Début de l'ouvrage Texte précédent Texte suivant Fin de l'ouvrage Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfsseite Rückkehr. Flag (H)jælp side Tilbage. Bandiera Guida Torno.

@

Page

Réfer. : AL0904X
Auteur : Ci...
Titre : Hermès dévoilé.
S/titre : Dédié à la Postérité.

Editeur : Imprimerie Félix Locquin. Paris.
Date éd. : 1832 .
@





H E R M E S
DEVOILE.
-----

Dédié à la Postérité.

-------

PARIS.
IMPRIMERIE DE FELIX LOCQUIN,
16, RUE NOTRE-DAME-DES-VICTOIRES,

1832.



@
@




PREFACE

LE ciel m'ayant permis de réussir à faire la pierre philosophale, après avoir passé trente-sept ans à sa recherche,
veillé au moins quinze cents nuits sans dormir,
éprouvé des malheurs sans nombre et des pertes irréparables,
j'ai cru offrir à la jeunesse, l'espérance de son pays, le
tableau déchirant de ma vie, afin de lui servir de leçon, en
même temps la détourner d'un art qui offre au premier coup-
d'oeil les roses blanches et rouges les plus agréables, hérissées
d'épines, et dont le sentier qui conduit au lieu où on peut
les cueillir, est plein d'écueils.
Comme la médecine universelle est un bienfait plus précieux que le don des richesses, sa connaissance doit naturellement
entraîner à sa recherche les hommes studieux, qui
croiront être plus heureux qu'une multitude de personnes.
Voilà la raison qui m'a porté à transmettre à la postérité
les opérations à faire dans le plus grand détail, sans rien
omettre, afin de la faire connaître, de prévenir aussi la ruine
d'honnêtes gens, et de rendre service à l'humanité souffrante.
Le lecteur qui sera pénétré de mes opérations n'aura qu'à chercher la matière, le feu et les travaux d'Hercule. Tous
les philosophes en ont fait par devoir un mystère. J'ai juré
à Dieu d'emporter dans la tombe ce secret, je ne serai point
parjure; dut-on me lapider, je préfère déplaire aux hommes
qu'à l'Eternel.
J'ai décrit avec la plus grande sincérité toutes les opérations à faire; on peut y compter, et je désire, du fond de
mon coeur, que le songe que j'ai fait puisse révéler à l'homme
vertueux, appelé par Dieu à jouir d'un pareil bienfait, ce
que j'ai laissé à désirer, en lui évitant des écueils sans nombre,

@

6 HERMES DEVOILE
même de perdre son existence.
Pour faire les travaux d'Hercule, il faut user de grandes précautions; une fois qu'ils sont passés, le reste est un
travail bien agréable, qui ne coûte pas un sou de dépense.
Prenez garde qu'il vous arrive comme à moi de vous blesser: je me trouve, par suite de ces mêmes travaux, l'organe
le plus essentiel à la vie d'affecté, qui me privera, vu
la gravité du mal, de parcourir une longue carrière, la vertu
de la médecine n'étant point chirurgicale, mais seulement
médicinale.
Je conseillerai aussi aux personnes qui voudront absolument se mettre à la recherche de la pierre philosophale, de
ne s'y livrer qu'après avoir suivi plusieurs cours de chimie,
et savoir manipuler. Quoi qu'en disent maints auteurs, si je
n'avais pas eu en chimie les connaissances que je possède,
je n'y serais jamais parvenu.
Je dois ajouter que la matière propre à l'oeuvre est celle qui a servi à former le corps de l'homme primitif: elle se
trouve partout, en tout lieu, sous diverses modifications;
son origine est céleste et terrestre, le feu de la pierre pareillement.
La médecine universelle est un sel magnétique, servant d'enveloppe à une force étrangère qui est la vie universelle.
Aussitôt que ce sel est dans l'estomac, il pénètre tout le
corps jusqu'aux dernières voies, en régénère toutes les parties,
provoque une crise naturelle, suivie d'abondantes sueurs,
purifie le sang ainsi que le corps, fortifie ce dernier au lieu
de l'affaiblir, en dissolvant et chassant par la transpiration
toutes les matières morbifiques qui contrarient le jeu de la
vie et ses courants. Ce sel fait aussi disparaître Par sa qualité
froide toutes espèces d'inflammations, pendant que la force
étrangère de ce même sel se répand dans les principaux organes
de la vie, s'y détermine en les vivifiant. Voici l'effet
de la médecine universelle, qui guérit radicalement toutes

@

HERMES DEVOILE 7
les infirmités qui affectent l'homme dans le cours de sa vie,
et lui fait parcourir en bonne santé plusieurs siècles, à moins
que Dieu en ait ordonné différemment par son organisation;
effet bien contraire à l'opinion reçue des médecins, qui soutiennent
qu'un seul remède ne peut guérir toutes les maladies.
Mais s'ils connaissaient la médecine universelle, ils
verraient que la puissance de ce sel est semblable à celle
d'un aimant, qu'il attire non le fer, mais la force de la vie
universelle, et lui sert d'enveloppe. En l'administrant, ils
seraient forcés de reconnaître sa puissance céleste; ils se
mettraient à genoux devant ce beau sel magnétique doué
d'une force surnaturelle et miraculeuse, en proclamant, en
âme et conscience, que nulle maladie ne résiste à son action,
comme je m'en suis convaincu en rendant à la vie des malades
abandonnés par eux.
Pour concevoir ce que je viens de dire sur la force étrangère de la médecine, il faut voir l'effet que procure le vin
de Champagne dans notre estomac; aussitôt qu'il s'y trouve,
son liquide en pénètre les parois et les fortifie, pendant que
sa force étrangère, due à la présence de l'acide carbonique,
s'en dégage en se portant au cerveau, chasse notre tristesse
et nous met en gaieté, à moins qu'une trop grande quantité
de gaz, venant à presser sur le cerveau, nous fasse vaciller
ou tomber.
Enfin, le corps de l'homme est matériel; néanmoins il renferme une force qui lui est étrangère, qui est la vie.
Je crois prévenir ici de ne jamais oublier qu'il ne faut que deux matières de même origine: l'une volatile, l'autre
fixe; qu'il y a deux voies, la voie sèche et la voie humide;
que j'ai suivi cette dernière de préférence par devoir, quoique
la première me soit très-familière: elle se fait avec une
matière unique.
L'azote se joint facilement au soufre, le feu au feu; et
@

8 HERMES DEVOILE
le mercure double, ou le rebis, à l'état de poudre, ou de sel,
ou d'huile, forme le véritable or potable ou la médecine universelle
au blanc et au rouge; enfin, la semence de l'or est
dans l'or même.
Il faut très-peu de combustible, encore moins de vases. L'oeuvre coûte fort peu à faire, et peut se faire en tout lieu;
mais il est convenable de le commencer avec celui de la
nature pour le bien terminer.
J'ai cru, dans cet écrit, conserver les passages les plus importants de plusieurs ouvrages faits par des philosophes
qui ont possédé le mieux le mercure secret, c'est-à-dire
Hermès, tel qu'Arnauld de Villeneuve, et l'auteur anonyme,
imprimé à Leipsick en 1732, et autres, afin de transmettre,
d'une manière primordiale, à la postérité la plus reculée,
cet art divin, si précieux sous le rapport de la santé.
Cherchez à connaître le vinaigre des montagnes, car sans lui vous ne pouvez rien faire; sa connaissance vous donnera
celle de la fée de l'âme, appelée telle par Arnauld de Villeneuve
dans son Petit Rosaire.
Pénétrez-vous bien aussi que le feu de nos foyers, ou des fourneaux, ou d'une lampe, est le tyran de la destruction,
et que la nature n'emploie le feu vulgaire que pour détruire:
exemple, le feu de la foudre ou celui des volcans.
Rappelez-vous que les deux natures métalliques, après leurs préparations, ne doivent être assemblées qu'à l'état de
germes dissous, comme le dit Arnauld de Villeneuve.
Etant bien pénétré de la pratique et des opérations que je vais vous donner, vous pourrez vous mettre à faire l'oeuvre.
Si vous n'avez pas le bonheur de réussir, c'est que Dieu
ne voudra pas vous accorder un pareil don, car je vous
jure de vous avoir tout dit dans cet ouvrage, sans trahir
mon serment.

@




HERMES DEVOILE


AYANT passé trente-sept ans de mon existence à étudier les phénomènes de la nature, je crois devoir publier
une partie de mes découvertes, ainsi que les peines et
les malheurs que j'ai éprouvés, dans les vues de servir
d'exemple à la jeunesse, de prévenir la ruine des honnêtes
gens, et de rendre service à l'humanité souffrante.
Né d'une mère chérie et d'un père respectable et très- instruit, qui occupait une place honorable dans la société;
étant seul de garçon, mon père fut mon mentor et me donna
une éducation soignée. De bonne heure je devins le modèle
de la jeunesse de ma ville, par ma conduite, mon goût pour
les arts et les sciences et mon instruction. A peine avais-je
dix-sept ans que je pouvais vivre indépendant et du fruit
de mes talents. Mon père était en correspondance avec des
savants, dans le nombre desquels il y en avait qui s'occupaient
de la recherche de la pierre philosophale et de la
science- occulte des choses. Leurs livres m'étaient tombés
entre les mains; j'en étais imbu; je me disais: serait-il
possible que des rois, des princes, des philosophes, des présidents
de cour et des religieux, eussent pris plaisir à mentir
et à induire en erreur leurs semblables! Non, c'est impossible,
me répondais-je; ce sont plutôt d'anciennes connaissances
cachées sous le langage des hiéroglyphes, afin que le
vulgaire en soit privé, et qu'il n'y ait que les élus qu'il plaît
à Dieu d'initier, qui puissent posséder ces connaissances
surnaturelles. J'étais naturellement bon et croyant; ne connaissant
point les détours du coeur humain, je crus à la
sincérité de ces livres. Il me tardait d'être mon maître, afin

@

10 HERMES DEVOILE
de me livrer à ce genre d'étude; la vie à mes yeux n'avait
plus de charmes qu'autant que l'on possédait la santé, et
que l'on pouvait faire des heureux sans qu'ils puissent parler
de nous. La connaissance de la pierre philosophale remplissait
ce but: elle devint alors le sujet de mes veilles et de
mes moments de loisir; mon ambition se portait aussi à
acquérir la certitude de l'existence de l'immortalité de l'âme.
Telles étaient les connaissances que je désirais connaître
aux dépens même de mon existence.
La révolution française venait d'éclater. Mes connaissances parurent, aux yeux de mes concitoyens, plus utiles dans
une administration qu'à l'armée. On m'honora de plusieurs
places. Dans mes tournées, je vis, en entrant dans une petite
ville, une jolie demoiselle, dont les traits de bonté, le sourire
gracieux et l'air décent, charmèrent mon âme et enflammèrent
mon coeur: dès ce moment, je me promis d'en faire
ma femme. Après avoir rempli la tâche que m'imposaient
mes devoirs, je m'occupai de chercher quelques prétextes
pour lui parler: l'amour n'en manque pas, et peu de jours
s'écoulèrent jusqu'au moment où je reçus la permission de
me présenter chez elle. Enfin, l'hyménée vint combler mes
voeux, et je me promis de la rendre la femme la plus heureuse
du monde. Hélas ! j'étais loin de croire que je lui
ferais éprouver une série de malheurs presque sans exemple,
puisqu'elle avait tout fait pour me rendre heureux.
Quelques mois après mon mariage, je fis la connaissance d'un homme à talent, qui avait pour femme une artiste célèbre;
ils avaient tous les deux le goût de l'alchimie, et me
confièrent un petit manuscrit qui avait été trouvé derrière
une armoire, duquel ils faisaient grand cas. Il était écrit
d'un style qui inspirait beaucoup de confiance; tout s'y
trouvait, à l'exception du nom de la matière, des travaux
d Hercule et de la connaissance du feu. Je me crus alors

@

HERMES DEVOILE 11
l'homme le plus heureux de la terre. Je conçus, dans la
fougue de ma jeunesse, d'immenses projets: je me mis à
travailler, ce qui me fit négliger ma partie et mes propres
intérêts. Je crus par la suite donner ma démission, afin de
me livrer entièrement à la philosophie hermétique, et dans
plusieurs années j'eus anéanti la somme que m'avaient donnée
mon père et ma mère en me mariant, et dissipé en fumée
une portion de la dot de ma femme.
Mon amour et mon amitié sans bornes pour la compagne de ma jeunesse, et sa tendresse pour moi, nous donnèrent
une nombreuse famille, qui augmenta mes dépenses lorsque
ma fortune s'éclipsait. Je voyais ma femme soutenir avec
courage sa position, et le désir de la rendre heureuse augmentait
ma ferme résolution d'atteindre le but que je m'étais
proposé. Vingt-un ans se passèrent au sein des plus grandes
privations. Je tombai dans le malheur; mes nombreux amis
me tournèrent alors le dos. On finit, en cherchant à s'expliquer
ma position, vu ma conduite exemplaire, par savoir
que mon goût pour l'alchimie me portait à me priver du plus
juste nécessaire. Je devins la risée publique; on me traita
de fou, je fus hué, ma famille me rejeta de son sein à plusieurs
reprises, et je me vis errant dans ma patrie, obligé
de suspendre mes travaux, ayant vendu jusqu'au meilleur
de mes habits pour payer les gages d'un domestique qui
m'aidait à passer les nuits. Ma femme, chargée de maints
enfants, fut obligée, de son côté, de se réfugier chez ses parents,
en ne cessant d'être le modèle des vertus; et moi, en descendant
au fond de mon coeur, je n'avais rien à me reprocher,
que mon goût pour une partie qui m'avait ruiné,
et placé ma famille dans une position pénible et douloureuse.
Je me vis forcé d'oublier mes travaux et de faire valoir mes talents; mais la position pénible où je me trouvais jetait
naturellement une défaveur sur moi. A peine avais-je organisé

@

12 HERMES DEVOILE
une partie avantageuse, que mes subordonnés, ou les
personnes qui me fournissaient des fonds, s'en emparaient
en cherchant à jeter sur moi une défaveur telle, que je ne
pus trouver nul appui, afin que ma position financière les mit
à l'abri de toutes réclamations. Ayant écoulé environ dix ans
ainsi, et employé une partie des nuits à la lecture de presque
tous les ouvrages publiés sur la pierre philosophale, commençant
à courber la tête sous le poids des années, je sentis
ce penchant irrésistible qui rappelle l'homme à ses premières
amours; je me crus de bonne foi mieux instruit,
capable de franchir tous les obstacles qui m'avaient arrêté
jusqu'alors. Je m'adressai à des personnes riches qui avaient
mes mêmes goûts: je fus accueilli avec bienveillance. Au
commencement de ces nouvelles connaissances, je passai des
jours heureux, les amitiés m'étaient prodiguées; je pouvais,
moyennant mes travaux, venir au secours de ma famille;
mais aussitôt que l'on croyait posséder mes connaissances,
on m'abandonnait sous de vains prétextes; on se porta même
jusqu'au point de me faire prendre une forte dose de sublime
corrosif, dans la vue de me détruire et de s'emparer de mes
écrits. J'avais appris à connaître le coeur humain à mes frais
et dépens; je me tenais continuellement sur le qui-vive:
mais le feu qui se manifestait dans mon estomac et la saveur
que j'éprouvais, me firent recourir au contre-poison: j'en
fus quitte pour une année de malaise et de la presque privation
du seul plaisir que j'avais sur la terre. Que ne puis-
je ici, dans la crainte de me rendre importun et trop long,
faire un récit des petites passions humaines, et de la différence
inconcevable qui existe entre l'homme aimable que l'on voit
orner les soirées de nos salons, et le même homme guide par
l'appât des richesses et de sa vile cupidité ! ce sont vraiment
deux êtres différents.
Ma plume se refuse ici au récit que ma position me fit
@

HERMES DEVOILE 13
éprouver; à peine un grand in-folio suffirait-il pour contenir
mes revers. Je tombai derechef dans le malheur; il
était si complet, que ma nombreuse famille, composée d'enfants
charmants, bien élevés, vertueux au-delà de toute expression,
chéris dans les sociétés, où ils se faisaient remarquer
par leur décence et leurs talents d'agrément, prirent,
par amour pour leur infortuné père, tellement le chagrin
à coeur, que de légères maladies, ou tout autre aurait guéri
au bout d'une quinzaine, devinrent mortelles pour eux, et
en peu de temps je perdis mes enfants.
O perte irréparable ! qu'il est triste et déchirant pour un coeur paternel de n'avoir, à ce récit, que des pleurs à faire
couler en regrets superflus ! puisse un jour l'Eternel me
permettre de vous revoir, et le ressouvenir de mes malheurs
sans nombre sera pour moi effacé.
Dans la position accablante où je me trouvais, je crus ranimer toutes mes forces pour faire une dernière tentative:
je m'adressai à une personne riche, qui avait une grande
âme et beaucoup d'instruction. Je fus traité par elle, pendant
plusieurs années, plus généreusement que par les dernières
personnes auxquelles je m'étais adressé, et je parvins enfin
à faire quelque chose d'encourageant; mais ce n'était point
encore l'oeuvre.
Un jour, me promenant à la campagne, assis au pied d'un gros chêne, je me plus à me repasser toutes les circonstances
de ma vie, et à juger si j'avais quelque mérite, ou si j'avais
encouru l'énorme poids des malheurs qui m'accablaient. Je
me rappelais les découvertes utiles au commerce que j'avais
faites, et le bénéfice que l'industrie française en avait retiré;
je voyais avec douleur des étrangers en profiter et mon nom
oublié; je portais mes regards sur des personnes qui avaient
eu l'adresse de s'emparer des découvertes d'autrui, après leur
avoir donné une tournure à la mode; je les voyais comblées

@

14 HERMES DEVOILE
d'honneurs, de places, et je me trouvais errant et repoussé; je
me demandais si j'avais, avec intention, fait tort d'un sou à
l'un de mes semblables; ma conscience me répondait non;
ai-je cesse un seul moment d'être bon fils, bon mari, bon père,
bon ami, pour celui qui le méritait? mon coeur me dit aussi
non; ton malheur vient uniquement de n'avoir pas atteint
ton but.
Je me représentais qu'il était cruel pour moi d'avoir été, à diverses époques de ma vie, si mal jugé par mes semblables,
même par mes amis; la peine que me faisaient
éprouver tous ces ressouvenirs m'accablait, mes forces
m'abandonnaient, et je mis ma tête sur mes mains, en versant
un torrent de larmes, en appelant l'Eternel à mon secours.
La chaleur, ce jour-là, était forte: je m'endormis, et
fis le songe suivant que je n'oublierai jamais.
Je crus entendre craquer l'arbre au pied duquel je me trouvais, ce qui me fit détourner la tête, et j'aperçus une
nymphe, modèle de la beauté, qui sortait de cet arbre: ses
vêtements étaient si légers, qu'ils me parurent transparents;
elle me dit: J'ai entendu du sein de cet arbre sacré le récit
de tes malheurs; ils sont grands sans doute: mais tel est
le sort où l'ambition conduit la jeunesse, qui croit affronter
tous les dangers pour satisfaire ses désirs. Je n'ajouterai
aucune réflexion pour ne pas aggraver tes malheurs; je
puis les adoucir. Mon essence est céleste; tu peux même
me considérer comme une déjection de l'étoile polaire; ma
puissance est telle, que j'anime tout: je suis l'esprit astral;
je donne la vie à tout ce qui respire et végète, je connais
tout; parle, que puis-je faire pour toi?
O céleste nymphe ! lui dis-je, tu peux ranimer en moi un coeur abattu par le malheur, en me donnant seulement
une légère notion sur l'organisation de l'univers, sur l'immortalité
de l'âme, et me procurer les moyens de parvenir

@

HERMES DEVOILE 15
à la connaissance de la pierre philosophale et de la médecine
universelle. Je suis devenu la risée publique; j'ai le front
courbé sous le poids énorme de mes malheurs: de grâce,
daigne me donner les moyens de me réhabiliter à mes propres
yeux.
Je suis vraiment touchée de ta pénible existence, me répondit-elle; écoute, réunis toutes tes facultés, et grave-toi
dans la mémoire le récit que je vais te faire, en prenant
une partie de mes comparaisons au figuré, pour que je puisse
me rendre sensible à ton intelligence.
Représente-toi un espace d'une étendue presque sans bornes, où flotte le système des mondes, composé de soleils
ou d'étoiles fixes, de nébuleuses, de comètes, de planètes et
de satellites, nageant dans le sein de l'éternité, ou d'un soleil
de lumière divine, dont les rayons sont sans limites, et tu
auras une légère notion de l'ensemble de l'univers, ainsi que
du monde fini et de celui infini.
Le système des mondes et l'Eternel, ou le soleil de lumière divine, sont de même origine; ils n'ont point eu de commencement,
et n'auront point de fin.
Les légers changements qu'éprouvent certains globes ne changent rien à l'ordre de l'univers.
La volonté de l'Eternel, ou de l'esprit créateur, peut à dessein lancer dans l'espace une nébuleuse; celle-ci, partant
de la tangente en parcourant l'espace, subit la loi de l'attraction
d'un soleil duquel elle s'est approchée, et finit par
décrire une ellipse très-allongée, où les deux foyers sont
déterminés par l'action de deux soleils. Alors elle forme une
comète; mais, au bout d'un laps de siècles, elle finit par
céder à l'action la plus forte de l'un des deux soleils; elle
régularise sa course, et finit par faire partie de son système
en tournant autour de lui; puis, au bout d'un certain nombre
de siècles, son point lumineux, ou les deux qu'elle affecte

@

16 HERMES DEVOILE
d'avoir, se réunissent en un seul point lumineux qui devient
le feu central de ce globe, qui devient lui-même, à une époque
très-reculée, une planète habitable, lorsqu'elle a pris une
certaine consistance métallifère, et fait naître à sa surface
les éléments nécessaires à la vie des animaux appropriés à
sa nature, tels, par exemple, que de l'eau, une atmosphère
et des végétaux.
Les planètes peuvent, par la forte expansion de leur feu central, se déchirer en diverses parties, dont chacune, répandue
dans l'espace, devient autant de satellites, en s'attachant
à l'atmosphère d'activité d'une autre planète.
Une comète, qui a été en premier lieu une nébuleuse, peut, par son action, en s'approchant trop près d'une planète, soulever
ses eaux, donner lieu à un déluge, en abaissant ou
relevant son axe; ce qui change le lit des mers, met à jour
ce qui était couvert par les eaux, et ensevelit pour des siècles,
sous les mers, des contrées habitées, en recouvrant du limon
des mers les débris des animaux et des végétaux entassés
les uns sur les autres.
Une autre planète, en passant dans la queue d'une comète, cette dernière peut enflammer son atmosphère, et détruire
non-seulement tous les végétaux, mais aussi les animaux, et
faire de cette même planète un vaste tombeau.
Enfin, une comète, par sa trop grande action, peut, en s'approchant trop près d'une planète, porter une perturbation
dans son atmosphère, capable de modifier l'existence
animale et végétale, et même la détruire. Voici les seules
modifications qu'éprouvent les globes; mais rien ne se perd
pour cela dans le monde: les globes fussent-ils réduits à des
atomes, ces derniers, par la loi de l'attraction, finiraient par
former un tout ou un nouveau globe.
Les diverses espèces d'animaux qui paraissent avoir existé sur la terre, à des époques bien éloignées les unes de autres,

@

HERMES DEVOILE 17
sont le fait de la création à laquelle a donné lieu l'Esprit
créateur. Mais tous les êtres qui en découlent paraissent à
des époques plus ou moins reculées les unes des autres, à
l'issue des grandes catastrophes qu'éprouve la terre: l'espèce
humaine ne date elle-même que de près de soixante siècles.
Les soleils, les comètes et les divers globes, sont autant d'êtres d'une nature particulière qui se trouvent, en particulier,
régis par un esprit; car l'hiérarchie universelle est
infinie. L'Eternel est d'un ordre bien au-dessus de ces
esprits; ces derniers sont, comme ses ministres, et les globes
comme ses sujets, soumis à la direction de ces mêmes ministres.
Tout ce qui existe dans l'univers de matériel ou de physique est purement minéral; les gaz le sont eux-mêmes:
prends note de cet aveu.
L'homme est un composé triple; son corps ou sa forme est animé d'une âme: celle-ci est la réunion de diverses
forces, à l'aide desquelles l'esprit régit sa forme ou la
matière. L'âme est dirigée par l'esprit céleste, qui est une
émanation de l'action divine, et par conséquent impérissable.
L'homme ne périt jamais que par sa forme: alors l'esprit, auquel l'âme sert de lien ou d'enveloppe, s'en sépare, et sa
forme, privée de l'esprit vital céleste, est livrée à la réaction
de ses principes constitutifs. L'esprit et l'âme vivent alors
spirituellement, en recherchant les centres qui leur conviennent,
et au bout d'un certain temps, l'homme, ou l'être, ou
l'esprit, ou la vie spirituelle, qui va toujours en se perfectionnant,
se sépare de son âme ou de son enveloppe glorieuse,
pour rentrer dans son universalité; ce qui fait que
l homme meurt deux fois, c'est-à-dire change deux fois de
forme; mais l'homme, ou l'esprit, vit éternellement. D'après
mon récit, tu ne peux maintenant douter de l'immortalité
de l'âme.
Voilà tout ce qu'il m'est permis de t'apprendre ici pour
@

18 HERMES DEVOILE
satisfaire tes désirs.
Maintenant veux-tu savoir comment la médecine universelle agit sur l'économie animale? Considère, comme je viens
de te le dire, que la forme, ou le corps de l'homme, est seule
mortelle; tu verras qu'il ne périt que du côté des solides.
Comme ces derniers sont tous minéraux, tous peuvent être
régénérés par le principe ou l'esprit minéralisateur, lequel,
par ses diverses modifications, forme les divers produits que
nous connaissons. Ils se trouvent donc tous rappelés à leur
état primitif par l'action de ce même principe et de sa force
étrangère, qui rétablit l'équilibre, et permet à l'esprit d'entrer
et de sortir librement à travers notre propre forme,
comme l'eau à travers une éponge; car le dérangement de
notre corps ne vient uniquement, exception faite des indispositions
mécaniques, que des courants de la vie qui ne
peuvent librement circuler. Mais la vertu de la médecine
universelle est purement médicinale et non chirurgicale;
elle ne peut remettre un membre coupé ou détruit entièrement;
ce qui fait que la personne qui en prend de bonne
heure, habituellement aux deux équinoxes, peut vivre sans
infirmité plusieurs siècles, à moins que la nature n'ait prescrit
une courte durée à son existence par son organisation, qui
vient sans cesse contrarier les efforts de la vie.
Venant maintenant au sujet de tous tes malheurs, et, si j'ose le dire, de ton point fixe, il a fallu ton opiniâtreté pour
te rendre digne d'un pareil bienfait. Ecoute attentivement
et n'oublie jamais tes malheurs, afin d'avoir toujours présents
à tes yeux les infortunés. Suis-moi, et ne crains rien. Je vis
alors un nuage qui sortit du sein de la terre, qui nous
enveloppa et nous transporta dans l'air. Nous parcourûmes
les bords de la mer, où j'aperçus de Petites bosses. La nuit
survint; le ciel était très-étoilé ¨ nous suivions la voix lactée,
en nous dirigeant à l'étoile polaire. Un froid extrême s'empara

@

HERMES DEVOILE 19
de moi, et provoqua un profond sommeil. Réchauffe
ensuite par les rayons du soleil qui paraissait sur l'horizon,
je fus tout étonné, en me réveillant, de me trouver sur la
terre, et d'y apercevoir un temple. La nymphe me prit par
la main, et me conduisit à son entrée. Te voilà rendu, me
dit-elle, au lieu où tu dois résoudre le problème suivant.
Puisque tu as été bon mathématicien, réfléchis bien, car tu
ne peux rien sans sa solution.
D'un par un, qui n'est qu'un, sont fait trois, des trois deux, et des deux un.
Tu m'as dit être instruit en chimie: vois quel moyen tes connaissances peuvent t'offrir pour ouvrir seulement la serrure
de la porte de ce temple, afin d'y pénétrer jusqu'au
sanctuaire.
A vaincre sans péril, ajouta-t-elle, on triomphe sans gloire. Avant de te quitter, je veux encore t'observer que tu ne
peux combattre le dragon qui défend intérieurement l'entrée
de ce temple, qu'avec cette lance qu'il faut que tu fasses
rougir à l'aide du feu vulgaire, afin de percer le corps du
monstre que tu dois combattre, et pénétrer jusqu'à son
coeur: dragon qui a été bien décrit par les anciens, et duquel
ils ont tant parlé.
Pense à la rosée de mai; elle te devient indispensable comme véhicule, et comme étant le principe de toutes choses.
Je jetai mes regards sur elle, la nymphe se mit à sourire.
Enfin, tu vas commencer les travaux d'Hercule; réunis toutes
tes forces, et sois d'une ferme volonté. Adieu. La nymphe
me prit par la main et me la serra. Aimes-tu la vie? me
dit-elle. En votre présence, je la chéris plus que jamais, lui
répondis-je. Tâche de ne pas la perdre par imprudence:
en attendant l'issue du combat, je veillerai près de toi, et en
cas d'événement, je viendrai te soulager. Adieu. Elle disparut.
J'étais triste d'avoir perdu cette nymphe qui m'était si
@

20 HERMES DEVOILE
chère. Enfin, je me décidai au combat. Ayant réuni des
branches de bois sec éparpillées sur le lieu où je me trouvais,
j'y mis le feu à l'aide d'une lentille que je me trouvais
avoir sur moi, et fis rougir ma lance presque au blanc.
Pendant cette opération, je cherchai le moyen qui pourrait
le mieux détruire la serrure de la porte du temple. Je m'aperçus
que la nymphe m'avait glissé dans ma poche, sans que
je m'en aperçusse, un bocal bouché, plein de la substance
qui m'était nécessaire.
Déterminé à vaincre ou à périr, je saisis avec fureur ma lance d'une main et la substance de l'autre, et mis de cette
dernière sur la serrure la quantité nécessaire. Celle-ci, en
peu de temps, disparut entièrement, et les deux battants de
la porte du temple s'ouvrirent avec fracas. J'aperçus un
effroyable dragon qui avait un énorme dard à trois pointes,
qui cherchait à me lancer son haleine mortelle. Je m'élançai
sur lui en criant:

Lorsqu'on a tout perdu, que l'on n'a plus d'espoir, La vie est un opprobre et la mort un devoir.
Il ouvre sa gueule pour me dévorer; je lui plonge dedans, avec tant de force, ma lance, que je pénètre jusqu'à ses
entrailles et lui déchire le coeur; et afin qu'il ne pût m'atteindre,
je faisais en même temps de rudes efforts à l'aide
de ma lance pour détourner la direction de sa tête. Le monstre
se replia sur lui-même à diverses reprises, vomit des flots
de sang, et cessa d'exister.
Je me dirigeai de suite au choeur du temple, et j'entendis une voie céleste qui me dit. Audacieux, viens-tu profaner ce
temple pour satisfaire ta vile cupidité, ou viens-tu y chercher
les moyens de soulager l'humanité souffrante? Je viens,
lui répondis-je, dépouille de toute ambition, te prier à

@

HERMES DEVOILE 21
genoux de me donner les moyens seulement de recouvrer la
fortune que j'ai sacrifiée pour connaître la pierre philosophale,
ceux aussi de pouvoir en secret rendre à la vie des
humains vertueux; je te jure, et le jure à l'Eternel, que
si tu daignes m'accorder un pareil bienfait, je ne révélerai
jamais les travaux d'Hercule, ni la matière et le feu, que par
un langage qui ne puisse être entendu que par ceux que Dieu
voudra gratifier d'un pareil secret; et si je suis parjure,
que je sois puni d'une manière exemplaire.
Je vis alors deux superbes vases en cristal, reposant chacun sur un piédestal du plus beau marbre de Carrare. L'un
de ces vases était en forme d'urne, surmonté d'une couronne
en or à quatre fleurons; on avait écrit en lettres gravées
dessus:
Matière contenant les deux natures métalliques.
L'autre vase en cristal était un grand bocal bouché à l'émeri, d'une forte épaisseur; on avait gravé pareillement
dessus ce qui suit:
Esprit astral ou esprit ardent, qui est une déjection de l'étoile polaire.
Ce vase était surmonté d'une couronne d'argent, ornée de neuf étoiles brillantes.
Comme je finissais de lire, j'aperçus avec joie mon aimable nymphe, qui me dit, en me montrant ce grand bocal: Vois-tu
mon miroir?
Rien, me dit-elle, ne peut s'opposer maintenant à te récompenser toi-même de la lutte que tu as soutenue avec
autant de courage, en prenant à discrétion des substances
que contiennent ces deux vases sacrés qui sont de même
origine céleste. Je m'aperçois du malaise que te fait éprouver
ta victoire, qui pourrait te devenir funeste en faisant ici
un plus long séjour; hâte-toi de prendre ta récompense, et
sors au plus vite de ce temple: je vais tout disposer pour

@

22 HERMES DEVOILE
notre départ. Elle me laissa seul.
Mes forces et mon courage commençaient à s'abattre: je crus devoir obéir aux ordres de la nymphe. J'aperçus à
côté des deux vases sacrés divers bocaux vides, bien nets,
en cristal, bouchés à l'émeri. J'en pris deux; j'ouvris avec
précipitation le premier vase en forme d'urne, qui contenait
la matière androgyne, ou les deux natures métalliques, et
en remplis mon vase. L'ayant bouché, après avoir fermé
l'urne en cristal, j'ouvris le second et plus grand vase. Je
versai en tremblant dans mon deuxième bocal, de la substance
qu'il contenait: je n'avais pas d'entonnoir, le temps
me durait, mes forces s'évanouissaient; je fermai bien vite
le grand vase et le mien avec son bouchon en cristal, et je
sors avec empressement du temple. En passant près du
monstre que j'avais vaincu, je vis qu'il ne restait plus de lui
que ses dépouilles mortelles de nulle valeur.
Aussitôt que j'eus pris l'air, je crus que j'allais m'évanouir. Dans la crainte de casser mes deux vases en tombant, je me
couchai sur la terre avec peine, après avoir posé à côté de
moi mes deux petits bocaux: je fus quelques moments à
respirer avec difficulté. Ma nymphe chérie vint à moi en
souriant; elle me félicita sur mon courage, et sur la victoire
que je venais de remporter; elle me dit: Conviens, infortuné
Ci..., qu'il n'est pas bon de s'exposer souvent à pareille lutte.
Que vois-je? me dit-elle, une école ! Ces paroles me frappèrent.
Je lui dis: Expliquez-vous. L'un de tes bocaux contient
plus de matière androgyne qu'il ne t'en faut; mais tu
n'as pas pris assez d'esprit astral, il t'en faut infiniment plus;
et, comme dit Arnauld de Villeneuve, il en faut foison d'eau,
d'esprit distillé: mais ta faute est excusable, elle est le fruit
d'une peur fondée; enfin, tu en as assez pour t'apprendre
à faire la pierre et combler tes désirs. Hâtons-nous de rejoindre
notre point de départ. Tu ne penses plus à la compagne

@

HERMES DEVOILE 23
de ta jeunesse, ni à l'inquiétude où ton absence l'a
plongée: partons; ta vie serait en danger ici. Je vis un
nouveau nuage sortir du sein de la terre, qui nous enveloppa
et nous enleva dans l'air. Nous fîmes bien du chemin. La
nuit survint. Le ciel était sans taches et très-étoilé: nous
suivions derechef la direction de la voie lactée, mais en sens
inverse. J'éprouvai alors un grand froid. Notre direction était
aussi du côté du lieu qui me vit naître. Mais en quittant une
région froide, et passant dans une région chaude, je sentis
un fort sommeil s'emparer de moi, et je fus bien étonné, en
me réveillant à la pointe de l'aurore, de me trouver au pied
du gros chêne d'où nous étions partis.
J'appelai mon aimable nymphe; elle me dit en riant: Que veux-tu de plus? dis-moi, que faut-il que je fasse pour
terminer mon oeuvre?
Maintenant que tu as passé les travaux d'Hercule, et que tu possèdes les matières, ce n'est plus qu'un travail de
femme ou d'enfant attentif et soigneux. Ecoute avec attention.
Considère bien les travaux de la nature: elle a formé dans le sein de la terre les métaux; mais il te faut quelque
chose de plus, leur quintessence. Vois où elle tire la quintessence
des choses: ce n'est qu'à la surface de la terre,
dans les règnes qui vivent ou végètent: suis donc la nature
pas à pas. Considère aussi comme elle opère dans le règne
végétal, car ce n'est point un animal que tu veux faire. Vois-
la, humectant avec la rosée ou la pluie la semence confiée à
la terre, la desséchant à l'aide du feu céleste, et réitérant
ainsi, jusqu'à ce que l'embryon soit formé, développé, bourgeonné,
fleuri, et parvenu à sa vertu multiplicative, enfin
à la maturité de son fruit. C'est bien simple; dissous et
coagule, voilà tout, et donne-toi de garde de te servir d'autre
feu que de celui du ciel.
Enfin, la nymphe daigna me tracer tout ce qui me restait
@

24 HERMES DEVOILE
à faire, comme je vais le dire dans le plus grand détail. Je
me jetai à ses pieds pour la remercier d'un pareil bienfait,
en adressant mes humbles remerciements à l'Eternel de
m'avoir fait surmonter tant de dangers; puis elle me dit
adieu, en ajoutant: ne m'oublie pas. Elle disparut. Sa fuite
me fit éprouver une peine si grande, que je me réveillai.
Peu de temps après, je me mis à recommencer mon oeuvre, et, à l'aide des travaux d'Hercule, je me procurai de la
matière contenant les deux natures métalliques, ainsi que
de l'esprit astral, avec le secours de mes dernières ressources,
et non de celles d'autrui, qui m'ont rendu libre de disposer
à mon gré de ma réussite envers ceux qui le mériteront
à mes yeux, sans blesser ma délicatesse et la bienséance,
ni fouler à mes pieds les devoirs de la reconnaissance.



PREMIERE OPERATION

Confection de l'azote ou du mercure des philosophes
Je pris de la matière contenant les deux natures métalliques; je commençai par l'imbiber de l'esprit astral peu à
peu, afin de réveiller ces deux feux intérieurs qui étaient
comme éteints, en desséchant légèrement et broyant circulairement
le tout à une chaleur de soleil; puis réitérant
ainsi et fréquemment, en humectant de plus en plus, desséchant
et broyant, jusqu'à ce que la matière eût pris l'aspect
d'une bouillie légèrement épaisse. Alors je versai dessus une
nouvelle quantité d'esprit astral, de manière à surnager la
matière, et laissai le tout ainsi pendant cinq jours, au bout
desquels je décantai adroitement le liquide ou la dissolution,

@

HERMES DEVOILE 25
que je conservai dans un lieu froid; puis je desséchai derechef
à la chaleur solaire la matière restée dans le vase en
verre, qui avait environ trois doigts de hauteur; j'imbibai,
broyai, desséchai et dissolvais comme j'avais précédemment
fait, et réitérai ainsi jusqu'à ce que j'eusse dissous tout ce
qui était susceptible de l'être, ayant eu le soin de verser
chaque dissolution dans le même vase bien bouché, que je
mis pendant dix jours dans le lieu le plus froid que je pus
trouver. Lorsque ces dix jours furent écoulés, je mis la dissolution
totale à fermenter dans un pélican pendant quarante
jours, au bout desquels il se précipita par l'effet de la
chaleur interne de la fermentation une matière noire. C'est
alors que je distillai sans feu, le mieux qu'il me fut possible,
le liquide précieux qui surnageait la matière contenant son
feu intérieur, et le mis dans un vase en verre blanc, bien
bouché à l'émeri, dans un lieu humide et froid.
Je pris la matière noire et la fis dessécher à la chaleur du soleil, comme j'ai déjà dit, en réitérant les imbibitions avec
l'esprit astral, les cessant aussitôt que j'apercevais la matière
qui commençait à se sécher, et la laissant ainsi se dessécher
d'elle-même, et cela, autant de fois qu'il fut nécessaire pour
que la matière devint comme une poix noire, luisante. Alors
la putréfaction fut totale, et je cessai le feu extérieur, afin
de ne point endommager la matière en brûlant l'âme tendre
de la terre noire. Par ce moyen, la matière parvint au
fumier de cheval: à son imitation, il faut, suivant le dire
des philosophes, laisser agir la chaleur intérieure de la matière
elle-même.
Il faut ici recommencer le feu extérieur pour coaguler la matière et son esprit. Après l'avoir laissé dessécher d'elle-
même, on l'imbibe peu à peu, et de plus en plus, de son
liquide distillé et réservé qui contient son propre feu, en
broyant, imbibant et desséchant à une légère chaleur solaire,

@

26 HERMES DEVOILE
jusqu'à ce qu'elle ait bu toute son eau. Par ce moyen, l'eau
est changée entièrement en terre, et cette dernière, par sa
dessiccation, se change en une poudre blanche que l'on appelle
aussi air, qui tombe comme une cendre, contenant le
sel ou le mercure des philosophes.
Dans cette première opération, on voit que la dissolution ou l'eau, s'est changée en terre, et celle-ci, par subtilisation
ou sublimation, se change en air par l'art ou s'arrête le
premier travail.
On prend cette cendre que l'on fait dissoudre peu à peu à l'aide de nouvel esprit astral, en laissant, après la dissolution
et la décantation, une terre noire qui contient le soufre fixe.
Mais en réitérant l'opération sur cette dernière dissolution,
absolument comme nous venons de la décrire précédemment,
on obtient une terre plus blanche que la première fois, qui
est la première aigle, et l'on réitère ainsi sept à neuf fois.
On obtient par ce moyen le menstrue universel, ou le mercure
des philosophes, ou l'azote, à l'aide duquel on extrait
la force active et particulière de chaque corps.
Il est bon d'observer ici qu'avant de passer de la première aigle à la deuxième, ainsi qu'aux suivantes, il faut réitérer
l'opération précédente sur la cendre restée, si le sel n'est
pas, par le feu central de la matière, suffisamment élevé par
la sublimation philosophique, afin qu'il ne reste après l'opération
qu'une terre noire, dépouillée de son mercure.
Faites bien attention ici qu'à la suite du gonflement de la matière dans la fermentation qui suit la dissolution, il se
forme à la partie supérieure de la matière une espèce de
peau sous laquelle se trouvent une infinité de petites bulles
qui contiennent l'esprit: c'est alors qu'il faut conduire avec
prudence le feu, vu que l'esprit prend une forme huileuse,
et passe à un certain degré de siccité.
En rendant à la terre peu à peu la quantité d'eau nécessaire
@

HERMES DEVOILE 27
à sa dissolution, il faut avoir le soin de ne pas commencer
à l'imbiber avant que la terre soit convenablement arrivée
à sa siccité.
Aussitôt que la matière est dissoute, elle se gonfle, entre en fermentation, et rend un léger bruit; ce qui prouve
qu'elle contient en elle un germe vital qui se dégage sous
forme de bulles.
Pour bien faire l'opération que je viens de décrire, il faut observer le poids, la conduite du feu et la grandeur du
vase.
Le poids doit consister dans la quantité d'esprit astral nécessaire à la dissolution de la matière.
La conduite du feu extérieur doit être dirigée de manière à ne pas faire évaporer les bulles qui contiennent l'esprit par
une trop grande quantité de feu, et ne point brûler les fleurs
ou le soufre, en continuant le feu extérieur, de manière à
pousser trop loin la siccité de la matière après sa fermentation
et sa putréfaction, afin de ne pas voir le rouge avant
le noir.
Enfin, la grandeur du vase doit être calculée sur la quantité de la matière, de manière que celle-ci ne contienne que
le quart de sa capacité: entendez-moi.
N'oubliez pas aussi que la solution mystérieuse de la matière, ou le mariage magique de Vénus avec Mars, s'est faite
dans le temple dont je vous ai précédemment parlé, par une
belle nuit, le ciel calme et sans nuages, et le soleil étant dans
le signe des Gémeaux, la lune étant de son premier quartier
à son plein, à l'aide de l'aimant qui attire l'esprit astral
du ciel, lequel est sept fois rectifié jusqu'à ce qu'il puisse
calciner l'or.
Enfin, la première opération étant terminée, on a l'azote, ou le mercure blanc, ou le sel, ou le feu secret des philosophes.
Certains sages le font derechef dissoudre dans la moindre

@

28 HERMES DEVOILE
quantité d'esprit astral nécessaire pour en faire une dissolution
épaisse. Après l'avoir décanté, ils l'exposent dans un
lieu froid, pour obtenir trois couches de sels.
Le premier sel a l'aspect de laine; le deuxième, d'un nitre à très-petites aiguilles, et le troisième est un sel fixe alcalin.
Des philosophes les emploient séparément; d'autres les réunissent ensemble, comme l'indique Arnauld de Villeneuve
dans son Petit Rosaire, fait en 1306, à l'article des deux
Plombs, et le font dissoudre dans quatre fois leur poids
d'esprit astral, afin de faire toutes leurs opérations.
Le premier sel est le véritable mercure des philosophes; il est la clef qui ouvre tous les métaux, à l'aide duquel on
extrait leurs teintures; il dissout tout radicalement; il fixe
et mûrit pareillement tout, en fixant les corps par sa nature
froide et figeante: bref, c'est une essence universelle très-
active; c'est le vase dans lequel toutes les opérations philosophiques
se font. On voit donc que le mercure des sages
est un sel qu'ils nomment eau sèche, qui ne mouille pas les
mains; mais pour s'en servir, il faut le dissoudre dans
l'esprit astral, comme nous l'avons déjà dit: on emploie dix
parties de ce mercure contre une d'or.
Le deuxième sel sert à séparer le pur de l'impur, et le troisième sel sert à augmenter continuellement notre mercure.


DEUXIEME OPERATION

Confection du soufre
La teinture extraite de l'or vulgaire s'obtient par la préparation de son soufre, qui est le résultat de sa calcination
philosophique qui lui fait perdre sa nature métallique, et le

@

HERMES DEVOILE 29
change en une terre pure; calcination qui ne peut avoir lieu
par le feu vulgaire, mais seulement par le feu secret qui
existe dans le mercure des sages, vu sa propriété double;
et c'est en vertu de son feu céleste, secondé par la trituration,
qu'il pénètre dans le centre de l'or vulgaire, et que
le feu central, double de l'or, mercuriel et sulfureux, qui s'y
trouve comme mort et emprisonne, se trouve délié et anime.
Ce même feu céleste, après avoir extrait la teinture de l'or,
la fixe par sa qualité froide et figeante, et devient parfaite,
pouvant se multiplier en qualité ainsi qu'en quantité.
Cette terre, une fois arrivée à sa fixité, affecte une couleur de fleur de pêcher, qui donne la teinture ou le feu, qui est
alors l'or vital et végétatif des sages; ce qui a lieu par la
régénération de l'or par notre mercure.
Il faut donc commencer à résoudre l'or vulgaire en sa matière spermatique par notre eau de mercure ou notre
azote. Pour y parvenir, il faut réduire l'or en une chaux ou
oxyde d'un rouge brun très-pur, et, après l'avoir lavé à diverses
fois avec de l'eau de pluie bien distillée à petit feu,
on le fera légèrement sécher à une chaleur de soleil: c'est
alors qu'on le calcinera avec notre feu secret. C'est à cette
occasion que les philosophes disent: les chimistes brûlent
avec le feu, et nous avec l'eau.
Après avoir imbibé et broyé fréquemment l'oxyde d'or bien calcine, ayant son humidité, et lui avoir fait boire son poids
de sel ou de terre sèche qui ne mouille pas les mains, et les
avoir bien incorporés ensemble, on les imbibera derechef en
augmentant successivement les imbibitions, jusqu'à ce que
le tout ressemble à une bouillie légèrement épaisse. Alors
on mettra dessus une certaine quantité d'eau de mercure
proportionnée à la matière, de manière qu'elle surnage cette
dernière; on laissera le tout à la douce chaleur du bain-
marie des sages pendant cinq jours, au bout desquels on

@

30 HERMES DEVOILE
décantera la dissolution dans un vase que l'on bouchera bien,
et que l'on mettra dans un lieu humide et froid.
On prendra la matière non dissoute, que l'on fera dessécher à une chaleur semblable à celle du soleil; étant suffisamment
sèche, on recommencera les fréquentes imbibitions et triturations,
comme nous l'avons précédemment dit, afin d'obtenir
une nouvelle dissolution, que l'on réunira avec la première,
en réitérant ainsi jusqu'à ce que vous ayez dissous
tout ce qui peut l'être, et qu'il ne reste plus que la terre morte
de nulle valeur. La dissolution étant terminée, et réunie dans
le vase en verre bien bouché, dont nous avons précédemment
parlé, sa couleur est semblable à celle du lapis-lazuli. On placera
ce vase dans un lieu le plus froid que faire se pourra
pendant dix jours, puis on mettra la matière à fermenter,
comme nous l'avons dit dans la première opération, et, par
le propre feu interne de cette fermentation, il se précipitera
une matière noire; on distillera adroitement et sans feu la
matière, en mettant le liquide séparé par la distillation, qui
surnageait la terre noire, dans un vase bien bouché et dans
un lieu froid.
On prendra la terre noire, séparée par distillation de son liquide; on la laissera se dessécher d'elle-même, puis on l'imbibera
derechef avec le feu extérieur, c'est-à-dire, avec le
mercure philosophique, vu que l'arbre philosophique demande
à être de temps en temps brûlé par le soleil, et puis rafraîchi
par l'eau. Il faut donc faire alterner le sec et l'humide, afin
de hâter la putréfaction; et lorsqu'on aperçoit la terre qui
commence à se dessécher, on suspend les imbibitions, puis
on la laisse se dessécher d'elle-même jusqu'à ce qu'elle soit
parvenue à une siccité convenable, et l'on réitère ainsi jusqu'à
ce que la terre ressemble à une poix noire: alors la
putréfaction est parfaite.
Il faut ici se rappeler ce que nous avons dit dans la première
@

HERMES DEVOILE 31
opération, afin de ne pas laisser volatiliser l'esprit ou
brûler les fleurs, en suspendant à propos le feu extérieur,
lorsque la putréfaction est totale.
La couleur noire que l'on obtient au bout de quarante ou cinquante jours, toutes les fois que l'on a bien administré
le feu extérieur, est une preuve que l'or vulgaire a été changé
en terre noire, que les philosophes appellent leur fumier de
cheval.
Comme le fumier de cheval agit par la force de son propre feu, pareillement notre terre noire dessèche en elle-même sa
propre humidité onctueuse par son propre double feu, et se
convertit après avoir bu toute son eau distillée, et être devenue
grise, en une poudre blanche, nommée air par les philosophes;
ce qui constitue la coagulation, comme nous l'avons
précédemment décrit dans la première opération.
Lorsque la matière est blanche, la coagulation étant terminée, on la fixe en portant la matière à une plus grande
dessiccation à l'aide du feu extérieur, en suivant la même
marche que nous avons suivie dans la coagulation précédente,
jusqu'à ce que la couleur blanche soit changée en couleur
rouge, que les philosophes appellent l'élément du feu.
La matière arrive d'elle-même à un degré de fixité si grand, qu'elle ne craint plus les atteintes du feu extérieur ou ordinaire,
qui ne peut plus lui être préjudiciable.
Non-seulement il faut fixer la matière comme nous venons de le faire, mais il faut encore la lapidifier, en portant la
matière à avoir l'aspect d'une pierre pilée, en se servant du
feu ardent, c'est-à-dire, du premier feu employé, et suivant
les mêmes moyens précédemment décrits, afin de changer
la partie impure de la matière en terre fixe, en privant aussi
la matière de son humidité saline.
Alors on procède à la séparation du pur, de l'impur de la matière: c'est le dernier degré de la régénération, qui se fait

@

32 HERMES DEVOILE
par la solution. Pour y parvenir, après avoir bien broyé la
matière, et l'avoir placée dans le vase sublimatoire, haut,
comme nous l'avons déjà dit, de trois à quatre doigts, en bon
verre blanc, et d'une épaisseur double à celle ordinaire, on
verse dessus de l'eau mercurielle, qui est notre azote, dissous
dans la quantité d'esprit astral qui lui est nécessaire, et précédemment
indique, en graduant son feu de manière à l'entretenir
dans une chaleur tempérée, et lui donnant sur la fin
une quantité de ce mercure philosophique, comme pour fondre
la matière. Par ce moyen, on porte toute la partie spirituelle
de cette dernière dans l'eau, et la partie terreuse va au fond;
on décante son extrait, et on le met dans la glace, afin que
la quintessence huileuse se rassemble et monte au-dessus de
l'eau, et y surnage comme une huile, et l'on jette la terre
restée au fond, comme inutile, car c'est elle qui tenait emprisonnée
la vertu médicinale de l'or; ce qui fait qu'elle est
de nulle valeur.
On sépare cette huile surnageante à l'aide d'une plume blanche de pigeon, bien lavée et mouillée; et l'on prend garde
de ne point en perdre; car elle est la vraie quintessence de
l'or vulgaire régénéré, dans laquelle les trois principes s'y
trouvent réunis, ne pouvant plus être séparés l'un de l'autre.
Observez bien ici qu'il ne faut pas pousser la lapidification de la matière trop loin, afin de ne pas changer l'or calcine
en une espèce de cristal. Il faut avec adresse régler le feu
extérieur, pour qu'il dessèche peu à peu l'humidité saline
de l'or calciné, en le changeant en une terre molle, qui tombe
comme une cendre, par suite de sa lapidification ou plus
ample dessiccation.
L'huile obtenue ainsi par la séparation est la teinture, ou le soufre, ou le feu radical de l'or, ou la véritable coloration;
elle est aussi le vrai or potable, ou la médecine universelle
pour tous les maux qui affligent l'humanité. On prend, aux

@

HERMES DEVOILE 33
deux équinoxes, de cette huile la quantité nécessaire pour
teindre légèrement une cuillerée à soupe de vin blanc ou de
rosée distillée, vu qu'une grande quantité de cette médecine
détruirait l'humide radical de l'homme, en le privant de la
vie.
Cette huile peut prendre toutes les formes possibles, et se former en poudre, en sel, en pierre, en esprit, etc., par sa
dessiccation, à l'aide de son propre feu secret. Cette huile
est aussi le sang du lion rouge: les anciens la représentaient
sous l'image d'un dragon ailé qui se repose sur la terre.
Enfin, cette huile inconsumable est le mercure orifique. Etant faite, on la partage en deux portions égales; on en
conserve une partie à l'état d'huile dans un petit bocal en
verre blanc, bien bouché à l'émeri, que l'on conserve dans
un lieu sec, pour s'en servir à faire les imbibitions dans les
règnes de Mars et du Soleil, comme je le dirai à la fin de la
troisième opération, et l'on fait dessécher l'autre portion jusqu'à
ce qu'elle soit reproduite en poudre, en suivant les
mêmes moyens que j'ai indiqués précédemment pour dessécher
la matière et la coaguler: alors on partage cette
poudre pareillement en deux portions égales; on en fait dissoudre
une partie dans quatre fois son poids de mercure
philosophique, pour imbiber l'autre moitié de la poudre
réservée.


TROISIEME OPERATION
Conjonction du soufre avec le mercure des philosophes
C'est ici où les philosophes commencent presque tous leurs opérations; ce qui a induit beaucoup de personnes en erreur.
C'est aussi dans cette opération où l'on réunit le soufre des
@

34 HERMES DEVOILE
philosophes avec leur mercure. Presque tous les sages ont
nommé fermentation cette dernière opération, vu que c'est
dans celle-ci que de nouveau le soufre se dissout, qu'il fermente,
se putréfie, et ressuscite par sa nouvelle régénération
avec une force décuple.
Cette opération diffère des deux précédentes; ce qui fait que les philosophes la composent de sept degrés, auxquels
ils ont attribué une planète.
Pour faire cette opération, il faut prendre la moitié de la poudre réservée dont je vous ai déjà parlé, et l'imbiber peu
à peu, vu qu'en l'imbibant en trop grande quantité on résout
derechef le soufre en huile, qui se sublime en surnageant
l'eau; ce qui empêche la réunion du soufre et du mercure,
faute grave qui s'est opposée à la réussite de plusieurs philosophes.
Il faut donc imbiber sa matière goutte par goutte en
l'aspergeant, afin d'opérer la réunion de la Lune avec le Soleil
des sages, en formant ensemble une bouillie épaisse.
Le feu externe, qui sert à faire ces imbibitions, est celui dont nous avons déjà parlé lorsque nous avons fait dissoudre
le quart de l'huile orifique réduite en poudre dans la
quantité de mercure philosophique qui lui était nécessaire
pour se dissoudre: ce feu extérieur se trouve réglé par la
quantité de la matière.
Il faut ici avoir soin d'entretenir la matière dans un étal d'onctuosité, par les imbibitions réitérées, autant de temps
qu'il sera nécessaire pour faire gonfler la matière et la faire
entrer en fermentation. Sa dissolution est terminée lorsque
la matière affecte une couleur bleuâtre: on appelle cette
dissolution rébis, ou double mercure, et le degré de mercure.
Cette dissolution est de suite suivie de la fermentation:
alors on cesse les imbibitions et le feu extérieur, en laissant
agir tout seul et de lui-même le feu interne de la matière,
jusqu'à ce que la matière soit tombée au fond du vase, où

@

HERMES DEVOILE 35
elle devient noire comme du charbon: c'est alors que commence
le premier degré appelé celui de Saturne, et que l'on
distille sans feu, le liquide surnageant la matière noire, en
suivant la marche que nous avons décrite aux deux précédentes
opérations.
On laisse sécher la matière noire d'elle-même; et lorsqu'elle est parvenue à un état de siccité convenable, on l'imbibe
derechef avec le feu extérieur, en cessant les imbibitions
lorsqu'on voit la matière commencer à se sécher: on la laisse
acquérir d'elle-même un certain degré de siccité, et l'on continue,
en réitérant ainsi jusqu'à ce qu'elle soit parvenue à sa
putréfaction totale: alors on cesse le feu extérieur pour ne
pas endommager la matière.
Par suite de l'action du propre feu de la matière, celle-ci de noire devient grise, sans que l'on soit obligé de lui administrer
le feu extérieur: on est alors rendu au degré de Jupiter.
C'est dans ce degré que l'on voit paraître les couleurs de
l'arc-en-ciel, qui se trouvent remplacées par une espèce de
peau d'un brun noir, qui acquiert de la siccité, se fend et
devient grise, entourée à la paroi du vase d'un petit cercle
blanc.
La matière étant parvenue à ce point, on pourrait s'en servir comme médecine. Dans ce cas, il faudrait laisser sécher
la matière et la faire devenir une poudre blanche, en employant
les mêmes procédés déjà décrits pour obtenir cette
couleur, que l'on fera devenir rouge à l'aide du feu secret.
Cette médecine aurait alors une vertu décuple de la première,
dont j'ai déjà parlé. Mais, désirant s'en servir pour la transmutation
des métaux, après l'avoir bien desséchée, on n'attend
pas qu'elle soit devenue blanche; mais on la rend telle
en l'amalgamant à partie égale avec du mercure vulgaire du
commerce, purifié avec soin par distillation, bien sublimé et
revivifié: il est le lait ou la graisse de la terre. En effet

@

36 HERMES DEVOILE
lorsque le mercure vulgaire est amalgamé avec la matière,
le tout se dissout sous l'aspect d'un liquide blanc comme du
lait, qui se trouve fixé par la matière en un sel fixe, par
l'action de son propre feu. Alors on recommence les lavations
mercurielles qui la rendent blanche comme cristal, à l'aide
de sept lavations différentes, à chacune desquelles on ajoute
le mercure revivifié, à partie égale comme je l'ai dit ci-dessus
puis par moitié, tiers, quart, cinquième, sixième et septième
partie du poids de la matière fixée, afin que le poids de la
matière soit toujours plus grand que celui du mercure revivifié
employé.
Mais dès la première lavation à partie égale, il faut ne pas cesser ni jour ni nuit le feu, c'est-à-dire les imbibitions du
liquide distillé qui contient le feu de la matière, afin que
celle-ci ne soit pas saisie par le froid et perdue. Ce composé
est le laiton des philosophes, qu'il faut blanchir par de fréquentes
imbibitions, jusqu'à ce que le mercure amalgamé
soit fixé par notre matière, seconde de son propre feu; ce
qui termine le degré de Jupiter.
En continuant ainsi, le laiton devient jaunâtre, puis bleuâtre, et le blanc le plus beau paraît dessus: alors commence
le degré de la Lune. Ce beau blanc a l'aspect de diamant pilé;
il est devenu une poudre très-fine et très-subtile; on a obtenu
le blanc fixe; on en met sur une lame de cuivre rougie: si
elle se fond sans fumer, alors la teinture est suffisamment
fixée. Dans le cas contraire, on lui administre le feu, en le
continuant jusqu'à ce qu'elle ait atteint son degré de fixité
convenable, et l'on s'arrête là, si l'on ne veut faire que la
teinture au blanc, dont une partie transmue cent parties de
mercure vulgaire en argent meilleur que celui de minière.
Mais désire-t-on faire la teinture rouge, il faut continuer le feu à la matière, sans l'avoir laisse refroidir, si l'on veut
qu'elle puisse devenir rouge.

@

HERMES DEVOILE 37
En reprenant l'administration du feu extérieur, la matière devient très-fixe et si subtile, qu'il est difficile de se l'imaginer:
c'est pourquoi il faut bien diriger son feu, afin que la matière
ne se volatilise pas par la force du feu qui doit la pénétrer
entièrement, mais qu'elle reste au fond du vase, en devenant
une poudre verte: c'est alors le degré de Vénus.
En continuant avec sagesse le feu extérieur, la matière devient jaune-citron: c'est le degré de Mars. Cette couleur
augmente d'intensité et devient couleur aurore. Rendue à ce
point, elle ne peut plus augmenter d'intensité d'elle-même:
c'est alors qu'il faut avoir recours au mercure orifique rouge,
c'est-à-dire à notre huile réservée, et imbiber la matière avec
cette huile jusqu'à ce qu'elle soit devenue rouge: alors commence
le degré du Soleil.
En continuant les imbibitions avec l'huile orifique, la matière devient de plus en plus rouge, puis purpurine, et finalement
d'un rouge brun; ce qui forme la salamandre des sages,
que le feu ne peut plus attaquer.
Enfin, on insère la matière avec la même huile orifique, en l'imbibant goutte par goutte, jusqu'à ce que l'huile du soleil
soit figée dans la matière, et que cette dernière, mise sur
une lame chaude, fonde sans fumée. Par ce moyen, on a
obtenu la teinture rouge, et l'or fixe et figeant, dont une partie
transmue cent parties de mercure en or meilleur que celui
de la nature.



MULTIPLICATION

Les deux teintures dont je viens de parler, blanche et rouge, sont susceptibles d'être multipliées en qualité et en

@

38 HERMES DEVOILE
quantité, lorsque ces teintures n'ont point été soumises à
l'action du feu vulgaire, qui leur fait perdre leur humidité
radicale, en les fixant en terre ayant l'aspect d'une pierre.
Pour faire la multiplication de ces deux teintures, blanche et rouge, il faut répéter entièrement la troisième opération.
Il faut que les deux poudres, blanche et rouge, soient dissoutes dans le mercure philosophique, qu'elles passent à la
fermentation et à la putréfaction, ainsi qu'à la régénération.
Pour y parvenir, il faut réitérer les imbibitions peu à peu,
conduire le feu, et le régler successivement, comme nous
l'avons précédemment décrit. A cette seconde multiplication,
une partie fait projection sur mille parties de mercure, et
les transmue en argent ou en or, selon la couleur de la poudre,
en métal parfait.
La multiplication en qualité se fait en réitérant la sublimation philosophique, qui a lieu en séparant le pur de l'impur,
à l'aide du mercure philosophique, et l'on répète ponctuellement
les manipulations de la troisième opération, après
avoir desséché, à l'aide du feu de la matière, et réduit en
poudre toute l'huile blanche, si l'on opère au blanc, et qu'une
partie de l'huile rouge, si l'on opère au rouge, afin de conserver
l'autre partie pour s'en servir aux degrés de Mars et
du Soleil, ainsi que pour insérer, comme je l'ai déjà indiqué
en opérant au rouge.
La multiplication en quantité se fait par l'addition du mercure vulgaire revivifié, comme je l'ai précédemment dit.
Si l'on désire faire en même temps la multiplication en qualité,
il faut commencer, comme règle générale, par sublimer
la matière en séparant le pur de l'impur, en desséchant en
totalité, si l'on opère au blanc, ou par moitié, si l'on opère
au rouge, à l'aide du propre feu que l'on réglera de la même
manière que je l'ai fait à la troisième opération, afin de les
réduire en poudre, que l'on divisera chacune en deux parties

@

HERMES DEVOILE 39
égales; on en fera dissoudre une partie dans quatre fois
son poids de mercure philosophique, qui servira à imbiber
l'autre partie réservée, en réitérant absolument la troisième
opération.
On peut, si on le désire, réitérer ces multiplications jusqu'à dix fois: la matière acquerra à chaque fois une force
décuple, et sera si subtile, qu'elle traversera le verre à la dernière
fois, en se volatilisant en totalité. On cesse ordinairement
à la neuvième multiplication, où elle devient si volatile,
qu'a la moindre chaleur elle perce le verre et s'évapore; ce
qui fait qu'il est d'usage de s'arrêter à la transmutation d'une
partie sur mille, ou dix mille au plus, afin de ne pas s'exposer
à perdre un trésor aussi précieux.
Je ne décrirai point ici des opérations très-curieuses que j'ai faites, à mon grand étonnement, dans les règnes végétal et
animal, ainsi que le moyen de faire le verre malléable, des
perles et des pierres précieuses plus belles que celles de la
nature, en suivant le procédé indiqué par Zachaire, et se
servant du vinaigre et de la matière fixée au blanc, et de
graines de perles ou de rubis pilées très-fin, les moulant,
puis les fixant par le feu de la matière, ne voulant point être
parjure, et paraître ici passer les bornes de l'esprit humain.
Ayant fini mon oeuvre, je pris cent grammes de mercure distillé et les mis dans un creuset. Aussitôt qu'ils commencèrent
à fumer, je jetai dessus un gramme de mon soufre
transmutatoire; il devint en huile au-dessus du mercure, et
je vis ce dernier qui se figeait successivement de plus en plus.
Alors j'augmentai mon feu et le fis sur la fin plus fort,
en le continuant jusqu'à ce que mon mercure fût parfaitement
fixé: ce qui dura environ une heure; l'ayant coulé dans
une petite lingotière, je l'éprouvai, et le trouvai meilleur que
celui de minière.
Que ma joie fut vive et grande ! J'étais hors de moi-même:
@

40 HERMES DEVOILE
je fis comme Pygmalion, je me mis à genoux pour contempler
mon ouvrage et remercier l'Eternel; je me mis aussi à
verser un torrent de pleurs: qu'elles étaient douces ! que
mon coeur était soulagé ! Il me serait difficile de peindre ici
tout ce que je ressentais, et la position où je me trouvais.
Maintes idées s'offraient à la fois à ma pensée. La première
me portait à diriger mes pas près du Roi citoyen, et lui faire
l'aveu de mon triomphe; l'autre, de faire un jour assez d'or
pour former divers établissements dans la ville qui me vit
naître; une autre idée me portait à marier le même jour
autant de filles qu'il y a de sections à Paris, en les dotant;
une autre idée me portait à me procurer l'adresse des pauvres
honteux, et d'aller moi-même leur porter des secours à domicile;
enfin, je finis par craindre que ma joie ne me fit perdre
la raison: je sentis la nécessité de me faire violence, et de
prendre beaucoup d'exercice en me promenant à la campagne:
ce que je fis pendant huit jours consécutifs. Il ne se
passait pas quelques heures sans que j'ôtasse mon chapeau,
et, levant les yeux au ciel, je le remerciais de m'avoir accordé
un pareil bienfait, et je versais d'abondantes pleurs. Enfin,
je finis par me calmer, et par sentir combien je m'exposerais
en faisant de pareilles démarches. Après avoir réfléchi mûrement,
je pris la ferme résolution de vivre au sein de l'obscurité,
sans éclat, et de borner mon ambition à faire des heureux
en secret, sans me faire connaître.
J'avais fait part à ma femme de mon succès, et je lui promis de répéter devant elle la transmutation: elle m'engagea
à n'en pas parler. C'était le jeudi-saint 1831, à dix heures
sept minutes du matin, que j'avais fait seul la transmutation.
Je n'avais plus de mercure chez moi; je remis au lendemain
de Pâques à satisfaire ma femme. Je fis emplette d'une branche
de laurier chez un jardinier, et d'une tige d'immortelle;
après les avoir liées ensemble, j'enveloppai le tout dans une

@

HERMES DEVOILE 41
feuille de papier à lettre, et je dirigeai mes pas à la maison,
où était ma femme. Elle était assise auprès d'une croisée, à
lire: je me précipitai à ses genoux, et mettant mon bouquet
à ses pieds, je luis dis: Le voici enfin, chère amie, déposé à
tes pieds; il vient me couronner lorsque toi et moi nous
descendons au tombeau: il m'a coûté trente-sept ans de pénibles
travaux, et plus de quinze cents nuits de veilles sans
dormir; j'ai été couvert d'humiliations, abreuvé d'injures
fui de mes amis, repoussé de ma famille et de la tienne; enfin,
j'ai perdu les plus intéressantes créatures que l'on puisse
voir, et je n'ai jamais cessé d'être un homme de bien et de te
chérir. Ma tête tomba sur ses deux genoux. Je me mis à
pleurer, O larmes de regrets, du ressouvenir de mes pertes,
des tribulations que j'avais éprouvées, et de joie ! que vous
étiez douces ! que vous soulagiez mon coeur ! je renaissais,
j'étais un nouvel homme. Ma femme me relevant la tête, les
larmes aux yeux, me dit: Relève-toi, mon ami, et cesse de
pleurer. Je collai mes lèvres sur les siennes, et ce baiser de
tendresse qui fut payé de réciprocité, vint embellir le charme
de ma vie, et ranimer mon coeur abattu par le malheur.
Ce n'était pas assez de lui avoir fait l'aveu de ma réussite, et d'avoir déposé mon laurier à ses pieds; il fallait la convaincre,
et faire la transmutation devant elle.
Je pris un verre de montre et mis dedans une petite quantité de mercure coulant du commerce, qui avait été distillé,
qui était pur, et que je venais d'acheter. Je mis dessus, non
de mon soufre transmutatoire à l'état de poudre, mais à l'état
d'huile, dans la proportion d'une partie sur cent, et remuai
mon verre de manière à donner à mon huile un mouvement
circulaire. Nous vîmes avec joie le mercure offrir un phénomène
bien curieux, et se coaguler avec la couleur du plus bel
or; je n'avais plus qu'à le fondre dans un creuset et le couler:
je fis ainsi la transmutation à froid, au grand étonnement

@

42 HERMES DEVOILE
de ma femme. Elle me dit alors: Ton succès met le comble à
tes désirs; si tu veux me rendre heureuse, et me faire oublier
la longue chaîne de nos malheurs, vivons au sein de l'obscurité,
sans étalage; fais disparaître de notre asile tout ce qui
pourrait déceler ton secret et servir d'appât à la malveillance,
ainsi qu'aux ambitieux, que rien ne peut récompenser, l'intrigue,
la bassesse ou la tyrannie. Je lui répondis: J'ai juré,
dussé-je me voir couler du plomb fondu dans les veines,
d'emporter dans la tombe mon secret, c'est-à-dire la connaissance
de la matière, du feu et des travaux d'Hercule; je te
jure, ainsi qu'à Dieu, de te rendre heureuse en accomplissant
tes désirs: espérons que l'Eternel nous protégera contre les
envieux, les hommes vicieux et corrompus.
O vous, jeunes gens, qui lirez vraisemblablement mon ouvrage, puissent vos désirs de paraître dans ce monde, et
l'appât des richesses, ne point vous faire entreprendre la recherche
de la pierre philosophale! Si vous pouviez savoir
comme moi les malheurs en tout genre que j'ai éprouvés pour
y parvenir, vous reculeriez d'effroi au désir de vous y livrer:
à moins que Dieu vous fasse rencontrer un homme qui ait
réussi à faire la pierre, qui vous conduise par la main depuis
le commencement jusqu'à la fin, repoussez avec horreur l'idée
de vous livrer à la philosophie hermétique, plus difficile qu'on
ne le pense à la connaître de soi-même. Espérant être plus
heureux que moi, si vous foulez à vos pieds mes conseils, et
que vous soyez assez heureux pour y parvenir, n'oubliez jamais
les infortunes; soyez discrets surtout, avares dans vos
goûts pour la dépense et pour satisfaire vos passions, mais
prodigues envers les pauvres, et n'oubliez jamais que la plus
douce satisfaction pour un coeur bien né, c'est de faire des
heureux, sans qu'ils parlent de nous; et surtout ayez toujours
présent à vos yeux l'Eternel.
Fuyez les êtres corrompus du bon ton; ils ont tous les
@

HERMES DEVOILE 43
moyens pour abuser de vos bonnes qualités: ils se ruinent
en promesses qui paraissent être l'épanchement d'une belle
âme, mais ils s'enrichissent à vous rendre leur dupe. En un
mot, ne cherchez point le bonheur de la vie dans les deux
extrêmes de la société, mais bien dans la classe moyenne,
c'est-à-dire dans celle d'honnêtes industriels. Il y a cependant
quelques exceptions à faire; je serais un ingrat d'en
juger différemment: j'ai rencontré un homme bien né que
je n'oublierai de ma vie, et auquel je promets de donner des
preuves de mon attachement.
Estimable jeunesse, puisse ma vie vous servir d'exemple, et mes recommandations de leçon, et mériter à vos yeux
quelques larmes pour adoucir la longue chaîne des malheurs
que j'ai éprouvés.
Rois de la terre, si vous connaissiez le grand nombre de personnes qui se livrent en secret, et de nos jours, à la recherche
de la pierre philosophale, vous en seriez étonnés;
et si vous saviez qu'à peine un ou deux hommes ont le bonheur
de réussir dans l'espace de trois à quatre cents ans, ce
qui n'offre pas dans le commerce le produit d'une mine d'or
qui se découvre au Pérou ou ailleurs tous les trois ou quatre
ans, loin de faire rechercher ceux qui ont réussi pour les
tourmenter, vous les combleriez de vos bontés, en leur accordant
votre appui et votre bienveillance, afin qu'ils puissent
amplement servir l'humanité souffrante, et vous faire
participer aux bienfaits de leurs découvertes.
O mon pays ! ô mes chers citoyens ! vous qui avez prouvé à diverses fois que vous étiez bons Français, par votre dévouement
à la cause de la liberté et de l'ordre légal, si l'Eternel
me permet de vous laisser ce que mon coeur vous destine
par reconnaissance, daignez faire transporter mes dépouilles
mortelles sur un lieu à base calcaire, en face d'une petite
tourelle, portant un emblème douloureux d'une ancienne

@

44 HERMES DEVOILE
guerre, au bas de laquelle coule un petit ruisseau qui prend
sa source à une lieue de là et fait mouvoir plusieurs moulins;
faites-les recouvrir seulement d'un gros bloc de granit dur,
très-commun dans la petite ville où je suis marié, voisine du
lieu qui me vit naître, avec cette seule inscription: Les dépouilles
mortelles de l'infortuné Ci... reposent ici.
J'ai fait imprimer cet ouvrage, vu qu'il n'existe dans aucun pays une loi qui défende de publier une découverte utile à
la société sous le rapport de la vie, ainsi que de faire circuler
dans le commerce de l'or parfait par son poids, sa couleur,
sa pesanteur spécifique et sa fusibilité: de quel droit voudrait-on
donner la préférence, sur l'or des mines, à celui
fait par l'art philosophique, ce dernier étant meilleur?

Ci...
-------------
@
@

Début de l'ouvrage Texte précédent Texte suivant Fin de l'ouvrage Drapeau Page d'aide Retour. Flag Help frame Return. Bandera Página de ayuda Vuelta.
Flagge Hilfsseite Rückkehr. Flag (H)jælp side Tilbage. Bandiera Guida Torno.