laquelle somme ne nous sera remise qu'en dix-
sept payements, un chaque mois, sauf le premier
qui sera de 1200 fr.
Si cette offre qui paraît dans son abord aussi difficile à pouvoir remplir que l'est la découverte
même, peut plaire à quelque amateur de
fortune, ou l'assure d'avance qui n'aura qu'à
se louer de s'être lié d'affaires avec le proposant,
qui donnera sur sa moralité tous les renseignements
qu'on pourra désirer.
Si le grand commerce qui entreprend toute sorte de spéculations, et toujours avec beaucoup
moins d'avantage, et qui expose de gros
capitaux pour gagner 10, 15 et tout au plus 30
p. 100, trouve dans cette offre un bénéfice assez
fort, il peut en accepter une partie, ou l'offre
entière.
S'adresser, franc de port, à L. C..., chez M. Rivet, menuisier, rue Judas, n° 8, à
Paris.

@

EXPLICATION
DE QUELQUES ARTICLES
DES CINQ PREMIERS CHAPITRES DE LA GENESE

-*:*-
Si tous ceux qui ont cherché à découvrir le vrai sens des articles des cinq premiers chapitres
de la Genèse (lesquels ont tant embarrasse
les chercheurs, comme le dit M. Freret,
dans son examen critique des apologistes,
chapitre XI), et que ces messieurs, tout savants
qu'ils étaient, eussent su, ou cru à la pierre
philosophale et à la médecine universelle, son
produit, ils auraient regardé ces articles obscurs,
comme cachant des vérités alchimiques,
et alors ils seraient parvenus à trouver
le sens caché de tout ce que Moïse en avait
écrit.
Ce législateur était alchimiste; il ne pouvait pas écrire plus clairement. Il traitait de la
science hermétique, et se servait de son
idiome pour démontrer en même temps la
création de l'univers, par le Tout-Puissant.
Sa soeur, Marie la prophétesse, était aussi alchimiste.

@

-- 157 --
Ces deux grands personnages, placés par Dieu pour conduire et donner des lois à son
peuple d'Israël, auraient dû prouver à ces
mêmes chercheurs de la vérité, que la science
hermétique était réelle, qu'elle avait été, et
qu'elle serait de tout temps, et, qu'ils n'auraient
pas dû s'entêter, comme font les savants
d'aujourd'hui, à douter de cette divine science
(par cela seul qu'ils ne le savaient pas); s'ils
s'étaient conduits par la foi, ils ne l'auraient pas
regardée comme fausse ou introuvable, et
n'auraient éprouvé aucune difficulté, et se seraient
rendus familiers tous les articles des
premiers chapitres de la création, qu'ils n'ont
trouvés que fabuleux ou inexplicables. « Les
eaux au-dessus du firmament; les jours avant
» le soleil; et plusieurs autres choses de cette
nature ne les » auraient pas étonnés. »
Je tâcherai dans ce chapitre et suivants, d'en démontrer le sens caché; les expliquer autant
que la science hermétique me le permettra, et
prouver aux incrédules de l'alchimie la vérité
de cette divine science, par les obscurités
mêmes que les savants ont trouvées dans les
articles des cinq premiers chapitres de la
Genèse.

@

-- 158 --
PREMIER, DEUXIEME ET TROISIEME JOUR DE LA CREATION
Dieu, avant tout, créa la lumière et deux paradis; le paradis céleste et le paradis terrestre.
Et ces deux paradis furent séparés par
le firmament séparateur, ou ciel; et le tout
forma et fut nommé l'univers,; et Dieu dit, que
la lumière soit, et la lumière fut.

Dieu travailla les trois premiers jours de la création, à la lueur de cette même lumière
éparse, qu'il avait créée le premier jour, et il
ne la rassembla, ou sépara des ténèbres, le
quatrième jour, que pour en former le soleil-
céleste, « (comme font les philosophes hermétiques,
» qui rassemblent » aussi la lumière
» contenue dans les métaux, pour en former
» leur soleil-hermétique.) » Et alors les jours
furent séparés des ténèbres, ou de la nuit.
Dieu n'eut donc besoin pour les premiers
jours de son ouvrage, que de la lumière éparse,
produite du mouvement; de lui-même, qui
avec les ténèbres ou le repos, formaient le
cahos divin, et Dieu en débrouillant ce cahos,
en créa tout.

@

-- 159 --
Et quoiqu'il paraisse vrai, qu'il n'a pas pu y avoir de jours avant le soleil, il ne sera pas
impossible de prouver, que le créateur a pu
travailler les trois premiers jours qu'il a faits
avant le soleil; et qu'il n'a été ou n'a voulu
être éclairé, dans son travail, que par la lumière
éparse, et que cette lumière première,
avant été ramassée ou rassemblée, le soleil-*
céleste en a été formé, et qu'alors, comme
avant, il y a eu le soir et le matin.
Dieu dit que le firmament soit fait au milieu des eaux, et qu'il sépare les eaux d'avec les
eaux; ce qui fut fait. Et dans le firmament
séparateur des eaux ou ciel, il fut fait deux
corps lumineux, pour séparer le jour d'avec la
nuit, et pour éclairer la terre ou paradis terrestre.
Dieu alors fit deux grands luminaires, l'un pour présider au jour, l'autre à la nuit. Ce qui
fut fait le quatrième jour de la création.
« Le soleil et la lune, créés par Dieu, sont » bien distingués, » et plus beaux, et plus parfaits » que les autres astres, et au-dessus de tous.
» Le soleil nous éclaire pendant le jour, la » lune nous éclaire » pendant la nuit, mais pas
@

-- 160 --
» toujours, parce qu'elle n'est pas toujours
» éclairée elle-même, par le grand astre, le
» soleil.
» De même dans l'ouvrage hermétique, le » soleil ou l'or, qui en est le père, ou l'agent;
» et la lune ou l'argent, qui en est la mère, ou
» le patient, ne parviennent à produire l'enfant
» aurifique, ou à la perfection et fin de l'ouvrage;
» que quand la lune ou l'argent, a reçu du
» soleil ou de l'or, cette première clarté, cette
» vertu, cette forme solaire, que le mari, ou
» l'or des philosophes lui communique.
» Et que de même l'astre lunaire n'éclaire » aussi la terre » ou le globe, que par la lumière » réfléchie du soleil. De même notre lune,
» notre argent philosophique, n'éclaire et ne
» perfectionne l'ouvrage, que quand elle a
» montré et prouvé à l'artiste, que le soleil ou
» l'or s'est uni avec elle, et que cette dernière a
» été engrossée par le feu naturel de l'or, et
» qu'elle ne tient toute sa vertu, sa fécondité,
» que du soleil-métallique son mari, et qu'alors
» tous les deux se baignent, ou se peuvent baigner
» dans une même source. »

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-- 161 --
SIXIEME JOUR DE LA CREATION
Dieu créa l'homme à son image et à sa ressemblance; il le créa mâle et femelle; il les
bénit et leur dit: croissez et multipliez.

« Adam fut donc créé à l'image de Dieu, et » fut placé dans le jardin délicieux, qui était
» dans le paradis terrestre, que Dieu avait crée
» le premier jour, pour qu'il le gardât et
» le cultivât. Et au milieu de ce même jardin,
» étaient plantés l'arbre de la science du
» bien et du mal et l'arbre de vie. »

La terre du jardin délicieux qui était dans le paradis terrestre, créé par le Tout-Puissant,
était une terre rouge, couleur de feu, tachetée
de blanc. C'était la terre adamique, de
laquelle, Adam, notre premier père fut formé
et reçut la vie, dans ledit paradis, devenu, à
cause du premier péché, le globe terrestre et
l'habitation des hommes.

« Le jardin des philosophes hermétiques, » qui est le même que celui désigné par Moïse,
» dans la Genèse, n'est composé que de cette
» terre rouge; et ces messieurs ne travaillent
» d'autre terre, que celle qui a cette couleur.
7*
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-- 162 --
» Ces mêmes philosophes, dans tous leurs écrits,
» placent ce fameux jardin » partout où ils se » trouvent; jamais à un endroit fixe du globe.

» Moïse, dans la Genèse, l'a placé dans le » paradis terrestre, mais n'en a pas désigné
» l'endroit. Il a dit seulement, qu'au milieu de
» ce jardin délicieux, on y voyait une source
» d'eau vive, qui arrosait ce jardin, et qui se
» divisait en quatre grands fleuves; lesquels
» représentaient les quatre éléments métalliques,
» qui par leur union composaient et formaient
» cette divine source (ou l'arbre de
» vie) et fontaine de Jouvence et de rajeunissement,
» et s'appelaient: le premier, Phison,
» et c'est celui qui coule autour du pays d'Hévila,
» où il vient de l'or, et l'or de cette terre
» ou fleuve, est très bon. C'est là aussi que se
» trouve le bdelium et la pierre d'onyx, aujourd'hui
» on dit pierre philosophale.
» Le deuxième, le troisième et le quatrième » n'ont pas besoin d'être désignés: le premier
» seul suffit pour prouver la vérité de ce que
» nous avançons, et que Moïse a obscurci.
» Ce fameux jardin, qui a toujours été caché
» aux hommes, représente et contient les principes

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-- 163 --
» alchimiques purifiés, les opérations ou
» travail et le produit en résultant, qui est la
» médecine universelle, ou l'arbre de vie
» désigné par Moïse. »
Adam fut mis dans ce jardin délicieux pour qu'il le gardât et le cultivât. « Adam représente
» ici le philosophe hermétique, à qui Dieu a
» donné la science, pour qu'il travaille pendant
» plusieurs mois la terre philosophique composant
» le jardin des alchimistes. »

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La femme que Dieu donna à l'homme ne fut formée que d'une de ses côtes. « Ceci nous
» prouve le mariage des deux mercures sortant
» d'une même racine, ou de celui de l'or avec
» l'argent; et aussi, qu'Adam et Eve ne sont
» qu'une même chair adamique. »

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Le Créateur travailla six jours, et se reposa le septième.

1er. -- « Ceci nous représente les six métaux; » et se reposa le septième, qui représente l'or
» ou la perfection du règne métallique. »

2e. -- « Le blé, le vin et l'huile sont la perfection » du règne végétal. »

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-- 164 --
3e. -- « L'homme et la femme sont la perfection du règne animal. »

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Adam notre premier père ne dut guère se mettre en peine ni des pays ou coulait le premier
fleuve, ni ne dut pas devoir en chercher
la raison. « Ce fleuve, ou Phison, possédait en
» lui de très bon or, et on y trouvait aussi la
» pierre d'onyx; c'est-à-dire que par le moyen
» de cet or philosophique on pouvait parvenir
» à faire la pierre philosophale (ou la pierre
» d'onyx), nom seul dont les alchimistes désignent
» le grand oeuvre, et peuvent parvenir
» à changer les métaux imparfaits en or, métal
» parfait. »

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Adam avait été créé immortel dans sa partie matérielle élémentaire, de même qu'Eve; sans
cela, il n'aurait pas été différent des autres
animaux: ce qui ne pouvait pas entrer dans
le plan, ni dans la volonté du Créateur, puisqu'il
l'avait créé à son image et à sa ressemblance.
Il fut donc créé parfait et semblable à
son père; et il ne devint mortel dans sa partie
matérielle élémentaire, qu'après avoir mangé
du fruit de l'arbre de la science du bien et

@

-- 165 --
du mal, duquel Dieu lui avait fortement recommandé
de ne pas manger.
Adam s'étant rendu coupable par sa désobéissance et ayant péché, le Seigneur dit:
Voilà Adam qui est devenu comme l'un de
nous, chassons-le du jardin délicieux qui est
dans le paradis terrestre, pour qu'il ne puisse
pas s'approcher ni manger du fruit de l'arbre
de vie qui le ferait vivre éternellement; ce
qui eût contrarié la volonté du Créateur et eût
paralysé la condamnation de mort que le
premier péché lui avait méritée. « L'arbre de
» la science du bien et du mal représente
» et renferme (comme il a été dit) les principes
» premiers ou » les éléments métalliques » nécessaires pour faire la pierre philosophale
» et obtenir l'arbre de vie, ou la médecine
» universelle, de laquelle Adam fut
» privé à cause de son péché. Ce qui nous
» prouve que l'homme qui a été créé immortel
» peut, par la vertu de l'arbre de vie
» ou médecine universelle, jouir sur la terre
» de sa première perfection. »
Adam ne fut déchu de sa perfection et chassé du jardin délicieux, qui était dans le paradis

@

-- 166 --
terrestre, qu'à cause qu'il avait trop écouté
les flatteries et mensonges du serpent (ou du
diable, nommé Vérin) qui parvint à tromper
Eve, notre première mère, et à lui faire
concevoir le premier enfant, nommé Caïn;
lequel tua Abel, enfant légitime, par envie
de sa vertu. « Ici les matières, pour faire la
» pierre philosophale, sont personnifiées; et
» la mort d'Abel, par Caïn, représente que
» dans le travail hermétique une matière tue
» l'autre et s'empare de sa vertu: Et la terre,
» ou Mercure, alors a ouvert sa bouche et a
» reçu le sang d'Abel, lorsque la main de
» Caïn l'a répandu (1).
Caïn n'ayant pas obtenu le pardon de son crime se plaint à Dieu, et lui dit que quiconque
le trouvera le tuera. Dieu mit alors un signe
sur Caïn pour que celui qui le trouverait
ne le tuât pas.
« Ce qui nous montre et nous donne la » preuve de la vertu aurifique de son frère Abel


(1) « Cette même terre ou Mercure, qui avant était vide et sans » beauté, fut, par ce meurtre, rendue belle, pleine de perfections et
» propre à la génération métallique ayant été imprégnée de la
» forme solaire masculine. »

@

-- 167 --
» dont il s'était emparé. » Si réellement une
créature, nommée Caïn, avait été le meurtrier
d'Abel, son frère, autre créature; Dieu
n'aurait pas mis une marque sur Caïn, et n'aurait
pas empêché qu'un fratricide fût puni.
Et qui aurait pu tuer Caïn? Il n'y avait que
lui sur la terre. »
« Ceci nous prouve et nous démontre une » preuve secrète hermétique, et doit faire bien
» voir et prouver aux incrédules que cette belle
» allégorie ou marque sur Caïn, traite et cache
» un secret alchimique. »

--------
Dans la généalogie des enfants d'Adam, on voit que c'est Seth, deuxième enfant légitime
d'Adam, qui forme la postérité humaine.
« On ne parle plus de Caïn ni d'Abel, parce » que en alchimie les matières ou natures qui se
» confondent ensemble en forment une troisième
» de laquelle seule on parle, les premières
» l'ayant produite ne sont plus rien.
» Il y a quelque chose de caché, d'obscur » dans cette union ou mariage des matières.
» Ceci ne peut donc prouver qu'une opération
» alchimique. »

@

-- 168 --
De l'ouvrage de la nature, et des Eaux au-dessus et au-*
dessous du Firmament, et d'une partie de ce qui se passe et se voit dans l'oeuf des philosophes, pendant la coction de leur mercure philosophal.
« L'ouvrage pour faire la pierre philosophale » se distingue en ouvrage de l'art ou travail
» manuel, et en ouvrage de la nature. Le
» premier dure environ cinq ou six mois, le
» second ou celui de la nature neuf mois, et
» le troisième qui est aussi de la nature, quatre,
» six ou sept mois, selon la volonté ou le
» temps de l'artiste.
» Et c'est au commencement de l'ouvrage » de la nature qui dure neuf mois, ou celui de
» la coction du mercure philosophal dans l'oeuf
» ou on ne voit qu'eaux dans le globe: et que
» ces eaux montent en vapeurs, redescendent
» en bruine, et retombent sur celles qui sont
» au bas ou au fond du globe, et qu'alors cette
» opération de la nature nous prouve et nous
» démontre bien que les eaux supérieures, desquelles
» le paradis céleste est composé, sont
» séparées par le firmament séparateur ou ciel,
» de celles qui avec la terre forment le paradis

@

-- 169 --
» terrestre ou globe, quoique toutes les deux
» sortent du même principe, de la même racine,
» et que leur différence ne soit et ne consiste
» que dans leur pureté. Alors c'est une vérité
» reconnue par tous les philosophes hermétiques,
» qu'il y a des eaux au-dessus et au-
» dessous du firmament divin et aussi de celui
» des alchimistes, et que le paradis céleste n'a
» été formé que des eaux les plus pures, les
» plus raréfiées, et le globe ou paradis terrestre
» des autres. »

--------
Du Déluge universel.
Le déluge de la Genèse, par Moïse, et le déluge des philosophes hermétiques sont deux
déluges qui n'en forment ou n'en font qu'un de
véritable.

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Après que les eaux du déluge, par Moïse, furent diminuées et presque séchées par le vent
que Dieu fit souffler, et que la terre parut un
peu, Noé ouvrit la fenêtre de l'arche, et laissa
aller le corbeau, qui, étant sorti, ne revint
plus.
Sept jours après que le corbeau fut sorti, 8
@

-- 170 --
Noé fit sortir la colombe pour voir si les eaux
avaient cessé de couvrir la terre; mais la colombe
n'ayant pu trouver où mettre les pieds,
parce que la terre était encore un peu couverte
d'eau, elle revint à lui, et Noé étendant le bras
la prit et la remit dans l'arche. Il attendit encore
sept autres jours, et il renvoya de nouveau
la colombe hors de l'arche, elle revint à
lui sur le soir, portant dans son bec un rameau
d'olivier dont les feuilles étaient toutes
vertes.
» Noé reconnu alors que les eaux s'étaient retirées » de dessus la terre. Il attendit encore sept
» autres jours, et il renvoya de nouveau la colombe
» qui ne revint plus à lui. Et le vingt-septième
» jour du second mois la terre fut toute
» sèche.
« Alors de même les eaux du déluge des philosophes » hermétiques sont toutes changées
» en terre par la vertu du feu naturel formateur.
» Notez-bien que le corbeau représente la » couleur noire, ou la putréfaction des principes
» élémentaires des deux mercures (ou des
» eaux formant le déluge hermétique) que le

@

-- 171 --
philosophe a mis dans l'oeuf, et qu'alors la
terre commence à paraître un peu. »

Le corbeau trouva donc la terre sur laquelle il pouvait rester, aussi il ne revint plus
dans l'arche. « Ce qui est essentiel, et qui doit
» arriver pour la réussite de l'ouvrage d'alchimie,
» parce qu'il faut que le corbeau ne rentre
» plus dans l'arche hermétique, et que la
» couleur noire ou putréfaction ne se répète
» pas; et cette couleur noire n'est parfaitement
» noire que le cinquantième jour. »
La colombe que Noé fit sortir de l'arche sept jours après le corbeau, ne trouva rien d'assez
sec, aussi elle revint à lui, ce qui obligea Noé
à la renvoyer de nouveau sept autres jours
après, et le soir même elle revint à lui, portant
dans son bec un rameau d'olivier dont les
feuilles étaient toutes vertes.
« Ceci nous prouve qu'à la fin de la couleur » noire, ou de la putréfaction de notre mercure,
» ou des eaux du déluge des philosophes,
» les couleurs bleue, jaune, orangée et verte
» se présentent un peu et forment l'arc-en-*
» ciel hermétique. »

@

-- 172 --
Noé renvoya de nouveau la colombe pour la troisième fois, laquelle ne revint plus à lui.
« Cela nous montre qu'aux couleurs bleue, » jaune, orangée et verte (qui est celle qui dure
» plus que les autres), il n'y a plus d'humidité
» dans l'oeuf des philosophes, que les eaux se
» sont terrifiées, et que la couleur blanche va
» commencer à se montrer. Et la couleur verte
» qui paraît alors, marque que la pierre des
» philosophes a une âme végétative (ce qui
» renferme un mystère d'alchimie), qui prépare
» et précède la blanche, couleur principale. »
Après le déluge de la Genèse, par Moïse, ou à sa fin, Dieu fit et établit une alliance avec les
hommes qui en avaient été sauvés, et promit
de ne plus faire périr par les eaux tout animal
ayant vie, parce que, dit-il, il n'y aura plus de
déluge qui extermine toute la terre. -- Voici
le signe d'alliance que j'établis pour jamais entre
moi et vous, ainsi qu'avec tous les animaux
qui sont avec vous. Je mettrai mon arc-en-*
ciel dans les nuées, afin qu'il soit le signe de
l'alliance que j'ai faite avec la terre .

@

-- 173 --
Quel est celui qui croira que le Créateur de l'univers a fait une alliance avec la terre, son
ouvrage?
C'est avec les hommes qu'il aurait fait l'alliance, si toutefois Dieu en avait fait une.
« Ici ce sont les deux mercures, ou les eaux » formant le déluge hermétique, qui alors sont
» réduites en terre ou médecine universelle
» blanche.

» Moïse, comme philosophe hermétique, » n'a pas cru devoir s'expliquer plus clairement. »
Et lorsque j'aurai couvert le ciel de nuages mon arc paraîtra dans les nuées, et je me souviendrai
de l'alliance que j'ai faite avec vous,
et avec toute âme qui vit et anime la chair (il
fallait dire esprit), et il n'y aura plus à l'avenir
de déluge qui fasse périr dans ses eaux toute
chair qui a vie.
« Le déluge des philosophes hermétiques a » aussi son arc-en-ciel qui prouve à l'artiste
» que les eaux se sont retirées, et qu'il n'y aura
» plus de pluie, et que les vapeurs qui montaient
» au plus haut du globe ou oeuf, et descendaient
» en pluie ont cessé, et que l'arc-en-*

@

-- 174 --
» ciel d'alchimie, visible dans le globe de
» verre ne se montrera plus, parce que toutes
» les eaux formant le déluge hermétique se
» sont changées en terre fixe, blanche, ayant
» vie. »
Si l'histoire grecque ni la latine ne parlent pas du déluge universel (comme le dit saint
Augustin), il ne faut prendre le déluge de la
Genèse, par Moïse, que comme une allégorie
hermétique; ce que nous croyons avoir prouvé
par tout ce que nous avons dit.

--------

A MES SEMBLABLES, ANCIENS ET MODERNES, VOYAGEANT SUR LA TERRE
J'aurai pu dans ce présent cours d'alchimie, où aucune opération manuelle n'a été cachée,
y joindre le moyen de faire la pierre philosophale
avec la moitié moins de temps qu'on y
emploie.
J'ai lu dans les ouvrages des philosophes hermétiques que deux philosophes seulement
y sont parvenus; mais n'ont pas écrit la manière
d'y faire parvenir les autres; ils ont gardé
la découverte pour eux-mêmes.
Moi j'ai eu une raison forte qui m'a empêché
@

-- 175 --
d'en montrer le moyen. On me taxera peut-
être de jaloux, mais si on fait bien attention à
mes dix-neuf leçons on verra que je ne le suis
point, puisque je crois m'être trop bien expliqué,
m'être rendu trop clair.
Cependant si je puis parvenir à trouver un de mes semblables, et qu'il veuille m'accorder
son amitié, pour lui donner une preuve de la
mienne, je lui montrerai la manière d'abréger
de moitié le temps pour faire l'ouvrage de la
philosophie naturelle que je ne tiens que de
Dieu.
J'ai près de quatre-vingts ans, mes forces sont tellement affaiblies, que je serai forcé malgré
moi, si mes semblables ne me fortifient
pas, de prendre un amateur jeune et fort pour
faire les premières opérations, ne pouvant pas
les faire moi-même, ce qui me forcera à montrer
ce que j'ai toujours caché; à quoi je ne serai
pas obligé, si mes semblables me traitent
comme leur égal.

--------
@

TROIS ADDITIONS
TRAITANT
D'UNE TROISIEME VIE EN L'HOMME, ANIMAL PARFAIT
-*:*-
PREMIERE ADDITION
En dehors de l'Alchimie; faisant suite de la deuxième
note de la quatrième leçon, traitant d'une troisième vie en l'homme, contenue dans sa semence: de sa vertu; de son indépendance; et des abus que l'homme en fait.
A la quatrième leçon de ce présent Cours d'alchimie, je crois avoir prouvé que l'homme
avait deux vies en lui: l'une terrestre et l'autre
céleste; l'une mortelle et l'autre immortelle,
ce qui le rendait animal parfait et le différenciait
des autres animaux. -- Ce même homme
animal parfait a aussi en lui une troisième
vie, qui est celle servant à sa multiplication;
laquelle est contenue dans sa semence: ce que
je crois pouvoir prouver aussi.
La vie végétative ou première vie, qui constitue et anime tout animal, n'est produite
que de la semence qui lui est propre pour se

@

-- 177 --
multiplier; cette semence est pleine de vie et
principe de vie, et est une troisième vie en
l'animal parfait et une deuxième vie en l'animal
à instinct ou imparfait. Elle est le résultat
et production du superflu de la santé de
tout animal parvenu à sa perfection; elle est
contenue en lui et quoique cela n'en fait pas
partie indispensable, puisque l'animal peut
exister longtemps quoique privé de cette
semence. -- Cette semence, formant une troisième
vie en l'homme animal parfait, à sa
demeure et lieu dans ses propres reins, et
n'est produite que de l'excédant de son plus
pur sang qui, s'y étant rassemble, se change
en quintessence (1).


(1) Dans le corps de l'homme comme dans celui de la femme, le sang s'augmente toujours en volume par la nutrition; et ce volume,
pour le maintien de leur santé, de leur vie, doit diminuer chaque
jour pour qu'il n'en reste que la quantité suffisante et nécessaire au
corps la contenant.
Cette diminution s'opère toujours, mais d'une manière différente. En l'homme, par les jouissances charnelles qui lui en enlèvent presque chaque jour plusieurs parties, qui ne sont toujours que le
superflu de son plus pur sang, lesquelles se coagulant dans ses reins,
par l'effet de la fermentation, se réduisent en une centième partie

@

-- 178 --
Le feu naturel du mâle qui amende son sang, le change de rouge en couleur blanche
ou en un baume plein de vie, de feu, blanc
et gluant: lequel ne représente qu'humidité.
Cette semence, cette quintessence ou forme,

de semence pour remplacer celle perdue par les précédentes jouissances.
Et chez la femme, le volume de son sang se diminue par les pertes de chaque mois, ou les purgations, qui n'arrivent et ne s'opèrent
que dans l'état ordinaire; et dans l'autre, ou lorsqu'elle a
conçu, par la nourriture que l'embryon en tire journellement; ce
qui va toujours en augmentant, vu que l'enfant en grossissant a besoin
de plus de nourriture, alors les femmes abondantes en menstrues
ne cessent pas, les premiers mois de leur grossesse, de rejeter
l'excédant de leur sang menstruel, l'embryon ne pouvant pas le tout:
consommer; ce qui ordinairement finit au deuxième ou troisième
mois. Et c'est d'autant plus vrai, que dans l'état de grossesse et vers
le huitième et neuvième mois nombre de femmes changent tout à
fait d'embonpoint (ne pouvant pas fournir assez de sang menstruel
pour satisfaire au besoin de leur enfant), deviennent brunes, maigres,
décharnées, et entrent dans une position bien différente de
celle du commencement de leur grossesse, puisque alors elles en
avaient trop abondamment: ce qui prouve clairement que l'enfant,
dans le ventre de sa mère, se nourrit de la même matière ou sang
menstruel dont il a été formé.

--------
Deuxième note qu'on a cru devoir ajouter à la première

Les hommes forts, par prudence, ne voulant pas jouir, sont exposés,
@

-- 179 --
produite du sang de l'animal, n'a pu être poussée
à ce haut degré de perfection que par la
force et vertu de son feu naturel.
Cette semence, cette forme, n'est (comme il a été dit) que le résultat et superflu de la
première vie végétative de tout animal; et
cette vie ou superflu, est une deuxième vie en
lui. Ce qui nous prouve qu'une deuxième vie
est contenue dans la première vie végétative;
laquelle peut en être séparée pour multiplier
son espèce, sans faire presque rien perdre au
corps matériel la contenant.
La vertu de cette quintessence, de cette

à cause d'un excédent de sang, à des attaques d'apoplexie,
qui souvent les privent de la vie.
Les vieux, faibles, ne pouvant pas jouir, sont attaques par les hémorroïdes, qui les font beaucoup souffrir.
Les femmes, de quelque âge et de force qu'elles soient, n'ayant toujours (par la nature de leur constitution), que le sang qu'il leur
faut, sont moins sujettes aux attaques d'apoplexie.
Mais en l'homme, le sang s'augmentant toujours par la nutrition, comme il a été dit à la première note, il ne peut en diminuer le volume
que par les jouissances ou par un fort travail continuel. Ne
faisant rien de pénible et ne jouissant pas, il est sujet aux attaques
et à mourir.
L'homme ne peut jouir d'une bonne santé, qu'en évitant les extrêmes: le trop et le trop peu en tout.

@

-- 180 --
troisième vie en l'animal parfait, est de former
en corps animal la matière menstruelle ou semence
féminine, produite, comme celle du
mâle, de son plus pur sang. -- Dans cet état,
l'homme animal parfait est dans sa plus grande
perfection et force. Et c'est alors que les éléments
premiers, air et feu, ont le dessus sur
les grossiers, terre et eau. -- Mais cette perfection
et force, qui n'est venue que peu à peu,
doit décroître, diminuer et prouver à la créature,
qui y est parvenue, qu'elle n'est sur cette
terre que pour y souffrir et y passer.
Cette troisième vie contenue dans la semence de l'homme, ce superflu de vie et de
force en celui qui est vertueux et peu porté à
la jouissance, est forcée quelquefois de s'échapper
des reins où est sa principale demeure:
ce qui arrive quelquefois en songe, et prouve
que la semence de l'animal a une vie à elle,
indépendante de la première vie matérielle
végétative de ce même animal.
Chez quelques jeunes gens pleins de feu, elle s'échappe trop souvent par des moyens
connus ou par des jouissances qui détruisent
leur santé; lesquels voulant toujours jouir et

@

-- 181 --
ne donnant pas au sang pur le temps de se
perfectionner complètement et d'acquérir la
couleur blanche, la vertu formante et fixative:
enfin le temps de devenir quintessence, ne
produisent bien souvent dans leurs actes peu
sages de jouissance que le sang rouge qui était
destiné à se parfaire.
Il arrive aussi quelquefois aux gens d'un âge avancé qui étant en convalescence et prenant
des remèdes pour se guérir des maladies
contractées par de précédentes jouissances et
qui croyant avoir encore assez de force et de
vertu pour s'y livrer de nouveau; il leur arrive
alors qu'ils ne produisent dans cet acte que du
sang un peu caillé et moitié blanchi, au lieu
d'une semence parfaite.
Il arrive aussi qu'une trop longue privation de jouir occasionne un trop grand volume de
sang que la faiblesse du feu naturel, chez
quelques hommes, empêche de perfectionner.
Ce même sang alors s'échappe par des conduits
autour du fondement, et là, étant rassemblé
abondamment, il s'y fermente et prend
un caractère corrosif: ce qui se nomme les
hémorroïdes; et tout homme qui a eu le

@

-- 182 --
désagrément d'en être attaqué, ne pourra pas
disconvenir que ce sang, par le mal qu'il lui
a fait éprouver, possédait complètement la
vertu corrosive et s'approchait de la nature
des menstrues de la femelle. -- Cette semence,
qui contient une troisième vie en l'animal
parfait, n'est pas soumise à la volonté corporelle,
quoique produite par la force de la
première vie du corps matériel; elle a son
pouvoir et sa chaude vertu séparées, et qui
bien souvent n'écoute ni la raison ni l'âge pour
démontrer qu'elle ne dépend que d'elle-même
pour s'échapper du corps la contenant et pour
se porter dans une matrice de son règne.
C'est, comme nous l'avons dit, un superflu de
santé du corps de tout animal, et de sa première
vie végétative; lequel lui sert de vase
préalable: elle est donc indépendante et n'est
pas du tout essentielle au corps lui-même,
puisqu'il peut exister sans elle.
Tout animal a donc dans sa semence une deuxième vie indépendante de la première vie
végétative, qui bien souvent s'échappe et
donne pour cela, à l'animal parfait, la preuve
de son indépendance.

@

-- 183 --
La semence, en l'animal, ne se manifeste qu'à son âge parfait, et il se multiplie sans
cesser d'être le même; et dans sa multiplication
il ne fournit que l'excédent de sa santé,
de sa vertu, de lui-même. -- Dans sa vieillesse
l'animal n'ayant de force et de vertu que pour
lui-même, ne démontre pas alors, par des
volontés naturelles, l'existence ni la présence
de la deuxième vie et vertu multiplicative,
contenue dans sa semence; puisque alors elle
s'affaiblit et qu'elle tend à sa fin: comme dans
son enfance, elle tendait à son augmentation
et force.
La première vie végétative, et la troisième vie contenue dans la semence de l'animal parfait,
ne restent ensemble dans le même corps
que tout autant que le corps matériel jouit
complètement de cette première vie végétative;
laquelle, comme nous l'avons dit à la
quatrième leçon de ce présent Cours d'alchimie,
allie aussi (tant qu'elle est présente
dans le corps de l'animal parfait qui est l'homme)
l'âme céleste immortelle avec le corps terrestre
de ce même animal qui alors le rend
parfait. -- Privé de la première vie, le corps

@

-- 184 --
matériel est mort, et ne peut plus conserver
en lui, ni la semence contenant la troisième
vie multiplicative, puisque alors elle s'échappe,
elle fuit la mort, elle s'en sépare; ni la vie
divine, céleste, qui s'en sépare aussi.
Par tout ce que nous avons dit, nous croyons prouver qu'il y a une grande inimitié entre la
vie et la mort, et que, dans aucun cas, elles
ne peuvent habiter ensemble le même corps
matériel, et qu'il ne peut se faire entre elles
aucune union durable.
Dans les animaux imparfaits ou à instinct, qui n'ont que la première vie végétative seulement
ou esprit terrestre, cette deuxième vie
qui est contenue dans leur semence pour leur
propre multiplication, ne peut rester dans le
corps d'un cheval entier quand on l'abat. Alors
cet animal, privé de vie dans sa partie matérielle
et de chaleur élémentaire, ne peut conserver
la vie multiplicative contenue dans sa
semence. Elle s'échappe, elle se sépare du
corps mort, dans les reins duquel elle restait,
et cela se fait au moment qu'on lui ôte la première
vie.
On peut se convaincre de la vérité de ce
@

-- 185 --
que j'avance, si l'on réfléchit sur ceux qu'on
exécutait avant la révolution; que dans l'homme,
animal parfait, on s'apercevait toujours,
chez ceux qu'on pendait, que dans le même
moment qu'ils perdaient leur vie matérielle,
ou première vie, perdaient aussi leur semence
ou troisième vie. Elle s'échappait de leur corps;
ce qui a fait croire à certaines personnes que
de mourir de cette manière on souffrait moins.
Il arrive aussi qu'en l'homme fortement affaibli par une forte hémorragie ou par tout
autre événement, que sa semence, résultat et
superflu de la première vie matérielle s'échappe
de son corps affaibli; et cela peut lui
arriver plusieurs fois pendant la nuit, tant la
vie contenue dans la semence à de vertu; de
force; et ne peut rester unie avec le corps
matériel trop affaibli, ou détruit.
Il arrive aussi que chez les jeunes gens pleins de force, leur semence toute vie s'échappe
abondamment à la suite d'un songe ou
d'une conversation agréable.
Donc la semence ne dépend que d'elle- même, et ne peut rester dans un corps trop
affaibli, ni rester dans l'inaction dans un corps
8*
@

-- 186
plein de force; ce sont deux extrêmes qui la
forcent de s'échapper.

Cette troisième vie ou semence est pleine de feu, et dans l'âge de la plus grande force
de l'animal parfait, et quelquefois même dans
sa vieillesse, porte trop souvent ce même animal
à la jouissance charnelle, et lui fait oublier
les souffrances passées, les craintes de sa
suite pour s'y livrer de nouveau, tant est grande
la force de son feu, de sa vertu. -- Alors cette
semence pleine de vie qui porte l'homme,
animal parfait à la jouissance, l'oblige, quoique
à regret, quelquefois, à remplir en cela
la volonté du créateur, qui, en le bénissant
en la personne d'Adam, lui a dit: Croissez et
multipliez (1).


(1) Lorsque le Tout-Puissant signifia au premier homme: Croissez et multipliez, il lui fit connaître sa volonté suprême, l'ordre d'amour
naturel, et il insinua à la nature, à l'homme à venir, l'amour
mutuel des deux sexes: amour dont il était lui-même le principe, la
volonté.
Et nous sommes si fortement enclins à exécuter cet ordre divin, que les hommes en général manquent souvent aux autres Commandements
de Dieu, mais jamais au premier, tant Adam, le premier
homme, fut imbu fut pénétré de cette volonté divine, de ce

@

-- 187 --
Aussi, je croirais pouvoir dire (mais que je ne puis pas bien affirmer) que, lorsque N. S.
Jésus-Christ a parlé aux hommes en leur défendant
la jouissance charnelle, n'a pas entendu
la leur défendre complètement. -- Il a voulu
porter l'homme à n'en jouir qu'avec raison,
comme de toute autre chose; ce qui lui a fait
dire: Dans votre manger et dans votre boire,
soyez sobre; ne détruisez point votre corps,
n'altérez point votre santé; servez-vous de
toute la raison que j'ai mise en vous. Vous
êtes de petits Dieux sur la terre, rendez-vous
donc, dans toutes vos actions, dans tous vos actes
dignes de ce beau titre. Vous avez été créés
immortels et quoique le premier péché vous
ait privé de jouir sur la terre de ce grand avantage,
j'ai laissé en vous une étincelle de moi-même
pour que vous fussiez immortels, et pour
que vous fussiez aussi toujours ressemblants à
votre Père céleste, votre créateur, qui, quoique
ingrats envers lui de tous les avantages dont
il vous a comblés, vous aime toujours.


premier ordre; que ses descendants n'ont cessé de s'y conformer que
quand ils n'ont plus eu la force, le moyen de le pouvoir remplir.

@

-- 188 --
Il arrive aussi quelquefois aux jeunes gens pleins de feu, et ayant de troisième vie au-
delà de ce qu'il leur en faut pour se maintenir
tranquilles, que l'idée seule de la jouissance,
le tableau d'un objet chéri et désiré, sans autre
chose que cette idée, que ce tableau, porte
leur semence à s'échapper de leur corps matériel;
tant cette semence a de vie, de feu, de
force et d'inclination ou penchant à se multiplier.
Je n'avance rien qu'on ne puisse prouver; et c'est ce qui doit convaincre l'homme qu'il
n'est parfaitement en bonne santé et dans toute
sa force et pleine puissance, que quand son
corps matériel est plein de cette vie multiplicative,
produite du superflu de sa vie végétative
ou première vie, et que les éléments,
comme nous l'avons dit, qui l'ont constitué,
sont parfaitement d'accord entre eux, et que
ceux air et feu l'emportent sur les autres en
force et pouvoir.
Aussi, les animaux parfaits qui ont leur commencement ou naissance, leur prospérité,
leur grande force ou milieu; leur décadence

@

-- 189 --
ou leur fin; ne jouissent d'une bonne santé
que quand les éléments sont bien unis et que
l'un ne l'emporte pas sur l'autre, et ne passent
de cette vie terrestre à l'éternelle que
quand ces mêmes éléments qui ont constitué
leur corps ne sont plus en harmonie, et que
les grossiers, terre et eau ont le dessus sur
ceux air et feu.
Je crois avoir prouvé par tout ce que j'ai dit, que la semence de l'animal vient de son
sang; que ce sang se blanchit et se perfectionne
dans ses reins; qu'elle a une vie à elle, indépendante
(quoique contenue dans le corps
de l'animal) de celle de l'animal même, que
j'ai nommée à la 4e leçon de ce présent cours
d'alchimie première vie végétative; que l'une
est produite de la force et de l'excédent de
l'autre, et que cette semence contenant la troisième
vie, quitte quelquefois le corps la contenant,
et s'en sépare, sans que la première
vie végétative cesse d'être.
Par tout ce que j'ai dit, je crois avoir prouvé que l'homme, animal parfait, a trois vies en
lui.

@

-- 190 --
La première: terrestre et végétative, le formant
et l'animant;

La deuxième: céleste, divine, immortelle,
le rendant animal parfait et le différenciant des autres animaux;
Et la troisième: dans sa semence pour sa
propre multiplication.

--------
DEUXIEME ADDITION
En dehors de l'Alchimie; faisant suite aussi de la deuxième
note de la quatrième leçon, traitant de la semence de la femelle, de sa vertu; de sa perfection; et de ses écarts.
Le sang menstruel de la femelle du règne animal est sa matière, sa semence. Ce sang,
qui est toujours le plus pur, coule goutte à
goutte et se rassemble dans sa matrice; quand
il y est en grande abondance, il est force d'en
sortir pour faire place à un nouveau volume:
ce qui se nomme les purgations ou menstrues.
-- Ce sang menstruel matériel conserve presque
toujours sa couleur rouge; et pendant les
trente jours qu'il reste dans la matrice, quoique

@

-- 191 --
très pur et doux, à force d'être augmenté de
nouveau, contracte, par le moyen de la fermentation
qu'il ne peut se dispenser d'éprouver
(à cause du mélange du nouveau avec
l'ancien), la vertu corrosive qui forme sa
perfection pour la multiplication de son espèce,
et devient, dans la matrice de la femelle,
quelquefois plus corrosif chez les unes que
chez les autres. Dans certaines femelles (à
cause de la force du tempérament) ce sang
très pur qui se rassemble peu à peu dans leur
matrice, de doux qu'il est au commencement,
au lieu de s'arrêter à la causticité seule nécessaire
pour le rendre parfait, s'exalte et dépasse
quelquefois le deuxième degré de la fermentation:
alors il s'écarte et dépasse le degré de
perfection auquel la nature l'avait destiné.
Dans cet état, au lieu de représenter un sang
menstruel corrosif et de couleur rouge, il se
présente sous une forme blanchâtre un peu
gluante, et s'approche de la couleur de la
semence du mâle: alors il s'éloigne par cela de
la perfection que cette matière ou sang menstruel
doit avoir pour se multiplier. -- Ce
sang dans cet état d'imperfection, ayant acquis

@

-- 192 --
un fort degré de feu, porte la femelle et lui
communique un grand penchant pour la jouissance:
alors la femelle, dans le moment de
coït, pousse hors de sa matrice et avec une
grande force ce même sang blanchi et dénaturé,
qui, n'étant plus propre pour la multiplication,
ne laisse pas que de porter fortement
les femelles qui sont dans ce cas à la jouissance
multipliée. Ce qui nous démontre que la femelle
qui a trop de force et d'embonpoint, et
son tempérament poussé jusques à ce degré-là,
ne fait jamais d'enfants. -- Ce sont les femelles
faibles, pâles, maigres et pas abondantes en
menstrues, qui sont les plus propres à la multiplication
de leur espèce.

--------
@

-- 193 --
TROISIEME ADDITION
Faisant aussi, suite de la deuxième note de la quatrième
leçon, et comme la première et la deuxième (aussi en dehors de l'Alchimie) : traitant de l'union des deux semences, du mâle, et de la femelle; formant la semence première du règne animal: et de ses résultats parfaits, ou imparfaits.
--------
Le feu naturel contenu dans la semence du mâle et le feu innaturel contenu dans celle de
la femelle, par leur grande force, sont tous
les deux si enclins à se multiplier, qu'il
portent souvent l'homme et la femme à s'unir
charnellement. Alors, dans ce combat d'amour,
dans cette union charnelle, on pourrait dire
qu'il y a défi, désir de vaincre, de se surpasser
en force pour procréer leur semblable.
Par l'union de ces deux semences, qui ont un feu chacune contraire en qualité, est formé
un compost qui devient première semence,
ou le cahos du règne animal. Ce cahos ou première
semence contient le feu de contre nature,
et n'acquiert parfaitement la vertu de se
multiplier que par la fermentation; et cette
fermentation ne se manifeste, ne s'opère
qu'après que la femelle, pendant son union,
8
@

-- 194 --
a reçu dans sa matrice le feu naturel formateur
que le mâle lui injecte lequel s'unit avec
son sang menstruel et forme le compost, et les
esprits vitaux qui étaient contenus séparément
dans chaque nature sont, par leur union, fortement
augmentés dans ce compost ou cahos.
-- Alors la forme, ou feu naturel du mâle ou
semence masculine, est dissoute et dévorée
par la vertu corrosive de la semence menstruelle;
et le germe animal n'en est produit,
quelques jours après, que par la vertu et effet
de la putréfaction du compost contenant le feu
de contre nature formé par le mélange des
deux feux contraires en qualité. Ce qui alors
occasionne à la femelle des maux d'estomac
et de crachements, et démontre que le germe
animal se développe et que le produit qui doit
en résulter ne peut être que parfait. -- Mais
si, au contraire, la fermentation des deux
semences formant le compost ou cahos animal
est poussée au troisième degré, qui est la corruption,
par sa trop grande action, le compost
produit par l'union des deux semences est
détruit, ainsi que le germe qu'il devait produire:
et le résultat n'est alors qu'un faux

@

-- 195 --
germe, une masse charnelle non propre à
rien, se nourrissant et s'augmentant, comme
l'enfant qui en devait naître, du même sang
menstruel dont il a été produit. Alors la nature
a dépassé ses bornes, s'est égarée et a suivi
une mauvaise route.

--------
Abrégé de ce qui a été dit dans les trois additions précédentes,
traitant de trois vies en l'homme, animal parfait.
--------
L'homme animal imparfait n'est animal parfait que quand il a reçu deux animations: la
première terrestre, l'autre céleste.

La première terrestre, qui le fait animal imparfait et lui donne la première vie, est un
esprit élémentaire.

La deuxième, qui le fait et le rend animal parfait et lui donne la deuxième vie, est un
esprit céleste; et cet esprit céleste ne peut
s'unir et s'allier à la matière, ou corps terrestre,
qu'après que celui-ci, corps terrestre,
a reçu la première vie terrestre qui est un

@

-- 196 --
esprit élémentaire, lequel esprit facilite l'union
de ces deux extrêmes. Et cette deuxième animation
ou deuxième vie n'est envoyée par
Dieu, à l'animal imparfait que pour l'animer
célestement, le rendre animal parfait, digne
de lui, et le différencier des autres animaux
qui n'ont en eux que la première vie matérielle
ou esprit élémentaire.
Et cette deuxième animation ou deuxième vie, qui a rendu l'homme d'animal imparfait,
animal parfait, n'a pu s'opérer que par un
moyen ou milieu, qui n'est que par la vertu
et pouvoir de l'esprit terrestre élémentaire ou
première vie de l'animal imparfait; lequel,
tenant comme esprit terrestre élémentaire du
haut et du bas, a pu allier et unir les extrêmes:
l'esprit céleste avec le corps terrestre. -- Cette
alliance et union de la matière ou du corps
terrestre, avec l'esprit ou âme céleste, n'a pu,
comme je l'ai dit, s'opérer que par l'esprit
terrestre ou première vie. Quand cette union
a été faite. l'homme animal parfait a réuni
deux vies; lesquelles n'ont été produites en
lui que par l'union du corps terrestre avec

@

-- 197 --
l'âme ou esprit céleste. Et ces deux vies ou
ces deux esprits réunis en forment toujours
ou en produisent aussi une troisième vie en
lui; laquelle est dans sa semence pour sa propre
multiplication: alors l'homme animal parfait
a trois vies en lui.

--------
@
@

TABLE.
DES DIX-NEUF LEÇONS DONT EST COMPOSE CET OUVRAGE
HERMETIQUE.
Ainsi que de tout ce que chaque leçon contient. Suivies des
explications de quelques articles des cinq premiers chapitres de la Genèse. Et de trois additions; traitant d'une troisième vie en l'homme; animal parfait.
-*:*-
INTRODUCTION. Page 5
ABREGE DU GRAND OEUVRE. 9

PREMIERE LEÇON.

Lettre de M. EBK à L.-P.-F. Cambriel; et une
autre lettre de L. Cambriel, en réponse à
M. M. EBK, traitant de la théorie et de la
pratique de l'alchimie; avec deux notes, par
lesquelles il annonce de quelle manière il est
parvenu à trouver les opérations pour parfaitement
connaître la science hermétique. 11

DEUXIEME LEÇON.

Explication d'un hiéroglyphe placé à l'une des trois
portes de l'église Notre-Dame de Paris; représentant
toutes les opérations de l'oeuvre hermétique;
avec deux notes. 29
@

-- 200 --
TROISIEME LEÇON.

Lettre écrite à M. de Gabriac, sous préfet du Vigan,
département du Gard, alors à Paris; et les raisons
qui l'ont faite écrire: laquelle traite de tous
les avantages de la médecine universelle. 36

QUATRIEME LEÇON.

1. De la fermentation métallique, de ses besoins,
et des grands avantages qu'elle produit; avec
deux notes. 43

CINQUIEME LEÇON.

1. Des principes visibles, nécessaires, composant
un des cahos. 55
2. Des trois manières d'opérer pour faire l'oeuvre
hermétique. 56
3. D'où il faut partir pour commencer le travail
d'Alchimie. 58
4. Des deux Voies, sèche et humide. 59
5. Des opérations nécessaires pour parvenir à bien
faire la séparation, et réunion des principes
pour l'oeuvre. 60

SIXIEME LEÇON.

1. Montagne philosophique. 63
2. Des cahos métalliques contenant les principes
de l'oeuvre. 64
@

-- 201 --
3. Aigles volants de l'oeuvre. 65
4. Conduite et proportions à garder pendant le
travail. 66

SEPTIEME LEÇON.

1. Des éléments principiants, et des éléments principiés.
68
2. Des corps et des esprits nécessaires pour faire
l'oeuvre. 69
3. Des feux en général et des sublimations. 71

HUITIEME LEÇON.

1. Traité du sel premier principe, par ordre de
travail. 72
2. Traité du soufre, deuxième principe. 74
3. Traité du mercure, troisième principe. 75
4. Observation sur le tout. 76

NEUVIEME LEÇON.

1. Première nature, ou feu chaud. 77
2. Seconde nature, ou feu froid. 78

DIXIEME LEÇON.

1. De la pierre des philosophes, et de la pierre philosophale.
82

ONZIEME LEÇON.

1. De la sublimation et lessive hermétique. 85
2. Des feux intérieurs, d'un des derniers cahos. 86
@

-- 202 --
DOUZIEME LEÇON.

1. De la terre feuillée, et de la terre des feuilles. 88

TREIZIEME LEÇON.

1. Des semailles des philosophes, et du temps
propre à les faire. 94
2. Solution de la terre philosophique. 94
3. De la nourriture, et des naissances de l'enfant
hermétique. 96

QUATORZIEME LEÇON,

1. Chapitre de comparaison. 98
2. Différence du premier cahos, et ce qu'il contenait,
avec lequel Dieu créa le monde; De celui
des philosophes. 100
3. De la vie cachée dans les éléments métalliques
composant les corps parfaits. 105

QUINZIEME LEÇON.

1. L'existence de la très Sainte Trinité est prouvée
et démontrée réelle par l'alchimie. 107

SEIZIEME LEÇON.

1. De tout ce dont on a besoin dans le travail. 111
2. Des mariages des métaux, et de celui de Vénus
avec Vulcain. 113
3. Des changements à faire éprouver aux métaux
parfaits. 118
@

-- 203 --
DIX-SEPTIEME LEÇON.

1. Réunion de la théorie, ainsi que de toutes les
opérations nécessaires pour faire et finir l'oeuvre
hermétique, en dix-neuf parties. 119

DIX-HUITIEME LEÇON.

1. L'homme peut se rendre presque immortel par
l'usage de la médecine universelle, et attendre
sur la terre jusqu'à l'avènement de Jésus-Christ,
qui viendra pour juger les vivants et les morts. 109
Deuxième Chapitre. 140
Troisième Chapitre. 142

DIX-NEUVIEME LEÇON.

1. Première lettre. Deuxième lettre. Lettres écrites
à deux personnes marquantes. Troisième; offre
faite à plusieurs de leur faire faire un grand bénéfice;
précédée du motif qui l'a fait faire. 145

--------

Fin de la table des dix-neuf leçons, suivies des
explications de quelques articles des cinq premiers
chapitres de la Genèse; et de trois additions prouvant
une troisième vie en l'homme, animal parfait.
156
@
@

-- 205 --
Nous ajouterons à tout ce que nous avons écrit dans cet
ouvrage d'Alchimie, plusieurs extraits essentiels composés par les philosophes mes prédécesseurs: ils seront utiles aux amateurs, commençants, à travailler à l'Alchimie ou science occulte.
-*:*-
I.
Fils de la science, si vous voulez faire la conversion ou la transmutation des corps, d'imparfaits
en parfaits, si cette transmutation se
peut faire par quelque matière que ce puisse,
il faut nécessairement qu'elle se fasse par
les esprits. -- Hermès.

II.
L'âme ou teinture des métaux est très nécessaire pour l'oeuvre. Pour se la procurer, il
faut ouvrir les métaux et saisir par un rets fin
cette âme qui en sortira. -- Hermès

III.
Toute chose au commencement de laquelle vous n'aurez point vu la vérité, est tout à fait
trompeuse et inutile. -- -- Morien .
@

-- 206 --
IV.
On ne fera point le magistère si on ne sait pas réduire le soleil et la lune en un seul corps.
-- Morien.

V.
Cette pierre est enveloppée de plusieurs couleurs qui la cachent; mais il n'y en a qu'une
seule qui marque sa naissance et son entière
perfection. Connaissez qu'elle est cette couleur
et n'en dites jamais rien. -- Hermès.

VI.
Mon fils, prenez l'or mâle, submergez-le dans son sang menstruel, et séparez-le de sa
rouille qui le tue, et rendez-le vivant et libre;
puis, continuez et l'aidez à se tirer d'une seconde
affliction après l'avoir tiré d'une première.
Alors vous vous serez fait un ami qui
vous sera très reconnaissant. -- Hermès.

VII.
La pierre que l'on extrait du soleil et de la lune, par un moyen tout naturel, et que l'on
rend visible et palpable, est une pierre que
l'on doit honorer. Elle est cachée dans les cavernes

@

-- 207 --
ou dans le profond des métaux parfaits;
sa couleur la rend éclatante; elle a une vie qu'elle
manifeste à l'artiste, qui lui sert de sage-femme.
Son éclat et sa beauté démontrent parfaitement
que c'est une âme ou un esprit sublime,
et une mer ouverte, sur laquelle le philosophe
doit voyager, et faire attention de ne pas faire
naufrage s'il veut parvenir à jouir de tous les
biens qu'elle renferme en elle. -- Hermès.

VIII.
La pâte ne peut être fermentée sans levain. De la terre fixe faites-en de l'eau, jusqu'à ce
que l'élixir en résultant devienne ferment,
comme la pâte devient levain par le levain
que l'on a mêlé avec elle.

IX.
Lorsque le pur laiton est cuit par un fort feu, et qu'il paraît luisant comme sont les yeux du
poisson, alors on doit espérer qu'en cet état il
pourra retourner à sa nature première.

X.
La première opération du magistère c'est l'accouplement; la seconde, la conception; la

@

-- 208 --
troisième, la grossesse; la quatrième, l'enfantement
ou accouchement; la cinquième, la
nourriture. S'il n'y a point d'accouplement,
il n'y aura point de conception; n'y ayant point
de conception, il n'y aura point de grossesse;
n'y ayant point de grossesse, il n'y aura point
d'accouchement. L'ordre de cette opération
ressemble à la production de l'homme. --
Morien.

XI.
Sachez que le magistère a besoin d'être créé et fait deux fois, et que ce sont deux actions,
et deux opérations tellement liées l'une avec
l'autre, que quand l'une est achevée, l'autre
commence, et tout s'achève en elle.

XII.
Il n'y a qu'une seule première et principale substance, qui est la matière du magistère;
que cette matière se fait un; que cet un est
fait avec elle, et que l'on n'y ajoute ni n'en
ôte quoique ce soit. -- Morien.

XIII.
La pierre, quoiqu'elle naisse de la destruction
@

-- 209 --
des métaux, elle leur est antérieure, puisqu'elle
est la matière dont tous les métaux ont
été formés. Le secret de l'art consiste à savoir
extraire des métaux cette première matière ou
germe métallique qui doit végéter par la fécondité
de l'eau de la mer philosophique.

XIV.
Il faut que l'humidité des corps parfaits, qui est la première matière de laquelle ils ont
été faits, revienne et paraisse, et que ce qui
est caché soit rendu apparent et manifeste.
C'est là ce qu'on appelle réincruder les corps,
c'est-à-dire les décuire et les ramollir jusqu'à
ce qu'ils soient dépouillés de leur corporalité
dure et sèche; d'autant que ce qui est sec n'est
ni entrant ni tingent, n'ayant de teinture que
pour soi seulement. Et on ne parvient à ce ramollissement
qu'après avoir uni le fixe avec
le fuyant par le moyen de la première eau
dissolvante, et après avoir fait et composé
un des premiers chaos, et avoir rendu
Cambar manifeste.
9*
@

-- 210 --
XV.
Les corps du soleil et de la lune étant dissous par notre eau, sont appelés argent vif.
Or, cet argent vif n'est point sans soufre, ni
le soufre sans la nature des luminaires, c'est-à-
dire du soleil et de la lune, parce que ces luminaires
sont, quant à la forme, les principaux
moyens ou milieux par lesquels la nature
passe pour parfaire et pour accomplir sa
génération. Et cet argent vif s'appelle le sel
honoré animé, et engrossé, et feu, parce
que ce sel n'est qu'un feu, et le feu n'est qu'un
soufre, et le soufre n'et qu'un argent vif qui
a été tiré du soleil et de la lune par notre
eau, et réduit en une pierre de haut prix. Je
veux dire que c'est la matière des luminaires,
laquelle a été altérée, changée et élevée d'une
condition vile et basse à une haute noblesse.
Remarquez que ce soufre blanc est le père des
métaux; et leur mère, que c'est notre mercure,
la mine d'or, l'âme, le ferment, la vertu
minérale, le corps vivant, la médecine parfaite,
notre soufre et notre argent vif. C'est-à-dire qu'il

@

-- 211 --
est le soufre du soufre, l'argent-vif de l'argent
vif, et le mercure du mercure.

XVI.
L'or contient tous les métaux en perfection; c'est lui qui les vivifie, parce que c'est lui qui
est le ferment de l'élixir; et ce dernier ne
peut être parfait sans avoir passé par toutes
ses couleurs.

XVII.
Le laiton est une partie principale de l'eau permanente, et il est sa teinture. Et, sachez
que les temps de la terre sont dans l'eau, et
que l'eau se fait toujours jusqu'à ce que vous
mettiez la terre sur elle.

XVIII.
Le soufre a en lui deux différentes substances: sa partie inflammable doit être séparée
et détachée de celle qui ne l'est pas, ainsi
que les fèces ou impuretés terrestres.

XIX.
Il faut ôter au mercure une substance terrestre, impure, et une humidité ou aquosité
superflue et volatile, lesquelles s'évaporent

@

-- 212 --
au feu sans s'enflammer (et qui ont été unies
aux principes de leur composition; et c'est la
terrestreité de leur soufre et l'impureté de leur
argent-vif: les autres impuretés ne surviennent
à cette première mixtion, ou premier
mélange de leurs principes, qu'après). Cette
opération ne peut se faire que par la sublimation,
le feu élevant et consumant tout ce
qui est volatile. Il n'y a aussi que sa moyenne
substance toute seule qui soit utile, qui a la
propriété de ne se point brûler ni se consumer
au feu, et qui fixe ce qui a été uni de volatil
en elle, et empêche les corps auxquels elle
s'unit, d'être brûlés, puisqu'elle demeure et
persévère dans le feu.

XX.
Gardez donc l'argent-vif qui se fait dans les lieux ou cabinets intérieurs, c'est-à-dire dans
les principes des métaux qui en sont composés,
et dans lesquels il est coagulé; car c'est
là cet argent-vif que l'on dit être de la terre
qui reste.

XXI.
Cette pierre s'appelle la pierre des sages,
@

-- 213 --
qu'il faudra mettre dans un feu humide, dans
lequel ses vertus se multiplieront.

XXII.
Je dis de plus que le soufre teint et fixe, et qu'il est contenu et renfermé, et qu'il se
fait par l'union des teintures.

XXIII.
Les soufres qui conviennent à notre oeuvre sont célestes et terrestres. Le mâle est le ciel
de la femelle, et la femelle est la terre du
mâle; ils ont besoin l'un de l'autre; car le
médiocre est le meilleur, parce qu'il n'y a que
les choses médiocres et tempérées qui s'unissent.

XXIV.
Les biens que vous renfermez en vous, ô notre élixir, sont inappréciables, divins; et
c'est en vous seul que les philosophes hermétiques,
mettent leur espoir.

XXV.
Le magistère ne se découvre, ni ne s'obtient ni par violence, ni par menaces, et qu'il

@

-- 214 --
n'y a que ceux qui aiment Dieu qui puissent
l'acquérir; car Dieu ne révèle cette divine et
pure science qu'à ses fidèles serviteurs, qui ne
doivent le confier à personne. -- C'est un don
de Dieu qu'il ne donne qu'à qui il lui plaît,
lesquels doivent s'humilier devant lui, en lui
en donnant de continuelles marques de gratitude,
de soumission et d'amour. Ils doivent
se convaincre toujours qu'ils ne tiennent un si
grand bien que de lui seul, et n'en user que
selon les ordres de sa sainte volonté, et la tenir
toujours secrète dans leur coeur, lorsqu'ils
l'auront découverte.

XXVI.
Ces secrets doivent être cachés à tous les méchants.


FIN.
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PARIS. - IMPRIMERIE DE LACOUR ET MAISTRASSE fils, rue St-Hyacinthe-St-Michel, 33.
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-- 215 --


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Tous les volumes de cet ouvrage hermétique, non signés par l'auteur, seront censés être
contrefaits. ----*O*----
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