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Réfer. : 1700 .
Auteur : Piccolpassi, Cyprian.
Titre : Les trois livres de l'art du potier.
S/titre : non seulement de la Practique, mais ...

Editeur : Librairie Internationale. Paris.
Date éd. : 1861 .
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A V A N T - P R O P O S

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En publiant la traduction de l'ouvrage de Piccolpasso sur l'art du vasier, ou plutôt sur
l'art de la fabrication des majoliques, mon but a été, non-seulement de donner aux amateurs
éclairés un complément indispensable sur ce sujet, mais encore de chercher à éveiller parmi les
artistes, la pensée de faire revivre un art éminemment national.
Sans vouloir nier ou même amoindrir l'appoint considérable que l'Italie apporta aux arts
de la civilisation occidentale, puisqu'elle fut la voie par où de tout temps, passa le rayon
venu d'Orient, nous pouvons dire, sans être trop osés, que l'art de l'émail sur terre, par les
liens directs qui le rattachent à celui de l'émail sur métaux, pourrait bien être, dans notre
France, un art à peu près aborigène.
En effet, si la Gaule paraît redevable à l'occupation romaine de la plupart de ces épaves du
passé qu'on retrouve en fouillant son sol, nous savons pertinemment que longtemps avant,
sur l'étendue entière de son territoire, existaient des fabriques de poteries. Avant la Révolution,
on en voyait encore à Francheville en Lyonnais, une manufacture, qu'une tradition du pays
prétendait être antérieure à l'invasion romaine. Ces poteries étaient-elles recouvertes d'émail,
ou seulement vernissées? Nous n'oserions l'affirmer, puisqu'aucun monument ne vient nous
en apporter la preuve, et que les plus anciens spécimens de terres simplement vernissées,
que l'on ait pu trouver, appartiennent à l'époque gallo-romaine; cependant, rien non plus ne
nous interdit complètement de croire que l'Orient apporta en Gaule une industrie qui offre
tant d'analogie avec celle, qu'au dire des anciens auteurs, pratiquaient déjà les Gaulois.
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II AVANT - PROPOS ---------------------------------------------------------------------------
Cette analogie entre les émaux sur terre cuite et les émaux sur métal est telle, qu'il en
découle naturellement cette observation: ou l'émail sur terre a enfanté l'émail sur métaux, ou
c'est le contraire qui a eu lieu. Nous laissons aux antiquaires le soin de résoudre ou de débattre
cette question. Ce qui nous importe, c'est de signaler la parenté de ces deux arts. Or, il est
presque incontestable que l'art de l'émail sur métal a pris naissance en Gaule. Qu'il y ait été
importé de l'extrême Orient, alors inconnu du monde ancien, par une de ces communications
dont le fait constaté quelquefois, n'en demeure pas moins un mystère, quant à la manière dont il
s'est produit, c'est chose possible, mais que nous ne saurions rechercher. Seulement, nous
croyons pouvoir affirmer que l'art des émaux sur cuivre existait dans la Gaule exclusivement,
à l'époque où le luxe de l'Empire romain atteignait ses proportions les plus exagérées.
M. de Laborde a prouvé victorieusement, dans la remarquable notice qui accompagne
sa description cataloguée des émaux, bijoux et objets divers exposés dans les galeries du
Louvre, que les anciens, y compris les Egyptiens, ignoraient l'art d'émailler les métaux. Le
savant conservateur de notre riche collection nationale, réfute complètement les différentes
assertions contraires à son dire.
Nous pouvons, pour nous confirmer dans cette certitude, nous appuyer avec lui et avec
M. Louis Dussieux, sur une phrase de Philostrate, rhéteur athénien fixe à Rome dès le com-
mencement du IIIe siècle de l'ère chrétienne. Cet iconographe nous apprend que des barbares,
voisins de l'Océan, avaient le secret d'étendre des couleurs sur l'airain ardent. Qui ne verrait
dans ces barbares voisins de l'Océan, les Gaulois de la Séquanaise, de l'Armorique ou de
l'Aquitaine ?
Les Anglais pourraient aussi cependant y reconnaître leurs ancêtres; nous ne leur en
contesterons pas le droit, bien que plus vraisemblablement il nous appartienne d'y voir nos
pères. Un passage de Pline suffirait pour nous donner gain de cause. Dans tous les cas, une
semblable prétention de nos voisins ne changerait rien à notre principale assertion, puis-
que la Bretagne, à cette époque, était peuplée par la même race d'hommes que la Gaule,
qu'elle avait avec elle des intérêts, des moeurs, des lois et un idiome communs, et qu'elle
faisait partie avec elle de cette admirable nation des Celtes, à qui l'Occident doit le côté
héroïque, judicieux et poétique de ses peuples modernes.
Ainsi c'est aux Celtes qu'on doit l'émail des métaux, comme aussi bien la charrue à roues,
les tonneaux et les vases en bois cerclés, l'emploi de la marne comme engrais, et bien d'autres
merveilleuses inventions, qui témoigneraient seules d'une civilisation fort avancée, si les beaux
travaux de la critique historique en France ne nous en fournissaient la preuve jusqu'à
l'évidence, par leurs révélations sur le druidisme.
Malgré la désignation de voisins de l'Océan, que Philostrate donne aux peuples qui
émaillaient les métaux, nous inclinons à croire que cet art s'est généralisé en Gaule, si nous
considérons combien le génie de ses habitants était apte à imiter tout ce qui leur tombait
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AVANT - PROPOS. III ---------------------------------------------------------------------------

sous les yeux, comme aussi à s'approprier les industries les plus diverses, qu'ils portaient
à leur dernier degré de perfection.
Quoi qu'il en soit, une tradition vague place les émailleurs à Limoges dès les premiers
siècles de l'ère chrétienne. C'est dans cette ville que saint Eloi fut mis par son père en
apprentissage chez Abbon, orfèvre habile, qui tenait un atelier de monnayage pour le fisc.
Les luttes qui signalent l'établissement de la féodalité carlovingienne, portent un coup
funeste à l'art des émailleurs dans les VIIIe et IXe siècles. On le voit renaître au Xe, et se
personnifier dans le frère Guillaume. Ducange a prouvé, par des citations irréfutables,
qu'au XIIe siècle déjà, la réputation des émaux de Limoges, était répandue en Angleterre
et en Italie, si bien que l'oeuvre de Limoges, opus de Limogia, limocenum, lemovicense, etc..
désigne désormais les émaux, qu'on fabriquait cependant du nord au midi de la France.
Soyons justes et rendons à chacun ce qui lui appartient. Transporté par les Romains de
Gaule en Grèce, cet art s'y implanta, y jeta de profondes racines, et s'y épanouit promptement
en produits d'un cachet tout particulier, dont l'influence se fit sentir dés l'an 1000
à Limoges.
En 979, des marchands vénitiens viennent fonder dans cette ville un commerce d'épiceries et
d'étoffes du Levant. Établis près de l'abbaye de Saint-Martin-les-Limoges, ils occupaient une rue
qui porte encore le nom de rue des Vénitiens. Incontestablement, ils apportèrent souvent des
échantillons de l'art byzantin, qui influèrent singulièrement sur les produits de la fabrique
limousine, dont les abbés de Saint-Martin étaient les protecteurs. Des artistes grecs vinrent
même, dit-on, amenés par les Vénitiens, s'établir à Limoges. M. du Sommerard en voit la preuve
dans cette inscription sur un calice émaillé: Magister G. Alpais me fecit Lemovicarum. Alpais
est-il un nom grec? Il n'est pas latin sans doute, cependant M. Louis Dussieux, dans un
Mémoire qui a obtenu une mention honorable à l'Institut, veut que ce nom soit tout français.
On comprend parfaitement que, par les Vénitiens, l'émaillerie de Limoges, enrichie des pratiques
byzantines, se soit répandue en Italie, où des artistes, tels que Giovanni Pisani, Pollajuolo
maestro Cione, Andrea di Ardito, Francia, etc., et jusqu'à Benvenuto Cellini, l'appliquèrent
avec un immense succès aux bijoux, ainsi qu'aux objets du culte.
Par ses relations avec la France, rien de plus naturel que de voir l'Italie apporter à notre
art national son tribut de splendide rénovation; mais c'est une erreur capitale qui fait venir
d'Italie en France, au XVIe siècle, l'art de l'émaillerie. Très-certainement et incontestablement,
les Léonard, les Pénicaud, les Jehan Limousin, les Courteis dits Courtois, étaient les continuateurs
d'une tradition non interrompue, mais plusieurs fois modifiée, jusqu'à ce que les Landin,
et surtout les Nouailler, vinssent, avec la décadence, emporter le secret d'un si bel art.
Bien qu'on ne puisse pas suivre en France l'histoire de la poterie émaillée avec une telle
précision, il nous reste du moyen âge des poteries vernissées du plus beau caractère; c'est un
témoignage irrécusable de l'ancienneté de cette fabrication dans notre pays. On peut la faire
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IV AVANT - PROPOS. ---------------------------------------------------------------------------
remonter, sans contredit, fort au delà du XIIe siècle, époque où l'on commença à renoncer
aux mosaïques pour le carrelage des églises, si l'on veut bien observer surtout, qu'outre l'art
d'émailler les métaux, les Gaulois connaissaient parfaitement l'art de fabriquer le verre. En effet,
nous voyons que, sous les rois mérovingiens, les verreries françaises étaient déjà célèbres. L'abbé
d'un monastère en Angleterre, saint Benoit Bissope, qui mourut en 690, vint en Gaule cher-
cher des ouvriers verriers, pour clore en vitres son église, son réfectoire et son cloître. Ces ou-
vriers enseignèrent leur art aux Anglais; car, dit l'auteur de la vie de ce saint homme, ces artisans
étaient inconnus alors aux Bretons, vitri factores Britannicis eatenus incognitos.
Ne pourrait-on pas admettre que les Gaulois, si experts dans des pratiques tellement analogues
avec l'émail des poteries, pouvaient connaître cette fabrication? Et si cet art n'est pas
né en Gaule et ne s'y est pas développé parallèlement avec celui de l'émail sur métaux, ce
n'est certainement pas à l'Italie que la France est redevable de sa naturalisation chez elle.
L'Égypte, qui ne possédait pas l'émail sur métal, qu'elle imitait cependant par des encas-
trements de mastics colorés dans des cloisons métalliques, imitation sur laquelle bien des
personnes se sont méprises, nous a laissé une quantité considérable d'objets de terre émaillée.
les Étrusques, les Grecs, n'ignoraient pas cet art, que possédaient également les Hébreux et
les Phéniciens. Pourquoi les Gaulois en eussent-ils été privés? Si l'on considère les fréquentes
expéditions des Phéniciens dans la Gaule et dans la Bretagne, il n'y a rien d'invraisemblable à
ce qu'ils aient enseigné cette pratique aux peuples avec lesquels ils échangeaient leurs produits,
contre les métaux précieux, et notamment le cuivre et l'étain, dont le sol gaélique regorgeait
alors.
Que, par analogie avec l'émail sur terre, grâce à cet esprit inventif que nous leur savons, nos
aïeux soient parvenus à fabriquer l'émail sur métaux, c'est une hypothèse à laquelle des
personnes plus capables que nous feraient certainement prendre de la consistance, si elles
voulaient apporter à sa défense et à son établissement, le secours efficace de leur talent et
de leur érudition.
Mais si l'origine de cet art en France doit renoncer au bénéfice d'une si haute antiquité, il est
encore à qui l'attribuer avant que d'en faire honneur à l'Italie. Les Arabes, par leur caractère
nomade, semblent avoir été destinés à servir de véhicule pour communiquer et transporter à
l'extrême Occident les lumières de l'extrême Orient. C'est à eux que l'on doit, par voie de
transmission, la pratique des émaux cloisonnés, dont les peuples de race sinique paraissent
être les premiers inventeurs. Ils sembleraient avoir également apporté de l'Inde et de la Perse
l'art de revêtir les parois des maisons, de ces carreaux dont, sous le nom de Zulajas, ils
couvrirent les monuments de l'Espagne.
Nul doute que leur séjour prolongé dans le midi de la France n'y ait laissé des traces pro-
fondes de leurs industries; et si l'Italie, comme on l'a prétendu, est redevable aux fréquentes
expéditions des Pisans dans les îles Baléares de l'importation des majoliques, dont le nom
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AVANT - PROPOS V ---------------------------------------------------------------------------

rappelle, avec un euphémisme propre aux races méridionales, celui de l'île de Majorque, combien
plus vraisemblablement peut-on croire que la France devait également tenir de la même
provenance ses terres émaillées, et par ses fréquents rapports avec les Sarrasins, et par ses
relations avec les princes chrétiens qui journellement reconquéraient le sol envahi des Espagnes.
La ville de Montpellier, au commencement du XIVe siècle, n'avait-elle pas pour seigneur
un roi de Majorque, dont les rapports avec Philippe le Bel, touchant la manufacture d'émail
sur or et sur argent établie en cette ville, nous ont été conservés par un document curieux et
unique, cité par dom Vaissette, bénédictin de Saint-Maur, dans son histoire du Languedoc.
En remontant beaucoup plus haut, nous voyons que les anciens poètes du XIIe et du XIIIe siècle,
les trouvères de la Loire, comme les troubadours, comics et conteurs de Provence, qui romanisèrent
dès le temps de Hue Capet, mentionnent souvent dans l'exercice de leur gay saber,
les vases de madre, faisant cette distinction du grand et du petit madre. Le grand madre,
qu'ils représentent comme une chose précieuse et rare, était peut-être de la porcelaine du
levant; quant au petit madre, se trouvant constamment parmi les ustensiles des paysans, des
aubergistes et des gens du peuple, c'était probablement de la faïence; à moins que, comme
le nom semble l'indiquer, ce ne fût qu'une poterie tachetée et simplement vernissée. Mais
alors nous aurions peine à nous rendre compte de la haute valeur que nos vieux poètes nationaux
accordent au grand madre.
Il n'est pas, jusqu'au nom vulgaire des poteries émaillées, le mot de faïence, qu'on fait
dériver généralement de Faenza, ville de la Romagne, si célèbre par ses fameuses manufactures
de ce produit, dont on ne puisse contester l'origine italienne. Ce nom parait, en effet,
venir du petit bourg de Fayence, situé en Provence, dans le diocèse de Fréjus. Mézerai nous
dit, en racontant les campagnes de Lesdiguières dans le Midi: Fayence plus renommée par
les vaisselles de terre qui s'y font, que par sa grandeur ni son importance..... et cinq ou six
autres lieux fortifiés, lui firent peu de résistance. Or, les vaisselles fabriquées à Fayence,
étaient avantageusement connues avant les établissements de Henri IV. Cette observation de
Le Duchat a été reproduite par Legrand d'Aussy, auteur remarquable par son érudition, qu'on
pille à l'envi, qu'on ne cite presque jamais.
Cependant, tout en constatant que la France tient des Sarrasins l'art de la faïence, nous ne
pouvons nier qu'elle n'en doive la renaissance à l'Italie par l'établissement du duc de Gonzague
à Nevers. Ce sont certainement des Italiens qui ont, sinon fondé, du moins régénéré
les centres industriels qui couvraient le midi de la France. Leur influence s'étend également
sur ceux du nord, puisque ceux-ci nous viendraient des Flandres, où nous voyons que vers le
commencement du XVIe siècle, un certain Guido de Savino, vint à Anvers importer son art,
que ses fils y exercèrent après lui, du vivant même de notre Piccolpasso.
Quoi qu'il en soit de l'origine de la faïence, c'est en Italie que les majoliques ont acquis,
dès le XVe siècle, une incontestable supériorité. Mais n'oublions pas que si cette contrée est,
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VI AVANT - PROPOS. ---------------------------------------------------------------------------
à l'époque de la renaissance, le pays où cette industrie commence à se développer et à s'élever
au rang d'un art de premier ordre, les artistes, attirés en France par le luxe croissant de la
cour et des maisons seigneuriales, propagèrent ce goût, et bientôt successivement on vit s'é-
lever et fleurir ces fabriques célèbres, où la belle tournure qui distingue l'ornementation des
produits, nous dénote assez que des artistes d'un rang élevé ne dédaignèrent pas d'illustrer de
modestes faïences, comme d'autres avaient enrichi nos églises et nos palais, de magnifiques
verrières et de splendides émaux.
Disons-le, rien, si ce n'est l'émaillerie métallique de Limoges, n'atteignit la hauteur où par-
vinrent, vers la moitié du XVIe siècle, les faïences peintes en Italie.
En effet, parmi les pères de la renaissance artistique, un grand et beau génie, Lucca della
Robbia, transporte dans l'art de la terre émaillée, la supériorité de son immense talent de
sculpteur et de ses connaissances chimiques, considérables pour l'époque, au point de vue
toutefois de sa spécialité. L'illustre Florentin qui trouva ou plutôt perfectionna, dès le com-
mencement du XVe siècle, le moyen de recouvrir la sculpture en terre d'un émail opaque inal-
térable, en enseigna libéralement la méthode à toute l'Italie. C'est une opinion populaire en
Toscane, qu'il mourut sans révéler son secret; mais qu'il se contenta d'en celer la recette dans
une de ses oeuvres qu'il ne désigna point. Pensée symbolique qui renferme cet enseignement éter-
nel, que le secret des belles manifestations du génie humain est enfermé dans les oeuvres des
grands artistes, et que là seulement il faut en chercher la théorie et en poursuivre l'étude.
De ces figures émaillées, de ces admirables médaillons encadrés de fruits en ronde bosse,
l'art descendit ou plutôt s'étendit dans la vaisselle d'apparat, car les nobles choses élèvent à
leur niveau ce qu'elles touchent, et les plats italiens de la belle époque, sont dignes en tout
point de marcher de pair avec ce qu'enfanta de plus merveilleux cet incomparable XVIe siècle.
Autant la France l'emporte par ses admirables émaux de Limoges, autant l'Italie se montre
supérieure dans ses faïences d'Urbin, de Ferrare, de Pesaro, de Castel-Durante, de Gubbio,
de Castello, de Faenza, de Foligno, de Pise, de Gênes, de Venise, et même de Castelli,
dans le royaume de Naples, bien que la décadence se fasse sentir déjà dans les produits de
ce dernier endroit.
Un homme, en France, tenta d'arriver à cette perfection des faïences italiennes; on peut
dire qu'il y réussit merveilleusement. Qu'est-il besoin de nommer Bernard de Palissy? Ce
grand génie, qui pour vivre, peindoit des imaiges, nous a laissé dans des pages qui arra-
chent des larmes, le récit de ses luttes et de ses souffrances, couronnées enfin du plus ad-
mirable résultat. Mais l'immortel ouvrier de terre, et des rustiques figulines du Roy, fit un
secret de ses procédés et l'emporta dans la tombe. La France ne put donc pas suivre l'Italie
qu'elle avait égalée pendant un jour, grâce au grand artiste périgourdin.
C'est surtout dans les duchés de Ferrare et d'Urbin que la fabrication des majoliques
s'est élevée à la hauteur d'un art du dernier prix. Ce magnifique résultat est dû au génie du
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AVANT - PROPOS. VII ---------------------------------------------------------------------------

peuple italien, comme aussi à l'intelligence de ces petits princes, qui marchaient alors à la
tête de leur siècle. Je veux parler des princes d'Este et de la Rovère.
C'est ainsi, et notre Piccolpasso nous l'apprend, qu'Alphonse d'Este, pour encourager
cette belle industrie dans ses États, se fit potier lui-même, établissant des fours jusque
sous les fenêtres de son palais, cherchant sans cesse des perfectionnements, courant la fortune
des beaulx secretz, et découvrant ce fameux blanc du duc de Ferrare, improprement
nommé blanc de Faenza par une injustice de la tradition
C'est ainsi que Guid'ubald II, Feltro della Rovere, seigneur de Pesaro et Senegaglia, de
Montefeltro et Castel-Durante, comte et préfet de Rome, quatrième duc d'Urbin, malgré
cela fort petit souverain, mais esprit supérieur, ne négligea rien, non-seulement pour donner
de la vie aux fabriques de majoliques, très nombreuses dans ses États, mais encore pour
les diriger et les maintenir dans une noble voie.
Admirateur passionné de Raphaël, ce lui fut un mortel regret, que son aïeul n'eût pas su
retenir auprès de lui ce sublime artiste. Il réunit tout ce qu'il put trouver de croquis, de
dessins, de cartons du divin maître; autant que possible, il exigeait que dans ses fabriques,
on ne reproduisit que des dessins de son grand et regretté compatriote. Intelligente
et admirable impulsion, qui produisit de non moins admirables résultats.
Les savants, dont sa cour était le rendez-vous, ne dédaignaient pas de composer eux-
mêmes des sentences, qui apportaient aux belles images un surcroît d'intérêt.
Barthélemy Genga, son architecte et son ministre, attira chez lui le Vénitien Battista
Franco, dont les merveilleux dessins furent reproduits à Castel-Durante, avec une telle perfection,
que, suivant Vasari, les plus excellents maîtres n'eussent pu mieux faire en peinture
à l'huile.
C'est de ces fabriques, que sortit cette belle pharmacie de Pesaro, aujourd'hui à Loretto,
et qui n'est pas un des moindres trésors que possède l'Italie. C'est de là que sortaient ces
belles pièces, ces garnitures complètes de crédences, que le duc d'Urbin donnait aux souverains,
munificence royale dont on ne pourrait de nos jours que difficilement approcher.
Comment, après avoir eu des artistes tels que maestro Andreoli Giorgio et Centio son
fils, tels que Xantho da Rovigo, Guido Salvaggio, Oratio Fontana, Alphonse et Vincenzio
Patanazzi, les majoliques sont-elles tombées dans cette décadence des arts qui
fut générale et presque simultanée dans les différentes contrées? C'est ce que nous ne
rechercherons pas dans cet avant-propos, dont les bornes nous prescrivent cette réserve.
Nous constaterons seulement le fait avec tout le monde, ajoutant que l'indifférence pour les
grands maîtres et par conséquent pour les beaux modèles, l'engouement pour les oeuvres flamandes
dont l'intrusion s'étend partout alors, et peut-être l'abaissement des puissantes familles,
véritables centres protecteurs; ont grandement contribué à ce malheureux résultat. Voyons-y
surtout aussi cette loi suprême de nature, que tout subit ici-bas, cette décomposition qui suit
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VIII AVANT - PROPOS. ---------------------------------------------------------------------------
toutes les maturités, et qui, ne permettant jamais la stabilité des choses, leur imprime l'éter-
nel mouvement et leur impose le perpétuel renouveau.
Le goût fastueusement faux du XVIIe siècle, et les déplorables et ridicules tendances artistiques
du XVIIIe, ont dû naturellement rejeter ces éclatants témoignages de la gloire d'une époque dont
on ne comprenait plus le génie. Aussi l'oubli profond dans lequel sont tombées les majoliques
n'a-t-il rien qui doive nous surprendre.
Une instruction plus répandue, le mépris qui s'attache tôt ou tard aux productions où les lois
sévères de la beauté sont remplacées par l'afféterie et une grâce de mauvais aloi, le goût tou-
jours croissant des amateurs, les ont heureusement tirées de l'oubli, pour les porter à un
degré de faveur qu'elles sont dignes de conserver. Ce serait peut-être le cas de signaler ici
quelque peu d'exagération, dans les prix fabuleux qu'elles atteignent et de le regretter. Y aurait-il
plus d'engouement que d'admiration éclairée et sincère? Cela sent encore son barbare, et
pourrait nous menacer de subits revirements dans l'esprit des Francs chevelus qui se latini-
sent; mais il ne faut décourager personne; contentons-nous de rappeler à nos Mécènes ce
qu'Horace adressait au sien:

Est modus in rebus, sunt certi denique fines,
Quos ultra, citraque nequit consistere rectum.

Devant ce réveil du bon sens public, on se demande pourquoi, de nos jours, les artistes dé-
daigneraient de reprendre cet art, qui a produit d'insignes chefs-d'oeuvre, et qui pourrait, con-
venablement employé, contribuer d'une manière si heureuse à l'ornementation des édifices
publics et des demeures particulières
Toutes les personnes qui ont voyagé en Italie, n'ont pas oublié avec quel art les anciens
modifiaient la monotonie du carrelage. Celles qui ont visité l'Espagne, ont dû être frappées de
la richesse des revêtements dont les Maures, et après eux les Espagnols, décoraient les murailles
de leurs monuments et de leurs maisons. Cet usage était si général, que le vieux dicton
castillan: Non ava casa con azulejos, quand on l'appliquait à quelqu'un, était dans toute la
péninsule ibérique le signe de la pauvreté. La France, qui accueillit les héritiers de Luca
della Robbia, vit ses palais ornés des plus belles terres cuites émaillées; les carrelages des
châteaux de Polisy et d'Écouen étaient des merveilles, et le château de Madrid, littérale-
ment couvert des faïences de Girolamo, étincela de ces splendides émaux, dont, en 1792,
un paveur fit du ciment!
Tous les ouvrages d'archéologie, et notamment le beau livre de M. Emile Amé, sur les
carrelages émaillés du moyen âge et de la renaissance, mentionnent, dans les plus grands
détails, ces divers modes d'ornementation, où la France s'est montrée supérieure, aussi bien
que dans ses belles poteries de Nevers, de Limoges, de Moustiers, de Bordeaux, de Brissambourg
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AVANT - PROPOS. IX ---------------------------------------------------------------------------

en Saintonge, de Beauvais, de Rouen, d'Alsace, de Lorraine, etc. C'est en parcourant le musée
céramique de Sèvres, qu'on voit à quel degré de perfection nos compatriotes ont porté l'art de
la faïence. Les plus curieux spécimens sont réunis dans cette magnifique collection, dont
M. Riocreux, le savant conservateur, fait les honneurs avec une obligeance qui n'a d'égale que
son érudition. Tous les esprits curieux de l'histoire de la faïence et de la céramique en général,
lui doivent un tribut de sincère gratitude, pour les notions intéressantes qu'il leur communique.
et pour la courtoisie avec laquelle il accueille et facilite leurs recherches. Plût à Dieu que les
nombreuses et difficiles occupations de sa place lui laissassent le loisir de publier toutes les
belles découvertes, fruits de ses longues et constantes recherches; c'est ce que nous devons
souhaiter avec les artistes et les amateurs: l'histoire des émaux sur terre y apparaîtrait sous
un jour tout nouveau, et l'opinion publique, poussée par un surcroît d'intérêt, ferait un pas
de plus vers eux.
Les Anglais ont fait des efforts inouïs pour la restauration de cet art. Depuis le grand Josiah
Wedgwood, l'illustre potier du Staffordshire, les Minton, les Copeland, ont obtenu, avec ce
génie pratique, apanage de leur nation, des résultats surprenants. En Toscane, le marquis
Ginori, dans sa belle manufacture de Docci près de Florence, qu'il dirige avec cette libéralité et
cette suprême intelligence des véritables grands seigneurs, est parvenu à imiter les plus belles
oeuvres des anciens maîtres en majoliques.
La France resterait-elle en arrière, après avoir brillé si vivement dans le passé, que l'Italie
seule peut revendiquer sur elle dans l'art de terre, une supériorité dont notre pays approche
souvent, et qu'il atteint même quelquefois? Quand, parmi ses grands céramistes, la France n'eut
eu que Palissy, c'est assez pour contrebalancer la gloire italienne. Aussi nous ne pouvons croire
qu'elle ne fasse tout au monde pour reconquérir la place qu'elle a occupée jadis, maintenant surtout
que les procédés industriels ont acquis un si haut degré de perfectionnement. Ce que nous
faisons est donc surtout un appel aux artistes, afin qu'ils viennent vivifier du souffle de l'esprit
et des palpitations de l'intelligence, les moyens matériels si développés par les recherches
patientes des fabricants.
Déjà des hommes courageux, des artistes recommandables par leur talent, se sont lancés à la
poursuite de cette régénération. Les beaux résultats obtenus par le regrettable Avisseau de
Tours, ainsi que par MM. Pull et Barbizet, sont un encouragement énergique à la persévérance.
M. Devers, peintre piémontais, domicilié depuis quinze ans à Paris, où il a fait en partie
toutes ses études artistiques, est un des premiers qui ait compris l'avenir de son art
retrempé dans les vieilles traditions. Le succès ne lui a pas fait défaut, et nous espérons
que ses travaux, justement appréciés, lui vaudront les éloges qu'il mérite si
bien. Citons encore à Paris M. Jean, qui met volontiers sa belle installation industrielle
au service des amateurs de l'art de l'émail sur terre; MM. Dack frères, pour leurs belles
imitations des vases arabes; M. Lessore, M. le marquis de Monestrol, chercheur infati-
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X AVANT - PROPOS. ---------------------------------------------------------------------------
gable, et M. Pinard. Citons à Nevers M. Ristori; citons surtout à Dijon M. le docteur
Laval, dont la science vient seconder merveilleusement les efforts qu'il fait pour atteindre
la perfection, et qui est parvenu à fabriquer des modèles sans défauts et d'un diamètre ex-
traordinaire. Il vient, il y a quelques jours, d'offrir au musée de Sèvres, où on peut les admirer,
des échantillons de ses produits, qui dépassent certainement en beauté tout ce qu'on avait
vu jusqu'alors.
Des fabricants de faïence, tels que M. Laurin, à Bourg-la-Reine, M. Auboin, à Sceaux-
Penthièvre, mesdames veuve Pichenot et veuve Dumas, à Paris; des chimistes habiles, tels
que MM. Dubois-Mortelèque et Guyonnet-Colville, mettent avec empressement leurs moyens
matériels et leurs connaissances pratiques au service des chercheurs, dont le nombre aug-
mente chaque jour. Des sociétés particulières, composées de gens du Monde, d'amateurs, de pein-
tres et de sculpteurs habiles, ont commencé par faire un amusement d'une chose qui, devenue
sérieuse, dénote, par les résultats de ses premiers essais, quel est l'avenir réservé aux artistes
qui voudraient suivre cette voie et s'y engager résolument.
C'est, bien pénétré de cette tendance et de ce besoin, que nous avons cru rendre à cet art un
véritable service en publiant cette traduction de Piccolpasso.
Ce maître vasier de Castel-Durante écrivit son livre en 1548, c'est-à-dire dix ans après l'avè-
nement du duc Guid'ubald II, à l'époque où l'art des majoliques était dans toute sa splendeur.
Il nous transporte donc dans cette belle période de la renaissance en plein duché d'Urbin.
Ce traité décrit minutieusement en trois parties l'art de la terre émaillée. Dans la première
partie, l'auteur nous indique les moyens d'extraire la terre ou de la recueillir, de la travailler
pour la rendre propre à être façonnée, ainsi que les diverses méthodes employées dans les endroits
où cette fabrication était en vigueur. Puis, il nous montre le tour ainsi que les engins qui le
composent et qui lui sont propres, nous expliquant la manière de confectionner ces différents
instruments, leurs usages, les travaux qu'on exécute avec eux, enfin la théorie complète du
moulage, y compris celle de la confection des moules, terminant cette première partie par le
panégyrique de son souverain, le duc d'Urbin Guid'ubald II.
Dans la seconde partie, ou le second livre, comme il l'appelle, il nous donne le moyen d'obte-
nir ce produit, que tantôt à l'état de frite, tantôt à l'état de fondant, il désigne par le nom de
marzacotto, que le traducteur a cru devoir conserver en l'accolant au mot de fondant qui est son
véritable sens.
Ce marzacot obtenu, il nous décrit la fabrication du blanc, qu'il nomme bianchetto, petit blanc,
et qui n'est que le blanc à faire ces retouches et ces rehauts, que les anciens dans leurs peintures,
employaient avec tant d'esprit et de succès.
Puis nous étudions la fabrication du vert, de ce fameux vert de cuivre qui fait par sa fugacité
le désespoir des modernes, et qui donne tant d'éclat aux vieilles majoliques.
Le jaune foncé, le jaune clair, nous passent sous les yeux; nous assistons alors à la façon du
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AVANT - PROPOS. XI ---------------------------------------------------------------------------

fourneau à réverbère, ainsi qu'à l'exposé de la méthode employée pour y faire cuire l'étain et le
plomb. Ce mélange obtenu, notre auteur entre dans les différentes fabrications des couleurs des
diverses contrées de l'Italie: couleur d'Urbin, couleur de la marche d'Ancône, couleur de Castello,
de Venise, de Foligno, défilent devant nous avec leurs dosages soigneusement indiqués, ayant
toutes leurs fondants et leur couverte.
Nous apprenons alors à élever le four où se cuisent les couleurs, les objets de terre, les biscuits
émaillés et peints. Aussi Piccolpasso ne néglige-t-il pas de nous décrire les casettes et leur
emploi, ainsi que les moulins à broyer les couleurs, et finalement la fabrication des différents
engobes blancs dont se recouvrent les ouvrages en terre cuite, et sur lesquels s'étendent les
autres émaux colorés qu'il nous décrit complètement. Après quoi notre excellent maître croit
devoir nous apprendre qu'il est amoureux, et, se lançant à corps perdu dans une comparaison de
sa maîtresse avec les produits de sa fabrique, comparaison toute à l'avantage de la bella donna,
il gémit sur ses blessures incurables, ne trouvant d'autre remède à ses peines qu'un travail
assidu. N'en connaissant pas d'autre nous-même, pour le moment, nous conseillons à nos lecteurs
d'en faire usage le cas échéant.
Le troisième et dernier livre est consacré à nous enseigner à tremper les biscuits dans le bain
d'émail, ou plutôt de demi-émail, ce qui est le caractère propre de cette ancienne fabrication, a
peindre sur ce demi-émail, puis à tremper les objets ainsi peints, dans une couverte qui leur donne
un glacé précieux.
Là, Piccolpasso nous apprend à faire les cruches, plaçant cette fabrication commune immédiatement
après celle des majoliques fines, pour établir un contraste que sa naïveté de vieil
auteur relève par une ingénieuse comparaison. Enfin, il termine son ouvrage par la description
de l'enfournement, ayant bien soin de nous recommander dans ces pratiques les plus importantes,
d'invoquer, avant tout, le nom du Dieu tout-puissant; remarquable et touchant usage
qui, apportant à ces opérations le calme nécessaire à leur réussite, démontre au moins le zèle et
la conscience avec lesquels, à cette époque, s'accomplissaient des travaux où l'intelligence humaine
apportait ce qu'elle avait de plus exquis.
L'analyse bien succincte de ce livre montre cependant ce qu'on peut y puiser d'utiles enseignements,
tant pour l'histoire de l'art, que pour la fabrication même des produits que le bon
goût du public recherchera de plus en plus.
Voilà pourquoi nous espérons, en publiant cette traduction, contribuer dans la mesure de
nos humbles forces à la bonne direction du mouvement très-marqué de l'opinion publique,
vers cet art trop longtemps oublié.
Le traducteur de cet ouvrage porte notre nom, c'est dire qu'il nous touche de près. Nous
n'avons eu garde de ne pas conserver son vieux langage, qui s'adapte au texte italien avec une
exactitude que le français moderne n'aurait jamais pu atteindre, et avec une similitude de
tournures et d'expressions, dont le moindre avantage est d'en conserver la naïveté.
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XII AVANT - PROPOS. ---------------------------------------------------------------------------
L'honnête translateur a fait de son mieux, aussi bien dans la traduction du texte, que dans
la reproduction des planches, où il s'est appliqué à conserver le libre dessin du maître vasier,
imitant fidèlement et sans prétention, ce qu'il avait sous les yeux.
Espérons qu'il en recueillera la récompense posthume, dans la bienveillance avec laquelle le
public instruit et curieux des bonnes choses, accueillera cette publication de son héritier.

CLAUDIUS POPELIN.

Juin 1861.


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P R O L O G U E  D U  T R A D U C T E U R
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AU LECTEUR BENEVOLE, MAITRE CLAUDIUS SALUT ET PAIX EN LE SEIGNEUR CHRIST

Puisque pièça* étais-je à Florence, benoîte et illustre ville de Toscane, tant plus
remplie d'histoires belles et plaisantes, ainsi que de fameuses et royales fabriques,
dans lesquelles se voient statues, peintures, bronzes et joyaux à pleines pelletées,
fus-je émerveillé des mirifiques et précieuses poteries de terre enfermées en cette
ville, tant aux cours, palais, voire simples logis de noblesse et de bourgeoisie, luisantes,
nettes, éclatantes et mignonesques tant et plus que point comme, non tant seulement
des formes et façons, mais des peintures et histoires, bêtes, fruits, feuillages,
paysages, grotesques, arabesques, et autres fantaisies élaborées et portraitées en
icelles, dont se peut l'oeil réjouir infiniment, mieux que ne se peut-il dire et
prouver. Si que fut mon attention et étude, figée, voire échoué en cette part
superlative d'invention humaine, jusque en la marche ultime et frontière du menu
pays de mes esprits.
$Donc, sache que ne me fut nulle trêve ni repos, que n'eusse trouvé la méthode$
dont s'élabore ce très plus excellent art. A quoi me suis-je enlever le boire
et le manger à force pensées, et eut été en perte vaine, vu le secret où le tiennent
abscons, et le mussent ceux qui le pratiquent si le Dieu très haut et miséri-
1
*pièça: alors?

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2 PROLOGUE DU TRADUCTEUR. ---------------------------------------------------------------------------
cordieux ne m'eut conduit par la main, comme fait à un enfantelet monsieur son
maître d'école.
Donc, par grâce divine, appris-je qu'un monsieur Piccolpassi, Durantais, avait
doctement traité la matière, à seule fin de se lever de l'âme les pensées amoureuses
et morsures cupidonesques, avec un labeur continu, et qui toutefois fut utile et
gracieux aux pauvres humains, dont je le loue très fort. Après que j'eusse dévotement
remercié le benoît créateur et sauveur de cette sienne grâce et faveur spéciale,
fus-je incontinent en le duché d'Urbin, où me suis-je mis à traduire en français, les
trois livres du susdit sieur.
Ami lecteur, je te baille ce mien labeur, lequel en raison de ma chétiverie,
se peut que soit chétif et moindre; mais je considère que fait un chacun ce que
peut, encore n'est-il tant menu travail ou effort, qui ne traîne après soi un fétu,
comme se voient aux champs les fourmis. Si que ces petites bestioles vont portant pénible-
ment les menus brins que trouvent, et finalement en bâtissent leur maison. Si ai-je
fait pour ma part, si fasse un chacun, et ainsi ne demeure nul en inutile oisi-
veté, qui est chose trop plus abominable aux hommes comme à Dieu, lequel te sauve,
pour après te couronner en Paradis
J'ai dit.

Maître CLAUDIUS, Parisien, 1560.


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P R O L O G U E  A U X  L E C T E U R S
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Puisque me suis-je mis à manifester tous les secrets de l'art du potier, déjà n'aurait
failli là dessus que ne se fut trouvé, qui d'une plus belle voyance et plus mieux trié
langage, eut fait ce que présentement fais-je, si le mal-vouloir d'iceux à qui furent
en mains, n'eut empêché le dessein d'autrui, cause qu'aucune fois a manqué l'art
de sa perfection.
Donc puisque ai-je fait le tout sans moult belles paroles, seulement avec
l'intégrité du vrai, ne me demeure autre affaire que me défendre des morsures continues
des détracteurs; lesquels en prime part, diront que cet art ne se regarde pas à moi,
pour n'en être pas l'inventeur, et encore avoir chétive pratique; moult diront que
devrais-je viser à choses plus utiles; d'autres me tiendront pour outrecuidant présomptueux,
disant qu'est mal publier ce que déjà puis tant d'années est demeuré celé et secret.
Ne faudrait qui me blâment du langage, d'autres de l'écriture et du dessin. A quoi,
si fussent-ils présents, répondrais-je: à ceux qui disent que ce n'est de mon invention,
que disent vrai, vu que le premier inventeur en fut Chorebus, Athénien, duquel n'est que
peu, a écrit aucunes particularités, M. Vanuccio Beringuccio, noble Siennois, en sa
pyrotechnie. Si iceux me trouvent un auteur, qui fasse secret du susdit art, j'excepte
certaines petites recettes que tiennent aucuns qui en secret les manigancent; dans lesquelles
sont, qui jusque en leur dernier terme de vie, les cèlent aux propres fils et connaissant soi
trépasser, entre autres ressources que laissent après eux, appelant leur plus aîné et avisé
fils, lui publient leur secret; et si iceux me trouvent ce dit art avoir été baillé par autrui, je
me rends vaincu. De ceux qui disent que ne se regarde pas à moi, ne l'ayant point longuement
pratiqué, l'oeuvre même me défendra, parce que, ayant failli en aucune partie, elle
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4 PROLOGUE AU LECTEURS. ---------------------------------------------------------------------------
montrera que disent vrai, n'ayant point failli, les fera connaître blasphémateurs et très
plus malins. A ceux qui disent que devrais-je viser à choses plus utiles, je réponds ainsi
que ne sais-je trouver rien de plus majeure utilité en ce monde, que faire la délectation
d'autrui. A ceux qui me tiennent pour suffisant de publier ce secret, je dis qu'est
mieux que maints sachent le bien, que si peu le tiennent abscons. Point ne s'avisent
iceux que ce faisant, parviendra l'art aux mains de tels, qui là, où pauvres maîtres vont
consumant le plomb et l'étain, considérant ce que font ces dits métaux bas et vils,
viendront à calciner l'or et l'argent, et où bien et souventes fois est allé entre personnes de
chétive considération, il ira parmi les cours, dans les hauts esprits et âmes spécula-
tives. A ceux qui me répréhendront du langage, dirai-je que j'ai parlé ma langue mater-
nelle durantaise, de la façon que veut la matière du susdit art. A qui me gouaillera de
l'écriture et du dessin, je dis qu'ai-je fait ce que je sais, et ne suis-je contraint à
rien plus. Qu'iceux conduisent le langage, l'écriture et le dessin, à plus haute perfection,
je leur en aurai obligation. Lors, adviendra à ma peine ce que je souhaite advenir à l'art
du potier, à savoir, que vu de maints et de beaucoup manié, se conduise en sa perfection.

Soyez en santé,

Dr CYPRIAN PICCOLPASSO.


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LES TROIS LIVRES
de
L'A R T  D U  P O T I E R
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LIVRE PREMIER
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L I V R E  P R E M I E R

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Les hommes de l'art du potier en la ville d'Urbin, emploient la terre qui se Urbin,ville en la marche
recueille en le lit du Métaure, et récoltent icelle mieux en été qu'en autre d'Ancône, très plus heureusement
temps, et tient ce, à la méthode de le faire. Quand tombent les pluies de possédée par
l'Appenin aux racines duquel naît le susdit fleuve, ses eaux se gonflent et se Guidubald II, duc d'Urbin
font troubles, et cheminant troubles ainsi par leur lit, laissent ces parties plus vraiment digne d'un plus
subtiles, qu'en coulant en aval, elles roulent à l'une et l'autre berge. grand Etat.
Ces parties croissent en dessus de un pied ou deux par le sable du dit fleuve,
puis se recueillant par le lit susdit, s'en fait-t-on des monticules.
Maints sont qui les laissent sécher au soleil, et disent que se gouvernent
mieux en les élaborant. Autres disent que se purgent, parce que, ainsi posées Terriers, endroits creusés
en les terriers, ou ce qu'ils entendent, les réservoirs en lesquels elles gisent, il en le sol, de quatre à
convient les amollir à nouveau, et qu'ainsi les amollissant se font plus pures. cinq pieds profond, où se
L'une et l'autre méthode ai-je vu pratiquer sans y connaître la plus menue conservent les argiles.
dissemblance. Toutefois est-il recommandé de les recueillir nettes de racines,
herbes, feuilles d'arbres et d'aucuns cailloux dits Giarins. Avertissant que Giarins, aucunes pierres
pendant le trajet impétueux des eaux à la déclivité, font icelles se cogner les blanches.
unes à l'encontre des autres, maintes pierres parmi lesquelles s'en trouve
d'une sorte qui tient de la chaux, et qui mêlée avec la susdite terre, fait
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8 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
Castel durante, bâtie un moult grand dam. La même pratique est à Durante ma patrie, laquelle le
par Guillaume Durante, Métaure baigne en trois parts, comme se montrera en son portrait. Cela
doge de Chiereterre, gît en même se fait en la Romagne, comme se dirait à Faenza qui tient le premier
la marche d'Ancône. rang pour la poterie; à Forli, Ravenne, Rimini; et se fait la même chose
présentement à Bologne, et crois aussi à Modène, Ferrare, comme en autres
lieux de la Lombardie.
Venise travaille la terre de Ravenne, de Rimini et de Pesaro, comme étant la
meilleure. Le vrai est que souventes fois s'y emploie d'une sorte qui se tire à la
Bataille, lieu peu loin de Padoue; mais la meilleure pourtant que je connaisse
est celle de Pesaro, quand est récoltée nette.
Ont travaillé à Corfou un Jehan Tisée et Lusio frères, et les fils d'un Alexandre
Gatti, du pays de Durante, et pourtant que m'en ont dit, recueillaient iceux
la terre, sur une montagne qu'ils font nue et stérile, sans nulle sorte d'her-
bages ou d'arbres, récoltant la terre susdite au temps des pluies, comme avons
accoutumance, par le lit des fleuves.
Dans la marche à Ancône, la terre de cave se travaille en maint endroit, en
maint autre la terre fluviale. A Gènes, j'ai ouï dire que se travaille la terre de
cave; à Lyon, celle du Rhône; aux Flandres, celle de cave. J'entends à Anvers,
où porta cet art un certain Guido de Savino de ce pays-ci, et le maintiennent
aujourd'hui, ses fils. Donc, c'est à savoir, que là où sont les terres blanches,
ou qui contiennent de la glaise, en tous ces lieux dis-je, se trouve la terre à
faire les vases.
A Spello, quatre miles loin environ de Foligno en Ombrie, j'ai vu la terre
aller de cette façon suivante: On a fait creuser en terre, des fosses de cinq
pieds en tous côtés, et profondes de trois pieds, loin l'une de l'autre un pied
environ; en ce pied de terre solide, entre l'une et l'autre fosse, se pratique
un canal, pour que l'eau puisse descendre en les dites fosses. En telle sorte que
lorsqu'il pleut, icelles se séchant souvent, on retire de chacune plus de deux
charges de terre; et cela par toute l'Italie, ainsi qu'au dehors; j'entends en les
terrains qu'on nomme crayeux. Point ne trouve que Dioscorides en fasse
autrement mention, ni que particulièrement il la nomme, mais dit-il seulement
que les tourtières des fours longtemps brûlées, causent l'escarre des ulcères, et
crois-je que se peut faire qu'il a entendu cette susdite terre. Mais est grande
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LIVRE PREMIER. 9 ---------------------------------------------------------------------------

en Italie la différence entre la terre des tourtières et celle des vases, vu que l'une
est blanche et légère, l'autre rouge et pesante. Je ne crois pas qu'il raisonne Erétrie, en l'île de
autrement que de la terre d'Erétrie, de Samos, de Chio, de Cimollis, et de la Crête.
terre des fourneaux, ne spécifiant nullement la terre à faire des vases. Samos.
Suffit que là où sera de la terre lisse et blanche, et qui contienne de l'argile, Chio.
s'il n'y a des fleuves, faisant les susdites fosses, ou creusant en dessous, il y Cimollis, présentement
aura et se trouvera de la terre à faire des vases, ainsi que l'affirment les anciens l'Argentière, proche l'île
maîtres en ce très plus noble art. de Milo.

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MODE DE RECUEILLIR LA TERRE OU POINT N'EST DE FLEUVE,

DE LA BATTRE, -- DE LA TRIER ET LA PASSER,

QUI GENERALEMENT S'EMPLOIE (fig. 2.)

Aucuns ont l'accoutumance pour faire le blanc laiteux, de réduire la terre
quasiment en eau, et de la passer par certains draps grossiers et raz; aucuns Les cribles, en Italie
par certains cribles de cuir perforé, d'autres par de larges tamis, et cette matière sont de plusieurs formes;
passée, la serrent-ils en des vases cuits une fois, et asséchée en suffisance, la nous nous en servons de
travaillent-ils. longs pour vanner le grain;
La terre à faire les vases communs s'accommode d'une autre guise, car on en Romagne et en Lombardie,
l'étend sur une table grosse d'un demi-pied; étendue, on la bat avec un on s'en sert de ronds.
fer large quatre doigts, long quatre palmes approchant, pesant douze livres. Ceux qui s'emploient
Puis battue bien ainsi trois ou quatre fois, on la ramasse avec la main, pour la terre sont comme
comme sont accoutumées les femmes avec la pâte à faire le pain, la rendant ceux à cribler l'avoine des
nette de toute saleté. Lors que si, la sent-t-on bien lisse dans les mains, on en chevaux.
façonne, dis-je, des ballons, ou comme le veut le métier pour le mieux, une
seule masse, puis après on la travaille sur le tour, ou on l'étend en des moules
de plâtre, comme en raisonnerons. Pour la méthode de récolter la terre, sans
2
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10 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
plus l'expliquer autrement en paroles, nous en montrons le dessin, comme est
dit ci-dessous.

Tu creuseras à quatre pieds en file
Les fosses où tu récoltes l'argile,
Si que les eaux entrent en se troublant
Par les canaux sans entraves coulant.

Bien est-il d'avertir que l'endroit où se font ces dites fosses ait un peu
d'inclinaison; ainsi fait, quand elles ont séché, on retire la terre et l'emporte,
on la bat et la passe, comme convient le mieux à qui veut travailler.

Mais quand sera l'argile bien battue,
Si molle est plus que ne doit, qu'on la jette
Sur la muraille, ou terre sèche et nette.

Nos ouvriers ont coutume, quand ont battu la terre, si elle est par trop molle,
de l'étendre sur les murs de nos maisons, et une fois affermie, de l'accommoder.
Pour l'affermir, quand on la passe, on la met en certains vases comme ci-dessous
est dit.

A ton plancher tu pends crible ou tamis,
Sur quoi tes mains, en la jetant ont mis
L'argile, dont vont les parts plus subtiles
Emplir des pots rompus et pas utiles,
Où tu laisseras la terre sécher tant
Que le potier en soit très plus content.

C'est me semble tout ce que se peut dire sur la terre, se rappelant toutefois
que celle de cave, pour faire des travaux à l'urbinienne, doit être de couleur
Céleste, couleur du ciel blanche, mais, si fut-elle céleste, serait trop plus gentille, et point ne prendrait
le blanc d'étain. Vrai est-il qu'elle serait bonne si on voulait travailler à
la Castellane, avec de la terre de Vicence, puisqu'on y donne la terre dite à
cru. Voyez ici quelle différence entre la terre à fosse ou de cave, et la terre des
fleuves. Celle des fleuves, alors qu'est azurée est bonne, et vient tant plus légère,
plus dense et sans nulle rugosité.
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LIVRE PREMIER. 11 ---------------------------------------------------------------------------


MODE DE TRAVAILLER AU TOUR (Fig. 3.)

Tu fais un tour à la manière que tu vois ici représentée. Sur lui se font
tous les ouvrages de toutes sortes. Bordées, martelées, ovoïdes, carrées et entaillées,
pourvu que toutes les susdits ouvrages soient en le cercle parfait.
Dessus ne se peut faire ni plat triangulaire, ni oblong, parce que tout ce
qui manque à tourner en perfection, point ne se peut faire au tour.

Les ouvrages qui s'y font sont les suivants:
Ecuelles
Petites écuelles avec ou sans ourlet.
Bocaux
Feuillettes avec ou sans bouche.
Bassins
Bronzes doublés d'argent creusés.
Fioles à tenir huile, vin aigre et eau.
Urnes d'épiceries ou confiseries.
Vases à lait et à onguents.
Fiasques à vin, vin aigre et eau.
Tasses ou confituriers.
Ongresques dites à Venise Piadène.
Assiettes basses ou plats.
Plats avec fonds, avec ou sans pied.
Ronds avec ou sans fonds.
Salière à champignon.
Tasses ou gobelets.
Divers vases tirés de l'antique.
Vases à poire ou à pomme.
Vases de deux corps.
Vase à tour.
Tout ce qu'on fait avec la circonférence parfaite, se peut faire au tour;
autrement c'est un vain projet. Mais pour que soit bien compris mon langage,
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12 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
j'en veux poser ici trois ou quatre raisonnements, traitant brièvement comme
quoi se font les objets entiers ou morcelés.
Le présent que tu vois (fig. 4), aucuns le nomment vase à poire; et maint
est qui le fait tout d'une pièce, d'autres de deux, d'autres de trois. Point ne
parlai-je des anses ni du couvercle, parce que se font icelles choses à part;
à cause des premières, aucuns le nomment vase à deux anses; aucuns vase
Vase dorique. Dorique. En le faisant d'un seul morceau, hors les anses et le couvercle, tout
s'étire d'une seule balle de terre, et quand icelle est séchée à point, on tourne,
comme le dirons aux autres ouvrages. -- Le façonner en deux parts, est de
l'étirer en hauteur jusque à l'A. Là se laisse, et se fait le restant d'autre part.
Pour le façonner de trois morceaux, se forme tout le mitan B, depuis les deux
A supérieurs, jusque aux deux A inférieurs; et le pied comme le col, se façonnent
à part. Avertissant, que tournant icelles deux pièces, il convient laisser deux
prises ou deux creux, à cette fin de les rejoindre ensemble. En ce, maint est,
qui lors que le vase et frais, le colle en le tournant, avec de la barbotine ou
glaise, dont nous parlerons plus outre. Aucuns le cuisent ainsi en morceaux, les
ajustant ensemble avec la couverte à la dernière cuisson; à iceux façonnés
ainsi en trois morceaux, point ne s'y ajustent les anses, vu que ne tiendraient
en nulle façon.
Pareillement, ce vase que voyez ici (fig. 5), maint est qui le nomme
Bronzes antiques. bronze antique, autres le nomment bocal antique en raison de sa bouche à
Bocal antique à lèvres.
voir un vase de rond parfait, secondement d'y considérer une bouche pendante
en dehors, courbée moult loin du premier ordre. Là convient d'avertir, parce que
se façonne ronde, puis vivement on tranche une partie avec un fil de
cuivre, et ployant l'autre avec les mains, on la fait se porter en dehors,
ce qui fait que cette bouche est hors de la perfection du cercle. Beaucoup le
font de deux ou trois morceaux, mais le beau faire est d'une seule venue, hors
les anses qui s'attachent après que le vase est tourné, comme j'ai dit ailleurs.
J'entends que de toutes les anses, qui jamais se verront au monde à des vases de
terre, on puisse dire et soutenir librement, qu'elles furent attachées à cru;
car l'art ne comporte pas qu'on attache en finissant avec la couverte ou
toute autre couleur minérale, une partie qui point n'aurait de soutien, ou un
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LIVRE PREMIER. 13 ---------------------------------------------------------------------------

support tout alentours sur quoi elle retombe; mais à l'air, ne demeure ferme
nulle chose collée au feu avec de la couleur qui ait du fondant. Le collage
à la barbotine durera seul, et autre non. L'endroit où se fait l'entaille, est
cette demi-lune où passe la ligne AA; elle se fait de part en part, en avisant
de tenir avec la main, la bouche par où se verse l'eau. Point ne veux-je
nier que ces vases se fassent de deux parts à volonté, et se collent icelles au
dernier feu, pourvu que soient superposées, autrement point n'est-ce possible,
et le secret n'est pas encore dans l'art.
Le présent que voyez ici (fig. 6) se nomme fiole à sirops. Se fait icelui en Fiole à sirops.
plusieurs façons puisque en cette forme sont les flacons à enserrer l'huile
qu'employons pour l'usage de la maison. Vrai est-il de dire, que point ne s'y
fait de couvercle. D'autres le font avec la bouche large, mais je vous
baille toujours les plus excellents; d'autres avec la bouche à vis, semblable Vases à vis.
aux fiasques d'argent. Ce secret, point ne veux-je le passer ainsi légèrement,
parce que c'est chose trop plus belle, ingénieuse, et moult difficile. Donc
est à savoir, que ces vases auxquels vont les vis, se font sans col, comme serait
à dire le présent, s'il fut taillé à la corniche de la ligne A, veux-je dire qu'il
fut fait de là en bas, mais qui le voudrai faire en plus entier, pour qu'il fut
plus mieux mené droit, je le loue. Cela fait, et taillé en haut avec le fil,
façonnez à nouveau sur le tour une autre bouche grosse un bon doigt approchant,
forant cette terre jusque au fonds. Par après ayez votre estèque avec
trois ou quatre dents, et que soit icelle d'un bois moult dur et poli, puis l'ayant
posée dans la terre, tournant les dents vers soi, petit à petit jusque que ces
dents s'y impriment, faites aller toujours le tour légèrement. Mais me semble
de raisonner en l'air, si je ne vous montre l'estèque, parce que sans cela, c'est
grande chose que me comprendre, la voici (fig. 7). Tout cela fait, coupez cette
terre ainsi creusée sur le tour, et la fendez par le milieu (fig. 8); fait cela,
baissez le côté B, ou bien A, comme est plus aisé à celui qui travaille, et
baissez jusque le premier tour du relief qu'a fait l'estèque se joigne avec
le second, le second avec le tierce, le tierce au quart, jusque le quart
soit indépendant et ainsi le premier. Alors tu verras que là où étaient d'abord
quatre cercles parfaits, étant réunis ainsi par cet abaissement, se verra courir
un seul cordon à l'intérieur de cette concavité, et avoir icelui commencement
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14 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
et fin. Et parce que la partie qui baisse vient à avancer par en dessous, d'autant
comme celle qui reste, demeure au dessus, si que se peut voir (fig. 9), tranche
l'avance de la partie B, et rajoute le à la partie B supérieure, tu auras un cercle
parfait, qui se fixe sur ton vase avec de la barbotine; et tu laisseras sécher
ainsi un jour, puis lorsqu'est solide assez pour que s'y puisse imprimer son
empreinte de terre molle, qu'ont fait d'un bouchon large de demi-doigt, afin
qu'il emplisse bien la concavité, tu presses icelui promptement pour que le canal
du cordon qui reste en le col du vase y demeure estampé (fig. 10), puis tu pétris
cette avance, qui reste en dehors, en une seule masse, l'élargissant assez pour
en tirer après avec le fer, un macaron, comme mieux semble à celui
qui travaille. Cela fait ce que nous voyons pour l'ordinaire dans les buffets, aux
fiasques d'argent. Finalement, laisse ainsi jusque que la terre en séchant,
s'élargisse assez, pour que l'empreinte virée dans son sens, sorte sans se
gâter. Maints sont qui premièrement de l'imprimer, oignent d'huile la matrice,
ce qui est une méthode moult plus certaine. Ainsi se font les vis, dont point
plus ne veux-je parler autrement.
Reste à savoir que ce bec qui s'avance en dehors est fait sur le tour,
et ensuite s'attache au vase, comme se fait des anses. Autrement, ne vas pas
croire qu'il se tire du vase même, que ce serait trop grande bêtise, parce
que, où va un cercle, ne s'y peut transporter autre chose qu'un cercle; et
pour que soit mon langage bien compris, je suppose qu'avec le compas se
forme un cercle; si je veux en tirer une ligne droite en tournant le compas,
ce me semble impossible; bien se pourra former un plus grand ou plus petit
cercle, mais que d'iceux on tire une ligne qui se porte droite au dehors, ou sans
toute la perfection d'un cercle, c'est vainement qu'on y pense. Exemple (fig. 11):
Ores quel sera celui qui croira d'un cercle parfait, me tirer une ligne parfaite ou
penchée, avec le même instrument? Autant voudrait croire celui qui croirait
façonner les vases avec les anses et le bec, tout d'un même temps, que de
croire celui qui dirait pouvoir en tournant le compas, tracer une ligne droite.
Faut donc connaître que le vase étant fait au tour, on lui attache après ses
anses, comme sont les deux lignes A, avec son bec qui vient à être le pen-
dant B, si que se peut voir (fig. 12). Suffit cela pour toujours, quand s'agira
des anses, ou des choses transportées hors du cercle parfait.
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LIVRE PREMIER. 15 ---------------------------------------------------------------------------

Je pourrais raisonner de mainte autre espèce de vases, mais supposant
d'être compris en ces sortes les plus difficiles, point ne chercherai-je autrement
à m'allonger en paroles, parce que si commençais-je à m'étendre des
vases sans bouche, aux tasses à volonté qui sont choses sans règles, je m'allongerais
trop plus. J'en mettrai encore d'une sorte, et puis nous poserons fin quant
aux vases élevés.
Celui-ci (fig. 13), point ne se trouve qu'entre les maîtres italiens, il ait
autre nom que Albarelle, ni qu'il se nomme autrement dans les pharmacies.
Régulièrement se façonne d'une seule pièce et a ses grandeurs diverses, comme Albarelle, urne.
on dira en son lieu.
Je pense à vous montrer comme se font les vases sans bouche, qui s'emplissent Vase sans bouche.
par le cul. On formera sur le tour un vase de cette forme (fig. 14) sans pied; par
après, fait-on son pied séparé, avec un cornet qui arrive jusque au bord de
la ligne A; avertissant cependant, que point ne touche icelui à aucun côté, mais
que soit-il bien d'aplomb, mais, il vient à être le soutien de tout le vase, et
que le cornet soit effilé, creux d'outre en outre, comme voyez (fig. 15); et que
ce qui demeure dehors, s'écarte en forme de pied, laissant les raccords aux deux
jointures qui seront à la ligne A dans le cornet, et à la ligne B dans le vase, la
jointure avec le pied, comme tu vois (fig. 16). Rejoint que c'est
avec la barbotine, on attache le bec au trou de la ligne C, en face duquel
on attache l'anse. Ce vase est clos, et n'a point d'ouverture par le haut;
aussi pour l'emplir on plonge le vase dans l'eau par le pied. Mais pour mieux
montrer l'art de ce vase, on en feindra ci un de verre (fig. 17). Ainsi je
crois que m'avez compris, tant par la parole que par les dessins. C'est pourquoi,
touchant cela, n'en parlerai-je plus, puisqu'en avez vu tous les secrets
partie par partie.
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16 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------

MODE DE FAIRE LES TOURS (Fig. 18).

Tous les tours, en tous lieux que j'ai vus, sont d'une même sorte, et
j'entends ainsi d'iceux qui en ont vus plus que moi. Tous sont de bois.
Bien que plusieurs se font avec l'axe de fer, néanmoins est de bois tout le
demeurant; et j'entends que l'axe est encore meilleur de bois que non pas de
fer. Qu'il soit fait gros de quatre doigts en toutes faces. D'aucuns le font rond,
ce à quoi n'est point de règle et importe peu. La roue ensuite va de la même
grosseur, et où ne se trouve point de planche assez épaisse, si la fait-on de
planches plus minces, en les superposant en sens contraire. Et se fait tout cela
afin que soit la roue plus pesante, parce que, dans le travail, en va-t-elle
plus vite. Mais pour être mieux entendu, je veux recourir au dessin (fig. 19).
Voici deux roues superposées en sens contraire. Elles se fixent ensemble comme le
fond des tonnes, puis se superposent et se clouent; avertissant que soient icelles
bien planes l'une sur l'autre; c'est à savoir que le côté A s'ajuste bien au
côté B. Point ne suis-je assuré que m'avez compris. Je dis donc que se
font deux roues (fig. 20) adaptant soi parfaitement l'une à l'autre, faisant coïn-
cider le trou. Cela après se cloue, et veut être cette roue d'un des côtés à
l'autre, longue de quatre pieds, soit à dire du côté C au côté D, dont se prend
la moitié, et c'est cette longueur de deux pieds, avec quoi se formera le rond
parfait. Ainsi se font les roues, au mitan desquelles se pose l'axe, laissant sur
cette part qui avance et sert à tenir la roue loin du sol, un piédouche ou support.
Piédouche, menu châtelet, Maints sont qui le laissent du bois pareil à l'axe, d'autres le clouent sous
proprement un soutien. la roue, et cela pour qu'elle ne branle (fig. 21).
Donc, le support dont nous avons parlé est celui où passe la ligne A.
Cette pointe qui dessous se voit, est de dur acier, et se fiche sur une pierre à
fusil. J'en ai vus qui la fichent sur une plaque d'acier moult durement trempée,
avec au mitan une petite indication de trou où se pose la pointe. Cette
plaque se fait large de quatre doigts, et dans l'art se nomme le caillou.
Donc, sur le plan du support, on aplanit la roue de façon qu'elle ne
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LIVRE PREMIER. 17 ---------------------------------------------------------------------------

penche plus d'un côté que de l'autre; ceci fait on la fixe et la cloue sur son
support, le mieux possible, et là, qu'elle s'applique de manière qu'elle ne branle
ou remue nullement à l'axe. Cela suffit quant au tour, ou veux-je dire, à la roue
de volée. Il me reste à vous montrer la girelle, qui est une roue large un pied,
épaisse quatre doigts, et forée à une des surfaces jusque environ à sa moitié; et
que son pertuis soit carré, tel qu'est le fer qui se voit en haut de l'axe du tour.
Aucuns font le fer en croix, aucuns en serpe, d'autres en forme de deux croissants
comme se voit en ce dessin (fig. 22); et la même entaille se fait dans
la girelle en la partie de dessous, qu'il faut entailler tant que le carré ou la croix
pénètre en la tablette. Or que je vous ai parlé de sa forme et grandeur, c'est Les girelles sont diverses
juste que je vous la montre (fig. 23), et ici la voyant prendrez vous meilleure idée et de diverses grandeurs
de mon dire. La voilà donc de quatre façons, présentant le plan de dessous, suivant les ouvrages
et leurs fers réciproques vont chacun en son trou, à savoir: la roue A va qui s'y font. La moindre
au fer A, etc. qu'ai-je mesurée, si que la
Nous sommes accoutumés, pour que le fer se fige bien en sa cavité, d'y introduire plus grande, est de 2 onces
des bribes de lin trempées en du vin aigre, avec un peu de sel, à fin et 1/2 et entre justement
que le fer se rouille et vienne à se tenir plus roide, comme on voit. A présent, il 2 fois en la grande, dont la
me demeure à vous montrer le tour avec sa girelle surajoutée, là où elle hauteur va ainsi doublée,
tient à l'axe (fig. 24). Ainsi on entendra ce qu'est un tour et ce qu'est une girelle la petite mesurant une once.
quand on parlera d'iceux pour faire les vases. Je vous ai montré cette girelle à
l'envers, pour vous laisser voir l'encastrement du fer. En ce dessin-ci, je
vous montre comme elle se pose sur l'axe du tour, ainsi que le ferrement qui le
maintient. Encore est-il à savoir qu'autour du fer de la girelle, se roule un
morceau de cuir graissé, ou bien un chiffon, à cette fin que glissant entre le fer
qui tourne, et ce qui maintient l'axe, aille celui-là plus doucettement (fig. 25).
Cela parachevé, y joint-on les autres compléments, comme le banc pour s'asseoir,
la planche en face, le nettoie-mains, le marche-pied, qui sont choses sans
quoi rien ne se peut faire. Puis nous raisonnerons de la méthode pour façonner
les vases; nous verrons ce qu'est l'écuelle, et ce qu'est la girelle; car il en est
une autre sorte qui se superpose à celle-ci, comme on verra plus outre. Que la table E se fasse
Voilà que je vous ai posé le tour (fig. 26); le banc pour s'asseoir est où termine pour le moins large deux
la ligne H; la planche d'en face est où gît la lettre E; l'essuie-mains où fois comme le banc II, et
termine la lettre G; la perche où s'appuie le pied, est où termine la lettre M. Et de la même longueur.
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18 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
ores que moult bien entendez comme se font les tours, il me reste à vous mon-
trer l'écuelle et l'autre girelle avant que de parler du travail.
L'écuelle n'est pas moult différente de cette girelle, et est de la même grandeur,
si bien que plutôt qu'écuelle, je la nommerais volontiers girelle, vu qu'est
d'un relief quasiment égal, mais puisque la nomment ainsi ceux qui l'em-
ploient, je ne veux en corrompre le nom. Et pour vous montrer que je dis vrai,
voyez ici (fig. 27) quelle différence font aucuns, d'icelle désignée A que nomment
écuelle, et d'icelle désignée B que nomment girelle. C'est le tourneur qui les
La mesure de l'écuelle façonne, toutefois, l'écuelle est creuse en dessous, comme on voit, où se
C sera de 9 onces 1/2 à 7 1/2 termine la ligne C. C'est la différence qui gît entre l'écuelle et cette girelle:
et sa hauteur de 2 1/2. Voici la girelle plane, dont avons parlé, et qui se met après le fer, et ne se lève
point jamais.
Or, nous parlerons des ouvrages qui se font sur l'écuelle, sur la girelle et
sur la girelle plane:
Grandes tasses ou confituriers.
Coupes.
Ongresques ou piadènes.
Plats avec ou sans fonds.
Ronds.
Ecuelles
Petites écuelles fines.
Ecuelles
Tasses à empailler.
Menues tasses ou coquetiers.
Tous ces travaux se font sur l'écuelle, avec la balle, dont parlerons plus
outre. Mais en premier veux-je deviser de tous les autres ouvrages, leurs assi-
gnant leurs mesures, comme se verra. Hors celles-ci, en est de deux sortes qui
se font en deux parts, comme les écuelles à empailler auxquelles va un couvercle,
et de même les menues tasses, auxquelles va un manche. Maint est qui leur en
fait deux, mais point ce ne me plaît. Or je vous ai posé ici quatre sortes de
manches qui vont aux tasses (fig. 28). Point ne vous parlai-je des couvercles
à écuelles, parce que ils vont tous d'une façon, hors l'écuelle à cinq parties
de laquelle avant d'aller plus outre, j'entends raisonner.
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LIVRE PREMIER. 19 ---------------------------------------------------------------------------

Donc est à savoir que les cinq parties dont se compose l'écuelle des
femmes en couches, toutes cinq font leur besogne, et posées les cinq ensemble,
forment un seul et même vase. Mais pour mieux être compris nous verrons
le dessin (fig. 29). Ce sont les cinq parties de l'écuelle. Le plan où gît le numéro 2
va sur la concavité de l'écuelle numéro 1; le creux de l'ongresque est tourné
sur le pied du tailloir, la salière est ainsi posée debout sur le pied de l'ongresque,
et sur elle se met son couvercle comme on verra. Voici comme les
parties ajoutées font le seul vase présent (fig. 30); chose de non chétive invention.
Maints le font de neuf parties, et ce vase se nomme vase de cinq ou de
neuf morceaux.
Voici les mesures (fig. A 30) dont vous ai-je parlé ci-dessus. Desquelles pour
plus claire intelligence, ai-je tracé la moitié de la circonférence; avertissant
que souventes fois, sur une même mesure, se font trois ou quatre sortes d'ouvrages;
comme on voit ici, séparées par leurs lignes en propre. Voici les ouvrages
qui se font sur l'écuelle avec la balle:
Vases à poire.
Vases d'un corps et demi.
Bocaux.
Feuillettes.
Bronzes antiques.
Albarelles.
Fioles.
Fiasques.
En voici les mesures (fig. 30 B), à savoir de la hauteur et du corps, avertissant
toutefois, que n'étant icelles pas toutes de cette grandeur, on a mis
celles-ci pour exemple. Ce qui reste de terre hors de la circonférence, s'emploie pour
la bouche. Je ne parle pas du pied, parce qu'il s'indique avec les doigts,
point trop en dehors, suivant l'ouvrage; celles-ci se font toutes sur la girelle,
et leurs grandeurs sont posées sur la mesure des ouvrages subtils, ainsi
qu'on verra de l'A jusqu'au D:
A grands plats tournés.
B menus plats tournés.
A menus plats à la douzaine (grands).
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20 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
BC menus plats à la douzaine (petits).
AD calottes.
Encore ai-je à vous montrer ces deux sortes d'ouvrages qui s'étirent de la
masse, et sont celles-ci:
Ecuelles à la mode.
Menues écuelles.
Les écuelles rondes à la douzaine, se font avec la balle sur l'écuelle. Or
me reste à vous exposer les casettes qui vont toutes un doigt plus grandes que les
ouvrages dont icelles prennent le nom, et qui se façonnent toutes sur la girelle
plane. -- Les voici:
Casettes à tasses.
Casettes de coupelles.
Casettes de plats.
Casettes à écuelles.
Casettes à salières, tassettes et écuelles à la vénitienne.
Casettes à bronzes.
Casettes à bassins.
Casettes à menues écuelles.
Toutes se font de colombins, comme le dirons. Il est à savoir que sur la gi-
relle plane, se font tous les travaux creux, et sur l'écuelle, tous les travaux
subtils. Tous s'étirent de la balle dont se font les écuelles à la mode, et les
écuellettes qui sont de deux sortes, se forment également d'une masse de cette
façon: Faites une grande masse de terre, comme serait à dire de 30 ou
40 livres, selon qu'il convient le mieux à l'ouvrier, et qu'icelle se pose sur
la girelle plane, comme se voit ici. On en tire les susdits ouvrages. C'est
vrai à dire que s'en pourrait tirer d'autres diverses, mais point n'est-ce l'usage.
Or voici la masse sur la girelle, et la balle sur l'écuelle (fig. 31). Il se pourrait
qu'aucun voyant ces balles ci-dessus, se prit à croire que fussent d'artillerie,
mais à cette fin de lui lever ce doute, lui fait-t-on savoir qu'elles sont de
terre, faites pour notre usage. Toutefois, celui qui veut travailler, si tôt
qu'il a pétri la terre, et fait d'icelle un long pâté, qu'il entaille des mor-
ceaux de la grandeur d'un bon pain de buffet, qu'il en prenne deux ou trois,
et qu'il taille iceux avec la paume de la main, comme taillent le pain nos
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LIVRE PREMIER. 21 ---------------------------------------------------------------------------

bouviers, maintes fois les battant et repoussant ensemble, nettoyant si aucune saleté
s'y trouve, ce qui étant fait ainsi, il les range là où il veut travailler. Encore
faut-il savoir qu'on ne travaille point sans estèques, lesquelles se font de
bois moult dur et moult lisse, gros comme un peigne pour la tête.
D'icelles se font quatre sortes, desquelles une s'emploie à faire écuelles à
empailler, bassins de barbiers et plats à la douzaine. On la verra désignée à la
lettre A (fig. 32). L'autre s'emploie à faire les tasses à empailler, grands plats
à viandaige*, et salières à champignon, et sera marquée B. L'autre après s'emploie
à tous travaux subtils et sera marquée C. La quarte et ultime sert à faire
les travaux creux, et sera désignée D. Faut qu'on sache que là, où se voient
ces trous, on y met le doigt médium, comme on voit dans la mi-estèque ci-près.
Lors, que s'opère comme dirons.
Or qu'avons devisé des estèques, convient-il de parler des fers ou tournassins.
Et véritablement, faut-il les montrer, et enseigner comme on les pratique, et
quelles sont les ouvrages qui se tournassent. Il est donc à connaître que sont
huit espèces d'ouvrages qui point ne se tournassent comme à dire:
Plats à la douzaine.
Ecuelles à la mode.
Ecuellettes.
Ecuelles rondes.
Bocaux.
Feuillettes.
Fioles.
Fiasques.
Tous les autres ouvrages qui se font sur le tour, se doivent tournasser.
Or voici les tournassins (fig. 33).
Présentement que vous ai-je montré cinq sortes de tournassins, vous veux-je
enseigner à quoi servent; parce que, si vous laissais-je ainsi en l'air, vous
pourriez vous en servir mal; mais pour que en cette oeuvre mienne, il ne
demeure chose obscure, il faut savoir que le premier fer, marqué A, sert à
faire les corniches qui se voient aux revers des bassins à laver les mains, plus,
certaines corniches aux pieds des bronzes; avec le second B, on les parachève;
avec le tierce C, se dégrossissent tous les ouvrages; avec le quart D,
*viandaiges: vendanges?

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22 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
se font les pieds des compotiers, ou voulons-nous dire, des grandes tasses.
Avec le quint E, se finissent les choses plus délicates. Voilà l'usage des
fers à tournasser.
Maintenant me reste à discourir un petit sur les casettes où s'enfournent les
ouvrages, sur les pernettes, les pointes ou pillets, et sur les colifichets ou
leviers, tout le plus brièvement.
Il est à savoir que les casettes sont faites de deux sortes de terre, la terre
à cruches, et la terre à faire les vases. Se peut qu'aucun entendit mal la
différence entre ces deux terres, qui est grande, vu que l'une est rouge et l'autre
blanche; l'une tient du minéral et l'autre point. Dans la rouge, dont se font
les cruches, voit-on certaines écailles comme d'or. L'autre tient de la glaise,
et plus est azurée, tant mieux vaut-elle. Se prend donc autant de l'une
comme l'autre, se mélangent moult bien, et ce fait-on avec des colombins,
comme voyez ici (fig. 34). Iceux s'élargissent après sur la girelle, et s'élevant
en suffisance, en fait-t-on les casettes que pouvez voir (fig. 35). Icelles se font
grandes ou menues, suivant que le veut l'ouvrage; et qu'on sache que tous
les objets subtils s'enfournent en les casettes, hors les objets à la douzaine. Faut
savoir aussi que toutes les casettes sont forées en dessous, hormis celles des
blancs, vu que les objets s'y enfournent debout; et à la fin que je sois mieux
compris, vous veux-je en tourner une à l'envers, que vous voyiez bien comme
sont forées. D'icelles ai-je fait deux sortes, ou plutôt trois, parce que en
icelles ne gît autre différence que dans les faire grandes ou menues, hautes
ou basses. Voici la pernette A, le pillet B, et le colifichet C (fig. 36). Il me reste
à vous montrer les estèques que voici (fig. 37). Se pourrait qu'icelles fussent
encore façonnées droites, mais je me suis proposé de vous montrer l'art en
sa prime excellence.
Sache que toutes les casettes se font sur la girelle plane, sur quoi se taillent
icelles avec un fil de cuivre, puis se haussent les côtés, puis se met dessus
l'un et l'autre, l'une et l'autre estèque. Fait ceci, on fourre ces deux avances
de bois sous les bras à la jointure de la main, posant le gros doigt sur le dos de
l'estèque, et les autres sur le champs de dessous, et ainsi les haussant éga-
lement l'une et l'autre, fait-on s'élever la casette au dessus du tour. Ces dites
estèques ne sont point pour d'autres usages, et moult grande est la différence
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LIVRE PREMIER. 23 ---------------------------------------------------------------------------

d'icelles aux autres que je vous ai montrées en premier; mais avec celles-ci,
se façonnent tous les ouvrages, et nulle ouvrage, de nulle façon, ne se
parfait, sans que s'y emploie l'estèque.
Or que je suis à ce discours, je me réjouis de dire comme, et en quelle main
on les emploie. Donc est à savoir, que pour faire les ouvrages subtils,
l'estèque s'emploie de la main gauche tenant le travail entre la main droite et
l'estèque, c'est à dire l'ourlet du travail de terre; et ainsi toujours également.
La même méthode est à tenir pour faire les ouvrages creux, mais s'emploie
l'estèque pour lors, de la main droite, tenant la gauche dans le vase, opposant
toujours le doigt à l'estèque, et menant l'ouvrage le plus poliment que faire
se peut, ce en quoi gît le beau travail.

Hors et dedans, que le diligent maître,
Egalement fasse l'oeuvre paraître,
Les menus tas de terre aplanissant
Qu'à l'ordinaire a le vase en haussant.

Maintenant est à savoir, que cet engin nommé tour, se meut avec le
pied, et ainsi se fait-il tourner vivement. Tournant le tour, tourne aussi la terre
gisant sur la girolle ou l'écuelle, laquelle terre pressée entre les mains, façonne
toutes sortes d'ouvrages (fig. 38).
Puisque j'ai traité ainsi du travail au tour, j'ai résolu de discourir aussi sur
les formes de plâtre, et comme dans l'art, on moule avec la terre. Là faut-il
savoir, que le plâtre veut être frais et non trop cuit, moult bien pillé, bien
tamisé; ensuite on le détrempe en l'eau tiédie, bien remué avec la main,
et rompu de ce premier saisissement qu'il tient en allant dans l'eau. Ainsi dissout,
on le met sur n'importe quel relief, pourvu que soit-il de terre fraîche;
après que le plâtre aura pris, on lève diligemment la terre, et se trouvera
la forme nette et polie en laquelle se pourra mouler comme nous dirons. Point
ne m'étendrai-je en cela, vu qu'en la pyrotechnie du Seigneur Vanuccio Beringuccio,
noble Siennois, gît tout ce qui se peut dire sur la formation des
moulages des divers reliefs, qu'il traite au livre VIIIe. Donc, qui en veut
plus savoir, qu'il aille aux travaux de ce dit Seigneur, où en aura tant que
souhaiter en peut.
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24 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
Il a aussi traité point ne sais-je où, de l'art des figulines, lequel point ne
me déplaît véritablement. Mais ici, bien dirai-je, qu'en l'accord des couleurs,
a bien failli sa Seigneurie. En tout le restant, a parlé si diligemment, que
devrait sa pratique être l'étude de tous les gens de l'art. Pour ce pas-
serai-je brièvement sur la formation des moules, puisque m'en a évité la fatigue,
un tel Seigneur, en l'oeuvre duquel se voit à travailler avec ou sans plâtre,
ce qui se doit faire où n'est pas de plâtre, comme se moulent les reliefs et les
creux, comme se façonnent les formes des morceaux, et bref, tout ce que dire
se peut.
Or à moi suffit vous montrer la méthode du moulage en terre. Moult
m'allongerais-je, si je voulais discourir sur tous les ouvrages qui se peuvent
mouler. Mais pour faire bref, je vous en montrerai une partie, comme des vases
à bords renversés, à forme de corbeilles, et des bronzes. Etant donc faites
les formes de tous ces morceaux, on moule en terre de cette guise. Tu prends le
ballon de terre, moult bien pétri et bien net, de la grandeur que veut le vase
qui mouler se doit. Que soit la terre bien molle, si que pour aller au tour, et
bien pétrie toute ensemble; tu la poses sur une table bien plane. Ensuite,
tu as deux règles également épaisses comme est montré en A (fig. 39),
et larges comme est fait en B (fig. 40). Celles-ci se mettent à plat sur la
Ballon, c'est à savoir dite table, au côté du ballon de terre, à savoir, dans un même sens. Tu
masse, monceau. as un fil d'archet ou de cuivre, et que soit icelui long assez, qu'il dépasse
quatre doigts en chaque côté du ballon. Après quoi, tu prends ces avances
en chaque main, posant le gros doigt sur le fil, et traînant sur les règles, tu
le tires à toi de façon qu'il taille le ballon en travers; lequel levé de sa place,
il demeure sur la table une dalle de terre aussi épaisse comme les deux règles.
Cette dalle s'introduit en les formes, soit entière, soit en morceaux, pressant
bien de la main, à la fin que, si dans les formes étaient des masques ou autres
reliefs, s'en prenne bien l'empreinte. Puis tu rejoints les formes ensemble,
coupant préalablement avec l'archet, la terre qui avance outre, et poussant
toujours de la glaise sur l'entaille qui doit rejoindre l'autre entaille. Le tout
rejoint, si on n'y peut mettre la main, on le polit avec le bois. Mais pour
vous montrer pleinement le tout, et que l'entendiez bien, je vous pose ci-dessous
le dessin de toute chose (fig. 41). Vous voyez ici le ballon, que j'ai dit, dans
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LIVRE PREMIER. 25 ---------------------------------------------------------------------------

ses deux règles, avec son fil derrière, lequel tiré par ici tout d'un trait, et
raidi par les gros doigts, comme j'ai montré, vient à tailler une dalle en
terre, à la façon que voyez sur la table en B. Ce qui est à point l'entaille
signée au ballon sous la lettre A.
Suffit pour tailler la terre à mouler. Me reste à vous montrer les formes, Moules de corbeille et
le bois à polir les concavités et l'archet (fig. 42). Voici premièrement le moule bronze.
de la corbeille à la lettre A, comme la forme de son pied à la lettre B. Ensuite
ci-dessous, j'ai mis la forme du bronze, c'est à dire les deux morceaux qui
lutés ensemble avec de la glaise, se rappliquent sur l'entaille qu'on fait
avec l'archet en levant ce qui avance hors de la forme.
Sachez que toutes les formes de la corbeille vont en concave, et se moulent
sur le mâle, comme voyez ici; puis on tourne dedans un morceau de bois de
la même grandeur, et on taille tous ces menus carrés marqués C. La
même chose se fait du pied, et se rajuste le tout ensemble. Maints le
repoussent avec de la barbotine à cru, et maints font ce finalement
avec le blanc ou la couverte, laquelle, qui ne veut l'avoir simple, la
touche avec le blanc, ou mêlée de blanc à égales parts, qui est chose La partie marquée
excellente. Ajustées que sont les deux parties du moule du bronze, on les d'un * est icelle qu'on enlève
polit à l'intérieur; mais puisque sa bouche n'est large en suffisance à y pour y pouvoir mettre la
mettre la main, il est bon de faire un bâton de cette façon (fig. 43*); et de main. Les plus avisés la
cette boule qui est au côté tordu, on va polissant les creux. Voilà donc lèvent par derrière comme
le bâton où se termine la ligne A, avec lui se polit où ne peut à la ligne marquée C,
aller la main. Ce qui lui est joint est l'archet qui sert à tailler la terre avertissant que bien que
avançant au delà des formes. marquée en deux parts, se
Or me reste à vous montrer les pièces rebordées, et le ferons nous brièvement, doit entendre d'un seul
mais est la chose de grande simplicité, comme voir se peut (fig. 44). morceau. A ces vases on
Les pièces dites à rebords, sont celles à savoir qui ont aucuns reliefs en fait les anses en des moules
dehors, comme moult est d'usage présentement en les pièces d'orfèvrerie de deux morceaux, comme
dans les palais. Celle où se termine la ligne A, est une salière dont va la se voit en la partie marquée
forme en deux morceaux, lesquels s'ajustent jusque où se termine la ligne B. D, lesquelles emplis
La terre étant donc mise en les formes, on rejoint icelles comme a été se réunissent comme on
dit pour les bronzes antiques, levant les parties qui débordent avec fait des bronzes, les collant
l'archet. Puis on laisse ainsi jusque que commence à saillir là où est ouverte avec la barbotine.
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26 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
la forme. Lors, délicatement on l'enlève d'un côté, puis de l'autre, et ainsi
avez en les mains une salière que faut polir aux jointures, et où besoin est,
accommoder. De cette façon, faut-il traiter tous les autres travaux, avec
lesquels se tiendra la même marche. Je me suis encore résolu à vous mon-
trer les martelés ou piquetés, à seule fin que je ne passe rien, et que l'art
soit complet. C'est ceux-ci que j'entends par martelés (fig. 45). D'eux ai-je
vu aux miens, maint d'or et maint d'argent; à iceux et aux compotiers,
se mettent les pieds à la fin; et telles sont les ouvrages qui ne se peuvent
pas faire sur le tour.
Plâtre, décrit par C'est tout ce que j'ai à vous dire sur les moules de plâtre. Le plâtre est
Dioscoride. semblablement chose très connue en toute l'Italie. De lui a écrit Dios-
corides au Ve livre, disant ainsi: Le plâtre a vertu pour enlever et arrêter
la sueur. Il en est aucuns qui le nomment autrement que plâtre. Il s'en
fait en moult grande abondance dans l'état du très illustre et très excellent
Guibald II duc d'Urbin, mon Seigneur. Or ici me tairai-je sur le moulage
et le plâtre (fig. 46).
Encore que j'en aie dit au discours sur les tournassins, me semble bon
d'en toucher à nouveau quelque peu en cet endroit, à la fin qu'on sache
appertement* quels sont les objets tournassés. Tous les ouvrages subtils
se doivent tournasser, et pour ce, fait-on un mandrin de terre un petit
plus menu que les ouvrages. Et se fait icelui sur la girelle plane, sur
quoi on met des bandes de papier. Puis dessus pose-t-on les ouvrages la
tête en bas, les dressant droits, et avec le fer à tournasser, on enlève
quantité de terre, jusque les côtés du dehors, s'accordent avec iceux
du dedans, mais que demeure l'ouvrage épais en suffisance, comme le
connaît le bon ouvrier. Après se joignent les pieds et les anses, selon
que le veut le travail, et ce, avec la barbotine qui se fait de la façon
suivante: Prends de la terre moult bien séchée, avec icelle très molle,
qui est de trop quand on travaille au tour et avance sur l'estèque G et
semble de l'onguent; avec celle-ci se mêle de la bourre de drap, puis
se pétrit bien ensemble, et se rend si tant molle qu'elle attache gaillarde-
ment, pourvu que les deux objets que tu colles soient également secs,
ou également frais, qu'autrement ne se ferait rien.
*appertement: clairement.

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LIVRE PREMIER. 27 ---------------------------------------------------------------------------

Or voici le mandrin avec quoi j'entends mettre fin à mon premier
livre (fig. 47).
Puisque, avec l'aide du très Haut, suis-je parvenu à la fin du premier
livre de l'Art du Potier, avec toute brièveté que faire s'est pu, point
ne me tiendrai-je là, que je n'y ajoute le second et le tierce et dernier
livre. Pour tant qu'aucuns liront celui mien premier livre, que n'admirent
ni ne dédaignent cette particulière narration faite touchant les choses
de terre. Car je suppose que toujours auront-ils à se tenir sous des maîtres
habiles, si que l'art en sortant hors d'ici, voire même de l'Italie, et
se faisant connaître à ceux qui le voudront éprouver, ne se montre non
moins beau, ni de moindre prix, si dis-je, iceux y portent les soins et la
diligence que sont accoutumés d'avoir en ce pays. Puis cela renouvelle
en la mémoire d'autrui, le très heureux état du très illustre et très excellent
Guibald II duc d'Urbin. Très heureux, dis-je, par dessus tous états, pour Guidubald II. Duc d'Urbin.
le gouvernement d'un si excellent Prince. Je ne pourrais comme c'est,
dire combien sont saintes les admirables constitutions et divines lois de ce
Duc, parce que par elles mêmes sont si tellement claires, que plutôt
les ombrerais-je, que je n'en montrerais la pureté, l'éclat de leur clarté,
avec mon vulgaire langage. Point ne savez-vous que l'Etat de ce
Duc, est l'apogée et refuge de tous virtuoses? A quoi se connaîtra que
possède icelui, légitimement sa monarchie, si ce n'est que ses peuples vivent
les plus quiets de l'Italie, si ce n'est qu'ils sont iceux auxquels ne pèse
nullement la guerre présente? Qui ne craint les autres princes, et qui est-
ce qui craint celui-ci? Ceux qui sont assurés sous l'ombrage d'un si
habile maître, dorment les nuits contents en leurs lits, et le jour se livrent
à leurs travaux. O prince juste et saint! O sommaire prudence!
O bonté inouïe! Laquelle pour faire exemple d'elle-même, donne plus qu'elle
ne prend, pardonne plus qu'elle ne châtie, rappelle plus qu'elle n'exile.
Ensemble viennent avec moi tous ses peuples et toute la chrétienne communion,
prier que le sauve très longuement le très Haut.

FIN DU PREMIER LIVRE.
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LES TROIS LIVRES

de

L'A R T  D U  P O T I E R.

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LIVRE SECOND
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L I V R E  S E C O N D.

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Il est à savoir que chez nous la lie du vin se recueille plus en les
mois de novembre et décembre, que non pas en autre temps, vu que pour
lors les vins se transmuent. En tous temps se peut recueillir le tartre, pourvu
que soient les tonnes bien sèches, j'entends celles où sont longtemps déjà
demeurés les vins. Celles-ci raclées en dedans avec un fer, il s'en
lèvera une croûte épaisse d'un ou deux doigts, c'est là le tartre. Ceux
qui font les vases à la Castellane, l'emploient au lieu de la lie, en en
mettant moins qu'icelle en l'accord, mais est-il moult plus gaillard. La lie
se récolte quand se transvident les vins, ainsi qu'a été dit. Sitôt qu'est le
vin levé de la tonne, tu mets cette mère, comme aucuns la nomment, en
certains chapeaux de toile grosse et claire, lesquels étant emplis, commencent
à suinter, et du vin qui découle, se fait-on du très parfait vinaigre.
Ainsi écoulée, la lie se jette sur le plancher, ou mieux sur des planches
qui soient bien nettes, et tu la laisses se saisir jusque que se puisse avec
la main en façonner des pains. Fait qu'est-ce, tu les laisses sécher moult
bien, et lors que sont moult secs, tu les portes à brûler au loin du logis,
à cause de la puanteur, laquelle disent aucuns est apte à faire avorter les
femmes grosses. Donc, dans une aire, ou en un lieu bien balayé, ayant
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32 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
posé six cents ou mille livres de ces dits pains moult bien séchés, qu'on
fasse à l'entour un petit mur en pierres, puis ramenant cette susdite lie
au milieu, qu'on y mette le feu en trois ou quatre côtés à la fois, avec
du bois bien sec, soulevant les pains tant, que le feu mieux y pénètre, en
peu de temps verra-t-on brûler tout le monceau.
Nous avons accoutumance de faire cela sur la fin du jour, vu que le feu
y étant mis, nous rentrons en nos maisons. Retournant le matin, nous
levons toute la partie que trouvons brûlée, s'entend que la partie brûlée est
celle-là qui est blanche. La noire, l'amoncelons nous ensemble et brûlons à
nouveau. Ensuite nous recevons le tout en ces vases de bois où viennent
communément les salaisons, telles que Thons, Sardines et consorts. Maints
le conservent en ceux-ci grands vases dits à victuailles, ce qui peu importe,
pourvu que soit bien enserré. Je vous avertis qu'en le mettant en ces
conserves, bon est-il de l'asperger d'eau, vu que se solidifiant en une masse,
il devient meilleur. Ce me semble quant à la lie, être tout ce qui s'en peut
dire, et tout ce que s'en peut montrer (fig. 48).
Se peut que maint me blâme, disant qu'en premier devrais-je rai-
sonner du four et de la méthode de cuire en biscuit, pour après venir à
l'accord des couleurs; à iceux je réponds ainsi, et je dis que me convient
encore faire le fondant-marzacot, le blanc à rehauts, le jaune, le jaune
clair, le vert accordé, et mille autres recettes, pour ne point demeurer
ainsi les mains en la ceinture, après que auras cuit en biscuit. Donc,
contentez-vous qu'en celui mien second livre, je montre à autrui la mé-
thode des couleurs, la façon des fourneaux, les calcinations des étains, et le
mode de divers moulins; qu'en le tierce livre après, avec l'aide de
Dieu, je montre tout le complément de l'art. Mais, puisque avons dit
comme se brûle la lie, disons l'épreuve pour connaître quand est brûlée
en perfection: C'est lors que se voit toute blanche, ou de couleur semblable
à l'air, et que la touchant avec la langue parait qu'elle brûle. Elle
a moult grande vertu. Le tartre, aussi bien le dit Grépola, a en soi vertu
dissolutive; laissant de côté le moyen de brûler la lie, aucuns sont qui l'em-
ploient crue, bien pilée, le mangeant en la soupe, en guise d'herbes pota-
gères. Celle-ci se brûle en certains grands plats cuits une fois, posés
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LIVRE SECOND. 33
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aux petites bouches du fourneau, et cuit est-il quand se voit tout blanc.
Les femmes l'emploient pour en faire la lessive, mais avec s'enlèvent
aux draps les taches d'huile. Or qu'avons assez parlé de l'une comme
de l'autre chose, il convient pour venir au fondant-marzacot (1) de parler Marzacot, proprement
du sable, lequel ensuite accorderons-nous avec la lie. Le sable meilleur fondant, ou mieux frite,
qui se trouve en toute l'Italie, est celui de Saint-Jehan, lieu de qui mêlée avec l'étain,
Toscane. Je ne sais si est celui dit pour le monastère de la Valombreuse, donne le blanc sur quoi
par frère Albert en son Italie. J'entends bien que c'est dans les sables qui peinture-t-on.
vont en deçà de l'Arno, proche de la Terina. Il suffit que ce sable se tient
pour le meilleur, vu qu'est blanc, éclatant comme argent, pesant, clair
et net. Il est une autre sorte qui vient du lac de Pérouse, mais n'est ni
si blanc, ni si brillant, et en conséquence, point ne mène les couleurs
si tant blanches comme l'autre. En maint endroit ne s'emploient ni l'un
ni l'autre. Venise le fait aucunes fois, mais le plus souvent se sert
d'une sorte qui vient d'Udine, et est de couleur rouge; ainsi font-ils à
Padoue. A Vérone, ils se servent de certaines pierres rondes, lesquelles Cette pierre est de la
rompues, se voit l'intérieur comme d'argent; et disent aucuns que c'est pierre à fusils, qu'aucuns
du marbre, ce qui m'est fait vraisemblable, mais se voit scintiller là nomment marbre: toutes
dedans certains éclats, comme fait le marbre, et de maint ai-je ouï que pierres à fusils servent pour
le marbre sert en cet art, en guise de sable. A Corfou, pour autant sables, si que là où ne gît
que disent ceux-là qui ont travaillé, on se sert de certaines pierres rousses, du sable, servez-vous de
lucides et pesantes, et se tirent aux pieds d'une montagne proche la mer. pierre à fusils.
C'est assez.
Venons à l'accord pour faire le fondant-marzacot; mais avant que ce

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1. Nous avons conservé le mot de marzacot, auquel le traducteur de cet ouvrage a joint celui de fondant pour spécifier le rôle que joue ce produit dans la fabrication des poteries émaillées.
Mais le mot de fondant a pris dans l'industrie moderne une acception tellement déterminée, qu'il
ne rend qu'imparfaitement le sens du mot marzacotto. En effet, ce dernier n'indique souvent
qu'une frite. -- Les étymologistes ne sont pas d'accord sur l'origine de ce terme. Les uns le
font venir, par corruption, de mezzo-cotto, à demi cuit, comme semble l'indiquer son état de frite;
d'autres de marezzo, marbrure, poli; marezzocotto signifierait donc poli provenant de la cuisson.
Quelques personnes pensent que ce mot tire son origine de quelque nom de localité. C'est ainsi
qu'à Marzac, en Auvergne, on trouve un sable excellent pour la fabrication des couvertes
vitrifiées. Quoi qu'il en soit, il désigne une frite quand il est employé comme engobe, et un
fondant quand il sert à être amalgamé aux différentes couleurs. (Note de l'éditeur.)
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34 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
faire, je vous veux avertir que de toutes couleurs, vous en poserai-je
deux ensemble, et tantôt trois, suivant les usages, et pour que m'en-
tendiez à toujours, je vous en baille exemple. S'entend que la lie soit
brûlée, ferons ainsi et dirons: pour le fondant-marzacot, se prend 30 li-
vres de sable et 12 de lie, maint fait autrement, qui prend 30 livres
de sable et 10 de lie. Donc, toutes et chaque fois que se trouvent
deux nombres ou trois, l'un après l'autre, est entendu qu'icelui venant
le premier, accompagne avec son numéro de dessous en une ligne qui
court perpendiculairement; et à fin que m'entendiez bien, le premier accord
sera sous la lettre A, le second sous la lettre B, le tierce sous la lettre C,
comme ici:
A B C
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 30 30 30
Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 10 11
Voilà donc le mode et ordre que tiendrons en parlant des couleurs;
se rappelant brièvement que pour la ligne du sable, la variation du poids
est ce numéro en face, mêmement pour la lie, et s'accroît suivant
la quantité que s'en veut-t-on faire, c'est à dire: si 30 veut 12, 60 veut
24, ainsi du restant. Cette pesée faite, mêlez moult bien ensemble sur
un sol bien net, et s'il était aucune masse de lie agglomérée, pilez moult
bien avec une pierre, puis mélangez promptement, mettez en les bo-
caux, cru ou à mi-cuit que n'importe point, et après se cuit comme
le dirons.

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MODE DE FAIRE LE BLANC A REHAUTS OU BLANQUET.


Ce que c'est que le Prends la quantité d'étain qui se veut, et qu'il soit du meilleur étain
Blanquet. flamand. Tu le mets fondre en une poële de fer. Maints le fondent en une
cruche, et disent que vient plus pur. Ainsi fondu, tu le verses en un
bassin de bois, et faut avoir un pilon de bois également, avec
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LIVRE SECOND. 35
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quoi tu remues vite et tôt l'étain, avant qu'il ne se prenne, et le convertis
en cendres. Autres font cela avec une pièce de toile, et si
pratiquent-ils: ils prennent une pièce de lin, neuve, grosse et moult
solide, large plus d'une bonne palme en tous côtés, dont tenant les quatre
coins en main, ils versent dessus, tout l'étain fondu; puis resserrant la pièce
en manière d'exprimer le jus, la frottent avec l'autre main en dessous,
ou la fixant sur un banc, la remuent-ils moult bien, ce qui fait
même effet, voire mieux. Prenant après un plateau de biscuit, sur
lequel s'étend une feuille de papier, ils versent ces susdites cendres, en les
écartant avec la main, par le plateau ou gît le papier, parce, que
tant plus seront écartées, tant plus beau viendra le blanc. Et se couvre
avec un autre plat, qui soit rompu en deux ou trois parts, à la fin
que le feu s'y joue en cuisant les dites cendres, comme on dira.

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MODE DE FAIRE LE VERT.


Tu prends des morceaux de vieux cuivre, et les mets en une cruche
ou autre vase, et se cuisent-ils comme on dira, le cuivre en les dits
vases se trouvera brûlé. Le meilleur cuivre brûlé, a dit Dioscorides, est Cuivre brûlé dit de
celui qui est rouge, et que le triturant, ressemble au cinabre. Mais si est Dioscorides.
noir, plus est-il brûlé que ne comporte. Faut en le brûlant que se fasse
couche sur couche avec soufre et sel, en un vase bien clos. Terminé
qu'est cela, tu mets au fourneau. Brûlé qu'est-il, tu le broies, et peignant
avec, il deviendra vert. Dans l'art il s'appelle Ramine; aucuns le nomment
cuivre, dont se fait le vert accordé, c'est à dire prends:

A B
Antimoine . . . . . . . . . . . . . . . . livre 1 3
Ramine. . . . . . . . . . . . . . . . . . livre 4 6
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre 1 2
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36 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
Est entendu toujours en l'accord des couleurs, que les minérales vont
bien pilées et bien mêlées ensemble, j'entends celles à piler, comme par
supposition en cet accord se pilent l'antimoine et la ramine, parce que le
Recette de Dioscorides plomb va brûler. Déjà, ne se brûle incontinent, comme le dit Dioscorides,
pour brûler le plomb. mais, il veut que soit le plomb subtilement laminé, puis qu'il en soit
fait couche sur couche avec du soufre, jusque que le vase soit empli;
lequel met-t-on au feu, et lorsqu'est le vase enflammé, veut que tu le
mêles avec une vergette de fer, tant que tout se convertisse en cen-
dres, et n'en demeure nulle partie autrement; chose moult différente de
l'usage de cet art, comme se dira en son lieu et place. Il parle encore de
l'antimoine en un autre endroit, le nommant stimmi ou stibio, et est
icelui resplendissant et brillant; le bon étant celui qui n'a en lui nulle
La Maremne en l'état pierre ni ordure. La minière en est à Sienne, et s'en trouve par la Maremne
de Massa. à Massa, mais le meilleur pour l'usage, est celui qui vient de Venise.
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MODE DE FAIRE LE JAUNE.
Ferraille autrement Tu prends des ferrailles ou de la rouille de fer. La mieux est celle qui
rouille de fer. se ramasse sur les ancres des vaisseaux. Se cuit en un vase de biscuit,
ce qui sera pour le mieux. Maints sont accoutumés de la mettre au four,
puis de l'éteindre en l'urine, et disent ainsi qu'elle se purge. Maints
usent de faire comme avons dit avec le cuivre et le soufre, et ce
va-t-il bien.
A B C
Rouille de fer. . . . . . . . . . . . livre. ½ 2 1 ½
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 ½ 5 2
Antimoine . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 3 2
Maints ont accoutumance de mettre un peu de lie, puis ils l'écra-
sent sur un plat ou une feuille de papier, et après le cuisent comme
@

LIVRE SECOND. 37
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dirons. Je ne pense pas que soit nécessaire de répéter ce que déjà ai-je
dit une fois, tant des doses comme des préparations qu'il faut pétrir
avec diligence, et tout le soin que devez avoir. Pourquoi irai-je en
abrégeant et dirai-je:



MODE DE FAIRE LE JAUNE CLAIR OU JAUNET.
A B
Antimoine . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 2
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 ½ 3
Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 1
Sel commun. . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 1 ½
Voilà donc toutes les couleurs composées qui se font en cet art:
les naturelles qui s'emploient, sont le safre, nommé chez nous azur, et le
manganèse. Le safre vient de Venise, c'est celui qui tient du brun violacé.
Il se cuit simplement, et s'emploie cuit ou cru. Le manganèse se trouve
en abondance en ce trop heureux Etat, si qu'en divers endroits de
la Toscane. Il est très connu par toute l'Italie, et s'use partout où se
travaille le verre. Les susdites couleurs se devront garder de la poussière
et autres ordures.
Maintenant, pour parler des diverses couleurs, il convient de construire
un fourneau à réverbère, ce qui fait, viendrons-nous aux diverses couleurs
qui s'emploient en diverses contrées d'Italie, comme à dire celles de
Gênes et Venise, qui ont un même accord. Puis nous traiterons du blanc Blanc de l'Illustrissime
du très illustre Duc de Ferrare, mal dit blanc Faïençais; des couleurs Alfonse de Ferrare, improprement
de la Marche, et de la ville de Castello. Or voici le mode pour faire le dit blanc faïençais.
fourneau.
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38 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------

COMME QUOI SE FAIT LE FOURNEAU A REVERBERE.


Est à savoir que sous le fourneau à réverbère, se fait sa base de
briques, large trois pieds et longue cinq. On creuse en terre l'épaisseur
(sic) le vase où se tient le feu, et qui se
fait large de un pied. Après on élève en trois côtés un autre pied.
Advenu là, ci commence-t-on à former le vase où se lient l'étain. Nous
avons coutume de le faire d'une pierre qui se nomme tuf, et qui se taille
aisément. Les forgerons l'emploient à souder les fers. Qu'on en fasse une
cavité qui pour le mieux soit large deux palmes, encore que dépend
de celui qui veut faire l'art, parce que voulant moult fabriquer, faut-il
que fasse le four plus grand. Mais pour ne point dire vainement, j'ai
voulu vous poser ici, la façon de la pierre (fig. 49), afin qu'entendiez
mieux mon dire. De là vous poserai-je l'autre vase fait en briques, comme
voici (fig. 50 ). Me reste à vous montrer le fourneau élevé avec son
arc supérieur, là ou vire la flamme du feu, qui par la réverbération se
reporte où gît l'étain: avertissant que la bouche du fourneau où se met
le feu, va un petit plus basse que celle de l'étain, comme se voit
(fig. 51). Si que celle où termine la ligne A, est plus haute que celle où
gît l'étain, et où termine la ligne B.
Est à savoir que ce fourneau ne se maçonne ni avec chaux,
ni avec plâtre, mais avec une sorte de terre que nous nommons
sablon. On en use pour faire les formes des cloches. Maint est qui ma-
çonne le vase où gît l'étain, avec la cendre, et maint avec
autant de cendre et du susdit sablon, et ont coutume d'y mêler de la
fiente d'ânes et de la bourre. Toutefois qu'on fasse deux ou trois sols
de briques, l'un par le contraire de l'autre, et que le dernier où se doit
fondre l'étain, soit bien lisse par les jointures, et moult bien aplani en dessus.
Ici, je vous pose à nouveau le fourneau ou four (fig. 52), à la seule fin
que mieux se voie avec l'oeil, que ne peut-on le rendre avec la
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LIVRE SECOND. 39
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plume. Déjà sait-on que la bouche la plus basse est celle où va le feu, et
la plus haute, celle où gît l'étain, entre lesquelles n'est nul mur plus
élevé que le parapet de la pierre ou brique. Ceci fait, ayez un fer de
cette forme (fig. 53 ), il se nomme le traînoir de l'étain, parce que
avec pousse-t-on l'étain lorsqu'est en fleurs, comme se verra. Suffit
quant au fourneau, venons à la calcination. Tu allumes le feu de bois sec,
et tu chauffes si tellement, que, posé en son lieu, se fonde l'étain subitement.
Fondu qu'est-il, laisse ainsi jusque se forme en dessus une peau,
et que puisse icelle s'élever et fleurir, et quand est l'étain fondu tout empli
de fleurs, lors avec cette dite poële courbe en fer, tu pousses sur la
face du mur du fonds. Mais avant qu'aller plus outre, je te veux faire
l'accord du plomb et de l'étain, parce que l'étain jamais ne va seul au
fourneau. Fais donc, et prends ainsi:

A B C
Etain . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 1 1
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 4 6 7

Le premier accord qui est 1 et 4, se fait de plats et vieilles fiasques,
et se pourrait faire de 1 et 5; quand les étamages sont bons, c'est à
savoir quand s'y trouve beaucoup d'étain. On le connaîtra à sa clarté,
et au craquement quand on le rompt. Le second B, se fait d'étain de
masse et se peut-on accorder 1 et 7, quand est bon le dit étain. Fait
qu'est l'un de ces dits mélanges, tu mets au fourneau suivant la méthode
indiquée pour calciner, tenant toujours le feu égal, parce que si s'augmentait,
tout irait en fusion. Ainsi se peut calciner tant que se voudra,
augmentant toujours le poids, mais jamais ne se brûlent 30 ou 40 livres,
mais bonnement 100 et 200. Comptant de cette sorte: Si 4 veut 1, 20
voudra 5, et quand 6 veut 1, soixante voudra 10. Et ainsi augmentant
d'avantage. Je parle avec exemples, parce que suivant cette marche,
point ne faillira-t-on. Laisse au feu ce mélange de plomb et d'étain,
tant que fleurissant, et qu'écrasant cette fleur contre le mur du fonds
avec le feu, se convertisse en cendres moult blanches, ou d'un très
léger jaune, et les reçois en un chaudron de cuivre moult sec et moult
propre.
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40 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
C'est là ce qu'en l'art se nomme étain accordé, encore que soit plus
de plomb que d'étain. De la même façon se calcine le plomb, et n'est
autre dissemblance, qu'avec le fer se remue sans cesser le plomb fondu,
jusque la fusion cursive étant rompue, il se transmue tout en
cendres. Ceci fait, et sa couleur étant rougeâtre, tu le lèves, et c'est ce
Proverbe: Plomb d'Allemagne, qu'on nomme plomb calciné. Or parlerons-nous de l'accord de l'étain
Etain de Flandres. pour le blanc laiteux. Ainsi faites:
Etain en masse ou étain flamand . . . . . livre. 35 40
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 100 100
Tu use du même mode de calciner qu'a été dit plus haut; avec
un feu modéré, et que soient les étains et les plombs moult bons, parce
que là plus importe qu'ailleurs. Tenant cette voie, tu auras un étain
délicat (fig. 54).
Jusqu'à présent, avons devisé des couleurs dont se sert le pays de Castel-
Durante, ores, parlerons nous d'icelles de la ville d'Urbin, si qu'entre, est la
différence moult petite, vu que sont de Castel-Durante, nombre de maîtres
qui pratiquent à Urbin. Nous traiterons des couleurs de la ville de Castello,
de la Marche, et de maints autres lieux, à cette fin de ne pas manquer à
ce qu'avons promis. Point ne parlerai-je de l'accord au fourneau, parce que
c'est tout un. Et me tiendrai-je de poser beaucoup d'accords, pour ne
point attirer la pensée d'autrui où point n'est utile. Mais, qui voudra
chercher l'effet des métaux, qu'il amoindrisse ou augmente les poids, et ci
verra-t-il si l'étain fait blanc, le plomb lustré, et ce que fait l'antimoine,
et ce que fait la ferraille. Si fit Alfonse, le très illustre Duc de Ferrare,
quand récupéra le blanc laiteux, mal dit aujourd'hui blanc
Faïençais. Suffit.
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LIVRE SECOND. 41
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COULEURS D'URBIN.


FONDANT-MARZACOT A L'URBINIANE
A B C
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 20 30 20
Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 12 20

JAUNE
A B
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 7 2
Antimoine . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5 1 onces 8
Ferraille . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 1

JAUNE CLAIR
A B
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6 3
Antimoine . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 4 2
Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 4 1
Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 0 ½

VERT ACCORDE
A B
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 3
Antimoine . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 2
Ramine. . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6 3

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6
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42 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------

COULEURS DE LA MARCHE

Icelles assez varient de notre usage, c'est pourquoi convient-il faire à
nouveau l'accord au fourneau.
A B
Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 50
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6 100

JAUNE

Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6
Antimoine . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5
Ferraille . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 ½

JAUNE CLAIR

Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6
Antimoine . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 4
Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. ½

FONDANT-MARZACOT
A B
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 4 12
Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 10
Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 0 3

-------------------
@

LIVRE SECOND. 43
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COULEURS A LA CASTELLANE


FONDANT-MARZACOT

A B
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 30 30
Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 9
Et si aviez du tartre, faudrait mettre 30 de sable et 7 de tartre.

JAUNE
A B
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5 3
Antimoine . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 8 2
Ferraille . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 1

JAUNE CLAIR
A B
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. ½ 3 ½
Antimoine . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 2
Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 1 1
Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 1 0

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COULEURS A LA VENITIENNE

Faut à nouveau accorder au four. Tu prends:
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 30
Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 100
@

44 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
Maints mettent 33, autres 35, et n'est en cela autre règle que l'expé-
rience, mais comme te l'ai-je dit, c'est en celui qui manie l'art, et que
pousse aucune fois dame nécessité. Car se voit qu'un maître ayant mis
au fourneau 100 livres de plomb, croit avoir de l'étain en suffisance;
pesé l'étain, se trouvent seulement 28 livres, et pour n'être point tenu
de retirer le plomb du four, il accorde 28 avec 100. Et comme man-
quent 2 livres en cet accord, il augmentera de deux onces au moulin
d'étain pour le marzacot, comme à dire livres 12 étain, livres 10 et
2 onces; voici les deux onces qui ici ajoutent de plus.


FONDANT-MARZACOT

Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12
Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10
Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3

COULEUR SANS COUVERTE, FONDANT

Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 20
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 40
Azur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 8
Ramine. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 4

Faut savoir encore qu'en cette ville de Venise on emploie souventes-
fois de la cendre du Levant, laquelle est très parfaite, et même dirai-je
trop gaillarde; si que là où nous mettons 30 de sable et 12 de lie, on met
là 30 de sable et 9 à 8 et même 7 de cendre. Si font-ils en les
accords des couleurs légères, comme jaune clair, où il va 3 de lie, et
mettent 1 ½ et 1 de cendre. Beaucoup ont coutume pour faire le jaune
clair très joliet, d'y mettre de la tutie Alexandrine. En la Marche ont
coutume de mettre dans le jaune un peu de bol d'Arménie, ce qui fait
bon service. Mais puisqu'avons enseigné la méthode de faire les couleurs
@

LIVRE SECOND. 45
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avec les poids d'icelles, il est nécessaire de faire le four à cuire en
biscuit. Là verra-t-on comme se cuit le marzacot et autres couleurs.
Les Fours, je dis les plus parfaits, se font de briques crues à guise
de chambrettes. Il est vrai qu'une partie s'en va sous terre, et c'est en
elle que se poussent les braises. J'entends qu'ils sont creusés à un pied
et un pied et demie. A Venise s'en fait-il de grands et de menus. J'en ai
vu pour moi, en la maison de monsieur Françoys de Pier, potier durantais,
un large dix pieds et long douze; je dis sur la voûte qui est sur le sol,
et avait trois bouches où se mettait le feu; mais point n'est ce notre
affaire. Ceux dont nous nous servons, sont de cinq pieds larges sur six de Les mesures s'entendent
haut, et aussi longs, et 4 pieds haut sous les arcades. Mais pour vous en dedans des murs.
montrer soigneusement comme se font, je vous en montrerai ci-dessous
le plan (fig. 55). En cet autre endroit, je montrerai le four élevé jusque
à la voûte; puis son sol ou aire, avec les divers usages.
Voici donc le plan avec les prises des arcades. Voici le four élevé
(fig. 56) jusque aux arches, là où se fait l'aire pourquoi sont plusieurs
méthodes.
Toutes les briques allant d'une arche à l'autre, sont échancrées des deux
côtés, comme celle-ci (fig. 57), où passe la ligne A, et rajustées ensemble,
laissent ouvert un trou parfait comme voici (fig. 58), et cela sert aux
allées et venues du feu. D'aucuns sont accoutumés de laisser cette ouverture
par l'écartement des briques entre elles, ce qui mieux est l'usage,
comme se peut voir en le plan ci-dessous (fig. 59). Maintenant me demeure
à vous montrer le four en son entier, puis brièvement parler de
l'enfournement et du complément des couleurs.
Voici donc le four en entier (fig. 60) avec ses carneaux, qui
sont quatre menues fenêtres que voyez sur le mur à main dextre, avec
ses prises d'air, qui sont neuf ouvertures que voyez sur la voûte. Or
ne nous reste plus qu'à parler de l'enfournement.
Maintenant qu'avons fait le four, il convient de raisonner sur l'enfournement,
ce que brièvement ferons. Tu feras donc sur le mur de derrière,
à la ligne B, une ou deux files de cruches crues qui soient bien sèches,
et élèveras icelles jusque à l'imposte de la voûte; plus de parci*, ce qui

*parci: ?

@

46 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
sera sous l'arche; tu fourres un rang de casettes pleines d'ouvrages déli-
cats, observant de laisser entre les cruches et les casettes, un espace où
puisse le feu circuler. Qu'on n'aille pas si tellement outre avec les
casettes, qu'icelles soient obstruées; élevée qu'est une autre file de
casettes au pair de la susdite, tu la fixes avec aucuns morceaux de
Tuiles qu'employons tuiles rompues, et occuperont toutes deux la place sous la voûte des
couvrir nos maisons. deux côtés. Faut que les bris de tuiles soient cuits. Ceci fait, tu
prends des grands plats à la douzaine, et les accommodes à quatre, et à
six à la fois, tournant les pieds d'iceux contre un des côtés du four, et
ainsi mis droits, tu en ajoutes tant que s'en peut tenir jusque à l'autre
côté; plus de par ici se peut-t-on mettre autre file de casettes à salières ou
à tasses. Les vides s'emplissent avec des écuelles et autres ouvrages.
En cela, moult est grand besoin dans l'art d'invention et de jugement.
Suivant cette méthode, tu emplis tous les fours. Encore faut-il
savoir que les couleurs bien posées et accommodées comme ci-dessus est
dit, tu les mets dedans le four quasiment sous la prime voûte, au premier
rang. Cela fait, tu clos l'huis, ou voulons nous dire la bouche du four
avec des morceaux de briques. Puis tu as du sablon bien mouillé et
bien gâché, et avec la main en couvres toute la bouche murée, fermant
Carneaux, vedettes, tous les orifices, laissant seulement celui qu'ai-je dit. Tu clos également
icelles menues fenêtres par les quatre carneaux, qui sont sur le mur à main dextre, et dont
où se voient quand sont parlerons lors de la cuisson dernière. Iceux, dis-je, se closent avec des
cuits les vases. briques, poussant dessus du dit mortier, afin qu'ils ne respirent nul air.
Tu couvres ensuite les neufs soupiraux qui se voient sur la voûte, et
se fait avec des palets ou morceaux de tuiles, afin que trouve le
feu un tant petit d'issue. Or ne me demeure plus qu'à mettre dedans le
marzacot. Tu prends ces vases que tu emplis de sable et de lie, comme
avons dit au raisonnement ci-dessus. Iceux se mettent sous le four, appuyés
au mur du fonds et s'accumulent l'un sur l'autre. Tout parachevé, avec
Usage chrétien en allumant le sacro-saint nom de DIEU, tu prends une poignée de paille, et avec
le feu. le signe de la croix, tu allumes le feu, pour lequel se veut du bois bien
sec. Le faut élever petit à petit durant quatre heures; puis après faut
qu'il croisse avec précaution toutefois, pour que s'il y a de l'ouvrage
@

LIVRE SECOND. 47
---------------------------------------------------------------------------

non fini, en accroissant trop plus le feu, elle ne se ploie et ne devienne
valendrée*, et ainsi ne puisse prendre le blanc. Donc, se tienne le
feu en telle sorte, que le fourneau se voit blanc, c'est à savoir tout
enflammé, et quand y sera environ douze heures de feu, devra selon la
raison être la cuisson parachevée. Il est encore à savoir, qu'approchant
vers les six heures, les braises de tout le bois qui est ars*, se trouveront
sur la bouche du four. Lors prends cet engin nommé chasse-braises, qui
est une planche large une palme et longue deux, forée au mitan et mise
après une perche, et avec cet engin tout barbouillé de terre,
tu pousses en dedans les braises, jusque au mur du fonds, les écartant
par tous côtés, puis tu remets du bois au feu, le faisant hausser comme
d'abord. Ne fais pas toutefois, si grand monceau de bois, que tu obstrues
la bouche du four, mais tiens cet usage, qu'il demeure toujours une palme
haut de vide à la bouche susdite. Lors que sera la fournée cuite, lève
le feu, et delà à une heure, si te semble icelle froide en suffisance, tire
toutes les braises de dessous, et fais cela avec un ringard de fer,
long comme le chasse-braises et son manche, c'est à savoir un crochet
de fer long d'un bras, chevillé au bout d'une perche, laquelle tu barbouilles
de terre, à cette fin de la garantir du feu. Lève les braises que tu
éteins en mettant dessus de l'eau, à la manière de ceux qui arrosent les
potagers, et tu les remues avec une pelle de fer, pour que l'eau
moult bien y pénètre; et se nomme cela charbonnelle, dont se sert-on
durant l'hiver.
Que nul ne me reproche si je n'ai point fait la couverte, vu que se
peut pour cette fois opérer à cru.
Or voici la montre, le chasse-braises, la fourche et le ringard (fig. 61).
Je vous poserai ici le four, avec la représentation du feu et de la
muraille du devant, à cette fin qu'entendiez mieux mes paroles (fig. 62).
Cela fait, je vous poserai aucunes sortes de moulins, nous accorderons au
piloir, et nous parlerons du broyage du fondant. Nous mènerons à fin les
couleurs, et toucherons brièvement comme se recueillent les couleurs moulues,
et d'aucuns remèdes aux blancs qui se refroidissent. Maintenant que vous
ai-je montré le four, et comme quoi s'allume, il me demeure à vous parler

*Valendrée: gauchie par le feu.
*ars: brûlé.

@

48 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
des moulins, et d'abord dirai-je celui qui s'emploie par les Etats du très
Moulins de l'état d'Ur- illustre et très excellent duc d'Urbin mon maître, pour après traiter de la
bin. méthode qu'ont aucunes autres villes. Donc, faut savoir que les
moulins à couleurs de ce dit état, se font tous d'une même façon, et
quasi d'une seule pierre. Il est vrai que la mieux qui se puisse employer est
la pierre à fusils et la cornaline, qui point n'est en cet endroit. Celle-ci
se recueille en menus morceaux dans le lit d'aucuns ruisseaux. On s'en
forme un rond, qui soit bien plat en dessus, égalisant bien les séparations,
ce qui se fait avec chaux, sable et plâtre mêlés ensemble. Puis ayant
fait en la terre une fosse de deux pieds, tu y encastres une tinette de bois,
ou un demi-fût, de la largeur du rond dont est fait le moulin, j'entends la
pierre enchâssée qu'on doit murer en la tinette; celui plus petit est la
molette, que si est-elle de morceaux, faut-il relier avec un cercle en
fer, comme voyez ici (fig. 63). Ensuite par chaque côté de la tonne, tu
dresses deux poutres équarries, en face l'une de l'autre, et se fichent icelles,
quatre pieds en terre, et soient de bois dur qui point ne se rompe: puis
entre une poutre et l'autre, tu encastres un ais qui pose sur le bord de la
tonne, de façon que se puisse lever et remettre à volonté; pareillement, au
sommet des dites poutres qui seront deux pieds plus hautes que la tonne,
tu établis un autre ais encastré comme ci-devant, et que soient ces dits
ais bien gros par toutes les faces pour le moins quatre doigts; qu'ils soient
bien forés en face par le point milieu, comme se peut voir (fig. 64). En
ces trous, tu mets un pal de fer gros comme une hampe de pique, ployé
de cette façon (fig. 65).
La partie droite du pal, marqué A, va dans l'ais de dessus marqué A,
l'autre partie droite marquée B, répond à celui marqué B, et entre à
sa marque en l'ais de dessous. La tierce partie droite marquée C, entre
trois doigts en la molette, qui doit être forée, mais non d'outre en ou-
tre, et on la fore de façon que le pal y pénètre latin-latino comme se
voit. Ores, voici tout le moulin avec ses engins (fig. 65 bis). Lors
qu'aurons discouru des diverses sortes de moulins, viendrons-nous au com-
plément des couleurs.
Faut savoir que maint se fait, là où se trouve commodité d'eau
@

LIVRE SECOND. 49
---------------------------------------------------------------------------

courante; maint se fait, qui vire avec un cheval ou baudet; maint
se fait où demeure sur pieds le moulinier, comme se verra. Faut encore
dire que le baquet ne soit pas ainsi ouvert lorsque se broient les couleurs,
mais soit recouvert avec des planches à cette fin que nulle
poussière ne vienne à choir en dedans. Ce moulin à l'âne (fig. 66),
peu de temps est que se voyait en mon pays, et fut abandonné par la
mort du patron. Maints disent que c'était une utile manière, et que s'y
broyaient les couleurs excellemment, ce qui point n'est en l'art de chétive
importance.
Voici le moulin à eau (fig. 67), très plus admirable, vu que distille les
couleurs; mais tant plus sont icelles broyées, tant plus sont d'utile épargne,
et viennent au feu en plus belle perfection. Un quasiment de cette sorte
ai-je vu aller à Foligno, ville de Romagne, mais de plus belle invention, Moulin de Foligno.
et chose digne de considération, parce qu'un seul engrenage manoeuvre
deux moulins. Qui bien le considère, en ferait autant de trois ou de quatre,
et tout est fait par la planche de dessus où entre la broche de l'engrenage
B, et les broches des moulins C, D. Mais la broche tournant, tire à
soi la planche avec cette partie tordue qui est à son axe, et tirant
les deux broches et les repoussant, fait virer les molettes des deux moulins,
comme voici (fig. 68).
Maintenant me demeure à vous montrer la méthode des moulins de
Venise, qui point trop ne diffèrent des nôtres. Ils ont en plus une roue
faite de lourdes planches, sur le haut de la broche de la molette, et se
tient debout le broyeur. Rien n'est autre, et cela veux-je encore montrer
ici (fig. 69).
Que nul ne me blâme, si ai-je mis au moulin, un homme vêtu avec
les manches à comic (sic). Mais faut-il savoir qu'étant cette susdite Vêtement de Venise.
ville, libre, reine et maîtresse de soi-même, y peuvent aller tous
en toutes manières de vêtements; ce par quoi s'augmente la munificence de
la ville, et ce pourquoi est licite d'aller par icelle, avec des manches
à comic, à la bergamesque, à sensali, à faquins, et à toutes sortes et
genres. C'est vrai et se voit en effet, si que m'a été dit par un
monsieur Françoys Condumieri, que le nombre des étrangers comme ci vê-
7
@

50 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
tus, est plus grand que celui des gentilshommes, bourgeois et artisans de
Venise. Or ce point ne nous importe. Venons, ores qu'avons traité de
moulins, à l'accord des couleurs.
Tu lèves du four le fondant, qui se trouvera en ses récipients, devenu
dur comme pierre. On l'ôte des vases où se trouve, avec un martel
de fer, le nettoyant bien des éclats des dits vases. Cela fait, tu le piles
en une souche, ou en un grand mortier de pierre, et que soient-ils creux
d'une palme et demie, avec un pilon de fer ou une massue ferrée,
comme tu peux voir ici (fig. 70).
Pilé qu'est-il, tu le lèves de la souche ou du mortier, avec une
écuelle tu le jettes en un crible, et le passe, rejetant toujours en le
mortier le plus gros résidu, pour le piler à nouveau. Qu'ainsi se fasse avec
tous les fondants, et se tienne cet ordre à toujours. Pilé et passé,
tu pèses 30 livres et les mets en une cuvelle, où les laves avec de
l'eau, et tu laisses reposer. Après tu jettes cette eau et y mets 12 d'é-
tain du premier accord A, et ainsi ensemble, tu mets à moudre au moulin.
Ici traiterons-nous de tous les blancs, les accompagnant de leurs couvertes.

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MODES DIVERS DE FAIRE LES BLANCS


BLANC COMMUN

A B C
Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . livre. 30 32 31
Etain . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 12 11


SA COUVERTE

A B C
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 17 16 8 ½
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 20 20 10
@

LIVRE SECOND. 51
---------------------------------------------------------------------------

Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 13 6
Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 8 9 4

Se cuira comme dirons ci-après, et se pile et broie, comme a été dit
du blanc.


BLANC D'URBIN

A B C
Fondant . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 30 12
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 5 12
Etain . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 12 20


SA COUVERTE

A B C
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 30 30 20
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 20 20 12
Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 13 12 16
Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6 12 8


AUTRE CRUE

Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . . . livre. 12
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10
Se broie comme a été dit.

BLANC A ECUELLES

A B
Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . livre. 20 30
Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 16 17
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 0 1

C'est une couleur qui se donne aux écuelles des vilains, à quoi ne se
met ni peintures, ni couverte.

BLANC D'INTERIEUR

Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . . . livre. 15
@

52 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 4
Plomb. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2

Celui-ci se donne en les bocaux et urnes, et en tous ouvrages
creux. Je crois t'avoir conduit si avant dans l'art, que toutes et chaque
fois que se traitera de fondant, tu entendes ce que c'est que fondant,
lequel est cet accord fait avec le sable et la lie. Et encore que te
parlera-t-on d'étain, sache que c'est étain, accordé au fourneau avec le
plomb. Ores me faut traiter d'une autre pratique, et me convient de
compléter le blanc du duc de Ferrare, puis nous raisonnerons de toutes
autres couleurs.
Vous faut savoir que pour faire le susdit blanc, le sable de Saint-
Jehan est le meilleur, comme a déjà été dit. Et quand n'en pouvez avoir,
prenez celui du lac de Pérouse. Aucuns moult bien le savent.

FONDANT DE FERRARE

A B C
Etain . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6 6 7
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5 5 5
Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 9 9
Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5 4 6

Etant faite cette dose, tu mêles bien ensemble, ayant des vases pour
la mettre, mais prenant grand soin, d'y jeter premièrement de la terre
blanche, à cette fin que le fondant point ne prenne au biscuit, et qu'il
en puisse sortir quant est vitrifié; lors tu mets à cuire comme s'est fait
avec l'autre fondant. Cuit, tu le lèves du vase et le piles prompte-
ment, puis le pèses, en y ajoutant autant d'étain que pèse son accord,
et autant de sable; comme serait: le fondant pilé pèse 24 livres; ajoute
24 livres d'étain et 24 livres de sable, et pour chacune dix livres de
cette quantité, ajoute une livre de sel, si que tout ce poids étant de
72 livres, il faudra 7 livres de sel. Le tout remêlé ensemble et cuit à
nouveau; mais le veux-tu moudre ainsi sans être cuit, te faut lever le sel.
Ce blanc se fait de maintes sortes, comme tu verras.
@

LIVRE SECOND. 53
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FONDANT-MARZACOT DE FERRARE

Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 20
Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10
Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6

AU MOULIN

Fondant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10
Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 16
Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10

Celui-là me plaira moult recuit, comme a été dit de l'autre, et
ajoutant un peu de sel. En voici d'autres sortes.

ACCORD AU FOURNEAU

Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 30
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 100

FONDANT-MARZACOT

Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12
Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6

AU MOULIN

Fondant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 ½
Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 ½
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 ½

Il est pour ce blanc comme pour les autres couleurs, mais qui rajoutant
ou qui levant, fait en variant ainsi, que l'art se porte en sa plus haute
perfection. Mais souventes fois, son beau blanc vient du bon emploi de celui
qui le gouverne es mains, et par dessus tout, je le loue de faire cuire deux`
fois son accord.
@

54 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------

COULEURS DE LA MARCHE

FONDANT-MARZACOT

A B
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 4 12
Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 10
Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 0 3

AU MOULIN

A B
Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . livre. 2 10
Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 10
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 0 12

On entend que le fondant se cuise comme est fait des autres. Je parle
ainsi avec l'idée que devriez m'entendre. Tous les fondants, dits fondants
au moulin, s'entendent cuits, pilés, criblés et lavés. Et cela suffise pour
toujours.

SA COUVERTE

A B
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12 12
Agetta (potasse où gît de la soude) . . . livre. 10 7
Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 5
Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 3

AUTREMENT CRUE

Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . . . livre. 12
Agetta (potasse). . . . . . . . . . . . . . . livre. 10
@

LIVRE SECOND. 55
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BON JAUNE

A B
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6 7
Antimoine . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5
Ferraille . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 3

Celui-là se cuit deux ou trois fois, puis tu ajoutes une once de
plomb, et demi-once d'antimoine. Le tout pilé, tu recuis une autre fois ou
deux.

BON JAUNE CLAIR

A B
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 4 1 ½
Antimoine . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 1
Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. ½ ½

BLEU BERETTIN
Couleur de barrette ou
Blanc au moulin . . . . . . . . . . . . . . . livre. 24 bonnet.
Safre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 3
Blanc au moulin, s'entend l'étain et le fondant accordés.

AZURIN SANS ETAIN

Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2
Safre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1
Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1

De tout cela que se fasse un fondant et se cuise, puis se pile et va
broyé incontinent, parce que n'y est pas d'étain.
Puisque vous ai-je baillé les couleurs de la Marche, je vous veux bailler
celles de la ville de Castello, vous avertissant qu'en elles comme aux autres,
l'épreuve vous instruira à les mener en leur perfection, suffit que
celles-ci soient toutes bonnes et certaines. Qui veut du mieux, s'en aille
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56 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
philosophant en l'accroissement et diminution des poids, desquels je crois que
Chorebus Athénien fit ainsi Chorebus Athénien, lequel en fut le premier inventeur; vous
premier inventeur. avertissant qu'entre toutes ces couleurs que je vous enseigne, en fais-je de
deux et trois doses, comme se voit par la séparation de la ligne qui des-
cend de l'une à l'autre. Ne vous étonnez nullement si à aucunes va le
sable, à d'autres le sel, qui pour vrai dire sont des usages divers, nés
tous des pensées humaines. Et en naîtra pareillement à qui manigan-
cera l'art.
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COULEURS DE CASTELLO
Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . . . livre. 9
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3
SA COUVERTE
A B
Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . livre. 8 8
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 4 5 ½
C'est toute autre pratique, vu que ne s'emploie pas l'étain, et faut
pour faire ces couleurs, avoir une certaine terre qui vient de Vicence, et
point ne lui connais-je autre nom que de terre blanche ou de Vicence.
Tu la broies comme se fait le blanc, et broyée tu en trempes les ouvrages
à cru, puis fais cuire une fois. Mais avise que ne soient pas trop cuits
et qu'ils aient plutôt un peu de cru, puis les trempe en ce blanc susdit,
et va légèrement.
SON AZURIN
Blanc . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6
Safre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1
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LIVRE SECOND. 57
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SA COUVERTE

Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1


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COULEURS DE FOLIGNO

Fondant-marzacot (sable). . . . . . . . . . . livre. 50
Fondant-marzacot (lie). . . . . . . . . . . . livre. 15

AU MOULIN

Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . . . livre. 12
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5

SA COUVERTE

Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . . . livre. 12
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 7
Se donne sur la terre blanche, comme à la Castellane.

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BLANC DE RAVENNE

Fondant-marzacot (sable). . . . . . . . . . . livre. 10
Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10
Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2
8
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58 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
AU MOULIN

Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . . . livre. 10
Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 20

SA COUVERTE

Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 20

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BLANC A ECUELLES RONDES

Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . . . livre. 13
Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 15
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 17

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BLANC D'INTERIEUR

Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12
Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . . . livre. 12
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 16
@

LIVRE SECOND. 59
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BLANC DE PLATS

Fondant-marzacot. . . . . . . . . . . . . . . livre. 15
Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 15
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5

Faut savoir qu'aucunes couleurs se teintent, par exemple le blanc
commun. Maints sont qui sur 10 livres de blanc accordé, mettent demi-
once de safre.
Ici vous en poserai-je brièvement plusieurs rangs.

BLANC TEINT

A B
Blanc . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 20
Safre . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. ½ 3

LE MEME

A B
Blanc . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 15 15
Safre . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 5

PLUS CLAIR

A B
Blanc . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 25 50
Safre . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 2

Suffit sur les couleurs éprouvées sur lesquelles se peint et se couvre
comme sur l'autre blanc. De là je vous poserai aucuns bleus.

AZURIN

A B C
Blanc . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 15 15 20
Safre . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 3
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60 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------

AZURIN SANS ETAIN

A B
Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5 4
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5 5
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 3
Safre . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 1
Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 1

AZURIN AVEC ETAIN

Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12
Fondant-Marzacot. . . . . . . . . . . . . . . livre. 10
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 8
Azur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3

Faut avertir que partout où va la lie, se font cuire les couleurs. Or
je vous veux bailler aucuns noirs, et après les grisailles qui s'emploient
en Lombardie.

NOIR

A B C
Cuivre brûlé. . . . . . . . . . . . . livre. 1 0 0
Manganèse . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 1 1 once 3
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 6 12 12
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10 12 14
Safre noir. . . . . . . . . . . . . . livre. 0 1 2 ½

Maints le cuisent, ce qui fort me plaît. Or si vous le voulez tacher,
levez le cuivre, puis se tache, versant dessus du blanc de Ferrare mêlé à
un peu de couverte. Alors viendra ondoyant et beau. Voici les grisailles,
avertissant que s'emploie la terre de Vicence, comme a été dit aux cou-
leurs castellanes.

GRISAILLES

Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10
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LIVRE SECOND. 61
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Tu peints sur la terre blanche, c'est à vrai dire quand auras mis la terre
de Vicence, j'entends que soit ce avec un style de fer en cette sorte
(fig. 71), et se nomme cette dite peinture égrafignée.


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COULEURS DE VENISE

On fait à Venise les mêmes différences, qu'avons accoutumé faire
en nos pays, seulement est-il que s'y tachent les couleurs, mais non toutes,
et les employons sans couverte. Les couleurs claires de Venise, comme
se dirait le jaune et jaune clair, sont quasiment d'une sorte; le vrai est
qu'en guise de lie, on emploie la cendre du Levant. Or voici l'accord
au fourneau:

AU FOURNEAU

Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 35
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 100

FONDANT-MARZACOT

Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12
Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10
Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3

AU MOULIN

Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12
Fondant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10
Lie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 10
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62 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------

SA COUVERTE

Sable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 12
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 8
Lie ou cendre . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 7
Sel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3


BLEUATRE

Fondant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 25
Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 5
Safre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 1 ½


COULEUR SANS COUVERTE

Fondant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 30
Etain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 25

Voilà que vous ai-je posé toutes sortes de couleurs qui me sont venues
aux mains. De la figure 72 à la figure 79, se montre aucuns usages de
travail qui j'ai vus en divers pays. En le tierce et dernier livre, je
traiterai tout le demeurant de l'art.
Je cherche cependant, en cette mienne et extrême limite de jeunesse,
à me délivrer des liens d'amour; et fais-je comme l'oiselet qui a donné
des pieds aux paneaux, lequel croyant se libérer, s'y empêtre d'avantage
avec les ailes et les pennes; vu que pour fuir l'oisiveté mère de
l'amour, j'ai déjà assemblé les deux premiers livres de l'art du potier,
me soumettant un peu à la solitude, et m'advient ce qu'advient
moult souventes fois à ceux qui sont blessés. Ainsi étant demeurés beau-
coup de mois entre les mains de l'habile chirurgien, le licencient, et
la plaie étant assainie sans finir de se soigner, en peu de temps devient
majeure. Cela dis-je, m'est advenu, vu que tant plus ai-je cherché à me
délivrer des pensers amoureux, en accordant un plomb avec un
étain, tant plus en mon âme souventes fois, les membres proportionnés
de ma belle amante, allaient s'accordant. Entre les couleurs, je ne pou-
vais trouver si lustrée, si flamboyante que fut-elle, qui se put assimiler
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LIVRE SECOND. 63
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à sa belle chevelure d'or. Il n'est nul noir, qui ne demeure inférieur à
ses beaux cils. Ses yeux divins, avec ce qui dedans d'allègre et de
gracieux, se voit mêlé à une certaine vénérable majesté, n'ont que faire
de ressembler à autre chose que rais du soleil. Quand j'arrivais à l'accord
du duc de Ferrare, qui semble argent, à côté de ses bras souples
et de ses mains délicates, il me paraissait d'un noir rude et grossier. Je
ne peux trouver en somme un art, ni de diligent orfèvre, ni d'habile
joaillier, qui arrivé au sommet de toute excellence et de tout prix, me
puisse détruire ce contentement que fait la mansuétude de son très doux
sourire. Je laisse et la très sainte pudeur, et la gravité de la démarche.
Chacun pourra voir que Pline, sur l'opinion des Mages, a écrit que
le lézard mort en l'urine humaine restreint l'amour et qu'est le même
effet produit par la fiente des colombes bue en l'huile. Si buvais-je
toute la fontaine cupidinesque qui fait, comme le dit Metianus, déposer
l'amour, par rencontre, absorbant une gorgée de lumière scintillante des
yeux de ma belle, par le chemin du coeur, ce peu aurait en moi plus
de pouvoir que cet autre beaucoup. Or, voyez où me va la pensée,
et combien est loin de son but premier. Malheur à qui, chez une gentille
dame, sait reconnaître, non toutes ces belles parties que je vous dis,
voire, une certaine humanité, vrai calamité des vertueux. Qu'on éloigne
de lui, le coupable remède de la belle Faustine; qu'on éloigne la
tisane d'Avicennes pour restreindre le sang corrompu, qu'on lui déprécie
les incantations d'Alphesiboë et de Dido, parce que tout est chose nulle.
Amour fait que l'homme n'obéit pas à qui prudemment le conseille.
Il te nourrit toujours en espérances et en plaisirs déplaisants, et te
donne pour guide et pour chef, le vain désir; et malgré tout, ne
sais-je reconnaître autre état plus beau que celui d'amour. Ainsi,
DIEU me prête grâce! Que l'amour mien viré vers sa bonté, puisse
avoir temps assez en cette vie, que je me connaisse moi-même; parce
que lors, connaissant mes vices, je reconnaîtrai son Fils unique pour
mon Rédempteur: auquel soit gloire en les siècles des siècles.

FIN DU LIVRE SECOND.
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LES TROIS LIVRES
de
L'A R T  D U  P O T I E R
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LIVRE TROISIEME
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L I V R E T R O I S I E M E

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Parmi toutes choses qui se cherchent en cet art, tenir les couleurs
nettes et ayant bon oeil au feu, me semble être de grande considération.
En ce notre tierce et dernier livre, traiterons-nous de l'ordre que se doit
tenir en cuisant et broyant toutes les couleurs.
Faut savoir que le blanc léger va cuit une fois seulement, et celui
qui mal vient au premier feu, vient-il plus mal au second et encore plus
mal au tierce. Maints le lavent en cette sorte: sitôt qu'avez levé le
blanc léger du fourneau, mettez-le en une cuvelle de bois qui se tient
exprès bien nette et propre: cela fait, on la remplit à demi d'eau. Ayez
après un pilon de bois, ou une pierre ronde moult dure. Ayant bien d'abord
lavé ce blanc avec l'eau, laissez reposer: jetez l'eau, puis
avec le pilon ou la pierre, remuez bien par la cuvelle. Ce qui diligemment
fait, remettez de l'eau, puis passez en son tamis, car chaque couleur
a son tamis à part, à cette fin de ne se point tacher l'une par l'autre.
Aucuns le broient sur le porphyre des peintres à fresque, ce qui mieux
est, avec plus d'épargne. Maints le pilent en un mortier qui doit
être de pierre moult dure, de la grandeur d'un crible et quasiment de quatre
doigts profond. Ci-dedans se broient toutes les couleurs, et se fait avec
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68 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
une pierre de même dureté, large une palme et grosse plus de quatre doigts,
si que pouvez voir en mon dessin (fig. 80). Ici dedans donc, se
mettent les couleurs, sur quoi ayant posé la molette, tu tournes en appuyant
avec la main. Et ainsi l'on fasse jusque la couleur vienne molle et
à manière d'onguent. Puis tu verses dessus un bocal d'eau claire, et
avec une écuelle émaillée, tu recueilles cette partie la plus ténue qui
fait l'eau trouble, et ce fera-t-on en levant l'eau claire qui va dessus
la remettant en son bocal, sur quoi va premièrement son tamis; et ce
que tu ne peux faire avec l'écuelle, le fais-tu avec l'éponge;
toujours rebroyant ces parties qui demeurent dans le mortier, tu recueilles
de nouveau, jusque soit le tout broyé (fig. 81).
Tu observes cet ordre pour toutes les couleurs. Or je vous veux parler
de leur cuisson. Le vert accordé se cuit deux ou trois fois. Le jaune, une
fois qu'est cuit en le bassin, se retire et se met en une cruche, puis se
recouvre de terre, après se fait-il un trou au milieu de l'orifice en
cette terre, puis se remet à cuire à nouveau, en un lieu où y soit du
feu en suffisance, que plus a de feu, meilleur est. Que se fasse même-
ment pour le jaune clair. Mais, si par le hasard advenait qu'à la prime
cuisson, aucunes de ces couleurs vinssent fluides, ce qui est souvent,
point ne seraient icelles bonnes. Donc, pilez toute couleur fluide et
pesez, puis rajoutez un poids égal de son accord, et remettez à cuire
comme ci-devant, tenant toujours un ordre de règle. Ainsi t'adviendra
bien de toutes choses.


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DU BLANC

Mis que sera le blanc au moulin, broyez tant que l'eau qui gît dedans
soit trouble, parce que lors, sera la partie broyée en l'eau, laquelle semblera
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LIVRE TROISIEME. 69 ---------------------------------------------------------------------------

du lait. Tu verses assez d'eau, puis tu as un grand baquet, sur
lequel sont posés deux bâtons avec une passoire dessus, comme se
voit (fig. 82). Puis, avec une grande écuelle de bois large une
palme, tu retires du moulin cette eau troublée, la versant dans le baquet
sur le tamis, en en laissant au moulin, tant qu'il en est besoin, pour
broyer, et ainsi tu fais du restant. Et quant te semblera que soit le tout
broyé, verse en le moulin tout ce qui a coulé dans le baquet, d'où deux
fois encore tu le retires tout, et ce qui ne peut s'enlever avec
une écuelle, tu le tires avec une éponge faite à cet usage. Tu
dois tenir cette méthode de broyer pour toutes les couleurs qui vont au
moulin, tant pour la couverte que pour les autres. Là faut savoir que
souventes fois les blancs se réchauffent, et se connaît en ce que font
ficeux en croissant dans le baquet une écume, comme voyons faire aux
eaux qui tombent de haut sans soi repousser. Quand adviendra telle chose, Remèdes aux blancs
tu prendras une bonne écuellée de vin chaud que tu jetteras sur, et qui s'échauffe.
point n'y feras dommage. Aucuns pissent dedans, aucuns y mettent le
jus d'oranges, autres le miel détrempé en l'urine. Ce sont tous bons remèdes
Mais, puisqu'avons parlé du broyage, il me demeure à enseigner comme
s'émaillent les ouvrages, et sera-ce de toute brièveté.

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MODE D'EMAILLER

Levées du four que seront les ouvrages, et cuites une fois, assortis
icelles, c'est-à-dire choisis toutes les sortes à part, et avec une queue de
renard, de boeuf ou de cheval, époussette diligemment le dedans comme
le dehors. Ceci fait sur toutes celles que tu veux émailler, l'eau étant
venue au-dessus de la couleur en le baquet, tu remues bien avec l'écuelle
de bois et avec la main, à cette fin que les parties plus lourdes
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70 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
viennent à se soulever dans l'eau, et à se mêler aux plus légères. Cela
sera lorsque tirant la main du baquet, elle demeurera également voilée.
Or, prends une petite écuelle de biscuit époussetée, et la plonge en le
dit blanc, la retirant aussitôt, puis avec un fer, tu dépouilles jusque
au biscuit, et si te semble le blanc épais, tu mets un peu d'eau, si trop
mince, tu laisses reposer, et enlèves de l'eau, (encore peux-tu émailler des
objets à la douzaine de chétive valeur,) si, que faisant l'épreuve avec
le fer, comme fut déjà dit, tu trouves le blanc épais en suffisance. Alors
tu prends les travaux délicats et les y plonges, manoeuvrant toujours la
couleur avec la main. Encore faut-il savoir que sont certains travaux
menus, lesquels pour être mis en le four, à côté des ouvertures par les-
quelles passe le feu, deviennent valendrés*. Tu ne les émailles point, pour
ce que en ces parties où sont telles, point ne s'y tiendrait la couleur. Encore
faut-il savoir que maints ouvrages subtils, se plongent en la couleur,
et que maintes s'émaillent avec l'écuelle. Tous les travaux subtils se
plongent dans le blanc, et une partie de ceux à la douzaine, comme serait:
tasses, écuelles à la mode et petites écuelles. Les autres tous s'émail-
lent avec l'écuelle, avertissant que ceux qu'on baigne en la couleur, se
retirent aussitôt, puis on les étale sur une table, comme mieux plaira à
celui qui les prend. Encore faut-il savoir que tous les ouvrages
délicats, s'émaillent avec toutes deux les mains, non qu'elles se prennent
à pleines mains, mais avec le bout de l'index et du médium, posant
les mains en face l'une de l'autre, comme se voit (fig. 83), puis du
côté A, on plonge et du côté B on retire, tenant incliné pour que l'émail
coule.
Les petites tasses, petites écuelles et menus ouvrages, s'émaillent
avec une seule main, l'autre toujours en le baquet à mêler la couleur
en laquelle se plongent les objets, comme a été dit (fig. 84).
Les ouvrages creux à la douzaine, s'émaillent avec l'écuelle, les
tenant par les pieds avec la main gauche, comme pouvez voir (fig. 85).
Puis de la main dextre dont vous tenez l'écuelle, vous versez la couleur sur
le bocal, ayant la main qui le tient, tournée vers soi. Puis en versant le
blanc, on fait faire deux tours au vase. Ainsi est que par tout s'émaillent
*valendrés: gauchis par le feu.

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LIVRE TROISIEME. 71 ---------------------------------------------------------------------------

les bronzes antiques. Aucunes urnes se plongent en le blanc, leur faisant
prendre la couleur en dehors et dedans. Toutes les manières de plats s'émaillent
avec l'écuelle, tenant un des côtés du plat avec la main un
peu inclinée et virée vers soi; et en versant la couleur, vous retournez le
plat du côté opposé à celui par où vous le tenez. Fait cela, tu poses l'écuelle
dans le baquet, et avec l'index, tu frottes l'ourlet du plat pour
qu'il ne s'attache pas dans l'enfournement.
Maintenant me demeure à vous dire comment s'émaillent à l'intérieur les
ouvrages creux. Faut dire que la couleur pour émailler un vase creux,
comme bocaux et cruches, se tient en un broc dont l'eau soit retirée en
suffisance. Prends une cruche longue à bouche ronde, tu la plonges en la
couleur, et l'emplis jusqu'à moitié, ce qui étant fait, tu prends ce bocal
ou autre à émailler, avec tous les cinq doigts, par le col proche
l'orifice, le tenant ainsi au-dessus du broc, et tu verses avec la susdite
cruche le blanc en dedans. Aussitôt qu'est versée la couleur, tu la rejettes
dans le broc, parce que pressée qu'elle est de sortir, l'air qui veut entrer,
la repousse en dedans, et si, se dilate icelle par toute la concavité. Faut
savoir, qu'émaillant toujours de continu, la couleur s'épaissit, parce
qu'étant le blanc plus pesant que l'eau, vient icelle à être absorbée plus
que lui. Qu'advienne ce, petit à petit, ayant fait l'épreuve avec un
fer comme déjà a été dit, et la couleur trouvée trop épaisse, mettez un peu
d'eau, tenant toujours cette méthode.

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MODE DE PEINDRE

Maintenant qu'avons émaillé, convient-il de peindre, vu que peu
d'ouvrages se laissent blancs, principalement de blanc commun. Les couleurs
ont été broyées comme a été dit. Le safre et le manganèse qui sont
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72 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
couleurs de minières, se passent comme les autres par leurs tamis, en des
écuelles rondes émaillées. Ce qui fait, on les laisse un peu reposer. On
les pèse, on verse une bonne partie d'eau, en laissant assez que la couleur
en tienne ce qui faut et ne soit trop épaisse ni trop claire. Ce qui étant
fait, on pose les écuelles sur le banc, et ci peint-t-on. Mais mal se
ferait, si avant ne se forment les pinceaux, et n'irons point plus outre que
de ce faire.
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MODE DE FAIRE LES PINCEAUX.
Poils de chèvres et Est à savoir que les pinceaux se font de deux sortes de poils: poils
poils d'ânes. de chèvres et poils d'ânes. De l'âne, tu prends les poils de la crinière et
non d'autres; de la chèvre, tu prends ceux qu'elle a au col et en certains
endroits sur les côtes et sur les flancs, pourvu que soit icelui lustré, mol
et droit et que point n'ait d'endroit faible. On le connaît en ce que
trempé en l'eau, et ensuite ployé ainsi avec le doigt, s'il demeure ployé
est mauvais, s'il retourne droit est bon. Maints sont qui pour faire des
pinceaux à peindre des sujets historiés, ont coutume d'y mêler aucuns
poils de moustaches des souris, à savoir ceux qui sont au museau. Ceci dit,
tu les lies sur un manche de bois, ou voulons nous dire hampe de pinceau,
avec un fil d'acier ciré, faisant de telle sorte que la ligature soit
couverte par les spirales de l'acier. Maints couvrent la susdite ligature
avec de la cire, parce que la défend-elle de l'eau. On les taille après
par la pointe, laissant de gros et de menus comme convient à qui veut
travailler. Or, c'est tout, ce me semble, qui soit à dire sur les pinceaux
(fig. 86).
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LIVRE TROISIEME. 73 ---------------------------------------------------------------------------


MODE DE PEINDRE.

La peinture des vases est différente de la peinture au mur, vu que les
peintres au mur se tiennent debout en la plupart, et ceux des vases
sont assis, mais ne pourrait-t-on peindre autrement comme voir se peut
en le dessin (fig. 87). Le travail qu'on peint se tient sur les genoux
avec une main en dessous. J'entends le travail plat, parce que le
creux se tient la main en dedans, et je dis la main gauche. Le travail
délicat se tient en certaines cases de bois, un doigt plus haut que les
plats. Les travaux creux se tiennent sur le pied, posé sur le genoux gauche.
Sur les travaux délicats entre le plat et la boîte, se met de l'étoupe, à
cette fin que tirant cette boîte pour travailler, l'ouvrage ne branle pas
dedans, et point ne s'égratigne, car le blanc est tendre. Ainsi doit-on
avertir, que mettant les pinceaux d'un godet en l'autre, mainte couleur
ne le supporte pas, comme à dire le blanc léger en lequel ne se met nul
pinceau, hors ceux qui premièrement y furent. Que si tu veux y en mettre
aucun, le lave bien d'abord, qu'autrement se gâterait la couleur.
Ainsi fait-t-on des autres, hors le vert en lequel se peut mettre le
pinceau du jaune clair, mais non le pinceau du vert en le jaune clair, que
tu les verdirais tout. Mais le pinceau du jaune clair en la couleur verte,
lui fait si tant bon service, qu'encore qu'icelle soit de mauvaise nature, c'est
le remède à sa méchanceté. Il advient encore que maint vert amène la
couleur trop épaisse, ce que advenant, tu y mets un peu de blanc commun,
j'entends en le cuivre brûlé, et non en le vert accordé, lequel n'en a
que faire.
Or, il me souvient de vous bailler un autre avis qui est ceci:
Souventes fois, peignant un ouvrage, se découvrent aucuns graviers,
lesquels, si tu laissais ainsi, se gâterait l'ouvrage, vu que le blanc
point ne se tiendrait en ces dits endroits. Tu les lèves avec la
pointe d'un couteau, remettant du blanc dessus; et si par le hasard en
10
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74 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
le levant, se faisait que tu traverses de l'autre côté et que ce fut
travail d'importance tu façonnes un petit morceau de terre cuite et le
mets en la place du susdit de sorte qu'il ne sorte point du bord puis
tu le couvres et le peints des deux côtés, que point n'y paraîtra.
C'est tout ce que dire se peut touchant la peinture. Il me demeure à vous
montrer les mélanges avec quoi se font les pièces historiées et comme
on les place en leurs lieux à cette fin que l'art ne manque de perfection.
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MODE DE FAIRE LES MELANGES.
Grandes vertus gisant Je connais que savez que toutes les choses, que le grand et puissant
aux choses petites créées DIEU a créées en ce monde pour petites et de peu de prix qu'elles
par DIEU. soient ont pourtant dis-je, vertus particulières lesquelles si ne sont-elles
bien comprises vient-il de notre peu de science et chétif penser
à requérir soigneusement les choses occultes desquelles si l'on allait
requérant leurs pouvoirs ainsi se retrouveraient.
Que ne penses-tu, comme fit celui qui pensa de mélanger ces couleurs
ensemble et ainsi en a retiré outre un grand lustre pour l'art un
moult grand profit. Il pensa dis-je, pour tirer les figures et esquisser les
histoires en les vases, et pour faire tout ce qui est de clair-obscur, d'ac-
compagner le jaune avec un petit de safre noir à savoir:
A B
Jaune . . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 2 2
Safre noir. . . . . . . . . . . . . . . . once. ½ 1 ½
Ce premier accord qui est l'accord A, se nomme mélange clair, le
second de la ligne B, par l'accroissement du safre, se nomme mélange
foncé. Avec le premier tu ébauches et ombres avec le second tu repousses
et parachèves. Si te manque le safre noir tu prends le clair mêlé avec
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LIVRE TROISIEME. 75 ---------------------------------------------------------------------------

un peu de manganèse, qui fera même effet en le mêlant au
jaune.
Pour feindre une aurore, les chairs mortes, les pierres et certains chemins
éclairés, fais ceci:
A B
Jaune clair . . . . . . . . . . . . . . . once. 2 2
Blanc léger . . . . . . . . . . . . . . . once. 4 3

Pour feindre les bois, certaines routes enflammées et faire aucunes pierres,
fais ceci:
A B
Jaune . . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 1 2
Blanc léger . . . . . . . . . . . . . . . once. 2 3

Pour faire le ciel, la mer, les fers et autres choses, tu fais ainsi:
A B
Safre . . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 1 1
Blanc léger . . . . . . . . . . . . . . . once. 3 2

Pour faire les terres labourées, les voies, antiquailles, ravines, et pierres,
fais ainsi:
Mélange clair . . . . . . . . . . . . . . . . once. 1
Blanc léger . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 2

Pour faire les prés verdoyants, et aucuns arbres petits frappés du
soleil:
Jaune clair . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 1
Cuivre brûlé. . . . . . . . . . . . . . . . . once. 2
Pour faire les cheveux, fais:
Jaune clair . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 2
Jaune . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . once. 1

Voilà tous les mélanges qui se font en cet art. Je vous en ai
fait de toutes doses, ce qui ne s'emploie pas, vu que les peintres
varient suivant qu'est besoin, et parce que se fait au hasard. Mais il m'a
semblé bon de vous bailler une règle fixe, pour faire la clair-obscur, comme
il plaît le mieux aux peintres. Cet art n'a point encore une couleur Rouge feint, vu à
qui devienne rouge, et je suis hardi de dire d'en avoir vu en la boutique Faenza, en la boutique de
de Vergiliotto, à Faenza, belle comme un cinabre, mais il est faux messire Vergiliotto.
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76 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
et se façonne ainsi: on broie le bol d'arménie avec du vinaigre rouge,
et puis on peint avec sur le jaune clair, que s'il se fait que le feu
ne le consume, vous verrez un rouge en toute perfection, et je louerais
fort que pour cela on en fit les maisons entières.
Cela suffit quant à la peinture. Il me convient de vous dire comme
s'émaille le blanc de Ferrare.

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COMME S'EMAILLE LE BLANC DE FERRARE

Le faut piler, passer et broyer au moulin, si que les autres couleurs, et tu
l'émailles de même, mais il vient le double plus épais. Je t'avertis qu'étant
émaillé, s'y découvrent aucuns petits trous, que si tu les laissais cuire ainsi
s'élargiraient. Pour porter remède à ce mal, maints ont accoutumé les
élargir davantage avec la pointe d'un couteau, puis les rebouchent
avec du blanc. C'est un moult bon remède, mais il est trop plus long.
Aucuns passent dessus avec les doigts, faisant réunir le blanc, mais c'est
chose fallacieuse. Moi pour y remédier, je te louerais fort que tu voilasses
les terres cuites, d'une fleur de couverte blanche et bien cuite; puis laissant
ainsi sécher pendant huit jours, que tu les émaillasses avec du susdit
blanc. D'autres font l'une et l'autre chose avec le doigt, qui est de
mirifique réussite. Dessus, tu peints avec du safre noir et azuré, c'est à
savoir, qu'avec le noir tu tires les contours, et avec l'azuré tu mets
les ombres, puis peints dessus avec le jaune et le jaune clair, mais
non avec autres; avertissant de mettre les couleurs bien nettes et non
trop épaisses.
Ce blanc ne veut demeurer longuement émaillé sans cuire, et le
garde de la poussière.

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LIVRE TROISIEME. 77 ---------------------------------------------------------------------------


MODE DE FAIRE LES CRUCHES

Déjà que je suis conduit à la fin des couleurs, me suis-je mis aux deux
extrêmes de l'art, à savoir, le plus excellent et le moins. Je dis le blanc,
du duc de Ferrare, et la manière de faire les cruches ou pots. Que nul
ne me blâme en cela, vu que si l'un est fait pour tenir les vivres cuites
ou crues, l'autre est fait pour cuire les crus et conserver les cuits.
Tu sais que souventes fois, les trésors ou les écus et joyaux
voulons nous dire, se mussent en des pots; et puis, si se pesait
l'or voisin de l'or, celui de la main dextre, serait tant beau
comme celui de la main gauche; mais si contrairement tu mettais aux
mains du fer ou cuivre, il accroîtrait sa laideur propre sans pouvoir
non plus augmenter la valeur ou beauté de son opposite. Ainsi
feront autrement ces deux extrêmes posés ensemble. L'un donnera matière
à considérer qu'Alfonse, déjà très illustre duc de Ferrare, sous la gouverne
duquel furent soumis tant de cités, tant de châteaux, tant de peuples
pacifiquement, sans connaître nulle molestie* de nulle sorte (comme il en
est encore aujourd'hui, grâce à la bonté divine, et au sage jugement Le très illustre Alphonse
du très illustre et très chrétien fils du dit duc) se prit par divertissement duc d'Urbin, plus à considérer
à faire édifier en un lieu voisin de son palais, un four à vases; que le grand Iulius
et ainsi se proposait ce sage seigneur, à philosopher de lui-même Caesar, dictateur.
touchant cela, par quoi il retrouva l'excellence de l'art du potier, ne laissant
pas pour ce les pensers royaux et soins populaires; dont instamment plus
de louanges conviennent à ce bon seigneur, que non pas au grand Julius
Caesar, dictateur, parce que, si était icelui admirable pour écrire, dicter
et lire en un même temps, plus miraculeux sera celui-ci, qui comme
duc, comme père, comme frère et comme ami, en un même temps, gouvernait,
soutenait, défendait tant de peuples, toujours accroissant la majesté
ducale, et pareillement en un même temps, savait rendre compte de tous
les arts. Or, voici comme se font les cruches. Se façonnent icelles sur
*nulle molestie: sans être molesté, agressé.

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78 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
le tour comme les autres vases, après se cuisent en biscuit, et s'enfour-
nent l'une en l'autre, voulant moult moins de feu, vu que leurs couleurs
vont de plomb, comme tu vois ici,

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COULEURS DES CRUCHES

A B C
Plomb . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 3 21 20
Sable . . . . . . . . . . . . . . . . livre. 2 7 8
Ferraille . . . . . . . . . . . . . . once. 1½ lib. 1lib. 1

Tu broies le tout au moulin cru ainsi, puis tu émailles et enfournes. Je
vous en ai posé trois accords, prenez celui que voudrez, sont tous
bons.

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MODE DE COUVRIR

Peintes que seront les ouvrages, tu les étales toutes par terre,
en un lieu propre et moult bien séché. Tu accommodes les bords, si au-
cunes fois s'en était levé le plus petit blanc, puis aux ouvrages historiées,
tu mets du jaune clair sur les bords. Ce qui étant fait, avec le nom de
DIEU, aie la couverte cuite, bien et bien broyée, avertissant qu'en la
mettant à moudre, faut que soit le moulin bien lavé. Puis ôte un peu
d'eau, non tant qu'au blanc, mais la faut laisser plus claire, et ainsi plonge
l'ouvrage en icelle, comme as fait pour donner le blanc, suivant toujours
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LIVRE TROISIEME. 79 ---------------------------------------------------------------------------

le même ordre. Je t'avertis ici qu'aucunes fois, certains blancs se
détachent du biscuit en le couvrant; quand cela advient, tu ne le retrempes
point en le baquet, mais prends une brosse de celles à draps,
baigne là dans la couverte, et en arrose les ouvrages comme font ceux
qui tondent les draps, et fais ainsi tant que les ouvrages se couvrent de
partout. Je ne sais qu'autre remède soit encore trouvé. Après, tu en
fais des piles de cinq par cinq, et les mets sur leurs tablettes. Avertissant
qu'encore que j'aie montré à mettre le blanc en dedans, premièrement faut-il
que les ouvrages creux soient couverts et tu donnes après le blanc.
Venons au moyen d'enfourner.

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MODE D'ENFOURNER

Premièrement, faut que tu balaies bien le four, ôtant de dessous, les
cendres qui demeurent de la première cuisson, le nettoyant des braises et
autres ordures, puis tu as de la terre à luter faite ainsi: Prends du sablon
qui se mouille bien, mets dedans autant de cendres, crottins d'ânes,
écailles ou battitures de fer, nous voulons dire cette poussière qui se trouve
sur le tronc des enclumes; tu mélanges bien ensemble, tu mets en l'auge,
puis la portes sous le four, et avec la main, ainsi grossièrement tu l'étends
dessus parmi les arches, de façon qu'il y en ait un doigt de haut,
puis tu sors de dessous, et avec le nom de JÉSUS-CHRIST, tu commences Tu commence l'enfournement
l'enfournement, faisant comme a été déjà dit, le premier rang de l'ouvrage avec le nom
cru, et à côté de lui qui sera en face de la première védette, en venant de JESUS-CHRIST.
par ici, une file de cruches fines, avertissant de poser les pots, de façon
que tu puisses védetter. Ceci fait, tu commences à mettre les casettes des
ouvrages délicats, avertissant toujours, qu'elles soient bien égales et
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80 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
alignées, en sorte de ne point entraver les issues du feu, et que les vases
finis ne se touchent nullement, vu qu'ils se colleraient.
On sait que tous les ouvrages creux, se grattent à l'orifice, pour
ce que tu les enfournes les uns sur les autres. Et vas enfournant ainsi,
comme pour les ouvrages crus, accommodant toujours près des carneaux,
les travaux finis, à cette fin de les védetter. Sache qu'un chacun plat
va en sa casette, hors les gobelets et écuelles à la vénitienne, qui vont trois
ou quatre par casette. Je t'avertis que tous les objets s'enfournent posés
sur l'orifice, hors le blanc de Ferrare, qui se met sur pieds; mais à Castello,
et en la marche d'Ancône, on enfourne sur l'orifice, dessus la patte de
coq. Je sais que vous devez rappeler comme je l'ai dit, que ne
doivent les ouvrages se toucher en nulle part. Or me tiendrez-vous pour un
fou, si je ne vous montre qu'elles ne se tiennent pas en l'air. Il est à savoir
que tout ouvrage plan, est enfournée sur les pointes, lesquelles sont fai-
tes de terre, menues comme pions d'échiquiers; aiguës, que tant plus le
sont, tant mieux vont-elles. D'elles, on en met trois par casette, et
petit à petit avec grand' cautèle*, on remet dessus le plat, comme voyez
(fig. 88), et on les accommode après dans le four l'une sur l'autre, pour-
vu que le biscuit ne touche nullement à l'ouvrage fini. C'est là l'ordre
à tenir pour tout ouvrage plan. Les compotiers, coupes, tasses et
écuelles à la vénitienne, s'enfournent sur les pernettes pour ce qu'est leur
ourlet courbé, et ainsi la saillie de l'ourlet étant posée sur la pernette, il
n'est nulle applique comme voyez ici (fig. 89).
Les menues tasses, comme je l'ai dit, vont trois et quatre par casette, pourvu
toutefois, que les casettes le comportent, étant hautes en suffisance,
comme se voit aux présentes (fig. 90). Si s'en sert-t-on pour enfourner les
bronzes antiques. En enfournant les tasses ou écuelles, on met les pernettes
par ces trous que voyez, et on laisse passer les anses d'icelles écuelles par
ces ouvertures, accommodant tout de telle façon que ne touchent de
nulle part.
On accommode les dites casettes chacune sur l'autre, en sorte que
le monceau vienne haut jusque à l'imposte de la voûte, tenant toujours le
fil à plomb comme ci-dessous (fig. 91).
*cautèle: soin.

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LIVRE TROISIEME. 81 ---------------------------------------------------------------------------

Telle est la méthode d'enfourner qui se tient par tout endroit. La différence
gît uniquement en l'enfournement sur les pieds ou sur l'orifice. Or ne me
demeure autre chose à faire, que vous rappeler d'enfourner de cette
façon, que le feu puisse virer partout, ne pressant si tellement les piles
chacune sur l'autre, que ne puisse le feu s'y entre-jouer, parce que serait
cuit par ci et non par là, et pense, quant aux vedettes, les faire de
manière que puisse l'oeil embrasser d'un côté à l'autre du four. C'est là
le bel enfournement.
Sur les ouvrages plans, tu mets les plateaux sur lesquels vont les
écuelles de demi ourlet, et sur les écuelles, vont les menues écuelles pourvu
que point ne se touchent à l'intérieur; pour quant au bord peu importe, vu
que se gratte. Emplissant les creux ou intervalles du travail cru, et le
plus au milieu du four, fais un arc d'écuelles et de tasses à la douzaine
si tu en as élevant l'arc comme tu le vois (fig. 92).
Cela fait, le fourneau étant empli jusqu'à la bouche, tu apprêtes la
couverte mise sur les bocaux, d'iceux tu fais deux rangs par devant la
muraille, tu remets des ouvrages peints et toujours sur le plancher.
Au long, des murs dans les coins, tu accommodes le travail cru, et ainsi
dans les vides que tu auras par là, du biscuit toujours pour l'autre
cuisson. Puis tu clos, tu mets le mortier à la muraille, tu couvres les
carneaux de dessus avec des tuiles, tu refermes les vedettes et balayes
légèrement à la bouche.

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MODE DE CUIRE A FINI.

Sur ce qu'on adresse des oraisons à DIEU, avec tout le coeur, le remerciant
de ce qu'il nous octroie. Tu prends du feu, considérant toutefois, Considérer l'état de
l'état de la lune, parce que c'est de grande conséquence. J'ay ouï de ceux qui la lune.
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82 LES TROIS LIVRES DE L'ART DU POTIER. ---------------------------------------------------------------------------
vieux sont dans l'art, et ont expérience, que choisissant d'avoir le feu sur
le déclin de la lune, la clarté du feu vient à manquer tellement quellement*
icelle lune manque d'éclat. En le faisant, considère sur toutes choses les
signes de pluie, ce qui serait grand danger, et tu les laisseras passer, te
rappelant toujours de faire ces dites choses avec le nom de JÉSUS-
CHRIST. Le feu allumé, y employant surtout du bois sec et d'essence douce,
à cette fin qu'il ne mène une flamme âpre, tu vas l'augmentant peu à
peu, comme tu as fait à l'autre cuisson, avertissant de ne point laisser le
bois aller trop plus avant en l'âtre, que facilement pourrait nuire la fumée;
puis en son temps, tu chasses les braises, les étendant comme déjà fut
dit plus haut; et quand auras donné approchant onze heures de feu, tu
ouvres une vedette et regardes comme elle est claire. Si te semble claire
icelle, délites toutes les autres, et regarde si ont la même clarté. Si
l'ultime ne te paraît pas claire comme les autres, tu enfonces le feu
dessous, et fais que les flammes entrent si tant bien, qu'icelles arrivent à la
partie la moins claire. Si tu ne peux ainsi mener le feu, ouvre les car-
neaux de la voûte supérieure, et tu verras que le feu sentant une issue
s'en ira à cette voûte. Ainsi fait, quand te paraîtront les dits carneaux
également éclairés, laisse le feu donner dessous, puis te baissant, regarde
sous le fourneau, si le mortier que tu as mis après les arches a coulé,
je veux dire, s'il a fait certaines larmes longues comme le doigt, pen-
dantes ainsi que les eaux glacées que voyons l'hiver pendues aux toits; si
la muraille de face s'est détachée par ci par là, et si les ouvertures du
haut sont fleuries d'une certaine cendre, ce sont signes qu'est cuite la
fournée. Mais point n'en demeure là. Laisse le feu brûler encore dessous,
puis prends la montre ou vedette, qui est un engin de fer gros comme le
doigt auriculaire, long deux pas, au bout duquel est un anneau un peu
plus gros que le fer, en quoi tu mets aucuns morceaux de bois de saule,
moult bien séchés et faits exprès. Ces susdits bois de saule, ou de toute
autre essence douce, étant prêts, tu ouvres les carneaux et pousses
dedans ces dits bois, lesquels s'enflammeront subitement, et lors pourras-tu
voir tes ouvrages, comme si fussent-elles en tes mains. Ainsi feras-tu à
toutes les quatre vedettes, et si te semblait que derrière point ne fut-il
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LIVRE TROISIEME. 83 ---------------------------------------------------------------------------

clair comme en les autres, prends un fagot d'échalas ou autre bois
doux et bien asséché, et en faisant de menus morceaux longs deux palmes
et larges deux doigts, tu les jettes en le four par dessous, du côté où ce
n'est point clair, juste que le devienne.
Là je te veux bailler un autre avis: ne fais jamais si tellement grand feu
qu'il ne demeure en la bouche du four, une palme d'ouverture et quand
la fournée te semblera bien claire et luisante, tu ralentis le feu, éteignant
la braise en son temps, te rappelant toujours de cuire du fondant
et des couleurs, à cette fin de pouvoir travailler à l'autre cuisson.
Il ne demeure plus qu'à te faire voir diverses peintures qui se font
aux vases en divers lieux. Je chercherai de le faire en toute brièveté. Or,
voici deux sortes de peintures, à savoir, trophées et arabesques (fig. 93).
A la figure (94) un trophée d'autre sorte; à la figure (95) un chêne
et un grotesque. Après (fig. 96) deux manières de feuillages. A la figure (97)
fruits et fleurs. A la figure (98) feuilles à la douzaine. A la figure (99)
paysage. A la figure (100) porcelaine et traits. A la figure (101) rehaussés
blancs et quartiers. A la suivante (fig. 102) groupes de deux sortes. A la
figure (103) candélabres.



FIN DE LA TIERCE ET ULTIME PARTIE

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E P I L O G U E  D U  T R A D U C T E U R

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AU LECTEUR BENEVOLE SALUT

Ami lecteur, puisque a plu à Dieu que soit ce mien écrit mené à bonne
fin, je te prie et adjure vouloir bien considérer que ne suis-je que traducteur, Si
n'ai-je fait autre que traduire fidèlement en tout point, ce bon messire Piccolpasso. Je
l'ai fait dis-je, en toute sincérité, ne levant rien du sien, n'ajoutant rien du mien. C'est
à savoir que point n'ai-je agi comme certains peintres de portraits, lesquels
croyant mal surpasser les beautés naturelles et idoines des personnages, levant
ce que trouvent-ils être laideur, mettant ce que jugent être joliesse, gâtent du tout
leurs images par cette folle outrecuidante entreprise. Je sais qu'aucuns et les plus
excellents, ont l'art en si plus grande et superlative exquisité, que semblent adulateurs
courtisanesques en leurs portraits, vu que paraissent icelles être trop plus mieux
que les personnages. Mais ce vient que sont et demeurent en la vérité, laquelle étant
absconse et mussée en ses puits, la vont quérir et figent toute nue en leurs ouvrages,
si que voyons-nous à grand ébaudissement, joie, liesse, étonnement et merveille, ses
formes secrètes et membres cupidonesques. Point ne suis-je las, parmi ces fameux!
mais ai-je suivi leur enseigne, comme un soldat son capitaine et sergent de bataille,
vu que veulent les simples être montrés des doctes, et j'ai atteint le plus vrai
qu'a été donnée à ma chétiveté; dont me sera baillé grand merci et gratitude moult
étoffée, si t'est ce mien labeur d'utile secours et allégeance. Avertissant toutefois
que si t'ai posé ci-dessus les méthodes, façons, recettes, doses et leçons de théorie,
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86 EPILOGUE DU TRADUCTEUR. ---------------------------------------------------------------------------
point ne t'ai-je baillé dame pratique, laquelle se joint et s'épouse nuptialement en
rêvant chevaleresquement à grands renforts de peine, expérimentations, épreuves,
veilles soucis et pensées. Et encore qu'avec cette pratique mécanique, point
ne feras-tu de bonne ouvrage, si tu n'as talent en suffisance, tant à tourner les belles
formes, qu'à peindre de bel entendement et de main adroitement exercée, les vases
ornés d'histoires et jolivetés innombrables.
Sans quoi, dis-je, tout est néant, et ce le donne labeur soutenu et aussi la bonne mère
Nature, avec la quintessence suprême du bon lait de sa bonne mamelle. Et je t'en po-
serai un exemple pour te faire croire que ci-dessus. Tu prends des feuilles, tu prends des
branches, tu prends l'écorce, tu prends les racines et radicules, tu prends le tronc, je te
baille la moelle, je te baille la sève, je te baille l'aubier, je te baille tout ce qui fait
l'arbre, et point ne me feras ce dit arbre. C'est que point n'as de talent à ce, qui est
chose de DIEU, lequel a cet art suprême; ainsi, sans blasphémer, comparant les dites oeu-
vres du benoît CREATEUR et SERBATEUR*, aux menus suffrages des pauvres humains,
je te donne terre, je te donne tour, je te donne émail, je te donne couleurs
et tous engins à faire des vases; je te baille couverte, je te baille
bon feu, bon bois, point ne feras-tu rien que chose de petit enten-
dement et de nulle gloire et nul triomphe, si tu n'as talent requis.
Ainsi travaille sous un bon maître, va quêtant la fortune
des beaux secrets, manoeuvrant, ajustant, ressassant
à nouveau, peignant très plus finement, inven-
tant les nobles fantaisies, pourchassant les
ornements précieux et reliefs très plus
exquis; ainsi prendras expérience et
acquerras talent que faut à
tout, si le veut Nature
et le puissant DIEU
qui te garde
et sauve.
AMEN
*SERBATEUR: Sauveur.

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TABLE DES MATIERES ---------------------------------------------------------------------------

TABLE DU LIVRE PREMIER
Mode de recueillir la terre. . . . . . . . . . . 7 Diverses anses . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
Mode de la passer. . . . . . . . . . . . . . . . 9 Ecuelle de cinq pièces . . . . . . . . . . . . . 19
Mode de l'élaborer . . . . . . . . . . . . . . . 10 Mesures des travaux. . . . . . . . . . . . . . Ibid.
Raisonnements sur diverses manières de Mode de travailler avec la balle et avec
vases . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11 le ballon . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
Mode de faire les vis. . . . . . . . . . . . . . 13 Estèques pour travailler et les grandeurs d'i-
Comme s'attachent les anses et becs. . . . . . . 14 celles. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
Pour faire les vases sans bouche . . . . . . . . 15 Fers à tournasser et des usages d'iceux. . . . Ibid.
Mode de faire les tours. . . . . . . . . . . . . 16 Mode de faire les casettes . . . . . . . . . . . 22
Mode des girelles et des encastrements d'i- Ce que c'est que pernettes, pilets, colifi-
celles. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17 chets . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ibid.
Tours sur pieds. . . . . . . . . . . . . . . . Ibid. Estèque à élever les casettes sur le tour. . . Ibid.
Ce qu'est girelle et ce qu'est écuelle . . . . . 18 Mode de travailler au tour . . . . . . . . . . . 23
Ouvrages qui se font sur la girelle et sur Mode du moulage. . . . . . . . . . . . . . . . Ibid.
l'écuelle . . . . . . . . . . . . . . . . . Ibid. Mode de tournasser . . . . . . . . . . . . . . . 26
TABLE DU LIVRE SECOND
Comme se récoltent les lies et de l'usage d'i- Moulins qui s'emploient en l'état d'Ur-
celles. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31 bin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
Mode de faire le fondant-marzacot. . . . . . . . 33 Moulin de Foligno à deux piles . . . . . . . . . 49
Mode de faire le blanquet. . . . . . . . . . . . 34 Moulin de Venise . . . . . . . . . . . . . . . Ibid.
Mode de faire le vert. . . . . . . . . . . . . . 35 Manière de piler les marzacots . . . . . . . . . 50
Mode de faire le jaune . . . . . . . . . . . . . 36 Complément des couleurs d'Urbin et de
Mode de faire le jaunet. . . . . . . . . . . . . 37 Durante . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ibid.
Comme se font les fourneaux à réverbères . . . . 38 Couverte crue. . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
Accord de l'étain au fourneau. . . . . . . . . . 39 Couverte cuite . . . . . . . . . . . . . . . . Ibid.
Mode de calciner l'étain . . . . . . . . . . . Ibid. Complément du blanc ferrarais. . . . . . . . . . 52
Mode de brûler le plomb. . . . . . . . . . . . . 40 Complément des couleurs de la Mar-
Couleurs urbinianes et durantaises . . . . . . . 41 che . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
Couleurs de la Marche. . . . . . . . . . . . . . 42 Complément des couleurs de Castello. . . . . . . 56
Couleurs de Castello . . . . . . . . . . . . . . 43 Couleurs de Foligno. . . . . . . . . . . . . . . 57
Couleurs à la vénitienne . . . . . . . . . . . . 44 Blanc de Ravenne . . . . . . . . . . . . . . . Ibid.
Mode de faire les fours à vases. . . . . . . . . 45 Bleus bertins divers . . . . . . . . . . . . . . 59
Mode d'enfourner à cru . . . . . . . . . . . . Ibid. Azurins divers . . . . . . . . . . . . . . . . Ibid.
Mode de cuire à cru. . . . . . . . . . . . . . . 46 Noirs divers . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
Portrait du four et des instruments Grisailles . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ibid.
d'icelui. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47 Complément des couleurs de Venise. . . . . . . . 61
TABLE DU LIVRE TROISIEME
Mode de broyer le blanquet pour peindre. . . . . 67 Mode d'enfourner en fini . . . . . . . . . . . . 79
Ce que c'est que molette et comme se broient Mode de cuire en fini. . . . . . . . . . . . . . 81
les couleurs. . . . . . . . . . . . . . . . . 68 Mode de faire les trophées . . . . . . . . . . 83
Mode de broyer le blanc. . . . . . . . . . . . Ibid. Mode de faire les arabesques . . . . . . . . . Ibid.
Mode d'émailler. . . . . . . . . . . . . . . . . 69 Mode de faire les chênes . . . . . . . . . . . Ibid.
Mode de peindre. . . . . . . . . . . . . . . . . 71 Mode de faire les grotesques . . . . . . . . . Ibid.
Mode de faire les pinceaux . . . . . . . . . . . 72 Mode de faire les feuillages . . . . . . . . . Ibid.
Mode de faire les mélanges . . . . . . . . . . . 74 Mode de faire les fleurs . . . . . . . . . . . Ibid.
Comme s'émaille le blanc ferrarais . . . . . . . 76 Mode de faire les fruits . . . . . . . . . . . Ibid.
Remèdes aux trous d'icelui . . . . . . . . . . Ibid. Mode de faire les paysages . . . . . . . . . . Ibid.
Mode de faire les cruches. . . . . . . . . . . . 77 Mode de faire la porcelaine. . . . . . . . . . Ibid.
Couleur des cruches. . . . . . . . . . . . . . . 78 Rehauts blancs sur blanc et quartiers. . . . . Ibid.
Mode de couvrir. . . . . . . . . . . . . . . . Ibid. Groupes et candélabres . . . . . . . . . . . . Ibid.
FIN DE LA TABLE.
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