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Réfer. : AL0812B
Auteur : Louis Grassot.
Titre : La Philosophie Céleste.
S/titre : Où il est traité de Dieu, de la ...

Editeur : Fernel et Compagnie. Bordeaux.
Date éd. : An XI.1803 .
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LA PHILOSOPHIE
C E L E S T E,
Où il est traité de Dieu, de la Nature
et de ses principes; de l'union du Créateur aux Créatures; du rapport qui est établi entre le Microcosme et le Macrocosme; du retour de toutes les Créatures, à l'Unité leur principe, par l'intermédiaire de l'Homme. Suivi de l'Apologie de l'Oeuvre Hermétique,
ou la porte de la vraie Philosophie naturelle est entièrement ouverte, et toutes ses opérations dévoilées,
EN TROIS PARTIES.
PAR L. GRASSOT, DOCTEUR EN MEDECINE de l'Université de Montpellier.
----------------
A B O R D E A U X; De l'Imprimerie de FERNEL ET COMPAGNIE rue Porte-Dijeaux, n°. 84, vis-à-vis la Poste.

---------------- AN XI. ( 1 8 0 3.)
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AVIS.
Deux exemplaires de cet ouvrage ont été déposés à la bibliothèque nationale. Les lois
garantissant la propriété exclusive; les contrefacteurs,
distributeurs ou débitants d'éditions
contrefaites, seront traduits devant les tribunaux:
à cet effet, je déclare que chaque exemplaire
sera signé et empreint de mon cachet.

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AVERTISSEMENT. ---------------
T Rop heureux celui qui, guidé par un esprit pur et bienfaisant, peut
enseigner la vérité aux hommes, et
les mettre dans le chemin du bonheur;
car il n'est point de vraie félicité
sans vertu, et de vertu sans
principe: c'est la nourriture de l'âme
et la jouissance du coeur. Je commence
par expliquer le principe, parce qu'il
est la proportion universelle qui fait
l'harmonie en toutes choses: de la
cause je descends aux effets, et en
parlant du principe, j'en démontre
l'unité et la trinité; je fais voir aussi
que le monde est sorti de Dieu, qu'il
en est la manifestation, et qu'il y
retournera avec sa forme renouvelée.
Que toutes les créatures portent le
caractère du principe, mais l'homme
plus parfaitement que toutes, parce
qu'il est la plus accomplie, étant l'image
du Verbe et fait à l'image de
a 3
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vi

Dieu; ce que je prouve en expliquant
sa composition; et comme le
monde doit retourner à son principe,
je parle du moyen qui doit faire ce
retour; et je fais voir que c'est le
Verbe éternel qui s'est uni à l'homme,
comme étant l'abrégé de toute
la nature, et pour réunir à Dieu toutes
les créatures en la personne de
l'homme; et comme par le péché,
l'homme s'était séparé de Dieu, je
prouve qu'il fallait nécessairement,
que le Verbe éternel se fit homme,
pour le réunir à Dieu. Pour une plus
grande intelligence de mes démonstrations,
j'ai cru devoir donner un
traité de la nature, où je parle de la
substance, des éléments, et des principes
terminés; je fais voir, que par
une détermination de Dieu, toutes
les créatures sont nécessaires les unes
aux autres pour la parfaite harmonie
du monde, et qu'il n'y a que le Créateur
qui soit indépendant. Dans le
traité des éléments, je démontre que
ce que la plupart des philosophes modernes
appellent accident, ne l'est
pas, et que les créatures non plus ne
sont point des accidents à l'égard du

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vii
principe, puisqu'elles en sont la manifestation
essentielle. Dans le traité
des principes terminés, je démontre
l'harmonie déterminée de Dieu dans
les différents règnes. Je démontre que
le principe terminé est un limon, et
qu'il est dans l'animal et le végétal,
et que l'animal et le végétal sont dans
ce limon. Je fais voir qu'il était impossible
que l'homme puisse retourner
à son principe, si le principe lui-
même n'eût eu la bonté de s'unir
à sa créature, par l'incarnation du
Verbe dont je prouve l'incorruptibilité
de la chair. Je parle ensuite de l'avantage
que l'homme aura après sa
résurrection. Je donne une démonstration
numérale du retour de toutes
les créatures à l'unité leur principe par
l'intermède de l'homme; et je termine
par une réflexion sur la durée du
monde élémenté. J'explique les motifs
qui ont donné lieu à la recherche de
la médecine universelle; je fais son
apologie, et parle si clairement de
la matière première du grand-oeuvre
et de ses opérations, que les amateurs
de la science hermétique, trouveront
un sentier sûr qui les conduira sans de

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viii

grandes dépenses, au but tant désiré.
Je n'ai point donné d'explication sur la planche qui forme le frontispice,
afin de laisser aux lecteurs la
jouissance d'analyser ce tableau anamorphose;
je préviens seulement
qu'il renferme de grands mystères;
et qui saura le bien expliquer, peut
se dire adepte. Au surplus, le lecteur
intelligent en trouvera l'explication
dans tout le cours de l'ouvrage, lequel
je désire qu'il soit reçu avec autant
de plaisir que j'en ai à l'offrir au
public; que les personnes instruites
veuillent bien en considérer le but,
et celles qui ne le sont pas puissent
en tirer un avantage.

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CHAPITRE PREMIER.
Qu'il faut connaître le principe avant
toutes choses.
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I L convient de connaître l'unité avant le nombre, le père avant le fils; il faut donc
connaître Dieu avant toutes choses, si l'on veut
commencer par le principe et par la cause,
avant que de descendre à l'effet; c'est le véritable
moyen d'établir un fondement solide,
et de pénétrer dans les choses les plus occultes.
Comme la fin est toujours proportionnée à son
principe, et que si le principe est bon, la fin
est de même; je commence par le véritable
principe pour parvenir au but que je me suis
proposé.
Beaucoup de philosophes considèrent la nature, mais bien peu se trouvent d'un sentiment
conforme; tous néanmoins se flattent d'avoir

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( 10 )
atteint au but désiré, et soutiennent leur sentiment
avec opiniâtreté, persuadés qu'ils sont,
d'avoir la vérité et la raison pour eux: n'en
cherchons point d'autres causes que dans les
variétés que nous offre la nature, dont les objets
se présentent à nous sous des points de vue variés
à l'infini: car de même que le cube, sans
cesser d'être, peut présenter aux yeux de celui
qui le change de face, savoir: la partie de dessus
au lieu de celle de dessous, la partie de devant
pour celle de derrière et les côtés, ainsi la
nature, sans cesser d'être la même, a pu découvrir
aux yeux d'un philosophe, une vérité qu'un
autre aura saisi sous un point de vue tout différent.
On ne peut disconvenir qu'il n'y a qu'un principe, qui est éternel, infini, qui occupe
le centre en toutes choses, et manifeste sa puissance
à l'infini; cette grande différence qui se
trouve dans les créatures, est une preuve de
son infinité; puisque ce seul principe s'étant
manifesté par la production des choses, et étant
sorti comme hors de lui-même, a produit un
nombre infini de créatures. Ce principe est la
cause de toutes les essences, et l'être de tous
les êtres.
Tous les composés naturels se changent l'un en l'autre, par une révolution continuelle

@

( 11 )
auteur de leur principe; et le principe est
toujours le même: il ne peut être ni altéré ni
changé; c'est lui qui change les choses comme
étant leur unique moteur; lui seul est
stable et permanent; tout tourne autour de lui,
comme une roue autour de son essieu, et ce
mouvement durera jusqu'au renouvellement de
toutes choses; pour lors le centre sera à la circonférence,
afin que tout soit égal pour l'éternité,
et cette égalité fera l'harmonie; et la
paix sera dans les choses renouvelées, parce
qu'elles n'auront rien de contraire à combattre,
tout étant lumineux au centre et à la circonférence.

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CHAPITRE II.
De l'unité, principe de toutes choses.
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On ne saurait mieux définir l'être, principe de toutes choses, qu'en disant qu'il est l'unité
de toutes les essences, ou un tout infini, contenant
toutes les formes et les choses visibles et
invisibles; il n'appartient qu'à ce tout d'être infini,
attendu qu'il n'y a que lui qui ait une

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( 12 )
puissance sans bornes. Toutes les créatures,
ne sont que comme des parties à son égard.
Tout ce qui n'est pas principe ne peut être
appelé un tout. Lorsque nous disons que le tout
est plus grand que la partie, nous entendons
que le principe est plus grand que le principié;
car il n'y a que le principe qu'on puisse appeler
un tout, parce qu'il subsiste de lui-même et
que la partie ne tient son être et sa durée que
de lui. Pour démontrer cette vérité, je dis
qu'un carré, ou quelque figure géométrique
que ce soit, est véritablement une partie
l'égard de son principe. Le point mathématique
est le principe de toutes les figures géométriques;
et comme leur principe, il est un
tout, et les figures ne sont que des parties
écoulées de ce tout. Le point mathématique
subsiste de lui-même, et les figures géométriques
n'ont leur existence que de ce point
rationnel, qui est leur principe et leur tout,
duquel elles sortent comme tout autant de
parties principiées de ce point. Puisqu'il est vrai
qu'elles en sortent toutes, il faut donc convenir
qu'elles y étaient contenues; et parce que
le contenant est plus grand que le contenu, il
faut conclure, que le point mathématique est
plus grand que toutes les figures géométriques.
De cette manière on peut dire que le tout est
plus
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( 13 )
plus grand que la partie, puisque le propre
du tout est de n'être point contenu, d'être sans
borne, et d'une étendue infinie, à l'égard de
la partie: mais la partie est finie, bornée et
contenue, et par conséquent moindre que le
tout. L'unité, principe des nombres est un tout
à leur égard, attendu qu'elle les contient tous.
Et les nombres sont des parties à l'égard de
l'unité, qui est sans bornes à leur égard,
puisqu'elle contient une infinité de nombres, et
qu'elle a la puissance de les mettre tous en
acte.
Il convient de remarquer que ces deux principes, le point mathématique et l'unité des nombres,
nous démontrent dans leurs productions
l'unité éternelle, principe principiant universel
de toutes choses. Notre âme étant une émanation
de l'essence divine, produit ces deux principes
intellectuels et infinis, à l'imitation de
l'infinité son principe.
Je dis donc que cette unité éternelle, principe infini de toutes choses, c'est le verbe de Dieu;
ce principe éternel est un tout infiniment plus
grand que toutes choses, parce qu'étant l'unité
simple, il est le tout infiniment parfait, et le
principe inépuisable, qui a la puissance de produire
à l'infini, sans que son essence en soit
altérée ni changée. C'est cette unité éternelle,
B
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( 14 )
qui est la cause et le principe de la nature angélique,
de la céleste, et de toutes ses parties;
ainsi que de la nature élémentaire, et de toutes
ses compositions. Et pas une de ces choses, ne
peut être l'unité éternelle, attendu qu'elle
est infinie, et qu'elles sont tontes bornées et
finies à l'égard de leur principe. De sorte que le
tout étant plus grand que la partie, et toutes
les choses du monde, tant visibles qu'invisibles
il ne peut y avoir d'autre principe de toutes
choses, que l'unité éternelle; puisqu'il n'appartient
qu'à elle de contenir, de créer, et de
comprendre toutes choses; d'être un tout parfaitement
uni, de toutes les choses, qui ont été,
gui sont, et qui seront; de donner l'être, la
vie, le mouvement et la durée à toutes les
créatures.
Soyons donc convaincu que l'unité éternelle, est le principe principiant universel de tout ce
qui existe dans le monde intelligible, dans le
céleste, et dans l'élémentaire; et que ces trois
mondes quoique très différents, n'ont cependant
qu'un même et unique principe, qui
est la source inépuisable de toutes les formes
et de tout ce qui existe.
C'est donc à ce seul principe divin que nous devons des adorations, puisqu'il est l'essence de
toutes les essences, l'être de tous les êtres, la

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( 15 )
forme de toutes les formes, le créateur, la vie;
le moteur, le commencement, le milieu, la
fin, et la durée de toutes les créatures. En un
mot, c'est l'Alpha, Oméga; quiconque adore
toute autre chose, est dans l'erreur, et embrasse
un faux culte.
Lorsque les athées, pour combattre le principe, demandent où était le monde avant la
création? pour répondre à cette question, on
doit dire qu'il était en Dieu, comme les nombres
dans l'unité, et comme les figures géométriques,
dans le point mathématique, que
l'artiste réduit de puissance en acte; Dieu
était un monde invisible qui est sorti comme
hors de lui-même, de sorte que le monde
étant sorti de l'unité, l'invisible s'est rendu visible;
je dis donc que le monde est un Dieu
manifesté. Comme la perfection de l'ouvrage
annonce l'excellence de l'ouvrier, ce grand univers
nous démontre une souveraineté sans bornes,
et sa beauté une intelligence supérieure; de-là
nous pouvons conjecturer que le tout n'a paru
que pour l'indication de son auteur. Le monde
a de la relation à son principe, parce qu'il est
une unité: mais il est différent de son principe,
parce que le principe est une unité
simple, et le monde est une unité composée.
De cette connaissance nous passons à l'admiration B 2
@

( 16 )
de l'accord parfait et inviolable du
supérieur avec l'inférieur, du spirituel avec le
corporel, et du fini avec l'infini. Mais comme
de la connaissance d'un extrême, on ne va
pas à celle de l'autre, sans un milieu suffisant,
nous découvrons que pour être sensible
et uni mutuellement en ses parties comme il
est, il devait être subsistant, c'est-à-dire qualifié
et distingué par ces degrés de perfection; étant
un principe établi que le nombre entier est
terminé de dix, qui représente la même proportion
ou l'unité, c'est-à-dire l'être ou l'essence
de toute substance, demeure toujours simple,
quant à son existence, quoique principe du
nombre, ou de la composition, ou production
externe, signifié par le nombre deux; par ce
même ordre nous trouvons que l'instant qui
a paru avec le corps, est celui de la matière
et de la forme, c'est-à-dire du subtil et solide
universel, par lesquelles tout est produit dans la
nature.
Je dis donc que tout composé, quant à l'ordre naturel, procédant du premier être créé,
par le moyen de l'esprit et sel universel, tire
son être ou essence de leur première et particulière
union; la consistance sensible ou existence,
des premières qualités, moyennant leurs
éléments et quantités, sa vie de leur forme déterminée,

@

( 17 )
son progrès de leur vertu spécifique ou
mouvement inné, et sa durée de son invariable
révolution naturelle, après laquelle, comme
fini, il retourne dans ses principes; et ces principes
se retrouvent dans l'unité de leur substance
première, distinguée en eux, et par conséquent
déterminé.
Relativement à cette cause, ils sont nommés universels, se portant de la simplicité à la
composition, pour faire et refaire ce qu'ils ont
fait, d'après leur établissement inviolable;
d'où dérive le mot de nature qui signifie naissance,
ou réaction nouvelle, qu'on peut expliquer par
la génération du nombre, de la ligne, de la
superficie, du cube et du cercle; car cette
unité, qui est le point indivisible en soi-même
poussée, et comme étendue extérieurement
par son auteur, qu'elle représente, parut alors
sous le divisible, c'est-à-dire le nombre deux,
qui est la diversité première des parties du composé,
que l'esprit et sel universel représentent
sous la ligne sensible. De là ayant
passé au produit sous le nombre trois, et le
moyen interne de la ligne faite externe et triangulaire,
il distingue l'essence particulière de
chaque chose qui sont imperceptibles, et se
reposant au nombre quatre qui est le centre
du nombre trois ou triangle, et de ses lignes
B 3
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( 18 )
mises au-dehors en égale distance de leur point
ou limites et autres aspects, sous le nom de
cube; ce nombre suivant lui et ce qu'il représente,
rend la même essence sensible ayant
corps ou profondeur.
De sorte que l'unité tirée au-dehors devient nombre, et se multiplie par association de pair
ou impair. Le premier desquels est le deux,
qui par sa combinaison propre, donne le quatre;
le second, est le nombre trois ou le cinq, qui
derechef doublé, produit l'entier, qui est le
nombre dix; nombre parfait qui sans autre
forme se multiplie et se répète à l'infini, ainsi
que le cercle nous le démontre. Ces trois
différentes associations de nombres, nous montrent
le commencement, le milieu et la fin de
toutes choses créées. Le deux, premier nombre
pair, démontre les parties de la génération.
Le trois, qui est le premier impair, témoigne
l'essence particulière de chaque chose. Le quatre
second pair désigne la composition. Le cinq,
second impair, manifeste ce qui est engendré
par leur union et combinaison dans son individu
corporel. Pour perfectionner le tout, il le
fait capable de mouvement qu'on appelle vie,
et par son entier degré d'action, il lui associe
derechef cet esprit universel, qu'il faut représenter
par un second et dernier cercle, contenant

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( 19 )
le tout; ce qui rend la quadrature du
cercle parfaite, c'est-à-dire le corporel est entièrement
uni au spirituel, ce que le nombre
de douze signifie, contenant le deux qui compose,
et le dix qui parfait.
Mais à l'instant que le même composé est parvenu au point de cette perfection, se trouvant
borné de toute part, il retourne aussitôt sur
ses pas, sort de la composition ou existence
presqu'en même forme et même nombre, se
rapetissant lui-même, agissant et se reposant
toujours en son point ou unité première qui
nous représente le centre de ce grand cercle
universel qu'on ne peut imaginer.
C'est ainsi que l'auteur de l'univers se fait connaître aux créatures intelligentes, premièrement
par les choses sensibles et corporelles,
comme plus basses et prochaines de nous, ensuite
celles qui sont plus élevées et qui fuient
nos sens.
Pour bien entendre et ne point s'égarer, il faut donc faire une différence entre la puissance
et l'acte, le genre, l'espèce et l'individu; de
cette manière on verra que l'individu montre
l'existence corporelle; la forme particulière découvre
l'essence spirituelle, et leur vertu commune
à plusieurs, fait voir l'espèce, et l'espèce
le genre, comme l'acte, la puissance, qui

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( 20 )
représente le cahos ou total universel sans aucune
distinction externe de soi qu'on peut très
bien représenter par autant de cercles, l'un dans
l'autre rendu peu à peu sensible, passant du plus
bas de la simplicité au plus élevé de la composition.

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CHAPITRE III.
Que le verbe est l'image de Dieu. L'homme,
l'image du verbe, et fait à l'image de Dieu.
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Pour démontrer de quelle manière l'homme a été fait à l'image de Dieu, je dois expliquer
ce passage de l'écriture, faciamus
hominem ad imaginem, et similitudinem
nostram; puisque Dieu a fait l'homme à son
image et similitude, il faut savoir qu'elle est
l'image de Dieu. L'écriture nous apprend que
c'est le verbe incarné qui est la splendeur de
la gloire du père et la figure essentielle de sa
substance; dès que l'homme est fait à l'image
de Dieu, le verbe incarné étant l'image de
Dieu, il faut donc dire que l'homme est l'image
du verbe; et l'homme ne peut être l'image

@

( 21 )
du verbe, si le verbe n'est un homme-Dieu;
et éternel qui s'est incarné dans le temps, et
qui était éternellement la forme essentielle de
l'homme dans la divinité. Car l'homme ne
peut être l'image du verbe, qu'il n'ait du rapport
et de la ressemblance au verbe: si cette ressemblance
existe, on doit conclure que le verbe
était éternellement la forme essentielle de l'homme
dans la divinité; et c'est par cette raison
que Saint-Paul dit que le verbe est le premier
engendré avant toutes les créatures. Primo
genitus omnis creaturae. L'homme est l'abrégé
de toutes choses, parce qu'il est l'image du
verbe, qui est l'unité qui contient tout en
lui, puisqu'il est l'image substantielle du père,
qui est toutes choses; l'homme est donc fait
à l'image de Dieu, puisqu'il est l'image du
verbe, et que le verbe est l'image de Dieu.
Mais il ne faut pas s'imaginer que ce soit en l'homme corrompu et sensuel que Dieu a
imprimé son image; l'homme extérieur et
corrompu n'a aucun rapport ni aucune proportion
avec la divinité. Je parle ici de l'homme
véritablement essentiel, séparé de tout ce qui
n'est pas substantiel. L'homme que nous voyons
a des choses en lui qui ne sont pas toutes parties
de substances, et qui sont séparables: c'est
pourquoi il est sujet à la mort. Mais l'homme

@

( 22 )
essentiel séparé du simulacre, et dégagé
de tout ce qui n'est pas de sa substance: cet
homme intérieur tel qu'il doit être après la
résurrection; c'est lui qui est à l'image de Dieu.
Si je dis que cet homme essentiel et intérieur,
qui dans la résurrection doit être séparé du
corruptible qui l'environne; est celui qui est
à l'image de la Divinité, on ne doit pas penser
qu'il faille attendre la résurrection pour que
cet homme essentiel soit à l'image de Dieu. Il
l'est durant cette vie. Mais dans le pécheur,
cette image est voilée par l'ombre du péché. Si
les hommes réfléchissaient sur l'avantage qu'ils
ont reçu dans leur création, d'être la parfaite
image de l'unité éternelle, et d'avoir en eux
la similitude de la divinité, ils dévoileraient
sans doute cette image, et ne feraient voir par
leurs actions et par leurs pensées, que cet
homme essentiel, qui a été créé pour l'éternité,
et qui doit être renouvelé pour connaître
parfaitement dans la gloire celui qui l'a
créé à son image.

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CHAPITRE IV.
Que l'homme est la plus accomplie de toutes les créatures.
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Quelqu'un dira peut-être, un ange qui est
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( 23 )
intelligence simple et purement spirituelle,
qui n'a rien en lui qui ne soit substantiel,
n'est-il pas plus accompli que l'homme, qui
est sujet à la mort? Le ciel même et les
astres qui sont d'une composition si parfaite,
qu'ils dureront jusqu'à la fin des siècles, n'ont-
ils pas plus de perfection que l'homme dont
la durée est si courte, et la vie exposée à
tant d'accidents, qui peuvent le faire mourir?
On pourrait peut-être avoir quelque raison de
faire cette objection, si je n'avais pas dit que
je parlais de l'homme essentiel et intérieur
sur qui l'ange n'a point d'avantage, et lequel
en a beaucoup sur l'ange. N'est-il pas dit dans
l'évangile, qu'après la résurrection glorieuse,
les hommes seront comme les anges, dans les
cieux, parce que l'homme essentiel et intérieur
n'étant plus environné du simulacre corruptible,
ni enveloppé dans les liens du pêché,
qui le tiennent dans une perpétuelle captivité
durant cette vie, sera spirituel comme un
ange, et aura toutes les qualités angéliques.
Il aura bien davantage, car il sera déifié parce
qu'il sera uni à Dieu, son principe, comme
je l'ai dit et le ferai voir ailleurs. Jésus-Christ
nous confirme cette vérité dans son évangile
quand il dit que les hommes sont des dieux.
Dii estis: Dieu a-t-il jamais donné un nom si

@

( 24 )
glorieux aux anges; et puisque l'esprit de
vérité le donne aux hommes et non aux anges,
ne faut-il pas conclure qu'ils ne sont pas
aussi parfaits que l'homme. Mais l'homme
meurt, et l'ange ne meurt point, dira-t-on?
Il est vrai qu'il se fait une séparation de l'homme
terrestre et du céleste, du corruptible et
de l'incorruptible, du matériel et du spirituel,
à laquelle séparation on a donné le nom de
mort; mais il n'appartient qu'au simulacre,
attendu que l'homme céleste ne meurt point,
étant immortel ou incorruptible; et la mort
qui ne fait que le séparer de la matière et du
corruptible, au lieu d'altérer quelque chose
de sa perfection, le dégage seulement de ses
liens, le fait sortir de sa prison, et lui donne
la liberté d'agir selon l'excellence de sa nature.
Je parle des hommes qui doivent être régénérés
pour la gloire, car il n'en est pas de même
de ceux qui meurent dans le péché.
S'il est vrai que Dieu ait uni en l'homme, sa créature et son image, toutes les natures, l'intellectuelle,
la céleste et l'élémentaire, comme
il n'en faut pas douter, ne doit-on pas avouer
que l'homme est la plus parfaite de toutes les
créatures, et que si les anges, les cieux, les
luminaires et toutes les créatures élémentaires
ont des perfections, qu'elles sont toutes réunies
dans
@

( 25 )
dans l'homme essentiel, même durant cette
vie; puisqu'il est un petit monde et l'abrégé
de toutes les créatures. Or, il est aisé de prouver
que l'homme est l'abrégé de toutes les natures.
On ne peut pas contester que l'homme
ne soit la parfaite similitude du verbe, le verbe
étant un homme-Dieu, comme je l'ai démontré,
ayant en lui toutes les natures. L'homme
essentiel étant la parfaite similitude de l'homme-Dieu,
a donc en soi toutes les natures.
C'est une vérité dont la preuve n'est pas
difficile. L'homme-Dieu est l'unité éternelle
qui est le principe universel de tous les êtres
supérieurs, inférieurs et moyens. Tous les
êtres sortent de ce principe principiant. Comme
à son imitation, de l'unité intellectuelle,
principe des nombres, sortent tous les nombres,
et toutes les figures géométriques au point mathématique;
ce point rationnel est le principe
de toutes ces figures, il les a toutes dans son
centre: il faut nécessairement qu'elles y soient
essentiellement, puisqu'elles en sortent. Il faut
aussi que tous les nombres soient dans l'unité,
dès que cette unité, leur principe, les produit et
les met de puissance en acte; comme toutes
les créatures sortent du créateur, parce qu'elles
sont essentiellement en lui. L'unité éternelle est
cet homme-Dieu, principe de toutes choses,
B
@

( 26 )
qui dans la création a manifesté tous ses nombres
ou créatures, et a séparé par son esprit
la nature intellectuelle, la céleste et l'élémentaire
qui étaient essentiellement et éternellement
en elle, puisqu'elle les a produites. Ensuite
elle les a réunies en l'homme pour qu'il
soit l'abrégé de toutes les créatures et l'image
parfait de l'unité éternelle. C'est pourquoi il est
appelé le microcosme, attendu qu'il est en
tout ressemblant au macrocosme.
Mais il ne serait peut-être pas suffisant pour quelques personnes d'avoir dit que l'homme
est l'abrégé de toute la nature, si je ne démontrais
sensiblement de quelle manière il
l'est. Je dirai donc premièrement qu'il a la
nature angélique, parce qu'il a un esprit intellectuel,
et que cet esprit a l'invisibilité, la
subtilité, la pénétration, et toutes les autres
qualités d'une intelligence. L'homme a la nature
intellectuelle, parce que durant cette vie même,
il conçoit comme une intelligence une infinité
d'objets; son esprit est invisible comme un ange ;
il va d'une extrémité du monde à l'autre dans
un instant, sans passer par des milieux, il
pénètre les corps les plus solides et compacts;
il va dans les lieux les plus inaccessibles;
il entre dans le plus profond de la mer, et va
fouiller le globe de la terre jusque dans son

@

( 27 )
centre, pour y examiner ce qu'il y a de plus
secret; il monte même dans les cieux, y observe
le mouvement des corps célestes, leurs influences,
et leurs qualités; il y lit tout ce qui
se fait dans ce monde inférieur. Sa pénétration
et sa subtilité vont si avant, qu'il s'élève
jusque dans l'empirée y cherche Dieu dans sa
gloire, et y conçoit une image de l'éternité.
S'il n'agit pas en cette vie aussi parfaitement
que l'ange, c'est à cause des liens et de la
prison où il est enfermé. Et c'est dans cet
état-là que l'écriture dit qu'il est un peu moins
que les anges, parce que les anges jouissent
déjà de la gloire, et l'homme n'est que dans
l'espérance de la posséder un jour. L'écriture
ne parle pas ici des hommes qui sont dans la
gloire, attendu qu'ils sont dans un état parfait
aussi bien que les anges. L'homme régénéré
n'a pas seulement ce même avantage; mais
encore il a plus que l'ange, parce qu'il a les
autres natures unies avec son intelligence, et
l'ange n'a qu'une seule nature intellectuelle.
L'homme essentiel a non-seulement la nature
intellectuelle, mais encore la céleste et l'élémentaire.
Aussi l'unité éternelle voulant se
réunir toutes les natures pour l'éternité, ne
s'est pas revêtue de la nature angélique, parce
que le verbe en s'unissant seulement à cette

@

( 28 )
nature n'aurait pas réuni à l'éternité toutes les
natures. Mais il s'est revêtu de l'humaine parce
qu'il avait fait l'homme un petit monde, un
abrégé de toutes les créatures, un tout parfait
et accompli; et c'est encore à cause de cette
union du verbe avec l'homme, que nous pouvons
dire avec raison, que l'homme a plus
que l'ange, et qu'il est l'image la plus accomplie
de la divinité.

===============================

CHAPITRE V.
Que l'homme a la nature céleste, l'angélique,
l'élémentaire; et que Dieu agit directement sur l'âme, l'âme sur l'esprit, et l'esprit sur le corps.
----------------
On ne saurait contester que l'homme ne soit composé de la nature céleste, dès qu'on demeure
d'accord qu'il est un petit monde; car il ne
peut l'être, s'il n'est pas un abrégé du grand;
et s'il n'a en lui toutes les parties essentielles qui
composent l'univers, et comme le grand monde
est composé de la nature angélique, de la céleste
et de l'élémentaire, il faut nécessairement que
l'homme pour en être l'abrégé, et un petit
monde, soit composé de ces trois natures;

@

( 29 )
s'il a la céleste, comme nous ne pouvons pas
douter, il faut par conséquent qu'il ait en lui
le principe des influences célestes. Et comme ce
principe existe en lui depuis le moment de sa
conception, comme les deux autres natures, il
doit y agir dès l'instant même, aussi bien que
l'intellectuelle et l'élémentaire. Mais pour être
parfaitement pénétré de cette vérité, il faut
savoir que Dieu agit directement dans l'âme,
que l'âme agit directement dans l'esprit, et l'esprit
agit directement dans le corps; de sorte que
l'âme agit indirectement dans le corps, et Dieu
agit indirectement dans l'esprit et dans le corps.
L'âme qui est un esprit intellectuel, n'ayant
aucune proportion avec le corps, ne peut agir
directement en lui; il faut un moyen qui tienne
des deux natures, de la spirituelle et de la corporelle:
et l'esprit est ce moyen par lequel l'âme
agit dans le corps: Dieu agit directement dans
l'âme, par la proportion qu'elle a avec lui; et
cette proportion vient de la simplicité, de la
spiritualité, et de l'immortalité de l'âme. Dieu
agit indirectement dans l'esprit et dans le corps,
parce que l'esprit n'a pas de proportion avec la
simplicité de Dieu. Le corps en a encore moins
à cause de sa composition. Aussi Dieu y agit
plus indirectement que dans l'esprit.
L'âme étant la nature intellectuelle, elle agit
@

( 30 )
dans l'esprit en souveraine par la puissance
qu'elle a reçue de son principe; elle gouverne
comme il lui plaît l'esprit qui est la nature
céleste, et l'esprit gouverne de même le corps
qui est la nature élémentaire, et y fait toutes
les mixtions matérielles, qui regardent la
forme du corps, et toutes les mixtions des influences
planétaires qui concernent les passions
de l'homme. Nous ne pouvons être sans
l'âme, l'esprit et le corps, ces trois parties
étant les trois natures qui composent le
monde; car l'intellectuelle seule ne peut pas
constituer l'homme, non plus que la céleste
seule, ni l'élémentaire sans les deux autres.
Dieu a voulu faire l'homme de ces trois natures,
afin qu'il soit l'abrégé du grand monde, et
l'image de son créateur.

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CHAPITRE VI.
Que le ciel humain agit en l'Homme dès le moment de sa conception.
----------------
La nature céleste ainsi que l'intellectuelle, sont en l'homme dès le moment de sa conception,
afin d'agir sur l'élémentaire pour la composition
des organes, et pour influer les passions:
de sorte que ce ciel humain agit au même instant

@

( 31 )
avec ses influences, et selon qu'il est disposé,
y montre d'abord sa puissance, et continue
en lui ses opérations, depuis sa conception
jusqu'à sa mort, en cette manière.
Toutes les planètes de son ciel travaillent successivement à le former. Saturne commence,
par sa froideur naturelle, à condenser et épaissir
peu à peu la matière prolifique, jusqu'à ce qu'il
la coagule en une masse informe; et comme
de cette masse il en doit sortir un petit monde,
on peut la comparer au premier cahos que Dieu
créa, pour en faire sortir le grand monde. Cette
masse est achevée de former dans le premier
mois, durant lequel Saturne opère; et lorsqu'il
a fait sa révolution, Jupiter y fait la
sienne, et par sa chaleur il fait une digestion
naturelle de cette masse, lui change sa première
forme, et lui donne celle d'un embryon.
Jupiter opère tout le second mois. Au commencement
du troisième, Mars commence
d'agir, et par sa chaleur et sa sécheresse, il
divise et sépare les parties de cet embryon, et
dispose l'organisation des principales parties du
corps de l'homme; de sorte qu'à la fin de troisième
mois, l'embryon se trouve préparé aux
opérations du Soleil; qui, au commencement du
quatrième mois, nourrit les esprits et fortifie cet
embryon; l'âme commence pour lors à le vivifier

@

( 32 )
visiblement, en y faisant voir sa puissance
et sa présence, par le mouvement de la vie;
ce qu'on ne peut nier, puisque c'est à cette
époque que la mère le sent remuer dans son sein.
Durant le cinquième mois, Mercure continue
l'organisation du corps, et travaille à la forme
des parties de l'homme, qui doivent être les organes
des sens, et à toutes les ouvertures du corps,
telles que la bouche, les narines, les oreilles et
le reste. Vénus agissant le sixième mois, achève
de former entièrement les yeux, les sourcils,
et ce qui fait la différence des sexes. Enfin,
c'est la mère de génération qui met la dernière
main à l'organisation du corps de l'homme. La
Lune opère le septième mois, et travaille par
sa froideur et son humidité à faire sortir l'enfant
du ventre de sa mère, de sorte que s'il naît
dans ce mois il peut vivre; et s'il ne naît pas,
la révolution de Saturne qui recommence le huitième
mois, affaiblit l'enfant par sa froideur et
son débilement; de manière que s'il naît dans
ce huitième mois, il ne peut vivre. Ce qui
est incontestablement prouvé par l'expérience.
Mais ce mois n'est pas sitôt fini que Jupiter
refait sa révolution, et durant le neuvième mois,
par sa chaleur et son humidité, nourrit l'enfant
et répare ses forces, de manière qu'il naît heureusement,
et peut vivre si le neuvième mois
est révolu.

@

( 33 )
Tous les autres astres du ciel humain y opèrent de même, chacun selon sa puissance. Ces
sentiments sont appuyés sur les vérités de la physique;
ceux qui connaissent parfaitement la
nature, ne les désapprouveront pas.
Si les planètes du ciel, de l'homme opèrent successivement en lui depuis sa conception jusqu'à
sa naissance, tel que je l'ai expliqué, c'est une
nécessité déterminée de Dieu, qui les fait agir
chacune selon sa puissance, pour former degré
par degré le corps de l'homme. Mais ce ciel
humain ne laisse pas d'agir aussi avec tous les
luminaires ensemble, selon sa détermination.
De sorte que sa position, au point de la conception
de l'homme, et au moment de sa naissance,
forme et détermine son tempérament, le dirige
et le fait agir depuis sa naissance jusqu'à sa
mort; et l'homme, durant sa vie, montre
la puissance de sa nature céleste, par les
passions qu'il met en acte; comme la joie, la
tristesse, la colère, l'amour et la haine, l'inclination
ou l'aversion aux sciences, à la guerre
ou à la paix, à la religion ou à l'impiété; et
toutes les autres passions selon les degrés de
mixtions des influences de son ciel; les différences
de ces mixtions font toutes les différences
de tempérament et de caractère qui se
trouvent entre les hommes; car il y a autant

@

( 34 )
de nuances différentes qu'il y a de différentes
mixtions.
Mais il faut savoir comment et en quel temps ces trois puissances de l'âme, qui sont la végétative,
la sensitive et l'intellectuelle, conviennent
à la nature du foetus; à ce sujet je dirai
que le sperme étant renfermé dans la matrice
de la femme, il s'augmente aussitôt: cet
accroissement vient de la puissance de l'âme
végétative par une communication de celui qui
engendre, en donnant son sperme; ensuite suivant
que la nature l'exige, il s'y joint une âme
sensitive, et enfin une âme suivant l'espèce;
ces deux puissances, savoir, la végétative et
la sensitive, sont distinguées par leurs opérations;
étant semblable cependant, quant à leur essence,
quoique ce ne soit pas de la même manière:
l'embryon vit premièrement comme une plante;
en second lieu, il a une vie animale, ensuite
il vit comme un animal de telle espèce; mais
l'homme a de plus une vertu intellectuelle qui
ne s'engendre pas avec la matière, mais qui
lui est infuse et communiquée de Dieu, c'est
ce qui le distingue des brutes et le fait considérer
comme la fin et la perfection de toutes les
formes qui sont dans l'univers, et qui en un
mot le fait appeler microcosme.

@

( 35 )
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CHAPITRE VII.
Des inclinations d'amitié et d'inimitié qui se rencontrent entre les hommes.
----------------
D'après ce que je viens de dire sur les opérations que font en nous les planètes pendant
la formation de l'embryon, on ne doit point douter
du rapport qui existe entre le Ciel humain
et le céleste; et par ce rapport on est à même
d'expliquer d'où provient la cause de l'amitié et
inimitié qui se rencontrent parmi les hommes,
dès le premier abord.
Il est reconnu par les sages scrutateurs de la nature, que les planètes ont entre elles une amitié
et inimitié, des concordances et discordances,
desquelles naissent la sympathie et antipathie
qui existent dans tous les corps et composés de la
nature: cette vérité est démontrée en physique
et en chimie, et nous est désignée sous les
noms d'affinité, attraction, adhérence et agrégation;
car la chimie a reconnu, que tous les
êtres naturels n'ont pas une égale tendance pour
se combiner les uns avec les autres. Il en est
qui refusent absolument de s'unir, ou qu'au
moins l'art ne peut parvenir à agir directement,

@

( 36 )
comme le fer et le mercure, l'eau et l'huile, etc.
D'autres ne s'unissent que difficilement, et à l'aide
d'un temps très long. De sorte que l'attraction
chimique n'étant pas égale entre tous les corps,
on peut d'après la connaissance de ce phénomène
opérer sur-le-champ la séparation de deux
corps dont l'union formait un composé; cela
étant admis, on peut conclure que la planète
qui a présidé à la conception de l'embryon, a
dû le douer de toutes ses qualités; ce qui sera
cause que deux personnes qui auront été formées
sous la domination de deux planètes ennemies
l'une de l'autre, ne pourront jamais
sympathiser ensemble, et auront une aversion
réciproque. De même que deux personnes qui
auront été formées sous la domination de deux
planètes amies l'une de l'autre, se verront avec
plaisir et formeront une société agréable; cette
vérité se confirme tous les jours. Si on réfléchit
un instant sur ce que je viens de dire, on
reconnaîtra facilement que les hommes naissent
tous avec des inclinations d'amitié ou d'inimitié
réciproque, et l'on ne sera pas surpris de
voir des personnes se haïr réciproquement sans
aucun sujet. Il convient maintenant de faire
connaître les planètes qui sont amies ou ennemies.
Mercure, Jupiter, le Soleil et la Lune, sont amis
@

( 37 )
amis de Saturne, Mars et Vénus, lui sont
très contraires: toutes les planètes, excepté
Mars, sont amies de Jupiter, et de même elles
haïssent toutes Mars, à la réserve de Vénus;
Jupiter et Venus aiment le Soleil Mars, Mercure
et la Lune lui sont contraires; elles aiment
toutes Vénus à l'exception de Saturne: Mars
et Mercure sont ennemis.
Il y a une inimitié ou contraire qui existe entre elles parce qu'elles ont des maisons opposées,
comme Saturne au Soleil, et à la Lune; Jupiter
à Mercure; Mars à Venus; et la contrariété
ou inimitié est d'autant plus grande quand
elles sont plus élevées et opposées, comme de
Saturne et de Jupiter, de Vénus et de Mercure:
mais aussi l'amitié est plus grande de celles qui
ont la même nature, qualité, substance et
puissance, ou vertu; comme Mars et le Soleil;
Vénus et la Lune, Jupiter et Vénus, et celles
qui ont leur exaltation dans celle d'une autre,
sont amies, comme de Saturne et Vénus, de
Jupiter et la Lune, de Mars et Saturne, du
Soleil et Mars, de Vénus et Jupiter, de la
Lune et Vénus.
De sorte que de la même manière que sont les inimitiés et contrariétés des corps supérieurs,
sont les inclinations des choses qui leur sont
sujettes dans les corps inférieurs.
D
@

( 38 )
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CHAPITRE VIII.
De la stupidité et subtilité de l'homme.

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Les hommes sont en si grande quantité sur la terre, que l'arithmétique ne pourrait en
soumettre le nombre, et cependant il ne s'en
trouve pas un semblable à l'autre; et la différence
de leur esprit est si grande, qu'elle doit
nous engager à reconnaître et chercher dans
leurs productions, constitutions et formations
les causes de cette grande variété.
Je dis donc que l'âme étant divine, immortelle, immatérielle, et provenant de Dieu,
nous ne pouvons pas imaginer que le créateur
crée, les unes stupides et les autres pleines de
subtilité; il faut nécessairement que cela vienne
de la part du corps, qui est le seul organe,
dont l'âme se sert pour exalter sa puissance et
ses facultés; de sorte que s'il y a quelque
défaut aux corps humains, il empêche l'âme
d'agir librement, et d'effectuer ce dont elle est
capable, parce que l'organe qui est nécessaire
pour produire en acte cette puissance de l'âme,
manque: comme par exemple, un muet qui
ne peut parler, ce n'est pas que son âme n'ait
pu apprendre à discourir, mais c'est que les

@

( 39 )
organes et parties corporelles qui sont nécessaires
pour former la voix et la parole, ne peuvent
répondre au désir de l'âme.
Il est de même de la Stupidité, car ce n'est pas que l'âme soit stupide: mais cela
vient du corps en qui les organes trop matériels
ne peuvent répondre au commandement
de l'âme.
Voyons donc ce qui peut occasionner ces défauts au corps humain; ils sont plusieurs: la
figure et conformité de la tête, trop grande
et difforme; petit cerveau, grande et abondante
humidité, sont les causes externes de la
stupidité des hommes; un tempérament froid
et humide, abondance d'humidité mercurielle
peu de sel et peu de soufre, sont les causes
internes et formelles de la même stupidité:
car dans ces tempéraments les esprits naturels
vitaux et animaux qui sont les principaux
agents pour mettre en exécution la puissance
de l'âme, sont tellement engourdis, qu'ils ne
peuvent pas manifester aucune autre faculté de
l'âme, que celles des bêtes brutes, au lieu
que s'ils étaient plus forts et vigoureux, et que
la conformité des parties fut bien établie, ils
manifesteraient les facultés de l'âme dans tout
son éclat.
De sorte qu'on peut conclure par ce que je D 2
@

( 40 )
viens de dire, qu'un homme en qui le tempérament
sera sec et chaud, est ordinairement
sage, bon, rempli d'esprit et de subtilité, attendu
que toutes ces qualités proviennent d'une
température chaude et sèche, laquelle est produite
par une abondance de soufre et de sel
dans le sujet.

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CHAPITRE IX.
La nature agit en l'homme selon son essence déterminée de Dieu.
----------------
Pour expliquer cette vérité, je dis que comme l'âme, qui est l'intelligence en l'homme
domine et dirige la nature céleste, de même
l'esprit qui est la nature céleste, domine et
dirige le corps, qui est la nature élémentaire.
Ce n'est pas que la nature céleste ne puisse
opérer des choses où l'âme n'a point de part;
car comme Dieu qui agit dans l'âme, lui laisse
la liberté d'agir aussi, quoique l'âme agisse
dans l'esprit, l'esprit a la puissance d'agir quelquefois
sans l'âme. Si les opérations de l'âme
étaient toutes conformes à la volonté de son
moteur, elle opérerait toujours le bien, parce
que la volonté de son créateur est le souverain
bien. Mais comme Dieu lui a donné la
liberté, elle agit quelquefois d'elle-même:

@

( 41 )
ce n'est pas que son moteur ne concoure avec
elle comme cause première mais quand par
le mauvais usage, qu'elle fait de la liberté
qu'elle a reçue de son créateur, elle opère sans
son principe, et en quelque manière hors de
lui, elle se laisse entraîner par l'esprit, qui
la conduit aux passions déréglées; et pour lors
elle n'adhère plus au bien, et s'en éloigne en
suivant les inclinations et la pente des sens,
qui l'éloignent de son principe, pour la plonger
dans la matière; c'est ainsi que le premier
homme créé, s'est éloigné de son créateur, et
s'est précipité dans la région des pères et mères
qui n'était faite que pour les brutes.
L'homme n'aurait aucun attachement aux plaisirs de la terre, et ne ferait jamais de mal,
si les opérations de son âme étaient toujours
conformes à la simplicité de Dieu, Mais comme
l'âme est jointe à l'esprit, et l'esprit au
corps; et que pour aller au bien, il faut que
l'âme monte jusqu'à la source, qui est Dieu;
lorsqu'elle descend, elle va à ce qui est opposé
au bien, attendu que si ce qui est en haut est
le bien, il faut que ce qui est en bas soit le
mal par opposition. De sorte que quand l'âme
descend à l'esprit, elle commence à s'approcher
de la composition, du mélange, et par conséquent
du mal: parce que toute composition
D 3
@

( 42 )
suppose le mélange, et le mélange, le changement,
l'inconstance et le désordre, qui sont
opposés à la simplicité de Dieu, qui est le principe
de l'ordre éternellement immuable. Si
quand l'homme meurt, son âme est dans ce
mélange et dans l'esclavage du corps, qui pour
lors a une domination absolue sur l'esprit et sur
l'âme, il les mène tous les deux à son domicile,
qui est la corruption et les ténèbres, la mort éternelle
et la source de tous les maux. Mais si
au contraire le corps monte à l'esprit, et l'esprit à
l'âme, la composition viendra à la simplicité,
qui est le principe; pour que le corps soit renouvelé
en l'esprit, l'esprit en l'âme, et l'âme en
Dieu. De sorte que l'âme les mènera tous deux
à son domicile qui est l'incorruptibilité, la
lumière, la vie éternelle et la source de tout
bien.

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CHAPITRE X.
Pourquoi l'homme est nommé Microcosme ou petit Monde?
----------------
Il n'est pas difficile de définir la raison pour laquelle l'homme est considéré comme l'abrégé
de l'univers, attendu qu'il en contient toute

@

( 43 )
l'anatomie, et nous devons croire, que si les
anciens philosophes ne l'ont nommé que petit
monde, c'est en égard de sa corpulence, qui
est comme un atome à celle de l'univers; mais
s'ils eussent considéré la perfection, la beauté
de son corps et de son âme, ils n'auraient
certainement point hésité à le gratifier du nom
de grand monde. Dieu est infiniment plus grand
que le monde, et n'a cependant aucune quantité;
ce titre ne lui est donc donné qu'en raison
de sa perfection spirituelle: et si de toutes les
créatures, l'homme seul est la plus parfaite
et la plus belle; si, dis-je, seul de toutes les
créatures corporelles, il a en son âme l'image
de Dieu, et qu'il contient l'essence de toutes
les natures, comme c'est chose indubitable,
je conclus résolutivement qu'il serait proprement
nommé le grand monde.
Ayant considéré la nature des cieux, des éléments, des pierres, des métaux et minéraux,
des arbres, des plantes, des oiseaux, des poissons,
et de tous les animaux; l'homme seul,
semblable aux anges, orné de l'image de Dieu,
a bien plus que tout cela en lui, et d'une
plus belle façon; car, comprenant toute la
perfection des créatures, d'une manière céleste,
en a d'autres dont elles sont privées; ce qui le
rend bien plus grand que toutes ensemble: aussi

@

( 44 )
est-il nommé, par excellence, créature simplement,
ayant en soi réuni, ce que les autres ont
en parties.
Enfin, on peut dire qu'il n'existe rien dans l'ordre de la création, qui ne soit dans l'homme,
de qualité plus noble. Le ciel, à cause de sa
forme, de sa splendeur, de son mouvement, et
autres qualités dont nous ressentons les effets,
est, suivant Aristote, entre toutes les parties
du monde qui sont sans âme, la plus belle et
la plus divine. Mais je trouve qu'en la fabrication
de la tête de l'homme, le ciel terrestre
surpasse en artifice tout cela; car, outre la
figure ronde, on y voit l'ovale des yeux, la
pyramidale au nez, le cylindre, le cube et autres
qui entrent en sa composition. Si le ciel
a ses astres, la tête a ses sens, dont la lumière
brille avec plus de couleur; par ses deux luminaires,
il éclaire toutes choses; et la tête,
par ses yeux, nous fait voir tout. Le ciel lance
d'en haut ses influences, et la tête influe par
tout le corps: le mouvement circulaire du ciel,
le droit des éléments, et le composé de tous les
corps, se trouvent en l'homme; ses os secs et
compacts sont ses rochers, son eau au cerveau
froid et humide, est une mer du Levant, dont
les eaux ruissellent continuellement sur la langue,
et son flux et reflux parvient jusqu'aux

@

( 45 )
yeux; le coeur est sa Méditerranée, qui transmet,
par ses artères, à tous les membres, le
nectar de la vie, pour embellir et vivifier ce
beau tout. Ses artères et ses veines, ne sont-
ce pas autant de fleuves et de rivières qui coulent
pour arroser et humecter toutes les parties
de son être; dans la partie la plus élevée de son
corps, est contenue la quintessence des éléments;
au lieu du feu austral, il a un très pur sang,
dans lequel réside l'âme en forme d'un souverain,
par le moyen de l'esprit vital. L'enveloppe
de son être est sa terre, en laquelle est renfermé
son feu central qui opère continuellement.
L'âme en l'homme représente Dieu dans l'univers; elle gouverne, comme je l'ai déjà dit,
l'esprit, et l'esprit le corps: quand l'âme a
conçu quelque chose, l'esprit le comprend, le
fait sentir au corps, et les membres obéissent et
exécutent au même instant ce que l'âme a conçu;
car, le corps, de lui-même, ne sait et ne
peut rien, attendu que tous les mouvements
qu'il opère, c'est l'esprit qui les provoque par
le commandement de l'âme; de sorte que le
corps n'est à l'esprit que comme un instrument
dans les mains de l'artiste. Ce sont là les opérations
que l'âme fait en lui et qui le distinguent
des brutes. Qu'on n'allègue point une

@

( 46 )
prérogative empruntée des sens extérieurs des
animaux sur ceux de l'homme, d'autant qu'il
les devance tous d'une façon qui surpasse
leurs facultés. Que l'on considère l'instinct des
animaux y trouvera-t-on quelque chose qui ne
soit en l'homme, mais d'une manière bien plus
excellente; car, sa forme est d'être droit planté
sur ses pieds, et son regard donne vers le ciel,
son sens commun, son imagination ont plus
de force, d'énergie et de discernement; sa mémoire
est plus capable et plus ferme; il fait
des opérations, que la brute la plus intelligente
ne saurait imiter. De plus, si Dieu
a dit: faisons l'homme à notre image et similitude,
pouvons-nous lui refuser la supériorité
que le créateur a bien voulu lui donner par-
dessus toutes choses: et n'est-ce pas pour l'établir
souverain sur les autres créatures de
ce monde, qu'il l'a doué par préférence, de la
pensée, de l'intelligence et de la parole; ce qui
lui donne la puissance de discerner tout ce qui
se fait entendre et comprendre; ce qui se meut
et qui croît; de voir dans leur centre qu'elles
sont leurs essences, leurs qualité et propriété;
afin de pouvoir en juger, pour les diriger et les
employer comme il lui plaît, pour son utilité
et son agrément.

@

( 47 )
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CHAPITRE XI.
Cause de la mortalité de l'homme.
----------------
L'homme (selon l'écriture et les théologiens) avait été créé immortel, et Dieu l'avait placé
dans un lieu composé de vrais éléments, non
élémentés, mais très purs, tempérés et conjoints
ensemble en leur plus grande perfection: de
manière que comme ils étaient incorruptibles,
tout ce qui habitait leur centre, devait être
exempte de corruption et par conséquent de
mort; c'est pourquoi Dieu y avait placé l'homme,
sa créature chérie, comme devant être sa
demeure, pour y vivre exempt de peines et de
maladies, parmi mille délices et plaisirs innocents,
jusqu'au temps où Dieu aurait voulu
le faire passer dans la gloire. En attendant il était
le souverain de toutes les créatures élémentaires
et avait un empire si absolu, qu'il semblait
que le monde n'avait été créé que pour lui. Mais
après qu'il eût transgressé les commandements
de son créateur, il fut banni du paradis terrestre,
pour être aussitôt précipité dans la région corruptible
et élémentée; qui n'avait été créée que
pour les brutes. Mais n'y pouvant subsister
sans aliments, il fut contraint de se nourrir des

@

( 48 )
productions corruptibles de ce séjour élémenté,
qui infectèrent les purs éléments dont il avait
été créé, et le firent tomber peu à peu dans la
corruption jusqu'à ce qu'une qualité prédominant
sur l'autre, eût entièrement corrompu
son être: alors il fut attaqué de plusieurs infirmités;
la séparation des éléments se fit et la mort
s'en suivit; mais Dieu qui sait le passé, le présent
et l'avenir, ayant prévu la chute de l'homme
avait crée le verbe avant toutes choses
afin de le régénérer et de le ramener à lui pour
toujours par un lien indissoluble.
Comme les enfants du premier homme n'avaient pas été créés dans le séjour des éléments
purs, et qu'ils avaient été engendrés dans ce
monde composé des éléments élémentés corruptibles
et passifs; ils se trouvèrent plus près de la
corruption, et par conséquent de la mort, attendu
qu'une semence qui n'est formée que
par des aliments corruptibles, et auxquelles il
faut que l'homme donne la mort avant de
pouvoir les employer à sa nourriture, ne peut
pas produire des choses de longue durée ; de
sorte que plus les hommes seront éloignés de leur
source, plus ils auront pénétré dans la corruption;
ils seront conséquemment plus sujets aux
maladies et vivront moins longtemps. On ne peut
nier cette vérité, puisque nous voyons que notre
vie
@

( 49 )
vie est plus courte que n'était celle de nos
premiers pères; et l'espèce humaine décliner &
peut-être jusqu'au point que l'homme ne pourra
plus procréer son semblable.
A l'égard de la brièveté plus ou moins grande de la vie de l'homme, elle provient du mélange
des principes de nature qui entrent en sa
composition, attendu que ceux en qui ce mélange
est plus ou moins bien proportionné,
vivent plus ou moins longtemps; il y a aussi
des lieux où l'air est plus pur les uns que les
autres, et qui par leur salubrité empêchent que
la nature de l'homme ne se détruise si promptement.
De sorte que ceux qui les habitent jouissent
d'une bonne santé et vivent très longtemps.
Mais les intempérés accourcissent leur vie par leur mauvais régime et leur dérèglement; l'expérience
nous fait voir aussi que les enfants des
valétudinaires ne sont pas de longue durée. Enfin
nous pouvons dire qu'il est resté à la postérité
d'Adam pour héritage toutes ces infirmités,
incommodités et ces misères. Etant tous exposés
à la faim, à la soif, aux dérèglements, à la
rigueur des saisons et à tous les désordres que
nous voyons ici-bas; rien ne peut nous en exempter,
nous y sommes tous sujets plus ou moins;
et nous ne pouvons jamais nous flatter d'être
E
@

( 50 )
dans un état où nous ne soyons point soumis au
changement. Nous cherchons partout le bonheur
parce que nous sentons qu'il en existe un,
mais ce n'est pas en ce séjour d'exil que nous
pouvons nous flatter de le trouver: Son siège
étant très élevé, et n'ayant rien de terrestre,
pour parvenir à le connaître, il faut nécessairement
abandonner toutes affections pour les
choses d'ici-bas, élever notre esprit à ce qui est
au-dessus de nous, et surtout examiner ce que
nous sommes; car ce ne sera jamais que par
une parfaite connaissance de nous-mêmes, et de
ce qui nous entoure que nous parviendrons à
connaître cette source divine, qui a pour sujet
le seul ouvrage du créateur, puisqu'elle est la
mère de toute intelligence et de toute faculté,
attendu que c'est d'elle que procède la connaissance
qui instruit l'homme, le rend bon et lui
donne l'amour d'un Dieu qui le comble de bienfaits.
Il faut en un mot que la nature intellectuelle,
et la céleste se séparent de l'élémentaire,
afin que l'âme puisse retourner au point central
d'où elle est sortie; c'est alors que l'homme
essentiel pourra jouir de tout le bonheur pour
lequel il se sentait créé, et qu'il cherche en vain
dans ce séjour de peine, où le vrai bien ne peut
exister.
De toutes les conditions auxquelles l'homme
@

( 51 )
est assujetti, la mort lui paraît la plus humiliante
et la plus terrible; mais s'il fait réflexion
sur tout ce que j'ai dit à l'égard de sa création
et de son existence, il s'en réjouira au lieu
de s'en alarmer, et conviendra que c'est pour lui,
le moment le plus heureux; car on peut comparer
le temps que l'homme est obligé de passer
sur la terre, à celui d'un forçat, qui étant
condamné à trente ans de galère, désire de voir
arriver le moment qui doit le délivrer de son
esclavage, et lui donner la liberté de retourner
dans le sein de sa famille.

===============================

SECONDE PARTIE.
Où il est traité de la substance, des éléments, des principes terminés, et de l'union du créateur avec ses créatures.
----------------
Chapitre premier.
Pour connaître parfaitement les choses, il faut étudier leur cause, afin de pouvoir descendre
de la cause à l'effet. Ayant commencé par le
principe principiant universel de tout ce qui
existe, je vais parler de ses effets, et faire voir
toutes les gradations naturelles, et la proportion
D 2
@

( 52 )
que les créatures ont avec le créateur,
ainsi que celle qu'elles ont entre elles. Car sans
cette connaissance on ne peut pénétrer dans les
opérations secrètes de la nature, parce que ce
sont ces gradations et cette proportion, qui font
l'ordre et l'harmonie de toutes choses. Etant une
vérité incontestable, que Dieu en créant l'univers,
a tout fait avec nombre, poids et mesures.
Voulant établir une juste proportion dans
toutes les choses, afin qu'elles soient nécessaires
les unes aux autres; attendu que sans cette
proportion, toutes les créatures seraient dans
une perpétuelle confusion; et il n'y aurait entre
elles ni liaison, ni union, ni gradation. Il
n'y aurait même jamais eu de manifestation de
l'éternité dans le temps, ni de retour de ce qui
est dans le temps à l'éternité, non-plus de moyen
participant pour le renouvellement de toutes
choses, ainsi que de génération et de durée.
Il n'y aurait point d'union du créateur à la
créature; la cause ne produirait pas ses effets;
il n'y aurait point d'union du principe avec le
principié, ni du ciel avec la terre, ni du mâle
avec la femelle, de la forme avec la matière,
de l'agent avec le patient, de l'unité avec les
nombres du point physique avec les figures géométriques,
ni du centre avec la circonférence.
Et comme sans l'union de toutes ces choses, le
monde serait dans la confusion, ou plutôt dans

@

( 53 )
le cahos; et que c'est par ce moyen que toutes
les créatures subsistent dans ce bel ordre déterminé
du créateur; il faut conclure que la proportion
fait l'harmonie de l'univers, et que c'est
par elle que toutes les créatures retourneront
au créateur, et le temps à l'éternité.
Celui qui connaîtrait parfaitement la proportion que les créatures ont avec le créateur,
et celles qu'elles ont entre elles, serait tout aussi
heureux en ce monde qu'on le peut être, parce
qu'il posséderait la science des mystères divins
et de ceux que Dieu a cachés dans la nature.
Celui qui saurait la proportion que les éléments
ont avec la substance, pourrait les réduire à
leur principe. Celui qui connaîtrait la proportion
élémentaire ferait la combinaison des éléments,
connaîtrait leur force ainsi que leurs
vertus; et pourrait faire que l'art imiterait parfaitement
la nature. De même celui qui connaîtrait
la proportion que les astres ont entr'eux,
opérerait par l'harmonie de leurs influences
toutes ces merveilles que faisaient les anciens
sages d'Egypte.
Mais que ne ferait pas celui qui comprendrait la proportion qu'il a avec l'unité éternelle
son principe?.......

@

( 54 )
===============================

CHAPITRE II.
De la substance et de ses gradations.
----------------
Etant une vérité que l'unité ternaire est le principe éternel et infini de toutes choses, le
créateur, l'être, la vie, la forme essentielle et
le moteur de toutes les créatures. Il convient
d'expliquer l'ordre des principes naturels; et
quel est ce premier principe créé, duquel
l'unité éternelle a fait toutes choses, afin de découvrir,
comment elles ont été faites par le créateur;
ce qu'elles sont et comme elles se font
dans la nature, ce que la plupart des hommes
ignorent, parce qu'ils ne savent pas que l'unité
éternelle est sortie comme hors d'elle-même, en
créant la substance ou point naturel, principe
de toute quantité, et première créature, laquelle
fut très différente de son principe; l'unité
ternaire étant spirituelle et invisible, et la substance
créée étant matérielle et visible. Ce que
nous pouvons très bien concevoir par la comparaison
de l'unité intellectuelle qui produit le
nombre, et du point mathématique ou rationnel
qui produit le point physique et matériel.
Mais comme Dieu ne peut produire sans un moteur,

@

( 55 )
l'esprit de l'unité divine est l'agent universel
de la substance pour la production de
toutes les créatures. Et c'est ce qu'entend Moïse
quand il dit dans la genèse, spiritus domini
incubaba aquis. Ces eaux n'étaient autre chose
que la substance cachée sous le simulacre d'une
vapeur qui servit de sujet à cet esprit éternel et
infini: de sorte que l'unité incréée et le nombre
créé étant unis, firent ce parfait principe naturel,
que nous appelons nature-essence, et que
les anciens sages ont nommé Hejoly, qui signifie
Dieu opère avec moi. De ce principe substantiel
qui est la forme et la matière universelle
de toutes choses, Dieu fit les éléments qui
sont les principes succédants, et de la combinaison
des éléments, il en fit un limon déterminé
à la génération des individus; lequel contient
en soi toutes les vertus élémentaires en puissance
et non en acte. Et c'est ce limon qui est la semence
de toutes choses.
Mais il ne serait pas suffisant de dire que ce limon est la semence de toutes choses, si je ne
prouvais pas ce que je dis. C'est un axiome reçu
des philosophes, que toutes choses se résolvent
en ce qu'elles ont été. L'expérience nous apprend
que tous les individus se résolvent en limon
pour la génération et la multiplication de leur
espèce; il faut donc conclure que tous ces individus

@

( 56 )
ont été limon; lequel est leur matière prochaine.
Après cette digression qui m'a paru nécessaire,
je reviens à la substance, et je dis
qu'elle est le principe des éléments; que les
éléments sont le principe du limon, et que ce
limon est le principe des individus. Le premier
est le principe primordial, naturel, naturalisant.
Le second est le principe succédant,
naturel, élémentant. Et le troisième est le principe
moyen et engendrant; c'est là l'ordre des
gradations que l'unité éternelle a établi dans la
nature. Toutes les choses du monde vont successivement
l'une après l'autre: la substance va
devant les éléments, la cause devant l'effet, le
moteur devant la chose mue, de même que le
point mathématique va devant le point physique,
et le point physique devant la ligne, la
ligne devant la superficie, et la superficie
devant le corps. L'unité va devant les nombres,
et le composant devant le composé: et cet ordre
que Dieu a établi dans la nature doit être imité
en toutes choses.
Celui qui veut connaître la nature doit se faire une idée véritable de ces principes et de
leurs gradations, afin que ses connaissances soient
parfaites: on doit remarquer que le principe
créé substantiel ne peut engendrer directement
le principe séminal, ni les principes succédants,

@

( 57 )
qui sont les éléments ne peuvent pas non-plus
produire directement les individus; parce que le
créateur a établi cette gradation dans la nature,
voulant que toutes les créatures fussent nécessaires
les unes aux autres, et que chacune agit
selon sa détermination, et fut une partie proportionnée
de ce tout accompli.

===============================

CHAPITRE III.
L'art imite la nature et la nature le créateur.
----------------
J'ai dit ailleurs que toutes les choses du monde imitent leur principe. Toutes les productions
naturelles nous démontrent cette vérité. Quand
l'homme, par exemple, conçoit la forme d'un
édifice, son idée n'est pas l'édifice en acte; mais
l'entendement humain produit cette idée, et
successivement l'idée se manifeste en produisant
l'édifice. Quand l'animal engendre son semblable,
il donne premièrement la semence qu'il
contient, qui est la matière prochaine, laquelle
est successivement changée en animal. Ces gradations
sont nécessaires à la génération de l'animal.
Il passe d'un degré à l'autre successivement
pour imiter le principe principiant, dans ses

@

( 58 )
productions naturelles: de même le point mathématique
ne fait pas le point physique, la
ligne, la superficie, et le corps en même
temps, et par une seule et même opération.
Nous voyons qu'il produit toutes ces formes
l'une après l'autre; et ainsi successivement le
point rationnel fait les gradations géométriques.
Il en est de même de toutes les productions
qui se font en ce monde, tant les naturelles,
que les artificielles, afin que l'art puisse imiter
la nature, et la nature son créateur. L'homme
ne peut développer sa raison que sur les raisons
naturelles; et il lui est impossible d'imaginer
aucune forme, ou de produire aucune idée dont
le modèle ne soit dans la nature.
On ne peut douter de cette vérité, lorsqu'on sait que Dieu a créé une substance, et que de
cette substance il en a fait les éléments, desquels
il a fait les semences, qui sont les principes
terminés à la génération des individus; Dieu
a fait la substance primordiale, laquelle est
très différente de son principe, puisqu'elle est
la créature, et son principe le créateur. La substance
fait deux principes différents, qui sont, les
éléments, et le principe séminal terminé, que
j'ai nommé limon, matière prochaine des individus.
Quoique ce limon ne soit qu'une seule
chose, cela n'empêche pas qu'il fasse plusieurs

@

( 59 )
choses différentes; comme l'animal par exemple,
qui est composé de plusieurs choses différentes
l'une de l'autre, ainsi des autres genres; et ce
principe terminé fait toutes ces différences à
l'imitation de la substance, son principe naturel.
Dieu a mis ces différences dans les créatures, afin qu'elle puissent combiner, et s'unir les unes
avec les autres, attendu que les différences
sont absolument nécessaires pour l'action et pour
l'union des choses; car il n'y a point de génération
sans union, laquelle suppose deux choses
différentes relatives à un principe. Une seule
chose peut bien être principe des différences
comme nous voyons que la substance l'est;
mais elle n'est pas les différences: quoiqu'elle
les produise. Dieu voulant faire le monde avec
toutes ces différences, créa premièrement la
substance; pour qu'elle fût le sujet dans le
sujet dans lequel il devait agir, pour en tirer
toutes les formes naturelles du monde, et être
par conséquent le principe naturel de toutes les
différences, mais comme la substance étant
seule, ne pouvait rien produire, n'ayant pas
de sujet sur lequel elle peut agir; son moteur
infini la divisa en éléments, ou substances élémentaires,
afin qu'elle eût un sujet, qui lui
fût propre à pouvoir agir naturellement. Il fallut

@

( 60 )
aussi que les éléments fussent combinés en un
limon, afin que ces principes succédants eussent
un sujet convenable pour se circuler, et qu'en
se circulant dans ce vase déterminé, ils fissent
par leur composition, un tout parfait individué,
qui est la fin et l'intention de la nature.
On voit par les gradations des principes naturels que la première substance a les éléments
cachés dans son centre, puisqu'elle les produit,
et qu'elle est occulte dans le centre des éléments,
dès qu'ils retournent par rétrogradation à la
substance; les éléments produisent le limon,
principe terminé à la production des genres;
et ce limon est rétrogradé aux éléments. Les
individus sortent et fluent de leur point séminal;
qui est leur matière prochaine; et par ce
flux et reflux continuel de la nature, ces individus
font sortir de leur centre, cette matière
prochaine, et la font couler pour la génération
et multiplication de leurs espèces. De
sorte que tous les principiés sont au centre de
leurs principes, et les principes au centre de
leurs principiés.
Je dis que les principes naturels, quoique très différents, sont tous les uns dans les autres;
pour faire voir la proportion qu'ils ont
entr'eux, et que cette proportion les fait agir
les uns dans les autres, par la relation qu'ils
ont
@

( 61 )
ont à un seul principe. L'unité infinie agit dans
la substance, parce que la substance est dans
le centre de l'unité infinie. La substance agit
dans les éléments, parce qu'ils sont dans son
centre, et les éléments agissent l'un dans l'autre,
pour la composition naturelle des choses; parce
qu'ils sont l'un dans l'autre; et ils agissent
tous dans le limon déterminé à la génération,
parce que ce limon est caché dans leur centre.
Si, comme je l'ai dit, l'art imite la nature et l'un et l'autre imitent le créateur; il en doit
être de même des principes artificiels, et des naturels.
Le point mathématique agit dans le point
physique, parce que le physique est dans le mathématique.
Le point physique agit dans la
ligne, parce que la ligne est cachée dans son
centre; aussi n'est-elle autre chose que le flux
et l'écoulement du point. La ligne, par ces
mêmes raisons, agit dans la superficie, qui n'est
qu'une composition de plusieurs lignes, et la
superficie agit dans le corps, parce qu'elle
contient en soi, le corps; et le corps sort de
la superficie son principe. De même l'unité agit
dans le nombre, et le nombre dans les numérés,
parce qu'ils sont réciproquement les uns
dans les autres. Il en est ainsi de toutes les
autres choses.
La proportion seule entre les causes naturelles, G
@

( 62 )
ne serait pas suffisante pour qu'elles
puissent combiner ensemble pour la production
des choses; il faut aussi qu'il y ait de la
différence, afin qu'elles puissent agir l'une sur
l'autre, attendu qu'il n'y a de proportion ni
d'action dans la nature, qu'entre les choses
différentes. Il est impossible que les semblables
agissent les uns sur les autres; mais un
contraire agit sur son contraire, comme le
créateur agit sur la créature, le ciel sur la
terre, la forme sur la matière, l'agent sur le
patient; l'unité simple incréée dans la substance,
qui est l'unité créée, comme le principe
créé primordial, agit dans les principes succédants
et élémentants; les élémentants dans
les terminés, les terminés dans les individus,
et comme enfin, le feu agit sur l'eau et l'air
sur le feu. La contrariété vient de la différence
sans laquelle il n'y aurait point de proportion;
cette proportion fait l'union, et l'union
des causes naturelles fait et entretient ce bel
ordre, que Dieu a établi dans l'univers, sans
lequel le monde ne pourrait subsister.

@

( 63 )
===============================

CHAPITRE IV.
Qu'il n'y a que Dieu qui puisse créer plusieurs choses d'une seule, et que rien ne se fait sans le concours du premier moteur.
----------------
Dieu n'a pas donné à ses créatures le pouvoir de produire plusieurs choses d'une seule, il
s'est réservé cette puissance, et voulant que
toutes les créatures fussent nécessaires les unes
aux autres, il les a faites toutes différentes,
pour que l'une serve d'agent et l'autre de patient;
que la matière serve de sujet à la forme,
l'air de nourriture au feu et l'eau à la terre; et ce
pour que l'alimenté ne puisse se passer de l'aliment:
de sorte que toutes les choses naturelles
sont dépendantes les unes des autres. Il n'y a
que Dieu seul, qui est indépendant: toutes les
espèces créées lui sont soumises, comme à leur
principe et il les a comme enchaînées par la
proportion qu'il a mis entr'elles, laquelle unit
les différences et fait toutes les productions naturelles
et artificielles; et entretient, comme
j'ai dit, l'harmonie, sans laquelle le monde
ne serait pas un tout parfait et accompli, relatif
G 2
@

( 64 )
à son créateur, qui est le principe de
l'ordre et la perfection même.
On pourrait peut-être objecter que je soutiens deux choses différentes, en disant qu'il n'appartient
qu'au créateur de produire plusieurs
choses différentes d'une seule: ayant dit ailleurs
que le point rationnel fait toutes les figures géométriques
du seul point physique: que l'unité
intellectuelle fait tous les nombres de l'unité
matérielle: que le végétal donnant la
semence de ce seul point séminal, fait plusieurs
formes différentes, et ainsi de l'animal; cette
objection se détruira d'elle-même lorsqu'on
se rappellera que j'ai dit, que le principe est
le créateur, la cause, l'être, l'essence, la forme,
la vie et le moteur de toutes choses,
sans qui rien ne se fait. C'est ce principe éternel
et infini, qui a créé la substance, de laquelle
il a produit les éléments, et des éléments
les principes moyens terminés à la génération
des individus. C'est ce moteur universel
qui fait sortir tous les nombres de l'unité
intellectuelle, parce qu'il est le moteur de
l'intelligence; et qui par cette même raison fait
sortir du point rationnel toutes les figures géométriques.
C'est lui aussi qui produit du point
séminal, toutes les formes différentes, qui
constituent l'animal; et de même du végétal

@

( 65 )
et du minéral, il a créé la substance de laquelle
il a fait toutes les choses du monde, et
avec laquelle il opère toujours. De sorte que
les créatures ne sont jamais sans la substance,
sans les éléments et sans le principe séminal.
Toutes ces choses opèrent ensemble et le créateur
avec elles: rien ne se fait sans son concours.
Mais cela n'empêche pas, que les causes
secondes n'agissent chacune selon sa détermination,
et que celles que le créateur a fait naître
libre, ne puissent agir avec toute leur liberté.
Quoique toutes les choses ont leur principe déterminé, et en découlent comme de leur
source, elles sortent toutes néanmoins de l'unité,
et y retournent chacune de sa manière
déterminée: c'est ce que les anciens philosophes
ont expliqué par cet axiome. D'un, plusieurs,
et de plusieurs, un. De l'union de l'homme
et de la femme, il en résulte un troisième,
parce que ces deux sont venus d'un, qui est
le premier homme, lequel avait en lui tous
les hommes en puissance, et qui en étant tous
sortis, sont le flux et l'écoulement de leur principe;
comme la ligne, est le flux et l'écoulement
du point; les nombres, le flux et l'écoulement
d'un; les végétaux le flux et l'écoulement
de leur point séminal; et toutes les créatures,
le flux et l'écoulement de la substance. G 3
@

( 66 )
Le point physique produit une infinité de figures géométriques; l'unité nombre produit
une infinité de nombres, le point séminal terminé
à l'animal, produit une infinité d'espèces
animales, selon notre manière de concevoir:
il en est de même des végétaux. Et comme j'ai
déjà dit, toutes ces productions, par l'intermédiaire
de l'homme, retourneront à l'unité,
tel que je le démontrerai dans un chapitre,
par la similitude des nombres. Chaque figure
géométrique, est une unité relative au point
physique son principe: quoique la ligne soit
composée de plusieurs points, et la superficie
de plusieurs lignes, la ligne et la superficie,
sont des unités, et ainsi des autres figures géométriques.
Tous les nombres viennent d'un,
qui est leur principe matériel: toutes fois deux
est différent d'un; trois est différent de deux
et d'un; mais quoiqu'ils soient réellement différents
en forme numérale, ils ne laissent pas
de s'unir en un nombre, qui est un produit
tout-à-fait différent des nombres qui le constituent.
Par exemple, deux et trois font cinq,
et parce que deux et trois ont été engendrés
d'un, en imitation de leur principe, duquel ils
sont la similitude; par leur combinaison ils
composent cinq, qui est une unité relative à
l'unité première numérale leur principe, et

@

( 67 )
ainsi des autres nombres. Chaque animal est
une unité composée de plusieurs parties sorties
d'un point de semence; et toutes ces parties
quelques différentes qu'elles soient, ne laissent
pas de faire un tout accompli: de même que
plusieurs voix différentes font une harmonie,
qui est un tout accompli de la musique: c'est
leur fin comme la fin de la nature animale est
l'individu animal, lequel est une parfaite harmonie
animale. Et ce tout individué a la puissance
de produire hors de lui-même plusieurs
individus, qui seront tout autant d'unités sorties
d'un, et composées de plusieurs. Il en est de même
de toutes les choses du monde, par relation
à la substance, leur principe naturel. D'un il
en résulte plusieurs et de plusieurs, un.
On peut donc conclure de tout ce que je viens de dire de la substance, qu'elle est la
nature-essence et le principe naturel de toutes
choses: parce que l'esprit éternel et infini opère
avec elle; il agit au centre de la substance,
qui est le sujet de l'esprit, lequel est un acte
simple à l'égard de la substance, laquelle reçoit
tous les changements des formes que l'esprit fait
en elle. Mais cet esprit qui opère, est inaltérable,
et ne peut être changé; il est toujours
le même, contenant tout, et n'étant contenu
par aucun sujet, quoiqu'il soit en tout. De

@

( 68 )
même l'unité, qui est le principe des nombres,
agit dans le nombre et contient tous les
nombres, et les nombres ne peuvent les contenir.
Le nombre peut être augmenté ou diminué;
mais l'unité simple ne peut être changée ni
altérée, parce qu'elle est leur principe; l'unité
est le moteur des nombres; sans elle ils
ne peuvent avoir l'existence: elle est leur centre,
et les nombres sont sa matière. Il en est de
même du centre du monde, qui est l'esprit
éternel et infini. Il est le moteur de toutes les
créatures; sans lui elle n'aurait ni vie ni mouvement,
ni être. Il est leur centre, elles sont
sa circonférence. Il est leur forme; et les créatures
sont la matière: et quoiqu'il n'ait ni forme
ni matière, il est pourtant toutes choses, puisqu'il
est leur principe, qu'il les contient et les
produit toutes.
Si cet esprit éternel et infini n'eût pas agi dans la substance, elle n'aurait rien produit d'elle-
même, parce qu'elle eût été sans moteur. Mais
l'unité éternelle l'ayant créé pour être le sujet
naturel, duquel il voulait faire toutes choses,
l'anima par son esprit; et pour lors elle eût la
puissance de produire toutes les créatures. Les
anciens sages ont appelé cette nature-essence
androgyne, participant de toutes les natures,
comme les contenant toutes, et ayant la puissance

@

( 69 )
de se changer en toutes les formes visibles
et invisibles. De sorte que quand la substance
est légère et subtile, on l'appelle esprit;
quand elle est pesante et solide, on la nomme
corps; quand elle est chaude on l'appelle feu,
lorsqu'elle est humide on lui donne le nom d'air;
lorsqu'elle est froide et condensée, celui d'eau;
et quand elle est sèche, on la nomme terre:
et selon les différentes situations où elle se
trouve, et les différentes formes, on lui donne
des noms différents

===============================

CHAPITRE V.
Des éléments, et comme ils ne sont autre chose que la substance, sous différentes formes.
----------------
Comme très peu de personnes savent ce que c'est que les éléments, le nombre de ceux qui
connaissent la nature est bien petit; car, comment
pourrait-on la connaître, si on en ignore
les principes? Et l'on ne peut pas savoir les
principes, si on ne possède la science des éléments,
laquelle est inconnue à la plupart des
philosophes modernes parce qu'ils prennent les

@

( 70 )
choses au pied de la lettre; et qu'ils ne connaissent
pas la nature-essence, qui est le principe
naturel de toutes choses, ni les gradations
des causes naturelles qui en résultent, ni les
différences, ni la proportion qui fait l'union des
choses qu'elle produit; et qui enfin ne savent
pas ce que c'est que la nature, laquelle comme
j'ai dit au traité de la substance, est divisée
en trois situations différentes. La première est
celle de laquelle les éléments sont produits;
la seconde est l'élémentaire; la troisième est
la séminale qui tient le milieu entre les éléments
et les individus. Ce sont trois principes
différents, mais d'une même racine, un premier,
un succédant et un prochain. Le premier
et le second font indirectement la génération,
et le troisième la fait directement. Le
premier est indéterminé; on peut l'appeler
esprit corporel ou corps spirituel. Le Second
est celui qu'on nomme les éléments, qui par
leurs mixtions font toutes les différences des
corps naturels. Et le troisième a l'idée déterminée
des genres pour leurs productions, et
leurs forces et vertus y sont en puissance. Ce
principe prochain terminé est enfermé dans chaque
individu: et au centre de ce principe se
trouvent les éléments engendrants et élémentants.

@

( 71 )
Ayant dit que toutes les choses naturelles sont faites de la substance, et qu'elle est en
toutes, parce qu'elles sont toutes substantielles;
il convient de faire voir que les éléments ne sont
autre chose que ce principe substantiel, et
quoiqu'ils soient différents de leur principe, ils
ne laissent pas que d'être substantiels, parce
qu'ils sont la substance même sous une autre
forme. De sorte que ce qu'ils étaient au centre
de la substance, ils le sont à la circonférence;
c'est-à-dire, que les éléments étant substantiels
au centre de leur principe naturel, ils le sont
de même à la circonférence, et comme j'ai dit
que le principe terminé à la génération des individus
est le résultat des éléments, il faut démontrer
de quelle manière ce principe séminal
est ce résultat.
Toutes choses se résolvant en ce qu'elles ont été, si le principe terminé se résout en éléments
par la circulation naturelle, il faut donc convenir
qu'il a été composé d'éléments, et qu'ils
étaient nécessairement en lui; car s'ils n'y
étaient pas, il n'y aurait aucune différence;
et s'il n'y avait point de différence, il n'y
aurait ni composition, ni union, ni harmonie,
attendu que l'harmonie ne provient
que de l'union; l'union ne peut exister
sans composition; la composition sans la différence,

@

( 72 )
et la différence sans les éléments, lesquels
quoique différents, doivent s'unir en un
seul composé qui est un tout accompli, qui
n'est ni l'un ni l'autre des composants, mais une
unité composée, engendrée et engendrante.
Cette différence de concordance fait l'union harmonique matérielle en toutes les choses de
la nature. Pour trouver ce principe élémentaire
séminal, il faut décomposer ce qui est
composé et recomposer ce qui est décomposé,
alors on aura les éléments élémentants, et par
leur union on formera une unité; la substance
est la figure de l'unité et le principe de
toutes quantités, comme le point physique est
le principe de toutes quantités géométriques.
Elle est la mère factrice des éléments, elle est
également en tous; elle est leur moteur naturel,
qui les change en toutes les différentes
formes que nous voyons; et qu'on appelle accidents,
à cause des différents changements qui
se font continuellement de l'un en l'autre. Mais
c'est improprement qu'on les nomme accidents,
parce que Dieu qui est infini, opère dans la
substance sans changement de sujet.
Toutes choses doivent avoir de la relation à leur principe: un est relatif à l'unité, son principe,
quatre est relatif à deux, et deux à
un, quoiqu'ils soient tous différents; et parce
que
@

( 73 )
que leurs formes sont différentes; doit-on dire
qu'une forme est un accident à l'égard de l'unité,
son principe, ni que deux soit un accident à
l'égard d'un, ni quatre à l'égard de deux. Quatre
n'est-il pas aussi essentiel que deux, et
deux aussi essentiel qu'un, puisqu'ils proviennent
tous deux d'une même essence, et d'un
seul principe, qui est l'unité: nombre de l'unité
intellectuelle; on ne peut pas dire non-plus que
les éléments ne soient aussi substantiels et essentiels
l'un que l'autre. Quelques différences
qu'il y ait entr'eux, cela n'empêche pas qu'ils
ne soient de la même substance que leur principe,
de sorte qu'on ne peut pas dire, que l'un
soit un accident à l'égard de l'autre, ni qu'ils
soient des accidents à l'égard de leur principe,
attendu que ces différentes formes élémentaires
ne sont autre chose que la multiplicité du point
de la nature, lequel est parfaitement essentiel
par relation à son principe, qui est la cause
essentielle de toutes les essences. La substance
étant relative à son principe, est une; et étant
unique, elle ne peut faire que des effets qui
lui sont proportionnés et relatifs; ou si
ces effets lui sont relatifs, ils doivent être
substantiels et non pas accidentels; attendu
qu'elle est substantielle en toutes ses gradations.
L'accident est tout ce qui n'est pas partie de
G
@

( 74 )
substance; et ce qui n'est point partie de substance
ne peut être substantiel, ni relatif à la
substance. Les choses qui sont au-dedans de la
substance, quelques différentes qu'elles soient,
ne peuvent être qu'essentiellement en elle. Et
cette différence étant passée du centre à la
circonférence, ne doit pas être appelée accident,
quoiqu'elle soit différente de son centre,
à moins qu'on veuille dire, que la circonférence
est un accident à l'égard son centre;
ce qui ne se peut, non-plus que de dire, que les
créatures sont des accidents à l'égard du créateur.
Ce que je viens de dire est bien opposé aux sentiments de ceux qui prétendent que l'âme de
l'homme est faite de rien, et qui ensuite disent
que l'homme est fait à l'image de Dieu.
Quelle contradiction! et comment peut-on oser
dire, que Dieu qui est l'être parfait et éternel
ait pour similitude une chose faite de rien?
Quelle proportion, y aurait-il entre ce qui est
éternellement, et ce qui n'a jamais été? Si
l'âme de l'homme, ou plutôt, si l'homme essentiel
n'eut pas été caché en Dieu, comme
l'arbre dans son principe essentiel végétal; il
n'aurait jamais été produit. Ainsi donc ce qui
était invisible dans l'éternité a été rendu visible
par la manifestation de l'éternel dans le temps;
parce que, comme j'ai dit ailleurs le temps n'est
autre chose que la manifestation de l'éternité.

@

( 75 )
===============================

CHAPITRE VI.
Que les parties constitutives des individus ne peuvent être des accidents.
----------------
L'unité nombre produit tous les nombres et comme elle est essentielle, les nombres qu'elle
produit lui sont co-essentiels, dès qu'elle les
produit de sa propre essence et substance. Le
point principe de toute quantité fait la ligne:
il fallait donc que la ligne fût cachée en lui,
puisqu'elle en est produite. La ligne fait la superficie,
et la superficie le corps. Ce sont trois
formes réellement différentes l'une de l'autre,
et quoi qu'elles soient distinctes, elles sont toutes
produites successivement par le point, qui est
leur principe matériel. La ligne n'est pas le
point, ni le point la ligne; et ainsi des autres.
Et cependant la ligne n'est pas un accident,
à l'égard du point, puisqu'elle est composée
de point, et qu'elle en est le flux et
l'écoulement; ni la superficie n'est pas un accident
à l'égard de la ligne, dès qu'elle est composée
de lignes, non-plus le corps un accident
à l'égard de la superficie, puisqu'il est composé
de superficie. Il en est de même des autres
figures géométriques, lesquelles sont toutes
G 2
@

( 76 )
substantielles, puisqu'elles sont toutes remplies
de leur principe.
On peut dire de même que la semence des animaux est une, et qu'elle ne laisse pas de
produire toutes les parties différentes qui constituent
l'animal; comme sont les yeux, les
dents, les cheveux, la peau, la chair, les os,
les muscles, les veines, le sang, tous les différents
fluides, les esprits vitaux, et autres
parties qui sont enfin nécessaires pour constituer
l'harmonie animale. Si cela ne nous était
pas connu, qui serait celui qui pourrait se le
persuader. Et quoique nous voyons tous les
jours que toutes ces différentes choses sont produites
d'un seul principe séminal, nous ne
sommes pas pénétrés de notre propre expérience,
et nous n'y réfléchissons même pas, parce que
ces choses nous paraissent trop communes. Ce
sont cependant des vérités qui peuvent nous conduire
à de plus grandes connaissances, et qui
devraient détromper ceux qui disent que les
parties essentielles et constitutives des individus
sont des accidents. S'il était vrai qu'elles le fussent,
il faudrait donc dire, que toutes les formes
différentes qui composent l'animal lui sont
accidentelles.
Je vais donner une autre preuve sensible de cette vérité dans les végétaux. Les feuilles ne

@

( 77 )
sont pas un accident à l'égard de l'arbre, non
plus les fleurs à l'égard des feuilles, ni le fruit
à l'égard des fleurs; l'arbre étant caché aussi
bien que toutes ses parties dans le centre de sa
semence, de même que toutes les figures géométriques
dans le point physique. La semence
de l'arbre étant essentielle, produit essentiellement
l'arbre avec toutes ses parties, sans lesquelles
l'arbre ne peut être. Quelques incrédules
pourraient peut-être objecter, que l'hiver les
arbres qui ont perdu les feuilles, les fleurs et
les fruits, ne laissent pas d'être des arbres, et
que par conséquent toutes ces choses n'étaient
pas des parties essentielles à ces arbres; mais
seulement des accidents sans lesquels ces arbres
peuvent exister; je répandrai que ce sont bien
des arbres, mais qu'ils ne sont pas parfaits,
attendu qu'ils n'ont pas toutes leurs parties
essentielles en acte. Car si ces arbres demeuraient
toujours en l'état qu'ils sont; l'hiver,
ils ne produiraient rien; et par conséquent manifesteraient
la mort, et ne seraient plus des
arbres, puisqu'ils seraient sans action. On ne
pourrait donc pas les mettre au nombre des
végétaux puisqu'ils n'auraient plus la puissance
de végéter. Mais dès que ces arbres reproduisent
par la végétation toutes ces parties, il
faut qu'elles soient nécessaires et essentielles à
G 3
@

( 78 )
la perfection de leur forme, et convenir que
l'arbre n'est plus arbre, s'il n'a toutes ses parties
en acte ou en puissance; attendu que ce
qui est au-dedans l'hiver est semblable à ce qui
est au-dehors l'été. Car c'est indifférent que
l'arbre soit au-dedans de sa semence ou au-
dehors; la semence étant substantielle, l'arbre
est substantiel en toutes ses parties; ce qu'on
ne peut nier, puisqu'avant d'être passé de puissance
en acte, il est contenu avec toutes ses
parties essentielles dans son point séminal: de
même que le nombre est contenu dans l'unité,
deux en un, et quatre en deux: de même que
la créature est contenue dans le créateur; le fils
dans le père; les figures géométriques dans le
point, les éléments dans la substance, l'air dans
le feu, et le feu dans l'air. Tout est uni en une
nature-essence en puissance, et tout est produit
par elle substantiellement. Et quoique dans
la nature il ait une infinité de choses différentes
elles sont néanmoins toutes substantielles,
parce qu'elles sont toutes faites de la substance.
Et ce qu'on doit appeler accident dans les choses
naturelles, est hors de la substance, c'est-
à-dire, que c'est un mélange qui n'a aucune
proportion avec elle. J'expliquerai ailleurs ce
que c'est qu'accident, afin de mettre à même
de faire une parfaite différence de ce qui est

@

( 79 )
réellement naturel, et de ce qui est contre
nature, et qui empêche la perfection des choses.
En attendant on peut conclure d'après ce
que je viens dire, que les éléments étant le premier
effet de la substance, et la substance elle-
même dans les formes élémentaires, on ne doit
pas les appeler accidents, non plus que les
autres choses naturelles, puisqu'elles sont faites
de la mixtion des éléments, qui sont substantiels,
et par conséquent de la substance,
laquelle Dieu a remplie d'une infinité de formes,
puisqu'elle est remplie de lui-même, qui
est l'infinité. Dieu étant partout par essence,
présence et puissance. Ainsi, on peut dire
avec vérité, que tout ce qu'il y a de naturel dans
le monde est essentiel et fait d'un principe essentiel,
et tout ce qui est accident est contre
nature.

===============================

CHAPITRE VII.
De la proportion qui fait l'union des éléments pour les productions naturelles.
----------------
Les éléments étant substantiels comme on n'en peut douter, d'après les preuves que j'ai
données de cette vérité, ils ont de la proportion

@

( 80 )
entr'eux, et cette proportion vient de ce qu'ils
sortent tous d'un même principe. Ce sont des
nombres différents qui sont produits de l'unité
nombre, et s'unissent par leur composition en
une unité. Ce sont des lignes différentes
que Dieu a tirées d'un seul point, et qui retournent
à ce point comme à leur centre substantiel.
Ces nombres ont de la proportion entre
eux, comme ces lignes en ont entre elles, les
éléments ont de la proportion entr'eux, parce
qu'ils sont faits de la substance, leur principe
naturel, et qu'ils y retournent comme à leur
centre. D'ailleurs on ne peut douter de leur
proportion, parce que sans elle ils ne s'uniraient
jamais pour la composition. Mais étant
reconnu que les éléments sont les principes de
toutes compositions naturelles, il faut demeurer
d'accord qu'ils s'unissent; et par conséquent
qu'ils ont de la proportion, et de la différence,
attendu qu'il n'y a de proportion qu'entre les
choses différentes: il faut aussi qu'ils soient
différents pour être les principes naturels, parce
que les choses semblables en nature, ne peuvent
rien produire, comme je l'ai démontré.
Les éléments étant les principes des choses,
leurs différences sont absolument nécessaires
pour la composition des corps naturels, afin
que par leur plus ou moins de mixtion ils

@

( 81 )
puissent faire cette grande diversité de sujets
qui se trouvent dans la nature: si cette convenance
de proportion n'existait pas dans les
éléments, ils ne combineraient jamais ensemble;
et au lieu de produire un composé parfait, il
n'en résulterait qu'un mélange confus, sans
distinction et sans ordre. Et il n'y aurait ni animaux,
ni végétaux, ni minéraux, ni aucune
de ces choses, qui sont nécessaires à la parfaite
harmonie de l'univers.
Pour connaître les différences qui existent entre les éléments, et la proportion qui les
unit, il n'y a qu'à observer de quelle manière
les nombres s'unissent. Deux et quatre font
six; lequel n'est ni l'un ni l'autre des nombres
qui l'on produit: d'où peut venir cette union?
Elle provient de la relation intérieure de ces
nombres à un même principe. Un est principe
matériel numérant de deux et de quatre, et
comme un est la première unité numérante;
tous les nombres sont la similitude, c'est-à-
dire qu'ils sont des unités par relation à leur
principe.
Sans sortir des nombres, voici une autre preuve de cette proportion intérieure. Quatre est
caché en deux, puisqu'il est produit par le
multiple de deux, et deux est caché en quatre,
puisqu'il en fait partie. De sorte que quatre

@

( 82 )
est le flux et l'écoulement de deux, et deux
peut être reproduit de quatre. Ces deux nombres
étant donc cachés l'un dans l'autre, deux
trouve dans le centre de quatre, une chose qui
lui est semblable, qui est de même principe,
de même nature, et de même forme; de sorte
que ce qui est au centre, est conforme à ce
qui est à la circonférence. Et cette proportion
fait leur union au point du centre. Ainsi donc
sans autres moyens, deux et quatre s'unissent;
et de leur union, résulte six, qui est un troisième
nombre, qui n'est ni deux ni quatre, mais
une unité qui les contient tous deux dans son
centre; six est par conséquent leur circonférence:
il en est de même des autres nombres,
ainsi que des éléments.
Mais pour faire une juste application de ce que j'ai dit des nombres, il faut se souvenir
que les éléments sont faits de la substance, leur
principe naturel, comme les nombres sont faits
d'un, qui est leur principe numéral. Et que
les éléments ne sont que le flux, l'écoulement
et la multiplication de la substance: comme
les nombres ne sont que le flux, l'écoulement
et la multiplication d'un. Et parce que la
substance est une, les éléments qui sont des
unités succédantes et dérivées, s'unissent et
produisent par leur union une unité composée,

@

( 83 )
relative à leur principe, et cette unité
composée, n'est autre chose qu'une multiplication
de substance, terminée à une forme,
qui n'est ni élément ni substance; mais un
résultat élémenté substantiel. Comme six n'est
qu'une multiplication d'unité terminée à une
forme numérale, composée de plusieurs unités-nombres:
mais comme les éléments dont je
parle sont les principes de la mixtion, et de la
composition naturelle, je dois prévenir que ce
ne sont pas ceux que nous voyons, attendu qu'ils
ne sont que des simulacres, qui ne font pas parties
de substance comme font les éléments intérieurs;
et substantiels, qui sont les vrais principes
naturels élémentants, on plutôt la substance elle-
même divisée en plusieurs formes différentes,
que nous nommons éléments; lesquels ne diffèrent
de la substance, que parce qu'elle n'a
point de qualité en puissance, comme étant
leur principe. Mais lorsqu'elle a passé aux formes
élémentaires, par la division que le principe
éternel en a fait; pour lors elle a en acte le
chaud, l'humide, le froid et le sec, qui sont
les principes succédants.
Si les éléments sont substantiels parce qu'ils sont faits de la substance, nous ne pouvons nier
que les principes terminés à la génération, ne
soient de même substantiels, puisqu'ils sont le

@

( 84 )
monocule et le résultat des éléments, et que les
individus ne sont autre chose que la substance
individuée; parce qu'ils sont sortis des principes
terminés qui ne sont que la substance terminée.
De sorte qu'on appelle improprement
accidents, le chaud, l'humide, le froid et le sec
les couleurs et quelqu'autres parties intégrantes
des individus: attendu que les éléments, les
principes terminés et les individus, avec toutes
leurs parties, ne sont autre chose que la
substance élémentée, terminée, ou individuée.
De sorte que tous ces degrés de combinaisons
et de mixtions naturelles, ne sont que la
multiplicité de la substance, sous différentes
formes substantielles. De même que les nombres
sont la multiplication de l'unité-nombre, sous différentes
formes minérales. Et ainsi que toutes
les figures géométriques ne sont que la multiplicité
du point physique, sous différentes
formes géométriques.
La différence la plus frappante qui existe entre les éléments élémentants, et les éléments
élémentés; laquelle prouve la supériorité des
premiers sur les derniers, est que l'art n'a
aucune puissance sur les éléments élémentants,
et qu'il en a beaucoup sur les éléments élémentés:
la nouvelle chimie nous prouve cette
vérité, par la décomposition qu'on est parvenu
à faire
@

( 85 )
à faire de l'eau, ainsi que de l'air. Mais il n'en
est pas de même des éléments élémentants,
attendu qu'ils sont ce que l'unité-nombre est à
l'égard des autres nombres, qu'on peut diviser
parce qu'ils sont composés: mais l'unité-nombre
de laquelle ils découlent est indivisible
étant relative à l'unité éternelle son principe.

===============================

CHAPITRE VIII.
Des principes terminés, et comme ils ont en eux tout ce qui leur est nécessaire
pour la multiplication de leur genre.

---------------
Examinons premièrement quelle est leur origine, nous trouvons qu'elle est éternelle,
puisque ce sont des essences émanées de l'essence
divine, car après que Dieu eût produit l'abîme,
son esprit éternel et infini, qui est le
feu de l'amour divin, couvait cette première
substance créée, pour en faire éclore les formes
naturelles; ce premier principe naturel
ayant été rempli de toutes les idées de la volonté
de son créateur pour la génération de toutes
les choses naturelles, Dieu le divisa en substances
élémentaires, qui sont les principes naturels
H
@

( 86 )
succédants, et après cette division, il
combina ces substances élémentaires, et en fit
un principe prochain séminal terminé, lequel
il divisa en trois genres, c'est-à-dire en semence,
animal, végétal et minéral: et détermina
chacune de ces semences, pour demeurer
dans son propre genre, pour sa génération
et sa multiplication. De sorte que les principes
terminés ne sont autre chose que les semences
des genres ou leur matière prochaine
pour la multiplication de leurs espèces; ainsi
donc tous les principes terminés ont ce qui
leur est nécessaire pour la génération de leurs
individus, sans que l'un ait besoin de l'autre
pour multiplier son propre genre selon sa détermination.
L'expérience nous le prouve tous
les jours, dans le genre animal et dans le végétal;
mais il n'en est pas de même du minéral;
la différence qui existe entre les minéraux, comparés
aux végétaux et aux animaux, est celle,
de ne pouvoir comme ces derniers, assimiler
rien à leur propre substance. Ils n'obéissent qu'à
la loi d'attraction, et l'on remarque tout au
plus dans eux qu'un arrangement symétrique
de leurs molécules intégrantes, bien éloigné
de l'organisation végétale et animale. Si quelquefois
le minéral paraît jouir d'un mouvement
végétatif et s'accroître, ce n'est jamais par une

@

( 87 )
intus-susception, mais bien par une juxta-position
de molécules semblables à lui, qui sont
charriés par l'eau, et qui, en vertu des lois de
l'attraction, s'unissent dans un rapport géométrique
et forment la cristallisation proprement
dite, action bien différente de celle que les
végétaux et animaux exercent sur les corps
qu'ils s'approprient et qu'ils changent en leur
propre substance, par cette force vitale dont
ils sont doués et dont les minéraux, participant
de la matière brute et inorganique, comme elle,
sont absolument dépourvus. De là dérive la
division de tous les corps de la nature, en deux
grandes classes. Celle des corps organiques
comprenant les animaux et les végétaux, et
celles des corps inorganiques comprenant tous
les fossiles, depuis le cristal, le plus régulier
et le plus symétrique, jusqu'à la masse pierreuse
la plus brute et la plus informe.

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CHAPITRE IX.
Que le principe terminé est un limon, et qu'il est dans l'animal et dans le végétal, et que l'animal et le végétal sont dans ce limon.
----------------
Je dis que la matière prochaine terminée à la génération est un limon, parce que ce
H 2
@

( 88 )
principe terminé ou substance séminale, parait
à nos yeux sous la forme d'un simulacre humide,
limoneux et glaireux, lequel étant
coagulé dans son vaisseau naturel, est fait animal,
si c'est celui du genre animal. Si ce limon
après sa coagulation est fait animal, il faut
donc que l'animal soit caché dans son centre,
comme lorsque l'animal est à la circonférence,
le limon est au centre; de sorte que l'animal
pour la production de son espèce, tire de soi
ce limon du centre à la circonférence. Ainsi
on peut dire que le limon déterminé au genre
animal, est fait animal, et que l'animal à son
tour produit ce limon. De sorte que chaque chose
donne ce qu'elle a, c'est là le flux et reflux de
la nature animale.
Il en est de même du genre végétal. Lorsqu'on a semé le grain de blé, par la dissolution
qui en est faite dans son vaisseau naturel qui
est la terre. Ce grain donne premièrement son
limon, et après sa végétation il produit le blé,
dont il est le principe séminal, c'est-à-dire que
le blé sort du centre de ce limon et vient à la
circonférence; dès qu'il en sort, il était donc
contenu. De sorte que la semence est dans le
blé, et le blé dans la semence. Voici donc
le flux et le reflux dans le genre végétal, pareil
à celui que nous avons observé dans le genre
animal.

@

( 89)
Or, comme j'ai dit que l'art imite la nature, et la nature son créateur, remarquons
que l'unité éternelle fit toutes choses successivement;
que premièrement elle fit un, qui est
la substance; que de cet un elle en fit plusieurs
qui sont les éléments, qu'elle réunit ensuite
en principe séminal terminé, lequel elle divisa
en trois genres, qui sont, l'animal, le végétal
et le minéral. Remarquons aussi que la
nature, à l'imitation de son principe, va par
degrés et ne passe jamais d'un extrême à un
autre, sans passer par des milieux. Elle a un
ordre régulier duquel elle ne s'éloigne point.
Il faut donc que celui qui veut imiter la nature
apprenne à connaître par des exemples sensibles
avec quoi, et comment toutes choses se font;
car si l'on veut simplement faire quelques
productions de la nature, il faut la suivre,
afin de l'imiter; mais si on veut faire quelque
chose de plus excellent qu'elle ne fait, on doit
remarquer en quoi, et par quoi, elle s'améliore.
Il faut savoir que tout, ainsi que la nature est en la volonté de Dieu, qui l'a créée, et
mise en toute imagination; de même la nature
s'est faite une semence dans les éléments procédant
de sa volonté, et quoiqu'elle soit unique,
elle produit choses diverses; c'est un
H 3
@

( 90 )
vrai caméléon qui prend la forme et les couleurs
de tous les germes qu'elle rencontre. De sorte
que si on veut faire quelque chose de bon, il
faut avoir cette semence ou sperme, et la
nature sera prête à faire son devoir. Elle agit
sur le sperme comme Dieu sur le franc arbitre
de l'homme. Et c'est une grande merveille de
voir que la nature obéisse à la semence, sans
y être forcée, de même que Dieu accorde à
l'homme vertueux tout ce qu'il désire, non
qu'il y soit forcé, mais de son bon et libre
vouloir.
Il n'est donc pas étonnant que les trois règnes de la nature aient entre eux une connexion
très forte, et une affinité intime, dès qu'aucun
d'eux n'a des principes à part ni de mobile
particulier. Depuis l'homme jusqu'au dernier
individu, et dernier anneau qui termine
la chaîne des êtres; toutes les substances intermédiaires
sont la voie de médiation par
laquelle les deux extrémités sont correspondantes:
cette opération se fait en donnant et
recevant tour à tour, et c'est par le mouvement
et la chaleur que cet échange se perpétue,
et fait naître sans cesse de nouvelles combinaisons
et de nouveaux mixtes des débris des
anciens, attendu que depuis l'instant de la
création, l'être suprême n'a ni ajouté ni retranché

@

( 91 )
un seul atome à la matière; et quoique
la variété des êtres est infinie, l'agent qui les
produit n'est qu'un; c'est par lui que tout naît,
respire, végète, s'alimente et se répare, soit
par intus-susception, ou par juxta-position. La
chaleur de l'astre suspendu au centre du monde
la pénétration des fluides, le temps dont la
nature dispose en souveraine, l'élaboration qu'elle
emploie pour approprier la matière brute aux
corps organisés, l'aptitude de ces corps à recevoir
de nouvelles matières, la force de l'agent qui, en
même temps qu'il résout et sépare les parties
d'un mixte, en forme d'autres, sont autant
de moyens, à l'aide desquels la matière non
organisée passe de l'état de mort où elle paraît
être, à l'état de vie où nous la voyons. Cette
nouvelle métamorphose la rend propre à produire
à son tour d'autres êtres entièrement semblables
à ceux dont elle est devenue une production
vivante.
Ces métamorphoses successives et constantes, les nouveaux produits qui en résultent,
exigent nécessairement une disposition de la
part des corps qui doivent les subir et s'assimiler
avec d'autres. Toute union demande une
appropriation, celle-ci dépend de celle-là, et
toutes deux exigent une disposition préliminaire,
ut in mutuos amplexus cocant.
Par la connaissance des lois de cette appropriation,
@

( 92 )
on peut expliquer tous les phénomènes
naturels, et ceux qu'on nomme contre-
nature: elle nous démontre non-seulement
pourquoi un effet est produit à présent, et non
pas dans un autre temps, mais elle nous fait
voir pourquoi cet effet arrive lentement ou
avec rapidité, faiblement ou avec force; pourquoi
le même remède produit quelquefois des
effets si différents, selon que la maladie d'un
côté et le médicament de l'autre, sont plus
ou moins disposés à agir l'un sur l'autre: c'est
aussi par elle seule que nous pouvons obtenir
des notions exactes sur la puissance, et la
différence des causes et des effets dans tous les
cas divers.

===============================

CHAPITRE X.
De l'union du créateur avec les créatures
par le verbe incarné.
----------------
Il était de toute impossibilité que l'homme pécheur puisse retourner à son principe; si le
principe lui-même n'eût eu la bonté de s'unir
à sa créature. Il existait une si grande disproportion,
et un éloignement si considérable,
entre Dieu et l'homme corrompu, qu'il aurait

@

( 93 )
resté éternellement dans ce malheureux état
si la tendresse et la miséricorde infinie n'eût
par un moyen tout puissant détruit cette grande
opposition et disproportion, en s'unissant à
l'homme par l'incarnation du verbe.
Ayant fait voir que l'homme était la plus accomplie de toutes les créatures, je dois faire
remarquer ici, que par son péché il est déchu
de cette supériorité. Il avait été créé dans la
pureté, dans l'innocence, et dans la justice;
par sa désobéissance, il a perdu tous ces avantages.
Dieu l'avait placé dans un séjour de délices,
où il aurait vécu exempt de peines et de
maladies, jusqu'au temps où le créateur eût
voulu le faire passer dans la gloire pour laquelle
il avait été créé; et dont il s'est éloigné
en abusant du libre-arbitre que Dieu lui avait
donné comme un avantage particulier, qui
devait le mettre au-dessus de toutes choses.
Mais au lieu de se servir de cet avantage pour
le bien, il ne s'en servit que pour le mal, et
sacrifia en un instant de jouissance erronée,
le bonheur éternel.
Il avait été fait de la main de Dieu, à l'image du verbe éternel, et animé de l'esprit de vie.
Mais il a profané cette image par le péché: il
a entraîné dans le précipice de la mort éternelle
cet esprit de vie, qui lui avait été donné

@

( 94 )
comme un guide fidèle, qui devait le ramener
à son principe, et, comme une vertu magnétique
du verbe, devait l'attirer à Dieu.
L'homme ayant opéré seul dans sa sphère et de son propre mouvement, d'après le libre-arbitre
que Dieu lui avait donné à sa création, ne
produisit que le mal attendu qu'il ne pouvait
donner que ce qu'il avait, qui était le néant;
n'ayant de lui-même ni bien ni être; Dieu
étant la source du bien et de toute existence.
Tout ce qui est de l'homme n'étant donc ni
l'être ni le bien; ce qu'il a opéré, sans son
créateur, a été opposé à l'être et au bien.
L'homme n'étant point non plus le principe de
la vie, tout ce qu'il a fait sur son principe qui est
la vie même a été opposé à la vie et n'a produit
que la mort.
L'homme s'étant autant éloigné de Dieu que le mal est éloigné du bien, et que la mort est
éloignée de la vie; il était impossible de les
réconcilier sans un moyen qui eût la puissance
de faire cette réconciliation: Dieu seul avait
donc ce pouvoir, attendu qu'il fallait un moyen
tout puissant et infini pour faire le retour de
l'homme à Dieu, et le retirer de cet exil éternel,
où le péché l'avait jeté. Et cela ne pouvait
se faire que par l'union du verbe à l'homme,
qui est ce moyen infini et tout puissant
participant des deux natures, de la divine et

@

( 95 )
de l'humaine, c'est-à-dire, un Dieu-homme
et un homme-Dieu.
Si nous regardons dans toutes les causes naturelles, nous trouverons que le moyen unissant,
est toujours participant des deux extrêmes.
Le créateur que la nature imite en toutes
choses, voulant être le moyen unissant
entre lui et l'homme, a subi la même loi
qu'il a prescrite à ses créatures: il a participé
de ces deux extrêmes, en se bornant dans les
dimensions d'un corps humain pour le retour
de l'homme à Dieu. Il a fallu que l'invisible
se soit rendu visible, afin de réunir le visible
à l'invisible. Et que Dieu qui est tout esprit
se soit corporisé par son verbe, pour réunir le
corps à l'esprit, voici la manière dont le créateur
s'est uni à la créature.
Rien ne pouvait donc faire ce retour, que le créateur lui-même. Et c'était une détermination
de Dieu, que les temps ordonnés par lui
étant accomplis, il réunirait tout par le verbe;
tant ce qui est dans le Ciel, que ce qui est
sur la terre.
Afin d'achever la perfection de ses créatures, l'unité éternelle voulût les rendre immortelles:
pour cet effet il fallait qu'elle les unit à son
essence pour leur renouvellement. Et pour faire
cette parfaite union, l'unité éternelle s'unit à
la nature humaine, qui était la parfaite image

@

( 96 )
et l'abrégé de toutes les natures. Elle s'unit
à l'homme dans le temps pour réunir l'homme
à Dieu dans l'éternité. De sorte que l'homme
étant fait éternel par cette union, toutes les
créatures seront éternelles en l'homme. C'est-
à-dire, qu'elles seront toutes en unité en lui
comme étant l'abrégé de l'univers, comme tous
les hommes qui seront dans la gloire, seront
en unité en Dieu.
L'homme est l'abrégé de toutes les créatures; parce que ces trois natures qui composent le
monde, savoir l'intellectuelle, la céleste et
l'élémentaire, sont les trois parties essentielles
de l'homme comme je l'ai démontré. De sorte
que toutes les créatures, tant supérieures qu'inférieures,
seront en unité en l'homme. Et tous
les hommes en unité en Dieu, mais d'une manière
bien différente; car les hommes ne sont
pas les parties essentielles de Dieu; parce que
Dieu est un tout qui n'a point de parties, étant
le tout indivisible et immuable, et l'unité simple.
Dieu n'est pas non plus l'abrégé de toutes
les créatures, car pour être un abrégé, il
faudrait qu'il fût borné; et comme l'infini n'a
point de bornes, Dieu étant l'infinité, on ne
peut pas dire qu'il soit un abrégé.
Pour mieux concevoir cette vérité, examinons de quelle manière sont les nombres dans
l'unité
@

( 97 )
l'unité nombre leur principe; ils y sont tous
dans toute leur étendue, et essentiellement parce
qu'ils en sortent tous essentiellement. Dans le
point mathématique, toutes les figures géométriques
existent essentiellement, elles y sont
avec toute leur étendue. Tous les nombres
sortent de puissance en acte de l'unité. Et toutes
les figures géométriques sortent aussi de
puissance en acte du point mathématique leur
principe.
Il en est de même des hommes et de toutes les créatures, comme je l'ai expliqué ailleurs.
Toutes les créatures sont sorties de Dieu leur
principe, parce qu'elles y étaient essentiellement
en puissance. Et Dieu s'est manifesté par
ses créatures, comme nous voyons que l'unité-
nombre se manifeste par les nombres, et le
point mathématique par les figures géométriques,
mais il y a cette grande différence, que
les nombres retournant à l'unité leur principe,
et les figures géométriques au point rationnel,
repassent de l'acte à la puissance, et ne sont
qu'en puissance dans leur principe.
Mais les hommes au contraire seront éternellement en acte dans leur principe, et ils y
seront d'une manière bien différente. Car ceux
qui seront morts dans le péché ne ressusciteront
que pour mourir éternellement dans les
I
@

( 98 )
remords et la désolation. Mais les justes et les
pécheurs convertis retourneront au principe
pour être tous en unité dans la gloire.

===============================

CHAPITRE XI.
Que le verbe est le moyen proportionné pour unir l'homme à Dieu.
----------------
J'ai dit que l'unité éternelle ayant produit le monde dans le temps, hors de soi, a voulu
se le réunir, afin de le rétablir par cette réunion
dans l'éternité, de sorte que le verbe a
fait deux choses, la première est qu'il s'est fait
homme pour être créateur et créature tout ensemble,
afin de réunir à Dieu toutes les créatures
par l'homme qui en est l'abrégé, pour
que le monde soit déifié en lui, et qu'il soit
un avec son principe. La seconde est qu'il nous
a fait un chemin aisé pour pouvoir retourner
à Dieu, c'est-à-dire, que l'homme étant un
extrême à l'égard du principe, parce qu'il est
le principié, il a fallu que Dieu ait établi un
moyen unissant entre lui et sa créature, pour
que le principe et le principié fissent une
moyenne nature entre les deux, qui fut
Dieu-homme, et homme-Dieu. De sorte que

@

( 99 )
le verbe est ce moyen unissant, qui est un
sceau sacré, avec lequel Dieu nous scelle à sa
marque, pour nous retrouver à la résurrection
tel qu'il veut que nous soyons pour nous
transmuer. Car nous ressusciterons bien tous;
mais nous ne serons pas tous transmués. Ceux
qui n'auront pas de proportion avec ce sceau
sacré, et qui par conséquent n'en seront point
marqués, ne seront pas transmués pour la vie
éternelle, parce que ce sceau est le principe de
la vie et de l'immortalité.
Ayant imité le premier homme par le péché, nous devons aussi imiter le verbe dans sa pureté,
dans sa justice et nous séparer de tout ce que
nous avons en nous, qui tient de la chair et
du sang, attendu que la corruption ne peut
pas s'unir à l'incorruptible. Il n'y a que la chair
du verbe qui puisse posséder le royaume de
Dieu; parce qu'elle est incorruptible, vivifiante
et spirituelle. Mais toute autre chair doit
être corrompue, purifiée et transmuée, pour
pouvoir habiter le centre de l'incorruptibilité
de l'éternité et de la gloire.

@

( 100 )
CHAPITRE XII.
De l'incorruptibilité de la chair du verbe.
----------------
Une union aussi parfaite que celle de la nature divine, avec la nature humaine, en la
personne du verbe incarné, nous doit faire concevoir
que sa chair est toujours vivifiante, parce
qu'elle est inséparablement unie à l'esprit de la vie
de sorte que si nous considérons la chair du fils
de Dieu dans sa conception et dans sa naissance,
nous trouverons qu'elle est toujours vivifiante,
parce qu'elle est remplie de l'esprit de Dieu, et
qu'elle est la manifestation du verbe. Il est de même
durant sa vie, dans sa mort et dans sa résurrection;
notre chair est sujette à pécher mais la chair
du verbe était impeccable. C'était bien cependant
une chair humaine et semblable à celle
des pécheurs, mais jamais le péché ne l'avait
habitée. Elle ne pouvait même pas pécher, parce
que le verbe était conçu de l'esprit de Dieu,
et que sa chair étant parfaitement unie à son
esprit, et son humanité soumise à la divinité,
il n'y avait point de combat entre l'esprit et

@

( 101 )
la chair, comme il y en a en nous. Car notre
chair est opposée à l'esprit et l'esprit à la chair.
Ils se font continuellement la guerre pour combattre
nos passions, et nous empêcher de faire tout
ce que nous voudrions; il n'en est pas de même
du verbe: comme sa chair était soumise à
son esprit, qui était impeccable, elle ne pouvait
pécher. L'esprit du verbe agissait dans sa chair,
laquelle n'opérait que par l'esprit, ainsi donc la
chair du verbe était vivifiante, parce que durant
sa vie l'esprit de vie agissait en elle. Elle a été
de même dans sa mort, non-seulement parce
qu'elle n'a pas éprouvé la corruption, mais
aussi parce que sa mort nous a donné la vie
éternelle. Après la résurrection du verbe, sa
chair était immortelle, spirituelle et vivifiante
parce que l'esprit est la vie de toutes choses: le
verbe étant la vie, nous ne pouvons être unis
à lui sans être unis à la vie: c'est-à-dire, que
nous soyons unis à Dieu pour vivre éternellement
en lui.

===============================

CHAPITRE XIII.
De la résurrection de l'homme.
----------------
Le corps de l'homme est mis en terre comme un corps tout animal, et il ressuscitera comme
I 3
@

( 102 )
un corps tout spirituel. Nous aurons la puissance
de nous montrer, ou de nous rendre invisibles
comme les esprits, parce que nous aurons
un corps spirituel, capable de tout ce que
peuvent faire les anges; car nous serons leurs
égaux; de plus nous serons les enfants de la
résurrection. Comme le verbe, nous aurons
la pénétration, l'invisibilité, et toutes les puissances,
attendu que la puissance infinie sera au
centre et à la circonférence.
Lorsque nous serons dans la gloire, nous verrons le verbe tout autrement qu'on ne l'a vu sur
la terre. Ce n'est pas qu'il ne fut, quoiqu'incarné,
toujours éternel, infini et tout-puissant
comme son père; n'étant tous deux qu'une
seule et même essence divine, mais les hommes
ne pouvaient le voir tel qu'il était à cause
de leur disproportion. Des hommes mortels ne
pouvaient pas voir la vie dans l'éternité, et
l'essence divine dans son étendue infinie: des
hommes matériels, terminés et faibles ne pouvaient
pas comprendre l'infinité et la toute-
puissance du principe, quoique la divinité par
un effet de sa bonté s'était mise à la portée de
nos sens, en se rendant visible aux yeux des
mortels en la personne du verbe incarné.
Mais lorsque nous serons transmués, nous le verrons comme il est, parce que nous aurons

@

( 103 )
de la proportion avec lui. Nous verrons l'immortalité
, parce que nous serons immortels,
l'infinité parce que nous serons infinis, l'éternité,
parce que nous serons éternels; et la
divinité parce que nous serons divins, étant unis
à Dieu, notre principe.
On ne doit pas être étonné des ressources qui ont resté à l'homme après sa chute; c'était
un père qui veillait sur son fils lors même qu'il
s'éloignait de la maison paternelle. Et le lieu
d'où l'homme est sorti, est disposé avec tant
de sagesse, qu'en rétrogradant sur ses pas
par les mêmes routes qui l'ont égaré, il est sûr
de regagner le point central qu'il a abandonné,
tel que je le démontrerai dans le chapitre suivant.
De sorte que s'étant égaré; en allant de
quatre à neuf, il ne peut retourner à son principe
qu'en allant de neuf à quatre, dans laquelle
traversée il est obligé de subir la loi du
nombre huit qui paraît effrayante. Mais si on
réfléchit sur ce que j'ai dit à ce sujet; on s'y
résignera sans peine, et l'on ne se plaindra pas
de cet assujettissement, attendu que c'est la
loi imposée à tous les êtres qui habitent le
séjour des pères et mères; et dès que l'homme
y est descendu volontairement, il faut qu'il en
subisse toute la rigueur.
Ne cherchons point à nous élever au-dessus
@

( 104 )
de l'humanité, et nous sentirons que tout est
pour le bien. Exister est un bonheur, mourir
en est un plus grand encore, qu'il faut mériter
en supportant les peines de la vie. L'homme
céleste ne pourrait jamais être réuni à son
principe, s'il ne se faisait pas une séparation
du corruptible d'avec l'incorruptible, laquelle
séparation ne peut s'opérer que par la mort ou
dissolution de la substance matérielle, qui sert
d'enveloppe à la substance spirituelle. Cette idée
me console dans mes afflictions, me fait supporter
les vicissitudes de la vie, et me donne la
certitude d'un avenir plus heureux.

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CHAPITRE XIV.
Démonstration numérale du retour de toutes les créatures, à l'unité par l'intermédiaire de l'homme.
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On sait que les logarithmes sont des nombres en proportion arithmétique, qui répondent terme
pour terme, à une pareille suite de nombres
en progression géométrique, et la progression
arithmétique. Comme je me suis servi
dans tout le cours de cet ouvrage, de la similitude

@

( 105 )
des nombres, pour démontrer la vérité;
j'ai dû prendre pour prouver le retour de toutes
les créatures à l'unité leur principe par l'intermédiaire
de l'homme, les neuf unités avec
leurs logarithmes, afin d'établir un raisonnement
solide et non idéal.
Les nombres univoques qui sont contenus avec leurs logarithmes dans le carré, représentent
les différentes espèces créées. La somme
totale qui est 455559763, résultant de l'addition
de tous ces nombres, démontre la réunion
de toutes ces espèces, pour passer au seul genre
animal, par une seconde addition: faites des
nombres de ce total, en disant, 4 et 5 font 9,
et 5 font 14, et 5 font 19, et 5 font 24, et
9 font 33, et 7 font 40, et 6 font 46, et 3
font 49. Ce quarante-neuf dont le 4 appartient
à la matière, et le 9 à la triple triplicité de
l'essence divine, démontre l'union de la matière,
avec l'essence divine, et cette union nous
apprend les merveilles de cette sagesse très parfaite
qui sait unir les choses entièrement éloignées,
et les élever au degré de perfection. L'addition
du 4 avec le 9 produit le nombre 13,
lequel contenant le nombre dix, qui appartient à
la perfection, et le trois qui appartient à l'essence
divine, nous annonce que l'essence de toute
chose est entièrement unie au spirituel; ensuite

@

( 106 )
le 1 qui est de la composition du 13 représente la
substance sortie de toutes les choses créées; et
le 3 désigne l'esprit éternel qui s'est uni à la
substance pour régénérer l'homme qui est le
médium par lequel toutes les natures doivent
être rapportées à l'éternité. De sorte qu'en additionnant
le 1 avec le 3, il résulte le 4, qui
étant le nombre de la composition, appartient à
l'homme qui a en lui toutes les espèces réunies
comme je viens de le démontrer.
Ayant dit au septième chapitre de la seconde partie que le quatre est caché en deux, puisqu'il
est produit par le multiple de deux, et
que deux est caché en quatre, puisqu'il en fait
partie. Que quatre étant le flux et l'écoulement
du deux, le deux pouvait être reproduit
du quatre. Pour que les créatures puissent
retourner à l'unité éternelle par les mêmes
progressions qu'elles en sont sorties, il faut
donc faire rentrer le quatre dans le deux qui
l'a produit par son multiple; pour cet effet,
il n'y a qu'à le dédoubler en disant la moitié de
4 est 2. Lequel nombre est celui de la composition,
et par conséquent de la génération contenant
les deux genres; mais comme il ne doit
point y avoir de génération dans l'éternité, il
faut donc que ces deux genres se réunissent en
un seul; c'est-à-dire, qu'il faut que le féminin

@

( 107 )
rentre dans le masculin, d'où il est sorti
pour que tous les genres soient rapportés à
l'éternité par l'homme régénéré; de sorte que
le deux ayant été produit par l'unité tirée au-
dehors, doit rentrer dans l'unité d'où il est sorti.
En conséquence je dis, la moitié de 2 est 1.
Voici donc tous ces nombres retournés de la circonférence
au centre, par les mêmes progressions
qu'ils en sont sortis. C'est ainsi que toutes
les choses créées retourneront à l'unité, leur principe,
par l'intermédiaire de l'homme pour jouir
de la gloire éternellement.

----------------
@



pict

@

( 109 )
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CHAPITRE XV.
Réflexion sur la durée du monde physique.
----------------
Dans les mystères que Dieu a opéré, nous trouvons les figures des plus grandes vérités; et
quoique l'oracle divin ait dit à ses disciples qui
l'interrogèrent sur la durée du monde, qu'il
n'y avait que son père céleste qui connût le
jour et l'heure de cette assemblée universelle
qui doit se faire dans cette vallée tant renommée;
je dirai donc que le jour en effet, ni
l'heure ne peuvent pas venir à notre connaissance;
mais à l'égard du temps, si nous le cherchons
figuré dans les plus adorables mystères
du créateur, nous conviendrons qu'il est probable
que ce jugement universel doit arriver le septième
millénaire de la création, et nous faisant
forts sur ce nombre de sept; nous observerons
que les oracles divins l'ont tous considéré comme
un nombre sacré, et rempli de mystères;
le prince des philosophes, Aristote, Pythagore,
Hippocrate, et nombre d'autres, l'ont
aussi considéré de même:
K
@

( 110 )
Je dirai donc que Dieu ayant créé l'univers en six jours, le septième il se reposa, or, s'il
y a du rapport entre la conservation d'une
chose et sa création, n'avons-nous pas sujet
de dire que le nombre de sept ayant terminé
l'ouvrage de la création du monde, le même
nombre doit mettre fin à sa conservation.
De sorte que comme il a été créé dans l'espace de six jours, il durera six-mille ans, pendant
lesquels, l'homme sera obligé de travailler, et
au septième millénaire sera le repos universel des
créatures, comme au septième jour fut le repos
du créateur. Car les sept jours doivent nous figurer
les sept mille ans, attendu qu'un siècle
n'est qu'un jour pour la divinité: pour calculer
ce raisonnement, si nous voulons de sept-
mille ans accomplis, ôter tous les septièmes
jours qui sont destinés pour le repos, qu'on
appelle jour du sabbat, qui signifie cessation
d'ouvrage, il ne restera plus que six-mille ans,
et le septième sera la cessation générale de toutes
les choses créées; alors les cieux cesseront de
mouvoir, les astres de verser leurs influences
le soleil ne dorera plus la terre de ses rayons,
et la terre ne lui enverra plus ses vapeurs, la
mer ne sera plus dans cette agitation violente;
les vents n'exciteront plus les tempêtes; les
champs ne produiront plus de fleurs, et toutes

@

( 111 )
les créatures désisteront de se mouvoir; un
repos universel succédera au mouvement. N'est-
ce pas encore pour fortifier cette pensée qu'on
nomme J. C. le soleil de justice? et de vrai, le
soleil ne fût-il pas créé le quatrième jour, ainsi
que J. C. est venu au monde dans le quatrième
millénaire, l'an trois mille neuf cent quarante-
quatre de la création, comme le remarque
Jean Cavion, en la chronique qu'il a faite depuis
le commencement du monde, et à quoi s'accorde
ce qu'en dit St.-Paul, qu'il est venu en la
plénitude des temps; de vrai, la plénitude de
sept n'est-elle pas quatre; ainsi on peut donc
conjecturer que la fin des siècles arrivera au
septième millénaire; David, le roi des prophètes,
en prédisant la venue du verbe incarné,
ne l'a-t-il pas mis au milieu de siècles in medio
annorum vivifica illud. Et le soleil ne tient-
il pas le milieu entre les sept planètes, et comme
cet astre de grâce, de vraie lumière, et
soleil de justice, ayant laissé écouler trois
mille ans de la création du monde avant sa venue,
ne devons-nous pas penser qu'il n'existera
que trois-mille uns après lui, dont le dernier
se peut comparer à la lune, qui est inconstante,
variable et sujette à éclipse; pour nous
donner à connaître que le septième millénaire
sera dans les éclipses de persécution, qui feront
K 2
@

( 112 )
naître de l'inconstance dans les esprits les plus
assurés, et de l'erreur dans les plus clairvoyants.
Le prophète Isaïe, en s'expliquant sur les signes qui doivent précéder cette descente redoutable
du souverain juge, n'a-t-il pas dit qu'il
arriverait après que le soleil nous aurait éclairé
de ses rayons sept fois; lux solis erit septempleciter
sicut lux septem dierum in die, qua
alligaverit dominus vulnas populi sui; et
pour nous confirmer dans cette croyance, souvenons-nous
de ce que Dieu dit à Moïse. Tu
travailleras six jours et tu te reposeras le septième,
qui sera appelé le jour du seigneur.
Effectivement, le jour du jugement n'est-il pas le jour du seigneur? le prophète Hélie n'a-
t-il pas dit: le monde durera six-mille ans,
savoir; deux-mille ans sans lois; deux-mille ans
jusqu'à la venue de J. C. et deux-mille ans
après sa venue, lesquels il y en a déjà 1802
de passés; il ne nous en resterait donc plus
que 198 d'assurés, après quoi dans le septième
millénaire, ce jour redoutable arriverait, et
nous serions tous rassemblés dans cette grande
vallée. Mais à quelle époque que puisse s'effectuer
cette prédiction, je puis dire avec certitude,
beati omnes qui timent dominum, qui
ambulant in viis ejus.

@

( 113 )
===============================

TROISIEME PARTIE.
Où la porte de la vraie philosophie naturelle
est entièrement ouverte.
----------------
Chapitre premier.
La philosophie a pris naissance avec le monde, parce que de tout temps les hommes ont
pensé, réfléchi et médité pour trouver les moyens
de vivre en société; mais la conservation de son
être n'était pas un objet moins intéressant,
et pourrait-on penser qu'il se soit oublié pour
ne s'occuper que de ce qui était autour de lui;
sujet à tant de vicissitudes, en butte à tant de
maux, fait d'ailleurs pour jouir de tout ce qui
l'environne, il a sans doute cherché les moyens
de prévenir ou de guérir ses maladies, pour
conserver plus longtemps une vie toujours prête,
à lui échapper. Il a donc fallu raisonner sur les
êtres de l'univers et méditer longtemps, pour
découvrir ce fruit de vie et cette source de richesses;
mais Dieu n'ayant pas donné cette
connaissance à tous les hommes, elle demeure
toujours renfermée dans un cercle très étroit de
personnes, qui n'en firent part qu'à quelques
K 3
@

( 114 )
amis dont ils avaient éprouvé la prudence et
la discrétion.
Mais comment pouvoir se communiquer d'âge en âge ces secrets admirables, et les tenir en
même temps cachés au public? Le faire par
tradition orale, c'eût été risquer d'en abolir
jusqu'au souvenir; la mémoire est un meuble
trop fragile pour qu'on puisse s'y fier et les
traditions de cette espèce s'obscurcissent à mesure
qu'elles s'éloignent de leur source, au point
qu'il est impossible de débrouiller le cahos ténébreux
qui les ensevelit. Il n'y avait donc
point d'autre ressource que celle des hiéroglyphes,
des symboles, des allégories, des fables
et autres, qui étant susceptibles de plusieurs
explications différentes, pouvaient servir à donner
le change, et à instruire les uns pendant que
les autres demeureraient dans l'ignorance; c'est
le parti que prit Hermès; et après lui, tous les
philosophes hermétiques en ont fait autant, et
ils amusaient le peuple par des fables, dit Origène,
lesquelles, avec les noms des Dieux du
pays, servaient à voiler leur philosophie. Mais
il est temps que le voile se déchire, et que la
lumière sorte du cahos, qu'elle se montre dans
tout son brillant, et qu'Harpocrate rompe le
silence; car c'est un vol, j'ose dire, que l'homme
fait à la société, lorsqu'il lui cache les découvertes

@

( 115 )
qu'il a pu faire, qui tendent à son bonheur
et à une conservation générale. Je sais que
c'est un sort donné à la nature, d'être persécutée
en ses plus beaux ouvrages, et à l'art d'être blâmé
en ses plus riches entreprises. Il semble que
le temps, qui termine les maux les plus invétérés,
au lieu de le détruire, lui donne toujours
de nouvelles forces et accroît les rigueurs de
ses effets pernicieux; mais cela ne m'arrête
point, et je prie le lecteur d'être très persuadé
que je n'ai d'autre intérêt, ni d'autre, vu que
de manifester la vérité à ceux qui aspirent à
sa connaissance.

================================

CHAPITRE II.
Le grand oeuvre des sages tient le premier rang entre les belles choses, la nature sans l'art ne
le peut achever, et l'art sans la nature ne l'ose
entreprendre; c'est un chef d'oeuvre qui borne
la puissance des deux; ses effets sont si miraculeux,
que la santé qu'il procure et conserve
aux vivants, la perfection qu'il donne à tous les
composés de la nature, et les grandes richesses
qu'il produit d'une façon toute divine, ne sont
pas ses plus hautes merveilles. Si Dieu l'a fait
le plus parfait agent de la nature, on peut dire
sans crainte, qu'il a reçu le même pouvoir du

@

( 116 )
ciel, pour la morale. S'il purifie les corps, il
éclaire les esprits, s'il porte les mixtes au plus
haut point de leur perfection, il peut élever nos
entendements jusqu'aux plus hautes connaissances;
ce qui fait que plusieurs philosophes ont
reconnu en cet ouvrage un symbole accompli
des adorables mystères de la religion: il est le
sauveur du grand monde, puisqu'il purge toutes
choses, des taches originelles, et répare par sa
vertu le désordre de leur tempérament; en cela
il représente le Christ. Il subsiste dans un parfait
ternaire de trois principes purs, réellement distincts,
et qui ne font qu'une même nature, en
cela il est un beau symbole de la triade sacrée. Il
est originairement l'esprit universel du monde
corporifié dans une terre vierge, étant la première
production ou le premier mélange des
éléments, au premier point de sa naissance,
pour nous figurer un verbe humanisé dans le
sein d'une vierge: et revêtu d'une nature corporelle,
il est travaillé dans sa première préparation,
il verse son sang, il meurt, il rend
son esprit, il est enseveli dans son vaisseau, il
ressuscite glorieux, il monte au ciel tout quintessencié,
pour examiner les sains et les malades,
détruisant l'impureté centrale des uns
et exaltant les principes des autres: en quoi il
nous figure les travaux et tourments du sauveur,

@

( 117 )
l'effusion de son sang sur la croix, sa mort, sa
sépulture, sa résurrection, son ascension, et
son second avènement pour juger les vivants et
les morts; de sorte que ce n'est pas sans sujet
qu'il est appelé par les sages, le sauveur du
grand monde, et la figure de celui de nos âmes;
on peut avec raison dire, que s'il produit des
merveilles dans la nature introduisant aux corps
une très grande pureté il fait aussi des miracles
dans la morale, éclairant nos esprits des plus
hautes lumières.
Toutes ces merveilles qui ont charmé le coeur des sages, ont irrité l'esprit des ignorants,
qui, ne pouvant élever leur pensée plus haut
que la portée de leur sens, se sont efforcés de
tout temps à faire passer cet élixir de vie pour
une chimère. Ils ne peuvent comprendre qu'une
substance élémentaire puisse guérir toute sorte
de maux; ils ne conçoivent pas que par l'usage
de cette médecine universelle, on peut conserver
une santé parfaite, et prolonger sa vie. Ils
ont peine à se persuader que cette médecine puisse
agir sur tous les corps de la nature, d'une façon
si étonnante. Ils ne sauraient s'imaginer que les
minéraux, les végétaux, et toutes sortes d'animaux
trouvent dans son usage la délivrance des
maux qui les abaissent et la possession des biens
qui les relèvent; que les métaux grossiers et

@

( 118 )
impurs, puissent devenir or; un fruit amer
puisse être rendu doux, un cristal frangible puisse
acquérir la dureté du diamant; et leur faiblesse
fait qu'ils accusent les sages d'impostures,
et les philosophes d'erreurs, pour avoir dit publiquement
que cet élixir de vie, non seulement
était possible, mais qu'eux-mêmes l'avaient
fait, et avaient reconnu par expérience tous les
effets qu'on lui attribue.
Cette ignorance a pris si fortement racine, que de tenter à faire sortir les esprits de l'erreur
dans laquelle ils sont plongés, pourrait passer
pour une espèce de témérité et de présomption.
Mais j'aime mieux m'exposer à la censure des
ignorants, que de me taire, étant persuadé
d'avoir l'approbation des savants, qui me considéreront
comme un ami de la philosophie, et
j'aurais la gloire d'avoir ouvert la porte d'un
ouvrage aussi précieux, aux amateurs de la
science hermétique. De sorte que ceux qui
n'ont travaillé jusqu'à présent que par un désir
aveugle, et sans un raisonnable fondement, sur de
fausses et éloignées matières, pourront connaître
le véritable sujet d'où il faut extraire la véritable:
du moins j'aurai le plaisir d'avoir combattu
le mensonge, et pris le parti de la vérité. Ce
sont les principaux motifs qui m'ont engagé
à cette entreprise, et qui m'obligent à démontrer

@

( 119 )
à tout le monde, que l'élixir des philosophes
est un ouvrage possible à la nature, pourvu
qu'elle soit aidée et secourue par l'art.

===============================

CHAPITRE III.
Afin de procéder clairement et méthodiquement, il convient de savoir que toutes les choses
sublunaires sont simples ou composées, les simples
sont celles qui composent les mixtes, et qui
ne contiennent qu'une qualité prédominante des
quatre radicales: les composées sont celles qui
procèdent du mélange des simples, et qui sont mélangées
de ces quatre premières: ces substances
simples se nomment éléments, par ce qu'elles
sont les principes primitifs dont tout le reste
est composé; et en effet nous connaissons que
tous les mixtes seulement sont composés du
chaud, du froid, du sec, et de l'humide; d'où
provient que ces éléments se trouvent opposés
et agissant à raison de leur contrariété les uns
contre les autres, s'altèrent doublement par
rémission et intention; cette double altération,
change le premier et vrai tempérament
nécessaire à la durée de chaque chose et en
fait un autre, propre à produire un nouveau

@

( 120 )
mixte. Aussi nous reconnaissons que les êtres
qui n'ont point de contraires, ne sont pas sujets à
la corruption, et sont immortels pourvu qu'il
n'y ait aucune autre cause qui les puisse détruire:
comme il arriverait en l'âme raisonnable,
si elle n'était pas capable d'agir hors de
son corps, je veux dire qu'en cela l'être n'étant
que pour l'action, il ne peut subsister dans
l'état de ne pouvoir agir.
Je ne dis pas cependant que les qualités soient contraires dans toute leur étendue, puisque par
tout elles s'accordent pour composer les différents
tempéraments: je veux seulement dire
qu'elles ne se combattent qu'en une certaine latitude,
le tempérament ne consistant pas dans
un indivisible: mais lorsqu'elle sortent de
cette latitude, elles détruisent suffisamment le
tempérament qui conserve le mixte, et en composent
un autre; de-là vient cette corruption
générale que nous voyons dans tous les composés
de cette basse région.

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CHAPITRE IV.
Tous les composés de ces éléments se réduisent en trois principes qui sont soufre, sel et
mercure, qui, selon leurs divers mélanges, composent
toutes les choses sublunaires, quoiqu'infinies
finies
@

( 121 )
en nombres, en propriétés et en vertus;
je n'entends point parler de ces trois principes
vulgaires et secondaires, mais bien des primitifs
et célestes.
C'est un beau sujet de méditation, et un digne motif d'admirer l'auteur de la nature,
de voir que cette grande variété de plantes, de
fleurs, de fruits, de pierreries et de métaux,
cette diversité d'espèces parmi les animaux, ne
proviennent que du divers mélange de trois principes.
Cette vérité est très évidente, puisque
dans la résolution de tous les composés, nous
y trouvons ces trois choses qui sont une partie
terrestre, une aqueuse et une sulfureuse: nous
y trouvons aussi un corps, une âme et un esprit.
C'est pourquoi nous voyons que tons les mixtes se conservent et s'entretiennent par ces trois
principes; attendu que chaque chose n'est entretenue
et conservée que par les mêmes principes,
dont elles sont composées. Et quoique les
minéraux, les végétaux et les animaux paraissent
se nourrir diversement, ils n'ont pourtant
qu'un même aliment composé de ces trois
principes célestes et primitifs; et cet aliment
commun est le baume de la nature, qui conserve
tout, et se trouve partout; il est attiré
dans nos jardins, par les fleurs et les simples;
dans les montagnes et cavernes, par les minières,
I
@

( 122 )
et dans les animaux, par leur estomac;
et dans nos habitations il est attiré et fixé par
le feu. C'est pourquoi tous les philosophes s'accordent
à dire que le sujet de l'oeuvre hermétique
est dans la maison d'un chacun, et que celui
qui le cherche autre part est dans l'erreur: les
plantes et les minéraux le sucent dans la terre
immédiatement, et les animaux le sucent par
l'entremise des plantes et des animaux-mêmes;
comme la nature minérale et végétale, n'est pas
aussi parfaite que l'animale, elles le sucent sans
préparation, et moins déterminé; mais parce
que les animaux sont plus parfaits, et exercent
les opérations des sens, ils le sucent plus préparé
et plus conforme à leur tempérament;
mais c'est toujours le même baume préparé
diversement qui les nourrit et les conserve chacun
à leur mode, suivant leur genre et constitution;
et quoique souvent il soit enveloppé de
crasse, d'impureté et d'immondicité, la vertu et
chaleur naturelle de chaque chose, ne laisse pas
de l'attirer à soi quand elle est assez forte, et
sépare d'une façon toute miraculeuse ces hétérogènes
et étrangères enveloppes, d'où vient que
nous voyons que les animaux jettent autant
d'excréments en apparence qu'ils ont pris d'aliments?
c'est qu'ils ne retiennent que ce baume
qui est en chaque chose, et qui est en très

@

( 123 )
petite quantité: le surplus n'est qu'un déguisement
et une prison où il est enfermé. Cet aliment
universel nous était figuré par la manne
qui contenait toute sorte de saveurs, et qui
s'accommodait au goût de tous les peuples du
désert; nous remarquons aussi que les terres
qui sont privées de ce baume qu'on appelle
vulgairement sel, sont stériles, et ne rapportent
rien, et que tout meurt à mesure qu'il
manque de cet esprit de vie.

===============================

CHAPITRE V.
Puisque tout est composé de ces trois principes, il faut nécessairement qu'il y ait un
composé général de ces trois choses qui en procède
immédiatement, parce qu'aussitôt que les
éléments agissent les uns sur les autres, ce n'est
pas pour porter d'abord leur mélange au dernier
degré de perfection où la nature peut atteindre;
attendu qu'agissant sagement en tout
ce qu'elle fait, elle marche pas à pas, et elle
avance degré par degré; jamais elle ne saute
en ses ouvrages d'un extrême à un autre, elle
passe toujours par un médium, et cela s'observe
et se remarque en toutes ses opérations
dans les trois règnes; son intention est bien d'aller
au plus haut degré de perfection, mais
L 2
@

( 124 )
non sans passer par les milieux qui lui doivent
conduire: quand elle travaille dans les minières,
comme elle est sage et qu'elle suit toujours
les mouvements de son auteur, elle n'entend
pas faire de l'or dans son premier pas;
dans le règne végétal, elle veut bien faire des
simples et des arbres parfaits, mais non pas en
un jour; dans le genre animal elle prétend former,
élever et organiser un corps avec toute
la beauté qu'elle est capable, mais non sans
faire différentes démarches. Et comme travaillant
dans un règne particulier et déterminé,
elle va pas à pas, aussi auparavant que de
passer dans le particulier, elle commence par
le général, et par la première action de ses
éléments: elle fait un mixte universel et général
qui se rencontre par toute la terre, cet
élément étant la matrice et le vaisseau universel
de la nature; et de ce mixte général tous
les autres sont composés; c'est de lui qu'ils prennent
leur naissance, qu'ils s'élèvent, s'entretiennent,
se conservent et se nourrissent; il
forme et enrichit les minéraux et les métaux;
il nourrit les animaux, et fait croître les plantes:
c'est ce premier ouvrage des éléments, plus
estimés par les sages, que l'or du Pérou;
c'est le sujet vil et précieux, c'est cette
matière qui n'est pas la première, mais
quasi la première; c'est cet or des philosophes

@

( 125 )
et sa semence, c'est cette pierre minérale, végétale
et animale, et qui cependant n'est ni minérale,
ni végétale, ni animale; c'est ce mercure
qui contient tout ce que cherchent les
sages, c'est cette eau qui ne mouille point les
mains; c'est ce Protée qui se revêt de toutes
les couleurs, c'est ce poison, cet antidote;
c'est ce feu de nature; c'est ce bain du roi et
de la reine, ce fils du soleil et de la lune; c'est
l'androgyne des sages; c'est cette Vénus hermaphrodite
qui contient les deux sexes, mâle et
femelle; c'est le froid, le sec, l'humide et le
chaud; en un mot, c'est la matière, le sujet
et le feu des sages.

===============================

CHAPITRE VI.
Mais comme la nature a ses limites en toutes ses opérations, tant à raison des impuretés
et des ordures qu'elle ne peut séparer dans sa
composition, et premier mélange des éléments
en ses principes, que par l'indisposition de
la matière et du lien où elle travaille pour faire
son mélange, ainsi que le défaut de la chaleur
nécessaire à réitérer et pousser plus avant ses
mêmes opérations: de là vient que son premier
composé général est impur et moins élevé,
et par conséquent ses principes généraux; c'est

@

( 126 )
une tâche ou un péché originel qu'ils tirent de
leur source, c'est une souillure qui vient du père
et de la mère, qui est communiquée à tous les
mixtes particuliers par voie de génération; les
crasses, les fèces, les terrestréités, les flegmes
et autres impuretés semblables que nous voyons
aux métaux imparfaits, sont des effets de ce
péché; l'âpreté, l'aigreur, la crudité, les indigestions,
l'immaturité et autres pareils défauts
qui se remarquent aux végétaux, sont des
ruisseaux qui découlent de cette source; les
maladies et les infirmités que les animaux éprouvent
sont des marques de ce venin; et il n'y a
rien dans la nature sublunaire qui n'ait été
conçu et engendré avec ce péché et cette tache
originelle: l'or même qui est le plus parfait de
tous les composés d'ici-bas n'en est point exempt;
il est vrai que son sel, son soufre et son mercure
sont les plus épurés, mais ils ne sont point
exempts de certaines taches centrales, moins
grossières à la vérité que celles qui se rencontrent
dans les autres métaux, comme il parait
par leurs dissolutions. De plus, il n'est pas
autant élevé qu'il pourrait l'être, n'ayant dans
le mélange et constitution de ses trois principes
que le poids, la teinture et la fixation qui
lui sont nécessaires, et n'en pouvant communiquer
aux autres: ce que nous remarquons

@

( 127 )
dans tous les mélanges qui se font des différents
métaux avec l'or; car après tous ces travaux
pénibles, on retrouve toujours l'or au même état
qu'il était auparavant, et les métaux qu'on
avait amalgamés ne sont nullement exaltés;
nous voyons aussi que la nature demeure des
centaines d'années à faire le plus beau et le
plus riche de ses mixtes ou composés élémentaire;
c'est à raison de ses impuretés originaires
qui amortissent la force et la vigueur
des actions de la nature, qui manquant de chaleur
nécessaire pour porter et pousser ses digestions
au point qu'elle voudrait, est contrainte
de continuer le même, pour faire dans un grand
laps de temps, ce qu'elle pourrait faire en peu
par des opérations plus fortes et vigoureuses.

===============================

CHAPITRE VII.
Or, si ce mixte général, impur dans sa naissance, qui infecte tous les mixtes particuliers
de son premier venin, étant leur fondement
et leur nourriture, était exempt de ses impuretés
et taches originelles, et si le mélange des
principes qui font sa composition était exalté
en eux-mêmes, et rendu plus parfait; il est
certain qu'il aurait le pouvoir d'exalter, élever

@

( 128 )
et perfectionner toutes choses: car si dans
sa faiblesse et dans son mélange imparfait, il
fait, il nourrit, élève et conserve tant de belles
espèces dans les trois règnes, que ne ferait-
il pas si son mélange était pur et parfait, il
produirait sans doute des mixtes beaucoup plus
beaux, il les nourrirait plus abondamment, les
porterait à un point plus élevé, et les conserverait
plus longtemps: mais il est vrai, et personne
n'en peut douter, que l'art se joignant à
la nature, peut donner cette perfection et cette
pureté, en suppléant à tous les défauts de nature;
ce qu'il peut faire en séparant les ordures
et les parties hétérogènes des trois principes
généraux; leur fournissant une matière pure,
un lieu ou un vaisseau plus convenable que
n'est celui où la nature fait ses opérations, qui
est rempli de crasse et de mille sortes d'immondicités:
secondement en administrant un
feu plus proportionné, plus fort, et qu'il gouverne
plus à son gré, pour réitérer avantageusement,
et avec surcroît, les mêmes opérations
que la nature pratique en ses ouvrages,
et son mélange qui sont digestion et distillation;
purifier ces trois principes en rejetant les crasses
et les parties grossières du sel, les aquosités
superflues du mercure, et les parties adustibles
du soufre, en perfectionnant le sel, le

@

( 129 )
soufre et le mercure; en digérant, évaporant
et distillant plus fortement, et plus souvent
que ne le peut faire la nature, qui sans l'aide
et le secours de l'art est défectueuse et n'a pas
assez de chaleur pour pousser et réitérer ses
opérations.

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CHAPITRE VIII.
Si la nature aidée de l'art peut rendre le mixte général parfait, il est indubitable qu'étant
appliqué aux mixtes particuliers, impurs et
imparfaits, il les perfectionnera, et portera
leurs principes dans la dernière pureté. Etant
joint avec les métaux imparfaits, il en fera
de l'or, qui est le terme de la nature au genre
minéral: pareillement il rendra les végétaux
capables de produire promptement les meilleurs
fruits dans leur espèce, et guérira les animaux
de toutes les maladies auxquelles ils sont
sujets, et sera la panacée et médecine universelle
à tous les mixtes et composés de la nature;
parce que le bien par inclination essentielle
envers ce qui lui est semblable et proportionné,
s'y joint et s'y attache; de sorte que le très grand
bien qui existe dans ce mixte parfait, rencontrant
dans les mixtes particuliers quelque chose
de bon, il l'embrasse et s'y unit si étroitement

@

( 130 )
qu'il l'accroît et l'augmente; et par raison contraire
ayant une aversion essentielle contre le
mal, il rejette toutes les impuretés qu'il rencontre
dans les mixtes: et par conséquent il
purifie, il perfectionne, il exalte, il conserve,
il guérit les sujets où il est appliqué suffisamment,
et comme il faut.
C'est sur ces fondements que ce sont appuyés tous les philosophes, quand ils ont attribué
tant de merveilles à leur élixir, quand ils ont
dit qu'étant appliqué à l'or, il exaltait sa teinture
et sa fixation avec exubérance; de manière
qu'il en pouvait communiquer abondamment
aux métaux imparfaits, qu'en jetant un grain
pesant dans l'eau et en arrosant toutes sortes de
plantes, il les faisait produire en peu de temps
les meilleurs fruits, et même au plus fort de
l'hiver; qu'étant bu dans les liqueurs convenables
aux maladies du corps humain, il les
guérissait très promptement, rompait le calcul,
nettoyait la lèpre, purifiait le sang confortait
la chaleur naturelle, réparait l'humidité
radicale, chassait l'intempérie; en un mot donnait
la santé, la force et toute la vigueur que
l'animal était susceptible d'avoir; qu'étant
joint au verre, il le rendait malléable, au
cristal qu'il en faisait un diamant, aux pierreries,
il augmentait leur dureté, leur brillant,
leur couleur, leur beauté et leur prix.

@

( 131 )
Ce n'est pas aussi sans raison qu'ils ont dit que cet élixir se pouvait multiplier en quantité
et en vertu jusqu'à l'infini, puisque plus il se
fait de digestion d'un sujet, de distillation et
d'évaporation, plus il se dépure et s'exalte;
l'art ne peut-il pas réitérer ces trois opérations
autant qu'il lui plaît, il peut aussi administrer
plusieurs fois les principes qui le composent,
ce qui le multipliera autant qu'on peut le
désirer.

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CHAPITRE IX.
E N I G M E
Sur la matière des philosophes, qui sert à former la médecine universelle.
----------------
La matière forme sa demeure d'elle-même dans un puits par le secours de vulcain; le vulgaire
ne peut savoir sa véritable source, les
éléments y sont renfermés confusément; c'est un
cahos obscur, toute l'eau qu'on en tire est
amère, aigre et douce comme miel; c'est un
vieux saturne noir, qui contient en lui tout
ce qu'il lui faut, sans avoir besoin d'aucune
chose étrangère; sa mine est si étroite qu'à

@

( 132 )
peine on y peut entrer; les montagnes et les
plaines la possèdent, elle se trouve aussi dans
les châteaux et chaumières, sur terre, sur
mer et dans tous les lieux du monde, se faisant
voir et connaître de toutes les créatures; les
pauvres la possèdent comme les riches; on crache
dessus et la foule aux pieds dans une saison
de l'année; le vent la porte dans son ventre
et comme l'aigle elle fend l'air et s'échappe à
nos yeux, voltigeant au-dessus de nos têtes,
elle s'éloigne toujours de la terre; elle est
pierre par ressemblance et n'est aucunement
pierre, elle est chaude, froide, humide
et sèche; elle seule fait sans y rien ajouter,
l'élixir des sages: elle est plus abondante dans
le Nord qu'en Espagne; elle pousse des vapeurs
puantes, dont on est obligé de s'écarter,
sa nourriture étant en partie la terre; elle monte
au Ciel et du Ciel redescend en terre, renfermant
très précieusement en elle les influences
célestes; elle ne peut être consumée par le feu
le plus violent. C'est un phénix qui renaît de
ses cendres: elle renferme sel, soufre et mercure,
corps, esprit et âme; les trois règnes
animal, végétal et minéral tirent leur vie d'elle;
elle est en apparence exténuée comme une
momie par sa couleur, cependant elle est très
vivante; quoiqu'elle soit méprisée, elle est plus
riche
@

( 133 )
riche que tout le Pérou, et les savants n'ont
rien de plus précieux; c'est une Vierge qui n'a
pas été touchée, c'est une fille grise à voile noir,
qui porte dans son sein cet inestimable lait
virginal qui sert à nos besoins; en elle est
renfermée l'eau où le roi et la reine se
baignent et se purifient de leur lèpre, Brumblin
dit: Prenez la matière qu'un chacun
connaît, privez-la de sa noirceur, ensuite fortifiez
son feu à son temps, car elle le peut souffrir,
il s'ensuivra couleurs diverses; la première
sera safranée, la seconde comme de la
rouille, la troisième comme pavots, et la quatrième
comme rubis; lorsqu'elle est ainsi, le
corps est spirituel, teignant et purifiant tous les
corps imparfaits, et vous avez tout le secret.
La matière ressemble à l'oeuf des volailles, auquel on n'ajoute rien que la chaleur; la coque
est le vaisseau de verre, laissez-le couver à sa
mère par un bain doux, pendant sept de nos
mois philosophiques qui sont composés de quarante
jours, il se formera un poulet qui aura
la crête rouge, le plumage et les pieds noirs,
quand vous l'aurez, n'oubliez pas les pauvres.
Les adeptes disent, notre matière est partout; sa conception se fait dans l'enfer, sa naissance
est sur la terre, trouvant sa vie au Ciel, et
après sa mort elle obtient la béatitude et subsistera
M
@

( 134 )
sans interruption jusqu'à la consommation
des siècles; quiconque connaît cette
divine matière peut facilement développer les
énigmes les plus obscures que les auteurs ont
employés pour la voiler; un doit l'appeler matière
divine, d'autant que Dieu n'en a donné la
connaissance qu'à ceux qu'il a cru en être
dignes.

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CHAPITRE X.
J'ai jugé à propos de rapporter ici le neuvième chapitre de Calide, tel que je l'ai trouvé
dans la toison d'Or, attendu qu'il est très conforme
à l'énigme précédente, ainsi qu'à l'opération
philosophique ci-après; voici comme il
s'explique:
" O frère il te faut prendre la pierre honorée et précieuse, que les sages ont nommée magifiée,
cachée et scellée, et la mettre en sa cucurbite
avec son alambic, et y séparer ses natures,
et les quatre éléments, savoir: la terre,
l'eau, l'air, et le feu lesquels sont le corps,
l'âme, l'esprit et la teinture. Et quand tu auras
séparé l'eau de la terre, et l'air du feu, garde
chacun d'eux à part, et prend ce qui est descendu
au fond du vaisseau, qui sont les fèces,

@

( 135 )
les lavant avec feu chaud jusqu'à ce que sa
noirceur en soit ôtée, et que son épaisseur s'en
aille, et la blanchit de la bonne blancheur,
en faisant sortir les accidents des humidités:
alors tu auras une chaux blanche, en laquelle
il ne sera point d'obscurité ténébreuse, ni immondicité,
ni chose contraire. Puis après retourne
aux premières natures qui sont sorties
d'elle et sublimées, et les mondifies semblablement
de leur immondicité, noirceur et contrariété,
réitérant sur elles plusieurs fois, jusqu'à
ce qu'elles soient subtilisées, purifiées et
atténuées, et quand tu auras fait ceci, tu connaîtras
que Dieu aura eu déjà pitié de toi. Et
sache; frère, qu'en cette pierre n'entre pas
garib, c'est-à-dire, autre chose. Les sages travaillent
avec elle, et d'elle sort la médecine,
de laquelle on donne toute perfection. Rien ne
se mêle avec elle, ni eu aucune partie d'elle,
ni autour, et elle se trouve en tout temps, en
tous lieux, et en la maison de toutes gens. L'invention
de laquelle n'ennuie pas, ne travaille
celui qui la cherche en quelque lieu qu'il soit.
C'est une pierre vile, noire et puante, qui ne
coûte presque rien: Elle est un peu pesante; on
l'appelle l'origine du monde, parce qu'elle sort
comme les choses germinées ".
M 2
@

( 136 )
Ceci est la révélation et ouverture de celui qui la cherche. Mais il ne faut pas croire que
tous ceux qui la connaîtront puissent faire
l'oeuvre des sages; si Dieu ne les favorise de ses
grâces, une multitude d'événements leur empêchera
de pouvoir l'entreprendre ou de le conduire
jusqu'à la fin désirée. Car il la donne à
qui il veut, et l'ôte de même.

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CHAPITRE XI.
P R O C E D E P H I L O S O P H I Q U E,
Sur la matière qui est très clairement désignée par l'énigme précédente, et le chapitre de Calide.
----------------
La matière étant un cahos noir et confus, il faut faire la séparation du pur d'avec l'impur,
commençant par séparer le grossier et piler le
bon, que vous passerez au tamis lin. Mettez-en
deux livres ou trois au plus, dans une grande
cornue de verre bien lutée avec un gros ballon,
placez-la au fourneau, il faut que la cornue
ait la moitié de vide; faites distiller à feu de
flamme de bois; alors les éléments se sépareront
et la fumée montera et passera en nuage dans

@

( 137 )
le récipient, avec la puanteur semblable à
celle d'un cadavre dont il faut s'écarter étant
pernicieuse, et dans laquelle se trouve l'esprit
et l'âme, rouge comme le sang; autour du récipient
s'attachera l'esprit cristallin, et dans la
tête morte restant au fonds, sera le corps fixé
ou terre feuillée, que vous garderez; il faut réitérer
ce travail avec d'autres nouvelles matières
jusqu'à ce que vous soyez assez pourvu de
cette liqueur spirituelle, mercurielle et soufrée;
à la fin de chaque dissolution prenez la tête
morte, réverbérez-la le plus fortement possible,
et la conservez: prenez l'esprit cristallin
ou mercuriel, où il est attaché, et que l'air
a coagulé, conservez-le aussi dans un vaisseau
bien bouché, car il s'évaporerait facilement à
l'air de l'atmosphère, c'est pourquoi il faut
vider auparavant la liqueur puante comme
soufre et la conserver bien bouchée.
Prenez suffisamment de la première matière bien nette, joignez-y la tête morte soufrée,
joignez-y aussi l'esprit cristallin ou mercuriel,
et celui qui ne sera pas clair, pur et transparent,
mettez le tout dans des cornues de verre
bien lutées avec leur récipient de même nature;
si vous avez une cornue assez grande pour tout
contenir, il n'en faudra pas d'autres. Distillez
à feu de charbon, alors le tout passera plus
M 3
@

( 138 )
subtilement, perdant quelque chose de sa
puanteur, principalement si le tout a été purifié
et corrompu ensemble, pendant quelques
jours, ensuite calcinez et réverbérez la tête
morte, comme vous avez fait ci-devant, après
quoi mettez-la dans une cornue, versez dessus
ce qui aura été distillé; cette calcination et
dissolution doivent être réitérées plusieurs fois
jusqu'à ce qu'il vous paraisse que la matière
terrestre et combustible lui soit ôtée; c'est ce
que les philosophes appellent donner des aigles;
quoique la matière diminue par ces réitérées
opérations, elle en sera plus subtile et plus
efficace, étant aussi plus propre pour le travail
de l'oeuvre; prenez la liqueur qui aura
passé par la cornue, et où se trouve l'âme
rouge de la nature, mettez la dans une cornue,
et faites distiller doucement, cohobez et continuez
jusqu'à ce que tout passe rouge dans le
récipient; pendant cette opération, prenez la
tête morte, réverbérez-la encore une fois, et
faites l'extraction du sel fixe avec de l'eau de
pluie distillée, puis évaporez toute l'extraction
au bain-Marie et procédez comme on a coutume
de faire quand on tire les sels, de cette
manière seront séparés et purifiés les trois principes
ou éléments; c'est le premier travail,
composition et union du mercure, soufre et sel

@

( 139 )
des philosophes, dans laquelle l'or se dissout
comme de la cire.
Prenez de cet esprit cristallin mercuriel et aérien qui a été subtilisé par l'âme soufrée ignée
et aqueuse, et par le sel tiré de la tête morte
terrestre et fixe autant qu'il a donné, ajoutez-
y la dixième partie de qui est de la même
nature que le dissolvant, et qui a été ouvert
auparavant par le mercure et fleur de soufre,
mettez le tout dans l'oeuf philosophique,
lequel doit rester vide aux trois quarts, afin
qu'il soit libre de monter et descendre, c'est-
à-dire, de circuler, et qu'il soit bien fermé
hermétiquement, mettez-le alors au fourneau
philosophique de manière qu'il reçoive la chaleur
de tous côtés également, et que la chose
dans laquelle il sera enclos soit aussi de verre,
afin que l'on puisse voir comme la matière se
gouverne.

===============================

CHAPITRE XII.
Régime du feu.
----------------
Ayez grand soin que les esprits volatils ne se séparent pas tout à fait de la matière fixe qui
reste au fonds, mais plutôt qu'ils se joignent

@

( 140 )
toujours à propos, car autrement tous les soins
et les peines seraient perdus.
Par ce feu ainsi conduit, la matière universelle se pourrit, se régénère et se parfait
seule dans un seul vase, un seul fourneau, un
même feu, et la nature seule fait tous les autres
travaux avec son feu intérieur qui est excité
par le feu extérieur philosophique; l'artiste n'a
donc plus rien à faire que d'avoir soin du
feu et d'y employer la miséricorde de Dieu,
ce qui a fait dire aux adeptes, qu'une femme
en filant sa quenouille peut faire l'oeuvre des
philosophes; mais ils n'entendaient pas parler
de la préparation de la matière, attendu qu'elle
est très pénible, et demande beaucoup de soin
et de précision. Le feu philosophique est très
nécessaire à l'oeuvre, puisqu'il excite avec les
vertus célestes, le feu naturel qui existe dans
la matière, et qui est la lumière et la vie
métallique.

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CHAPITRE XIII.
De la fermentation et multiplication.
----------------

Lorsque la bénédiction divine vous aura donné le fils du et de la ayant obtenu sa régénération

@

( 141 )
de la nature, qu'il se sera revêtu de
son manteau de pourpre; ce qui arrivera en
huit ou neuf mois, suivant le soin qu'on en
aura pris, et selon les grâces que Dieu y aura
répandues; si on veut fermenter et augmenter
l'élixir, il faut avoir une bonne provision des
trois principes préparés comme il a été dit, et
les fermenter avec l'élixir, parfait, pour cet
effet on prend une partie d'élixir et dix parties des
trois principes ou premier , qu'on aura conservés,
les mettre dans l'oeuf philosophique,
et le gouverner comme auparavant; si on
réitère plusieurs fois cette multiplication, on
aura en très peu de temps ce qui s'est fait en
plusieurs mois; de cette manière on peut augmenter
en qualité et quantité jusqu'à l'infini.

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CHAPITRE XIV.
De la projection.

Faites fondre quatre parties de métallique bien purifié, lorsqu'il est en fonte, jetez
dessus une partie de votre élixir, enveloppé dans
un peu de cire jaune, en forme d'une petite
balle, recouvrez le creuset et continuez le feu
pendant une demie-heure, ensuite versez le
tout dans un autre creuset bien propre, il se

@

( 142 )
formera une masse que vous pulvériserez et
que vous garderez pour projeter comme ci-après:
Prenez mille parties de métal ou vulgaire
bien purgé, et faites fondre si c'est du métal, et
si c'est du , il faut qu'il ne fasse que bouillonner;
retirez la crasse qui peut se trouver dessus
ensuite jetez-y une partie de votre poudre,
couvrez le creuset, continuez le feu une demie-
heure, et vous aurez du beaucoup plus fin
que celui des minières; il faut avoir le soin de
toujours envelopper votre élixir dans un peu de
cire pour le jeter dans le creuset.
Il y a des adeptes qui faisant la projection sur du métal, lorsqu'il est fondu, y jettent
un bout de chandelle, qui s'enflamme aussitôt,
purifie la crasse qui vient sur le métal
sans y toucher, ensuite ils jettent la poudre
de projection, comme il est dit, dans le creuset.

F I N.
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===============================

E R R A T A.
----------------
Pag. I, lig. 6, Microscome, lisez: Microcosme. Pag. 3, lig. 4, le opérations, lisez: les opérations.
Pag. 9, lig. 19, le sujet dans le sujet, dans lequel, lisez: le sujet dans lequel.
Pag. 60, lig. 2, succédnas, lisez: succédents élémentans.
Pag. 78, lig. 5, que arbre, lisez: que l'arbre. Même page, ligne 20, il ait, lisez:
il y ait.
Pag. 84, lig. 3, individuée, lisez: individuée. Pag. 94, lig. 15, sur son principe, lisez: dans son principe.
Pag. 119, lig. 3, qu'elle soit, lisez: qu'il soit.

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